Didier JOUAULT Un dernier ver pour la route ?

UN NOUVEL APPEL à l’OUBLI VOLONTAIRE :

Ne traversez pas spo-ne-traversez-pas-2les durs jours de novembre sans répondre à la

GRANDE BRADERIE des OUBLIeS

 

 

OUBLIEZ ! une ligne à une page/ Une à trois images envoyées : didier.jouault@wanadoo.fr

ET ( hop…)…..YDIT BLOG vous ouvre la salle des machines à  oubliEs …devant laquelle veille

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Musée Fabre à Montpellier

la mémoire à ventre de pierre.

Pour vous, la porte infinie des mémoires à peine voilées

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Remerciements à YLAN  KARADAC, dont il faut visiter le site

 

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Pour vous, la porte infinie des mémoires à peine voiléesEn gare d'été

 

D’abord,  didier.jouault@wanadoo.fr

Ensuite, place aux malices  à  venir sur    yditblog.wordpress.com

Didier JOUAULT

 

 

 

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Didier JOUAULT APPEL à MEMOIRE (YDIT-BLOG)

Ne traversez pas les durs jours de novembre sans répondre à la

GRANDE BRADERIE des OUBLIeS

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pour retrouver le projet ( mené depuis un an): yditblog.wordpress.com

pour vous ALLEGER en profitant de la grande braderie d’automne :

didier.jouault@wanadoo.fr

En effet…

…..YDIT BLOG vous ouvre la porte des oubliEs. Pour vous, la porte infinie des mémoires à peine voilées

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merci à Kitka Samajova

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pour effacer l’écume toujours pétillante des mémoires

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Photo Ylan KARADAC :qui entre en premier?

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Ensuite, place aux malices  à  venir

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les malices d’ YDIT

 

 

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Didier JOUAULT ,  » YDIT » : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 4/4)

Rappel : YDIT enchaîne plusieurs séquences publiques d’omission au « Musée du septennat », Château-Chinon, Nièvre. Avec un diverticule  au musée municipal de Clamecy.

Une lectrice écrit : « Ainsi, la formation n’avait pas que des côtés ennuyeux », et un lecteur : « On vous reconnaît ! »…Aussi :

«  Déjà tout ce temps, et encore tout ce Rien ? »

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Voici donc la séquence 31.

Les trois précédentes donnent le début – évidemment, puisque celle-ci apporte The End.

Séquence Publique d’Oubli  numéro 31

   Thème du dîner (fortes nourritures terrestres)  : Le Secrétaire-en-Premier se présenterait-il  à la prochaine Présidence de France ?

Les rustres finauds de la Vieille Maison Sociale, cet été là,  clôturaient le séminaire de formation par un dîner républicain. Que la presse locale (confinée en bout de table) amplifierait, et que recopierait la presse du Monde et de  l’Humanité.spo-31-stage-ps

Ydit, invité genre tabouret, petit gentil, tandis qu’on prenait place, songeait à Irma, qui l’attendait sans doute pour une dernière séquence privée sans omissions.

Car, en effet, oui, après tout, stages et siestes,

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Tout la rendait songeuse…Il y avait de quoi

hommes et futurs, parcours et silences tout la rendait songeuse, la suave  Irma-la-délicate.

Il y avait de quoi.

 

Ydit dans le musée achève son récit : Séducteur, placide mais pétillant, rusé, amusé, Le Secrétaire champion du multicolore se lance, vers l’après-dessert, dans un très long récit de ses déambulations électorales dans le Morvan.

Lui debout, les autres assis à table, dans la meilleure tradition des Provinces,  le Secrétaire évoque la terre, qui elle ne ment pas :

« C’était le plein hiver, neige et verglas, vrai climat de vraies terres de France. La voiture du Conseil Général était tombée en panne. Il faisait grand vent, reçu de face, on devait compter moins dix dans les cols. Impossible d’arrêter un voyageur, tous redoutaient nos verglas raides comme un marchandage de programme. Deux heures, peut-être davantage , nous avions glissé dans le glacial, et seul mon bon chauffeur comme guide. 4-4-le-nez-pret-de-se-detacherMes doigts sentaient venir les engelures et ma nuque la glaciation. Mes yeux pleuraient de froid, je sentais mon nez prêt de se détacher, les joues se fendillaient , voyez comment nos pays sont durs, hein, et l’on prétend que la vie politique est douillette. »

Silence.

Les mains pâles règnent  sur le plan de table ébloui- gélé. (rares tintements de verres, les convives du coin en profitent pour finir le Saint-Pourçain, cracher dans son mouchoir). Un compagnon de route, silencieux, mimant une écoute radieuse, émiette son pain. Il pense qu’avoir fait tout cela  dans sa vie, sauveur de déportés, ministre, réprimeur d’Algériens, sénateur, King des Oublis, député, encore  ministre,tout ça, et même candidat pour la France, et finir dans une congère comme un crabe à marée basse? Cassé comme un stalactite mal sauvé du stalag? Les maires locaux boivent du petit lait et du bon rouge et se resservent du Salers. Toujours ça de pris, en plus c’est du bon. Le Salers.

Le Secrétaire-chef  4-5-king-size-noir-badge-cartespoursuit le récit avec la même pugnacité que sa carrière :

« Nous apercevons enfin  une ferme, des paysans nous reçoivent, nous assoient près du feu, vous connaissez leur goût  de l’accueil, hein?…Ils offrent le couvert, et déjà m’appellent …« Monsieur le Président » (rires de tous sauf les maires du coin pour lesquels il l’est déjà, président, du conseil général).

Les convives apprécient. Quand même, quel  humour, non?

LUI regarde chacun de la tablée : on devine que Le Secrétaire-Chef laisse  savourer le symbole  et l’oracle : épreuves, les  parcours du froid et de l’oubli,  près de la fin tant et tant de fois, et revenu des neiges …mais oui, présage,  « Président » pour finir, vous allez voir !

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Avec l’aimable autorisation de André MAYNET, et des remerciements

La France comme une jeune fille prête à tous les entrechats espère  son dady jazzie.

Ydit dans le musée parle aux tableaux  qui tous représentent Le Président imagé dans son pouvoir. Des lampions éteints circulent parfois dans la tête comme dans des salles sonores où nul esprit ne vient plus frapper ni marcher.

Depuis que cet homme-là n’est plus ici, les fauves ont leur museau de guimauve.

Ydit  raconte : « Ce soir-là, encore, dans le dîner du village vacances, -qu’on trouverait désormais lui aussi désert comme une folie poussée à la raison,4-7-la-vieille-batisse-accueillait-les-stagiaires– Ydit avait place tout au bout de la très longue table. Déjà, il observait ce geste familier de Le futur Le  Président, rituel intime et public revu lors d’interviews à la télé : comme une manie, la main gauche s’attardait parfois au fond de sa poche. La face cachée de la poche du Président, c’est un authentique souci de mémorialiste. LUI,  un homme si distancié, capable de tous les masques, on lui devinait comme une impulsion forte, pour un geste bref ; glisser la main dans la poche, y toucher un objet, puis repartir dans les  réparties, rebondir dans les retournements : une patte de lapin en pure céramique de la Nièvre ? Une dent de lait secrète  trouvée à la  Mazarine? 4-8-face-cachee-de-la-pocheUn cachet d’OubliEs pour épurer la mémoire un peu lourde de certains épisodes  un peu glauques?  Un poème de Du Bouchet ? Un caillou longtemps poli portant le mot sacré, la parole perdue enfin retrouvée ? »

Ydit poursuit son monologue, immobilisé dans le musée qu’immobilise l’absence de visiteur : du dernier bout de table où on lui avait trouvé un quart de place, il entendait mal. Il y avait eu des photos du dîner, elles ont été  perdues.

Ydit : « Le Secrétaire-chef, on s’en doutait, n’en dirait pas davantage sur la candidature.  Cela faisait bientôt plus d’une heure qu’il parlait. Lui encore debout, disert et drôle, pas fatigué, alerte comme un chasseur chez Maupassant, pieds sur les bûches. Les convives repus, n’osant bouger, sentant passer le Futur. Les maires du canton, invités comme des cousins de la République, arrondis comme des coussins d’Empire, avaient cessé d’écouter. Longue habitude de l’attente si le Monsieur parle. Les Maîtres locaux de la Vieille Maison Sociale tentaient une fois encore de déchiffrer l’augure, en éparpillant les miettes de tarte aux myrtilles, en dépiautant les mégots de Gitanes, en observant les restes figés dans l’assiette de Le Secrétaire-chef : malingres augures pour malingres devins.

On a les pythies qu’ on peut. Leur destin était si violemment lié au sien (assis à sa droite, d’ailleurs, un futur premier ministre qui ne le savait pas encore et n’osait en rêver ; en face une intelligente qui se croyait déjà ministre et ne serait jamais rien qu’elle-même  : définitivement si peu de choses.)

Aux tables annexes, vers les fonds marins de la salle commune,…

4-9-les-stagiaires-ne-reservaient-pas-leur-jugement-expo-bocaj-montpellier-2016

Exposition BOCAJ, »Tout un monde », Espace Dominique Bagouet, juin-septembre 2016, MONTPELLIER

…les stagiaires ne ménageaient pas leur critique : c’était long et pas si bon. Elles avaient le tort de leur jeunesse : d’où qu’elle vienne, la parole de l’hauteur permet de passer le temps.

Il fallait un peu d’imagination pour savoir cette vérité : il y avait dans le verbe de cet homme-là une substance qu’on ne retrouverait plus.

Elles font des signes à Ydit, sans prendre garde à l’appareil photo…ouvert par erreur, photos gâchées.

Malgré tout, l’évocation de la soirée auprès du feu avec les ruraux du Morvan, méandres légers imités de Chardonne, moins guillerets que Dekobra, plus légers que Bove, on sentait que ça retenait de moins en moins l’assistance. Il y avait de l’évaporation dans la vigilance, de la passoire dans l’attention. Le Secrétaire avait alterné hauteur de vues ( « Ainsi en France… »)et familiarité du ton ( « Hein », clin d’oeil), un peu comme un grand’père revenu du front où il était infirmier. Il y avait dans l’action  de cet homme-là ces profondeurs qu’on ne retrouverait plus. C’était un avaleur de temps, magistère de la nuance, lavis en beiges, scènes d’avenir en sépia de passé.

Ydit reprend : « Soudain, au milieu de l’ennui  gagnant un peu, le rendez-vous d’adieu avec  Irma s’était imposé dans la conscience brumeuse d’après paroles et vin claret. Elle  avait  attendu, comme  suspendue, dans la chambre du séminaire,

4-10-jeune-fille-fenetre-anonyme

comme dans la fin silencieuse d’une catacombe sans visiteur

si longtemps seule, tout l’interminable repas-discours, pour d’aimables adieux d‘amoureuse temporaire, plongée dans le flux incertain du rien à venir.

Le car partirait à l’aube, pour la gare, si bientôt. Irma oubliée, Irma effacée. 4-10-tout-la-rendait-songeuse-elle-seffacait-deja-dans-lattenteElle avait fini par s’endormir dans le poids de la solitude, sans amertume ni regret. Elle était une belle personne,Irma. Ydit avoue qu’il avait, à la fin du dîner, gravi les premières marches du  bâtiment où logeaient les stagiaires. La réveiller. Se parler l’un l’autre. Puis un sursaut tout de même, à l’instant de frapper : indignement  trop tard. Même lointaines, les militants ont leurs limites. Il avait ensuite marché dans la nuit, seul. »

Dans le musée du silence, dans l’espace qu’on dirait construit pour l’apothéose des « OubliEs » tant les souvenirs errent comme des esprits de la forêt délaissés par des traverseurs de désert, tant la mémoire franchit des portes sur l’absence, maintenant Ydit  se tait.

La lumière a changé, le musée va fermer.

Ydit ne dit plus mot.    4-11-les-portes-vitrees-donnent-sur-le-vide

Il traverse les espaces en écoutant  à l’intérieur de lui-même les vivats colorés que la foule adressait : « Tiens bon, Tonton ! »

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A la sortie, derrière le musée, un attroupement, rapidement dissipé grâce aux forces locales de l’ordre républicain.

C’était une amicale d’anciens électeurs et nouveaux éleveurs du canton de Monsauche venus voir d’un peu plus près dans le blanc des yeux cet Ydit, ce type qu’on dit qu’y dit.

On ne se méfie jamais assez, surtout quand on défend la réputation de l’Histoire, de ces baladins sans foi et trop diseurs, car on ignore  de quoi  ils sont capables de se souvenir. On dirait pas.

Ydit est capable au moins- et c’est le pire-  de se souvenir de cette pas si moindre lâcheté d’un aurevoir  massacré, alors qu’Irma lentement trouvait le sommeil,

au revoir oublié   4-13-irma-partant-vers-rien  juste  parce qu’on écoutait en tout bout de table le soliloque  neigeux d’un baladin du langage qui -on s’en doutait, finirait tout de même dans pas si longtemps par être candidat.

Et pas qu’une fois.4-14-irma-lecart-du-petit-matin

 

Bien sûr, grignoter les tartes aux myrtilles d’une Histoire même pas sortie du four…

Mais, l’amie de peau et de sieste, négligée dans la nuit et son aube : tant de gestes et de mots qui n’ont pas engendré leur destin.

Tout ce rien contre tout ce bien.

Ydit n’en est pas fier.

