Un moment d’audacieuse innovation et d’entreprises sereines (2)

 

VŒUX pour 2017

Que cette année soit sans réserve….

un moment d’audacieuse innovation et d’entreprises sereines

cle-sous-paillasson-voeux-2017(carte : Plonk et Replonk,  Suisse; l’inventeur de la ‘clé sous le paillasson’ testant son invention sur lui-même)

                     …mais aussi, pour chacune et chacun, l’occasion de tracer

                                                               sa

voeux-au-compas

                       propre route, avec justesse, sur  l’horizon de la finesse.

Aussi,   en revêtant les dépouilles de la mémoire

                  pour mieux inventer le…

chemin à venir !      habits-dpoublies-25-12-2016

                                   Amitiés fidèles !                  Didier JOUAULT,

( yditbog.wordpress.com)


Didier JOUAULT

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34- Séquence Publique d’Omission numéro 34 Les fauteuils, c’est vrai que ça roule vite à noël .

Séquence Publique d’Omission numéro  34 noel-au-perron

Les fauteuils, c’est que ça roule plutôt vite à noël

Aujourd’hui n’a pas été faste. Le public s’arrête en regardant Ydit, dont la ressemblance avec le père noël n’est  pas frappante. Pourtant, les produits dérivés de l’Omission  sont supposés ajouter à l’attraction de l’Orateur. objets-derives-2

Une fillette louche un peu  et demande à sa mère pourquoi  Ydit n’offre pas de cadeaux à la sortie du magasin ? Agressif, un quadragénaire bègue et pressé reproche cette idiote campagne pour le « oubliés » : On n’oublie personne, mais ça suffit comme ça, avec la mauvaise conscience, dit-il, ras-le -bol, les z’oubliés, les z’indignés, les Zanlogis,  les Zanpapiers, c’est noël, ou quoi ?

Quelqu’un s’arrête au milieu de sa bienveillance : « Alors, vous avez repris le chemin  des Omissions, Ydit ? Votre petit truc sur les gens à la République, la dernière fois, sincèrement, c’était plutôt nul, on aurait dit un article dans « Machin métro ».-

–Moment d’oubli des rigueurs de l’omission, pardon. Petite faiblesse. Mais vous avez une minute pour une OUBLIe , je manque un peu d’écoute ? C’est noël.

–C’est long ?

–D’oublier, interminable. De raconter, ça dépend des gens, et des cas.

–A vrai dire, là, avec ce temps, j’allais au sauna.

–Ou au hammam ?

–Les deux, sec et humide, sel et sucre, noir et blanc, chaud et froid, tout mélange est une fertilité. Je vous emmène.

A l’accueil, on a donné une serviette, un cadenas, les deux outils de la pudeur .

La plus vraie des pudeurs, c’est la vapeur d’oubli sur la vitre de vivre. vitre-oublies-hammam

-L’auditeur : « En échange, je choisis le thème. Noël. »

Ydit : Dommage. Bon, alors, c’est en deux journées .


 Journée 1.

Ydit : « La secrétaire particulière : ‘M Sieur Ydit, le chef de cabinet voudrait vous voir.

–Là, juste maintenant ?’

On sentait que la secrétaire, par son bref silence, exprimait la stupeur qu’un type, dans un bureau, deux étages au-dessus, pose encore la question.

Ydit : «  Ivan, le chef de cabinet tapait sur son clavier, rapide et massif. Tournée de fauteuil ergonomique. Commençait alors l’une de ces vagues et confuses discussions : aujourd’hui , encore une fois, qui allait -t-on pouvoir trouver tout de même pour présider la Commission sur le Temps, alors que toutes les pointures proposées s’étaient défaussées ? Allez donc, pensait Ydit, une commission sur le Temps mise en place par un ministre, autant dire un programme de protection des mottes de beurre inventé par « Les amis du soleil ».

‘En fait, dit l’auditeur, chaleureux ( comme son lieu l’indique) , le mieux c’est de commencer par le hammam. Attention, ça va brûler. Donc ?

Ydit : « Donc, ça mégottait sur le personnage, on n’avançait pas. A chaque nom, Ivan expertisait la bio, en particulier sur un site d’accès plutôt confidentiel.

-Il avait le droit ?

–Il était chef de cabinet. C’est pas un peu chaud ?

Ydit : « On cherchait, soudain la porte- vieille porte 18 ème, très bonne famille, douze quartiers de noblesse de chêne-, fait apparaître son Excellence. plafond-dore-2

 

Suant et gesticulant sous les cheveux un peu toujours assez  frisouillants, l’air fatigué d’un qui venait de répondre vivement aux arrogantes questions de l’opposition . On l’aurait plaint.

 

  IL tenait la porte ouverte, il regardait.  Furieux. Pas la peine de le dire. Mais IL  le disait :

« Ivan, tu sais ce que je viens d’entendre à la radio en revenant ? J’hallucine, Demain, c’est la journée mondiale des fauteuils roulants ? oublies-et-jambetteTu m’entends ?

 

( Ivan entend, mais il ne comprend pas)

 

( si, il vient de comprendre : yes, les fauteuils, ça va être sa fête ).

« J’hallucine, persévère  l’Excellence. Journée mondiale, et moi, le France, je fais quoi, tu peux me dire ? Je vais où ? Je parle à qui ? Comme si c’était pas une priorité du PR, je vais lui dire quoi, moi, au PR , hein ? Non, j’hallucine. »

 

Ivan s’était retourné sur son clavier, il pianotait , cherchait des trucs, des idées, à la hauteur d’un fauteuil et d’un PR.

–‘Bon, allez viens, on va  voir ça. Et vous ( il désignait Ydit du menton, il ne lui avait pas encore dit bonjour, mais il lui offrait son menton, ce qui est agréable ) , vous , restez là , c’est votre truc ça, on aura peut-être besoin de vous.’

IL abandonnait la porte, qui se fermait à demi sur Yvan, plutôt inquiet, mais qui LE suivait dans le célèbre couloir vers LE bureau. vers-son-bureau

YDIT vers l’auditeur: Bon, ça brûle pas mal quand même, ce truc. Ensuite, on se plonge dans la petite piscine à cinq degrés, c’est ça ? .. Certains survivent ? C’est comme de travailler avec une Excellence.

Ydit : « Dans le bureau d’Ivan , Ydit faisait quelques pas , regardait par la fenêtre . C’était joli, les ministères, sous la neige.anciens-combatants-sous-la-neige-decembre-2010 Çà faisait calme, ça faisait noël, sweet home, home navy , candies, veggy,  

et paix des braves.

 

Sans le chercher, Ydit voyait que l’écran d’Ivan conservait  plusieurs des requêtes sur « journée du fauteuil ». Entre autres : «  Restauration d’un fauteuil en 24 heures ». Pas mal du tout, pour un élu. Aussi : «  Journée de la Jupe ». Puis «  La journée des Dupes ».Joli. Ou encore «  L’Artisan chez soi, prêt de matériels et conseils  pour débutants». Très bien pour un ministère. Bref, on aurait pu s’égarer.

Sans même retenir la porte ( restée très 18 ème  dans son ressort) , Ivan, de retour , disait : «  IL veut quelque chose avant ce soir ». A la question de l’agenda, réponse : on se débrouille, j’ai vu avec LUI,

       tant pis on supprime la séquence coaching

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LE maintenir en forme

sportif dans les appartements.

 

 

Un peu de temps passa, raconte Ydit. Puis on a trouvé.

 

Ensuite, banalité du métier, bricoles : prévenir de la visite-surprise

( ‘bel intérêt montré au sujet, n’est-ce-pas, mais c’est une question qui LE préoccupe, vous savez’),

le plus dur,

faire comprendre à Lactadine, l’attachée de presse toujours surmenée,  mais prête à tous les bons coups,

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l’attachée de presse veillant depuis sa fenêtre

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récupérer les chiffres , vite vite, les bureaux vont fermer, c’est pas le Directeur qui va connaitre les chiffres…

 

 

 

L’auditeur du sauna  est allongé sur le lit de repos dans la salle pénombreuse. Un auditeur, ça se ménage.

Il dit :«  Les chiffres, au fond, c’est comme les friches, ça attend juste qu’on les retourne, non ? »

 

Ydit raconte que ça tombait bien, il n’avait rien prévu ce soir. La secrétaire demanda si, pour le plateau, il préférait viande ou poisson ?  Poisson, c’est plus léger pour travailler, surtout les Éléments de Langage.plateau-repas-bureau

21h50 , ligne directe, le directeur de cabinet, actif numéro Deux, redoutable intelligence doublée d’un suave humour : ‘ –T’as pris viande ou poisson ? (sans attendre). Moi je prends toujours potage et coup de rouge. Bon, ça en est où  alors pour le gang des fauteuils ?’


Journée  2

Au matin, tout était en forme pour la visite de 16h, y compris le dossier chemise bleue pour LUI. Cette fois cela allait vite, on était « mode ASAP ». Comme tous les jours. Agréable formalité pour Ydit, le petit déjeuner «  prié/privé »monté en urgence dans un salon des appartements publics, pour les deux personnalités que LUI allait rencontrer cet après-midi  : jus d’orange pressé minute dejeuner-a-3-salon honorer, …expliquer, apaiser, anticiper, confiturer. On a rarement vu qu’une personnalité non politique ne soit pas sensible à l’ineffable et très 18ème petit déjeuner prié/privé dans les salons.

Vers 15 heures, Ivan et Ydit étaient sur place. Haut Comité Français des Fauteuils. Il y avait  aussi l’officier de sécurité, discutant avec son collègue de l’arrondissement, une Lieutenant qui visiblement l’impressionnait parce qu’elle savait y mettre des formes. ‘On posera deux personnels ici pour réguler la circulation de sortie, et un là et un ici pour l’entrée, ça va suffire.  De toute façon, avec ce budget, on n’a pas d’effectifs, et puis vous auriez pu prévenir avant ? C’est pas d’hier qu’on connaît la journée de fauteuils, si ?’

                                            A l’intérieur, Ivan et Ydit faisaient le parcours de visite, evenementiel-en  expliquant la vie aux invités, aux employés, aux égarés. Tom, un charmant blondinet bilingue Français/Youtube, promenait sa mini caméra, repérait des plans pour sa séquence sur le site ministériel. Le photographe officiel officiait. On était fin prêts.

– Et naturellement, ça n’a pas marché comme c’était prévu ?demande l’auditeur hammamé, en se dirigeant vers la sécheresse amicalement féroce du sauna..

Ydit : « 15 h45, portable, c’est LUI en direct. ‘Bon, Ydit ? Je suis en voiture, je serai à l’heure, je comprends rien à votre dossier, c’est nul’. Suit alors une série de questions, au fur et à mesure qu’IL passe d’une ligne à l’autre, découvertes  sur banquette de cuir, joli titre presqu’aussi bien que ‘la Madonne des sleepings ‘,non ?’ Et des Auxiliaires de vie, sur mon budget , pour les fauteuils, j’en ai combien ???…Mais non, c’est pas dans le dossier, ou alors c’est pas visible, c’est nul, je vous le dis. Bon, j’arrive, je veux ça sur le pupitre pour la conf. ‘

Quand il arriva,  on avait  vérifié ou complété les chiffres, en mode ASAP . On substituait le feuillet griffonné à celui du dossier. Regard de LUI : autant dire le cube inversé de «  T’as de beaux yeux tu sais ». Avenir possible : genre Titanic pressé d’en finir.

Deux ou trois autres amateurs de chaud-froid vont et viennent, du hammam vers le sauna, des douches chaudes vers la piscine froide.

Ça bavarde, ça parle foot et boutique , menus et kilos de noël.

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On est sans mal  entre mâles.

Ydit range les instruments de l’Omission.

Son auditeur demande si la visite a eu lieu ?

 

Ydit : « A l’intérieur, la mauvaise humeur de l’excellence avait grandi. Deux journalistes seulement, et pour des revues minuscules comme un électorat du Parti Radical.

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A la sortie :

‘C’est nul, je vous le dis à tous les trois, vraiment, même toi  Lactadine, t’aurais pu te bouger tes fesses, t’as vu le fond de cuve de ta presse? » Ivan essayait que, d’accord, mais de toute façon au moins IL pourrait dire au PR qu’il l’avait fait, au moins. Comme ça. Pour dire ».

 

Silence de Sahara jour sans vent. IL part. Comme IL n’avait pas dit bonjour ni merci, pas de souci de ne pas dire aurevoir.

Sur la dalle, Ydit bavardait un peu, agréablement, avec les fauteuils roulants.

Dans la voiture du retour, Ivan disait qu’un chef de cab ne devrait pas dire ça, mais que franchement, avec tout ce qu’on leur file comme aide et comme pèze, les fauteuils, ils nous roulent ! Il s’esclaffait, le chauffeur ne comprenait pas .

Le soir, dans les couloirs du silence propre au pouvoir, la mémoire fait un bruit de verrou.

Sur quelles pentes cognent les fauteuils de l’histoire quand ce sont des fantômes 

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Installation de Elodie LEMERLE, photo idem, avec remerciements

qui les tirent et l’étirent ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Didier Jouault

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33- La France, vous êtes beau,toi. Séquence Publique d’Oubli numéro 33

La France vous êtes  beau, toi !

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Échappant au métro, sur le quai de la gare, sans égards, il y a Germaine (figure totémique).

Elle évite les retards hagards, elle sauve  les perdus de vie,  germaines elle remet sur la piste ce qui déraille, défouraille du verbe et trouve le chemin de faire.

Voyant Ydit, mal déguisé en grognon voyageur de bon commerce,plan-americain-gare-manteau  Germaine s’amuse : « Alors, quoi ?? Encore vous M’Sieur Didi ? Encore parti pour des errances, des patiences, des nulle part ? D’un bon pas, vous vous la jouez particules élémentaires, à présent? »

Ydit se dit, sans dédit, que notre  Germaine a dû suivre le stage d’évaporation des inhibitions, celui de Noel. Il s’approche.   composteur-doubliesElle : « Vous pouvez pas vous loger calmos, un peu, que ça nous fasse une RTT, au lieu de bouger comme un crocodile trop branché ? »

Ydit raconte que, surpris par l’apostrophe comme une période par l’apocope, il bredouillait ( d’autant qu’il faisait froid sur le quai ) :

« Germaine, pas de retard, pas de hasard , pas de lézard en charentaises, pas de hagard ni de têtard sans queue, je vous assure, mais vous croyez quoi sous la caquette ?sncf-sur-loco..Je marche, c’est tout.»

– Donc je suie, comme disaient les copains au charbon de la Bête Humaine?

–Moquez vous, Germaine, moquez vous, moi  je pars.

–Du genre à se regarder dans la vitre sans train, n’est-ce pas M’sieur Ydit ?  La vide vitrine de veuve blanche, où ne passent que les soupirs des locos de madame ? Des locos hâtives, quel coco ! Alors, vous allez retrouver une jeune fille à la fenêtre,spo-33-sepia-fille-fenetre-graphe_ la numéro 17 ?

–Vous avec bu, Germaine, ou c’est que la ligne SNCF vous offre la poudre d’escampette gratos en  fin de règne?

