YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison 4, Episode SOIXANTE-QUATRE visite (Bob et MORANE 12 rue Dupetit Thouars) Passer la serpillère, propre en début d’année

Note de Madame Frédérique :

Note de Madame Frédérique

La succession des passages, ici, semble se coordonner de façon à peu près lisible. Il s’agit d’un premier « doublé » de visites domiciliaires. Dans la succession des fragments, un second « doublé « apparait, plus tard

Quand je fus son Assistante Personnelle, à plusieurs reprises, Y.d’I acceptait en souriant que je lui reproche son  écriture à peine lisible. Mais il ne s’agissait que de notes prises en réunion ou pour une intervention : les saisies de notes sur « tablette » n’ existaient pas encore…Peut-être, donc, dans ce qui va suivre, quelques mauvaises « lectures ».

TEXTE de Y.d’I,  «  La Lettre de A. , version B »,  (Lettre de A : ironique rappel de l’incipit de « Extérieur Monde », voir supra – Olivier Rolin ) :

Petite activité sans désolation et avec humour. Le vent s’est levé dehors fort et puis la pluie et moi qui suis occupé la suite du suivi à écrire, je n’ai pas entendu l’eau qui tombe vive et puissante l’eau qui pénètre dans la pièce depuis la  terrasse sans doute parce que le joint a été mal fait ou parce que l’orage est d’une imprévisible puissance.  Mais j’écris – dans le berceau du roman-images – et le cliquetis du clavier malmené couvre les friselis de l’eau qui peu à peu envahit le sol de tomettes, flaque encore peu visible, elle forme sans que j’y prenne garde une sorte d’Aqua Alta inattendue dans cette région de collines,  et l’eau monte encore et le récit nage et les pieds trempent.

Je m’en aperçois tardivement, quand les chevilles commencent à flotter devant l’écran, et je me dis que l’activité de l’écriture ainsi conduite requiert le passage rapide d’une serpillière, l’usage d’une pompe à eau, par exemple.

Il faut toujours passer la serpillère après les pendus. Pour avorter les traces. Et un peu d’eau ne fait pas de mal.

Lorsque je me lève et me dirige vers le placard de la cuisine ouverte sur la grande pièce où se trouve la table à laquelle je travaille, on sent le vent saluant la lumière incertaine sur des collines un peu molles,  et je m’aperçois que les portes ont été forcées : quelqu’un a-t-il voulu s’emparer comme d’un trésor des notes que Madame Frédérique tentera de mettre en ordre- sans jamais y parvenir ?

Moi, j’écris «  La Chasse au Parrain ». Ecrire c’est passer de l’eau de Javel sur un évier intérieur.

– Sale image, dirait BOB.

– En plus, ça pue, ajouterait MORANE. Mais ça blanchit les mains sales.

MORANE et BOB, vous savez ?  Comme il convient à présent, une fois de plus, les genres sont incertains, au moins pour MORANE- car un certain MORAN qu’on dit né près de Rennes aux alentours de 650, a été porté, dans la même ville, à la cathèdre d’évêque, en 710, vieux déjà donc en son temps, avant de – sagement, prétend-on- , se retirer dans un monastère italien, ou grec, ou mauresque, voire turc : un monastère ensoleillé, où ne jouaient pas déjà des pianistes grecs, dans le scriptorium désert de l’après-déjeuner, sur un Steinway très accordé au décor.

Dans ces fragments peut être réunis en portrait possible, le narrateur-ni ricaneur ni éperdu, ni espérant, ni désolé, ne procède qu’à une seule recherche : évidemment pas celle du temps perdu (tout a été dit et nié sur le sujet), mais tout à fait précisément celle de MM, dit « Le Parrain » : Marcel Malbée, 12 rue du Petit Thouars, Paris. C’est là que vous le trouveriez, s’il existait encore. Tentez votre chance. Métro TEMPLE. Ligne 3. Levallois Gallieni. Changement à République pour aller à Porte des Lilas par la 11 .

Porte des Lilas, appartement familial, toilettes sur le palier, pas d’eau chaude, devinez dans quel sens on préfère prendre la ligne. DE plus, entre La Porte des Lilas et République ça descend, ça descend, ça descend. On descend longuement si on va au 12 rue Dupetit Thouars. Chez Marcel Malbée. C’est là qu’on été envoyés les limiers suggérés par FRED, MORANE and BOB, célèbres duettistes. C’est là que : pour l’instant, personne. Nadie. Nobody. Dans les sous-sols de bar et les sorties de lycée, oui, là, ça peut aller, ici traces de Marcel Malbée dit MM die pate. BOB et MORANE en ont trouvé. Mais 12 rue Dupetit-Thouars, personne, ici, rien.

-BOB : pourtant, Patron, nous avons interrogé les voisins. Enquête de badinage.

-MORANE : et pas les cousins, pas retrouvés.

-BOB : Les Voisins sont coquins : pas vu de Parrain, s’entourent les reins de rien blanc et de négation candide : point de Parrain.

-MORANE : dans le rien qui vient, il y a bien cette concierge de naguère

-BOB : à présent retraitée.

-MORANE : Germaine

-BOB : nous l’avons rencontrée dans la maison de Vieux de Pantin, rue Jaurès, la pauvresse, en faiblesse

-MORANE : Prétend se souvenir de Marcel Malbée. Elle dit : un grand et bel homme très athlétique, parole haute, marche rapide, chevelure blonde, toujours des jolies filles chez lui, souvent ça riait et la musique du phono dépassait du jazz partout, certains se plaignaient, mais cent francs pour les Etrennes.

-BOB : donc, un autre Marcel Malbée?

-MORANE : tout le monde ne peut pas se nommer Marcel Malbée, au 12 rue Dupetit Thouars

-BOB : mais ça ne ressemble pas au portrait-robot du petit patron Yd’I. Je dis ‘petit’ parce que le Grand, ça reste le Vieux Samuel.

MORANE et BOB concluent leur rapport par le mot : néant ( ils n’ont pas choisi fin, parce que mieux vaut faire durer, même réduits, leurs honoraires)

YDIT répète : s’il existait je le ferais disparaître, j’en ferais la brume opaque mal levée au matin des sanglantes batailles livrées entre Les Templiers ou les Chevaliers de Malte et les Ottomans, j’en ferais  le sable lourd et brun sur lequel va glisser le sabot du Minotaure ou le cheval de Perceval, j’en ferais la douleur noire qui enveloppe de sa fumée puante les portails des prisons ou des camps. Tout cela, de lui, face à moi je ferais.

-BOB : déjà dit. MORANE se demande si on peut jamais retrouver le souvenir du fuyant Marcel Malbée?

Lisant le rapport « Néant » , Ydit redécouvre une fois encore que la rue de Parrain dit MM nommé Marcel Malbée, j’écris son  nom depuis le début, tant pis pour l’anonymat,  sa rue était en plein cœur de ce qui fut jadis, dans le Paris médiéval, le fastueux et puissant domaine appelé l’Enclos du Temple. Mais voici que peut-être se bousculent, comme des pièces dans une poche trop large quand on fait du vélo dans une montée, comme les molécules d’eau dans la gourde à demi bue en cours de descente le long d’un sentier des Pyrénées, comme les chairs intimes rougies de frottements par l’après-midi du désir partagé, voici que se bousculent entre eux plusieurs rocs de souvenirs secrets, dérive des continents qui ne se retiennent, ceux de -entre autres- les nuits rue Dupetit Thouars et les nuits d’ailleurs- un hôtel mal éclairé en Forêt Noire, une chambre trop peuplée vers Saumur et les souvenirs des cérémonies, jamais avérées bien qu’avouées sous la torture, qu’on prêtait à ces bourrus guerriers spirituels et buveurs, bouche pleine et lance molle en main, les moines-soldats Templiers.

Blasphèmes. Trahisons. Mensonges. Reniements. Turpitude. Sodomie. Reniements, surtout de l’essentielle protection due au garçon tout entier caché dans son pyjama…

Rien que cela. Tout cela. Ah, dirait le Prieur, à genoux, on ne fait pas dans la demi-mesure ? Il faut donc se souvenir et punir ? Surveiller et courir ? Et on disait que le rapport, s’il se voulait complet aurait dû écrire :

« Il a fait tout cela, quand il ne s’agissait pas de plaisir neuf ou d’argent devenu facile avec Malbée-le-confortable ( la famille était pauvre, jamais d’argent), parce que – au fond- (mais il l’ignorait encore) il avait appris dans la proximité active de Marcel Malbée à faire les choses non seulement sans y penser, mais comme sans y être ».


Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode SOIXANTE-QUATRE pour commencer proprement l’année, visite ( Bob et MORANE 12 rue Dupetit Thouars) Passer la serpillère,écrire : passer la serpillère après la fuite. Evacuer l’eau. D’accord. Mais trouver la fuite?

voici le début 2025, entre deux interrogations à venir sur ce que fait Ydit quand Fred n’est pas là ( VENISE ? TOURNUS? deux épisodes, attention, pas de mercredis en ce début d’année, mais les 13 et 21 janvier), puis Ce que Mamie savait (deux épisodes encore, « juste rappel des faits Monsieur le Présidenet », juste pour finir janvier, le 31, mais comment faire moins que se mettre sur le 31 ?)

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, EPISODE SOIXANTE -TROIS Récit de la petite boite en bois avec balle, et de ce qu’on ne saura jamais (trois sur trois) fin.

YDIT se souvient ( l’utilité principale de rédiger à la 3e personne, est  d’éviter ainsi de buter du récit et du pied chaque fois qu’on devrait écrire «  Je me souviens » , de bredouiller, de faire Le Bègue.) YDIT se souvient qu’il avait vérifié avec soin la fermeture de la porte palière, puis celle de la chambre avant de retourner dans la pièce et de réouvrir l’armoire.

Pour documenter la découverte. Petite boite comme de cigares, mais un sceau de cire rouge, et « Mort pour le France »

« Mais pourquoi as-tu encore fermé la porte d’entrée au verrou, dirait la mère, grognon, t’es stupide, t’as peur de quoi ? », en réalité, parce qu’elle avait surpris son fils, ou les garçons de la voisine, occupés à autre chose que leurs devoirs, et elle craignait que la porte fermée pût marquer une ouverture des garçons vers des préoccupations pas seulement solitaires- qu’elle réprouvait aussi d’un geste de répugnance (horreur dégoutée de sa voix un après-midi de congés scolaires où elle avait surpris- alors qu’elle était supposée occupée- son cadet concentré seul sur le sujet du plaisir, actif et solo.) Était-ce pour se préparer à la prochaine séquence Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain ?

Mais non. Pas la moindre ligne glorieuse où accrocher des lambeaux de mémoire.

Dans la cour de l’école Jean-Jacques Rousseau, au Pré saint Gervais, ça aurait été très chic, de pouvoir montrer la cartouche brune livée dans la boite en bois » Mort pour la France » et de raconter son rapport avec le père tué au combat. Bien sûr les dates ne collent pas. Mais les garçons de 1960 ne savaient pas l’Histoire.

Cependant Madame Bourgeois, la maîtresse de CM 2, aurait pu inviter YDIT à  raconter en classe la mort dramatique du héros. Tant d’images qu’il suffit de coller un nom sur l’une d’entre elles, même si elle est fausse comme celles du combattant espagnol photographié à l’instant même où la balle l’atteint. YDIT est né 10 ans après cette mort, et même en imaginant une conservation divine, peut-être grâce au Maréchal-nous-voilà, d’un sperme ancien ; même en tirant d’une manière un peu saccadée sur les mêmes ailes toujours généreuses de l’imaginaire (qui valent bien celle de Tirésias), impossible d’y parvenir : ce mort n’est pas le sien.

Entre-temps d’ailleurs il y avait le passage du frère aîné (ou de n’importe quel autre frère, YDIT a tant de frères, rencontrés bien plus tard, cela aurait dû venir en son temps, les histoires fraternelles, mais le grand réservoir des mots vite s’épuise, tout comme le réservoir des morts, père, frère, mère, parrain).

A BOB et MORANE qui l’interrogeraient, pour compléter leurs dossiers, faire mine de progresser, YDIT répondrait qu’il n’a jamais pu questionner la mère, ni reconstituer son émotion (sans doute absente, après tout) ni satisfaire ses curiosités. La mère, on ne l’interrogeait pas, et elle ne répondait pas. Aucune question n’a été posée sur la boîte à cigares, « Mort au champ d’honneur » en tout cas pas l’unique et véritable question : « Pourquoi la mère tenait-elle à la conserver vingt ans après, mémoire, émotion, regret, révolte, résignation ? Echappatoire désespérée?».

Tout cela bien sûr était vraiment trop tôt. Mais s’il avait eu déjà en perspective sa mission, à lui-même donnée, de partir à la Chasse du Parrain, de M M  dit Le Parrain (personnage présent dans les décors du temps ), YDIT aurait alors pu saisir la cartouche brunie dans la boîte de bois léger. Pu s’en  saisir pour la glisser d’une main rapide dans le canon bien ajusté de la mémoire, puis d’un geste aussi rapide (qu’il apprit ensuite à l’armée), engager la balle, manœuvrer la culasse, viser, tirer, toucher, transpercer, tuer, achever en somme l’agréable et sinistre besogne : l’assassinat limpide et fragile de Marcel Malbée

.

Dans les déménagements un peu nombreux ensuite, la boîte fut sans doute à nouveau cachée. Quelqu’un d’autre que la mère connaissait-il sa présence ? Quelqu’un d’autre que l’ami de classe, André, connaissait-il la présence des revues de nus au-dessus de l’armoire chez les Chavanon ? Quelqu’un d’autre connaissait-il  par quelle doucereuse interrogation Marcel Malbée commençait à débarrasser le gamin  de son pyjama ? ( à cette question-là : une réponse, déjà donnée, dans les épisodes précédents : TOUT LE MONDE SAVAIT ).

La boite du mari n° 1  fut-elle jetée dans une poubelle, comme un nouveau-né dans un mauvais roman jadis, et pas la moindre bonne sœur pour la ramasser au pied du parvis cathédral.  Comment peut-on jeter «  ça » ?

Quand il fut question, bien plus tard,  de régler la succession de la mère, Thérèse François, simple agglomérat de petites dettes et de vieux livres, le frère  aîné découvrit-il cette boîte ?

Incapable de penser la durée pour cette famille suspendue dans le non-temps du silence et l’absence d’espace des pauvres, ou s’empêchant la  curiosité, YDIT n’approfondit jamais l’histoire du premier mari. Même, ça aurait été un roman, il n’a pas joué avec cette idée d’avoir deux pères, le mort au front, l’autre absent dans son présent.

Thérèse François, après-guerre, Pétain condamné à mort (« les salauds » a-t-elle dû penser ), les restrictions confirmées, et Marius Marcel, le  mari numéro DEUX, encore élégant avec ses revenus à l’époque confortables, tout juste tout frais sorti d’une histoire précédente, à trois avec le vieux de La Varenne, mais ceci est une histoire qu’Ydit n’apprit que vingt ans après. On a déjà dit ( et lu?) cela: père, Marcel Malbée, le troisème homme, plus agé, ancienne célébrité, la grande maison de La Varenne, leurs vies à eux-trois, tout cela évoqué par Grand Frère un soir de dîner, évoqué-jamais raconté. Cette fois encore, on ne saura rien de plus de ce qu’il est impératif de connaître.

Récit et roman :  chausse-trappes et vrai labyrinthe : comment peut-on vivre les souvenirs qu’on n’a pas soi-même ? Ici, c’est le récit, donc on peut, dirait FRED. « Et tant pis pour Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain ou même pour l’interpellatif Hanged James, ils commencencent à faire un peu chier, ces deux-là. »dit FRED.

Quand FRED use des mots du métro, c’est qu’on l’a fâchée. Brisons là. Sans la briser ( YDIT a encore besoin d’Elle).

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE SOIXANTE – DEUX Rapport Bob et Morane le frère 5 sur 5 : ce petit mot unique, NON.

Note de Madame Frédérique :

Note de « Madame Frédérique », Assistante de publication, désormais  :

Il y a des semaines – si lointaines- j’initiais les séries de textes Père/Frère par ces mots : Horreur et stupeur, ajoutant : il est arrivé que, lors d’une discussion sans suite, YDIT exprimât son inquiétude : relever la barrière de l’indicible – mais ceci est DIT maintenant DIT par YDIT même, – oter le barrage pour laisser passer- c’est-à-dire circuler en laissant voir, la «  LETTRE De A. », version B, c’était une bravade -du courage ?- une tentative ( tentation ?) de parvenir en ce point de la voie, dans le chemin du récit, où s’allègent  les besaces des promeneurs de la vie sans mémoire? A t-on envie de cela? Mais comment l’éviter, sinon dans le mutisme même du rejet? On sait aujourd’hui ce que le DIRE produit : commentaires dégoûtés, empathies alarmées, indifférences affichées. On n’y voit aucune raison de ne pas continuer.

LETTRE de A, Version B :

Rapport 2 : Grand Frère ( jouait du piano partout).

                                                                                    (Chap.5 et dernier  )

Le père savait-il que la chaleur chez Marcel Malbée Die Pate conduisait a baisser le pyjama du garçon ( lui-même le retire, souple mouvement des hanches, Marcel Malbée n’y touche pas, au pyjama, même pressé, Marcel Malbée ne touche que le Garçon, ainsi le Garçon est-il acteur de ce qui lui arrive, Père savait-il cela ? Au moins, soupçonnait-il l’astuce? Et pire encore, ce voyage de plusieurs jours en Allemagne- unique dans le souvenir car sans doute accroché à quelque anniversaire, on n’ose penser lequel – le père s’interrogeait-il un peu sur la pâleur du garçon au retour, et l’obstiné mutisme sur les menus de restaurants trop chauds en forêt noire, ou sur ce qu’on a fait pour s’amuser en Forêt Noire ?)

Interrogation cardinales, et cependant non cruciales, parce que privées désormais du moindre intérêt pratique : aucune rétroaction possible sur les descentes de pyjama, qui-ainsi que les torrents en kayak- ne se remontent jamais. C’est comme cru et cuit, pas de retour.

Le présent Rapport de Bob et Morane ( on pourrait s’interroger au passage sur leur rapporrt au réel ?) ne serait pas complet si- non sans un humour que tout le monde appréciera, et d’abord YDIT lui-même – les détectives sans âge n’avaient pas en conclusion retissé une toile de décor, ou renoué un lien, qui -selon eux et avec toutes les précautions d’usage- ne manque pas non lui d’un certain piquant.

Car en effet, Père et Marcel Malbée ensemble, ou avec d’autres naguère ( et on espère nul Garçon initié aux souplesses de pyjama), leur sale manigance (mots qu’elle aurait pu employer) Mère ne pouvait pas les ignorer. Non. Ne pouvait pas. Sincèrement. Difficile à imaginer, mais nécessaire pour comprendre. Elle connaît les goûts du père, son commerce avec des hommes à jolies silhouettes à la Porte des Lilas, ses absences, les chiens qui ne font pas des chats, et puis elle sait encore mieux ce que personne ici dans ce rapport ne saura jamais, ni même YDIT : l’intime bavardage intérieur du père, soudain parlé sur l’oreillerk, peut-être ?.. Aussi, pour les goûts du Grand Frère, pas de Secret ni même d’interrogation, cette fois : passée la première nuit dans le lit ex-conjugal Porte des Lilas , nuit avec Jackly-jolies-fesses : plus de doute, Chère Mère, les chiens ne font pas des chats. Les amis pianistes ne font pas que des gammes avec leurs doigts. Le plus vieux des trois non plus, cet inconnu sur image, qui les reliait, mort sans héritage.

Cela ressemble à des formules de Radio-Londres, mais plus personne n’écoute, les Résistants sont partis en vacances, le poste à galène a perdu ses baleines, son corcet, son antenne. La coquille de la mémoire est vide.