Il y a de ces petits mais graves moments sales qui  sans aucun doute valent

la peine d’un  long « OUBLIeS »

Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT  » YDIT » : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 3/4) Séquence Publique d’Oubli numéro 30

 

Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 3/4)

Séquence Publique d’Oubli numéro 30

 

Rappel : YDIT enchaîne plusieurs séquences publiques d’omission au « Musée du septennat », Château-Chinon, Nièvre.parcours-et-affichette

 

 

Depuis tout ce temps, on en est là : Germaine lève les épaules dans le silence du musée de Le Président, et siffle son désaccord : « Et reprendre pour de vrai la visite, des fois, YDIT,  on pourrait, peut-être, parce qu’on est quand même ici surtout  pour YDIT parlant face au silence du Président, oui, ou je me trompe? Sinon, vous tous ici, dites-le nous carrément, on passe à autre chose »

Ydit s’adresse  aux cadeaux anciens et  solennels qui règnent sur les étagères, parle aux animaux déguisés en souvenirs plus féroces  que nature, fait signe aux admirables bustes bruns (taillés d’un geste clair dans les plus opaques des bois.)29-10-fm-grands-fauves

 

 

« On va voir, dit Germaine, jamais très loin, on va voir que toutes ces histoires ne sont pas sans rapport avec le musée de Le Président, j’espère ? »

 

En cet instant, comme le détour des couloirs le conduisait encore à passer devant le guichet, YDIT ne peut manquer d’apercevoir encore la jeune fille (qui ne se nomme pas Violaine). Elle a quitté sa chaise, on la dirait plongée dans de profonds souvenirs d’un temps où le Président coupait les roses pour les offrir à des lavandières, des portières, des actuaires (non, pas des actuaires)

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avec l’aimable autorisation d’André MAYNET

 

« On va voir,

 

dit Germaine, jamais très loin, on va voir que toutes ces histoires ne sont pas sans rapport avec le musée de Le Président, j’espère ?

Pourtant, elle peut pas l’y avoir connu, à lui, elle ? exprime le vieux gardien nivernais, sans qu’on sache s’il désigne la jeune fille ou Germaine.

Y a pu grand monde à part vous, ajoute le quadra, qui vient ici.

C’est qu’on s’intéresse plus à l’Histoire dit le Vieux. Y a jamais personne. Pourtant, au moins avec LUI, quand il était là, au moins y avait quelqu’un, c’est sûr, ça sentait la présence.

Ydit s’enquiert, non pas de l’odeur indéfinissable de la présence, mais : le Président a-t-il visité son propre musée comme on visite sa concession à perpétuité, pour éprouver la fraîcheur de la terre ?

La jeune fille, émergeant comme d’un pays lointain, reprend place comme elle peut dans la fenêtre, dévêtue par le bain d’oubliEs : il-a-visite-le-musee« IL visitait même déjà quand il était le président pas de la France ».

     « Bon, susurre Germaine, regardant la fille d’un ton citrique (il faut dire qu’elle s’exagère !) avec des formules comme ça, on risque pas de s’y retrouver ? Puis, votre président, vous n’allez pas nous en faire un Napoléon du Morvan, un Petit caporal qui se roule, sans amasser de mousse, un Titanic sans Iceberg, un Saint Rap’h sans citron ?

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Univers Charles LOUPOT, musée de Clamecy ( Nièvre )

Pourquoi pas un retour des cendres et un tombeau à sept boules de cristal aux Invalides ? »

Le gardien, observant Ydit regarder sa montre : « Vous avez le temps, on ferme pas tout de suite, et pis si vous voulez rester un peu plus, pour une fois qu’on peut s’amuser à parler ? »

Non, dit Germaine, c’est pas ça, c’est qu’il a rendez-vous ici avec Vassilika

Celle qu’une fois déjà qu’elle est pas venue un soir, dans une S.P.O. ?

Celle, oui, soupire Germaine. Au fait, Ydit,  votre copine Vassilika, elle devrait pas être arrivée ?

Comme l’histoire est bien faite, un dong-dang discret vibre dans l’absence muséale, et dans la paume. Texto.  Vassiliki : « Mais que faites-vous Ydit ? Je suis à l’intérieur du musée, près du guichet, comme convenu. Je ne vous vois pas? »………..Chacun cherche son Vassilika,galerie-fevrier-2011-6 mais personne, sauf à croire que l’estimable s’est déguisée en ce qui devient comme une vignette de copiste en tête de chapitre : la jeune fille à la fenêtre ?

On échange des messages tonitruants bien que silencieux. On finit par comprendre que, en effet, Vassilika est à l’accueil du musée du Président.musee-de-saran

 

Celle-là, encore un peu, dit l’aimable Germaine, heureusement que c’est votre copine, mais pour un peu c’était carrément assise au Plomb du Cantal qu’elle était, chez Pompidou.

YDIT : « Bon, les amis (si je peux me permettre ?) ma crainte est qu’on s’égare, comme pour une randonnée sans IGN, ou un gendarme tout aussi sans IGN idem. »

 

31-jeune-fille-a-la-fenetre-4-dapres-amalia-ferrer« Ou un récit sans costume d ’époque ? » demande la jeune fille, qui en sait long sur le sujet du costume bien qu’elle ne le montre guère.

31-jeune-fille-a-la-fenetre-4-dapres-amalia-ferrer

D’après Amalia Ferrer, recadrage

Selon l’insistance croisée du guichetier, de la guichetière et du petit tonton, et non sans goûter au plaisir malin de rompre le silence dans cette Trappe aux doigts de rose, YDIT reprend le récit pourquoi il est au fond ici : la belle Irma, et le Secrétaire-Chef.

« Mouais, pense Germaine, pour reprendre, encore faut-il avoir commencé ? »

Le récit que donne Ydit se teinte de couleurs  vingtième siècle, c’est déjà loin : peut-être est-il encore possible cependant de le comprendre ?

     Récit :    -« Toi, au moins, tu as de quoi t’occuper, soupire Thierry M. ( devenu bien ensuite secrétaire d’été aux affaires graves). D’un geste du menton, Thierry désigne la silhouette d’une jeune femme apparue dans la fenêtre en face. Encore, ou déjà femme et fenêtre ? « Nous, ajoute-t-il en s’asseyant sur le bord du billard (car il a lu Mac Orlan ,Yvan Audouard ou Cendrars, qu’il interprète façon Ventura pour faire viril) Nous, à part attendre le  Patron… »

Comprenons, recentre Ydit : dj-trentenaire-stage-ps-1-rectifiee« En des temps lointains et moins troubles, Ydit avait accepté d’offrir ses heures, surtout l’été, pour la formation de futurs cadres, élus, responsables et autre badernes et balivernes de La Vieille Maison Sociale.  Une semaine en village vacances privatisé. Conférence du matin : une vedette de la Vieille Maison Sociale (beaucoup sont devenues Excellences Sociales, espèce politiquement bisexuelle). Travaux le jour.  Séductions du soir, entre copains-copines fait pas  des manières : programme commun. »

Les empaillés de vitrine qu’Ydit exhorte sereinement  dans les salles allées du musée paraissent comprendre l’économie secrète de cette fable à plusieurs temps mélés. les-oublies-sont-en-vitrine      Ydit  raconte : « Selon les faciles et imprudents usages de ces temps aimables ( mi années 70 : Ydit existait déjà, qui le croirait ?)–  il arrivait assez vite qu’entre animateur et « stagiaires » ……………..dj-table-stagiairees-ps-cantal       ………….on ne finît pas tout à fait seul ses nuits. »

Non, ne marmonnez rien, Germaine, ainsi était ce temps : léger quoique grave, porteur d’avenirs autant que de passés, autant dire exceptionnel.

Tendresses câlines entre deux projets de société. Union de la gauche et sans gaucherie. Réajustements de l’univers parmi les draps froissés – c’est ainsi que le stage mitonnait son progrès comme on réchauffe la gamelle du futur pour manger chaud la fin des injustices. Avec pas trop de gratin.

Le soir, dîner fini, on préparait des aubes qui dansent »le-soir-on-preparait-levolution-sociale           Dans la Vieille Maison Sociale (moins rigoureuse que le sibérien Parti Frère où l’immorale conduit assez vite au bal du sous-sol ) la formation des militants se voulait participative et réciproque. Heuristique et heureuse.  Après son topo du matin, proféré avec l’aisance des lendemains qui pensent, l’orateur (futur roi de l’Europe) jouait au volley-ball avec des bibliothécaires de Château-Chinon. Il succombait à l’éclat bref d’un peau ventrale jetée sous les yeux par l’envol étiré d’un smatch vigoureux, bien que social-démocrate. A l’issue du déjeuner – diner-de-stagiaires-il-y-en-a-une-qui-necoute-pascantine du village vacances d’avant les terreurs actives du tout-veggy : poulet/frites : vinasse locale-  on allait prendre le café dans le bistrot du bled. On disait le bled parce qu’on venait d’une ville où l’on serait élu.

Troisième jour : chaleur, ombre fumeuse des platanes, ambiance  laborieuse et bavarde… Marchant tout près d’Ydit, retour de café, bras dessus bras dessous en camarades, douce dans l’oreille, IRMA disait à voix basse : « Ydit, tu viens me voir pendant la sieste, avant le reprise ? »

Debout dans le silence du musée de Le Président, face aux présents du passé, Ydit à nouveau se tait. Il savoure la surprise, telle qu’elle fut en ces temps d’il y a quarante ans ou presque.entre-les-defenses-des-elephnats Dans l’errance facile que permet le silence de Le  Président,  Ydit change de salle comme de scène, comme de visage. C’est le coeur même des OUBLIeS.

Ydit : «Trois jours ensuite,  on arrivait au terme du séminaire. Demain, très tôt, La belle Irma, découverte avec délices de sieste en sieste,  devrait prendre le car très matinal conduisant les stagiaires vers la gare. Elle en était songeuse.  Ydit, lui, avec les autres animateurs d’ateliers, resterait un peu : comptes rendus. On était sérieux »

Maintenant, s’arrêtant, Ydit regarde sans nostalgie le buste rude offert en cadeau jadis à Le Président.les-cadeaux-noirs-de-la-republique

  « La belle Irma, future élue, n’était pas du fameux repas prévu ce soir : le village vacances avait été construit dans le canton terre d’élection de Le Secrétaire, chef de La Vieille Maison. Seulement parlementaire, maire, président de conseil général, rien que ça, Le Secrétaire-Chef  consentait à un  dîner avec «l’équipe» du séminaire : parleurs s’espérant futurs ministres ( beaucoup  le devinrent), modestes fonctionnaires  conférenciers se voyant  Conseillers d’Etat ( et ce fut fait), humbles animateurs dénués d’ambition politique, tel Ydit…Tout le dessus-de-panier régional de La Vieille Maison Sociale avait aussi été convié. On ne néglige pas ses « locaux ».

Le déjà mais encore futur Le Président montrait la qualité multicolore de son éloquence.

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exposition des  » cadeaux  » du Président, musée de Clamecy

Thème du dîner ( terrine de pays, truites au lard, fromages d’ailleurs, tarte d’été, rouge léger dans le ton)  :

Le Secrétaire-chef  allait -il de nouveau se présenter à la prochaine Présidence de la France, comme chacun le souhaitait (et , ici, activement le préparait) ?

Au fond certains se demandaient si les malins de la Vieille Maison Sociale n’avaient pas implanté le «séminaire militant» ici précisément pour que précisément le Secrétaire-Chef pût discourir vers le vaste monde entier depuis le pré-carré de son canton, à l’occasion du repas final (Ydit, naguère, ne posait bien ici-même la question : peut-on s’adresser au monde depuis un Jaccuzi ?).

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Le peintre africain, lui aussi, avait l’amour du flou

force-tranquille

 

Annonce de candidature que la presse locale, rangée dans un tiroir en bout de table, amplifierait

 

 

 

Ydit, invité genre tabouret de troisième couteau,petit gentil, frais grognard goguenard, tandis qu’on prenait place, Ydit  songeait à Irma, qui l’attendait sans doute, avec l’infinie patience des amantes,  pour une dernière séquence privée, sans omissions.tout-la-rendait-songeuse

 

 

Car, en effet, oui, après tout, stages et siestes, mots et programmes, hommes et futurs,  tout la rendait songeuse.

Il y avait de quoi, faut dire.

 


A suivre :

Le dîner des tons,  Séquence publique  31,  visite du musée de Le Président, ou :

que reste-t-il de nos atours ?


Didier JOUAULT


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Didier JOUAULT (  » YDIT » ) : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 2/4)

 

 

Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (SPO 29 : séance 2/4)


Rappel : YDIT enchaîne plusieurs séquences publiques d’omission au « Musée du septennat », Château-Chinon, Nièvre.

Une lectrice écrit : « Pour qu’il y ait une séquence publique d’oubli, il faut deux conditions : du public et de l’oubli ». Certes. Voici donc la séquence 29. La 28 donne le début.


 

                                      Séquence Publique d’Oubli  numéro 29

On aurait pu un autre titre :

« Le temps du Morvan fit-il  le vent des heureux ? »

29-1-portrait-musee-sept

portrait du musée

 

YDIT raconte :

« C’est pour quoi, pour  une visite ? ».

Ayant déliané ses jambes d’Indienne, le jeune guichetière va-t-elle suivre de loin (et des yeux) cette déambulation férocement solitaire dans le musée de

«Le PRESIDENT » ?

A ce moment de la séquence d’oubli, le système des personnages ressemble à une canne d’octogénaire ou à un traité de philosophie : ça aide à marcher, mais pas vite. Rien ne démarre.

 

     Ydit raconte à nouveau  que -avec l’hôte de ces lieux (même fantomatique, lacunaire, en bonne voie pour l’oubli),  il escomptait voir dans les salles du musée sinon la horde d’écoliers impatients d’en finir (mais ce sont les vacances scolaires, comme toujours), au moins quelques Allemands qui portent  au fond du portefeuille une photo écornée sur laquelle Le Président tient la main de Le Chancelier, à Verdun ; ou une meute d’ anciens combattants du maquis voisin- habillés en tricolore et pinard, comme en 14, pour lutter contre les terroristes –29-2-president-et-chancelier-verdun

… ou même jusqu’à ceux qui forment  depuis Ferry l’ultime réserve avant la faim du néant : la goguette guillerette et sautillante sur ses baskets des retraités de l’Enseignement Laïque, Moderne et Républicain.