–M’sieur Ydit, otez la pelure et posez-vous là,   prenez le comptoir de Germaine, installez-vous , c’est pas le temps qui vous manque ! accueil-gare

Voyez, d’ici, vous comptez les wagons jetés dans le paysage comme des poignées de grain ou de poivre dans le dessert .  Vous savez quoi, ce qu’on dit dans mon métier de Germaine, eh bien : le départ des gares est le crédo des héros.

Ydit raconte que, séduit cette fois encore par la verte verve de Germaine il l’écoutait. « M’sieur Didi, pardon, là on s’écarte, on s’embrouille, on se grignote le ballast. Donc, sinon? »

L’orateur silencieux se demande « sinon quoi ? » et elle, Germaine, d’un geste  les-yeux-rouges«  Ce maintenant, c’est vers où qu’il part, avec ses gros yeux rouges , l’z’Ydit ? »

Ydit raconte qu’il répondit qu’il venait  de  la République .

–« Non, sérieux, la république, tout le monde y va-et-vient,ydit-place-rep-avec-graphe-ydit et quand c’est pas Finkielkraut, c’est Marcel Gauchet, quand c’est pas Walt, c’est Disney ou même Jacob et Delafon, – alors , tu parles. »

Aussi, Ydit il en vient ,vraiment, il dit, de la République. De toutes les places de la République ( il y en a environ 1234 en France, rues, places…).Souvent, avec leurs cousines  « de Gaulle » ou « de la Libération », elles ont camouflé les rues du Maréchal et les avenues Pétain, si nombreuses en 39, mais avec les rayons x , pas difficile maintenant de voir qu’il y a encore les sacrées taches  de l’ancien sous le  mince  vernis nouveau.

-« Donc ? Si on s’y remettait, Didi ?

– A quoi, Germaine ?

–A des Z’omissions, comme d’habitude. Moi, ça me distrait, les z’omissions.

–Vous croyez qu’on va encore pouvoir lire le Duby sur Bouvines, les soirs d’hiver, ou alors on va refaire l’Histoire ?

– Bon, si vous le prenez comme ça, tout ce que je peux dire, attendez, c’est que le 16h47 pour Crécy part toujours à 16h47 vers Crécy. spo-partie-de-train-restant-en-gareLe ratez pas. Le reste j’en sais rien. Mais vous me montrez pas les photos de votre Marmonephone ?

Ydit raconte qu’il s’est approché de Germaine, et qu’il a fait défiler la place de la République.

« Regardez : dans mon défilé sur la République, ce samedi, Germaine,…

…il y a des gamins qui flottent et rigolent si on parle de Newton, planches et France je vous aime, eux, sur la planche

Il y a des argentines de Carcassonne et des immigrés de Passy dansant danseursla valse de Vienne au son d’un ampli désaccordé, et France, je les aime, toi.

Il y a des presque même pas amis, ils  se sont assis par terre dans le frais bitume , et qu’est ce qu’ils font ? Ils se regardent, ils se sourient, juste ils sont là, ils attendent que le bonheur des yeux passe d’une patience vers une tendresse…assis-a-se-regarder-en-couleurs

…ne font rien d’autre que se regarder depuis le puits du sourire,

et France je nous  aime dans les yeux du silence

Il y a le chignon du stand qui demande si on le veut très cuit, et la jolie rousse à gauche répond que oui,le-stand « OUI » elle dit la rousse Julie,

et derrière on devine les cars de la force de l’ordre,

et France je l’aime ton chignon délavé

 

Il y a des drapeaux, des couleurs, des mots contre  manif-drapeaux-jauneset des mots pour  et encore contre,

et France je te les aime

tes démons des mots dévots

Il y a un orchestre d’amateurs très habiles orchestreet très fouillis mais et ils vont jouer Ravel ou Bartók sans fausse-note, place de la République, à 16h,et France je les aime  tes lampions frottés de vent frais

Il y a des barrières qui se sont mises sur leur trente-et-un parce qu’elles n’aiment plus le quarante-neuf-trois,barrieres-maquillees

et leur maquillage coule un peu, mais peu importe

Il y a une chorale de quartier connue dans l’univers entier qui demande ce qu’elle pourrait chanter pour faire plaisir, et les passants reprennent en chœur des chansons qu’ils avaient oubliées, et France je les aime tes notes fausses comme des réveils tardifs…oui, Germaine,
chorale

Il y a tout ça, Germaine, tout ça en même temps et en paix sur la Place de la République, et moi qui passais par ci par là.

Et, France, je  t’aime dans leur République de grâce et de surprise, sur leur bitume de mélange et de sourire, je les aime sous  leur statue éclairant a giorno  leurs têtes à têtes de toros  malmenés qui sortent soudain vivants de l’arène, foule-quai  dans leurs vêtements de grisette XIXème retaillés façon à la dimension du rap de Montauban, dans leur silhouette de soubrette aptère qui découvrirait tout de même son envol…

Et prenant le train, voyez-vous, Germaine, dans le wagon, je vais la regarder  la France  des je vous aime, la France de tous ceux-là, toute libre comme une main de lumière passée dans la chevelure tressée de tous les avenirs, une main oubliée toute vive sur des seins ronds comme les spirales du ciel un matin après l’orage. »

By.    didier JOUAULT
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Didier JOUAULT Séquence Hors Série : essayons de comprendre : Sai Kwa Kidi YDIT ?

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Sai kwa  ki di YDIT ? (Ou quelques aperçus quant aux  » séquences publiques d’ouibliEs »


 

Une fois encore, il faut répéter l’idée simple : ceci n’est pas un message. Il n’y a rien à comprendre. D’abord, incontestable, il y a le projet d’un jeu avec la mémoire,

une tentative d’effacement d’un moi parisienvitre-des-oublies

Dans la vitre du présent, le passant voit l’intérieur de la boutique,  mais aussi l’extérieur de la rue. Surtout, il voit ce badge : OUBLIeS.
On ne doit pas le prononcer « oubliés ».

Au contraire, c’est un jeu de mots sur ce qui n’est pas encore oublié, mais qu’on va digérer, distribuer, séparer, alors que la nuit de la vie tombe. « OUBLIeS », c’est le nom de petits gâteaux vendus au cœur de la ville médiévale.crieur d'oublies Parsi médiéval

 

 

 

 Ce sont des fragments de saveur sucrée à forme d’hostie large. On les grignote au milieu de cette fameuse puanteur bruyante des ruelles qui façonne la conscience urbaine de l’homme médiéval, et qui décrit assez bien, aussi, l’environnement culturel (médiatique ?) des années en cours.

Car, tout de même, les « Séquences » ne disent pas que du vide.

 

A travers les« Séquences Publiques d’Oubli», sont ainsi mises en circulation des «oubliEs », qui – à l’instar de toute gâterie, comportent deux faces : paroles/images.la-voyageuse-endormie-3 Comme dans la nuit des voyages intérieurs.

ENSUITE, c’est bien d’oublier qu’il s’agit.  En effet, en principe, la volonté est de passer à la trappe les souvenirs (mauvais de préférence, sinon à quoi bon ?).

Toujours, les images tentent le jeu de l’évocation, comme des échos, des compléments.


 

C’est le dur désir d’oublier. le-dur-desir-doublierEt l’ambition (un peu folle ?) reste de les effacer, les souvenirs noirs ( parfois légers toutefois), de les renier, pour s’en alléger, pour que passe le temps. Mais ce sont des mots, on ne peut tout de même pas les prendre au sérieux, trop. Le projet va donc durer tant qu’il restera des souvenirs ET la capacité d’en énoncer la forme en tapant sur un clavier d’ordinateur, en trafiquant des images.

a-maynet-porteuse-de-lumiere

encore merci à André Maynet

 

 

Des jeunes  souvenirs  impubères tentent le voyage dans la nuit des oublis.

L’orateur est nommé par convention YDIT : prononciation populaire de il dit .

On le reconnait sans aucune difficulté sur l’image.omission-et-murs-mpt-spo Il s’y représente à chaque fois au cours d’une séquence d’oubli.

 C’est que le projet vise à une forme discrète de performance. L’orateur est en public. Il se vêt des attributs de sa fonction, rapidement stabilisés : badges « OUBLIeS » à ruban bleu, affichette « OMISSION» fixée comme on peut, lunettes rouges grossissantes de mémoire.

À présent, on doit reconnaître au premier coup d’œil. Dans l’immense majorité des situations, un spectateur, un passant est auteur de la photo. Le plus souvent, il y a peu de public, très peu, et c’est toujours un public improvisé, fuyant, goguenard ou férocement étonné. La difficulté est de retenir un public avec des silences. YDIT va trouver d’autres façons, bientôt .


Rigoureusement respectueux.

photo-du-silence

Pour les photos les plus intimes ( probablement des nus non publiés mais accessibles, et la nudité ici est à percevoir comme pur symbole paradoxal du mouvement vers l’intérieur) l’auteur est anonyme. jacuzzi-lin-rouge           Mais le désir de « performance » est premier. Ecrire, illustrer, puis publier ne forment que les aspects  du projet. Mener – paisiblement malgré le trac immense- une «Séquence Publique d’Oubli » reste le cœur du projet, quel que soit le lieu. train-spo-inside              Quelle que se présente l’atmosphère étrange des vivants devenus bronze.29-4-soustons-memorial-mitterrand

 

 

 

 

Voila pourquoi l’une des « Séquences » s’intitule : « Chercher un endroit où parler » .

Force est de reconnaître qu’ici est l’obstacle. Par exemple, l’ensemble des lieux culturels parisiens ( incluant médiathèques, etc.) a été contacté, pour la sollicitation d’une simple et fugace présence avec affichette et badge. 4-13-irma-partant-vers-rien                                                      Un seul a répondu, négativement.


Le SENS est qu’on trouve le sens qu’on veut, très banalement. Texte- elliptique-ou images (explicites) se combinent ou se contredisent, jouent des facilités du regard ou des incohérences voulues. C’est un peu accrocheur, rieur.dessin-de-labsence On peut noter un petit nombre d’invariants, qui constituent  un peu comme le «  cahier des charges » du projet.


  • Le public, à cet égard- et sans trop d’égards- tient  une place majeure. Dans les Séquences, on le voit surgir, écouter peu, ne pas se concentrer, partir beaucoup. arlette-et-catherine-pacteEvidemment, certains commentateurs y voient comme la métaphore du projet de « performance » lui-même. Ce public insaisissable (mais parfois loquace !) tenterait de signifier l’impossibilité radicale de mener à bien    la tentative la plus naturelle : tout-la-rendait-songeuseaffirmer du lien en partant de soi.
  • Mais on peut aussi penser que c’est une interprétation plus générale des rapports de l’homme au monde ? gardien-parking-rappel                      De toute façon, l’impossibilité ( la difficulté ) de stabiliser son propre public n’induit nulle détresse, pas de rancœur, pas d’angoisse  ni le plus petit soupçon de désespérance. dj-trentenaire-stage-ps-1-rectifieeIci, tout est humour. Ainsi va la vie

  • Le texte, selon les jours ( et non pas selon les sujets ), hésite entre le descriptif assez proche de la prose anodine la-salle-est-chaude-de-couleurs             et la densité à vocation poétisante, tous mélanges étant admis par le cahier des charges.les-mains-bleues-1 On peut constater très souvent, que l’humour ( c’est-à-dire le second degré du sens) prend ici la forme de l’allusion, de l’allitération.jeune-fille-fenetre-voiles-ylan-karadac-2 La Séquence « Les grises souris grignotent gaiment la gamelle de son excellence» – qui raconte un épisode de proximité ministérielle- est partie du titre, et les mots du texte jouent sur les sons. Ailleurs, les amateurs s’amusent (disent-ils) , à entendre les échos ( déformés) d’une formation originelle de YDIT, plutôt un peu littéraire. recit-riantOn perçoit la plume de Mallarmé dans telle séquence où il s’agit d’un coup de dés n’abolissant pas le bazar ( et non le hasard), ou celle de Barthes dans le titre « Le degré zéro de la confiture » ( au lieu « de l’écriture » ), ou celle de livres enfantins (« le Bas bar de la vieille dame » : «  Babar et la Vieille Dame »).Certains parmi lectrices et visiteurs s’amusent à repérer les allusions, les citations. On n’y gagne rien, sauf le plaisait toujours plus profond de goûter la vraie saveur cachjée des proses.Même quand, ironique, le texte joue avec les formes de la poésie.le-condottiere-des-oublies-2-mptOn se retrouve ici avec la langue, celle d’un sociotype assez marqué, public virtuel dont la variété de lecture et d’intérêts culturels dépasse un peu l’horizon de « Télérama ». Evidemment par l’immature provocation… omissions-nu-n-et-b-mpt…insolente à l’impudeur contenue. Mais San Antonio et Saint John Perse cohabitent – en toute discrétion. C’est bien ce qu’affirme le panneau détourné :spo-un-train-peut-en-cacher-un-aautre

Au reste, les joueurs qui repèrent une allusion ( y compris dans le titre de ce présent texte : Pérec et sa « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien ») peuvent se faire connaître.

On ne sait rien de la récompense.cartes-et-badge-oublies Une poignée d’OUBLIeS peut-être ?


  • Les images portent différents messages. On peut y voir de l’anecdote. A vrai dire, parfois, elles structurent l’espace du récit, comme dans la série des quatre «Séquences » évoquant une visite-performance au « musée du septennat ». Par exemple, deux jeunes filles traversent l’espace en deux sens différents,

    comme en plongée dans les deux sens de la vigilance-mémoire/anticipation, ou comme dans les deux hémisphères de la cervelle. Par exemple la couleur est ce qui conduit le propos. balises-jaunes-et-foin-2Par exemple, on retrouve ( et retrouvera) une constante «  jeune fille à la fenêtre », dans des figurations variables. Presque toutes les photos ont YDIT pour auteur. Elles sont fabriquées ( ou retouchées) pour les « Séquences », mais parfois «  importées » depuis le « journal » de tel(le) ami(e), avec son accord.6-elle-descend-de-son-cadre Bousculées par le récit- qu’elle peuvent contredire- ou saturées de sens par les juxtapositions, les images doivent être lues comme des invitations à l’exégèse :          «  ici tout est symbole ».ydit-devant-l-histoire

    Ainsi, des commentateurs ont observé la récurrence de la nudité (ou des allusions au nu), par les images y compris de statues emberlificotées de «badges OUBLIeS » à ruban bleu. Polir la pierre du désir ? On note aussi « un peu beaucoup de jeunes femmes en short vues de dos ». jardin-nuit-dete

    Bien entendu, de telles représentations valent pour elles -mêmes, autrement dit sans hypocrisie, et on peut y repérer le reflet du commun et banal désir d’YDIT. Cependant, on aurait tort de ne pas tenir compte du fait que- dans ce projet d’oubli et de mémoire aux parcours incertains- ces photos tentent de donner l’image d’un sens : dans la mécanique de la mémoire, le désir est ce qui prend la fuite, le désir est ce qui s’offre (en pierre) et se cache ( en short), ce qui marche devant et ne se rattrape jamais, et   les souvenirs les plus sauvages se montrent toujours de dos la-plage-nue-dos-ainsi que chaque mémoire l’éprouve. Mais les images de clôture ( ouverte, fermée) ou de chemin sont beaucoup plus nombreuses.