Les auteurs du Rapport de Bob et Morane terminent donc en affirmant qu’on pourrait ici, sauf mégarde, glisser sur une pente vertigineuse, pas loin du précipice : la connaissance de tout cela dont disposait la mère, jusqu’où cela allait-il ? Jusqu’où ? Cela allait-il?

Jamais, au cours d’une occasion unique ensuite (un mariage), ne fut posée à Grand Frère la question des limites : qui savait quoi  sur les usage de cordon de pyjama rue Dupetit Thouars?

Avec un sourire cette fois encore assez goguenard, Bob et Morane pourraient écrire quelque chose du genre :

« Après tout, on dirait que le seul à ne pas savoir ce que savaient tous les autres c’était justement ce grand benêt de Ydit. »

Assigné pour mutisme sans doute, par le poids définitivement excessif de la culpabilité : n’avoir pas, dès le premier soir, dès le premier moment, avant même que ce moment pût exister, n’avoir pas dit NON, avoir serait-ce en silence et immobile permis que cette main molle tire le cordon raide du pyjama, NON, l’encore impubère (plus pour longtemps ) garçon n’avait pas, simplement, résolûment, violemment, silencieusement même dit ce petit mot , unique : NON.


DIDIER JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE SOIXANTE – DEUX, Rapport Bob et Morane le frère 5 sur 5 : ce petit mot unique, NON

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, EPISODE SOIXANTE-ET-UN, Récit de la petite boite en bois avec balle, et de ce qu’on ne saura jamais (deux sur trois) milieu.

Dans l’appartement YDIT, rien de tel que le haut de corniche des voisins, même pas la peine de chercher. Donc, sans doute s’ennuyait -il.  Rien à découvrir. D’ailleurs que chercher : on ne peut plus l’imaginer, car dans cet appartement de  pauvres il n’y avait rien à trouver, sauf à découvrir progressivement ceci que l’écriture est l’autre visage du silence vaincu. Mais cela serait beaucoup plus tard, et pas besoin de revue de nus pour le comprendre.

Sans doute, cet après-midi là, s’agissait-il d’une sorte de fouille en règle, dont la raison échappe  complètement (car YDIT interceptait à temps  les documents venus du collège, l’hypothèse de découvrir le moindre billet caché entre les traits basses piles de draps aurait fait rire) ?

Cependant, voici que le gamin  avait découvert ce petit paquet.

Le colis, très caché, pourtant on l’aurait dit anodin.

Clôture de la chambre vérifiée, YDIT avait déficelé  le paquet. Malgré tous les efforts, toutes ces années plus tard, il ne parvient plus à se représenter s’il y avait un emballage, papier Kraft enveloppe ? Cela consistait seulement en un petit coffret de bois très simple, comme ceux dans lesquels on offre ou range les cigares de basse gamme ( parfois, le dimanche- à une période il venait tous les dimanches- Marcel Malbée apportait des cigarillos, et YDIT, qui passait une partie de l’après-déjeuner sur ses genoux, les mains de Marcel Malbée souvent sur les cuisses, jouait avec la boite multicolore).

Apparait, dans le souvenir, un sceau de cire rouge écrasé en vitesse. On se souvient que cela fit songer à des parchemins, des chevaliers,  des moines,  à des aventures de l’Ancien Temps.  Ecrasant une ficelle coupée, le sceau était comme il convient brisé.

YDIT sait- car l’image persiste encore soixante ans plus tard -que d’autres signes ou symboles marquaient le couvercle. Ils  sont désormais devenus indéchiffrables, comme effacés par le temps, comme des galets de marée : on sait qu’ils sont là, et cela n’a pas de sens. En ouvrant la vieille armoire et la boite dans l’armoire, on ne trouvait, dans cet après-midi qu’on se souvient ensoleillé- qu’un portefeuille à l’ancienne, en cuir brun même pas si endommagé par l’usage, mais craquelé par l’âge. On voyait un portefeuille épais, YDIT soupçonne qu’il contenait des lettres, des billets d’époque peut-être, des papiers d’identité, des tickets de métro de la TCRP (non, pas le métro, partant au front si lointain ou les laisse à l’épouse). Cela correspondait à des sentiments vifs et à des souvenirs peut-être déjà vieux le jour du départ pour la guerre, la drôle de guerre.

Très bizarrement (ou est-ce un faux souvenir une fois de plus ?) la boîte contenait aussi une balle de fusil, une cartouche entière dont le cuivre était devenu très sombre. YDIT se demandait si cette cartouche était-précisément-celle unique dont la mère accusait  le Front Populaire de ne pas l’avoir produite en quantité suffisante, et qui n’avait même pas servi au  mari n°1 pour se défendre ?

On apercevait aussi ( le regard du fouilleur se dépêchait) un objet inconnu mais qu’on identifia plus tard, ayant vieilli et appris, comme la plaque d’identité du soldat mort. Le livret militaire, qu’on ouvrait rapidement, portait un nom facile à retenir, banal, on l’a oublié depuis, et quand on le chercha plus tard,  dans l’un peu inutile désir d’en savoir plus ( faut-il toujours en savoir plus sur les autres ?), on n’en découvrit jamais aucune trace. Un mensonge de la mémoire si inventive ?

Le nom de ce premier mariage n’apparaît pas dans les actes d’Etat-Civil. Quelqu’un -on imagine qui ?-avait soudoyé un employé indélicat et affamé, à la Libération, afin qu’il trafiquât le registre.

Les tout à fait rarissimes séquences de mémoire partagées en famille, qui se produisaient comme une sorte de pollution nocturne, involontaire et honteuse, avaient installé l’idée de ce premier mari, l’idée même pas fixe, sans rien de plus.

D’ailleurs ( ou « de plus » si l’on songe à une enquête, à un procès) dans l’enfance, YDIT avait aperçu à quelques reprises une sorte d’ex-beau-frère, encore vivant. Il  venait parfois à la maison partager un moment avec la mère, c’était visible qu’elle l’appréciait, peut-être parce qu’il portait en lui quelques échos du premier mari, ou plutôt, car il était-dans le souvenir-amusant et bien bâti. Echos de temps misérables.

Ensuite, un peu comme toujours dans cette famille, le meilleur s’effaça, l’ex beau-frère (André croit-on ?) ne revint plus et disparut d’un seul coup, comme si tout le monde s’était lassé de ce passé, lassé soit de la mère, soit des fantômes, soit de l’évidente et rapide dégradation du milieu familial.

YDIT se souvient de lui surtout qu’il demandait qu’on lui gardât la porte de l’ascenseur ouverte le temps qu’il arrive, car il était toujours en retard, pour partir, mais ce détail narratif appartient nécessairement à un autre registre du réel ( un autre appartement qui aurait été le sien où on l’aurait retrouvé ? Chez la grand-mère paternelle qui « invitait » encore un peu, avant la maison de retraite ?) car la famille jusqu’à la fin, n’eut jamais les moyens d’habiter un immeuble qui aurait comporté un ascenseur. Ni une salle de bains, d’ailleurs.

Dans la boîte de cigares, une lettre d’accompagnement, dépliée avec soin, a dû être d’une parfaite banalité : Mort pour la France, Taratata, lever du drapeau, champ d’honneur. Et aujourd’hui on songe (chacun sa guerre du reste) au Bardamu et Céline, à Saint-Loup et Proust, ou mieux encore peut-être à la route des Flandres de Claude Simon, trois écritures de la Guerre qu’on ignore évidemment à l’époque mais qui pourraient se rencontrer dans leurs fulgurances obscènes ( chacun son obscénité) pour tracer un portrait cubiste et sombre de la douleur.

Jamais -car la famille chacun le sait est d’abord l’espace du secret-la mère n’a parlé de ses objets de mort et d’Histoire. Personne d’autre non plus et nul ne  sait ce que sont devenues ces traces d’Histoire singulière au cours des déménagements. Le mari mort n’impose nulle part le fantôme fluet de sa disparition idiote, assaut des blindés nazis, et lui en face, une seule balle. Il n’attend rien, et surtout pas qu’on raconte. Jusque là, c’était la « Drôle de Guerre » , encore une fois : on attendait , dans des voisinages divers.

Et pourtant, il est là, dans la fenêtre sur la mémoire qu’ouvre l’armoire, si tard, pétard sans explosion. Il est ici, comme Le Parrain, Marcel Malbée, depuis peu est à nouveau ICI, dans le regard, si tard, pétard sans omission.

Ydit avait espéré que ce mort eût été son père ( drôle de conjugaison du verbe être). Un héros, même tout petit ( on n’exigeait pas le colonel des chars à Montcornet ), dans la famille, ça n’aurait pas été une maigre consolation. Un père qui parfois serait venu dans les cauchemars accompagné de sa frayeur, du bruit des tanks, du sifflement des balles, du bruit des compagnons blessés ( chacun de nous a  lu tant de pages sur ces bruits qu’il a l’impression de les avoir entendus), et même le bruit que fait une vessie qui se vide dans le kaki au moment de l’attaque.

Honneur furieux et joie mouillée de l’épouse retrouvée. Mais non. Seule figure virile qui impose maintenant sa présence au nsein de la famille : Marcel Malbée, dit M.M. Die Pate. Raté ! Même Hanged James, qui tait son secret, n’y peut rien. Raté…

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François-Dominique, le Frère le nommait Frado, un peu comme Pélerin en d’autres langues, Francisco, Frater, et Dominique, espaces des vocables religieux, on aurait pu se croire ( déjà ! ) dans le cloître si humide, abbaye de Sylvanès, l’abbaye et son lieu préservé de « Les Granges« , où ne pénétraient que de pénétrants impétrants, suaves initiés aux secrets de la musique baroque, des concerts intimes, du choeur des Garçons ( voir ci-avant, « SYLVANES », Saison IV, épisodes 31 à 33, avril-mai 2024). François-Dominique : un vieil ami aux talents protecteurs.

Le FRERE, Selon le rapport de BOB et MORANE ( mais on sait qu’ils mentent pour atténuer l’indigence de l’enquête), Le FRERE, brutalement réapparaissant, invitait YDIT à l’une de ces fêtes galantes, richements désolées, qu’il se passionnait à mettre en scène, dépensant vite l’argent trop gagné par sa brocante sale, et autres affaires sans doute légales et probablement troubles : lots d’héritage provincial revendus à la découpe après maquillage de vieux meubles rossignols en de belles antiquités bourgeoises.

Ainsi, d’un 31 décembre, dans la maison de l’ile que jouxtait le hangar d’Aladin, entre amis agacés de bon champagne. Ydit, curieux, acceptait l’exceptionnelle invitation.

Concertiste de talent, un peu célèbre à quarante ans, François-Dominique aimerait tant faire apprécier son toucher.

L’appartement, trois pièces à haut plafond et parquet ancien, affirmait la double passion de Satie et des Garçons : photos dans la bibliothèque.

Ydit tient dans sa mémoire, maintenant, les dîners populeux et calmes des soirs de SYLVANES, dans la salle capitulaire, et le pianiste grec joue avec douceur sur le STEINWAY du scriptorium.

Quiconque écrit un roman-images le sait et l’avoue : vrais et faux, il y a des souvenirs qu’on aime, au point de raconter plusieurs fois leur histoire, sous des versions différentes, et d’en effacer les chronologies.

Vieux Mac Allan Ambré, Chablis 1 er cru, Moulin à vent, bavardages, images, nuages : soir chez FRADO.

En arrière-plan de la mémoire sensorielle ( la plus malhonnête de toutes) l’odeur Safran-Hermès d’un jeune reporteur de France-musique venait à rôder, par avance présent sur la toile de fond du récit. A SYLVANES, il écoutait le concert de la diva, le pianiste grec, les mots de YDIT.

Les plans se chevauchent et les histoires s’interpénètrent. Sans le savoir ( car la marée de la mémoire est ici trop profonde) YDIT retrouve les âcres et inopportunes saveurs dérobées aux troubles présences de mains de Marcel Malbée, dit MM, dit le Parrain, Die pate.

François-Dominique : «  Je reviens de suite« . Il apparaît dévétu d’un kimono très sombre et très fleuri. Il joue du piano debout, lentement, quelques accords, et le mouvement du jeu ne découvre pas que les avant-bras. Beau corps de quarante ans.

YDIT avait été invité ( « incité » ont d’abord écrit BOB et MORANE, facétieux à l’accoutumée) à s’approcher, puis s’asseoir « là, n’hésite pas« , sur l’étroite banquette de velours vert à clous d’or. « Je vais te montrer quelques astuces de concertiste« , disait le pianiste, imitant un peu Oscar Peterson ou Joe Zawinul, et servant un alcool fort, ombres de corps dans le temps du mouvement, verre posé au sol, ombres de corps noir et nu, « Ton Frère m’a dit que tu aimais le blues?.. »

Quiconque écrit l’avoue : vrai ou faux, le désir est un compagnon difficile, exigeant et fuyant, pugnace et instable, même incertain parfois de sa cible, et cependant tellement sûr de sa propre existence !

Le jazz et l’armagnac, François-Dominique, l’appartement complice par sa délicatesse cossue, la ténébreuse affaire du désir de l’autre, qu’on perçoit comme un appel ou une injure, un appel pourvu que le monde ce soir se montre… joli à son tour.

Ce soir, Paris IXème, dans le halo si délicat du blues attendri lové dans les pierres d’Haussman, Ydit écoute et boit. Ainsi qu’au moment des adieux à SYLVANES, avec le joli Reporteur de France-Musique, vétu d’un lin bleu et de promesses limpides, près de la voiture dont le chauffeur s’impatiente, piano, ce soir, attendri le soir joli, aussi le possible reste incertain, et l’incertain devient possible.

François-Dominique, vif et plein de grâce virile, laisse glisser le kimono. Il est minuit, ou presque, des Cendrillons tournent en silence pour manigancer les métamorphoses. François-Dominique cesse de jouer, regarde YDIT : « Il fait chaud, ce soir, non ? Tu ne retirerais pas un peu tout ça ? Je peux te prêter un pyjama, si tu préfères?« 

Plus tard, LE FRERE dit qu’il ne comprend pas : François-Dominique aimerait tant revoir YDIT, mais YDIT à tout message ne répond que NON, depuis l’autre soir, dans la musique du Mac Allan Ambré. Ce petit mot, fébrilement seul, depuis ce soir là : NON. Et capable toutefois de se répéter. NON, trois fois NON.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE SOIXANTE Rapport Bob et Morane le frère 4 sur 5 : le pianiste jouait debout dans son kimono sombre. A suivre, dans les brumes austères de décembre : Frère, 5/5 Le petit mot NON

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, EPISODE CINQUANTE-NEUF Récit de la petite boite en bois avec balle, et de ce qu’on ne saura jamais (un sur trois) début.

Note de Madame Frédérique

Bien sûr, et je n’aurais pas imaginé notre travail commun autrement, mon ex-patron ne me disait pas tout de lui, sa vie, ses diverses façons d’être ou d’avoir, en dehors de nos échanges quotidiens souvent nombreux, parfois tardifs (Assistante personnelle, beaux aspects, beaux regards sur ce qui se passe vraiment et où, mais aussi gestion délicate du temps, contraintes lourdes. Tout de même pas Céleste Albaret, et d’ailleurs il ne s’agissait pour Y.d’I. que de diriger, pas d’écrire.)

Mais la progression dans mes lectures du volumineux paquet «  Lettre de A. »- et quelques mises au net rendues indispensables par l’état des documents, produisent une indéniable sensation de perplexité. Par exemple, je suppose qu’un éditeur sans doute aurait supprimé le texte qui suit- dont le lien avec la narration paraît assez ténu ( mais- parce que j’ai consulté sa «  Saison II, Le Jardin de Giorgio Bassani »- j’observe que le procédé est constant. Ainsi, dans « Le Jardin… » assiste-t-on au siège de la ville de Malte par les Ottomans, ou suit-on le story-board d’un film américain qui raconte l’opiniâtreté d’une espionne de la CIA, finissant par la mort de Ben Laden ( le titre m’échappe)(Mme F .)

Le récit de la petite boite en bois avec balle , histoire trouble de famille, la mort de l’avant père, partie une sur trois

La nostalgie redevient ce qu’elle a  toujours été : une route escarpée au fond du Nord des Highlands ; un chemin de terre quelque part dans le désert du Wadi Rum, la Vallée de la Lune ; une piste à peine tracée entre Oslo et Bergen (il faut se saisir de la main courante en chaîne un peu rouillée et surtout ne pas regarder le ravin du fjord, 103 mètres en contrebas) ; ou bien c’est aussi la terrasse d’un petit café parisien, un troquet banal : « le Royal Cadet », avec un Chablis frais, assiette de charcuterie (surtout auvergnate) à 14 euros, vin et café compris, on dépasse très largement les 20€.

L’addition fait penser à des cerises trop mûres au faîte de l’arbre; à l’arrosage nocturne des rosiers en train de complètement ravager la terrasse de vieilles pierres à Dolus-le-Sec; ou encore à la lecture de « La Fontaine obscure » de l’oublié Raymond Jean,  dans le soleil intermittent de Central Park un jour de juin ; ou même un café au lit pour la sieste  pour une accumulation de peaux douces et de plis tendres. Tout cela :  une sorte d’histoire racontée en plein milieu d’une histoire inachevée, ou encore une station-service apparaissant sortie d’un tableau un peu simpliste de ce peintre américain apprécié tellement des Français, la station apparaît dans une partie comme annexe du tableau, des personnes parlent au bar, c’est la nuit, c’est le très tard dans la nuit, les caves de la station probablement sont vides, les verres sont vides, les bouteilles sont vides, mais on va fêter l’anniversaire des enfants, la nostalgie c’est toujours ça : le reflet lointain du soleil sur un casque guerrier trop tôt déposé (et on peut rêver que Astyanax n’aurait plus peur, Sisyphe heureux), la saveur dépassée d’une cuisine dont les recettes seraient perdues, encore cela c’est toujours là nostalgie : des portes ouvertes, et jamais cependant on n’a franchi le dernier seuil.

Aurait-on dû ? Aurait-on pu ? Se glisser comme un jeune chat, curieux et furieux, pour se sauver sur le palier de la rue Dupetit-Thouars, appartement au premier étage droite, le chat prend la fuite dès que Marcel Malbée, dit MM, dépasse le seuil pour aller au PMU, retrouver ses camarades de zinc, et croiser – une fois au moins- le souvenir de YDIT ( et le fantasme de correction violente, bagarre, pieds dans la figure, formé par YDIT ?). La nostalgie ça ressemble beaucoup à la liste des livres qu’on devrait avoir lus, déjà on les aime, et pourtant on ne les connaît pas encore, mais on a lu tant d’autres œuvres du même auteur. On aimerait enfin découvrir les carnets intimes de Marcel Malbée,

lire ce qu’écrivait sur lui-même Le Parrain, ce qu’il racontait sur les soirs de gamin, la couleur des pyjamas, la température idéale pour suggérer qu’il fait un peu trop chaud, non ? Racontait-il en détail ce qui avait eu lieu et comment, tel Hugo, à l’aide maligne de codes complexes, et tantôt si lisibles risibles – qui (après déchiffrage) font rougir les conservateurs du département manuscrits du musée HUGO? Le poète ne répugnait ni à boire à toutes les sources, et à l’écrire, ni à fréquenter tous les plis, et à l’écrire- en codant chacune de ses rencontres ( le code de celle avec Louise Michel, notée dans le journal, est encore indéchiffré, on ignore ce qui a eu lieu – elle lui avait écrit des dizaines de lettres amoureuses à cet aîné de trente ans, qui tente de la sauver après la Commune -en vain).

Marchant dans Verdun désert et illuminé, c’est la nuit descendue au soir d’un séminaire début juin, on va bientôt rencontrer un légionnaire improbable, ou peut-être vient-on de le quitter,  maintenant on rentre doucement vers l’hôtel, au fond c’est la même chose, peu importe la rigueur temporelle dans une chronologie qui de toute façon s’écarte  complètement du réel, parce que le réel n’est pas chronologique, il est méli-mélo de temps catapultés les uns sur ou vers les autres.  Bref marchant dans Verdun désert mais illuminé, YDIT  s’arrête au pied de cette effrayante et très écrasante statue de la victoire , comme s’il y avait des victoires à célébrer quand on a payé si violemment  la mort-surtout celles des autres.