     Ydit, à l’étage, fait face à un miroir offert en catimini à Le Président lors d’une visite clandestine à Venise, en compagnie anonyme d’on ne sait trop qui (mais certaines histoires des filles de famille gagnent à survivre dans l’obscur mémoriel) :

      » N’oublions pas qu’il s’agit d’oublier, ici- et ailleurs. Du reste (mais quel reste de tout ceci ?), choisir un musée pour oublier, c’est un pied-de-nez facile, efficace : on trouve au moins quelques baladeuses près des murs, des jeunes épouses catholiques vitre-des-oublies de capitaines en mission africaine (et non pas l’inverse !). Ce sont des visiteuses solitaires mais lumineuses acceptant par ennui un brin d’écoute et une cueillette de mots. On trouve encore un gardien à peine alcoolique, malgré la solitude du gardien à l’heure du désert. Il est soudain réveillé par l’inquiétude d’un silence que rompt le pas perdu d’un marcheur insistant. Et il il accepte de faire les photos du passage entre deux songes d’une nuit d’été, comme s’il donnait un pourboire aux fantômes de l’Histoire.  »

 Le vieux à la caisse (agacé qu’Ydit ne se lance pas ): « Je ne vais pas vous accompagner, allez-y … »

Le quadra demi-solde surgi d’une  cour : « Il  a mal aux jambes, l’Ancien… »

L’ostentatoire femme à la fenêtre (pour cette fois pas vue de dos) 29-3-mariee-fenetre-photo-de-walid-obaid achève son  placide mouvement d’accueil – telle une mariée soudain rhabillée par ses visiteurs même, et qui prend du champ :  elle tend un bréviaire de visite pour le sanctuaire, (incomplet  le chœur n’y est pas)  puis regagne  la fenêtre, et le regard  en biais de l’oublieur qui n’oublie pas ses images pieuses. Elle ne pipe mot.

 

D’autres visiteurs, naguère, sont pris au piège de la commémoration comme des palombes dans les arbres d’une bergerie landaise, et choisissent un musée  en grandeur nature pour ce président même  : on ne peut pas tous arpenter un espace unique, pour un homme si multiple.29-4-soustons-memorial-mitterrand  Au moins, sur ces landes, y – a -t – il la compensation de la plage aux mains de sable, des toros tournant à vide dans l’arène de pique, de baigneuses en short arrondies au gâteau basque.

      Ici, non. Rien de rien. Dans le Musée de Le Président, on ne regrette rien, toutes les salles de tous les trois étages sont toutes désertes. On a beau courir, on a beau frémir de présence escomptée,  on a beau chercher, tel un hamster décagé, ou un crapaud sans pustules, même les toilettes (surdimensionnées à la taille d’un bus pour Allemands) : rien qui soit vivant de près ou de loin (si l’on exclut, comme il convient, les araignées, les ombres de lézards pris par l’urgence, les reflets d’oiseaux dans les vitres sales).29-5-des-grains-doublies-dans-la-roue-des-memoires

L’histoire tourne en farine dans les moulins de l’oubli, comme des grains dispersés par les dents des plus simples des machines.

      En signe de repli- mais pas d’abandon- Ydit retire le badge à ruban bleu qui, avec ses grosses lunettes rouges, est la marque visuelle ( et tricolore) de son activité d’OubliEs. Dans le musée, maintenant,il habite en noir et blanc, personne pour lui tirer le portrait comme on tire des cartes pour une voyance. Toutefois, toujours prémuni d’une nudité complète (image disponible, mais proposée seulement sur demande expresse), il dépose ici ou là sa modeste  carte des «OUBLIeS», 29-6-musee-sept-visiteur-n-et-bcomme un galiériste pastille de rouge le tableau déjà vendu, afin de le protéger d’importuns désirs.

Au milieu d’escaliers usés par l’ennui de ne porter nul pied,  Ydit  s’assied. Il regarde le vide, écoute l’absence, état propice au soliloque.

     Seul à seul (et sans tête -à-tête ), confiné à l’espace de l‘anecdote au lieu de parcourir le  champ de l’Histoire, YDIT raconte l’envers d’aujourd’hui : une rencontre. Une autre histoire, plus vivante qu’ici.
« Après tout, l’Histoire se pèle comme un avocat bien mûr, ou se ramasse comme une poire blète, certes, dit-il, mais la vie des hommes se construit à l’inverse de noisettes qu’on sort avec force de leur gangue. Si l’on déambule , si l’on parle, si l’on s’assied sur une marche, si on bavarde avec le  silence, c’est pour inventer la rencontre. Si l’on s’assied, c’est pour partir.« 

    Ydit , visitant, mais immobile29-7-terrasse-aux-verres-vides (car l’état d’homme permet les deux)  raconte :

     Ce fut à Uzés, au café «le Suisse d’Alger», où il buvait une citronnade (la mauresque  est trop dangereuse, encore une femme qui sort du cadre).

     Deux femmes sont venues lui parler, avec cette parfaite gentillesse des touristes légères dans les lumières d’août : « Pardon de vous déranger, disait-l ’une un peu essoufflée  par la chaleur (ou par le bonheur de voir YDIT de près ?)   mais Fustelle, …euh c’est elle Fustelle…

  • Bonjour Mademoiselle…Fustelle ?
  • Moi, c’est Coulanges, (elle sourit, sans perceptions obscures ) , c’est Coulanges , et on se dit que vous ressemblez beaucoup à Ydit, qu’est-ce que vous en dites ? On dit qu’Ydit ne dit pas qu’il est Ydit quand il fait l’Ydit ?

Deux Anglais de la table voisine s’interrogent soudain ( regard anxieux) sur leur remise à niveau en Français : faire l’Ydit ? L’Idiot ? L’Indien ? L’Indhi ?

     « Surtout, continue la jeune femme, on voudrait pas vous déranger, nous deux,  est-ce que c’est bien vous quand même, vous savez, tout le monde le connaît, l’YDIT, on l’a pas vu à la télé mais presque,  ce type qui publie qu’il oublie, mais n’oublie pas de publier ses «OubliEs »?..29-12-tandis-quelle-attend-loin-des-lumieres Remarquez, on ne veut pas insister ? 

D’ailleurs, si vous voulez des photos de passantes, sans souci, nous on peut ! Les images : comme vous les voulez.»

29-8-photo-artistes-en-folie-femme-passant-une-fenetre-voilee-coloree

La Mauresque est trop dangereuse, encore une femme qui sort du cadre (photo : « Artistes en folie »)

 

     Si bien amorcée, la conversation d’été continua, et plus si affinités.

Fustelle et Coulanges  dirent qu’elles acceptaient volontiers une figuration en pointillé  dans les « Oublies», pourvu qu’on pense à elles , et même plutôt trois fois qu’une, tant qu’on y est, les photos, attestant une fois encore la puissance dédoublée des réseaux sociaux et des terrasses à l’ombre.

Dans le frais  pointillé de la terrasse on rêvait ensemble, mais côte-à-côte, à de bonnes farces photographiques : omissions-nu-n-et-b-mpt

« ces images où l‘indiscernabilité du faux et du vrai remet en cause la notion même de « possible » »

     « Comment avez-vous dit ? » demande Ydit, assourdi par la formule. On perçoit même, chez les Anglais voisins, comme un mouvement de buste et d’oreilles pour essayer de se remettre en selle pour leur cavalière écoute.

     Ydit se tourne vers eux : « C’est une autre histoire,  murmure-t-il, exotique et comme improbable, une histoire légère et tout entière  glissée dans celle du Musée de Le Président comme on glisse une pièce dans la main du livreur. Ou dans la machine à sous du destin.29-8-suisse-dalger      Pour dédoubler les « OubliEs ». Une de ces histoires pétillantes ou plates, mais un peu entre deux eaux. Donc, messieurs les Anglais, tirez les premiers un trait sur les détails de ce qu’il advint, à Uzès, entre Fustelle, Ydit, et Coulanges. Fin de l’aparté.

Car ici, comprenez-vous, ici on n’oublie que les mauvais souvenirs. »


     Fin de l’histoire dans l’histoire.


     Ydit , ensuite, dans le musée, se redresse,  reprend la route. Chez le Président, au fond du  musée, l’incertain de l’Histoire gomme les rudesses des amitiés douteuses, des complicités anciennes, des fausses rencontres sur les  terrasses de l’été : ne se laissent à voir que les surfaces endolories de vitrines abandonnées.

Ou les étagères ployant sous leur propre plénitude. On marche, quand on visite la vie, on rêve, on oublie.

     Facétieux, pourtant, et sachant ce qui réjouit le solitaire, le parcours fléché soudain passe encore  une fois par le hall confiné dans l’absence. Il n’y a pas que des croûtes sur les murs.

     Le Président, lui aussi, eût aimé cette rêveuse à sa fenêtre, présente pour endurcir le visiteur dans les épreuves. 29-7-jeune-fille-a-la-fenetre-2-photo-jitka-samajovaPrière de ne pas toucher, rappelle-t-elle, avec le grand sérieux des amateurs.

-Enfin, dira Germaine ( jamais si loin) , Germaine serrant son reproche dans la main comme un écolier sa gomme, ou un geôlier sa chaine, enfin, c’est incroyable, tout de même, il ne peut pas y avoir une séquence publique d’oubliEs, sans qu’on tombe sur une fille presque nue ? C’est agaçant !

– Non , répondra Ydit, Non, c’est dans le cahier des charges, alors on ne peut pas.

     Germaine, levant les épaules et sifflant son désaccord : «Et reprendre la visite, on pourrait, peut-être, parce qu’on est quand même ici surtout pour Ydit parlant au silence du Président, ou je me trompe ? Sinon, dites -le nous carrément, on change de serveur et on passe à autre chose ? »

 


La visite : on pourrait.

A suivre : « Tonton, vous nous préparez l’addiction, S.P.O.30,  séquence 3 sur 4 » …Ici-même.


 

Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT ( « YDIT » ) : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (1/4)

1 un espace si délicieusement provincial.jpg

Un espace si délicieusement provincial

 

 Séquence Publique d’Oubli numéro 28

  On aurait pu un autre titre :

« Le Vieux du Morvan fut-il le Kahn des morveux ? »

                   YDIT raconte:

«C’est pour quoi, pour une visite ? ».

Le hall d’entrée est lumineux, bien que le bâtiment joue les dégradations d’après match.

 

 

 

Il faut dire que le jeu de l’histoire est fini depuis longtemps. Tant et tant d’années , oubliées, renoncées, abandonnées dirait-on.

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Circuit des visites de l’oubli

Encore un peu d’éclat vibre sous les murs de crépi passé , toutefois, comme des marques de l’Histoire. Même dans le silence du désert, parfois s’entend l’écho furtif d’un pas oublié. On appelle ça  l’Histoire.

 Ydit- que les questions absurdes illuminent d’une  joie inépuisée : «  Oui, pour une  visite. Pourquoi, ici on peut faire autre chose ? Il y a d’autres activités que fouiller le sanctuaire? »

3 les visites présidentielles.JPG

 

Un silence privé d’échos s’empare du dialogue.

 En scène, trois personnes forment l’ ironique résumé d’une improbable trinité : le plus vieux paraît coupé en deux à la  ceinture, tant le dessus témoigne immensément des bières bues en attendant l’exceptionnel visiteur.

Il est le gardien du temple, le conservateur pas conservé.

Il ne comprend pas l’humour d’Yidt

( ce qui n’est pas rare, si l’on en croit les commentaires recueillis par les S.P.O. ):

 

« Bah non, y a que le musée du Président, ici, c’est ça qu’on visite, rien d’autre… ».

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L’origine du mâle

« Donc- gentillise Ydit, dont le métier fut souvent d’être d’apparence bonasse : je voudrais juste un billet pour la visite. »

 

Demande  pas  si fréquente, hormis les expéditions scolaires en bande désorganisée que tout enseignant du département ( ou au moins du canton) se doit de programmer en mémoire de : Le Président.

                                                      Sinon, inspecteur d’école pas satisfait. Carrière attardée, mutation devenant illusoire, mutilation à vif des espérances au sujet des parents-contents, espèce ravageuse omnivore en voie d’expansion plus rapide que celle de l’univers : dans cette ville, bouffie d’être sous-préfecture, et regonflée de « L »’avoir eu pour maire,  on ne plaisante pas avec «  LUI ».

LUI, affublé d’une histoire, ce qui est déjà lourd, alourdi d’un destin,  et aussi d’une Très Grande Bibliothèque ou de ce si petit musée.

Le vieux gardien du temple s’appuie sur le dossier de la chaise, esquisse un mouvement, mais : « Non, tonton, te  bouge pas, t’es fatigué,  j’y vais », tonitrue le deuxième personnage, quadragénaire vivace sur ses courtes jambes.

Jusque là, il bavardait fleurette  avec une jeunette qu’assise sur le rebord de la fenêtre, juste à côté de l’entrée, un regard de biais dévoilait. 5 jeune fille à la fenêtre 1.jpg

Posée  mains enserrant les chevilles, encadrée  vive dans le cadre de pierre, pieds sur l’appui ,  un N couché du regard passant du visage aux baskets. Très courte jupe, T shirt à bretelles  étroites mais décolleté large,  généreux espaces de peau bronzée  : uniforme de teen en campagne à la sous-préfecture, c’est presqu’aussi bien que « Meetic » , et pas de raison de s’occuper d’autre chose quand on a une jeune personne de qualité sous la main, qualifiée pour le délicat dialogue des âmes, comme sont toujours les jeunes filles.

6 Elle descend de son cadre .jpg

Pardon Mademoiselle, ce n’est peut-être pas l’heure ?

 

« Alors, c’est pour une visite ? » s’angoisse le quadra, privé de sa teen en satin. Il a raison.