  • 29-9-on-ne-touche-plus-a-rien

On est ici pour passer


 

  • L’espace : parfois, il s’impose comme source de la source, ainsi (parmi d’autres) d’un banc portant des oranges à Séville. En général, YDIT cherche le lieu qui pourrait correspondre à l’atmosphère – de préférence par ironie ou allusion. le-lien-rompu-4-ombreC’est très généralement improvisé, approximatif. C’est bien comme ça . Comme les souvenirs, les oublis. Très souvent, les errances en plusieurs coins de paysage (dites « randonnées solitaires » ) nourrissent l’appareil photo – quitte à susciter une séquence sans oubli (où l’on perd le téléphone, image du lien absolu), un peu comme l’absence de voyage dans «  Les bijoux de la Castafiore ».
  • Sans crime ni délit .l-ecossaise-2Mais la série consacrée à Fantômas ou Arsène Lupin dit une fois de plus que la vie est le mélange amusé de l’angoisse et du déguisement.

  • Les souvenirs sont de nature très diverse. Mais, depuis que le projet a commencé (novembre 2015), la part faite à l’intime, à l’impudique, au « révélé » _rose_01s’est rapidement réduite au profit de souvenirs- comment dire ?- publics. On en déduit que les pires et les plus douloureux (sulfureux ?) des souvenirs ne seront pas racontés- dommage, c’est ceux qu’on aurait voulu faire disparaître en les publiant. loubli-des-oragesMais ce n’est pas intéressant. Cependant, se mettre à nu dans la tête en face d’un public fait encore partie des ambitions.dj-plage On n’est pas ici  pour creuser le sable à la recherche de pétrole.

 


  • Les autres, comment l’ignorer ?augustins-limoges-etrange-triofd-leros-pensifC’est bien sûr pour parler d’eux qu’on parle de soi. Pour parler du monde en l’oubliant. Pour parler l’infinie et impossible Invention du Monde.ministretrain , l'invention du mondeconteneur-vetements-rejetes

     

    Pour essayer d’effacer, ce qui est une manière de montrer la vie d’YDIT,

    et celles de hommes, dans ce monde étrange commencé (pour YDIT) vers 1950/60,

     

     

  • dans cette nuit  découpée d’horaires incongrus, et qui  finira  vers…la-nuit-314-sans-seizeliseuse-fontaine-gap
  • Parler pour les autres au-devant des autres, sinon à quoi bon ?

 


  • Nota bene : la quasi totalité des images de cette séquence a déjà été publiée, assortie ( à chaque fois ) de la référence à la source , quand il ne s’agit pas de photos d’YDIT.


Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT Un dernier ver pour la route ?

UN NOUVEL APPEL à l’OUBLI VOLONTAIRE :

Ne traversez pas spo-ne-traversez-pas-2les durs jours de novembre sans répondre à la

GRANDE BRADERIE des OUBLIeS

 

 

OUBLIEZ ! une ligne à une page/ Une à trois images envoyées : didier.jouault@wanadoo.fr

ET ( hop…)…..YDIT BLOG vous ouvre la salle des machines à  oubliEs …devant laquelle veille

omissions-femme-debout-mpt

Musée Fabre à Montpellier

la mémoire à ventre de pierre.

Pour vous, la porte infinie des mémoires à peine voilées

ylan-karadac-buste-voile

Remerciements à YLAN  KARADAC, dont il faut visiter le site

 

Laissez ICI le souvenir dont vous souhaitiez ABSOLUMENT vous DÉBARRASSER.

 

 

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Rien de plus simple : déposez votre « OUBLI » préféré sur une seule adresse :  didier.jouault@wanadoo.fr 

 

 

Pour vous, la porte infinie des mémoires à peine voiléesEn gare d'été

 

D’abord,  didier.jouault@wanadoo.fr

Ensuite, place aux malices  à  venir sur    yditblog.wordpress.com

Didier JOUAULT

 

 

 

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Didier JOUAULT APPEL à MEMOIRE (YDIT-BLOG)

Ne traversez pas les durs jours de novembre sans répondre à la

GRANDE BRADERIE des OUBLIeS

king-size-jaune-badge-valet-pique-cartes

pour retrouver le projet ( mené depuis un an): yditblog.wordpress.com

pour vous ALLEGER en profitant de la grande braderie d’automne :

didier.jouault@wanadoo.fr

En effet…

…..YDIT BLOG vous ouvre la porte des oubliEs. Pour vous, la porte infinie des mémoires à peine voilées

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Vifs remerciements à Ylan KAVADAC, et invitation à visiter son superbe site FB

ABANDONNEZ  DONC sur YDIT BLOG votre pire souvenir, en grandeur choisie: envoyez une à deux pages, une à trois images – celles que vous choisissez…

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merci à Kitka Samajova

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pour effacer l’écume toujours pétillante des mémoires

  Qui entre en premier ?

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Photo Ylan KARADAC :qui entre en premier?

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Ensuite, place aux malices  à  venir

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les malices d’ YDIT

 

 

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Didier JOUAULT ,  » YDIT » : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 4/4)

Rappel : YDIT enchaîne plusieurs séquences publiques d’omission au « Musée du septennat », Château-Chinon, Nièvre. Avec un diverticule  au musée municipal de Clamecy.

Une lectrice écrit : « Ainsi, la formation n’avait pas que des côtés ennuyeux », et un lecteur : « On vous reconnaît ! »…Aussi :

«  Déjà tout ce temps, et encore tout ce Rien ? »

4-1-affiche-trente-ans-on-a-encore-le-temps

Voici donc la séquence 31.

Les trois précédentes donnent le début – évidemment, puisque celle-ci apporte The End.

Séquence Publique d’Oubli  numéro 31

   Thème du dîner (fortes nourritures terrestres)  : Le Secrétaire-en-Premier se présenterait-il  à la prochaine Présidence de France ?

Les rustres finauds de la Vieille Maison Sociale, cet été là,  clôturaient le séminaire de formation par un dîner républicain. Que la presse locale (confinée en bout de table) amplifierait, et que recopierait la presse du Monde et de  l’Humanité.spo-31-stage-ps

Ydit, invité genre tabouret, petit gentil, tandis qu’on prenait place, songeait à Irma, qui l’attendait sans doute pour une dernière séquence privée sans omissions.

Car, en effet, oui, après tout, stages et siestes,

tout-la-rendait-songeuse

Tout la rendait songeuse…Il y avait de quoi

hommes et futurs, parcours et silences tout la rendait songeuse, la suave  Irma-la-délicate.

Il y avait de quoi.

 

Ydit dans le musée achève son récit : Séducteur, placide mais pétillant, rusé, amusé, Le Secrétaire champion du multicolore se lance, vers l’après-dessert, dans un très long récit de ses déambulations électorales dans le Morvan.

Lui debout, les autres assis à table, dans la meilleure tradition des Provinces,  le Secrétaire évoque la terre, qui elle ne ment pas :

« C’était le plein hiver, neige et verglas, vrai climat de vraies terres de France. La voiture du Conseil Général était tombée en panne. Il faisait grand vent, reçu de face, on devait compter moins dix dans les cols. Impossible d’arrêter un voyageur, tous redoutaient nos verglas raides comme un marchandage de programme. Deux heures, peut-être davantage , nous avions glissé dans le glacial, et seul mon bon chauffeur comme guide. 4-4-le-nez-pret-de-se-detacherMes doigts sentaient venir les engelures et ma nuque la glaciation. Mes yeux pleuraient de froid, je sentais mon nez prêt de se détacher, les joues se fendillaient , voyez comment nos pays sont durs, hein, et l’on prétend que la vie politique est douillette. »

Silence.

Les mains pâles règnent  sur le plan de table ébloui- gélé. (rares tintements de verres, les convives du coin en profitent pour finir le Saint-Pourçain, cracher dans son mouchoir). Un compagnon de route, silencieux, mimant une écoute radieuse, émiette son pain. Il pense qu’avoir fait tout cela  dans sa vie, sauveur de déportés, ministre, réprimeur d’Algériens, sénateur, King des Oublis, député, encore  ministre,tout ça, et même candidat pour la France, et finir dans une congère comme un crabe à marée basse? Cassé comme un stalactite mal sauvé du stalag? Les maires locaux boivent du petit lait et du bon rouge et se resservent du Salers. Toujours ça de pris, en plus c’est du bon. Le Salers.

Le Secrétaire-chef  4-5-king-size-noir-badge-cartespoursuit le récit avec la même pugnacité que sa carrière :

« Nous apercevons enfin  une ferme, des paysans nous reçoivent, nous assoient près du feu, vous connaissez leur goût  de l’accueil, hein?…Ils offrent le couvert, et déjà m’appellent …« Monsieur le Président » (rires de tous sauf les maires du coin pour lesquels il l’est déjà, président, du conseil général).

Les convives apprécient. Quand même, quel  humour, non?

LUI regarde chacun de la tablée : on devine que Le Secrétaire-Chef laisse  savourer le symbole  et l’oracle : épreuves, les  parcours du froid et de l’oubli,  près de la fin tant et tant de fois, et revenu des neiges …mais oui, présage,  « Président » pour finir, vous allez voir !

4-6-jeune-fille-et-vieil-homme-image-a-maynet-avec-remerciements

Avec l’aimable autorisation de André MAYNET, et des remerciements

La France comme une jeune fille prête à tous les entrechats espère  son dady jazzie.

Ydit dans le musée parle aux tableaux  qui tous représentent Le Président imagé dans son pouvoir. Des lampions éteints circulent parfois dans la tête comme dans des salles sonores où nul esprit ne vient plus frapper ni marcher.

Depuis que cet homme-là n’est plus ici, les fauves ont leur museau de guimauve.

Ydit  raconte : « Ce soir-là, encore, dans le dîner du village vacances, -qu’on trouverait désormais lui aussi désert comme une folie poussée à la raison,4-7-la-vieille-batisse-accueillait-les-stagiaires– Ydit avait place tout au bout de la très longue table. Déjà, il observait ce geste familier de Le futur Le  Président, rituel intime et public revu lors d’interviews à la télé : comme une manie, la main gauche s’attardait parfois au fond de sa poche. La face cachée de la poche du Président, c’est un authentique souci de mémorialiste. LUI,  un homme si distancié, capable de tous les masques, on lui devinait comme une impulsion forte, pour un geste bref ; glisser la main dans la poche, y toucher un objet, puis repartir dans les  réparties, rebondir dans les retournements : une patte de lapin en pure céramique de la Nièvre ? Une dent de lait secrète  trouvée à la  Mazarine? 4-8-face-cachee-de-la-pocheUn cachet d’OubliEs pour épurer la mémoire un peu lourde de certains épisodes  un peu glauques?  Un poème de Du Bouchet ? Un caillou longtemps poli portant le mot sacré, la parole perdue enfin retrouvée ? »

Ydit poursuit son monologue, immobilisé dans le musée qu’immobilise l’absence de visiteur : du dernier bout de table où on lui avait trouvé un quart de place, il entendait mal. Il y avait eu des photos du dîner, elles ont été  perdues.

Ydit : « Le Secrétaire-chef, on s’en doutait, n’en dirait pas davantage sur la candidature.  Cela faisait bientôt plus d’une heure qu’il parlait. Lui encore debout, disert et drôle, pas fatigué, alerte comme un chasseur chez Maupassant, pieds sur les bûches. Les convives repus, n’osant bouger, sentant passer le Futur. Les maires du canton, invités comme des cousins de la République, arrondis comme des coussins d’Empire, avaient cessé d’écouter. Longue habitude de l’attente si le Monsieur parle. Les Maîtres locaux de la Vieille Maison Sociale tentaient une fois encore de déchiffrer l’augure, en éparpillant les miettes de tarte aux myrtilles, en dépiautant les mégots de Gitanes, en observant les restes figés dans l’assiette de Le Secrétaire-chef : malingres augures pour malingres devins.

On a les pythies qu’ on peut. Leur destin était si violemment lié au sien (assis à sa droite, d’ailleurs, un futur premier ministre qui ne le savait pas encore et n’osait en rêver ; en face une intelligente qui se croyait déjà ministre et ne serait jamais rien qu’elle-même  : définitivement si peu de choses.)

Aux tables annexes, vers les fonds marins de la salle commune,…

4-9-les-stagiaires-ne-reservaient-pas-leur-jugement-expo-bocaj-montpellier-2016

Exposition BOCAJ, »Tout un monde », Espace Dominique Bagouet, juin-septembre 2016, MONTPELLIER

…les stagiaires ne ménageaient pas leur critique : c’était long et pas si bon. Elles avaient le tort de leur jeunesse : d’où qu’elle vienne, la parole de l’hauteur permet de passer le temps.

Il fallait un peu d’imagination pour savoir cette vérité : il y avait dans le verbe de cet homme-là une substance qu’on ne retrouverait plus.

Elles font des signes à Ydit, sans prendre garde à l’appareil photo…ouvert par erreur, photos gâchées.

Malgré tout, l’évocation de la soirée auprès du feu avec les ruraux du Morvan, méandres légers imités de Chardonne, moins guillerets que Dekobra, plus légers que Bove, on sentait que ça retenait de moins en moins l’assistance. Il y avait de l’évaporation dans la vigilance, de la passoire dans l’attention. Le Secrétaire avait alterné hauteur de vues ( « Ainsi en France… »)et familiarité du ton ( « Hein », clin d’oeil), un peu comme un grand’père revenu du front où il était infirmier. Il y avait dans l’action  de cet homme-là ces profondeurs qu’on ne retrouverait plus. C’était un avaleur de temps, magistère de la nuance, lavis en beiges, scènes d’avenir en sépia de passé.

Ydit reprend : « Soudain, au milieu de l’ennui  gagnant un peu, le rendez-vous d’adieu avec  Irma s’était imposé dans la conscience brumeuse d’après paroles et vin claret. Elle  avait  attendu, comme  suspendue, dans la chambre du séminaire,

4-10-jeune-fille-fenetre-anonyme

comme dans la fin silencieuse d’une catacombe sans visiteur

si longtemps seule, tout l’interminable repas-discours, pour d’aimables adieux d‘amoureuse temporaire, plongée dans le flux incertain du rien à venir.

Le car partirait à l’aube, pour la gare, si bientôt. Irma oubliée, Irma effacée. 4-10-tout-la-rendait-songeuse-elle-seffacait-deja-dans-lattenteElle avait fini par s’endormir dans le poids de la solitude, sans amertume ni regret. Elle était une belle personne,Irma. Ydit avoue qu’il avait, à la fin du dîner, gravi les premières marches du  bâtiment où logeaient les stagiaires. La réveiller. Se parler l’un l’autre. Puis un sursaut tout de même, à l’instant de frapper : indignement  trop tard. Même lointaines, les militants ont leurs limites. Il avait ensuite marché dans la nuit, seul. »

Dans le musée du silence, dans l’espace qu’on dirait construit pour l’apothéose des « OubliEs » tant les souvenirs errent comme des esprits de la forêt délaissés par des traverseurs de désert, tant la mémoire franchit des portes sur l’absence, maintenant Ydit  se tait.

La lumière a changé, le musée va fermer.