Les projecteurs, depuis le bas de la rue, qui est en réalité une volée symbolique de marches  montant vers la victoire, les faisceaux de lumière peignent le décor aux couleurs bleu-blanc-rouge qui maquillent encore tant d’années plus tard la couleur unique des douleurs toujours la même, la couleur blanche de la mort, la couleur qui rythme toutes les douleurs…

Thérèse François, la mère de YDIT, son

non pas la « grande », mais la honteuse, celle de juin 40. Mari n°1 avait été tué par surprise, en mai  ou en juin 40, par surprise vraiment – pas encore l’affreuse  » divine surprise » du minable Mauras, la surprise de la guerre, car plus personne n’y croyait, plus personne ne pensait qu’on allait se battre dans une vraie guerre, et les «  Collégiens » de Ray Ventura chantaient que tout allait très bien Madame la Marquise, qu’on allait pendre notre linge sur la ligne Siegfried… un peu ainsi que FRED engagea les détective si ravage, BOB et MORANE, pour commencer la Chasse à Marcel Malbée, sans imaginer que tout le monde ( les détectives, YDIT, le public, les filles dans les trains, Garouste sur ses toiles) tout le monde allait peu à peu prendre au sérieux cette chasse au rien, au mort, au passé, au cordon blanc de pyjama bleu, t’as pas trop chaud ?

La mère, Thérèse François, dans un murmure que laissaient à peine passer les dents serrées de vieille née vieille, répétait de temps en temps, si l’occasion se présentait ( et les «  évènements d‘Algérie » formaient l’opportunité) : « On les a envoyés ces hommes-là se battre sans cartouche, sans équipement, avec des chefs incapables, sans rien, sans rien qui aurait été préparé, on les a laissés partir à l’abattoir et mon mari n’est jamais revenu ».

Quand elle prononçait ON, les extrêmement rares fois où elle évoquait cela en une phrase moins longue qu’une respiration, Thérèse FRANCOIS accusait sans équivoque « Ceux-là   du Front populaire, ceux-là qui étaient payés  leur grade -bien qu’ils soient restés  planqués » comme elle disait. Elle ne disait pas mais on entendait aussi bien nettement : Juifs, Francs-Maçons, communistes. Tout ça pareil, en somme. Engeance.

YDIT, avec ses dix ans,  – premières fois de Marcel Malbée? ou un peu plus tard ? Ydit percevait bien, à travers d’autres échos tout aussi rares, quelques allusions souvent retenues (quatre mots suffisaient) comprenait bien qu’elle n’avait probablement pas été insensible à l’appel du « Maréchal nous voilà ». Choisir juillet plutôt que juin,toute une violence secrète.

Dans cette famille YDIT, pauvre conglomérat de vies médiocres, le discours politique n’avait jamais été explicite. Sauf une fois ou deux peut-être autour de l’aventure Gaullienne des débuts. On se contentait d’allusions imprécises mais qui -dans leur tonalité- permettaient d’identifier sinon des convictions, au moins des postures. La mère François n’avait sans doute pas considéré que la Résistance avait été un bienfait, – « surtout des attaques de maquisards sur les bureaux de poste pour se remplir les poches »- Et le père, absent avec talent sur tout et pour tout- ne se souvenait  vaguement des affiches de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne que lorsqu’il s’agissait de se porter volontaire pour tenir la buvette lors de la fête de la paroisse ( une fois, la famille avait même invité à déjeuner le Père Martin après la messe du dimanche).

Quant au reste de l’Histoire,  globalement depuis la Libération, chacun se débrouillait comme il pouvait avec ses silences et de brèves salves de reproches, mais sans agir -à une exception près ( l’aide furtive apportée à un Algérien le jour d’une grande rafle criminelle, années 60, vie peut être sauvée ainsi ?), épisode que YDIT racontera peut-être, mais aura-t-il le temps, alors le récit germine de façon excessive, compulsive, insomniaque ?

Et qu’attend, au coin de son armoire, cette petite boite en bois avec balle.

Sur la, guerre et la mort de mari n°1, ceci à décrire, d’abord.

DONC, RECIT : Un après-midi, dans la chambre dite des adultes du vieil appartement porte des Lilas (Chambre des adultes, soit, mais dans l’autre chambre, pour des temps et des temps, le père-très peu présent-dormait seul au milieu du grand lit, tandis que YDIT partagerait, des années durant, le lit plus étroit de la mère, puis le grand lit avait été celui du Grand Frère, avec entre autres Jacky-jolies-fesses, allant chercher nu un verre d’eau à l’évier, ceci sont encore d’ autres histoires) …

…dans la chambre il y avait une ancienne armoire, massive et brune, d’origine aussi imprécise que sa facture-mais dans cette maison-là la notion de facture n’avait pas de sens, les pauvres paient en liquide, ou bien ne peuvent pas payer. L’armoire, ça ressemblait à ce que les décorateurs installent dans le second plan des films ou des séries, pour imposer à bas prix l’idée d’ancien et de profondeur, d’épaisseur du temps. Mais dans l’appartement quasi-insalubre de cette famille, rien n’était profond, hormis le silence,- et probablement ( on aime ce mot qui désigne avec lourdeur tant d’incertitudes : probablement) était-ce un jour sans classe, qui redoublait ainsi le silence, (et ainsi apprend-on que se parler à soi-même calme de tout silence, répare tout absence, et aussi que la façon la plus silencieuse, la plus économe, de se parler à soi-même est l’écriture).

A présent, YDIT ne sait plus ce qu’il cherchait ce jour là, ou même s’il cherchait quelque chose. Chez les voisions Chavanon ( elle, fonctionnaire des postes, presque l’aisance) son ami de classe, André- l’avait un jour fait monter sur une chaise dans la chambre des parents chez lui : au-dessus de l’armoire, cachés par la corniche, deux ou trois exemplaires d’une revue de nus et textes plutôt sages, « Lui » « Paris-Hollywood ? »,

André – dix ou douze ans ignorait pourquoi les parents cachaient cela. Mais ce jour là, cvelui de la petite boite en bois,et du premier mari de la mère, YDIT ne cherchait rien.

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, EPISODE CINQUANTE-NEUF Récit de la petite boite en bois avec balle, et de ce qu’on ne saura jamais (un sur trois) début.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE CINQUANTE-HUIT Rapport Bob et Morane sur le frère 3 sur 5 : les torrents ne se remontent jamais derrière les saumons ?

Note de Madame Frédérique :

Note de Madame Frédérique :

…. Horreur et stupeur, désir de laisser les autres textes sans desceller quelques enveloppes encore au fond de la pile, réservées là car portant une mention : « confidentiel »….

Il est arrivé, en outre, que lors d’une discussion brève et sans suite, YDIT exprimât son inquiétude : relever la barrière de l’indicible pour laisser passer la «  LETTRE DE A. », version B, c’était une bravade -du courage ?- une tentative ( tentation ?) de parvenir en ce point de la voie où s’allègent  les besaces des promeneurs de la vie sans mémoire. Mais aussi, mais autant, le risque de percevoir l’apparition, dans le regard des autres, d’un mélange de compassion un peu dégoutée  avec une interrogation un peu déboutée ?

Bob et Morane, les impavides stipendiés ( on aime ce mot, si désuet! ) ont  poursuivi, sinon des chimères (mettre la main sur Marcel Malbée, l’empanouillarder sans réserve, l’abandonnasser couvert d’opprobe et de stupéfaction et de goudron vert au milieu du square du Temple, à l’heure précise de la sortie des jeunes filles sans tache de l’Institution voisine : « Chez Mado -la-Nantaise »), poursuivi sans re-signer ni rechigner au moins l’œuvre assez noire pour laquelle ils sont ( grassement, FRED le voulait ainsi ) rémunérés, rétribués, respectés par les confrères en détectivade hard et sage : en finir avec le jugement de Malbée, Marcel.

LETTRE de A, Version B

YDIT LE SAVAIT : parmi le nombre important d’épisodes où le clavier s’ébroue et bruisse  directement sur les récits de Marcel Malbée, deux thèmes allaient franchir la ligne, et depuis la terre crue libre revenir d’un pas noir en zone occupée. Occupée de quoi ? Occupée de mémoires vides, de films brulés par l’acétone, de vieilles boites jaunes à moitié emplies de diapos racornies ? Occupée, avant tout, par l’inépuisable bestiole qui rampe et griffe, la culpabilité. Ici, dans les récits autour du père et de grand frère, la densité atteint la pointe sur l’échelle du pesant présent. Ici, mille et mille fois qu’en d’autres lieux ou temps, il aurait fallu dire aussitôt NON.

Rapport 2 de MORANE et BOB : Grand Frère (jouait du piano partout )

(Chap.3 sur 5 )

Ainsi que la vie et malgé le tant du temps, Septante et davantage étant de mieux en mieux venus, le rapport continue( voir épisoides Cinquante-trois et cinquante-cinq) : Grand Frère tient en même temps des miettes de récit et des croutes de souvenir.

-« Papa et parrain Marcel, vivre à trois avec leur viel ami plutôt généreux et un peu fatigué, sans doute ça allait, auparavant, mais le vieux étant mort, va savoir pourquoi ou comment, la situation ne ressemblait plus à rien : ils ne voulaient pas rester eux deux ensemble,- mot plutôt ridicule, genre complet veston pour monsieur, ensemble pour dame, ça n’avait jamais été leur forme lien à eux deux, l’idée de cette idée ne leur avait jamais été venu à l’idée, l’idée d’habiter ensemble, ou encore moins de chercher un nouvel abri sous les bras aimants d’un nouvel ami, sans alibi.

Et alors ils n’ont pas su que faire, ces deux là. »

Le repas se terminait, dans la bonne table de l’Ile de Paris, Grand Frère ( qui gagnait beaucou)p d’argent) avait attendu que la narration tout entière jusque là secrète surgisse dans le flot du langage, entr’e deux verres de Cheval Blanc, baleine blanche aux écumes noires. ( FRED assure n’avoir pas contribué à une réécriture du rapport de Bob et Morane, Madame Frédérique n’aurait osé, mais le surgissement dans le flot du langage, ou la baleine blanche introduisent un doute sur qui écrit quoi, au fait ?).

Bien que formé à la lecture de sous textes, (jargon d’époque) YDIT, à table, devant le vin rouge, a besoin de plusieurs minutes pour renouer la chaîne temporelle, Père/Parrain… Les chiens qui ne font pas de chats, Frère/ Jacky, du temps pour gravir dans l’effort les échelons, collants et rouillés comme des barreaux qui remonteraient du puits d’eaux usées, dans un bunker oublié par tous les débarquements, un joli cube gris-vert, obsolète et fendu, mais qui résiste sur son arpent de plage normande, qui résiste à ce qui remonte de la faille sulfureuse, ça sentirait le vieil « Occupant », les grenades moisies, les douilles démantibulées, la mémoire s’oxyde plus vite que le cuivre des balles traçantes qu’utilise ce soir Grand Frère, dans cette fin de repas inattendue, dans l’île, dans Paris, dans le temps. Dans le film, on déniaise le garçon Ydit, le N et B gicle sur les murs de ce couloir blindé que d’autres nomment déni, que nenni, mon petit. Trop tard : c’est dit, YDIT.

Père/Parrain/le Vieux/Ensemble. Ils n’ont su que faire ?

Du temps aussi pour dénouer les labyrinthes sémantiques, jusqu’à cette fameuse phrase de la Porte des Lilas, prononcée jadis par The Mother, quand on rentrait de la piscine et qu’on apercevait le père bavardant de tout près avec un homme : « Les chiens ne font pas des chats ».

Trop cousu, bien que mal brodé, le récit de Grand Frère livre en vrac, d’estoc et de taille, un excès de stupeur, de significations, de malaises. Qu’il demande si on veut une Poire ou un Armagnac ne peut qu’aggraver le sentiment d’inquiétante étrangeté.

Tout comme dans un roman, roman-images, il en reste sans mot. D’ailleurs, son boulet creux tiré du canon, Grand Frère maintenant est pressé, siffle la Poire, écrase la Pall Mall, règle l’addition sans regarder, salue à peine, sort sans peine et sans regarder. Isolé intranquille son verre de moulin-à-vent au milieu de la main, Ydit s’aperçoit qu’il n’a rien demandé. Un récit, c’est pour créer la question, surtout. Cette fois, non : jamais on n’en saura davantage. Car ensuite, ces deux-là ne se recontrent plus, et ensuite Frère meurt de ses Jacky, de leur Mauvais Sang qu’il a pris en lui, jeune il meurt, sans parler. D’ailleurs, tout ceci n’est peut-etre qu’une fiction, un dîner de fantômes, une scène de genre, mauvais genre. YDIT un temps l’espéra. Mais un notaire, quand vint le jour de refuser l’héritage ( Frère dans sa maladie longue avait lentement tout perdu), confirma.

Le Rapport de Bob et Morane (on les imagine tapis en cuisine munis de matériels dignes du  » Bureau des Légendes ») précise à son tour que, ensuite que Grand Frère et Ydit n’auront plus qu’une seule autre rencontre, avant que la lente dissolution du sida bientôt retire à Grand Frère toute forme d’existence et de parole.

D’essence et de mémoire. De monde, de volonté, de représentation. Mais il n’y a pas de trace ni de souvenir de cette rencontre-là. Rien que le notaire. BOB et MORANE peu-être se trompent-ils ? Effet de leurs passages au bar, et du menetou-salon?

Cet ainsi que les hommes se taisent. Il n’y a que des historiens pour tirer des mots des morts. Mais ceci n’est pas une Histoire, c’est un roman-image. Rien de plus.

Le peu de parole qui reste n’attend pas le commentaire. En illustration de chiens qui ne font pas des chats, Bob et Morane ( guillerets), facétieux : on les connaît, et l’on connaît l’humour de leur maître, le Vieux Samuel ) les Détectives ont agrafé des images du père dépenaillé, ardue silhouette au regard ardent, qui parle de très près à un homme plus jeune, qui a commerce avec un homme plus jeune. Mais on ne saura jamais rien de plus de leur grande complicité, à père et Marcel Malbée dit MM dit le Parrain, Die Pate, des mots qu’ils ne prononçaient plus sans doute, dans les fin d’après-midi de dimanche, des années plus tard, dans la  » vie de famille », quand ils raccompagnaient ensemble, et Ydit  avec eux, jusque vers sa maison de retraite, la grand-mère- cette même grand-mère là qui elle aussi savait.

Autant de savoirs qu’YDIT aurait aimé tenir entre ses doigts comme des papillons éteints, tenir au creux de la main comme une boule de neige chargée d’une Pierre, bousculer entre ses lèvres comme une Madeleine trempée de tisane, autant de paragraphes du Rapport de Morane et Bob dont la lecture aurait  éclairé son secret, sa boule interne pour toujours digérée sans mâcher :

Interrogation cardinales, et cependant non cruciales, parce que privées désormais du moindre intérêt pratique : aucune rétroaction possible sur les descentes de pyjama, qui-ainsi que les torrents en kayak-ne se remontent jamais.


Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE CINQUANTE HUIT Rapport Bob et Morane le frère 3 sur 4 : les torrents ne se remontent jamais derrière les saumons ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE CINQUANTE-SEPT Rapport Bob et Morane sur le frère 2 sur 5 : Et alors ils n’ont pas su que faire !

Note de Madame Frédérique :

LETTRE de A, Version B

TEXTE de YDIT :

YDIT LE SAVAIT : parmi le nombre important d’épisodes où le clavier s’ébroue et bruisse  directement sur les récits de Marcel Malbée, dit MM, Le Parrain, Die Pate, deux thèmes allaient franchir la ligne interdite, et depuis la terre crue libre revenir d’un pas noir en zone occupée. Occupée de quoi ? Occupée, avant tout, par l’inépuisable bestiole qui rampe et griffe, la culpabilité. Ici, dans les récits autour du père et de grand frère, la densité atteint la pointe sur l’échelle du pesant présent. Ici, mille et mille fois qu’en d’autres lieux ou temps, il aurait fallu dire aussitôt NON, et encore NON, et puis aussi NON.

Rapport 2 : Grand Frère ( jouait du piano partout).

                                                                                    (Chap.2 sur 5)

C’est donc au moins 10 ans et plus qu’il faut attendre pour comprendre l’étrange phrase de la Mère, sur Les chiens qui ne font pas des chats, et la fuite devant l’étonnant duo aperçu Porte de Lilas : Père et un homme, parlant de très près.

Dix ans, ce qui est tout de même long pour une quête surtout sans objet, ou vraiment trop court lorsque l’on préférerait ne jamais savoir qu’une question se posa, ce qui fut l’état d’esprit et le fond de commerce de YDIT, longtemps, avant que le bruit du monde, les paroles des consenteuses, les aveux des abuseurs, les pépiements des journalistes, essayistes, papistes, éditorialistes, contraignissent le personnage de ce ci-présent roman-images, Septante et de plus en plus étant venus, à écouter les obscures voies intérieures d’une mémoire jusque là sans lumière.

Haussant les épaules, mère murmurait, dix  à quinze ans plus tôt, Porte des Lilas, avec un accablement résigné, que parfois une joie non feinte peut redoubler : «  les chiens ne sont pas des chats ». C’était , au sujet de Grand frère, dit avec tendresse, aussi, car son amour pour grand frère, l’amour de Jésus pour les hommes n’est que de la breloque à touristes, de l’ersatz pour amateurs, à côté.

La suite, le sens de la phrase, n’est plus Porte des Lilas. Cela se déroule dans le milieu des années soixante-dix, peut-être quinze ans plus tard ?

Le décor de la pièce ( mauvaise, éclairage du type ‘intime complice’) est un restaurant de l’île Saint-Louis, à public plutôt aisé, donc les goûts et les couleurs en matière de vêtements et de gestes conduisent Ydit à penser que grand frère le fréquente avec ses amis proches, ses Jacky d’alors, multiples en cette saison d’avant le Mauvais Sang, raison pour laquelle peut-être c’est en ce lieu familier qu’il a voulu inviter la famille réduite : son cadet. Grand frère, depuis très longtemps, ils ne se sont pas rencontrés, Ydit et lui, ceux qui suivent ce roman d’images déjà supposent pourquoi, ou s’ils ont lu d’autres épisodes, ils savent. Cependant veut-on jamais savoir ?

Mais on doit répéter.

Avec le temps (qui rien n’arrange) on peut se dire que grand frère a tenu à tenter une sorte de Paix des Frères, sinon des braves : l’occasion précédente avait été une invitation calamiteuse à un anniversaire de trente ans, assez somptueux et baroque, (brocanteur aux puces, fabricant de faux vieux meubles dans un garage de l’île Saint Denis, grand frère gagnait alors beaucoup d’argent).

Le présent dîner, en tête à tête, des années plus tard, autour d’une table un peu chic est un troc assez toc : Concours et babioles diplômantes de Ydit ( modestement vêtu en petit prof) contre salle dite haut de gamme et carte voulue chic, ici et ainsi grand frère fantasme l’équilibre. Il ne perçoit pas que son luxe aussi est faux, et sa démarche mal assurée.

Le vin n’est pas triste, la chair est bonne, les deux Frères ont hérité du père leur goût pour les vins, celui-ci est meilleur que jadis le pinard algérien du Père, cristal engrossé de rouge criard sur sa nappe blanche, on peut écouter, on ne craint pas les ruses imprévues de la finesse : les termes de l’échange sont posés, avant même l’addition.

Sur la suite de ce document ( comme toujours d’origine incertaine et d’authenticité variable selon les heures ), BOB et MORANE ont répété à Fred, remettant le ci-présent-rapport, leurs précautions et le degré d’incertitude qui entache l’indubitabilité du témoignage. En général, un peu. Ici, beaucoup.