Ne trainons pas dans l’opérationnel : un visiteur, au moins ici, on l’interpelle avant qu’il ne renonce au billet, comme souvent.

 

– Ydit , depuis le summum de son urbanité capitale un peu décentrée  : « Comment le nierais-je ? Visite, oui. Mais ce n’est peut-être  pas l’heure ? »

Bon, ailleurs ( en ville par exemple) des impatiences auraient déjà réduit à l’exécution sommaire les acteurs de ce dialogue progressant à la vitesse d’un demi Beckett/ heure. Dans le vestibule de ce musée, au contraire, tout prend le temps du temps : grisouille pour le ciel, ratarouille pour l’horloge.

La scène s’anime, pour le bonheur d’Ydit. La jeune femme a quitté son ostensoir ostentatoire (mais pas son calme ), déplié jambes et buste, elle descend de son cadre, elle vient ici, parmi tous,maintenant  elle use de son organe le moins exposé jusque-là : « NON non, vous avez encore tout le temps pour la visite. Pis c’est pas tant long .»

La voix s’écaille comme un mur vénitien : on aimerait la prendre en photo.

Le vieux :  » Je ne vais pas vous accompagner … »

Le quadra :  » Il  a mal aux jambes… »

L’ostentatoire : « Mais il y a une feuille qu’on donne, euh qu’on prête,  et des cartons, euh des cartouches. »

7 Les OUBLIeS fissurent les murs de mémoire.JPG

Les « oubliEs »fissurent les murs de la mémoire

L’échange  est à mi-chemin entre Kafka et Feydeau, bel endroit pour une rencontre.

Ydit savoure le gourmand  festin de la langue lorsqu’elle quitte le chemin balisé des grammaires académiques.

MAIS,

…………….. » A ce moment de la séquence publique d’oubli, le système paraît totalement coincé.

……………..Rien ne démarre. Hormis ces trois là, personne, ici. « 

Voila ce que raconte Ydit  : le récit interrompu. Rien ne démarre.

« Ici et maintenant« , tu parles !8  Rien ne démarre.jpg             La visite lente, immatérielle, presque, à force d’être immobile, ne commence pas.

Ici, toujours, l’exaltation un peu douce-amère des ultimes fois remplace déjà le rire fatigué mais clair des premières fois, et c’est le beau bonheur d’oublier.


                                      ==>(A SUIVRE séquence 2, choisir un musée pour oublier)



Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT ( « YDIT » ) : RESERVEZ VOS PLACES !

 

 

Prochaine séquence…


prochaine séquence d’oubliEs ( SPO) ,badge-tendu

                                             QUATRE publications  » Musée du septennat »


portillon 1

à suivre chaque semaine pour le projet « OMISSIONS » Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

oublies-femem-debout-mpt       (yditblog.wordpress.com)

                                 Ensemble ( ?) parler l’oubli.

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Didier JOUAULT RESERVEZ VOS PLACES Prochaine séquence d’oubliEs ( SPO) , quatre publications  » le musée du septennat » , à suivre chaque semaine pour le projet « OMISSIONS » (yditblog.wordpress.blog) : parler l’oubli.)

Galerie

Didier JOUAULT (« YDIT ») Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder? — yditblog

Séquence Publique d’Oubli, la 27. L’été, t’es de la police ? (Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder ?) « Allez-y »dit simplement la voyageuse de métro. Ydit tient le portillon qui découpe l’espace entre ceux qui passent et ceux qui restent. « C’était pas la […]

via Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder? — yditblog

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Didier JOUAULT Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder?

 

 

 

Séquence Publique d’Oubli, la  27.


L’été, t’es de la police ?

(Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder ?)


 Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

« Allez-y »dit simplement la voyageuse de métro. Ydit tient le portillon qui découpe l’espace entre ceux qui passent et ceux qui restent. « C’était pas la peine» , ajoute YDIT , comme souvent. Souvent, ce n’est pas la peine .

                     « Parfois, cependant  la peine rôde », commence  à tue-tête  Ydit pour appâter un auditoire toujours fuyant comme une truite le jour de l’ouverture.portillon 1
YDIT raconte : c’est la 27ème Séquence publique d’oubli, la dernière de cette légère succession de légèretés qu’on nomme l’été, comme il convient lorsque le soleil encore n’est pas éteint : « Légères en août » / « Lumières en août » ?

Il dit que « le patron Blaise Hortus  était entré ce jour-là dans son bureau avec l’air grave et une lettre dans la main gauche (dans la droite, la cigarette dont il se déprend  tous les deux mois )SPO bureau de comédieLe patron s’était assis  dans le fauteuil  visiteur, l’avait fait tourner sur lui-même. Le patron était joueur. A l’ordinaire, il flattait d’un doigt aigu les dessus d’un bouquet. Aujourd’hui, il avait tendu un courrier vers YDIT.

Réflexe banal : quel niveau de puissance martelé  par l’entête ?

Ydit raconte qu’ilprenait les mots à toute vitesse : Ministère/Intérieur/Préfecture/Brigade/Convocation : « Les consonnes sonores du pouvoir savent propager leurs frissons jusqu’aux innocents lorsque la démocratie n’est pas si sûre d’elle-même. »

Le patron avait haussé les épaules à cette remarque inutile : « Moi aussi, on me convoque ». Ydit et lui avaient alors essayé l’impossible : trouver parmi leurs méfaits « l’affaire vous concernant ». Tant de possibles dans ces fonctions qui étaient de décider pour tous, malgré la pression de certains.

Dans le métro, la passagère de couloir s’étonne, regarde  la silhouette droite d’YDIT, son visage encore bruni par l’été des montagnes : il ne sort pas de prison.portillon vide Les portillons du métro s’ouvrent plus facilement que les dossiers secrets de la mémoire.        

«  Et,dit-elle,  vous ne saviez pas du tout ce que vous aviez fait ? ».

Comme Blaise Hortus à l’époque, YDIT lève les épaules :

« Sait-on jamais ce qu’on a vraiment fait ? »

-« Tout de même, réplique-t-elle en laissant retomber le portillon, vous n’espérez pas nous rejouer un coup de Kafka ? »

YDIT sourit : « ‘Le Château’, il dit, Le château, c’est celui des rentiers »  interloquant ainsi la passante  amène qui s’écarte : on n’est pas sur la quai pour faire de la politique , sinon où va-t-on ?

L’ORATEUR : « Donc, j’ai répondu à la convocation »: 27 rue des rentiers, Paris 13ème. A midi. il avait frappé avec douceur et sens de la patrie  ( de la loi, de la nation, du code pénal…).

La Brigade : Ydit ne sait plus très bien comment on l’intitulait : SPO police  Quais Paris« Brigade des petits délits mais ça peut-être grave si on insiste un peu » ? ...

« Brigade de la Citoyenneté des personnes incertaines de leur droit et alors faut voir » ?.. «  Brigade des faits mineurs, mais on ne va pas les regarder prendre de l’âge  sans rien faire » ?

A l’intérieur la femme de l’Intérieur lui avait commandé : d’entrer, s’asseoir, montrer sa convocation, poser sa pièce d’identité sur la table, ici : examen, pas de doute !

Par précaution préservative, YDIT s’était agrémenté de sa bijouterie républicaine : distinction colorée au revers gauche de son veston droit. Cravate assortie. Quitte à plonger, autant avoir le costume ad hoc et les palmes. Dans les camps de fantasme, les papillons d’OubliEs se prennent aux rets des barbelés. On n’en fait jamais assez pour assurer leur vol en liberté.Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

 

Elle le regardait . Ydit raconte qu’il cherchait son grade, mais elle ne portait pas d’uniforme.

La kapitaine lui expliquait, indifférente parfaitement, pourquoi  il était délictueux.

Rien qu’à ce mot il se sentait mafioso de Palerme exilé dans le vingtième parisiensun glasses DJ été 2016.  

Dans sa fonction, Ydit avait été averti qu’une association estimée dangereuse par le ministère des polices tentait d’augmenter son emprise en établissement. Elle proposait des conférences gratuites , diaporisées de frais, parlées en couleurs, baignées des Lumières de la Pure Vérité autant que de véritable jus de fruits, assorties de citations

femme expo Martial Raysse Paris 2014

Entrer une légende

et de petits fours- en général de très bon traiteur. Elle faisait comme si l’été restait à venir.  

Exposition Martial Raysse, Beaubourg 2015

Rieuse et pas frileuse, simple et bien diseuse, la dame prêtresse savait toucher l’essence, sinon l’esprit. Après, quelque rétif qu’on fût, ou futé qu’on se crût, c’était paraît-il foutu.

lucky dans le seau

La solitude de l’alone au moment de la traite

La Kapitaine s’était levée, elle avait demandé : « Donc, vous avez écrit aux établissements ? »

 

Ydit répond que oui, selon précisément les informations du ministère des polices, le même qui justement l’avait ce jour convoqué, que donc….

« Pas la même Brigade », dit -elle. Elle lui avait remis un document, pointant du doigt un passage en corps 8 ; tout en bas. 

 

 

 

Puis elle s’était levée, lui tournant le dos, le temps qu’Ydit réfléchisse sérieusement à tout ça, pendant qu’elle jouait un peu avec les accessoires juste pour  rigoler.L écossaise 2

L ecossaise 3 - accessoires

Du mobile dans les pinces ?

« Il fait toujours réfléchir à ce qu’on a fait, surtout si on ignore l’avoir fait » dit-elle « L’inverse est également vrai, au fond » avait-elle ajouté, prise par une rêverie poétique de bon aloi dans le bureau de la Brigade…

(« Brigade des Libertés Publiques , pas menacées, mais on ne sait jamais, mieux vaut se méfier »)?

En corps 8, en bas de la page , sous la signature d’YDIT, deux mots : « classement : sectes ».

Ydit avait levé les yeux. « Vous l’avez eue comment ? » Elle haussait les épaules. Ydit, on le connaît un peu mieux désormais ( et on le regrette),  arrivés qu’on est à la 27ème Séquence d’Oubli. Il s’était dit que, dans le transparence de la fenêtre, bureau du 13 ème étage Brigade rue des rentiers,  Kapitaine aurait aussi bien pu se mettre dos nu : opportun et sans doute agréable rappel de l’été.

Kaptain dos nu 2

le dos nu de Kaptain, pour une autre fois ?

Mais s’il lui avait demandé, la réponse aurait été d’un mot : « Non».

Pour une autre fois ?

Ydit continue : Elle s’était retournée. Elle devinait sans doute  ce qu’il avait pensé, car elle avait auparavant été lieutenant dans la « Brigade  des faits intérieurs à ne pas laisser sortir n’importe où ».
«  La question n’est pas de savoir si on se montre ou pas dos nu sur des photos quand on est Kaptain ! Vous connaissez mon métier ! Vous avez vu mon brassard ! ». Mais on sentait qu’elle se retenait un peu de rire.

 « Alors- avait-t-elle poursuivi ( c’était son métier) : le corps 8 ? »

Désormais détendu par l’image du dos nu, YDIT s’était dit qu’un corps 8 avait toutes les chances d’échapper à un bracelet de 15. Il pouvait s’en sortir. Bien sûr le mot « sectes » n’aurait jamais dû figurer sur le courrier, il avait expliqué : simple indication de classement/archives, hélas non effacé avant l’expédition.

« Avec votre job, vous relisez pas ? C’est bien écrit ‘sectes’, et l’association a porté plainte pour dénonciation calomnieuse. Voila. Coincé.»

L’Orateur dit qu’il avait souri : « Ça allait chercher dans les combien ? Et puis, au fait, c’était bien le ministère des polices qui… »

Kaptain l’avait coupé d’un geste vif, du genre « Cherchez pas », mais non-violent ( elle avait fait l’Ecole des officiers après sa licence) : « Ok, ok, mais il y a écrit ’sectes’. J’y peux rien. Faut pas écrire des choses comme ça, avec des gens comme ça. Faut s’en méfier . Vous devriez savoir».

Elle avait ouvert les bras, résignée.  « Des gens comme ceux-là » : il était sauf. La bonne carte, la bonne fille, le bon droit. tarots sur tableSon fameux bon destin.

 

 

YDIT  ( et l’orateur le raconte avant même que l’auditrice le pense) , lui, n’aurait pas répugné à se faire consoler dans les  bras généreusement ouverts de la kaptain, tel un réfugié afghan sorti de ses montagnes, un saint-bernard échappé de la SPA, un pré-délinquant repenti. Ou même un trader ayant perdu des milliards par inadvertance.

 « Bon », avait-elle dit, en se forçant à ne pas exprimer sa bonne humeur. Puis : « Bien ». Ydit avait pensé : on progresse. Puis s’adressant à lui, comme depuis le début, sur le ton de la maikresse de CM2 le jour de la Morale : « Sur le PV, on met que c’est une étourderie ? Pas d’intention de nuire ? ». L écossaise 2 N et BYdit se  demande  s’il faut lever la main quand on veut aller aux toilettes, mais il se redresse sur son siège, vérifie que ses culottes courtes sont bien propres et ses doigts dépourvus d’encre bleue ( celle qui ne s’en va pas au lavabo du préau)(même que ça fit des taches sur le mot ‘sectes’). « Oui, Madame, c’est une étourderie je le ferai plus, promis, croix de bois… ».

Il échappe à la mise au coin.petit être dans son coin
Kaptain, qui a bien fait son travail, le réconforte  et fait de gros yeux, mais  pleins de compréhension. Elle passe le P.V.  Il signe. Encore un innocent attaqué par des sournois , mais préservé par la «Brigade de la Répression de la Délinquance Astucieuse », (qui existe et  dépend de la PJ.)

                                    On arrive presque à 13 heures.

                                     Avec toutes ces bêtises on s’est mis en appétit.

                                     Ydit rend  le papier, se lève, tend la main :

                                   « Kaptain, qu’est-ce-que vous faites pour déjeuner ? »

 

Didier JOUAULT

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») Séquence 26. La valse joueuse d’Aoste, la bandera c’est rosse.