Ydit ne dit plus mot.    4-11-les-portes-vitrees-donnent-sur-le-vide

Il traverse les espaces en écoutant  à l’intérieur de lui-même les vivats colorés que la foule adressait : « Tiens bon, Tonton ! »

4-12-attroupement

A la sortie, derrière le musée, un attroupement, rapidement dissipé grâce aux forces locales de l’ordre républicain.

C’était une amicale d’anciens électeurs et nouveaux éleveurs du canton de Monsauche venus voir d’un peu plus près dans le blanc des yeux cet Ydit, ce type qu’on dit qu’y dit.

On ne se méfie jamais assez, surtout quand on défend la réputation de l’Histoire, de ces baladins sans foi et trop diseurs, car on ignore  de quoi  ils sont capables de se souvenir. On dirait pas.

Ydit est capable au moins- et c’est le pire-  de se souvenir de cette pas si moindre lâcheté d’un aurevoir  massacré, alors qu’Irma lentement trouvait le sommeil,

au revoir oublié   4-13-irma-partant-vers-rien  juste  parce qu’on écoutait en tout bout de table le soliloque  neigeux d’un baladin du langage qui -on s’en doutait, finirait tout de même dans pas si longtemps par être candidat.

Et pas qu’une fois.4-14-irma-lecart-du-petit-matin

 

Bien sûr, grignoter les tartes aux myrtilles d’une Histoire même pas sortie du four…

Mais, l’amie de peau et de sieste, négligée dans la nuit et son aube : tant de gestes et de mots qui n’ont pas engendré leur destin.

Tout ce rien contre tout ce bien.

Ydit n’en est pas fier.

Il y a de ces petits mais graves moments sales qui  sans aucun doute valent

la peine d’un  long « OUBLIeS »

Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT  » YDIT » : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 3/4) Séquence Publique d’Oubli numéro 30

 

Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 3/4)

Séquence Publique d’Oubli numéro 30

 

Rappel : YDIT enchaîne plusieurs séquences publiques d’omission au « Musée du septennat », Château-Chinon, Nièvre.parcours-et-affichette

 

 

Depuis tout ce temps, on en est là : Germaine lève les épaules dans le silence du musée de Le Président, et siffle son désaccord : « Et reprendre pour de vrai la visite, des fois, YDIT,  on pourrait, peut-être, parce qu’on est quand même ici surtout  pour YDIT parlant face au silence du Président, oui, ou je me trompe? Sinon, vous tous ici, dites-le nous carrément, on passe à autre chose »

Ydit s’adresse  aux cadeaux anciens et  solennels qui règnent sur les étagères, parle aux animaux déguisés en souvenirs plus féroces  que nature, fait signe aux admirables bustes bruns (taillés d’un geste clair dans les plus opaques des bois.)29-10-fm-grands-fauves

 

 

« On va voir, dit Germaine, jamais très loin, on va voir que toutes ces histoires ne sont pas sans rapport avec le musée de Le Président, j’espère ? »

 

En cet instant, comme le détour des couloirs le conduisait encore à passer devant le guichet, YDIT ne peut manquer d’apercevoir encore la jeune fille (qui ne se nomme pas Violaine). Elle a quitté sa chaise, on la dirait plongée dans de profonds souvenirs d’un temps où le Président coupait les roses pour les offrir à des lavandières, des portières, des actuaires (non, pas des actuaires)

30-jeune-fille-plongee-chaise-andre-maynet

avec l’aimable autorisation d’André MAYNET

 

« On va voir,

 

dit Germaine, jamais très loin, on va voir que toutes ces histoires ne sont pas sans rapport avec le musée de Le Président, j’espère ?

– Pourtant, elle peut pas l’y avoir connu, à lui, elle ? exprime le vieux gardien nivernais, sans qu’on sache s’il désigne la jeune fille ou Germaine.

– Y a pu grand monde à part vous, ajoute le quadra, qui vient ici.

– C’est qu’on s’intéresse plus à l’Histoire dit le Vieux. Y a jamais personne. Pourtant, au moins avec LUI, quand il était là, au moins y avait quelqu’un, c’est sûr, ça sentait la présence.

Ydit s’enquiert, non pas de l’odeur indéfinissable de la présence, mais : le Président a-t-il visité son propre musée comme on visite sa concession à perpétuité, pour éprouver la fraîcheur de la terre ?

La jeune fille, émergeant comme d’un pays lointain, reprend place comme elle peut dans la fenêtre, dévêtue par le bain d’oubliEs : il-a-visite-le-musee« IL visitait même déjà quand il était le président pas de la France ».

     « Bon, susurre Germaine, regardant la fille d’un ton citrique (il faut dire qu’elle s’exagère !) avec des formules comme ça, on risque pas de s’y retrouver ? Puis, votre président, vous n’allez pas nous en faire un Napoléon du Morvan, un Petit caporal qui se roule, sans amasser de mousse, un Titanic sans Iceberg, un Saint Rap’h sans citron ?

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Univers Charles LOUPOT, musée de Clamecy ( Nièvre )

Pourquoi pas un retour des cendres et un tombeau à sept boules de cristal aux Invalides ? »

Le gardien, observant Ydit regarder sa montre : « Vous avez le temps, on ferme pas tout de suite, et pis si vous voulez rester un peu plus, pour une fois qu’on peut s’amuser à parler ? »

–Non, dit Germaine, c’est pas ça, c’est qu’il a rendez-vous ici avec Vassilika

–Celle qu’une fois déjà qu’elle est pas venue un soir, dans une S.P.O. ?

– Celle, oui, soupire Germaine. Au fait, Ydit,  votre copine Vassilika, elle devrait pas être arrivée ?

Comme l’histoire est bien faite, un dong-dang discret vibre dans l’absence muséale, et dans la paume. Texto.  Vassiliki : « Mais que faites-vous Ydit ? Je suis à l’intérieur du musée, près du guichet, comme convenu. Je ne vous vois pas? »………..Chacun cherche son Vassilika,galerie-fevrier-2011-6 mais personne, sauf à croire que l’estimable s’est déguisée en ce qui devient comme une vignette de copiste en tête de chapitre : la jeune fille à la fenêtre ?

On échange des messages tonitruants bien que silencieux. On finit par comprendre que, en effet, Vassilika est à l’accueil du musée du Président.musee-de-saran

 

–Celle-là, encore un peu, dit l’aimable Germaine, heureusement que c’est votre copine, mais pour un peu c’était carrément assise au Plomb du Cantal qu’elle était, chez Pompidou.

YDIT : « Bon, les amis (si je peux me permettre ?) ma crainte est qu’on s’égare, comme pour une randonnée sans IGN, ou un gendarme tout aussi sans IGN idem. »

 

31-jeune-fille-a-la-fenetre-4-dapres-amalia-ferrer« Ou un récit sans costume d ’époque ? » demande la jeune fille, qui en sait long sur le sujet du costume bien qu’elle ne le montre guère.

31-jeune-fille-a-la-fenetre-4-dapres-amalia-ferrer

D’après Amalia Ferrer, recadrage

Selon l’insistance croisée du guichetier, de la guichetière et du petit tonton, et non sans goûter au plaisir malin de rompre le silence dans cette Trappe aux doigts de rose, YDIT reprend le récit pourquoi il est au fond ici : la belle Irma, et le Secrétaire-Chef.

« Mouais, pense Germaine, pour reprendre, encore faut-il avoir commencé ? »

Le récit que donne Ydit se teinte de couleurs  vingtième siècle, c’est déjà loin : peut-être est-il encore possible cependant de le comprendre ?

     Récit :    -« Toi, au moins, tu as de quoi t’occuper, soupire Thierry M. ( devenu bien ensuite secrétaire d’été aux affaires graves). D’un geste du menton, Thierry désigne la silhouette d’une jeune femme apparue dans la fenêtre en face. Encore, ou déjà femme et fenêtre ? « Nous, ajoute-t-il en s’asseyant sur le bord du billard (car il a lu Mac Orlan ,Yvan Audouard ou Cendrars, qu’il interprète façon Ventura pour faire viril) Nous, à part attendre le  Patron… »

Comprenons, recentre Ydit : dj-trentenaire-stage-ps-1-rectifiee« En des temps lointains et moins troubles, Ydit avait accepté d’offrir ses heures, surtout l’été, pour la formation de futurs cadres, élus, responsables et autre badernes et balivernes de La Vieille Maison Sociale.  Une semaine en village vacances privatisé. Conférence du matin : une vedette de la Vieille Maison Sociale (beaucoup sont devenues Excellences Sociales, espèce politiquement bisexuelle). Travaux le jour.  Séductions du soir, entre copains-copines fait pas  des manières : programme commun. »

Les empaillés de vitrine qu’Ydit exhorte sereinement  dans les salles allées du musée paraissent comprendre l’économie secrète de cette fable à plusieurs temps mélés. les-oublies-sont-en-vitrine      Ydit  raconte : « Selon les faciles et imprudents usages de ces temps aimables ( mi années 70 : Ydit existait déjà, qui le croirait ?)–  il arrivait assez vite qu’entre animateur et « stagiaires » ……………..dj-table-stagiairees-ps-cantal       ………….on ne finît pas tout à fait seul ses nuits. »

Non, ne marmonnez rien, Germaine, ainsi était ce temps : léger quoique grave, porteur d’avenirs autant que de passés, autant dire exceptionnel.

Tendresses câlines entre deux projets de société. Union de la gauche et sans gaucherie. Réajustements de l’univers parmi les draps froissés – c’est ainsi que le stage mitonnait son progrès comme on réchauffe la gamelle du futur pour manger chaud la fin des injustices. Avec pas trop de gratin.

Le soir, dîner fini, on préparait des aubes qui dansent »le-soir-on-preparait-levolution-sociale           Dans la Vieille Maison Sociale (moins rigoureuse que le sibérien Parti Frère où l’immorale conduit assez vite au bal du sous-sol ) la formation des militants se voulait participative et réciproque. Heuristique et heureuse.  Après son topo du matin, proféré avec l’aisance des lendemains qui pensent, l’orateur (futur roi de l’Europe) jouait au volley-ball avec des bibliothécaires de Château-Chinon. Il succombait à l’éclat bref d’un peau ventrale jetée sous les yeux par l’envol étiré d’un smatch vigoureux, bien que social-démocrate. A l’issue du déjeuner – diner-de-stagiaires-il-y-en-a-une-qui-necoute-pascantine du village vacances d’avant les terreurs actives du tout-veggy : poulet/frites : vinasse locale-  on allait prendre le café dans le bistrot du bled. On disait le bled parce qu’on venait d’une ville où l’on serait élu.

Troisième jour : chaleur, ombre fumeuse des platanes, ambiance  laborieuse et bavarde… Marchant tout près d’Ydit, retour de café, bras dessus bras dessous en camarades, douce dans l’oreille, IRMA disait à voix basse : « Ydit, tu viens me voir pendant la sieste, avant le reprise ? »

Debout dans le silence du musée de Le Président, face aux présents du passé, Ydit à nouveau se tait. Il savoure la surprise, telle qu’elle fut en ces temps d’il y a quarante ans ou presque.entre-les-defenses-des-elephnats Dans l’errance facile que permet le silence de Le  Président,  Ydit change de salle comme de scène, comme de visage. C’est le coeur même des OUBLIeS.

Ydit : «Trois jours ensuite,  on arrivait au terme du séminaire. Demain, très tôt, La belle Irma, découverte avec délices de sieste en sieste,  devrait prendre le car très matinal conduisant les stagiaires vers la gare. Elle en était songeuse.  Ydit, lui, avec les autres animateurs d’ateliers, resterait un peu : comptes rendus. On était sérieux »

Maintenant, s’arrêtant, Ydit regarde sans nostalgie le buste rude offert en cadeau jadis à Le Président.les-cadeaux-noirs-de-la-republique

  « La belle Irma, future élue, n’était pas du fameux repas prévu ce soir : le village vacances avait été construit dans le canton terre d’élection de Le Secrétaire, chef de La Vieille Maison. Seulement parlementaire, maire, président de conseil général, rien que ça, Le Secrétaire-Chef  consentait à un  dîner avec «l’équipe» du séminaire : parleurs s’espérant futurs ministres ( beaucoup  le devinrent), modestes fonctionnaires  conférenciers se voyant  Conseillers d’Etat ( et ce fut fait), humbles animateurs dénués d’ambition politique, tel Ydit…Tout le dessus-de-panier régional de La Vieille Maison Sociale avait aussi été convié. On ne néglige pas ses « locaux ».

Le déjà mais encore futur Le Président montrait la qualité multicolore de son éloquence.

le-president-multicolore

exposition des  » cadeaux  » du Président, musée de Clamecy

Thème du dîner ( terrine de pays, truites au lard, fromages d’ailleurs, tarte d’été, rouge léger dans le ton)  :

Le Secrétaire-chef  allait -il de nouveau se présenter à la prochaine Présidence de la France, comme chacun le souhaitait (et , ici, activement le préparait) ?

Au fond certains se demandaient si les malins de la Vieille Maison Sociale n’avaient pas implanté le «séminaire militant» ici précisément pour que précisément le Secrétaire-Chef pût discourir vers le vaste monde entier depuis le pré-carré de son canton, à l’occasion du repas final (Ydit, naguère, ne posait bien ici-même la question : peut-on s’adresser au monde depuis un Jaccuzi ?).

force-tranquille

Le peintre africain, lui aussi, avait l’amour du flou

force-tranquille

 

Annonce de candidature que la presse locale, rangée dans un tiroir en bout de table, amplifierait

 

 

 

Ydit, invité genre tabouret de troisième couteau,petit gentil, frais grognard goguenard, tandis qu’on prenait place, Ydit  songeait à Irma, qui l’attendait sans doute, avec l’infinie patience des amantes,  pour une dernière séquence privée, sans omissions.tout-la-rendait-songeuse

 

 

Car, en effet, oui, après tout, stages et siestes, mots et programmes, hommes et futurs,  tout la rendait songeuse.

Il y avait de quoi, faut dire.

 


A suivre :

Le dîner des tons,  Séquence publique  31,  visite du musée de Le Président, ou :

que reste-t-il de nos atours ?


Didier JOUAULT


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Didier JOUAULT (  » YDIT » ) : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 2/4)

 

 

Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (SPO 29 : séance 2/4)


Rappel : YDIT enchaîne plusieurs séquences publiques d’omission au « Musée du septennat », Château-Chinon, Nièvre.

Une lectrice écrit : « Pour qu’il y ait une séquence publique d’oubli, il faut deux conditions : du public et de l’oubli ». Certes. Voici donc la séquence 29. La 28 donne le début.


 

                                      Séquence Publique d’Oubli  numéro 29

On aurait pu un autre titre :

« Le temps du Morvan fit-il  le vent des heureux ? »

29-1-portrait-musee-sept

portrait du musée

 

YDIT raconte :

« C’est pour quoi, pour  une visite ? ».

Ayant déliané ses jambes d’Indienne, le jeune guichetière va-t-elle suivre de loin (et des yeux) cette déambulation férocement solitaire dans le musée de

«Le PRESIDENT » ?

A ce moment de la séquence d’oubli, le système des personnages ressemble à une canne d’octogénaire ou à un traité de philosophie : ça aide à marcher, mais pas vite. Rien ne démarre.