En effet ce que raconte grand frère est ceci.

Selon lui (selon ce que Bob et Morane savent de lui grâce à ce que leurs témoins avaient retrenu d’un récit entendu un soir d’anniversaire), selon lui, à l’instant Grand Frère quitte une séquence avec sa psychanalyste. D’un coup, comme un expulsion dans le plaisir mélée du sang de la blessure, Grand Frère vient de laisser revenir au jour du discours, de l’intérieur de son discours, de profondes histoires à propos de Père et de Marcel Malbée, ( personne à l’époque n’avait inventé la glaçante succession, l’agaçante chenille à dessein urticante, pétrifiée par YDIT : Marcel Malbée, dit M.M., dit Le Parrain, Die Pate, ainsi de suite…incantation essentielement utile à voiler, à disperser, à fantômer le cœur de l’émotion).

Grand frère : «  Alors, à l’époque où ils vivaient tous deux ensemble, papa et parrain Marcel, ensemble à La Varenne Saint-Hilaire, ensemble avec ce troisième homme (YDIT n’a pas conservé le nom), ensemble tous les trois oui, eux bien plus jeunes, lui bien plus riche, belle villa de beau quartier bord de Marne,

(le frère progresse avec lenteur dans le taillis de son discours, sur la falaise de la mémoire, piqures et vertiges),

…eux deux parrain Marcel et papa, quand l’homme qui les abritait soudain est mort, il était tout de même pas mal plus âgé, quand il est mort, ils ont dû se retrouver sans bien savoir que faire. Surtout que leur Ami, depuis plusieurs années, ils vivaient avec lui je ne sais pas s’ils se connaissaient avant, leur Ami n’avait rien écrit au sujet de la belle demeure au bord de la Marne, afin probablement de ne pas gêner la famille. C’était vers la fin des années quarante,

on ne disait rien de ces gens là. Je crois, ajoute Grand Frère, que cet homme avait eu un peu de célébrité sur scène, et gardé beaucoup d’argent, mais à l’époque, vivre ainsi avec deux hommes plus jeunes ?.. C’était leur Secret.« 

Dans un rapport tel que l’ont rédigé Morane et Bob, nulle place pour de ces didascalies dont leur vrai maître, le grand Vieux Samuel, usait avec si peu de parcimonie. C’est pourquoi on ne lit pas d’indications telle que : « Grand Frère marque une pause ; on sent comme une émotion dans sa voix et du trouble dans ses yeux. Il propose au cadet de lui remplir son verre, et finit le sien pour y vider aussitôt le fond de la bouteille, Oh les beaux jours! »

Le rapport de BOB et MORANE sur les chiens qui ne font pas des chats, Père et Frère, le rapport continue. Ils ont été payés pour cela, les détectives à ravages, pour continuer, jusqu’à tout savoir afin de savoir que faire. Grand frère : « papa et parrain Marcel, à trois vivant avec leur ami, sans doute ça allait, mais ils ne voulaient pas rester ensemble après, ça n’avait jamais été ça, leur lien à eux deux, ça ne leur avait jamais été venu à l’idée, d’habiter seuls ensemble, ou encore moins de chercher un nouvel abri sous les bras aimants d’un nouvel ami. Leur seul Ami était ce troisième homme, celui des chansons douces dans la radio, et il venait de mourir. Sans rien leur laisser, à ces gens là. »

Et alors ils n’ont pas su que faire.

————————————————————————————————————————————————-YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE CINQUANTE SEPT Rapport Bob et Morane le frère 2 sur 5 : Et alors ils n’ont pas su que faire. Mais qui aurait su? Et quoi ? Et quand? Car c’est toujours trop tard après le premier oubli de dire NON.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode CINQUANTE – CINQ Docteure MEUNIER 6/6- (donc dernier): Dans le cœur froid du superviseur

Si Madame Frédérique n’avait pas suspendu son oeil, à défaut du vol et du temps, elle observerait – sous forme de rappel- que plusieurs (deux? trois?) épisodes de « Docteure Meunier » ont été simplement supprimés : leur programmation ( figée depuis l’été 2023 ) correspondait à un temps sérieux de l’Histoire, à l’été 24. On se demandait si les forces de l’extrème passé ( si mal déguisées en puissance de l’extrème à venir) ne parviendraient pas bientôt à décider du destin de tous. Il y avait donc autre chose à faire et dire que de publier de menus fretins de souvenirs éculés, du coup acculés à leur vacuité. On regrettera toutefois les poèmes qui accompagnaient chaque prescriptionnde Meunier. Ainsi que cette fois.

Voici donc ( tel quel, selon l’engagement primordial ), l’épisode six de  » Docteure Meunier ». Par commodité on a rectifié l’assaisonnement, c’est-à-dire la numérotation des séquences.

Saison 4, Episode CINQUANTE – CINQ Docteure MEUNIER 6/6- (donc dernier): Dans le cœur froid du superviseur.

Et l’avenir, dans tout ça ? La Prévention de la Diction ? L’empêchement du NUIRE de DIRE ? Bah, Déjà trop tard pour Meunier, raté. Traditionnaliste même dans la conservation de pulls à l’identique, tricotés par son ex-directeur de thèse ( la célèbre thèse sur « Parole tue, Doxa crue/paroles crues, Doxas tues », approche epistémoépidémiologistique à travers douze cas de septentenaires en cure de désinformation »), la Docteure trouble, et de mieux en mieux troublée d’une opération à l’autre, avait pensé que si son Ydit de patient acceptait d’aligner les fragments de souvenirs comme on regarde les tickets de carte bancaire, il parviendrait sans doute à bloquer la dépense verbale. Avant dire. Avant la parole première. Donc, faire en sorte que la parole soit perdue ? Se taire avant c’est gagner ensuite. Mais combien de temps ça gagne?

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Pour l’instant, une autre séance avait été de nouveau escamotée avec la Docteure Meunier, dont les chaussures de peau retournée ou le pull verveine-prune tricoté pure main n’attendrissaient plus Ydit, homme pourtant fragile de l’attendrissement.

C’est ainsi, aurait dit FRED ( bien silencieuse en ces temps) : ce qui amuse et vous émeut dans les petitesses de l’autre quand on se met à l’aimer, devient de bonnes fausses raisons de s’en irriter, quand on se met à ne plus aimer. Parfois, FRED semblait d’une effroyable platitude. Quand elle se retournait tout allait mieux?

CFe jour là : encore une dérobade imprévue : la Meunier-Docteure fuyante avait fait envoyer un SMS par le cabinet : sera pas là. Mais trop tard disait-elle pour organiser une consultation en visio. On percevait une forme de réticence dans l’usage de son téléphone par une Meunier, alarmée peut-être de son trouble perçu lors d’une précédente consultation récente depuis le Maroc : dans l’écran, on voyait YDIT nu quoique pudique, sur la terrasse du riad ( ses pudeurs, jusqu’à aujourd’hui, n’étaient pas là, sur la chair, et elles ne sont désormais nulle part).

Ils communiquèrent par mels – en passant par le site du cabinet. C’était d’un effroyable transparence, maintenant, plus d’obstacle. Elle demanda s’il avait fini avec le Lexomil offert par son médecin de famille- remède à la vigilance des mémoires, à l’expression des souvenirs ? « Il y a longtemps que finie, la boite, et je comptais sur vous, sinon à quoi bon une docteure préventive? », ricanait Ydit.

Nâvrée de ce malentendu, elle avait demandé comment s’excuser : d’accord pour expédier une petite ordonnance de rien du tout.

.

Mais en plus de prescriptions étranges, elle avait rempli la feuille. On devinait, par l’écriture, la hâte, et aussi l’étrangeté. Comme si ce fut Ydit qui l’écrivit sur le quai d’un port, et au bord d’un récit, au bord d’un récif ? A Port Soudan, sur la ligne des cargos Extérieur Monde ?

(…)
mon imprécatrice chauve
aux talons gercés dans la boue de l’hiver
ma folle aux dix chats sataniques
aux douze tortues pieuses (…)
ma rouleuse de semoule
ma brodeuse
ma distilleuse
ma sellière
ma marieuse
ma dinandière (…)
ma datte fourrée
au cheveu de la possession
mon herboriste
ma vendeuse d’œufs d’autruche
et de poils de souris orpheline
ma guérisseuse (…)
poussée ainsi qu’une caravane de gitans
vers le large incrédule
échouée sur le roc
sommée d’apprendre le dur métier
des navigateurs

(Abdellatif Laâbi , Migration- Tous les déchirements, MESSIDOR, 1990)

En marchant vers la pharmacie et la médiathèque, YDIT pensait un peu à elle.

Ils se retrouvèrent un samedi à midi, pour déjeuner au « Canon de la Place ». Ce fut un peu comme deux vieux copains qui se croisent dix ans après le service militaire. La Docteure avait semblé comme désarmée, fatiguée. Ydit eut presqu’envie de lui demander ce qui n’allait pas, de lui raconter un rêve de sieste à Essaouira : elle, Meunier-docteur, nue en chaussures de peau retournée, derrière le bureau, écrivant des ordonnances désordonnées. Un coin de soleil sur un rayon de sexe. Vue de loin, ce repas, on aurait pu croire, plutôt, à de paisibles retrouvailles entre amoureux de jadis.

Meunier avait encore maigri, son pull de laine sentait l’affaissé, Ydit se demanda même si elle avait récemment lavé ses cheveux.

Elle lui avoua : Je me demande si ce que vous attendez de moi est authentique, mais je me le demande pour la plupart de mes patients. Si les récits d’ici, votre dit Roman-Images, , James l’éventré, Mamie la voyeuse, Père impair passe et manque, s’ils sont tous des faux, des faux-semblants, des faux-fuyants ? Des charabias ? des Romenteries ? Qu’est ce qui serait vrai, alors, si le récit ne l’est plus ?

Elle demandait un autre verre de Chablis. Cela ferait quatre. On allait commencer à entrer dans le dur du vrai. Meunier-Docteur : « Quand tu racontais la pauvreté de ton enfance, les privations, les toilettes sur la palier, en ajoutant que pauvre on pense que c’est la faim et le froid, mais non, pauvre c’est surtout juste honteux, humiliant ( elle finissait le verre, le montrait à la serveuse Tereza)…Quand tu racontais les premiers jours de Marcel Malbée, dit MM, Le Parrain, la cigarette allemande tourneuse de tête, la cordelette leste, et les voyages immobiles rue Dupetit-Thouars, numéro 12, premier étage droite, les mains à gestes, les mains agrestes, les mains à reste, des mains d’arrête, avec les premiers détours de dénis, les tours de pénis, et ensuite soudain le  » Secret » devenu banal dans les radios, puis la violente extraction de ta parole vite installée, c’était vai-disant? C’étaitfaux-sembant ? Faux-fuyants ? Tu ne réponds pas ? Tu as une cigarette, une Camel sans filtre? On a fini toi et moi de ne pas dire ? De dire Rien.Tu ne veux pas un autre verre ? Tu as quelquechose à préciser avant de signer ? Tu sais bien que c’est infinissable ? C’est écrit partout que c’est infini-sable, dune escaladée à l’instant même de son effondrement, ainsi est ta mémoire,Toi, moi, cela qui est l’empêchement du NUIRE de DIRE ? Infini – sable, désert, dunes, amble du chameau, soleil cou coupé, soleil vers la nuit, vases communicants, et pas d’eau pour le Touareg. Ta tête se détourne, un nouvel amour…

Même avec un bon bagage en Lacan, ça l’inquiétait, Ydit.

Docteure Meunier sort un doudou d’un grand Tot-Bag portant une citation d’Antonin Artaud, la dernière phrase de sa conférence au « Vieux Colombier ». Docteure Meunier le pose sur la banquette de faux-cuir Violet. Un doudou volé à un enfant de la crèche, son propre doudou à elle, revenu d’une malle imaginée dans un grenier fantasmé ? Elle se lève, passe derrière Ydit, pose la main sur ses épaules, appuie faiblement : « Je dois te dire, mon chéri, que mon régulateur souhaite que je cesse de te recevoir, il s’inquiète pour la santé de ton silence ». Cette fois encore, elle affabule. Son régulateur n’existe pas, Ydit a vérifié auprès du cabinet. Mais s’inquiéter pour la santé du silence, c’est gentil.

Ydit : si tu fais ça, Docteure, me quitter un samedi matin, avant même qu’on aie commencé un samedi soir d’histoires, tout de suite je programme d’un coup TROIS ANNEES, CENT TRENTE à CENT QUARANTE épisodes d’une nouvelle saison, la SAISON IV, et personne ne peut supporter ça.

On voit bien qu’elle hésite. « Alors, ce qu’il faudrait, pour continuer… »

Je crois, dit-elle dans l’un de ces sourire déséquilibrés, je crois que maintenant, ce qu’il faudrait, ce serait qu’on parle un peu de moi , de moi Meunier-Docteur, et presque plus de toi, Didi dit le YDIT, Didi, dis, YDIT, tu voudras bien ?

Elle se tait, vide le cinquième verre, ( plan de coupe sur le verre) et lui prend les mains- qu’il a froides : « Mon vrai nom est …FRED, tu le savais ? » Un peu comme si  » détruire, dit-elle ».

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Didier Jouault pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode CINQUANTE CINQ MEUNIER 6/6 Dans le cœur froid du superviseur. Cette fois, c’en est fini avec le surgissement de la docteure Meunier, mission de prévention de la diction, ratée, tatatinée. ET, bientôt, finie aussi la menue et trompeuse saga du FRERE, nécessaire mais peu agréable ( on peut le dire) passage du vent mauvais de la mémoire revenue. Ensuite, on se promène dans les villes, pour respirer. Tournus ? Pas déjà ? Encore trop tôt ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE CINQUANTE QUATRE Rapport Bob et Morane quant à le Frère, séquence 1 sur 5 : La Mère dit de ne pas les regarder, ces deux là.

Note de Madame Frédérique :

RAPPEL car à toute redite savoir est bon : stupeur et regrets… Dans mon dépouillement d’ex-Assistante préférée, remonte le désir de laisser les textes de la série Père/Frère sans desceller quelques enveloppes encore au fond de la pile, portant la mention : « Confidentiel », au feutre rouge.Confidentiel ET feutre roge : tout le paradoxe des aveux qui sont mensonges? Des silences qui désirent parler?

Il est arrivé, je m’en souviens, que Y.d’I, dit YDIT, exprimât un soir tard ( on se quittait après une soirée forte ) son inquiétude : relever la barrière de l’indicible, livrer la «  LETTRE DE A. », version B, cette séquence cardinale surtout, n’était-ce pas prendre le risque de provoquer, l’apparition, dans le regard des autres, d’un mélange de compassion un peu dégoutée avec une interrogation un peu déboutée ( on ne saurait donc jamais TOUT ?)

Bob et Morane ont  poursuivi, sinon des chimères ( mettre la main sur Marcel Malbée), au moins l’œuvre assez noire pour laquelle ils sont ( grassement, FRED le voulait ainsi ) rémunérés, rétribués, respectés, sauf ( on s’en doute, par Le Vrai Patron de leur duo, Le Vieux samuel, paix à ses poubelles !) (image : Bob et MORANE ??)

 BOB et MORANE : comme il convient à présent, une fois de plus, les genres sont incertains, au moins pour MORANE- car un certain MORAN, qu’on dit né près de Rennes aux alentours de 650, a été porté, dans la même ville, à la cathèdre d’évêque, en 71O, vieux déjà donc en son temps, avant de – sagement, prétend-on – se retirer dans un monastère italien, ou grec, ou mauresque, voire turc : un monastère ensoleillé, où ne jouaient pas déjà des pianistes grecs, dans le scriptorium désert de l’après-déjeuner, sur un Steinway très accordé au décor.(re-voir SYLVANES, supra)

« LETTRE de A », Version B.

TEXTE de YDIT : YDIT LE SAVAIT : parmi le nombre important d’épisodes où le clavier s’ébroue et bruisse  directement sur les récits de Marcel Malbée, dit MM, Le Parrain, die Pate, deux thèmes allaient franchir la ligne, et depuis la terre crue libre revenir d’un pas noir en zone occupée. Occupée de quoi ? Occupée de mémoires vides, de films brulés par l’acétone, de vieilles boites jaunes à moitié emplies de diapos racornies ? Occupée, avant tout, par l’inépuisable bestiole qui rampe et griffe, la culpabilité.

Elle vous occupe son intérieur et dresse contre la paix du monde ou l’amour des autres son violent mur de l’Atlantique. Ici, dans les récits autour du Père et de Grand Frère, la densité atteint sa pointe sur l’échelle du pesant présent. Ici, mille et mille fois qu’en d’autres lieux ou temps, il aurait fallu dire aussitôt NON.

Rapport 2 : Grand Frère ( il jouait du piano partout).

(Chap. 1 sur 5)

Selon plusieurs témoins, La porte des Lilas, son métro, marquait encore un peu la mémoire d’échos sales et bruyants jusqu’à la pétarade. En ce temps, c’était  encore «  La Seine », le département. YDIT, la famille, passait d’un côté à l’autre des boulevards des maréchaux, et la fastidieuse fente infertile et fouilleuse du Périphérique ne portait pas encore son portrait de guillotiné urbain.

MORANE et BOB n’avaient pas ménagé les avertissements : leur enquête de moralité en manquait, mais tous les témoignages avaient été recoupés, au Duralex ou au Tippex : Père, inspiré, la rejouait assez façon Zola, et Mère, son action, c’était l’Assommoir, écumoire encore un peu grasse sur le crâne d’en face, toujours habile à l’éviter. Ce qui est agaçant, ça se comprend.

YDIT parvint au collège l’année où Grand frère venait de le quitter prématurément. Peu de jours ensuite, dans la cour des petits, sans agressivité ni inquiétude, par intérêt sociologique en somme, Hiet et Perfetini, élèves guillerets à peine plus agés, avaient gentiment posé la question : «  Alors, il paraît que c’est toi le frère du Pédé ? »

Ensuite, ce fut davantage discret .
BOB et MORANE seraient en peine d’expliquer pourquoi.

Ce qu’ils ont appris , en revanche, d’un  témoin digne de foi ( bien qu’il en tînt lui -même  le récit de son grand-oncle, par le biais d’un journal intime que les détectives à ramages et ravages prétendent tenir à disposition d’un archiviste honnête, mais on les connaît capables de le vendre à un amateur mexicain), ce que BOB et MORANE prétendent savoir, c’est le déroulement d’une brève étrange scène. MORANE – mieux frottée de grammaire, préférait : étrange et brève scène.

Porte des Lilas, au milieu de ce fatras fastidieux de banlieue populaire ferme et fermée, c’était une autre fin d’après-midi, proche sans doute de celle où l’agent à pélerine et vélo avait apporté son involontairement courageuse contribution à l’Histoire locale, aux couleurs très parisiennes du sang sur la pélerine en période « Evènements d’Algérie ». Il va de soi ( sinon plus rien ne va) qu’une confusion sur l’image est sans retour.

Ils sont là, Ydit et la mère, en sortant du métro en contrebas, près d’un boulevard bruyant et de rues sales. Lorsque l’on quitte la station Porte des Lilas, le voyageur revient des profondeurs (cette partie de Paris est une colline) et la forte lumière de la saison l’éblouit un peu. Cependant, il ne peut manquer d’apercevoir, tout prêt sur la droite, moitié debout contre un banc de la ville, le père -pas tellement éternel dans sa personne actuelle.

Le Père, pour cette fois, est là, pas las.

Les archives réunies avec patience et malice par BOB et MORANE sont sans équivoque : le père est assez loqueteux, et moins que moyennement propre. Ce qu’on voit : il parle de près et même plus que très près à un homme encore jeune, pas si mal vêtu, silhouette agréable, et -dans la circonstance- ça ne peut pas être un étudiant, un collègue (le père navigue dans l’une de ses galères de chômage qu’il fréquente assidûment),

ou encore moins un voisin ou un ami.