 

Ydit prétend qu’il n’aime pas l’autoroute. On n’y rencontre personne en train de lire. Surtout au volant. C’est l’ère accélérée d’autoroute. Mais comment joindre une montagne d’été à l’autre sans les rails de Germaine ou l’hélico de Virginie ? D’autant qu’aujourd’hui  est le jour programmé pour une «  Séquence Publique d’Oubli ».

On n’échappe pas au Devoir.

L’étape est banale, le lieu trivial.Ydit d'autoroute             Lieu d’époque ( un moraliste dirait qu’on reconnaît une époque à ses lieux )

Au moins, ici l’Orateur des « Omissions » croise un public captif.
Un homme d’entretien – sinon d’entretiens- aimablement lui demande s’il peut l’aider ?

Il parle couramment wolof,avec élégance. On comprend : tenir quelque chose pendant qu’Ydit s’allège d’une Séquence Publique d’Oubli ?Ydit s’excuse : il n’a pas trop envie de s’attarder. On peut comprendre.Puis, l’été, les OUBLIeS, c’est léger,Ydit l’a dit.

L’Orateur : « L’épisode date de quarante ans. On était dans le Val d’Aoste : vie pas chère, cousins pour l’accueil,le toit des cousins maison de mamie, copains pour toujours, et larges lits de bois dans une bâtisse assez  vieille qu’on n’en comptât plus les murs .

Maria Luisa voyageait à l’arrière de la FIAT, modèle moins que rien, aux reprises de peinture trop visibles sur l’arrogance de la rouille. Elle déroutait dans les virages, légère en aout. Un été sans Devoirs.

Au village, sous les pieds nus des couloirs, la pierre chantait l’oraison de la fraîcheur-le refuge des scorpions. »

                                  Ydit tente d’expliquer un passé aux passants pressés. Un univers d’au-delà.

Délicate entreprise, surtout l’été. RetourL’été on n’écoute pas.

 

« Un soir, ils était allés ensemble à  la fête de «  l’Unita », chaque village avait la sienne, Ydit suivait par affection, il le raconte.

 « Maria-Luisa riait des rires que son mauvais Italien provoquait chez les cousins. La brièveté de son short rouge excusait aussitôt cette faiblesse.

Les militants italiens du parti oubliaient ainsi la morale de la décence propre aux classes laborieuses, cette culture du déni partagée avec les paroissiens. On grignotait dans la main une  polenta bouillante et la saucisse aux piments  dont la densité variable d’un étal à l’autre faisait gloser les imbéciles  touristes français. Luigi voulait essuyer ses mains grasses sur le short rouge de sa cousine, au nom de la Révolution. Elle n’acceptait les mains que sur les fesses. »

« Jamais la jouissive urgence de vivre n’a été aussi forte, goûteuse. Une évidence de la peau. « La Nausée » ?  Tu parles ! Autant dire, ajoute Ydit, qu’on parle vraiment d’un autre univers. Pour beaucoup, à présent : stupidité, vulgarité. »

« Entre deux stands   élevés à la gloire de Gramsci ou d’autres oubliés, Maria-Louisa retrouvait d’autres garçons vaguement cousins mais vraiment beaux, expérimentait l’usage de la langue étrangère. On buvait beaucoup de ce petit vin sans corps, tout en vapeurs vite montées à la tête, irréel comme le raisin d’ici.  

                                     Très tard, malgré les avis de tous, comme on faisait parfois en ces temps, elle avait mêlé des herbes ( menthe ? verveine ? romarin des Indes ? Réglisse des pentes ?) à son lourd vin rouge. aoste le raisin trop vert de la rouge rougeElle en buvait à présent au vol dans un bol de faïence couleur de dent blanche, d’haleine fraîche..

La fête était finie. L’aube menaçait.

Ydit raconte que sur la route, à l’arrière de la Fiat invisible à force d’être minuscule, Maria-Luisa chantait à tue-tête une histoire de « bandera rossa ». Son  buste  léger dépassait de la portière, inquiétant déséquilibre dans les multiples et raides virages de l’Aoste. Elle tenait haut et pas très ferme la hampe d’un balai punaisé d’une écharpe rouge , dont elle balayait le silence comme au soir d’une victoire, criant d’incompréhensibles slogans bientôt hachés par les hoquets de la nausée.

                                     Elle avait lâché la bandera dans le ravin,gagner la cascade il avait fallu s’arrêter au-dessus de la gorge où l’on se baignait le matin, vêtus seulement de probité candide et les seins blancs. Elle voulait faire pipi, elle ne se sentait pas bien, elle ne savait pas pourquoi, mais non pas les herbes, les virages plutôt, les virages sans cesse, les plis d’Aoste.

 

Dans l’ère d’autoroute, passe une Anglaise  véritable  et tirée par un animal imprécis .Elle se détourne d’Ydit : « Vous make des photos dans les lavabos des Ladies ? ..»

Le récit enchaîne : « Au retour dans le hameau, on avait porté Maria Luisa, incapable de gravir l’escalier de la nuit sur ses deux jambes.escaliers de pierre peinte Aoste

Mais bon : les scorpions suspicieux avaient fui devant la nausée brutale, qui souillait les carreaux noirs et blancs du couloir. On n’évite pas la nausée de « l’Unita ».

Selon Ydit, le café du matin, affaire de cousins malins, avait été servi par un grand-oncle hilare : voilà ce que font les idées justes aux jeunes filles gauches. On essayait tout de même de faire grand style pour « la petite »

L’impatient Guiseppe aussi était là. Polo rouge et jean’s pas cher. Il attendait que Maria-Luisa enfin retrouve l’équilibre des montagnards.matins de roi

Elle était sous la maigre douche glaciale. »

Ydit évoquerait  avec délices la pulpeuse blonde à mèches délayées de colorants, compagne du cousin, si l’auditoire de l’autoroute se montrait moins tenu par l’urgence. Mais, ici, pas le temps pour le détail.

L’Orateur des S.P.O. raconte que « Guiseppe est allé bousculer un peu Maria-Luisa encore nue sous la douche – on est entre cousins et pas le jour de traîner. Les cousins ça se permet tout, c’est même à cela qu’on es reconnaît, selon le poète. Puis, l’humeur de l’époque  sentait l’agréable sans façon des jours libres et tenues simples.

Serviette imprécise autour de parties incertaines d’elle-même, apparaît Maria Luisa, achevant de sécher ses cheveux très noirs dans un essuie-mains à carreaux rouges et blancs. Plus émouvant, c’est difficile.

Guiseppe l’aidait à trouver des vêtements propres, ne lui parlait pas de la fête, il avait des gestes brusques  d’homme  trop nerveux. La blonde à mèches peintes expliquait : son homme rêve d’une carrière de pilote de course.ministre et ministère fevrier 2011

Il va très vite en tout.

La place du village permettait à peine le demi-tour de la puissante Alfa-Roméo qu’on lui avait prêtée, disait-il. Maria-Luisa avait pris la place du mort, à côté de l’excité cousin. Ydit s’accrochait à ce qu’il pouvait, sauf la blonde serrée contre sa chaleur à l’arrière, place des nausées. »

Sur l’autoroute où se déroule le récit, de ras gendarmes  passent en voiture, bruns et lents devant les voyageurs qui sortent des édicules, auprès de quoi  Ydit raconte sans ridicule. C’est vrai : nul ne sait jusqu’où la violence du jour se cache.

On patrouille. L’un, œil vert, observe Ydit, qui sourit de son mieux…

Ydit  d'autoroute 2Poursuivant le récit, paisible,  l’orateur ajoute que, « en cette époque, le double débrayage avec reprise à fond ne constituait pas encore un  crime contre l’humanité réchauffant sa planète . Le plus vieux des gendarmes entend, sourit, redémarre en douceur, juste avant qu’Ydit lui suggère de figurer sur la photo SPO 26. Un gendarme en service a-t-il le droit de poser dans les OubliEs ?

Sur les rudes montagnes d’Aoste, Guiseppe jouait à Tintin en auto. Pour Ydit, chaque virage évitant le gouffre tenait d’une intervention directe de la Madone.Place de l'église en Forterre

Mais il n’a jamais su prier. Lors des freinages brutaux de la pente, Maria-Luisa repensait pour de vrai à La Nausée, Ydit ballottait entre deux formes du dégoût.

 

La blonde copine d’arrière poussait de petits graillements confondant plaisir et souffrance : tout un programme de future épousée du pilote. »

Ydit accélère sur les rivages du récit

Il faut peu de temps à une gorge ravinée pour rendre malade un jeune Français voyageant dans les virages. Mais comment vomir son quatre heures quand il est à peine midi ?  Mais toujours nos personnages de plaisir parviennent à éviter le redoublement de la Nausée.

                                                         Vitesse ? Peu importe. un vrai service d'ordreLes fonctionnaires impitoyables conduisent le pilote et ses passagers au terme de ces «  OubliEs » d’été : qu’ont-ils à déclarer, hein,

ces nauséeux de la fête joyeuse,

hormis les têtes tournées par le soleil levant des attentes ?

 

douanes d'amer

 

 

Rien , ajoute Ydit, pliant bagage pour finir la route , rien,peut-être?  Sauf que la nuit est très vite retombée?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT (« YDIT ») : L’oubli comme des taches sur la peau ?

« C’est un peu couleur  triste, aujourd’hui, a répliqué  Zigmund, ta précédente Séquence Publique d’Oubli. On préfère quand c’est plus drôle et surtout plus léger. »

« L’idée de performance repose ici sur la revendication d’une spontanéité, d’une indépendance et d’une liberté irréductible

(liberté de jouer, d’être soi-même, de ne rien faire, d’aller à la rencontre) qui accordent au corps une nouvelle présence au monde. Cette présence aléatoire sert la représentation d’une identité mobile, changeante et joyeuse. »

Article « Performances artistiques en milieu urbain : urbanités et dissonances », Alice Laguarda. LIGEIA,  XXV ème année, n°117-118-119-120, p.186 Edition Association LIGEIA , 2012


vitre des oublies

l’éternel visage de l’instant oublié

SMS de Marcel : « Vu et lu dernière SPO : à quoi bon  provoquer  le surgissement de l’oubli, l’oubli vient vite et de lui-même,

Retour

chemin de ronde

comme les taches sur la peau .. .»


Ydit sort dans le couloir du gîte d’étape. C’est la nuit. Personne.

Ydit : « Dans les bourrasques du silence, les mots sont des grains de sable qui volent.

Cependant, le marcheur du désert avance à la vitesse du vent. Dans l’absence de l’eau, il défriche  des  parcelles de son avenir : OUBLIER.Les plumes mortes
Car oublier c’est savoir vivre à nouveau. Car oublier est un savoir-vivre. Une façon d’être visant à l’élégance intime. »

Etonnante réponse du parleur à  la passante, non ? On peut se demander pour qui se prend c’t’Ydit ?  Cestui là qui s’dit l’Ydit?  (d’ailleurs, avouons le,  heureusement qu’il n’y en n’a qu’un, des z’Ydit) ( ou on irait, si ça se multipliait ? Le chaos? Le verbiage généralisé?)

Cependant, puisque Ydit Y a  et que  nous sommes dans les ripostes reçues :

Francesca, une autre fois : « Ton projet nombriliste  d’oubli, cher Ydit, ça ne me plait pas beaucoup. Moi, en raison de l’histoire de ma famille, je cultive résolument la mémoire de tous pour empêcher la reproduction de l’Histoire.»

 Ydit, sur la place du village, retour de chemin , raconte :

P1130577

on peut faire des photos

Ydit : » Dans le silence mesuré de la forêt, paisible balade , on croyait à la pause du temps , mais dans une trouée de frênes, passe et repasse un petit avion biplace dont les roues sont comme les pattes inversées d’insecte malade.

 Il passe, volant très bas, revient, tourne, suivant les méandres mous du fleuve ici encaissé. Des images surviennent alors,  soudain, venues de la mémoire profonde :

on se surprend à courber le dos, à chercher le couvert des sapins, plus loin que la clairière, on aimerait ne pas porter cette parka rouge et ce sac à dos noir, voila qu’ on rampe à demi, voila qu’ on cherche si l’on voit les autres, on cherche  le regard des compères , les yeux des camarades , on cherche les repères cachésLes stèles d'Aillant  vers le camp secret où les paysans quelquefois vont apporter les œufs, le beurre, les fromages distraits aux vigilants intendants de l’occupant, les temps et les mémoires se superposent, dans le ciel serein de la randonnée  voici que repasse le bas avion, comme en piqué,  comme en recherche, comme en attaque, comme mitraille du maquis,  et même si aucune croix noire ne gâche les ailes, même si tout cela est fini depuis si longtemps, plus longtemps qu’avant sa propre naissance, la naissance d’Ydit,  n’empêche , tant pis, il court à présent au milieu des feuilles, réflexe de base : ne pas se prendre les pieds dans les

entrefouillis de ronces.

les stèles d'Aillant 2

marcher sac à dos dans la mémoire des autres

Réflexe de base : ne pas se prendre les godillots dans le piège des ronces,  malgré tout les copains de devant font des signes, la mitraillette américaine en bandoulière, la Sten (ou quelque chose de cette sonorité là ) ,

sur la nuque le  gris béret glissant derrière la sueur, tandis que Boris le radio survivant des M.O.I. tente vainement de joindre le P.C..,

mais l’avion tourne, tourne, semble piquer, piqué…

Ydit ne va quand même pas mourir là, en 2016,  d’une balle de 44 ?..

     Ensuite, on parvient à une clairière : vrais hommages et fausses impressions  s’y mêlent en une combinatoire étrange, sensible.

P1130985 - Copie

culte païen , pierre levée, paroles

 

A chaque instant le souvenir de l’inhumain gangrène la courte balade légère dans le présent des hommes.