 

     Ydit raconte à nouveau  que -avec l’hôte de ces lieux (même fantomatique, lacunaire, en bonne voie pour l’oubli),  il escomptait voir dans les salles du musée sinon la horde d’écoliers impatients d’en finir (mais ce sont les vacances scolaires, comme toujours), au moins quelques Allemands qui portent  au fond du portefeuille une photo écornée sur laquelle Le Président tient la main de Le Chancelier, à Verdun ; ou une meute d’ anciens combattants du maquis voisin- habillés en tricolore et pinard, comme en 14, pour lutter contre les terroristes –29-2-president-et-chancelier-verdun

… ou même jusqu’à ceux qui forment  depuis Ferry l’ultime réserve avant la faim du néant : la goguette guillerette et sautillante sur ses baskets des retraités de l’Enseignement Laïque, Moderne et Républicain.

     Ydit, à l’étage, fait face à un miroir offert en catimini à Le Président lors d’une visite clandestine à Venise, en compagnie anonyme d’on ne sait trop qui (mais certaines histoires des filles de famille gagnent à survivre dans l’obscur mémoriel) :

      » N’oublions pas qu’il s’agit d’oublier, ici- et ailleurs. Du reste (mais quel reste de tout ceci ?), choisir un musée pour oublier, c’est un pied-de-nez facile, efficace : on trouve au moins quelques baladeuses près des murs, des jeunes épouses catholiques vitre-des-oublies de capitaines en mission africaine (et non pas l’inverse !). Ce sont des visiteuses solitaires mais lumineuses acceptant par ennui un brin d’écoute et une cueillette de mots. On trouve encore un gardien à peine alcoolique, malgré la solitude du gardien à l’heure du désert. Il est soudain réveillé par l’inquiétude d’un silence que rompt le pas perdu d’un marcheur insistant. Et il il accepte de faire les photos du passage entre deux songes d’une nuit d’été, comme s’il donnait un pourboire aux fantômes de l’Histoire.  »

 Le vieux à la caisse (agacé qu’Ydit ne se lance pas ): « Je ne vais pas vous accompagner, allez-y … »

Le quadra demi-solde surgi d’une  cour : « Il  a mal aux jambes, l’Ancien… »

L’ostentatoire femme à la fenêtre (pour cette fois pas vue de dos) 29-3-mariee-fenetre-photo-de-walid-obaid achève son  placide mouvement d’accueil – telle une mariée soudain rhabillée par ses visiteurs même, et qui prend du champ :  elle tend un bréviaire de visite pour le sanctuaire, (incomplet  le chœur n’y est pas)  puis regagne  la fenêtre, et le regard  en biais de l’oublieur qui n’oublie pas ses images pieuses. Elle ne pipe mot.

 

D’autres visiteurs, naguère, sont pris au piège de la commémoration comme des palombes dans les arbres d’une bergerie landaise, et choisissent un musée  en grandeur nature pour ce président même  : on ne peut pas tous arpenter un espace unique, pour un homme si multiple.29-4-soustons-memorial-mitterrand  Au moins, sur ces landes, y – a -t – il la compensation de la plage aux mains de sable, des toros tournant à vide dans l’arène de pique, de baigneuses en short arrondies au gâteau basque.

      Ici, non. Rien de rien. Dans le Musée de Le Président, on ne regrette rien, toutes les salles de tous les trois étages sont toutes désertes. On a beau courir, on a beau frémir de présence escomptée,  on a beau chercher, tel un hamster décagé, ou un crapaud sans pustules, même les toilettes (surdimensionnées à la taille d’un bus pour Allemands) : rien qui soit vivant de près ou de loin (si l’on exclut, comme il convient, les araignées, les ombres de lézards pris par l’urgence, les reflets d’oiseaux dans les vitres sales).29-5-des-grains-doublies-dans-la-roue-des-memoires

L’histoire tourne en farine dans les moulins de l’oubli, comme des grains dispersés par les dents des plus simples des machines.

      En signe de repli- mais pas d’abandon- Ydit retire le badge à ruban bleu qui, avec ses grosses lunettes rouges, est la marque visuelle ( et tricolore) de son activité d’OubliEs. Dans le musée, maintenant,il habite en noir et blanc, personne pour lui tirer le portrait comme on tire des cartes pour une voyance. Toutefois, toujours prémuni d’une nudité complète (image disponible, mais proposée seulement sur demande expresse), il dépose ici ou là sa modeste  carte des «OUBLIeS», 29-6-musee-sept-visiteur-n-et-bcomme un galiériste pastille de rouge le tableau déjà vendu, afin de le protéger d’importuns désirs.

Au milieu d’escaliers usés par l’ennui de ne porter nul pied,  Ydit  s’assied. Il regarde le vide, écoute l’absence, état propice au soliloque.

     Seul à seul (et sans tête -à-tête ), confiné à l’espace de l‘anecdote au lieu de parcourir le  champ de l’Histoire, YDIT raconte l’envers d’aujourd’hui : une rencontre. Une autre histoire, plus vivante qu’ici.
« Après tout, l’Histoire se pèle comme un avocat bien mûr, ou se ramasse comme une poire blète, certes, dit-il, mais la vie des hommes se construit à l’inverse de noisettes qu’on sort avec force de leur gangue. Si l’on déambule , si l’on parle, si l’on s’assied sur une marche, si on bavarde avec le  silence, c’est pour inventer la rencontre. Si l’on s’assied, c’est pour partir.« 

    Ydit , visitant, mais immobile29-7-terrasse-aux-verres-vides (car l’état d’homme permet les deux)  raconte :

     Ce fut à Uzés, au café «le Suisse d’Alger», où il buvait une citronnade (la mauresque  est trop dangereuse, encore une femme qui sort du cadre).

     Deux femmes sont venues lui parler, avec cette parfaite gentillesse des touristes légères dans les lumières d’août : « Pardon de vous déranger, disait-l ’une un peu essoufflée  par la chaleur (ou par le bonheur de voir YDIT de près ?)   mais Fustelle, …euh c’est elle Fustelle…

  • Bonjour Mademoiselle…Fustelle ?
  • Moi, c’est Coulanges, (elle sourit, sans perceptions obscures ) , c’est Coulanges , et on se dit que vous ressemblez beaucoup à Ydit, qu’est-ce que vous en dites ? On dit qu’Ydit ne dit pas qu’il est Ydit quand il fait l’Ydit ?

Deux Anglais de la table voisine s’interrogent soudain ( regard anxieux) sur leur remise à niveau en Français : faire l’Ydit ? L’Idiot ? L’Indien ? L’Indhi ?

     « Surtout, continue la jeune femme, on voudrait pas vous déranger, nous deux,  est-ce que c’est bien vous quand même, vous savez, tout le monde le connaît, l’YDIT, on l’a pas vu à la télé mais presque,  ce type qui publie qu’il oublie, mais n’oublie pas de publier ses «OubliEs »?..29-12-tandis-quelle-attend-loin-des-lumieres Remarquez, on ne veut pas insister ? 

D’ailleurs, si vous voulez des photos de passantes, sans souci, nous on peut ! Les images : comme vous les voulez.»

29-8-photo-artistes-en-folie-femme-passant-une-fenetre-voilee-coloree

La Mauresque est trop dangereuse, encore une femme qui sort du cadre (photo : « Artistes en folie »)

 

     Si bien amorcée, la conversation d’été continua, et plus si affinités.

Fustelle et Coulanges  dirent qu’elles acceptaient volontiers une figuration en pointillé  dans les « Oublies», pourvu qu’on pense à elles , et même plutôt trois fois qu’une, tant qu’on y est, les photos, attestant une fois encore la puissance dédoublée des réseaux sociaux et des terrasses à l’ombre.

Dans le frais  pointillé de la terrasse on rêvait ensemble, mais côte-à-côte, à de bonnes farces photographiques : omissions-nu-n-et-b-mpt

« ces images où l‘indiscernabilité du faux et du vrai remet en cause la notion même de « possible » »

     « Comment avez-vous dit ? » demande Ydit, assourdi par la formule. On perçoit même, chez les Anglais voisins, comme un mouvement de buste et d’oreilles pour essayer de se remettre en selle pour leur cavalière écoute.

     Ydit se tourne vers eux : « C’est une autre histoire,  murmure-t-il, exotique et comme improbable, une histoire légère et tout entière  glissée dans celle du Musée de Le Président comme on glisse une pièce dans la main du livreur. Ou dans la machine à sous du destin.29-8-suisse-dalger      Pour dédoubler les « OubliEs ». Une de ces histoires pétillantes ou plates, mais un peu entre deux eaux. Donc, messieurs les Anglais, tirez les premiers un trait sur les détails de ce qu’il advint, à Uzès, entre Fustelle, Ydit, et Coulanges. Fin de l’aparté.

Car ici, comprenez-vous, ici on n’oublie que les mauvais souvenirs. »


     Fin de l’histoire dans l’histoire.


     Ydit , ensuite, dans le musée, se redresse,  reprend la route. Chez le Président, au fond du  musée, l’incertain de l’Histoire gomme les rudesses des amitiés douteuses, des complicités anciennes, des fausses rencontres sur les  terrasses de l’été : ne se laissent à voir que les surfaces endolories de vitrines abandonnées.

Ou les étagères ployant sous leur propre plénitude. On marche, quand on visite la vie, on rêve, on oublie.

     Facétieux, pourtant, et sachant ce qui réjouit le solitaire, le parcours fléché soudain passe encore  une fois par le hall confiné dans l’absence. Il n’y a pas que des croûtes sur les murs.

     Le Président, lui aussi, eût aimé cette rêveuse à sa fenêtre, présente pour endurcir le visiteur dans les épreuves. 29-7-jeune-fille-a-la-fenetre-2-photo-jitka-samajovaPrière de ne pas toucher, rappelle-t-elle, avec le grand sérieux des amateurs.

-Enfin, dira Germaine ( jamais si loin) , Germaine serrant son reproche dans la main comme un écolier sa gomme, ou un geôlier sa chaine, enfin, c’est incroyable, tout de même, il ne peut pas y avoir une séquence publique d’oubliEs, sans qu’on tombe sur une fille presque nue ? C’est agaçant !

– Non , répondra Ydit, Non, c’est dans le cahier des charges, alors on ne peut pas.

     Germaine, levant les épaules et sifflant son désaccord : «Et reprendre la visite, on pourrait, peut-être, parce qu’on est quand même ici surtout pour Ydit parlant au silence du Président, ou je me trompe ? Sinon, dites -le nous carrément, on change de serveur et on passe à autre chose ? »

 


La visite : on pourrait.

A suivre : « Tonton, vous nous préparez l’addiction, S.P.O.30,  séquence 3 sur 4 » …Ici-même.


 

Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT ( « YDIT » ) : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (1/4)

1 un espace si délicieusement provincial.jpg

Un espace si délicieusement provincial

 

 Séquence Publique d’Oubli numéro 28

  On aurait pu un autre titre :

« Le Vieux du Morvan fut-il le Kahn des morveux ? »

                   YDIT raconte:

«C’est pour quoi, pour une visite ? ».

Le hall d’entrée est lumineux, bien que le bâtiment joue les dégradations d’après match.

 

 

 

Il faut dire que le jeu de l’histoire est fini depuis longtemps. Tant et tant d’années , oubliées, renoncées, abandonnées dirait-on.

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Circuit des visites de l’oubli

Encore un peu d’éclat vibre sous les murs de crépi passé , toutefois, comme des marques de l’Histoire. Même dans le silence du désert, parfois s’entend l’écho furtif d’un pas oublié. On appelle ça  l’Histoire.

 Ydit- que les questions absurdes illuminent d’une  joie inépuisée : «  Oui, pour une  visite. Pourquoi, ici on peut faire autre chose ? Il y a d’autres activités que fouiller le sanctuaire? »

3 les visites présidentielles.JPG

 

Un silence privé d’échos s’empare du dialogue.

 En scène, trois personnes forment l’ ironique résumé d’une improbable trinité : le plus vieux paraît coupé en deux à la  ceinture, tant le dessus témoigne immensément des bières bues en attendant l’exceptionnel visiteur.

Il est le gardien du temple, le conservateur pas conservé.

Il ne comprend pas l’humour d’Yidt

( ce qui n’est pas rare, si l’on en croit les commentaires recueillis par les S.P.O. ):

 

« Bah non, y a que le musée du Président, ici, c’est ça qu’on visite, rien d’autre… ».

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L’origine du mâle

« Donc- gentillise Ydit, dont le métier fut souvent d’être d’apparence bonasse : je voudrais juste un billet pour la visite. »

 

Demande  pas  si fréquente, hormis les expéditions scolaires en bande désorganisée que tout enseignant du département ( ou au moins du canton) se doit de programmer en mémoire de : Le Président.

                                                      Sinon, inspecteur d’école pas satisfait. Carrière attardée, mutation devenant illusoire, mutilation à vif des espérances au sujet des parents-contents, espèce ravageuse omnivore en voie d’expansion plus rapide que celle de l’univers : dans cette ville, bouffie d’être sous-préfecture, et regonflée de « L »’avoir eu pour maire,  on ne plaisante pas avec «  LUI ».

LUI, affublé d’une histoire, ce qui est déjà lourd, alourdi d’un destin,  et aussi d’une Très Grande Bibliothèque ou de ce si petit musée.

Le vieux gardien du temple s’appuie sur le dossier de la chaise, esquisse un mouvement, mais : « Non, tonton, te  bouge pas, t’es fatigué,  j’y vais », tonitrue le deuxième personnage, quadragénaire vivace sur ses courtes jambes.

Jusque là, il bavardait fleurette  avec une jeunette qu’assise sur le rebord de la fenêtre, juste à côté de l’entrée, un regard de biais dévoilait. 5 jeune fille à la fenêtre 1.jpg

Posée  mains enserrant les chevilles, encadrée  vive dans le cadre de pierre, pieds sur l’appui ,  un N couché du regard passant du visage aux baskets. Très courte jupe, T shirt à bretelles  étroites mais décolleté large,  généreux espaces de peau bronzée  : uniforme de teen en campagne à la sous-préfecture, c’est presqu’aussi bien que « Meetic » , et pas de raison de s’occuper d’autre chose quand on a une jeune personne de qualité sous la main, qualifiée pour le délicat dialogue des âmes, comme sont toujours les jeunes filles.

6 Elle descend de son cadre .jpg

Pardon Mademoiselle, ce n’est peut-être pas l’heure ?

 

–« Alors, c’est pour une visite ? » s’angoisse le quadra, privé de sa teen en satin. Il a raison.

Ne trainons pas dans l’opérationnel : un visiteur, au moins ici, on l’interpelle avant qu’il ne renonce au billet, comme souvent.

 

– Ydit , depuis le summum de son urbanité capitale un peu décentrée  : « Comment le nierais-je ? Visite, oui. Mais ce n’est peut-être  pas l’heure ? »

Bon, ailleurs ( en ville par exemple) des impatiences auraient déjà réduit à l’exécution sommaire les acteurs de ce dialogue progressant à la vitesse d’un demi Beckett/ heure. Dans le vestibule de ce musée, au contraire, tout prend le temps du temps : grisouille pour le ciel, ratarouille pour l’horloge.