Ydit, le garçon, sa pente naturelle en sortant du métro tend à le diriger vers ces deux là, Le Père et un Autre, duo très inattendu flattant la curiosité. Puis, c’est le père, plusieurs jours qu’on ne l’a pas vu. Mais le mouvement que le Garçon commence, la mère l’interrompt avec une sourde fébrilité, brutale presque, tirant comme par un crochet la main du fils. Elle presse le pas, et choisit un détour absurde pour traverser trois ou quatre rues afin de s’éloigner. Du Père et l’Autre, s’éloigner.

Elle dit, voix violente : « Ne les regarde pas, ces deux-là« . Très vite, on atteint le numéro 1 de la rue du Belvédère, toilettes sur le palier, un seul poele à charbon pour tout chauffage, refuge que, semble t- il, la mère désire avec une sorte de frénésie soudaine retrouver comme un âne son puisatier.

Sur le lit qui sert à grand frère pour dormir, car il n’a pas encore installé à demeure- au moins ponctuellement- tel de ses amis à développements loocal érotiquement compatible mais moins que durable, tel le célèbre Jacky à joues et fesses rondes déployées à tout va (et tout, là, va ! ), sur le lit ex-conjugal, plusieurs vêtements ont été posé en vrac et sans grâce.

La mère en saisit l’un puis l’autre, ceux probablement identifiés par les copains du collège comme des preuves incontestables de ce qu’on nomme aujourd’hui l’orientation sexuelle de Grand Frère. Haussant les épaules, mère mûrmure avec un accablement résigné, que parfois une joie non feinte peut redoubler : «  les chiens ne font pas des chats ». Cela dit avec tendresse, aussi, bien entendu ( et ces deux là plus que tout s’entendent), car son amour pour grand frère, l’amour de Jésus pour les hommes n’est que de la breloque à touristes, de l’ersatz pour amateurs, à côté. Lui et Elle, tant d’amour débordant de la casserole.

L’étrange phrase, étrange dans le contexte, resta longtemps privé du moindre sens. Les chiens ne font pas des chats. Certes. Mais ?..

BOB et MORANE ont observé que parmi les nombreux documents consultés, et d’abord ceux qu’ils ont pu découvrir dans les caves des archives départementales encore aujourd’hui installées à quelques mètres de la scène, nulle explication n’a pu à l’époque être fournie. Cela, au passage leur assure de confortables revenus à venir, et ils ne vont pas s’en plaindre : YDIT semble avoir organisé sa mémoire avec les soins habituels grâce auxquels, pour mieux ne pas chercher de réponse, il est meilleur d’effacer dès l’origine certaines questions.

Sauf quand le babillage braillard de l’actualité se prend pour le Grand Inquisiteur, et vide tout le monde du Secret.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, EPISODE CINQUANTE QUATRE Rapport Bob et Morane le frère 1 sur 5 : La Mère dit de ne pas les regarder, ces deux là.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode CINQUANTE-TROIS/ Docteur MEUNIER 4/6 : Grenades asphyxiantes en téléconsultation.

Note de Madame Frédérique :

ydit dit : J’avais pris des notes silencieuses plein mon carnet, et sur une grande feuille à carreaux, écoutant la suggestion assez imprévue de MEUNIER-la-Docteur-Prévention d’addiction, surprenant métier, boule de cristal pour empêcher l’image.

Rendez-vous reporté, texto in extremis ( quelle impertinence, aurait songé le Vieux Duc de Fred ) pour « cause d’enfant ». Obtenir un rendez-vous, en visitant plusieurs fois d’un pas de miel et d’un oeil de coquelicot la belle de l’accueil, avait laissé le temps d’explorer davantage les pages annuaires de la fac. MEUNIER, donc ?

MEUNIER, Clémence : Thèse ne permettant pas de savoir ce qu’elle sait, comme d’habitude, d’ailleurs très détournée ( sujet : Le taux de lecteurs de Céline chez les internes de dermatologie, hopital de Charenton), (ça gratte, Céline?) et un diplôme sur Thérapies cognitivo-comportementales et motivationnelles des addictions, statégies de prévention situationnistes pour les Plus de Soixante Dix ans, Paris, Université Paris Descartes, 2018, Prof. Guytounet DEBORD.

Rien de mieux pour YDIT.

Pour le rendez-vous suivant, ( en réalité le fantasme n’en tient plus le compte ) l’inaltérable incapacité du logiciel « Rendez-vous » à tenir compte des réalités horaires de la gentille MEUNIER, (écrire « gentille » aurait été, chez Proust, tendre la jouet au soufflet) s’était combinée à des obligations professionnelles : c’était 16h20, donc inutile d’arriver avant 17 heures, on la connaît. Au bar de l’accueil, la factionnaire de plus en plus complice – et compatissante- aurait ajouté : « au moins ! », et tendu un volume d’attente : Rolin ou Cadiot, selon la tête des clients.

Quand YDIT s’approcha, les principales portes des stations du métro avaient bouclé leur grille de nuit.

« Par une sortie un peu lointaine, il parvint a retrouver le jour« .

Cette formule à elle seule aurait conduit à plusieurs séances de consultation chez la docteure MEUNIER. Mais, pour l’heure, il s’agissait plus évidemment (et olfactivement) d’anti-émeute. En approchant, on ne pouvait éviter les fumigations roboratives mais lacrymales des grenades de dispersion. Deux couleurs s’affrontaient dans l’atmosphère fumeuse de la fin d’après-midi. Le camp bleu paraissait suréquipé d’immobilité à l’abri de barrières épaisses entourant toute la place, et le rempart s’entrouvrait – on aurait dit 1214 – pour de redoutables « sorties » de grands gaillards qui avaient de toute évidence surinvesti dans le cuir, de la tête aux pieds, et gagné leur droit à une forme de brutalité. Très mobiles, très dispersés, très violents, circulaient en face des groupes aux torses et visages maquillés de noir. La route menant au Cabinet de MEUNIER passait – environ – par le milieu du terrain de dialogue. Comme si on faisait un pique-nique au milieu du champ à Bouvines. Pas question de faire retraite, cependant.

Sans trop craindre pour lui-même, ni bleu ni noir, YDIT avait essayé de revendiquer sa liberté de passer. Son argumentation, développée il est vrai sous la forme la plus brève, avait manqué de force, sinon de conviction.

Car que faire d’ un coup, sinon que l’on l’évite ?

Sur le clavier, MEUNIER nota : ne s’est pas présenté. Ce jour là, faute du remède illusoire de la demi-heure à 80 euros, YDIT écrivit l’épisode CINQUANTE TROIS, le Frère- mais on a compris de quoi il s’agit, que Madame Frédérique mit en ligne la semaine dernière, ici-même, fidèle à sa promesse, depuis la reception à domicile du lourd paquet de fatras divers, nommé « Lettre de A, Version B »- en hommage à « Extérieur Monde« , l’interrogeant roman de Olivier Rolin, écrivain friable. On se souvient de tout cela , qui est ancien? Rolin, prétexte et déclencheur de l’envie d’écrire, et pas sur n’importe quoi, mais sur « Le Sujet  » : le garçon et son Parrain, jadis.

Ensuite, par souci de progresser (où l’on reconnaît son impatience de trouver l’ombre jaune de Marcel Malbée dit MM, dit Le Parrain immobilisée entre les mains de BOB et MORANE, juste avant l’éviscération espérée lente), et malgré toute les règles du face-à-face, YDIT accepta une consultation en Visio avec la Docteure Meunier. L’épidémie en avait popularisé l’usage barbare. Image contre image, et rien de visible sur « les entours ». Ce jour là, son Iphone était en sevrage, l’image tressautait comme un échange de longs procédés au sein de l’Ecole Freudienne. Docteure et lui finirent par se dire qu’ils ne pouvaient pas se voir. Plutôt que se parler suffisait. Meunier prétendit : Je sens que vous ne progresserez pas tant que vous ne me direz pas encore mieux quelque chose d’encore plus intime. Toujours plus intime pour assasiner la mémoire de l’intime. 😯 euros la demi-heure. Pas se mettre à nu, mais se dévoiler l’intime…

C’est ainsi que- suivant le conseil un peu enfantin de docteure Clemence MEUNIER, YDIT rédigea FRERE que plus tard ( pas plus tard que la semaine prochaine) Madame Frédérique mettra en ligne, sous le numéro Episode CINQUANTE-CINQ (quoi, déjà ?), redoublant (selon sa « mission »)les paroles de plusieurs publiantes ou parleuses ( car surtout des femmes) encore très nombreuses à raconter leur vrai sur  » Le Secret« , ce qui leur a été fait. ( observez que le flux des paroles, depuis, s’est notablement diminué).

Quoi qu’il en ait été, Ydit bouda – régression banale.. Puisque Docteure Meunier jugeait qu’ils n’était pas nécessaire de se voir, rageur, il ne se présenta pas au rendez-vous suivant, annulant vingt minutes avant, chacun son tour. Le choc de l’absence.

Arrivant à l’heure, à la séance encore suivante- vingtième ? ( car la bienséance des séances est leur régularité d’approche de l’infini) – il décrivit les arabesques délicates mais bruyantes des bleus-gnons et des black-blocs combattant au milieu de la place, entre vitres bien ravagées ou grenades mal explosées, ce qui justifiait son absence, mais il savait qu’elle ne le croyait pas. Elle se contenta, fatiguée voyait-on, d’un geste de sa proie détaché, signifiant « on s’en fout de tes pâles excuses ».

MEUNIER, selon un protocole vite installé, depuis tous ces mois – des années peut-être? – tapait le clavier en relançant les questions. Où ? (on le savait! Forêt Noire, vomi dans le bac à géranium, Saumur le drap compluicfe de MAMIE, Dupetit-Thouars, pyjama inusé), Quand ( tout le temps)? Comment (par-ci, par-là)? Combien de fois? Dans la chaleur inhabituelle de la salle de bains, dangereuse douceur de chez Marcel Malbée, car la famille, elle, c’était le baquet d’eau tiède au milieu de la cuisine froide, auprès de la cuisinière en fonte : comment dire  » NON » à la chaleur d’un certain confort, c’est ce qu’on avait malheureusement ignoré. Certes, s’impatientait la Meunier, Docteure, mais combien de fois? Au juste? Comptées sur les doigts d’une main ? Qu’on sache le détail. Elle l’avait sur le bout de la langue.

Ydit, le dit, l’avait ici dit, assidu à l’assez dit, mais la répet. semblait structurante. L’inverse de l’oubli.

Ydit faisait le tour, lui, de la réponse, toujours, toujours, comme n’entrant pas au chateau, ni au jardin de Tarbes avec des fleurs, mais ça n’aidait pas du tout la prévention de la diction. Pas de barrage contre ce maléfique. Au moins aurait-il essayé, en venant ici, persistant comme un houx, un pou, un loup, de ne jamais commencer cette déraison double : La CHASSE AU PARRAIN, et – en conséquence- l’entrée sauvage dans « ROMAN-IMAGES », saison IV. Simultanément. Deux lièvres à la fois, mais pas tant de foi. Docteure MEUNIER n’avait pas brossé les chaussures de vieille peau retournée. YDIT les regardait sous le bureau. Mais Docteure MEUNIER avait aujourd’hui brossé ses cheveux dans le bon sens, avec un soin visible, variable d’un mois selon l’autre. YDIT les regardait quand elle entrait le dialogue sous le clavier.

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« Vous m’observez ? » semblait dire son regard quand elle s’éloignait de l’écran. Ce qui se produisait de plus en plus souvent.


Elle hausse à peine (mais tout de même) les épaules. Cela s’aperçoit qu’YDIT la fatigue – on se demande pourquoi YDIT vient ? D’ailleurs, pense-t-elle peut-être, YDIT devient le genre de client à qui proposer à chaque fois la téléconsultation, surtout sans visio : rien que la parole, au bar du théâtre de l’Atelier pendant l’entracte,ou aux Bouffes du Nord, même dans le couloir de correspondance à la station Grands Boulevards, avant la réunion de Frères, à la caisse du Monop pour changer de crème après-rasage : tous ces lieux propices à l’expression plate du moi calme.
Au fait, pense-t-il peut-être, elle devient le genre de femme qu’on invite – pour commencer- au « Canon de la Place », quand elle ne s’occupe pas des enfants de la crèche dont elle est référente? C’est là qu’il l’avait vue déjeuner en bonne et revigorante compagnie, dans un épisode précédent.

Elle dirait : « Transfert ? ». Il dirait : « Pépère!  » Elle dirait : « Déjeuner ? » Il dirait : « Canon de la Place ! ». Elle demanderait s’il ne fait pas la cuisine (pour son dossier). Se faire cuisiner.

En réponse, YDIT dépose l’enveloppe qu’il a préparée comme les vieux faisaient jadis des honoraires du médecin traitant, petit volume, fort titrage (à défaut de tirage). Le voici :

Et ton sourire trop léger
De toi à moi
Les paroles libres
Les gestes retenus
Des mains ailées qui avançaient pour tout ouvrir
Alors dans la trame serrée livide se découvre
La blessure inouïe dont je voudrais guérir*

Oui, c’est un peu excessif, et MEUNIER n’ouvrant pas l’enveloppe, on ignore si elle aussi consomme ?

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  • Pierre REVERDY,  » Pour éviter l’écueil » – Main d’œuvre, 1925, Gallimard.

Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode CINQUANTE-QUATRE. /MEUNIER 4/6 : Grenades asphyxiantes en téléconsultation. A suivre, la semaine prochaine : FRERE , pas très rigolo, un peu cul un peu glauque. On a pris l’habitude ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, rapport Bob et Morane Episode CINQUANTE – DEUX : le père 2 sur 2, Les chiens ne mangent pas du chaton ( mystère) ?

Note de Madame Frédérique : Redite, certes, mais à l’utile d’un souvenir la répétition vaut la cruche à l’eau

…. Horreur et stupeur, puissante envie de laisser, pour la série Père/Frère, les textes non déjà mis en ligne sans desceller quelques enveloppes encore au fond de la pile, réservées là car portant une mention : « confidentiel », on sait de mieux en mieux pourquoi.

Il est arrivé, en outre, que lors d’une discussion brève et sans suite, YDIT exprimât son inquiétude : relever la barrière de l’indicible pour laisser passer la «  LETTRE DE A. », version B, et surtout les épisodes avec une mamie, un père, un frère, ceux qui disent qu’on ne disait pas, et qui racontent l’avant de l’après, sans les détails, mais à quoi bon les détails si TOUT est DIT, faire ce choix, était-ce une bravade de fin de partie- etait-ce du courage ?- Une tentative (tentation ?) de parvenir en ce point de la voie où s’allègent  les besaces des promeneurs de la vie désormais sans mémoire. Mais aussi, mais autant, le risque de percevoir l’apparition, dans le regard des autres, d’un mélange de compassion un peu dégoutée (on aurait pu éviter ça au fond, dit-on en lisant par dessus l’épaule !)  avec une interrogation un peu déboutée ( on ne saurait donc jamais TOUT de cette fin là ?)

« LETTRE de A », Version B :

BOB et MORANE impavides détectives, ont  poursuivi, sinon des chimères ( mettre la main sur Marcel Malbée), au moins l’œuvre assez noire pour laquelle ils sont ( grassement, FRED le voulait ainsi ) rémunérés, rétribués, respectés par les confrères en détectivade hard et sage, et montrés en héros sur les images clandestines, comme dans les marbres des musées en province. Et probablement maudits par leur seul vrai patron, le Vieux Samuel, paix à ses didascalies !

YDIT LE SAVAIT : avant tout, l’inépuisable bestiole qui rampe et griffe, c’est la culpabilité. Ici, dans les récits autour du père et de grand frère, la densité d’aveu ( ni regret d’avoir tu ni plaisir de dire si tard ) atteint la pointe sur l’échelle du pesant présent. Ici, mille et mille fois PLUS qu’en d’autres lieux ou temps, il aurait fallu dire aussitôt NON.

MAIS:

Le père, après la retraite, forcément travaillant ( la famille, l’argent : jamais ), le père faisait le gardien de nuit chez Prisunic. Il se servait dans les rayons, gros rouge pour lui, petites boites pour la famille.

Savoir cela, l’humiliation du rogaton dérobé, savoir aussi que chez Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain, on allait jusqu’à manger des fraises Chantilly -en se baladant -vanille, câlin de surface dans les bois, savoir n’explique rien, surtout pas l’absence du NON- qui aurait toutefois eu encore plus de prix.

BOB et MORANE ont travaillé de nombreuses heures, rencontré des poivrots, des ados, des  amis, des omis, des souvenirs, traversé l’orage muet des mensonges, récolté la lourde moisson des aveux.

à FRED, qui les solde grassement, ils avaient proposé de prendre connaissance des faits – plus précisément de ce qu’il fallait bien accepter de considérer comme des « faits » – toute considération mise à part.

RAPPORT 1 : Le Père ( ça ne le regardait pas ).

(Chap. 2 )

BOB et MORANE ont pris toutes sortes de précautions, le rapport n’est pas une fable, même si ceci d’ici dit par Y.d’I dit le YDIT est un roman. Ils écrivent donc ( mais pourraient caviarder contre une forte somme, à déterminer en M.P. ) que :

….les parents se frappaient  de conserve, et en concert, avec ou après de puissants cris de génies coléreux, on dispose d’un témoin  selon qui l’usage de la poele à frire remplaçait le bouclier d’Achille, dans la famille. Les pauvres usent d’armes pauvres. Les ascendants- qui en montraient peu- s’entrecognaient sans fureur et sans joie, de temps en temps, espèce de rite purificatoire de leur absence commune, purge régulière presqu’indifférente. Les enfants regardaient. Puis, vainqueur ou vaincu –(mais le sait-on parfois ?) le Père disparaissait d’un coup, pour plusieurs coups.

Ensuite, un soir ( jamais le matin, le matin il dormait le juste repos du pinard d’Algérie, 9.5° à la tireuse ) on le retrouvait devant la porte, même pas penaud, pas non plus goguenard, il était de retour et – bien qu’ils eussent divorcé depuis longtemps à ses torts- le voici qui regagnait la place de père dans la cuisine ( à lui surtout la fonction de maître-queue, la mère c’était pommes-vapeur et Pilchards  à la tomate, quatre poissons gras par boites, quand le Père s’absentait, on faisait ripaille du tiers ajouté par son absence).

Pour les lits, nulle pitié : le conjugal était devenu lit de Grand Frère ( et chambre autour avec), et plus tard ( pas si tard) lit partagé avec Le brun Jacky, premier garçon d’un petite mais jolie série de doudous chéris, avant que Grand frère pût habiter ailleurs. Étonnant pour YDIT, ce brun et musculeux Jacky, pas géné de traverser nu l’espace réduit du couloir pour aller se tailler un morceau de baguette sur le compte de la famille, fesses et joues rondes sous le nez de Petit Frère Ydit, du père, de la mère, ces deux derniers on aurait dit réjouis du bonheur de l’ainé ( mais on lira- cela se regarde aussi dans le regard du père- que son intérêt pour fesses et joues rondes de Jacky n’était pas que paternel : histoire de chats n’aimant au fond que les chats ?).

Ydit observait, regrettant alors, et déjà, que ce ne fut pas plutôt une Jacqueline.

Et toujours souriant, Jacky, sauf les soirs où Grand frère et lui s’acharnaient tous deux ensemble et résolument à briser le peu de sérénité ambiante, rare substance, en s’adonnant à l’une de ces délicieuses crises de jalousie exténuée auxquelles le service Duralex (un peu décimé déjà par le débat conjugal : en famille, Mère jetait les verres dans les murs et Père les buvait hors les murs) apporterait par ses éclats de verre  succédant aux éclats de voix une brillante mais fugace contribution. Quelle phrase, dirait BOB.