 

 Etiquetté de l’oubli, marqué dans le dos, Ydit raconte ce qu’il fit, aussi , parlant au silence, dans la clairière où la pierre s’est levée pour résister à l’oubli qui se couche.concours résistance

         gravé dans la pierre des stèles oubliées par ceux-mêmes qui les dressèrent.


 

Aussi, la passante une seconde s’arrête, comme n’y croyant pas, baladeuse de rue aux jambes légères d’urbanité consentie. short madrid 2014 2

 

Puis dans la paix illusoire de la forêt cette folie du faux souvenir en appelle un autre, ancien : c’est une souvenir qu’il faut oublier, sans doute. C’était sur une plage d’été, on jouait à se lancer de lourds volants de caoutchouc. Ydit  courait, on croyait qu’il voulait  attraper celui que le vent emporte loin, mais non, mais non,  il courait pour fuir, lâchement, toujours plus loin vers le devant de la mer, il courait jusqu’à se jeter au sol à un mètre de l’endroit où s’écrasera l’objet . img017Plus tard on lui dira : « Dommage, tu l’avais presque, tu es tombé juste à la fin ? »Ydit n’avait pas démenti , mais en réalité seule la peur du choc et du bruit terrifiant du caoutchouc sur son visage avait fait fuir  Ydit en avant, par peur, pure peur du choc sur son visage, sur son dos, dans ses yeux de peu-voyant.

poste police rue Marsoulan 2012     Il s’était  jeté à terre pour l’éviter, par terreur pure, alors qu’il aurait été si facile de changer de direction, de ne pas courir dans la ligne du volant haut lancé vers lui selon les règles du jeu,

              non, il avait  pris la fuite dans l’axe , et il avait ainsi , ainsi été ,

    pour deux minutes, pas longtemps,  non pas le  peureux en fuite, mais  le presque gagnant malchanceux –

cartes et oubliEs N et B

le pur noir et blanc des cartes pour oublier

      On peut se demander si cette illusion involontairement donnée, au fond, celle d’un mouvement, si ce  n’est pas l’image de sa vie ?

 

                        A chaque instant le mensonge de l’illusion gangrène

                       la courte balade légère dans le présent des hommes.


 

Didier JOUAULT

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») : Le début de l’été, quand tout s’envole et s’éclaire ( deuxième partie)

Les fruits d' oubliEs poussent dans le cloître

 


 

 

Séquences Publiques d’Oubli  22 et 23, en coup double.

 

 

Le début de l’été, quand tout prend fin…

                                                          Episode 2 du retrait : séquence 23

                                                            ( rappel voir séquence 22 )


 

C’est un jour de  saine et  belle rupture, dans les fils croisés des vies parallèles : battre la retraite. Partir en retraite. C’est rentrer chez soi pour trier la bibliothèque. C’est rentrer au Mas retrouver des ombres vives et les gestes d’amis

 

Ydit, plus de dix jours après la cérémonie des adieux, Ydit  termine  la séquence d’omission. Elle a duré,  double image dans la cour vénérable comme dans la tour de métal . La mémoire est un lieu bifide : « Ce jour là, l’oublieur a construit les circonstances de rupture avec le soin qu’on prête à une cérémonie sans dieu.

dire les nuits d'OubliEs dans la lumière des pierres

les balbutiements de la dernière parole

La nuit sévère a servi aux rêves de discours, aux balbutiements de la dernière parole qu’on, voulait dire  ici, posée comme un corps sur une planche à voile, mais on oublie tout, le matin. C’est bien. On improvisera .

Encostumé de gris et marqué de rouge : c’étaient les signes austères de la fonction qu’il abandonnait. C’était un retrait joyeux.  Tous portaient les masques rieurs de l’écoute, même si l’ attention parfois dérivait sur d’autres menus ruisseaux de l’existence : rapports à rédiger toujours en retard, rendez-vous non pris, mal aux dents, réunion retardée, mamie malade, oublié d’acheter une autre cravate pour demain. Joseph, éternel promeneur  des chemins du désir et des montagnes, rouvrait en secret un autre pan de la mémoire, et rêvait aux derniers torrents de l’été…

la plage et la voile

pas de cravate pour demain

Ou bien était-ce la fin d’une partie de volley-ball sur la plage naturiste ? Une aile posée sur la lumière du corps?

Le regard s’élargissait aux dimensions du lendemain. »

Avec bonheur, dans son discours de départ, Ydit l’oublieur limitait sa parole au rappel amusé d’anecdotes limpides comme des toiles d’araignée au creux des chemins : on voit au travers, on marche, on mache, on murmure. Il fait beau. Pour tout vêtement un short, une chemise légère, on a encore oublié d’acheter une cravate. Déjà on repère , sur les murets, les creux où saisir les mûres en embuscade.

Nul fil de la vierge ne saurait briser le désir d’avancer. MI47DE~1

Sur l’image du discours, dans la tour d’acier,  tout le monde mérite qu’on parle de lui. Compagnons de route, soirées drôles des missions où l’on cherche un restaurant encore ouvert à cette heure-ci dans la bourgade, histoires de chemins perdus et de derniers verres partagés dans la solitude bienfaisante de la nuit, jusqu’au moment où la barmaid, effondrée, demande si elle peut apporter l’addition.

C’est bien vrai que les Parisiens en mission se couchent tard.

last order sir

« last orders, sir , please ! »

Il y a des histoires drôles ou tendres pour chaque vie.

Derrière chaque instant du récit, chaque figure imposée du discours, Ydit aurait pu mais ne voulait ajouter d’autres histoires, qui auraient parlé  d’amertume ou d’échec ou de rage, ou de tristesse.

Elles ne seront pas dites, elles ne servent à personne.

 

L’amertume ne vaut que sur un doigt  de femme embrassé après qu’il a broyé l’amande.

 

Il faut regarder les oublis en face,

La salle est chaude de couleurs

Ajouter la couleur dans la fenêtre de tir de la mémoire

il faut aimer dire l’oubli, passer à autre chose, promener sa vie en posant ses lunettes entre deux fleurs.

le regard des roses c'est la vie 2

les oubliEs traversent le grillage

 

Au troisième étage de l’immeuble moderne, le discours allait  se conclure.

Ydit omit de déclarer  les mauvais souvenirs comme on négligeait de déclarer un objet, naguère, à la frontière, une pierre de temple Kmer, une colonne brisée : les souvenirs passent clandestinement la douane de l’amer, et l’orateur sème les oublies.parler l'oubli dans le silence du cloître

La séquence est ainsi une autre et cependant la même : séance publique d’oubli,première, fondatrice : le jour du retrait.

                                      « -Difficile de s’y retrouver, non ? »

L’orateur porté par son omission évoquait avec bonheur le métier dont l’âge – désormais- le séparerait. Il parlait gaiment des risques et des joies des années.

pot départ IG 2Il rappelait que partir, c’est se souvenir du meilleur. Il avait pris le parti de la gentillesse, il professait la douceur.  Partir, comme : interrompre sans couper. L’orateur amusait les présents : Partir, c’est désirer. Partir c’est regagner, quitter c’est construire.

« OUBLIER c’est construire? On finissait par ne plus bien comprendre ( mais ce n’était pas nouveau) , et  Jojo rigolait franchement ,et  Jeannot prenait son air effondré, Polo regardait ailleurs…

A la fin, toutes et tous applaudirent, puis quelques-unes (il les aime) vinrent lui parler de leurs souvenirs, leurs regrets.

A treize heures, tout avait été  fini. Dehors, il n’avait pas plu et les bouteilles étaient vides.

Il n’y avait  plus qu’à déposer Le Jules au chapeaules attributs de la mémoire, pour en faire des images, pour le charmant virage.

 -Et vous, Monsieur le sortant, qui êtes déjà parti ? Ça vous fait quoi, de ne plus être là?

Interrogation stupide dans le couloir des départs. C’est comme de demander l’heure à une salamandre, un peu, non ? Mais la vêture  on ne peut plus  dépouillée de la questionneuse exige la réponse (et c’est une amie de joseph, éternel promeneur des chemins du désir, clin d’œil ultime, apparition imprévue dans les détours du discours…)

Il disait, Ydit, qu’il n’a jamais été si libre pour un projet depuis toujours, et pour tous les projets, libre et sans savoir à quel moment cela va s’ interrompre (sauf s’il décide un jour de s’enfuir à temps , à la Socrate), libre mais jamais aussi passionnément inscrit dans la durée : pensez-donc, disait-il,

je programme vingt ans d’un projet qui a pour unique  programme d’oublier…Vous suivez ?

Non, ça se voyait,elle ne suivait pas, cela s’admet. Elle le regardait dans les yeux, et il s’efforçait de même, avec un mérite certain : la vêture n’y poussait guère.

Ydit prend alors son temps pour exposer : il va exploser en paix, se soumettre peu à peu à l’explosion des souvenirs, raconte qu’il  programme  l’explosion  intime de fantômes, posera des chapelet de mines dans la passe, de mines anti-personnel sur le chemin de brousse, qu’il va dans une jouissance  forte être miné de l’intérieur, qu’il entreprend de se laisser aller -enfin- à la joie immense de s’alléger, se dépouiller en oubliant.

 

Il dit tout cela avec un plaisir si visible  la plage nue , dosque l’interlocutrice, cette  amie de Joseph  égarée dans la cérémonie des adieux,clin d’œil ultime, apparition imprévue dans le détour des discours (à la stupeur générale et la satisfaction de plusieurs),

l’amie de Joseph

cessant de le regarder dans ses yeux privés de lunettes,  s’échappe  d’une marche lasse, sans même se retourner. Il la regarde , nulle  nostalgie de ce qui n’a pas eu lieu : ouf, déjà un oubli de moins.

Quant à Ydit, en ce moment où l’été s’envole, dans le miroir mobile de la terre

il n’a plus qu’à  se regarder  bouger

 dans le miroir mobile de la planète :

c’est le début de l’été, quand tout

devient léger,                

enfin.

                                                                       Même le ton grave de l’oubli.

 

« On n’y pense plus. Une perte qu’on ne pouvait même pas envisager autrefois, elle devient à présent une chose qu’on parvient à peine à se rappeler » ( Alice MUNRO, «  Fugitives », Points 2009, p.99 – traduction Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso).


 Didier JOUAULT

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DIDIER JOUAULT (« YDIT ») : Le début de l’été, quand tout prend fin…(première partie)

 

Séquences Publiques d’Oubli   22 et 23, en coup double pour cette fois.

Le début de l’été, quand tout prend fin…mais que tout aussi commence (?)

Episode 1 du retrait : séquence 22

     C’est un jour de rupture, dans les fils croisés des vies parallèles : battre la retraite. Partir en retraite. C’est aussi un jour de retrait pour les pays de la civilisation : engager la brisure du lien.

     Parlées à Paris, les « OMISSIONS » résonnent avec un accent d’outre-manche. Jadis on put relier à dos de  dinosaure  les terres de ce qui devint Londres et Paris. Puis la mer  inventa la distance infranchissable, mais les bateaux de bois, et plus tard les ondes…

…effacèrent l’obstacle d’un trait de volonté. Et voici que, de nouveau, l’ile s’en va du continent.Les mots en feuilles de vent s’effacent avec  le mascaret de la mémoire,

porte capitonnée du Kabinet

les mascarets de la mémoire

nulle page ne s’écrira plus à bord du chalutier où se pêchaient les avenirs communs.

 

Mais Ydit a été invité ailleurs. Une retraite. Être dans sa retraite comme dans un ermitage? Dans le couloir qui le mène à la cérémonie d’un départ, Ydit parle encore : l’actualité n’est pas un objet d’oubli , au moins tant qu’elle ne s’est pas lentement vêtue de sa tunique d’Histoire, la chargeant au passage de fausses perles et de vrais mensonges. Parfois, peut-il arriver qu’on espère un passage accéléré du temps afin d’oublier plus vite ?

des OubliEs poussent dans le cloître

l’Endroit à tout apprendre

 

Il regarde le cloître et son jardin.

 

A ses côtés, rapides et bavards, passent les autres invités. Quelques-uns l’ont connu, le reconnaissent.

Mais il porte en sautoir l’étrange insigne des « OUBLIeS », ça surprend, on ne lui parle pas, on presse le pas.

 -« Ah, très cher, on ne va pas tout de même sacrifier à la nostalgie comme un vieux duc privé de sa terre ? »

Germaine, définitivement dame de la SNCF , ou Sidonia, experte en poussières, n’auraient pas de ces répliques, bien sûr. Mais Ydit est venu pour la fête de retrait d’un homme important, et méritant de l’être (sinon pourquoi venir ?). La salle est pleine.

Vue du fond, ça ressemble à une vue sur la mer depuis un blockhaus, ou au public d’ une partie de volley-ball sur la plage naturiste.                (il n’y aura pas d’image de l’été ?).la salle est chaude

« -Difficile de s’y retrouver, n’est-ce-pas ? » chantonne une ex-inspectrice de la  musique, sans gravité.

Un élu passe, ancien ministre pressé ( en retard ), reconnaît Ydit (on se demande pourquoi).

« Ouh là là,  c’est plutôt un jour avec encombrements de mots lourds ? Des mots pâles et gras  comme le blanc du lard, sous la peau du cochon, non ? » Il rigole, court se faufiler vers le premier rang.

-Une femme qui marche, de la catégorie importance haute, mais nul n’y croit, lui pose la main sur l’épaule, et murmure ( non sans tirer son front à voir le badge «  OubliEs »):

 « Plutôt, ça va être un traité de philosophie pour cour de lycée, un jour de grève des profs ? Chaque discours de départ en retraite est une véritable urne funéraire… »

Ydit ne répond rien. On ignore l’amertume, sauf quand elle est la trace d’un verre de Campari sur le rouge à lèvres d’une femme.