La scène s’anime, pour le bonheur d’Ydit. La jeune femme a quitté son ostensoir ostentatoire (mais pas son calme ), déplié jambes et buste, elle descend de son cadre, elle vient ici, parmi tous,maintenant  elle use de son organe le moins exposé jusque-là : « NON non, vous avez encore tout le temps pour la visite. Pis c’est pas tant long .»

La voix s’écaille comme un mur vénitien : on aimerait la prendre en photo.

Le vieux :  » Je ne vais pas vous accompagner … »

Le quadra :  » Il  a mal aux jambes… »

L’ostentatoire : « Mais il y a une feuille qu’on donne, euh qu’on prête,  et des cartons, euh des cartouches. »

7 Les OUBLIeS fissurent les murs de mémoire.JPG

Les « oubliEs »fissurent les murs de la mémoire

L’échange  est à mi-chemin entre Kafka et Feydeau, bel endroit pour une rencontre.

Ydit savoure le gourmand  festin de la langue lorsqu’elle quitte le chemin balisé des grammaires académiques.

MAIS,

…………….. » A ce moment de la séquence publique d’oubli, le système paraît totalement coincé.

……………..Rien ne démarre. Hormis ces trois là, personne, ici. « 

Voila ce que raconte Ydit  : le récit interrompu. Rien ne démarre.

« Ici et maintenant« , tu parles !8  Rien ne démarre.jpg             La visite lente, immatérielle, presque, à force d’être immobile, ne commence pas.

Ici, toujours, l’exaltation un peu douce-amère des ultimes fois remplace déjà le rire fatigué mais clair des premières fois, et c’est le beau bonheur d’oublier.


                                      ==>(A SUIVRE séquence 2, choisir un musée pour oublier)



Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT ( « YDIT » ) : RESERVEZ VOS PLACES !

 

 

Prochaine séquence…


prochaine séquence d’oubliEs ( SPO) ,badge-tendu

                                             QUATRE publications  » Musée du septennat »


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à suivre chaque semaine pour le projet « OMISSIONS » Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

oublies-femem-debout-mpt       (yditblog.wordpress.com)

                                 Ensemble ( ?) parler l’oubli.

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Didier JOUAULT RESERVEZ VOS PLACES Prochaine séquence d’oubliEs ( SPO) , quatre publications  » le musée du septennat » , à suivre chaque semaine pour le projet « OMISSIONS » (yditblog.wordpress.blog) : parler l’oubli.)

Galerie

Didier JOUAULT (« YDIT ») Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder? — yditblog

Séquence Publique d’Oubli, la 27. L’été, t’es de la police ? (Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder ?) « Allez-y »dit simplement la voyageuse de métro. Ydit tient le portillon qui découpe l’espace entre ceux qui passent et ceux qui restent. « C’était pas la […]

via Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder? — yditblog

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Didier JOUAULT Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder?

 

 

 

Séquence Publique d’Oubli, la  27.


L’été, t’es de la police ?

(Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder ?)


 Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

« Allez-y »dit simplement la voyageuse de métro. Ydit tient le portillon qui découpe l’espace entre ceux qui passent et ceux qui restent. « C’était pas la peine» , ajoute YDIT , comme souvent. Souvent, ce n’est pas la peine .

                     « Parfois, cependant  la peine rôde », commence  à tue-tête  Ydit pour appâter un auditoire toujours fuyant comme une truite le jour de l’ouverture.portillon 1
YDIT raconte : c’est la 27ème Séquence publique d’oubli, la dernière de cette légère succession de légèretés qu’on nomme l’été, comme il convient lorsque le soleil encore n’est pas éteint : « Légères en août » / « Lumières en août » ?

Il dit que « le patron Blaise Hortus  était entré ce jour-là dans son bureau avec l’air grave et une lettre dans la main gauche (dans la droite, la cigarette dont il se déprend  tous les deux mois )SPO bureau de comédieLe patron s’était assis  dans le fauteuil  visiteur, l’avait fait tourner sur lui-même. Le patron était joueur. A l’ordinaire, il flattait d’un doigt aigu les dessus d’un bouquet. Aujourd’hui, il avait tendu un courrier vers YDIT.

Réflexe banal : quel niveau de puissance martelé  par l’entête ?

Ydit raconte qu’ilprenait les mots à toute vitesse : Ministère/Intérieur/Préfecture/Brigade/Convocation : « Les consonnes sonores du pouvoir savent propager leurs frissons jusqu’aux innocents lorsque la démocratie n’est pas si sûre d’elle-même. »

Le patron avait haussé les épaules à cette remarque inutile : « Moi aussi, on me convoque ». Ydit et lui avaient alors essayé l’impossible : trouver parmi leurs méfaits « l’affaire vous concernant ». Tant de possibles dans ces fonctions qui étaient de décider pour tous, malgré la pression de certains.

Dans le métro, la passagère de couloir s’étonne, regarde  la silhouette droite d’YDIT, son visage encore bruni par l’été des montagnes : il ne sort pas de prison.portillon vide Les portillons du métro s’ouvrent plus facilement que les dossiers secrets de la mémoire.        

«  Et,dit-elle,  vous ne saviez pas du tout ce que vous aviez fait ? ».

Comme Blaise Hortus à l’époque, YDIT lève les épaules :

– « Sait-on jamais ce qu’on a vraiment fait ? »

-« Tout de même, réplique-t-elle en laissant retomber le portillon, vous n’espérez pas nous rejouer un coup de Kafka ? »

YDIT sourit : « ‘Le Château’, il dit, Le château, c’est celui des rentiers »  interloquant ainsi la passante  amène qui s’écarte : on n’est pas sur la quai pour faire de la politique , sinon où va-t-on ?

L’ORATEUR : « Donc, j’ai répondu à la convocation »: 27 rue des rentiers, Paris 13ème. A midi. il avait frappé avec douceur et sens de la patrie  ( de la loi, de la nation, du code pénal…).

La Brigade : Ydit ne sait plus très bien comment on l’intitulait : SPO police  Quais Paris« Brigade des petits délits mais ça peut-être grave si on insiste un peu » ? ...

« Brigade de la Citoyenneté des personnes incertaines de leur droit et alors faut voir » ?.. «  Brigade des faits mineurs, mais on ne va pas les regarder prendre de l’âge  sans rien faire » ?

A l’intérieur la femme de l’Intérieur lui avait commandé : d’entrer, s’asseoir, montrer sa convocation, poser sa pièce d’identité sur la table, ici : examen, pas de doute !

Par précaution préservative, YDIT s’était agrémenté de sa bijouterie républicaine : distinction colorée au revers gauche de son veston droit. Cravate assortie. Quitte à plonger, autant avoir le costume ad hoc et les palmes. Dans les camps de fantasme, les papillons d’OubliEs se prennent aux rets des barbelés. On n’en fait jamais assez pour assurer leur vol en liberté.Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

 

Elle le regardait . Ydit raconte qu’il cherchait son grade, mais elle ne portait pas d’uniforme.

La kapitaine lui expliquait, indifférente parfaitement, pourquoi  il était délictueux.

Rien qu’à ce mot il se sentait mafioso de Palerme exilé dans le vingtième parisiensun glasses DJ été 2016.  

Dans sa fonction, Ydit avait été averti qu’une association estimée dangereuse par le ministère des polices tentait d’augmenter son emprise en établissement. Elle proposait des conférences gratuites , diaporisées de frais, parlées en couleurs, baignées des Lumières de la Pure Vérité autant que de véritable jus de fruits, assorties de citations

femme expo Martial Raysse Paris 2014

Entrer une légende

et de petits fours- en général de très bon traiteur. Elle faisait comme si l’été restait à venir.  

Exposition Martial Raysse, Beaubourg 2015

Rieuse et pas frileuse, simple et bien diseuse, la dame prêtresse savait toucher l’essence, sinon l’esprit. Après, quelque rétif qu’on fût, ou futé qu’on se crût, c’était paraît-il foutu.

lucky dans le seau

La solitude de l’alone au moment de la traite

La Kapitaine s’était levée, elle avait demandé : « Donc, vous avez écrit aux établissements ? »

 

Ydit répond que oui, selon précisément les informations du ministère des polices, le même qui justement l’avait ce jour convoqué, que donc….

« Pas la même Brigade », dit -elle. Elle lui avait remis un document, pointant du doigt un passage en corps 8 ; tout en bas. 

 

 

 

Puis elle s’était levée, lui tournant le dos, le temps qu’Ydit réfléchisse sérieusement à tout ça, pendant qu’elle jouait un peu avec les accessoires juste pour  rigoler.L écossaise 2

L ecossaise 3 - accessoires

Du mobile dans les pinces ?

« Il fait toujours réfléchir à ce qu’on a fait, surtout si on ignore l’avoir fait » dit-elle « L’inverse est également vrai, au fond » avait-elle ajouté, prise par une rêverie poétique de bon aloi dans le bureau de la Brigade…

(« Brigade des Libertés Publiques , pas menacées, mais on ne sait jamais, mieux vaut se méfier »)?

En corps 8, en bas de la page , sous la signature d’YDIT, deux mots : « classement : sectes ».

Ydit avait levé les yeux. « Vous l’avez eue comment ? » Elle haussait les épaules. Ydit, on le connaît un peu mieux désormais ( et on le regrette),  arrivés qu’on est à la 27ème Séquence d’Oubli. Il s’était dit que, dans le transparence de la fenêtre, bureau du 13 ème étage Brigade rue des rentiers,  Kapitaine aurait aussi bien pu se mettre dos nu : opportun et sans doute agréable rappel de l’été.

Kaptain dos nu 2

le dos nu de Kaptain, pour une autre fois ?

Mais s’il lui avait demandé, la réponse aurait été d’un mot : « Non».

Pour une autre fois ?

Ydit continue : Elle s’était retournée. Elle devinait sans doute  ce qu’il avait pensé, car elle avait auparavant été lieutenant dans la « Brigade  des faits intérieurs à ne pas laisser sortir n’importe où ».
«  La question n’est pas de savoir si on se montre ou pas dos nu sur des photos quand on est Kaptain ! Vous connaissez mon métier ! Vous avez vu mon brassard ! ». Mais on sentait qu’elle se retenait un peu de rire.

 « Alors- avait-t-elle poursuivi ( c’était son métier) : le corps 8 ? »

Désormais détendu par l’image du dos nu, YDIT s’était dit qu’un corps 8 avait toutes les chances d’échapper à un bracelet de 15. Il pouvait s’en sortir. Bien sûr le mot « sectes » n’aurait jamais dû figurer sur le courrier, il avait expliqué : simple indication de classement/archives, hélas non effacé avant l’expédition.

« Avec votre job, vous relisez pas ? C’est bien écrit ‘sectes’, et l’association a porté plainte pour dénonciation calomnieuse. Voila. Coincé.»

L’Orateur dit qu’il avait souri : « Ça allait chercher dans les combien ? Et puis, au fait, c’était bien le ministère des polices qui… »

Kaptain l’avait coupé d’un geste vif, du genre « Cherchez pas », mais non-violent ( elle avait fait l’Ecole des officiers après sa licence) : « Ok, ok, mais il y a écrit ’sectes’. J’y peux rien. Faut pas écrire des choses comme ça, avec des gens comme ça. Faut s’en méfier . Vous devriez savoir».

Elle avait ouvert les bras, résignée.  « Des gens comme ceux-là » : il était sauf. La bonne carte, la bonne fille, le bon droit. tarots sur tableSon fameux bon destin.

 

 

YDIT  ( et l’orateur le raconte avant même que l’auditrice le pense) , lui, n’aurait pas répugné à se faire consoler dans les  bras généreusement ouverts de la kaptain, tel un réfugié afghan sorti de ses montagnes, un saint-bernard échappé de la SPA, un pré-délinquant repenti. Ou même un trader ayant perdu des milliards par inadvertance.

 « Bon », avait-elle dit, en se forçant à ne pas exprimer sa bonne humeur. Puis : « Bien ». Ydit avait pensé : on progresse. Puis s’adressant à lui, comme depuis le début, sur le ton de la maikresse de CM2 le jour de la Morale : « Sur le PV, on met que c’est une étourderie ? Pas d’intention de nuire ? ». L écossaise 2 N et BYdit se  demande  s’il faut lever la main quand on veut aller aux toilettes, mais il se redresse sur son siège, vérifie que ses culottes courtes sont bien propres et ses doigts dépourvus d’encre bleue ( celle qui ne s’en va pas au lavabo du préau)(même que ça fit des taches sur le mot ‘sectes’). « Oui, Madame, c’est une étourderie je le ferai plus, promis, croix de bois… ».

Il échappe à la mise au coin.petit être dans son coin
Kaptain, qui a bien fait son travail, le réconforte  et fait de gros yeux, mais  pleins de compréhension. Elle passe le P.V.  Il signe. Encore un innocent attaqué par des sournois , mais préservé par la «Brigade de la Répression de la Délinquance Astucieuse », (qui existe et  dépend de la PJ.)

                                    On arrive presque à 13 heures.

                                     Avec toutes ces bêtises on s’est mis en appétit.

                                     Ydit rend  le papier, se lève, tend la main :

                                   « Kaptain, qu’est-ce-que vous faites pour déjeuner ? »

 

Didier JOUAULT

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») Séquence 26. La valse joueuse d’Aoste, la bandera c’est rosse.

 

Ydit prétend qu’il n’aime pas l’autoroute. On n’y rencontre personne en train de lire. Surtout au volant. C’est l’ère accélérée d’autoroute. Mais comment joindre une montagne d’été à l’autre sans les rails de Germaine ou l’hélico de Virginie ? D’autant qu’aujourd’hui  est le jour programmé pour une «  Séquence Publique d’Oubli ».

On n’échappe pas au Devoir.

L’étape est banale, le lieu trivial.Ydit d'autoroute             Lieu d’époque ( un moraliste dirait qu’on reconnaît une époque à ses lieux )

Au moins, ici l’Orateur des « Omissions » croise un public captif.
Un homme d’entretien – sinon d’entretiens- aimablement lui demande s’il peut l’aider ?

Il parle couramment wolof,avec élégance. On comprend : tenir quelque chose pendant qu’Ydit s’allège d’une Séquence Publique d’Oubli ?Ydit s’excuse : il n’a pas trop envie de s’attarder. On peut comprendre.Puis, l’été, les OUBLIeS, c’est léger,Ydit l’a dit.

L’Orateur : « L’épisode date de quarante ans. On était dans le Val d’Aoste : vie pas chère, cousins pour l’accueil,le toit des cousins maison de mamie, copains pour toujours, et larges lits de bois dans une bâtisse assez  vieille qu’on n’en comptât plus les murs .

Maria Luisa voyageait à l’arrière de la FIAT, modèle moins que rien, aux reprises de peinture trop visibles sur l’arrogance de la rouille. Elle déroutait dans les virages, légère en aout. Un été sans Devoirs.

Au village, sous les pieds nus des couloirs, la pierre chantait l’oraison de la fraîcheur-le refuge des scorpions. »

                                  Ydit tente d’expliquer un passé aux passants pressés. Un univers d’au-delà.

Délicate entreprise, surtout l’été. RetourL’été on n’écoute pas.