Raison pour laquelle il n’y a pas de service de Sèvres dans la famille.

L’ambiance ne manquait pas d’éclats.

MORANE et BOB n’avaient pas ménagé les avertissements : leur enquête de moralité en manquait, mais tous les témoignages avaient été recoupés, au Duralex ou au Tippex : Père, inspiré, ou détourné par on ne saura qui, la rejouait assez façon Zola, et Mère, son action, c’était l’Assommoir, écumoire un peu grasse en somme comme sabre à tirer au soleil d’Astyanax. Rien de virtuel, d’authentiques bosses à réduire.

Jacky (ou aussi Jaky) avec Grand frère, les documents sont absents – hormis quoiqu’incertaine la photo d’un chat gris et jaune qu’ils se partagèrent en se séparant-. Avéré, en revanche, plus ancien naturellement, l’épisode reconquis sur  l’âpre désert d’une mémoire avare :  YDIT ayant été reçu avec Brio et plaisir à l’humble certificat d’études, il parvint au collège l’année où Grand frère venait de le quitter prématurément, non sans abandonner aux couloirs d’inhabituels souvenirs. Peu de jours ensuite, dans la cour des petits, sans agressivité ni inquiétude, par intérêt sociologique en quelque sorte, Hiet et Perfetini, des Cinquième délurés, avaient gentiment posé la question au petit Sixième tout frais : « Alors, il paraît que c’est toi le frère du Pédé ? »

Ensuite, ce fut davantage discret.


BOB et MORANE seraient en peine d’expliquer pourquoi, mais ils ne sont en peine de rien, jamais : bonnes natures ! On reconnaît bien à cela les créatures de leur vrai père, le bon Vieux Samuel, et la fraternité avec Vladimir et l’autre, son nom c’est comment déjà, une plante genre Verveine ?

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Didier jouault pour YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, rapport Bob et Morane Episode CINQUANTE-DEUX le père 2 sur 2, Les chiens ne mangent pas du chaton ( mystère) : on en saura davantage sur PERE, les chats et les chats, avec les épisodes FRERE, les fils ça délate , en et novembre et décembre 2024 ; on a le temps, patience, mais la petite flèche en bas permet de gagner du temps vers l’avenir…

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode CINQUANTE et UN / docteur MEUNIER 3/6 : Problème de progéniture

Se levant pour le quitter en lui offrant une main douce – quoique mal manucurée-, la fois d’avant, MEUNIER la docteur de prévention ou de l’addiction ( nul ne saura) ajoutait : écrivez donc, tiens (elle se retenait de pouffer) pourquoi vous êtes venu me voir ! C’est pour éviter le devoir – imposé par le retour du raconté– de croiser Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, d’avoir à décrire  » Le secret « , que je suis venu vous voir.

Mais, trop tard, YDIT est déjà dehors.

.

À y penser, en renseignant le formulaire internet reçu à l’issue de chaque paiement de chaque consultation, 100 euros ( et sait-on si on parviendra tout de même à cent autres épisodes, après ce tantième d’aujourd’hui ?) MEUNIER Doc. ressemblait assez à MIOU MIOU encore jeune, mais déjà plus débutante, le genre La Lectrice plutôt que Les valseuses. Sur ce dernier point, YDIT s’était toujours senti si bien élevé qu’il aurait été incapable de prononcer le mot (ne fréquentant ni les bals de pompiers, ni les sous-préfectures, le mot ne serait qu’imagé). Lectrice, oui, c’était bien : comparse de lecteur, on s’assied près du feu, carrelage qu’étouffe un tapis, on est ensemble, on sort les vieux crus, chacun se met à sa consommation, son petit vers, sa petite ligne : FRED et TYNE.

Indubitablement mieux que BOB et MORANE.

Ce qui agaçait un peu Ydit, malgré tout, dans cette histoire presqu’ancienne déjà de consultations d’addicton chez la belle mais triste Meunier, c’était que Meunier avait tenté de le déconcentrer, de le divertir, de le dérouter : « J’ai regardé en vitesse, vous savez j’ai si peu de temps libre, j’ai vu de travail dont vous m’avez passé, le lien WordPress, vos « Séquences publiques d’oublis », et bien davantage votre travail de maintenant, SAISON IV, ces histoires invraisemblables de Marcel Malbée, oublié, Die Pate, omis puis de retour, MM devenu présent si longtemps absent, ce curieux mélange de réticences et de narcissisme, d’exhibitionnisme apparent, dur à lire,… trop dense, et trop d’images,… Vous savez, la mémoire, pour de vrai, ça ne fonctionne pas comme ça, la mémoire, pour de vrai…et je me demande si, en réalité, vous n’êtes pas plutôt, et bien carrément, attaché, enfin je vous vois faire la moue, d’accord… si vous n’êtes pas accroché plus nettement au… comment dire, j’ai pensé ça en raison de la récurrence de certaines photos, enfin, les filles en short de dos, les tableaux ciblés (Ydit se demandait alors si un « tableau ciblé » servait au jeu des buveurs dans un pub irlandais, endroit où – en cet instant – il s’interdisait de rêver être ?), les statues prises de derrière, enfin je veux dire les personnes photographiées à l’arrière… des histoires de derrière par derrière, de petit derrière, le derrière du Petit, Dupetit Thouars, Du petit Toi , on dirait?.. « . On sent qu’elle a dû être éduquée dans une pension bien tenue, côté vocabulaire.

Hypocrite, Ydit se dit, elle a travaillé tout de même beaucoup : au long de son exposé, la Docteur Meunier a tourné son écran, et fait défiler en face de son patient (et en cet instant plus patient que jamais, il l’avoue) diverses preuves de son interprétation

« Oui, approfondit-elle, tout de même, votre façon de prendre la vie d’une façon, euh, postérieure, de voir les choses « par derrière », enfin, on pourrait dire que voici le cœur même de votre addiction, et (elle se lance), pour tout avouer… ( elle a repris la frappe sur son clavier, on devine qu’elle vient de penser à ce qu’elle pense et qu’elle doit noter ce qu’elle note, avant que « ça » s’oublie, aussi le débit se ralentit)…La vision dite « par derrière » selon les critiques formalistes fin, XXème, Balzac, Lukacs ( non, pas celui des Etoiles), Le Flaubert de Sartre, vous ???Vous voyez ?

Docteur Meunier,pour cette troisième consultation d’Ydit, avait donc proposé une lecture tirée de « l’Inconscient et l’étoffe » : Pourquoi pas. Ainsi, selon elle, l’accroche du récit de YDIT, c’était le short, enfin façon de dire, ou de voir, de baisser les yeux en-dessous de la ligne de frotation ( elle s’amuse, son Lacan lui revient)…elle analyse qu’YDIT réfuserait décidemment de voir la réalité en face : pas les yeux dans les yeux, seulement le face-à-fesse ( elle avait osé le mot) avec Celui-là, Marcel Malbée dit MM dit Le parrain. Vu de dos à l’éppque ? Aimant le fesse à fesse du sommeil érotique?…Pour faire court, c’est à dire…short?

Photo de Kampus Production sur Pexels.com

le short , et …ce qu’il voile d’accessoire tout en dévoilant son essentiel ? conclut-elle. Insiste-t-elle..S’alourdit-elle. Autrement ( et simplement dit?) que le sexe de cet homme, votre Marcel Malbée, n’est pas du tout encore ni déjà sorti de votre tête, mais qu’il s’est seulement caché dans le short des filles. Ici habite votre Parrain. C’est pourquoi vous regardez, euh, leur derrière : afin de ne pas voir, ni même savoir voir le devant de celui là, dit Le Parrain, Votre Marcel. Car dans le pli sérré d’un short ajusté au milieu du corps, rien ne ressemble à votre Marcel, sauf que votre Marcel n’épaissisait pas son sexe d’homme? Donc, voyez-vous, ne pas le voir dans le short creux des filles n’est qu’une façon trop évidente de le revoir dans le derrière des shorts pleins des filles.Et voila.

C’était clair. YDIT conserve un sérieux de Trappiste écoutant une adolescente parler de percing dans le nombril. En somme : Voir derrière (plaisir assuré) pour ne pas regarder devant (plaisir dérobé). Lumineux. 25 minutes de retard à l’arrivée, Docteur Meunier, et 100 euros au départ : ainsi tout allait bien. La semaine suivante, en route pour le cabinet, et vingt mots en tête autout de SHORT/COURT/DERRIERE/BEFORE, vers 10 heures du matin (rien pu trouver avant) il reçut le premier des messages, le premier d’une série comique, passé par DOCTOLIB, l’indifférent Mercure: du Malade- MM. « Rendez-vous avec docteur MEUNIER ANNULÉ. Avec les EXCUSES du cabinet. »

Et, presqu’en même temps, par un numéro caché (le docteur MEUNIER parle mais on ne peut lui parler, en quoi c’est bien le contraire d’un dieu post-antique, et on y a perdu, c’était assez productif au fond,pour le « mental », quand on pouvait apostropher Zeus, ou interpeller Athéna) « Excusez moi, je ne peux être présente, problème d’enfant, reprenons rendez-vous, et la séance ne sera pas prélevée. » Progéniture / Prélevée, on n’avait pas pensé à ces mots là. On était resté à MM. PP. Parrain/ Procrastiner?

Dans la séance suivante, savourée d’avance pendant chaque promenade solitaire, confrontée à cette interrogation : doit-on payer son addicto quand c’est elle qui s’est décommandée (la réponse dans la situation symétrique est connue), l’équitable MEUNIER Doc. promit que la dernière séance… lorsqu’on aurait fini… serait gratuite. BOB et MORANE pensent de même : quand ils auront pris Le Parrain, l’auront livré en vieux slip blanc à poche molle et débardeur grisatre, la gratuité reviendra au monde. Vaine promesse, vieux savoir : les dernières séances, quand on les connaît pour dernières, sont toujours les plus chères, et les plus coûteuses. L’engagement ainsi fortuitement formulé d’une rencontre échappant aux repérages implacables du logiciel « Rendez-Vous et paiment en ligne » suffisait cependant à ragaillardir la patience d’YDIT : donc, il y avait du possible après la fin ? La foi principielle (et principale ?) des religions.

Du possible après la fin de la Chasse au Parrain, quand on l’aurait ( soutenu par la molle main moite de BOB et MORANE) reconduit vers sa disparition ?

Vers l’heure du déjeuner, Ydit aperçut l’agréable MEUNIER Doc. dans une terrasse éphémère devenue permanente- effet d’une épidémie récente de confiance en soi – assise verre en main en face d’une autre jeune femme, dont Ydit pensait avoir perçu la présence parmi les patientes consommant du retard de MEUNIER dans la salle d’attente (ce qui, avec le temps, risquait de devenir une addiction collatérale). Compensation d’une séance ratée ? Une bévue n’est pas une baie-vue, prétendait Lacan. Sous cette forme, tête à tête profane, Ydit aurait acceptée dès demain la compensation, des deux mains. Un Nouvel amour ? MEUNIER Doc. fantasmée en appli.de Fred et Tyne ?

Meunier, et son amie, avaient-elles toutes deux choisi le menu de Blaise ?

Ailerons de requin confits dans la saumure
Jeunes chiens mort-nés préparés au miel
Vin de riz aux violettes
Crème au cocon de vers à soie
Vers de terre salés et alcool de Kawa
Confiture d’algues marines

(Blaise Cendrars « Menus »- Au coeur du monde, Poésies complètes, 1924-1929, Poésie/Gallimard)

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Didier JOUAULT,YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode 52 /Docteur MEUNIER 3/6 : problème de progéniture. On rappelle que deux épisodes porécédents ont été supprimés lors des moments graves de diverses élections été 2024 : la rencontre initiale avec le Docteur Meunier- addictologue du souvenir/ la première séance. C’est comme ça !

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode CINQUANTE (oui ! ) rapport signé BOB et MORANE : les chiens et les chats, autrement dit, le PERE 1 sur 2

Note de Madame Frédérique :

Note de « Madame Frédérique », Assistante de publication, désormais  :

…. Horreur et stupeur, désir de laisser les autres textes du fatras dit  » Lettre de A. » ( on se souvient de l’incipit de « Extérieur Monde », Olivier Rolin ? ) sans desceller quelques enveloppes encore au fond de la pile, réservées là car portant une mention : « Confidentiel », qu’on dirait sortie d’une insipide parodie de série d’espionnage….Mais engagement de ne pas corriger, car – couper est la pire des corrections, on connait ce que des frères, des sœurs, des mères ( en effet majoritairement des femmes, peut-être parce que elles memes tenues à l’écart des écritures ?) ont pu faire subir aux œuvres dont elles sont devenues de tortionnaires dépositaires oeuvrant des ciseaux...

Il est arrivé, en outre, que lors d’une discussion brève et sans suite, YDIT exprimât son inquiétude : relever la barrière de l’indicible pour laisser passer- c’est-à-dire circuler en laissant voir, la «  LETTRE DE A. », version B, c’était une bravade – du « courage » ?- une tentative (tentation ?) de parvenir en ce point de la voie, dans le chemin du récit, où s’allègent  les

besaces des promeneurs de la vie sans mémoire.

Mais aussi, mais autant, le risque de percevoir l’apparition, dans le regard des autres, d’un mélange de compassion un peu dégoutée (on aurait pu éviter ça au fond)  avec une interrogation un peu déboutée ( on ne saurait donc jamais TOUT ?). A t-on envie de cela? Mais comment l’éviter, sinon dans le mutisme même du rejet ? Qui n’est pas ce projet?

TEXTE de YDIT : YDIT LE SAVAIT : parmi le nombre important d’épisodes où le clavier s’ébroue et bruisse  directement sur les récits de Marcel Malbée, dit MM, Die Pate, deux thèmes allaient franchir la ligne, et depuis la terre prétendue libre revenir, d’un pas noir, en zone occupée. Occupée de quoi ? Occupée de mémoires vides, de films brulés par l’acétone, de vieilles boites jaunes à moitié emplies de diapos racornies ? Occupée, avant tout, par l’inépuisable bestiole qui rampe et griffe, la culpabilité.

Ici, dans les récits autour du père ( épisodes Trente-Neuf et Quarante et Un) et de grand frère ( beaucoup plus tard, à partir de l’épisode cinquante-deux, en octobre prochain, patience ) , ici la densité atteint la pointe sur l’échelle du pesant présent. Ici, mille et mille fois une preuve qu’en d’autres lieux ou temps, il aurait fallu dire aussitôt NON.

MAIS:

Le père, après la retraite, forcément travaillant ( la famille, l’argent : jamais ), le père faisait le gardien de nuit chez Prisunic. Avec sa jambe toujours raide – depuis on n’a jamais su quand -, et lui aussi Septante et bien davantage étant passés, sans doute sa présence dissuasive de « gardien  » restait-elle de l’ordre du principe. Sur place, au cours de la veille nocturne (ne pas savoir s’endormir vient-il de là?), son droit était de se nourrir ( et de s’abreuver, revenir aux sources du gros rouge, on le connaît) dans les rayons médiocres, non moins médiocre moyen pour l’entreprise d’éviter une indemnité repas. Cependant, sans doute gràce à son amitié ( sa solidarité de classe? leurs choix communs?) avec le gardien de Jour qui lui succédait ( à l’époque très rarement un homme noir grand et massif ) il rapportait malgré l’interdit quelques boites de conserves, dont du jambon en gelée et du corned beef – savoureux compléments -, valeurs ensuite inscrites au titre de la  » démarque inconnue ». Ainsi, gràce à l’Homme de Jour chez Prisunic, Porte des Lilas, la famille a souvent pu bénéficier d’un déjeuner dégustation : soupe Maggi tous légumes, Pilchards à la tomate Petit Navire, – plutôt désagréables poissons sans nom baignés de tomate sans origine- Gratin Dauphinois Saupiquet, Riz au lait Danone, festin à digestion assez lente pour anticiper un dîner très léger, c’est ainsi, les pauvres, ça doit s’organiser pour étaler la protéine.

Savoir cela, l’humiliation du rogaton dérobé, savoir aussi que chez Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain, Die Pate, on allait jusqu’à manger des fraises Chantilly-vanille après une balade en 4 CV à fontainebleau, n’explique rien, surtout pas l’absence du NON- qui aurait toutefois eu encore plus de prix. N’explique rien. Ne DOIT rien expliquer.

Ceci étant (dit et rappelé) Bob et Morane ont  poursuivi, sinon des chimères ( mettre la main sur Marcel Malbée), au moins l’œuvre assez noire pour laquelle ils sont (grassement, FRED le voulait ainsi ) rémunérés, rétribués, respectés par les confrères en détectivade hard et sage. Et voici donc leur « rapport », quelques fragments, peut-être au coeur du coup du creux du coeur ?

BOB et MORANE, détectives à pressage lent, ont travaillé de nombreuses heures, rencontré des poivrots, des ados, des  amis, des souvenirs, puis traversé l’orage muet des mensonges, et récolté la moisson grasse des aveux.

La veille, avant de rédiger les deux rapports ( Père et Grand Frère), ils ont exigé de FRED qu’elle leur  verse par avance une forte somme, aussi forte que serait peut-être l’émotion de YDIT rejeté par une lectrice, ou la répulsion d’un lecteur dégouté par les mots (seulement les mots, pas d’image « illustrative » concevable pour ces rapports).

Inquiets, bien que les virement fussent parvenus aussitôt, ils lui avaient proposé de prendre connaissance des faits – plus précisément de ce qu’il fallait bien accepter de considérer comme des « faits » – toute considération mise à part. FRED n’avait ni lu, ni dit, ni vu, ni ri. Savait-elle ? Tout le monde ici boitille avec cette question telle une chaine aux pieds : qui savait? Réponse, vous le savez, les Mamies savaient ( voir épisodes précedents). Mais ?…

RAPPORT 1 : Le Père ( ça ne le regardait pas ).

(Chap. 1 sur 2 )

Selon plusieurs témoins, La porte des Lilas, son métro, portait encore un peu la mémoire d’échos sales et bruyants jusqu’à la pétarade. En ce temps, c’était  le département de «  La Seine », limite de Paris. YDIT, la famille, passait d’un côté à l’autre des boulevards des maréchaux, – sinistre ou brillante couronne, c’est selon le temps de l’Histoire -, et la fastidieuse fente infertile et fouilleuse du Périphérique ne portait pas encore son portrait de guillotiné urbain.

Esplanade de ce métro, pâté-station isolé au centre d’un vaste embrouillaminis de rues, avenues, boulevards

  , comme au sommet incertain d’une série de pentes menues.

Les documents font défaut, ont peut-être été escamotés, mais on sait que YDIT, sortant du métro (ici très souterrain), soudain revenu vers une lumière, avait trouvé sur son passage ( attroupement qui se formait autour) , le cadavre d’un agent de police tout juste assassiné, forme de pélerine bleu-nuit décolorée de rouge déjà sombre, vélo pas loin – mais la roue ne tournait plus, on n’est pas dans un film.

La scène a lieu en pleine guerre d’Algérie, ce policier, un militant de quel côté tué par quel côté ? BOB et MORANE, lassitude ou paresse, n’ont pas voulu dater l’image. D’après France-Soir du lendemain, le veille une bombe avait explosé sur la palier d’une HLM voisine, sans blesser le rédacteur de «  l’Humanité » qui habitait l’étage.