Ydit fait un pas de côté, s’arrête dans une petite cour pour long cours. Une probable future normalienne, émue par sa chevelure grisaille, lui demande s’il va bien, s’il s’est perdu, s’il a besoin d’aide?  » Ça va aller ? » On la devine épelant à vois basse le nom de la maladie de la mémoire, prenant de loin le badge pour une étiquette de vieux mal habillé en maison de …retraite et revers trop long. dans l'arrière-cours se trouve la sortie  Ydit ne demande qu’un geste : la photo

 

Il retrouve le chemin des discours, multipliés comme l’écho de bravoure du picador. Georges et Nathalie, Françoise et Simon cependant lui tendent une main tendre et une oreille complice : Ydit continue (on a pu observer que, en certaines circonstances, il fait preuve d’une obstination de bovin parlant tout  comme la pluie d’été ravine : il n’y a rien à faire, juste se mettre au coin du feu dans la grande salle avec un petit pull et un bon polar,

la tourbe s'il en reste

avec de la tourbe, s’il en reste

 

ou une thèse de socio-linguisique,

en tout cas un whisky à saveur de tourbe.

Et attendre que la parole circule, et passe.)

 

 

Dans la cour prestigieuse, il parle seul. Comme un khâgneux qui s’entraine à la surchauffe.

Dans les couloirs qui le mènent à la cérémonie du départ, Ydit parle encore.

On ne l’arrêtera plus ?  A ses côtés, rapides et bavards, passent les autres invités. C’est l’heure des souvenirs, des remises, le temps de la mémoire fraîche. Il ne faut pas être en retard pour découper l’austère poème de la liste des c -ommissionsla mémoire

 

 

Quelques-uns lui sourient comme à une statue de la Vierge qu’on rencontre sur le bord d’un chemin de randonnée, en Forez. Ydit porte en sautoir l’étrange insigne des « OUBLIeS », ça surprend, c’est quoi, c’est comme d’une secte ? Ou d’un marketing pour une Maison des obsèques? Il aurait mal tourné ? ( Remarque, il n’a jamais été très net, au fond ?).

Deux ou trois pressent le pas. La marée des mots persiste plus loin, dans la salle sombre d’où la foule ne cesse d’entrer puis sortir .

Dans cet admirable endroit, dans cet espace de la scolastique, l’abîme n’est pas loin.

Invité pour une célébration des adieux à la retraite d’un héros véritable, Ydit bâtit la « séquence publique d’oubli »( S.P.O. pour les intimes ) de son propre départ

« Image dans l’image, c’est un peu facile, mon pote », souffle au passage un vieux déguisé en jeune, qui écoute mal et s’en va vite.

Parler de son propre départ pendant le départ d’un autre, c’est comme de mener deux rêves en même temps, l’un  rêvant l’autre ( et réciproquement, ajouterait un auditeur malicieux, mais en est-il dans ce cloître sonore ?)

Parmi ceux qui sont  restés assis  dans la sombre salle chaude pour écouter, on admire beaucoup de plus très jeunes habillés de frais et déguisés de neuf en très vieux beaux de sous-préfecture. Les frisous gris atteignent des pics d’émotion sur les cous plissés des belles dames de jadis.

Ydit est dehors, il ne reviendra que pour écouter le héros- véritable de ces lieux.

Il raconte  l’autre cassure, l’autre retraite, l’autre lieu …

pot départ 1

Derrière les murs de fer

…le  troisième étage, d’un immeuble de bureaux, murs de métal et verre, quartier chic, il y a quelques mois. Du soleil d’automne sur les murs en fer. « L’automne, c’est bon pour finir sans conclure » murmure gravement l’invitée à voix de fumeuse, et s’en va aussi, vers la salle des vénérations posées comme des cierges morts sur un autel abandonné.

Ydit mène la séquence; c’est son job, son programme : « Ce jour là, l’oublieur avait  construit les circonstances de la rupture avec le soin qu’on prête à une cérémonie sans dieu. La veille, Ydit était  venu, portant les bouteilles velues de champagne dans un grand sac de pauvre.

La nuit avait servi aux rêves de discours,

dire les nuits d'OubliEs dans la lumière des pierres

entre les pierres de lumière

mais on oublie tout le matin.

Ce jour là, son travail commençait à midi. Encostumé de gris et marqué de rouge : c’étaient les signes austères de la fonction qu’il abandonnait. Mais en ce temps d’autre départ, pas de badge, pas d’OUBLIeS, pas de double appelé « YDIT »…

                                                     ( FIN de la PREMIERE partie…A suivre !) ( ? )


 

 Didier JOUAULT

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») : Les familles carburent à l’oubli, sinon c’est la franche panade

 

 

S.P.O.21 : Et ta civile ?  Quelques minutes de sonnerie aux mots.

« C’était assez drôle, la S.P.O.,celle de  l’autre jour », dit une lectrice tenue au plus strict anonymat par ses voeux de chasteté. Ce qui se comprend bien.

On ignore pourquoi Ydit se souvient alors d’une visite au musée de Brive. Facétieuse et sans façons, la conservatrice (une grande brune aux yeux pers ),avait juxtaposé deux états de la matièrefemme et squelette musee de brive 2015

Ydit cite, licite: « A choisir drôlerie, on risque d’être vain », alexandrin classique mais archi-nul, d’autant que seule une dict-i-on dés-u-ète assure le nombre des syllabes. On est loin de Racine, mais personne ne connaît ce farfelu librettiste, Moiveaux de Sarygnac. La leçon, toutefois, est bonne.

On sonne. Sidonia. Elle entre. Il confirme : Oui, ce matin Ydit travaille ici. Non, elle ne dérange pas. Oui, elle pourrait commencer par le repassage, ça fait moins de bruit. Non, enfin, bon, alors, donc,voila.

« Donc ? » : récitant, orateur,léger dans l’air, il faut pourtant se plier à la matière lourde d’écrire.

                                Donc, Ydit raconte, touchant un peu durement le clavier :

  « Déjà, marcher vers le gouffre de l’oubli fatiguait le paysage : les balises rouges et blanches de la mémoire s’estompaient sur des troncs penchés que l’âge, vite, fend. Les souches, au pied, annonçaient l’état futur de ce qui bouge encore, espèce d’existence même ralentie, ou ce qui déjà  progresse vers le copeaules oublies grimpent aux arbres

 

  –Bon, disait le public–assez transparent, évanescent, fuyant, ce jour là  encore,( mais  on ne perd pas espoir),  le public d‘une  toute petite terrasse« Bon, alors vous voulez un Perrier ? Vous faites une balade ? Il a pas fait trop chaud ? Et avec toutes ces pluies, vous avez dû … »

 

Marcher, parler, terrasser, oublier, raconter. Ydit se dit qu’il aurait peut-être fallu oser des situations moins banales : traverser Tucson en djellaba, ou gravir la montagne sainte Geneviève juste habillé d’un tablier de sapeur. Ou partir se baigner dans le port accompagné d’amies  seulement vêtues de peu de peau. Bref, se faire un public comme on se fait un café fort.plongeoir Pignan slovénie

 

Pour l’instant, on en est là, une fois encore : une table, un quai (mais serein), des cartes (et des raisons).

 

Beaucoup plus tôt, le  matin,  l’officiante du  distributeur de billets en gare, un peu hagarde, épaule pâle et front blond, quant à elle, regardait  Ydit qui parlait: « Bien bien, disait-elle, ne pensez-vous pas que vous vous écartez ? Vous n’allez pas nous faire le coup de tenter d’oublier  la réglementaire oblitération de  votre billet, tout de même ? ».

    C’était juste si elle ne se mettait pas les mains sur les hanches, pour appuyer l’interpellation, comme une grand-mère de sale conte, une molle mamie mal jouée,  composteur d'OUBLIESune directrice de maternelle dans les caricatures des villages.

Ydit, tendant son ticket se souvint que, longtemps, les employées du chemin de fer ont été connues pour leur culture. Et puis, comment oublier Germaine-des-gares, déjà rencontrée sur nos chemins  d’oubliEs ? « Ah, Germaine » …

   –Germaine ? demande Sidonia, qui surgit précédée de l’aspirateur encore débranché. Il faut dire que la vocalisation du clavier a été activée : on s’entend écrire. Elle ( Sidonia) poursuit son entreprise de dialogue et de mise au net : « Je peux passer l’aspirateur dans votre bureau ? »

Elle peut, puisqu’elle doit. Etrange formule.

   Germaine ? redit la vocalisation (aussitôt arrêtée). C’est la dame de la SNCF. Germaine. Prénom qui tend à devenir générique, faute d’avoir été généreux. C’est ainsi qu’on appelait la tante, dont les rarissimes apparitions brulaient les planches de la mémoire familiale comme le grand  incendie de Londres, ou celui du bazar de la charité. Poilue comme une mygale, rieuse comme un scorpion. Digne de tous les oublis. Dont acte sans tact. Mais la Tante Germaine avait pour époux un contrôleur puis chef de gare (ou dans l’ordre inverse ?). Amusants méandres du fantasme ferroviaire : la tante se fait éponyme de toute employée SNCF croisée dans le réseau francilien des balades.

   -« Alors,bon,  je peux, dans le bureau, le passer, l’aspirateur,  donc ? » : l’état de semi- hébétude d’Ydit devant l’écran justifie les constructions approximatives, mais efficaces, de Sidonia. Elle le sort ainsi du rude ciment de l’écriture, avant que ça prenne.

L’opérateur de séquences publiques d’oubli, un peu gazeux ce matin, l’admet sans réserve : si on se laisse aller, les malices du récit l’emportent toujours sur les besoins de l’oubli. « Restons à l’essentiel ».

      L’essentiel ?

 

évèques 2

L’essentiel , dans le métier d’oublieur avide d’oubliEs, ce sont les origines. Pour être plus clair se tournant vers la patronne de bar (en train de baisser rideau) :« J’oublie que j’ignore venir de quelque part ou de quelqu’un. Que je ne viens de rien de bien. Laboureurs et colporteurs. Rien de noble, rien de marbre. Qu’il faudrait chercher l’origine du monde. Trouver l’invention du monde. Mais que ça ne se découvre pas aux yeux du profane. train , l'invention du mondeChercher dans des livres touffus le long de raides trajets en train, le matin, avec son billet en main, comment inventer les origines. J’oublie que je ne sais pas. Réellement . Ainsi, j’aurai la paix. »

Elle termine sa baisse, hausse l’épaule. Impossible engagement. Chacun le sait : oublier qu’on ne sait pas est plus difficile que savoir oublier.

Heureusement que Sidonia n’écoute pas, tuyau d’aspirateur branché à l’oreille. Elle éparpille la présence

en même temps que la poussière. éparpillements d'oublies cartes   …Elle jette à tous vents les cartes des oubliEs. On s’en fiche, Ydit en a plein, des cartes.

 

Ydit poursuit : « Face à la mairie de M., sur le banc, pendant la pause dans le village où pharmacie et boulangerie étaient fermées à cette heure–ci (et comment vivre, alors ?), j’ai trouvé tous les noms des morts, j’ai moi-même lu tous les noms des pères et des pères, sans nulle part déchiffrer le mien. Je fréquente les places aux héros. »

14-18.

Aux morts pour le France.

ALBOY

     AMOUROUX

           BAUDET

                 BOUCHET

                      BROCHARD

                            CAMENZIND  J

                                      CAMENZID A

                                                 COINTE Adevant l'érection du souvenir

COINTE L

DAGUET DANVIN

DAVERDIN

DELAFORGE

DUMONT

DUVAL

DUSAUTOY L

DUSAUTOY M

                                                             DUSAUTOY E

                                                     DUVIQUET

                                             EMERY

                                                     GOULAS

                                                                GUILLET….

 …l’autre versant du monument, invisible, on ne connaîtra pas les noms des fils, car il ne faut pas quitter le banc paisible de l’heure ensoleillée, il ne faut pas chercher les noms des fils.evèques
A ces souvenirs empierrés, Ydit ajoute, généreux en oubliEs,  la liste des évêques, dont les prénoms dans l’église paraissent inventés par un gadgétiste de studio lourdement poudré  »

 

 

Il raconte ceci, pendant qu’elle ferme le verrou :  » Si je veux oublier, je dois savoir, vous comprenez?.. Qui ont été mes anciens. Ils n’ont rien été que je puisse être. Rien laissé à connaître. Voila pourquoi je lis les monuments aux morts et les registres d’Etat-civil. Voilà pourquoi je cherche les noms des morts. »

 

Il achèva son récit pour la bistrotière agacée qui s’éloignait  en tournant le dos, chargée de cet apparent sérieux, et l’abandonnait sur la terrasse désormais vide, comme s’il était le dernier survivant d’une place des Héros, place des héros Arras nuitle dernier des Mohicans :

« En route, ce matin, sur une butte dont les arbres s’enracinent toujours dans les restes de bataillons marocains laissés morts en 14, une biche s’échappait, hésitant à choisir la sente de sa liberté. Ydit s’arrêta de marcher, de parler. Un garde-chasse désarmé regardant la souplesse des muscles, s’approcha, murmura contre l’oreille:

« Allez, vous savez bien, les familles carburent à l’oubli,

sinon c’est la franche panade».

Puis sortent les cartouches. Pas seulement celles de l’imprimante.



Evaluation :

Le  taux de satisfaction d’oubli  reste bas, et c’est un regrettable constat depuis le début (mais le projet s’engage pour vingt ans). Il faut dire qu’engager l’oubli des noms des morts, quelle arrogance de débutant de l’oubli. Seule l’intégration d’une forte variable qualitative – et subjective- augmente un peu le taux de satisfaction .T.P.E. : en revanche, le Taux Plaisir Emotion est intéressant. S’y combinent le creux de  l’église, la tiède place au soleil, la marche, l’accorte accueil de l’agente du rail, la verdeur sonore de la tenancière,  les auditeurs silencieux comme des joueurs de carte dans une toile de Cézanne, le croisement de la biche ( sous ses formes fluctuantes, généralement humaines). Puisqu’il s’agit d’omission, omettons la voracité de l’aspirateur.