 

« Un soir, ils était allés ensemble à  la fête de «  l’Unita », chaque village avait la sienne, Ydit suivait par affection, il le raconte.

 « Maria-Luisa riait des rires que son mauvais Italien provoquait chez les cousins. La brièveté de son short rouge excusait aussitôt cette faiblesse.

Les militants italiens du parti oubliaient ainsi la morale de la décence propre aux classes laborieuses, cette culture du déni partagée avec les paroissiens. On grignotait dans la main une  polenta bouillante et la saucisse aux piments  dont la densité variable d’un étal à l’autre faisait gloser les imbéciles  touristes français. Luigi voulait essuyer ses mains grasses sur le short rouge de sa cousine, au nom de la Révolution. Elle n’acceptait les mains que sur les fesses. »

« Jamais la jouissive urgence de vivre n’a été aussi forte, goûteuse. Une évidence de la peau. « La Nausée » ?  Tu parles ! Autant dire, ajoute Ydit, qu’on parle vraiment d’un autre univers. Pour beaucoup, à présent : stupidité, vulgarité. »

« Entre deux stands   élevés à la gloire de Gramsci ou d’autres oubliés, Maria-Louisa retrouvait d’autres garçons vaguement cousins mais vraiment beaux, expérimentait l’usage de la langue étrangère. On buvait beaucoup de ce petit vin sans corps, tout en vapeurs vite montées à la tête, irréel comme le raisin d’ici.  

                                     Très tard, malgré les avis de tous, comme on faisait parfois en ces temps, elle avait mêlé des herbes ( menthe ? verveine ? romarin des Indes ? Réglisse des pentes ?) à son lourd vin rouge. aoste le raisin trop vert de la rouge rougeElle en buvait à présent au vol dans un bol de faïence couleur de dent blanche, d’haleine fraîche..

La fête était finie. L’aube menaçait.

Ydit raconte que sur la route, à l’arrière de la Fiat invisible à force d’être minuscule, Maria-Luisa chantait à tue-tête une histoire de « bandera rossa ». Son  buste  léger dépassait de la portière, inquiétant déséquilibre dans les multiples et raides virages de l’Aoste. Elle tenait haut et pas très ferme la hampe d’un balai punaisé d’une écharpe rouge , dont elle balayait le silence comme au soir d’une victoire, criant d’incompréhensibles slogans bientôt hachés par les hoquets de la nausée.

                                     Elle avait lâché la bandera dans le ravin,gagner la cascade il avait fallu s’arrêter au-dessus de la gorge où l’on se baignait le matin, vêtus seulement de probité candide et les seins blancs. Elle voulait faire pipi, elle ne se sentait pas bien, elle ne savait pas pourquoi, mais non pas les herbes, les virages plutôt, les virages sans cesse, les plis d’Aoste.

 

Dans l’ère d’autoroute, passe une Anglaise  véritable  et tirée par un animal imprécis .Elle se détourne d’Ydit : « Vous make des photos dans les lavabos des Ladies ? ..»

Le récit enchaîne : « Au retour dans le hameau, on avait porté Maria Luisa, incapable de gravir l’escalier de la nuit sur ses deux jambes.escaliers de pierre peinte Aoste

Mais bon : les scorpions suspicieux avaient fui devant la nausée brutale, qui souillait les carreaux noirs et blancs du couloir. On n’évite pas la nausée de « l’Unita ».

Selon Ydit, le café du matin, affaire de cousins malins, avait été servi par un grand-oncle hilare : voilà ce que font les idées justes aux jeunes filles gauches. On essayait tout de même de faire grand style pour « la petite »

L’impatient Guiseppe aussi était là. Polo rouge et jean’s pas cher. Il attendait que Maria-Luisa enfin retrouve l’équilibre des montagnards.matins de roi

Elle était sous la maigre douche glaciale. »

Ydit évoquerait  avec délices la pulpeuse blonde à mèches délayées de colorants, compagne du cousin, si l’auditoire de l’autoroute se montrait moins tenu par l’urgence. Mais, ici, pas le temps pour le détail.

L’Orateur des S.P.O. raconte que « Guiseppe est allé bousculer un peu Maria-Luisa encore nue sous la douche – on est entre cousins et pas le jour de traîner. Les cousins ça se permet tout, c’est même à cela qu’on es reconnaît, selon le poète. Puis, l’humeur de l’époque  sentait l’agréable sans façon des jours libres et tenues simples.

Serviette imprécise autour de parties incertaines d’elle-même, apparaît Maria Luisa, achevant de sécher ses cheveux très noirs dans un essuie-mains à carreaux rouges et blancs. Plus émouvant, c’est difficile.

Guiseppe l’aidait à trouver des vêtements propres, ne lui parlait pas de la fête, il avait des gestes brusques  d’homme  trop nerveux. La blonde à mèches peintes expliquait : son homme rêve d’une carrière de pilote de course.ministre et ministère fevrier 2011

Il va très vite en tout.

La place du village permettait à peine le demi-tour de la puissante Alfa-Roméo qu’on lui avait prêtée, disait-il. Maria-Luisa avait pris la place du mort, à côté de l’excité cousin. Ydit s’accrochait à ce qu’il pouvait, sauf la blonde serrée contre sa chaleur à l’arrière, place des nausées. »

Sur l’autoroute où se déroule le récit, de ras gendarmes  passent en voiture, bruns et lents devant les voyageurs qui sortent des édicules, auprès de quoi  Ydit raconte sans ridicule. C’est vrai : nul ne sait jusqu’où la violence du jour se cache.

On patrouille. L’un, œil vert, observe Ydit, qui sourit de son mieux…

Ydit  d'autoroute 2Poursuivant le récit, paisible,  l’orateur ajoute que, « en cette époque, le double débrayage avec reprise à fond ne constituait pas encore un  crime contre l’humanité réchauffant sa planète . Le plus vieux des gendarmes entend, sourit, redémarre en douceur, juste avant qu’Ydit lui suggère de figurer sur la photo SPO 26. Un gendarme en service a-t-il le droit de poser dans les OubliEs ?

Sur les rudes montagnes d’Aoste, Guiseppe jouait à Tintin en auto. Pour Ydit, chaque virage évitant le gouffre tenait d’une intervention directe de la Madone.Place de l'église en Forterre

Mais il n’a jamais su prier. Lors des freinages brutaux de la pente, Maria-Luisa repensait pour de vrai à La Nausée, Ydit ballottait entre deux formes du dégoût.

 

La blonde copine d’arrière poussait de petits graillements confondant plaisir et souffrance : tout un programme de future épousée du pilote. »

Ydit accélère sur les rivages du récit

Il faut peu de temps à une gorge ravinée pour rendre malade un jeune Français voyageant dans les virages. Mais comment vomir son quatre heures quand il est à peine midi ?  Mais toujours nos personnages de plaisir parviennent à éviter le redoublement de la Nausée.

                                                         Vitesse ? Peu importe. un vrai service d'ordreLes fonctionnaires impitoyables conduisent le pilote et ses passagers au terme de ces «  OubliEs » d’été : qu’ont-ils à déclarer, hein,

ces nauséeux de la fête joyeuse,

hormis les têtes tournées par le soleil levant des attentes ?

 

douanes d'amer

 

 

Rien , ajoute Ydit, pliant bagage pour finir la route , rien,peut-être?  Sauf que la nuit est très vite retombée?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Didier JOUAULT

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Didier JOUAULT (« YDIT ») : L’oubli comme des taches sur la peau ?

« C’est un peu couleur  triste, aujourd’hui, a répliqué  Zigmund, ta précédente Séquence Publique d’Oubli. On préfère quand c’est plus drôle et surtout plus léger. »

« L’idée de performance repose ici sur la revendication d’une spontanéité, d’une indépendance et d’une liberté irréductible

(liberté de jouer, d’être soi-même, de ne rien faire, d’aller à la rencontre) qui accordent au corps une nouvelle présence au monde. Cette présence aléatoire sert la représentation d’une identité mobile, changeante et joyeuse. »

Article « Performances artistiques en milieu urbain : urbanités et dissonances », Alice Laguarda. LIGEIA,  XXV ème année, n°117-118-119-120, p.186 Edition Association LIGEIA , 2012


vitre des oublies

l’éternel visage de l’instant oublié

SMS de Marcel : « Vu et lu dernière SPO : à quoi bon  provoquer  le surgissement de l’oubli, l’oubli vient vite et de lui-même,

Retour

chemin de ronde

comme les taches sur la peau .. .»


Ydit sort dans le couloir du gîte d’étape. C’est la nuit. Personne.

Ydit : « Dans les bourrasques du silence, les mots sont des grains de sable qui volent.

Cependant, le marcheur du désert avance à la vitesse du vent. Dans l’absence de l’eau, il défriche  des  parcelles de son avenir : OUBLIER.Les plumes mortes
Car oublier c’est savoir vivre à nouveau. Car oublier est un savoir-vivre. Une façon d’être visant à l’élégance intime. »

Etonnante réponse du parleur à  la passante, non ? On peut se demander pour qui se prend c’t’Ydit ?  Cestui là qui s’dit l’Ydit?  (d’ailleurs, avouons le,  heureusement qu’il n’y en n’a qu’un, des z’Ydit) ( ou on irait, si ça se multipliait ? Le chaos? Le verbiage généralisé?)

Cependant, puisque Ydit Y a  et que  nous sommes dans les ripostes reçues :

Francesca, une autre fois : « Ton projet nombriliste  d’oubli, cher Ydit, ça ne me plait pas beaucoup. Moi, en raison de l’histoire de ma famille, je cultive résolument la mémoire de tous pour empêcher la reproduction de l’Histoire.»

 Ydit, sur la place du village, retour de chemin , raconte :

P1130577

on peut faire des photos

Ydit : » Dans le silence mesuré de la forêt, paisible balade , on croyait à la pause du temps , mais dans une trouée de frênes, passe et repasse un petit avion biplace dont les roues sont comme les pattes inversées d’insecte malade.

 Il passe, volant très bas, revient, tourne, suivant les méandres mous du fleuve ici encaissé. Des images surviennent alors,  soudain, venues de la mémoire profonde :

on se surprend à courber le dos, à chercher le couvert des sapins, plus loin que la clairière, on aimerait ne pas porter cette parka rouge et ce sac à dos noir, voila qu’ on rampe à demi, voila qu’ on cherche si l’on voit les autres, on cherche  le regard des compères , les yeux des camarades , on cherche les repères cachésLes stèles d'Aillant  vers le camp secret où les paysans quelquefois vont apporter les œufs, le beurre, les fromages distraits aux vigilants intendants de l’occupant, les temps et les mémoires se superposent, dans le ciel serein de la randonnée  voici que repasse le bas avion, comme en piqué,  comme en recherche, comme en attaque, comme mitraille du maquis,  et même si aucune croix noire ne gâche les ailes, même si tout cela est fini depuis si longtemps, plus longtemps qu’avant sa propre naissance, la naissance d’Ydit,  n’empêche , tant pis, il court à présent au milieu des feuilles, réflexe de base : ne pas se prendre les pieds dans les

entrefouillis de ronces.

les stèles d'Aillant 2

marcher sac à dos dans la mémoire des autres

Réflexe de base : ne pas se prendre les godillots dans le piège des ronces,  malgré tout les copains de devant font des signes, la mitraillette américaine en bandoulière, la Sten (ou quelque chose de cette sonorité là ) ,

sur la nuque le  gris béret glissant derrière la sueur, tandis que Boris le radio survivant des M.O.I. tente vainement de joindre le P.C..,

mais l’avion tourne, tourne, semble piquer, piqué…

Ydit ne va quand même pas mourir là, en 2016,  d’une balle de 44 ?..

     Ensuite, on parvient à une clairière : vrais hommages et fausses impressions  s’y mêlent en une combinatoire étrange, sensible.

P1130985 - Copie

culte païen , pierre levée, paroles

 

A chaque instant le souvenir de l’inhumain gangrène la courte balade légère dans le présent des hommes.

 

 Etiquetté de l’oubli, marqué dans le dos, Ydit raconte ce qu’il fit, aussi , parlant au silence, dans la clairière où la pierre s’est levée pour résister à l’oubli qui se couche.concours résistance

         gravé dans la pierre des stèles oubliées par ceux-mêmes qui les dressèrent.


 

Aussi, la passante une seconde s’arrête, comme n’y croyant pas, baladeuse de rue aux jambes légères d’urbanité consentie. short madrid 2014 2

 

Puis dans la paix illusoire de la forêt cette folie du faux souvenir en appelle un autre, ancien : c’est une souvenir qu’il faut oublier, sans doute. C’était sur une plage d’été, on jouait à se lancer de lourds volants de caoutchouc. Ydit  courait, on croyait qu’il voulait  attraper celui que le vent emporte loin, mais non, mais non,  il courait pour fuir, lâchement, toujours plus loin vers le devant de la mer, il courait jusqu’à se jeter au sol à un mètre de l’endroit où s’écrasera l’objet . img017Plus tard on lui dira : « Dommage, tu l’avais presque, tu es tombé juste à la fin ? »Ydit n’avait pas démenti , mais en réalité seule la peur du choc et du bruit terrifiant du caoutchouc sur son visage avait fait fuir  Ydit en avant, par peur, pure peur du choc sur son visage, sur son dos, dans ses yeux de peu-voyant.

poste police rue Marsoulan 2012     Il s’était  jeté à terre pour l’éviter, par terreur pure, alors qu’il aurait été si facile de changer de direction, de ne pas courir dans la ligne du volant haut lancé vers lui selon les règles du jeu,

              non, il avait  pris la fuite dans l’axe , et il avait ainsi , ainsi été ,

    pour deux minutes, pas longtemps,  non pas le  peureux en fuite, mais  le presque gagnant malchanceux –

cartes et oubliEs N et B

le pur noir et blanc des cartes pour oublier

      On peut se demander si cette illusion involontairement donnée, au fond, celle d’un mouvement, si ce  n’est pas l’image de sa vie ?

 

                        A chaque instant le mensonge de l’illusion gangrène

                       la courte balade légère dans le présent des hommes.


 

Didier JOUAULT

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») : Le début de l’été, quand tout s’envole et s’éclaire ( deuxième partie)

Les fruits d' oubliEs poussent dans le cloître

 


 

 

Séquences Publiques d’Oubli  22 et 23, en coup double.

 

 

Le début de l’été, quand tout prend fin…

                                                          Episode 2 du retrait : séquence 23

                                                            ( rappel voir séquence 22 )


 

C’est un jour de  saine et  belle rupture, dans les fils croisés des vies parallèles : battre la retraite. Partir en retraite. C’est rentrer chez soi pour trier la bibliothèque. C’est rentrer au Mas retrouver des ombres vives et les gestes d’amis

 

Ydit, plus de dix jours après la cérémonie des adieux, Ydit  termine  la séquence d’omission. Elle a duré,  double image dans la cour vénérable comme dans la tour de métal . La mémoire est un lieu bifide : « Ce jour là, l’oublieur a construit les circonstances de rupture avec le soin qu’on prête à une cérémonie sans dieu.

dire les nuits d'OubliEs dans la lumière des pierres

les balbutiements de la dernière parole

La nuit sévère a servi aux rêves de discours, aux balbutiements de la dernière parole qu’on, voulait dire  ici, posée comme un corps sur une planche à voile, mais on oublie tout, le matin. C’est bien. On improvisera .