Pour BOB et MORANE, une certitude : les traces du Père sont indécises, fluctuantes, elles échappent comme il échappait : souvent. La période voulait ça: tout le monde mentait. Pour des jours entiers, le père disparaissait, on le supposait hébergé ailleurs, un centre d’accueil ( toutefois rare en début 60), une connaissance de bistrot, ou bien à demi errant, selon sa saison, dans les Parcs et Jardins beaucoup moins surveillés qu’aujourd’hui ? C’était l’un de ses moments de clochardisation, de déshérence, son mode à lui de parcourir l’ascèse en silence, sa façon intime de s’enrôler en secret dans la secte sélecte des trappistes de la vie intérieure et du dernier verre, -compagnie nombreuse près du zinc- de faire corps avec l’infinie absence du Bouddha, en caressant avec émotion les verres vite vides de « Chez la Mère Jeanne ». Les deux détectives sauvages responsables du rapport présentent d’ailleurs un témoignage, qu’on peut consulter in extenso ici :

( publié en juillet 2017, dans la série SPO, numéro 40 : sélectionner/puis  » accéder à …)

https://yditblog.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=5803&action=edit

On l’aurait fredonné : vieux  pardessus brodé de mégots mal éteints ( il les ramassait dans les caniveaux), ou de boueuses poussières éparpillées dans la nuit du square, tel se dévoilait le personnage de Le Père, carte secondaire dans la main du joueur, photos ratées dans ce roman- images : une silhouette à la découpe,  parfois réintégrée dans les cendres mollassonnes d’un foyer où l’entente paraissait n’avoir jamais été qu’un mot allusif, abusif aussi, pour décrire une légende.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode CINQUANTE ( OUI ! ), rapport signé BOB et MORANE : les chiens et les chats, le PERE 1 sur 2. A suivre, la suite en coup double, un par semaine : d’abord une nouvelle fois la belle et inexplicable Docteur Meunier, psy de son état et de son néant, telle que la mémoire sans soin et le soin de la mémoire la figent ; puis Le Père, suite et fin. Toujours le même jour, vers la même heure ? Oui, toujours. Pas de raison de changer, pas « ça ».

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Episode QUARANTE NEUF- Famille, ANONYMOUS PROJECT, fin ( trois sur trois ), l’une des jeunes femmes l’accompagne jusqu’à la porte.

Sur les murs de la galerie du Haut Marais, les scènes proviennent surtout des USA 50 ans au moins plus tôt, ou de lieux de vacances pour Américains privilégiés.  Elles ont été prises par des gens simples,  et sur les images- on doit s’approcher) ceux qu’YDIT observe ce sont aussi des gens dont la simplicité semble parfois ressembler à une forme de narration un peu sotte – ou facile.

Dans la galerie, ce qui est installé est une puissante émotion… Pas seulement visuelle, même si les tableaux de diapos ici présentés masquent les marques de l’espace par leur rare présence plastique. Jaillit une émotion de la profondeur. Comme si chacune de ces pauses devait provoquer par elle-même un récit dérobé ( qui était ce personnage qu’on voit là ? Et comment répondre sinon  par l’imaginaire : quelle histoire, quelle passion, quels oublis, quel renoncement, quel courage, quel mollesse inutile, quelle grandeur discrète…).

YDIT, dressé au milieu des images qui se recomposent et l’entourent, ressent l’urgence  de narrations obligeant l’existence à surgir, à rugir, à rougir, de nouveau, à se permettre l’évidence impudique de l’émotion, le jaillissement paradoxal -à travers les milliers d’images- d’un réel puissant, d’un solide quotidien, et d’une immense empathie attendrie. Tous ces mots pour  dire : la puissante nostalgie du souvenir des autres, un souvenir dont RIEN n’est connu, un souvenir que le narrateur impavide et pas vide, enfin, peut inventer de toutes pièces, de tous ektachromes…Bleu/Jaune/Rouge. Marcel M%albée, dit MM, Die Pate, avait-il des souvenirs du gamin comme si c’eussent été des photos ?

Par ces images accolées reconstituant des couleurs,  on aime soudain le détail de chaque visage, on se reconnaît dans l’ensemble de la dysharmonie fondamentale de l’humanité. Par elles, c’est à nouveau savoir comme on aime les hommes,  non plutôt les femmes, non certainement : l’humanité ; dans sa tendresse même imparfaite. Ici chacun est soi, et soi, ensemble, c’est le monde entier : l’émotion du vivant à présent mort libère l’émotion du présent et rend le futur prospère. . On oublierait.

Et puis, toujours incapable de rester dans le cœur brûlant de l’émotion plus longtemps qu’un battement de vie (ensuite on pleure, on tremble, on se bat), reprenant le souffle d’un torse redressé, YDIT sort  de la galerie, devant la brigade charmeuse (et faussement affairée) de l’accueil : jeunes femmes qui font ce que nul ne sait.

Aucune des filles ne lui demande si « ça a été ? » ainsi que font les serveurs des bistrots, insoucieux de l’aberration de leur formule ( oui « ça a été », mais on espère vraiment surtout que ça va encore bien être un peu). D’un regard où stagne tout de même une légère question, l’une des jeunes femmes l’accompagne jusqu’à la porte.

Toujours YDIT l’a su : on pourrait  parler davantage avec les autres, surtout les femmes, lui, le si longuement timide, le si vraiment silencieux dans les soirées. Mais toujours aussi le monde  de pauvres dont il vient l’a préservé de bavarder avec cette catégorie bien élevée de jeunes femmes, langage de vent, tangage devant, et de la déception certaine. Avec une violence interne contenue, souvent, YDIT s’est dit, dans une galerie, sur un quai de gare, dans un couloir d’attente, que la parole aurait pu se libérer, se retrouver, se partager, sans  crainte et non plus d’enjeu. Mais sa timidité d’origine, creusée dans le bloc de la pauvreté,  longtemps l’a retenu à l’écart des femmes de cette classe, ayant cette classe. Des femmes de cette surface ayant cette absence de profondeur.

Aujourd’hui, sur le point de sortir, YDIT s’arrête : à présent Septante et toujours davantage étant venus, il porte sur les cheveux bien gris et le visage griffé, une forme d’impunité qui rassure. Nulle ne peut  le soupçonner d’une autre intention que celle de la parole. Dommage. Mais Septante et plus sont venus. Par ailleurs, ça autorise à engager le dialogue, sans précaution ni méfiance. Pas si mal, au fond.

Maintenant, avec l’une des si jeunes femmes bien peignées, cashmeere sur jeans, buste redressé par l’approche du virtuel client (à cet age, depuis tout ce temps, YDIT ressemble à un acheteur potentiel, et s’en amuse, mentalement rétrospectif courbé, fesses froides, sur les toilettes à la turque du palier avenue du Belvédère, numéro 1, immeuble classé vétuste). YDIT parle mémoire, visages,  souvenirs, émotion du souvenir, et souvenir de l’émotion, beaucoup de verbiage pour pas grand-chose? Autant dire qu’il parle encore de lui-même, en incorrigible narrateur impénitent. Impatient. Incohérent. Impudent. Inhérent ( voila une définition, enfin : YDIT, narrateur inhérent)

YDIT sort enfin, et-déboussolé par l’atemporalité des images superposée au présent magique de la galeriste – il cherche son chemin sur le plan algorithmique de l’iPhone. Il découvre soudain – et donc sursaut imperceptible et inévitable -que la rue Dupetit Thouars s’enracine juste à côté, comme posée là sans avoir l’air de rien, sale rue, courte et faussement modeste, comme si à chaque trou de taupe correspondait l’entrée d’un labyrinthe : hypocrite ! Dupetit-Thouars, for ever ? Dupetit-Thouars Everywhere ? Maintenant, peut-être, oui ?

« Vous qui passez sans me voir » chante la rue sur un air d’époque Marcel Malbée ( sa jeunesse ?). Probablement  est-ce mieux ainsi, semble-t-elle affirmer sur l’écran confus de l’iPhone, la rue Dupetit-Thouars. L’antre du Parrain. Die Pate. Mais Marcel Malbée ( on l’a déjà dit) n’a pas de visage, tout effort pour visualiser un visage est vain, tout effort pour retrouver la forme de sa main serrée autour de ce qu’offre le pyjama éloigné du gamin est vain, et la mémoire n’accepte la résurgence que d’autres parts de lui-là, parts dont Ydit n’a que faire.

Aussi, on s’en doute, à la place de l’impossible visage de Parrain die Pate, superposée à d’autres images parcellaires et focalisées de Marcel Malbée, dont nul ne veut, aussitôt s’impose sur l’écran brillant une figure de tarot, cette figure là que vous connaissez, dont vous avez le souvenir sous des formes très volontairement diverses, le gamin lui aussi décalé durablement par le désir d’un vieux, car les pendus n’ont plus de visage, ce que les pendus quittent le plus vite est leur visage, avant le vie même, et la figure du Hanged James reste une figure défigurée par sa volonté même.

 Ce qu’il y a  sur l’écran, bien sûr : HANGED JAMES, la carte non pas du tendre ( il le fut) mais du pendu qu’il restera.

Gentiment présent, même pas tournoyant sur lui-même, et qui lorsque le mouvement de la vie lui permet de me faire face m’offre son sourire amical et goguenard, un peu tendre et lassé donc, comme s’il s’apprêtait à dire ( quoi qu’il soit impossible de plus rien dire dans son état) à demander :

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Episode QUARANTE NEUF- Famille, ANONYMOUS PROJECT, fin ( trois sur trois ), l’une des jeunes femmes l’accompagne jusqu’à la porte. Après la galerie, la Galeria? Petits tours et passages chez le Père, le rapport de BOB et MORANE, c’est pire vet ce n’est pas le pire, dès la semaine prochaine, mercredi ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode QUARANTE HUIT, Famille, Anonymous project, diapos pour d’immémoriels passages (milieu : deux sur trois ). Dans le silence de l’ombre le mot NON.

Note de Madame Frédérique :

Dans la galerie du Haut Maris, YDIT quitte, sans regard et sans regret, les demoiselles d’accueil – impressionnantes éprouvantes composantes émouvantes sans épouvante des galeries parisiennes.

Les diapos de l’expo ont été juxtaposées à la fois par leur couleur dominante et la proximité de leurs sujets : Noël c’est facile, et c’est chaud, et les enfants confortent l’impression de nouveautés répétées dans le mouvement immobilisé. C’est ça, Noel. C’est ça, la famille. En général. A noel, famille YDit, des souvenirs multiples, accablants ou joyeux, mais ceci n’est pas le sujet d’ici. Ici, c’est un roman -images : faux souvenirs et visites véritables.

Avec les souvenirs des boîtes bleues, jaunes, vertes selon la marque des diapos surgissent des milliers (sans doute) de clichés à peu près intimes, avec la mémoire de ces gros appareils chauds et bruyants qui permettaient de les projeter ensuite (on avait l’habitude de souvenirs ennuyeux) et surtout avec l’idée de quelques rares occasions de  coûteux tirage papier pour les  meilleures images, ou les préférées de la famille.

Sans oser ici évoquer les possibles images de nus, académiques, ou même de sexe cru, prises à l’époque par le même opérateur anonyme, mais qui sont terriblement absentes (et tant mieux) de cette exposition à volonté familière. Un petit nombre d’images en grand tirage expose non pas un passé, mais la volonté de l’avoir fait disparaître, bizarrement, dans sa forme transparente de diapo. Photographier le vivant pour l’effacer dans le clic , tic-tac en tic de bombe en toc, désamorcée.

Collés près l’un de l’autre, les aplats minuscules épuisent toute transparence.

il y a longtemps que YDIT, pour sa part, lors d’une séance d’allégement crucial parmi d’autres, jeta à la décharge, sans émotion, des dizaines de séries d’images transparentes. Cent-vingt ? Cent-cinquante ? Autant que de probables fururs épisodes d’un roman-images. Boites diapos jetées jadis, comme poignées de sable dans la main au bout du quai. Partant au loin pécher, la marin ne sent pas une poigné de sable, et cependant elle alourdit la vague. Boites jetées. Milliers d’images, cellules mortes? peau sêche. Qui les découvrit au matin, cherchant un pull pour se chauffer, un vieux métal à revendre, au creux d’une décharge chaude comme une cheminée vide au lendemain de Noel ? Qui – jamais- imaginera une exposition fabriquant les détournements de ces images privées ?

Il n’y a pas de futur à recomposer avec les images de YDIT. Sauf ici, mentales images.

Les boîtes de plastique généralement jaunes, parfois vertes, avaient un temps été entreposées dans  deux caisses de carton rouge ; elle y étaient rangées selon  un ordre à peu près chronologique. Chacune portait une étiquette : date et lieu, pas de mention du ou de la photographe qui avait souvent été une compagne de YDIT. Seules les boîtes de nus ( où Fred ni même Tyne ne figureraient  jamais car on avait ensuite  abandonné la diapo, susbsistent pour le bonheur des flashbacks de multiples tirages papier ) sont  comme préservées de l’ouverture imprévue (mais par qui ?) par un double emballage de papier kraft portant l’explicite mention manuscrite : «  Perso perso X ».

Ce soir-là, un soir solitaire sans doute, avec un grand calme et une sorte de désintérêt un peu forcé, YDIT avait commencé par tenter de regarder, en les portant à la lumière, quelques-unes des images.

(tableaux : Ch Banban)

YDIT avait  vite renoncé, devant la profusion et la grande étroitesse de ce qu’on y voyait. Il s’était borné à  ouvrir les boîtes au-dessus d’un gros sac poubelle noir, pour que les diapos s’y entassent un peu comme les feuilles ramassées sous le balcon après un orage ou à l’automne. Deux ou trois séries ont échappé, comme les Etats Unis juillet-aout 83, hormis les nus rares et  longtemps conservés, peut-être pour l’émotion à l‘instant du cliché.

Jeter les boîtes avec force et vigueur signifiait sans doute écarter toute tentation d’y revenir, d’y retourner, de regarder derrière. Au moins était-ce, en se soir-là, une ambition déclarée…

Bien sûr, ( quiconque a lu YDIT jusqu’ici le sait) la disparition de ces milliers d’images provoque un regret profond, c’est comme une cécité de la mémoire. Mais nul ne se souvient de ce qu’il a oublié.

Nul ne rattrape l’instant qu’il a jeté. Nulle, même nue et vue, vite-dite, ne retrouve Marcel Malbée, dit MM, Die Pate. L’amour ( le désir?) et la mémoire (le mensonge?) s’habillent au même dépôt-vente de l’illusion.

Serait-ce, jeté, peut-être, le silence d’un garçon qui, ouvrant la porte au 12 rue Dupetit-Thouars, tournant à droite vers l’escalier, dans le silence de l’ombre n’a pas jeté le mot NON.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode QUARANTE HUIT, Anonymous project, diapos pour d’immémoriels passages (milieu : deux sur trois). Dans le silence de l’ombre, le mot NON.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode QUARANTE SEPT, Anonymous project, diapos pour d’immémoriels passages (début, un sur trois ). La mémoire grille ses fibrilles et le regard grandit.

 SOUVENT -oublions les séquences rappel telles les épisodes ONZE ou QUARANTE SIX- les divers textes des « épisodes » (en raison de leur diversité apparente, peut-être?) semblent convier à enjamber des ellipses, combler des ruptures thématiques.

Cette fois, les séquences suivantes sont lisibles, ordonnées, claires. Elles forment ainsi une transition possible. C’est pourquoi j’ai organisé la publication ( programmée) des posts en fonction de cette « reprise », à la fin de l’été, pour continuer la mise en public du fatras nommé « Lettre de A., version B. » tel ( ou à peu près tel) que me l’a fait parvenir , après sa disparition, Y.d’I, dit YDIT, le Didi d’ici, mon ex-directeur, disparu.

Mais, si j’écris retrouver dans ces deux séquences les thèmes anciens de la mémoire, de l’érotisme, du meurtre et du suicide, ne risqué-je pas de trop déborder de ma fonction de simple assistante ?

TEXTE de YDIT, sur des feuillets de carnet Moleskine, détachés, numérotés…

Peut-être le galeriste, par cet accrochage, voulait-il accréditer une idée de peintre : une image dit sa propre vérité.

Comme souvent à Paris, le bâtiment n’est pas immédiatement visible depuis la rue, ni reconnaissable comme lieu de l’art. Mais Ydit l’a repéré par un article de revue d’art.

Art : on peut admettre le mot, une production spécifique. Artiste : impossible à utiliser, le mot renvoie à une essence, comme noble. Peintre, musicien, hacker, écrivain ( pour certains) , oui.

Dans la galerie, le mot artiste, souvent, mais on peut fermer les yeux. Afin de rester à hauteur de simple humanité.

En apparence,  le passage est une impasse– et comme toujours, derrière l’apparent obstacle, une richesse un peu secrète se révèle à qui fait un pas pour lever un voile. Une richesse derrière chaque voile . Dans ce quartier de Paris, Marais-Bastille, ce sont d’anciennes cours d’atelier, peut-être d’ébénistes, plutôt de verriers, ou de maroquiniers, naguère probablement juifs dans ce quartier, qui fut toujours populaire, de temps en temps vraiment révolutionnaire, souvent révolté par des mots. Quartier de Juifs, surtout depuis l’Europe centrale et le dix-neuvième siècle, on a écrit la-dessus, les Juifs qui fuient les progroms, des personnes écrites ailleurs et même détournées comme comparses, les héritiers, Marko ( qui ne vient pas d’Europe) Cécile ou Serge, ( cf. « Le jardin de Giorgio Bassani« , Saison 3 de YDIT Blog )

Affiché à l’entrée,  un plan expose des cabinets des soins (kinésie,  podologue, médecin acupuncteur, accompagnatrice de bien vivre en nature et en soi), des sociétés de micro-production pour des films financés par des institutions et des mécènes, un studio d’art photographique (mais ignore quelles photos ), une officine de scénographie, un espace pluriel où se trouve la rédaction de la revue et la galerie d’art contemporain où YDIT va entrer. De tout cela, ils auraient fait du texte à relire, Balzac, Zola, Céline, Pérec ( pas Proust : quartier populaire trop éloigné de son monde).

La galerie est un polygone de béton crème que couvre un toit de fausses tuiles provençales, dans une étonnante (ou provocatrice) absence d’architecture.

Long bâtiment de briques peintes en blanc et de vitres encadrées de ferronnerie noire, très typique des espaces professionnels 19e, devenus artisanaux au cours du 20e, puis maintenant dédiés entièrement à diverses métamorphoses de production artistiques. On peut ainsi lire l’histoire mentale de Paris, mais encore davantage son histoire sociale, l’effacement du monde ouvrier – qui avait encore été celui de la famille YDIT, naguère. Solidarité des pauvres entre eux, mais surtout ce qui ne s’apprend ni ne se transmet : le sentiment partagé de l’existence petite. Dans un coin, mué en placard à balai, le cagibi des toilettes à la turque, si froides aux fesses ouvrières, l’hiver.

Ici, tout est symbole, dit-on parfois dans les réunions avec les Frères. En ce roman-images, de même : la galerie d’art contemporain est l’image inversée ( dans la chambre photographique menteuse de toute mémoire) d’un appartement glacial, pauvre et pas sordide, toilettes sur le palier, immeuble désormais inaccessible à la comparaison Réel/Souvenir, car détruit pour vétusté en 1980.

Un jour, bientôt (ou pour commencer la troisième année), un mercredi après-midi sans doute , YDIT vous conduira depuis l’appartement sinistre de la famille, Porte des Lilas, jusqu’au Deux pièces tiède et confortable ( médiocre au regard rétrospectif, mais enviable alors ) de la rue Dupetit-Thouars. ON y est déjà venus, vous vous souvenez ? On y retournera.

Mais c’est trop tôt : les détectives bravaches et pas sages, BOB et MORANE, progressent si lentement dans l’enquête surnommé « La Chasse au Parrain ».