 

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DIDIER JOUAULT (« YDIT ») : Le degré Zéro de la confiture

Le jour semblait avoir commencé avec richesse, et comme sur un coup de dé n’abolissant pas le hasard : sans réveil et sans contrainte. Comme on veut.

Vers 10 heures, un S.M.S. guilleret de V.( Vanvara),qu’on prénomme  A.

(Angéliki) annonçait que le dîner du samedi était impossible, soudain.

Ydit répondit comme il convient en ces cas. Elle se disait confuse, et toute cette sorte de « HUM ».

Pour ta peine, je vais te parler de RAVEL, textote  l’oublieur.

Ne vous croyez pas obligé d’être trop gentil pianote Angéliki   (elle le vousoie).

Ydit : « Je serai bref, usant de l’image au lieu de la métaphore  »  (elle peut comprendre). Elle se plie aux règles du silence. Inestimable Angéliki.


« Voila : cet autre jour, il y a peu, j’avais rendez-vous chez Ravel. D’ailleurs, c’était annoncé à la fin de la dernière S.P.O, la 19. »

Angeliki demande en 140 caractères  s’il s’agissait de celle avec une salopette , qu’elle ne peut s’empêcher de commenter, ou de celle de l’ « à peine pudique séance floue au jacuzzi? » jacuzzi 1Évidemment, c’est une tentative de détournement de récit, un espoir de renvoyer à une S.P.O déjà faite, pour gagner du temps.

« Pas de ça Lisette », pense Ydit en Grec (Angéliki avait des aïeules déesses de l’Attique). Puis continue. Forcément : un type- Ydit – qui se dit  dédié à dire dix ans ( ou plus si les dieux de l’Olympe le veulent ), on ne l’abrège pas ainsi.

Ydit raconte en fragments qu’il avait fixé un rendez-vous pour une Séquence Publique d’Oubli, dans un établissement lui aussi public, dont la directrice l’avait accueilli avec un amical intérêt, et une curiosité de même.

Mal dormi comme toutes les veilles de Première. Ici, Angéliki demande ce qu’il a trouvé pour le sommeil. Ydit, interrompant les saccades du récit : « Molécule ou Whisky, mais je préfère la seconde formule« . Elle s’interroge sur l’usage désuet mais soyeux de l’Ouzo, peut-être ?

Donc, dès le matin, Ydit songeait aux formes et aux dires de la SPO-RAVEL.

Première nécessité les jours d’épreuve : s’éprouver. Tout commence par la course solitaire au bois de V.                A l’autre bout du virtuel,  Angéliki textote, mais n’envoie pas.Ravel, prepa footing

Ydit se promet de résister pendant la course à toute entreprise ( une fois encore ) de détournement footing SPO 20 bis …de pause avec pose ?  De tout ce qui distrait l’oublieur de sa volonté d’oubli. Se prémunir aussi de la possible erreur  d’attention, donc de parcours…Ne suivre que le bon chemin. Et toute cette sorte de tweets.footing SPO2 20

Le temps passait : brève remise au propre après courir (le cadrage préserve les pudeurs)Ravel, douche apres footing. On ne peut pas envoyer des photos sans peignoir, ce serait une autre histoire.

(Angéliki  approuve:  « oXi »)

Jours d’épreuve, deuxième consigne : le végétal s’impose.

ravel déjeunette

Puis, voulu, décidé, programmé mais un peu redouté: S.P.O.Ravel, hop, S.P.O. 20 le moment d’y aller.( « hop«  est plus facile à textoter que : « après mûre réflexion« ).

Marche lente au soleil de juin, approche sereine, éviter le tramway.

Ydit s’amusait   :   Tout ce public serait-il son virtuel auditoire?       (il n’en croyait mot, on s’en doute)Ravel public virtuel 2

Dans l’établissement, un affichage avait bien  été fait.annonce RAVEL

Pour la salle, Ydit arrive en avance, précédé de fraîcheur et de juin,accompagné de la directrice: sur place, deux professionnelles tentent de  conseiller Ydit , opération toujours délicate. Il installe les témoins. Il s’aperçoit qu’il a oublié le magnéto de poche. Ce sera sans conséquence.

affichette CDI RAVEL  Ydit tourne les lieux possibles comme des pages lisibles, cherche l’endroit, il parle à voix basse pour ne pas déranger les rares lecteurs (qui sont ici des lectrices), découvre l’espace propice au  soliloque oublieur.    Clins d’œil.      Ydit image de tête RAVELIl a préparé une fiche où noter les adresses mail de ceux qui l’accepteront, l’accepteraient, vont accepter. Discrètement (au moins affecte-t-il de le croire) un post-it s’est collé gluant au  sec réel de l’oubli, pour faciliter la logique de la Séquence.                                    C’est l’heure.

Puis, le temps vient, le temps passe, le temps va finir, il est temps. PERSONNE. La directrice empathique propose d’aller chercher des auditeurs. Mais ce serait la négation du projet  de S.P.O. , annoncée: On vient, ou on n’est pas venu.

On n’est pas venu, envoie Ydit en 17 caractères ou espaces.

Ydit souriait un peu, l’aimable directrice était navrée ( son aide fut  sans réserve), il répondait que non..  Rien à dire, disait Ydit. Les dames de la salle ne parlaient pas, sauf pour l’au-revoir. Ydit bavardait un peu, souriait entièrement, rangeait les objets comme un élève à la fin d’un cours qu’il a séché, regardait l’horloge : 15h25, ici depuis une heure, on commençait à lasser l’auditoire- si on osait dire. »

                                                Fin de la S.P.O. RAVEL


( Il n’est pas impossible que, dans la succession vaguement fébrile d’envois de textes et photos,  tous en format MSM, Angéliki ait raté quelqu’étape de cette S.P.O. à réceptrice unique, et plutôt virtuelle.)

Angéliki réplique par un dernier S.M.S. :  » Et vous avez tout quitté sans avoir rien oublié ? »

Mais, à cet instant, l’appareil signale que la batterie est vide, et qu’il n’y a pas de réponse possible à cette intéressante question.

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Didier JOUAULT (  » YDIT » ) : SPO 18 Les voisins : des ouvriers. La table : du Formica. Les serviettes : du papier.

 

 

SPO 18 /   Les voisins : des ouvriers. La table : du Formica. Les serviettes : du papier.

 

Temps premier, jeudi,  8.07-8.18

Aussi c’est ainsi que le récit se dit, selon Ydit.

     Le cafetier (servant un grand noir) : « Alors comme ça, vous marchez dans notre région ?  Vous garderez votre chambre ?»

 Ydit répond que c’est une belle région pour ça.

     Une jeune femme  habillée d’un pauvre ventre, arrive, accroche le cafetier, l’embrasse quatre fois sur les joues , accepte un petit noisette, s’accoude au comptoir de zinc ancien, ils baissent la voix. Elle dit que de marcher c’est comme d’oublier, c’est comme d’avancer loin des souvenirs de tout le monde. Elle aimerait avoir le temps de ça, être assez riche pour. Elle comprend le double dur devoir d’oublier, déambuler. Ydit, bon prince pour une fois, renonce à lui refiler un souvenir comme un zeste de peste en pièce.

On ne peut quand même pas être nuisible avec tout le monde. Il paie les cafés.

Deuxième épisode, jeudi, 10.17- 17.43

     C’est juste le plaisir de la démarche, souple et de plus en plus fatiguée avec l’heure, le chemin de l’Omission. Peu à peu : soleil, bonheur de la marche, dénivelés, sueur , endorphines, comme un nouveau printemps  du premier désir : pas envie de revenir.       lien rompu manteau                 On dépouille le vieil homme, on le confine à la perte des couleurs.

On en pose la défroque sur le bord du sentier. Ne plus s’occuper que de rien, que de s’alléger, devenir bouffée de vent sur la nuque sale d’un Percheron, caresse en sable pour un brin d’écume.

 

lien rompu manteau 2

Tiers Etat : soirée (après 22h, vous avez le code, faut passer par le parking)

Ils sont quatre à table, à côté : « 10 euros 50 avec le café, ce qui est marqué en bleu, c’est fait maison »

Les voisins : des ouvriers. La table : du Formica. Les serviettes : du papier.

C’est l’hôtel -restaurant de la place.

« Merci ». Il tend la salière. Alors, vous, c’est  vous qui faites la grande balade, qu’ a dit le patron ? On sent l’air d’un soupçon.

Toute occasion est bonne, cependant, pour l’oublieur  cheminant : on y va d’une petite Omission pour la route ?

Le plus jeune – il boit du coca zéro :  « bon, bah, voilà, c’est que nous on travaille très tôt demain sur le chantier… »

« Remarque, dit le chauve ( il boit un quart de rouge) : ça dépend, c’est long comme histoire ? »

Ydit demande : « Quel chantier ? »

Le Turc ( il s’est dit Turc en demandant le menu à 10.50), « On peut avoir un truc sans de la viande ? »

Le quatrième, posant l’atout du menu : « Alors, c’est quoi, au fait ? »

Pendant ce temps, à une autre table,un plutôt jeune en habit de compagnon charpentier finit son verre d’eau, paie au comptoir, se fait donner la fiche

( l’affiche ? A l’affiche : Ydit !!!) puis s’installe à côté pour écouter sans écourter.

     Ydit sent le frisson de la gloire lui griffer les mots dans la mémoire et des gouttes de bonheur parcourir ses chevilles : quoi, cinq d’un coup, on fait bar comble ce soir, à défaut de table rase. Bientôt il faudra un  Agent ?

Des gardes-champêtres pour contenir la foule ?

un vrai service d'ordre - Copie

Il entrera  dans une légende ?

 

 

 

 Réf : « Grand ménage de Printemps », Festival  de CUCURON-VAUGINES 2016,  » Générik Vapeur »

  Des billets, des hot-dogs ?   De la famille pour les vendre ?

Pendant qu’on y est ?    billeterie Grand ménage

-C’est une micro-histoire, pour vous, les gars, ce soir
-Oui, parce qu’on travaille, demain, nous autres.

 

Ydit raconte que, sortant la carte I.G.N. vérifiant un croisement, » Il a fait une photo pour l’une, envoyé un SMS vers l’autre. Plus tard, un moment de lumière dans les nuages, image à garder,  il ne trouve plus le téléphone. Il y a tant de poches, manteau, pantalon, sac à dos,kangourou. Alors, il s’appelle lui-même. »

L’expression passe aussi mal qu’un texto soir d’orage. Les cinq du 10 euros 50 font la moue. Le patron quitte le zinc, s’approche : il va y avoir des trucs à raconter au marché.

-« Tu t’appelles, euh , tu te cries dessus ? »

-« Non, j’ai un second  téléphone, pour le travail. Mais rien. »

– « T’entends même pas que tu t’appelles, toi, et tu ne te réponds pas ? » 

Ydit laisse passer un temps, service d’île flottante, garantie origine Métro, que le patron apporte en vitesse. Il voudrait savoir comment on peut s’appeler sans se répondre. La question vient :« Et alors ?», c’est la pire. le lien rompu 3Alors, rien.

YDIT : « Je me suis assis et je me suis raconté que j’avais atteint le but : tout oublié dans la mémoire du téléphone, plus rien, plus de famille, plus d’amis, plus de photos de route, plus de contacts sauf avec l’absence, le silence, l’oubli parfait des messages sans destinataires. La grande cassure. Une réussite d’oublieur comme les concurrents même n’en rêvent pas. Pour une seconde, on savoure l’étrange double désir de l’objet : ne pas le chercher/le chercher. Ne plus apparaître sur aucune carte.

– C’est cher , un téléphone, dit le charpentier, ça coûte pas rien.

Les six observent, l’Ydit l’oublieur qui se dit comblé. Pour un peu, ils se mureraient en tribunal. Bernard présiderait : « Accusé, tout ce gâchis, pour si peu ? »

Ydit parle, vite, vite : « Non, il n’est pas resté assis au bord du chemin, comme soudain jouissant d’avoir accompli d’un coup unique le projet d’oubli, par ce geste manqué tant réussi. Oui, certes, puissante, savoureuse, sucrée, la tentation du retirement. Allez, assez joué, on en reste là ?On ne touche plus aux plis des cartes et des mains ? L’attrait du retrait, oui, bien sûr, et cette perte aurait été un signe (le destin ?) : le moment de tout arrêter était venu. le lien rompu 6

     Mais, continue l’oublieur, avec de grands gestes, mais cela ressemblait à une crise cardiaque de la mémoire. Moi, ce que je veux, c’est lentement savourer les glissements délicats de l’oubli, l’un après l’autre, grâce à des amis comme vous. »

Amis ? Faut le dire vite, expriment les regards. Pas clair tout ça. Puis, ce mec, il charrie, tu parles d’une histoire, tout ça pour un téléphone perdu, c’est des sous, d’accord, mais …

Donc, j’ai rebroussé chemin pour retrouver la mémoire, enfin, je veux dire le téléphone. Je m’appelais de temps en temps, mais je ne m’entendais pas . Finalement, après plus d’une heure de retour sur mes pas : l’éclat de l’écran sur le chemin de boue  . le lien rompu 4        

L’ombre qui restait de moi a repris contact avec les ondes du monde.

– Et, je comprends  toujours pas, excuse, on n’est pas de la ville, mais t’étais content de le retrouver, ou pas, au final ?

Ydit hésite sur la formule, le patron commence à desservir ( les tables et l’histoire) , il ouvre à 6h45, les jours de marché, sur la place : «  Ydit ? Alors ? Content de revenir?»

« Alors, OUI, content de retrouver,mais  vous savez, c’est banal, je préfère m’en occuper moi-tout-seul, et, prenez-le comme vous voulez…

                                         

je n’aime pas qu’on m’oublie à ma place.

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