Encostumé de gris et marqué de rouge : c’étaient les signes austères de la fonction qu’il abandonnait. C’était un retrait joyeux.  Tous portaient les masques rieurs de l’écoute, même si l’ attention parfois dérivait sur d’autres menus ruisseaux de l’existence : rapports à rédiger toujours en retard, rendez-vous non pris, mal aux dents, réunion retardée, mamie malade, oublié d’acheter une autre cravate pour demain. Joseph, éternel promeneur  des chemins du désir et des montagnes, rouvrait en secret un autre pan de la mémoire, et rêvait aux derniers torrents de l’été…

la plage et la voile

pas de cravate pour demain

Ou bien était-ce la fin d’une partie de volley-ball sur la plage naturiste ? Une aile posée sur la lumière du corps?

Le regard s’élargissait aux dimensions du lendemain. »

Avec bonheur, dans son discours de départ, Ydit l’oublieur limitait sa parole au rappel amusé d’anecdotes limpides comme des toiles d’araignée au creux des chemins : on voit au travers, on marche, on mache, on murmure. Il fait beau. Pour tout vêtement un short, une chemise légère, on a encore oublié d’acheter une cravate. Déjà on repère , sur les murets, les creux où saisir les mûres en embuscade.

Nul fil de la vierge ne saurait briser le désir d’avancer. MI47DE~1

Sur l’image du discours, dans la tour d’acier,  tout le monde mérite qu’on parle de lui. Compagnons de route, soirées drôles des missions où l’on cherche un restaurant encore ouvert à cette heure-ci dans la bourgade, histoires de chemins perdus et de derniers verres partagés dans la solitude bienfaisante de la nuit, jusqu’au moment où la barmaid, effondrée, demande si elle peut apporter l’addition.

C’est bien vrai que les Parisiens en mission se couchent tard.

last order sir

« last orders, sir , please ! »

Il y a des histoires drôles ou tendres pour chaque vie.

Derrière chaque instant du récit, chaque figure imposée du discours, Ydit aurait pu mais ne voulait ajouter d’autres histoires, qui auraient parlé  d’amertume ou d’échec ou de rage, ou de tristesse.

Elles ne seront pas dites, elles ne servent à personne.

 

L’amertume ne vaut que sur un doigt  de femme embrassé après qu’il a broyé l’amande.

 

Il faut regarder les oublis en face,

La salle est chaude de couleurs

Ajouter la couleur dans la fenêtre de tir de la mémoire

il faut aimer dire l’oubli, passer à autre chose, promener sa vie en posant ses lunettes entre deux fleurs.

le regard des roses c'est la vie 2

les oubliEs traversent le grillage

 

Au troisième étage de l’immeuble moderne, le discours allait  se conclure.

Ydit omit de déclarer  les mauvais souvenirs comme on négligeait de déclarer un objet, naguère, à la frontière, une pierre de temple Kmer, une colonne brisée : les souvenirs passent clandestinement la douane de l’amer, et l’orateur sème les oublies.parler l'oubli dans le silence du cloître

La séquence est ainsi une autre et cependant la même : séance publique d’oubli,première, fondatrice : le jour du retrait.

                                      « -Difficile de s’y retrouver, non ? »

L’orateur porté par son omission évoquait avec bonheur le métier dont l’âge – désormais- le séparerait. Il parlait gaiment des risques et des joies des années.

pot départ IG 2Il rappelait que partir, c’est se souvenir du meilleur. Il avait pris le parti de la gentillesse, il professait la douceur.  Partir, comme : interrompre sans couper. L’orateur amusait les présents : Partir, c’est désirer. Partir c’est regagner, quitter c’est construire.

« OUBLIER c’est construire? On finissait par ne plus bien comprendre ( mais ce n’était pas nouveau) , et  Jojo rigolait franchement ,et  Jeannot prenait son air effondré, Polo regardait ailleurs…

A la fin, toutes et tous applaudirent, puis quelques-unes (il les aime) vinrent lui parler de leurs souvenirs, leurs regrets.

A treize heures, tout avait été  fini. Dehors, il n’avait pas plu et les bouteilles étaient vides.

Il n’y avait  plus qu’à déposer Le Jules au chapeaules attributs de la mémoire, pour en faire des images, pour le charmant virage.

 -Et vous, Monsieur le sortant, qui êtes déjà parti ? Ça vous fait quoi, de ne plus être là?

Interrogation stupide dans le couloir des départs. C’est comme de demander l’heure à une salamandre, un peu, non ? Mais la vêture  on ne peut plus  dépouillée de la questionneuse exige la réponse (et c’est une amie de joseph, éternel promeneur des chemins du désir, clin d’œil ultime, apparition imprévue dans les détours du discours…)

Il disait, Ydit, qu’il n’a jamais été si libre pour un projet depuis toujours, et pour tous les projets, libre et sans savoir à quel moment cela va s’ interrompre (sauf s’il décide un jour de s’enfuir à temps , à la Socrate), libre mais jamais aussi passionnément inscrit dans la durée : pensez-donc, disait-il,

je programme vingt ans d’un projet qui a pour unique  programme d’oublier…Vous suivez ?

Non, ça se voyait,elle ne suivait pas, cela s’admet. Elle le regardait dans les yeux, et il s’efforçait de même, avec un mérite certain : la vêture n’y poussait guère.

Ydit prend alors son temps pour exposer : il va exploser en paix, se soumettre peu à peu à l’explosion des souvenirs, raconte qu’il  programme  l’explosion  intime de fantômes, posera des chapelet de mines dans la passe, de mines anti-personnel sur le chemin de brousse, qu’il va dans une jouissance  forte être miné de l’intérieur, qu’il entreprend de se laisser aller -enfin- à la joie immense de s’alléger, se dépouiller en oubliant.

 

Il dit tout cela avec un plaisir si visible  la plage nue , dosque l’interlocutrice, cette  amie de Joseph  égarée dans la cérémonie des adieux,clin d’œil ultime, apparition imprévue dans le détour des discours (à la stupeur générale et la satisfaction de plusieurs),

l’amie de Joseph

cessant de le regarder dans ses yeux privés de lunettes,  s’échappe  d’une marche lasse, sans même se retourner. Il la regarde , nulle  nostalgie de ce qui n’a pas eu lieu : ouf, déjà un oubli de moins.

Quant à Ydit, en ce moment où l’été s’envole, dans le miroir mobile de la terre

il n’a plus qu’à  se regarder  bouger

 dans le miroir mobile de la planète :

c’est le début de l’été, quand tout

devient léger,                

enfin.

                                                                       Même le ton grave de l’oubli.

 

« On n’y pense plus. Une perte qu’on ne pouvait même pas envisager autrefois, elle devient à présent une chose qu’on parvient à peine à se rappeler » ( Alice MUNRO, «  Fugitives », Points 2009, p.99 – traduction Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso).


 Didier JOUAULT

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DIDIER JOUAULT (« YDIT ») : Le début de l’été, quand tout prend fin…(première partie)

 

Séquences Publiques d’Oubli   22 et 23, en coup double pour cette fois.

Le début de l’été, quand tout prend fin…mais que tout aussi commence (?)

Episode 1 du retrait : séquence 22

     C’est un jour de rupture, dans les fils croisés des vies parallèles : battre la retraite. Partir en retraite. C’est aussi un jour de retrait pour les pays de la civilisation : engager la brisure du lien.

     Parlées à Paris, les « OMISSIONS » résonnent avec un accent d’outre-manche. Jadis on put relier à dos de  dinosaure  les terres de ce qui devint Londres et Paris. Puis la mer  inventa la distance infranchissable, mais les bateaux de bois, et plus tard les ondes…

…effacèrent l’obstacle d’un trait de volonté. Et voici que, de nouveau, l’ile s’en va du continent.Les mots en feuilles de vent s’effacent avec  le mascaret de la mémoire,

porte capitonnée du Kabinet

les mascarets de la mémoire

nulle page ne s’écrira plus à bord du chalutier où se pêchaient les avenirs communs.

 

Mais Ydit a été invité ailleurs. Une retraite. Être dans sa retraite comme dans un ermitage? Dans le couloir qui le mène à la cérémonie d’un départ, Ydit parle encore : l’actualité n’est pas un objet d’oubli , au moins tant qu’elle ne s’est pas lentement vêtue de sa tunique d’Histoire, la chargeant au passage de fausses perles et de vrais mensonges. Parfois, peut-il arriver qu’on espère un passage accéléré du temps afin d’oublier plus vite ?

des OubliEs poussent dans le cloître

l’Endroit à tout apprendre

 

Il regarde le cloître et son jardin.

 

A ses côtés, rapides et bavards, passent les autres invités. Quelques-uns l’ont connu, le reconnaissent.

Mais il porte en sautoir l’étrange insigne des « OUBLIeS », ça surprend, on ne lui parle pas, on presse le pas.

 -« Ah, très cher, on ne va pas tout de même sacrifier à la nostalgie comme un vieux duc privé de sa terre ? »

Germaine, définitivement dame de la SNCF , ou Sidonia, experte en poussières, n’auraient pas de ces répliques, bien sûr. Mais Ydit est venu pour la fête de retrait d’un homme important, et méritant de l’être (sinon pourquoi venir ?). La salle est pleine.

Vue du fond, ça ressemble à une vue sur la mer depuis un blockhaus, ou au public d’ une partie de volley-ball sur la plage naturiste.                (il n’y aura pas d’image de l’été ?).la salle est chaude

« -Difficile de s’y retrouver, n’est-ce-pas ? » chantonne une ex-inspectrice de la  musique, sans gravité.

Un élu passe, ancien ministre pressé ( en retard ), reconnaît Ydit (on se demande pourquoi).

– « Ouh là là,  c’est plutôt un jour avec encombrements de mots lourds ? Des mots pâles et gras  comme le blanc du lard, sous la peau du cochon, non ? » Il rigole, court se faufiler vers le premier rang.

-Une femme qui marche, de la catégorie importance haute, mais nul n’y croit, lui pose la main sur l’épaule, et murmure ( non sans tirer son front à voir le badge «  OubliEs »):

 « Plutôt, ça va être un traité de philosophie pour cour de lycée, un jour de grève des profs ? Chaque discours de départ en retraite est une véritable urne funéraire… »

Ydit ne répond rien. On ignore l’amertume, sauf quand elle est la trace d’un verre de Campari sur le rouge à lèvres d’une femme.

Ydit fait un pas de côté, s’arrête dans une petite cour pour long cours. Une probable future normalienne, émue par sa chevelure grisaille, lui demande s’il va bien, s’il s’est perdu, s’il a besoin d’aide?  » Ça va aller ? » On la devine épelant à vois basse le nom de la maladie de la mémoire, prenant de loin le badge pour une étiquette de vieux mal habillé en maison de …retraite et revers trop long. dans l'arrière-cours se trouve la sortie  Ydit ne demande qu’un geste : la photo

 

Il retrouve le chemin des discours, multipliés comme l’écho de bravoure du picador. Georges et Nathalie, Françoise et Simon cependant lui tendent une main tendre et une oreille complice : Ydit continue (on a pu observer que, en certaines circonstances, il fait preuve d’une obstination de bovin parlant tout  comme la pluie d’été ravine : il n’y a rien à faire, juste se mettre au coin du feu dans la grande salle avec un petit pull et un bon polar,

la tourbe s'il en reste

avec de la tourbe, s’il en reste

 

ou une thèse de socio-linguisique,

en tout cas un whisky à saveur de tourbe.

Et attendre que la parole circule, et passe.)

 

 

Dans la cour prestigieuse, il parle seul. Comme un khâgneux qui s’entraine à la surchauffe.

Dans les couloirs qui le mènent à la cérémonie du départ, Ydit parle encore.

On ne l’arrêtera plus ?  A ses côtés, rapides et bavards, passent les autres invités. C’est l’heure des souvenirs, des remises, le temps de la mémoire fraîche. Il ne faut pas être en retard pour découper l’austère poème de la liste des c -ommissionsla mémoire …

 

 

Quelques-uns lui sourient comme à une statue de la Vierge qu’on rencontre sur le bord d’un chemin de randonnée, en Forez. Ydit porte en sautoir l’étrange insigne des « OUBLIeS », ça surprend, c’est quoi, c’est comme d’une secte ? Ou d’un marketing pour une Maison des obsèques? Il aurait mal tourné ? ( Remarque, il n’a jamais été très net, au fond ?).

Deux ou trois pressent le pas. La marée des mots persiste plus loin, dans la salle sombre d’où la foule ne cesse d’entrer puis sortir .

Dans cet admirable endroit, dans cet espace de la scolastique, l’abîme n’est pas loin.

Invité pour une célébration des adieux à la retraite d’un héros véritable, Ydit bâtit la « séquence publique d’oubli »( S.P.O. pour les intimes ) de son propre départ. 

–« Image dans l’image, c’est un peu facile, mon pote », souffle au passage un vieux déguisé en jeune, qui écoute mal et s’en va vite.

Parler de son propre départ pendant le départ d’un autre, c’est comme de mener deux rêves en même temps, l’un  rêvant l’autre ( et réciproquement, ajouterait un auditeur malicieux, mais en est-il dans ce cloître sonore ?)

Parmi ceux qui sont  restés assis  dans la sombre salle chaude pour écouter, on admire beaucoup de plus très jeunes habillés de frais et déguisés de neuf en très vieux beaux de sous-préfecture. Les frisous gris atteignent des pics d’émotion sur les cous plissés des belles dames de jadis.

Ydit est dehors, il ne reviendra que pour écouter le héros- véritable de ces lieux.

Il raconte  l’autre cassure, l’autre retraite, l’autre lieu …

pot départ 1

Derrière les murs de fer

…le  troisième étage, d’un immeuble de bureaux, murs de métal et verre, quartier chic, il y a quelques mois. Du soleil d’automne sur les murs en fer. « L’automne, c’est bon pour finir sans conclure » murmure gravement l’invitée à voix de fumeuse, et s’en va aussi, vers la salle des vénérations posées comme des cierges morts sur un autel abandonné.

Ydit mène la séquence; c’est son job, son programme : « Ce jour là, l’oublieur avait  construit les circonstances de la rupture avec le soin qu’on prête à une cérémonie sans dieu. La veille, Ydit était  venu, portant les bouteilles velues de champagne dans un grand sac de pauvre.

La nuit avait servi aux rêves de discours,

dire les nuits d'OubliEs dans la lumière des pierres

entre les pierres de lumière

mais on oublie tout le matin.

Ce jour là, son travail commençait à midi. Encostumé de gris et marqué de rouge : c’étaient les signes austères de la fonction qu’il abandonnait. Mais en ce temps d’autre départ, pas de badge, pas d’OUBLIeS, pas de double appelé « YDIT »…

                                                     ( FIN de la PREMIERE partie…A suivre !) ( ? )


 

 Didier JOUAULT

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») https://yditblog.wordpress.com/2016/06/14/les-familles-carburent-a-loubli-sinon-cest-la-franche-panade/

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