Dans les bureaux et la galerie – vitres à mi-corps, métal brossé- , d’hospitalières jeunes femmes sautillantes et guillerettes proposent largement plus que le service minimum d’un accueil habituel : sourire couleur yeux bleus ; document glacé mais chaleureux; geste de visage qui se voudrait un peu Madone après le confessionnal (mais certainement pas Vénus d’Urbain !). peut apercevoir des mèches relevées d’une main certaine de son effet sur le visiteur septuagénaire, surtout le geste qui allume le buste lorqu’elle – l’une ou l’autre- se redresse pour l’accueil, quittant la tablette. Pour peu qu’on soit venu avec assez d’argent ( la famille YDIT n’en avait pas, et l’on ignorait les galeries, sauf sur la 4CV de Marcel Malbée, dit MM, Die Pate, un jour de déménagement de Frere), passé le moment de visite, tout est propice à l’achat, et d’abord le commentaire habile de la jeune assistante, gestes précis, langue précieuse, yeux de vendeuse savoureuse – presque savante aussi(*). . Septante et davantage étant venus, on est dans ces lieux pour regarder puis acheter. Quand la plus blonde se penche, elle est aussi la plus jeune, l’échancrure joliment déboutonnée ouvre la visite par une ronde peau bruine que limite à peine une dentelle framboise de chez Princesse Tam-tam. Quelle Phrase, dirait MORANE.

Inutile de faire tant de bruit, le tambour de l’acheteur résonne déjà.

YDIT se demande s’il ne  va pas prendre la fuite : trop peu d’efforts sur le bâti et tant d’insistance sur le charnel, voilà qui sent un peu la fragile esbroufe parisienne. FRED, en ce temps, n’est pas ici : sur les passages vertige et chair, sans doute aurait-elle imité le sourire désapprobateur d’une chatte qui voit la souris coincée pour son mauvais choix de chemin. FRED, incomparable observatrice à mots de tendresse.

Ainsi que toujours, mélange du désir et du vendable. Dans les galeries. Souvent aux comptoirs des bistrots, pareil : trop cher pour ce qu’on déguste. La pauvreté de jadis, toujours, allume dans la conscience le signal de l’arnaque, et chez les pauvres, même quand on ne l’est plus, on craint sans cesse de se faire avoir dans la relation du commerce. Ydit, au début, voyait le même signal d’alerte s’allumer de clartés vives et rouges, pour beaucoup d’échanges où le désir exprimé par une autre- si séduisante fût elle- lui semblait une arnaque dans la relation du commerce- amoureux ou proposé tel quel.

Reste d’une histoire de cordon de pyjama, dénoué en échange de rien– sauf si le passage hâtif d’une jouissance de petit garçon n’est pas rien ?

Pour cette exposition le cartouche -presque bavard- de Lee SHULMAN tente une explication, usant de mots qui annoncent et dénoncent l’image :

– « J’ai voulu présenter les images qui explorent non seulement une mémoire collective mais aussi une conscience collective ; les notions de bien et de mal de vice et de vertu. Fondamentalement ce qui fait de nous des êtres humains ».

« non seulement », » fondamentalement », répétition de « collective », l’auteur est un rustre et le traducteur mal payé (peut être l’une de ces multiples jeunes femmes des galeries d’art, dont on se demande à chaque visite comment elles peuvent être si nombreuses et qui assure leur salaire ? Garantit leur sourire? Commande le redressement du buste à l’arrivée du visiteur ? Choisit le dernier bouton à déboutonner?)

Mais l’émotion est à l’intérieur, derrière le toc de l’apparence et du désir. YDIT a eu raison de ne pas fuir.

Le carton-autre raison de s’enfuir dans son arrogante vacuité- est  démenti par la réalité légère et l’émouvante oppression de l’exposition.

Ce que regarde maintenant YDIT : de grands formats constitués (recomposés) de très petites diapos – carton, film – juxtaposées au sein d’un cadre de fortes dimensions. Dizaines, centaine,  de mini-cadres dans le cadre. Les origines et les sujets sont identiques, d’un mur à l’autre. Scènes familières de jours ordinaires- si l’on admet que les diners de famille, les barbecues de jardin ou les rires de noel sont ordinaires.

Comme dans la vie, comme dans la nuit, les images sont regroupées par les harmonies de couleur, malicieusement : plutôt jaune ; plutôt bleu ; plutôt rouge. Diapo : instantané, comme le souvenir jamais réellement reproduit à l’identique, diapo souvenir, rien que de légers souvenirs, des mémoires gravissant la gravité, des moments de tendresse simplement vivante, des reflets  d’heures simples vécues. Les scènes proviennent surtout des USA, 50 ans au moins plus tôt, ou de lieux de vacances pour Américains privilégiés.  Elles ont été prises par des gens simples,  et sur les images ( on doit s’approcher )  ceux qu’YDIT observe ce sont aussi des gens dont la simplicité semble parfois ressembler à une forme de trivialité un peu sotte, dans l’habituel regard très arrogant propre au Parisien amateur de galeries. Mais c’est plutôt une forme d’authenticité sans trucage par le photographe, même si- cela va de soi – souvent le modèle pose…Mais il ou elle (souvent Elle) pose pour un semblable, son frère, un ami. Les images proposent également cela : dans la vie tout le monde tout le temps pose, la différence du « produit » est une question de talent du modèle. Souvent, ici, Elle.

Les milliers de photos n’ont été prises que pour la famille, pour  le moment de la photo, donc pour rien de grave ( sauf quelques enterrements). YDIT ne déchiffre aucune  volonté d’héritage, de transmission. On est là, clique, c’est bien, clique, rayon de soleil, clique, verre glacé tendu, clique, T Bone à la braise, clique, baignade de printemps, clique, table de noël, clique, visite chez les oncles, anniversaire de mamie, qui ne sait rien de rien, puis  plus rien (justement) dans la bobine, toc.

Ce n’est pas de sa faute si un cosy rappelle la rue Dupetit-Thouars, quartier du temple, et les livres de Marcel Malbée, dit M.M. dit Le Parrain, dans le cosy, sur Les templiers.

On chercherait en vain des Parrains aux genoux ornés de gamins frais, ou des pendus du petit matin. On se souvient tout de même, à l’âge de YDIT, Septante largement passés, des soirées diapos à gémir de rire ou de détresse. Heureusement, la famille ne maniait pas les diapos : rien à regarder sur les genoux de Marcel Malbée, dit MM, Die Pate.

Ektachrome anciens, Ektachromes présents, développés avec la main sûre et le talent ému de l’amateur expert. Quelques gros plans, femme au cigare jouant sa Maryline épatée, (position aguicheuse des jambes sous la jupe courte); tirage rigolant avec le contexte (pour chaque Américain de l’époque le symbole Marilyn joint au cigare contournait les tentatives de censure).

Les rapprochements pourraient avoir été involontaires au moment de la photo, mais  « l’artiste compositeur » qui a réuni ces images ne peut ignorer la note un peu chaude de cet érotisme à peine voilé. En tout cas, l’arrière-fond traditionnel est celui d’une existence américaine middle classe du siècle précédent : au fond de la galerie, devant un mur évidemment blanc, des téléviseurs anciens ont été montés comme pour former une croix chrétienne (décalage : dans le Paris de 2022, ni croix ni téléviseur ne sont encore porteurs de sens contemporain). Chaque appareil de télévision comporte une image comportant un téléviseur, pour une mise en abyme un peu simpliste. Cependant,  l’émotion de ce « jamais vu et pourtant là » résorbe toutes les réticences, efface toutes les réserves : ici la mémoire grille ses fibrilles et le regard grandit à la taille de cet univers.

Familial. Bienheureux. Festif. Partagé. Transparent. Tout de belle surface brillante. Hypocrite. Familial.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode QUARANTE SEPT, Anonymous project, diapos pour d’immémoriels passages (début, un sur trois). La mémoire grille ses fibrilles et le regard grandit

(*) : photo Alain Giami

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YDIT-BLOG , Nouvelle Saison, Saison IV, RETOUR d’été, après l’année UNE, Episode QUARANTE-SIX : Non, je ne fais que jouer avec WordPress. Encore…


==> RETOUR AU ROMAN-IMAGES , tel que programmé en 2023

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Note de Madame Frédérique :

Episode QUARANTE SIX, Retour d’été, alpages ou canotage ? De toute façon : UN AN après les posts initiaux de cette série, et le roman-images reprend sa course en montagne, son erre de marée montante. Reprendre : dire et continuer, comme après l’entracte, mais les voix ne sont pas fatiguées. La Chasse au Parrain n’a pas cessé. La recherche de la Lumière non plus. Marcel Malbée for ever.Le démembrer- surtout dé-membrer ! . Tout à fait parfaitement très bonne perspective.

Ils sont dans la rue du collège, à Montpellier, retour d’expositions. C’est le plein chaud du midi en été, mais à présent ils sont dans le soir paisible de la marche commune. Tout près, les enfants et un grand’père attendent. Complétant une parole, MARKO dit : mais toi, tu es un écrivain.

Une autre fois, ils sont assis sept autour de la table, dîner dit de travail. Sur le balcon, les plantes fléchissent sous un faux-semblant de neige parisienne. Pas loin, sur la table du salon, patientent les dossiers. Provoquant un silence, CATHERINE dit : Mais on ne sait pas assez que tu es un écrivain….

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG , Nouvelle Saison, Saison IV , RETOUR d’été, après l’année UNE, Episode QUARANTE-SIX : Non, je ne fais que jouer avec WordPress. ( intermède léger après la première année de presque soixante posts, dont quarante- cinq épisodes heddomadaires) Retour au Roman-Images : dans six jours, le rapport de BOB et MORANE, sur Le Père. Qui n’esxt pas le pire. Mais qu’est le pire?.. Aujourd’ui est une journée un peu particulière. 22 aout.Tout cela ne nous rajeunit pas , non ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Episode QUARANTE-CINQ : On dirait comme un bruiiiiit de plumes, Vladimir !!

Note de Madame Frédérique :

Le passage suivant est une simple photocopie, presque faite sur un mauvais appareil de boutique « Colis Relay », tenue par un Pakistanais, principal avantage : ouverture de 6h à 1h. Mais on ne voit pas quelle urgence exigea (peut-être) ce déplacement, sauf la nécessité d’emplir le temps qui précède le sommeil, jamais prompt à venir ? On a lu des passages sur le sujet : MEUNIER DOC. s’en gaussait, du gravissement du sommeil. YDIT ne signale pas de référence bibliographique pour cette longue citation, contrairement à ses usages respectueux, mais on reconnaît le « bon vieux Samuel  » de BOB et MORANE, les Détectives -Ravages, pour cette fois en manque de didascalies?..

ESTRAGON.

  En attendant, essayons de converser pour nous exalter, puisque nous sommes incapables de nous taire.

 VLADIMIR.

C’est vrai, nous sommes intarissables.

 ESTRAGON.

C’est pour ne pas penser.

 VLADIMIR.

 Nous avons des excuses.

 ESTRAGON.

C’est pour ne pas entendre.

 VLADIMIR.

 Nous avons nos raisons.

 ESTRAGON.

 Toutes les voix mortes.

VLADIMIR.

Ça fait un bruit d’ailes.

ESTRAGON.

De feuilles.

Silence.

VLADIMIR.

 Elles parlent toutes en même temps.

ESTRAGON.

Chacune à part soi.

Silence.

VLADIMIR.

 Plutôt elles chuchotent.

 ESTRAGON.

Elles murmurent.

VLADIMIR.

Elles bruissent.

ESTRAGON.

Elles murmurent.

Silence.

VLADIMIR.

 Que disent-elles?

 ESTRAGON.

Elles parlent de leur vie.

VLADIMIR.

Il ne leur suffit pas d’avoir vécu.

 ESTRAGON.

Il faut qu’elles en parlent.

 VLADIMIR.

 Il ne leur suffit pas d’être mortes.

ESTRAGON.

Ce n’est pas assez.

Silence.

 VLADIMIR.

 Ca fait comme un bruit de plumes.

ESTRAGON.

De feuilles.

VLADIMIR.

De cendres.

ESTRAGON.

De feuilles.

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Didier JOUAULT, pour « YDIT BLOG », Nouvelle Saison, saison 4, Episode QUARANTE-CINQ , on dirait comme un bruiiiiit de plumes, Vladimir !

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV Episode QUARANTE-QUATRE Rue Dupetit Thouars visite par Ydit soie-même, soie, sans guide et sans rage ni orage, fin (2/2).

12 rue Dupetit-Thouars, YDIT effraction, escalier D. comme Didi, ascenseur dématé sous le vent des passages entré en catimini, la conciergé trompée, au premier à droite, ancien appartement de Marcel Malbée, dit MM, Le Parrain, Die pate, ouvrir le tiroir en bas à gauche du petit meuble qui se trouvait près du lit-cosy, c’est là que Marcel Malbée garde une série de lettres, interdites. Savoir enfin qui avait écrit ces lettres ce qu’elles voulaient dire, pourquoi, aussi, le nom du Père y apparaissait, mais c’est une autre histoire, on saura ça ensuite – avec les épisodes FRERE (CINQUANTE -QUATRE / SOIXANTE, octobre et novembre 2024) , sauf si on n’a trop dépassé le budger de mots.

12 rue Dupetit-Thouars, appropriation, ensuite ouvrir le tiroir du dessus, étrangler d’une main placide mais violente ces provisions de vieux slips décatis, les slips blancs à poche  kangourou que Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain ne faisait jamais glisser avant d’être sous les draps, peut-être parce que YDIT ne devait pas trop s’apercevoir que ça n’avancerait pas vite son histoire à lui Parrain ( mais YDIT en ce temps ignorait tout des vigueurs ou défaillances de cet endroit-là), moins vite que pour la garçon qui s’en fichait, et ne gouvernait rien sous la main habiledu vieux parent. Rien sauf l’envie qu’on en finisse, après tout pourquoi pas avec un certain plaisir ( sursaut de culpabilité)? Piège absolu et féroce de l’apparent consentement, tu parles, en cet age où le sang afflue rien que de penser à la fille de la laiterie ! Facile ! Désir majeur, tout de même : que ça finisse vite. Depuis, très souvent, même si du plaisir en ceci ou cela existe, – même un déjeuner d’amis au soleil -l’involontaire posture de YDIT : qu’on passe à la suite. Blessure machinale auto-infligée, difficulté de profiter : marques dues à Marcel Malbée, dit MM, qui fut toujours trop long.

12 rue Dupetit-Thouars, distanciation, rester chez lui, Marcel Malbée, retourner les cadres, disperser les objets maniérés sur les étagères, tout se réapproprier, voler, casser, piler, piller, briser, écraser, éparpiller, effacer toute trace, jusqu’aux cendres de Gitanes sans filtre, puis passer un coup de serviette humide, – la fameuse serpillière de la mémoire, déjà – pas seulement le coin de drap pour effacer les auréoles risquant d’accuser, non, toute la serviette, tous les slips usés, tout le drap, l’oreiller pour les reins, le lit, le sommier tassé, le cosy, la pièce, la voisine, l’immeuble, tout dans la machine à laver la mémoire… Manger à pleines mains la confiture de fraises à bas prix qu’on voyait sur la tartine du matin, jeter avec violence le pot à travers le miroir de la salle de bains, arracher la bande papier qui entourait l’ « Aurore« , plié non encore ouvert (mais qui se souvient que des bandes de papiers entouraient les journaux que le facteur apportait ?), casser les tringles, en deux, en dix, brûler les rideaux , disperser les morceaux d’un David de Donatello de Pacotille. Les disperser sur le palier, dans la cour intérieure. Rigoler de se brûler ainsi les doigts.

12 rue Dupetit-Thouars, raréfaction, s’asseoir, se taire, pas bouger, attendre, regarder, se taire encore, méditer l’oubli, mériter l’oubli, ne faire aucun bruit, surtout pas celui d’un sang qui afflue…

12 rue Dupetit-Thouars, effraction, la police allait-elle enfin surgir, enfin s’occuper de « ça », enfin demander ce qu’il faisait là, lui, ce jeune garçon pâle, ici, assis accroupi en scribe sur le fauteuil un peu étroit – en scribe, mais la position ce n’est pas de montrer l’écriture – , se demander s’il ne serait pas mieux qu’il rentrât chez lui, Porte des Lilas, au lieu d’attendre qui déjà ? Malbée, Marcel ? Dit comment? Die Pate ? Un Allemand ? Prétendument parti acheter des cigarettes ? Des Gitanes sans filtre? Depuis soixante ans et plus? Des cigarettes, mais de quelle marque ? Eirnte 61 ? Des Allemandes ?

12 rue Dupetit-Thouars, effraction, pour la patrouille à vélo, d’ailleurs, il est probable qu’il va revenir, ton Parrain, t’inquiète pas, c’est sûr qu’il tient à toi, forcément c’est ton parrain, le plus proche ami de ton père, sans doute, et en attendant tu as l’air un peu bête là, non? mon garçon, à ton age, accroupi tout nu sur le fauteuil, même pas pubère à ce qu’on voit, non mais, à quoi ça ressemble, tu vas prendre froid, couvre nous ces petites fesses bien rondes, hein, allez hop ! Impubère ? Quoi que pour être plus précis ce n’était pas puberté au début, ça commençait à le devenir ensuite, et Marcel Malbée dit Le Parrain s’en amusait :  » Ça se voit que tu vas devenir un plus grand garçon, mais ça se voit là aussi, t’as remarqué, elles grossissent un peu« ,

12 rue Dupetit-Thouars, initiation, ça pousse et ça grossit, les garçons, on avait observé l’humiliante leçon de choses, « N’empêche que rester ainsi à l’attendre tout nu sur le fauteuil pendant qu’il est parti acheter des cigarettes, c’est pas très malin« , mon garçon, note la patrouille à vélo, mais que souhaitez-vous qu’on fasse d’autre monsieur l’agent, on est venu ici comme ça, avec son pyjama bleu et jaune, sa brosse à dents, et un numéro de Mikey Magazine, abonnement gracieusement offert par Marcel Malbée pour les dix ans, tout nu ou pas, rien ne change de pourquoi on est là, 12 rue Dupetit-Thouars, souvenir, et puis sans doute n’est ce pas si dangereux ? Marcel Malbée ne fait rien qui fasse du mal, juste ceci un peu et cela un peu, quand il peut, il peut moyennement souvent, je n’en ai pas très envie avant de venir, pas très envie du tout quand je suis 12 rue Dupetit-Thouars, ablutions, brosse à dents pyjama, mais, Monsieur le Patrouilleur à Vélo, ça fait quand même cette chose agréable ici quand ça vient, sinon d’ailleurs on reviendait jamais sans doute ? Telle est la question…

12 rue Dupetit-Thouars, interrogation : bon sinon, vous la police, vous ne venez pas souvent non plus, vous vous occupez de quoi en fait ? Nous, disent ceux de la Police, on n’est pas là pour s’occuper de cette sorte de choses, d’abord on n’en sait rien, personne ne nous a rien dit, personne, pensez bien, non, nous ce qu’on cherche c’est à savoir si dans la cuisine, par la fenêtre de la cuisine, vous n’auriez pas aperçu, par hasard, pas aperçu un type qui s’est pendu ? Un certain Hanged James, à ce qu’on prétend ? Pendu au bout de sa branche, dans la fenêtre, celle sur le jardin? Hanged James, ça vous dit ? Décroché trop tard ?

( remarquez, il ne peut plus rien dire, non, non, je plaisante)

Et le policier principal, ça devrait être le chef sans doute, parce qu’il a des barrettes sur les épaules, peut-être même des étoiles, le souvenir n’est pas net, le chef dit que ce type qui s’est pendu, Hanged James, il s’en n’est pas sorti lui, on se demande bien pourquoi ? Telle est la question…

-« Et l’inverse aussi, chef, pourquoi celui-là qui est ici les fesses à l’air s’en est longtemps si bien tiré, on croirait? »,

-« Bah, ça signe tragiquement les différences de chance dans la vie. »

« Ouaou dit BOB, qui espionne depuis le bar-PMU voisin  et repose le verre de Menetou-Salon, il parle bien ce flic, mais avec un vocabulaire comme celui-là, aucune chance que le boss Samuel l’engage pour du langage à faire le taf au fond d’une poubelle pour une Fin de Partie.« 

Sauf si la poubelle est une mémoire de coin de la rue un jour de grève et de blocs noirs :

des passant y mettent le feu.

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV Episode QUARANTE- QUATRE Rue Dupetit Thouars visite par Ydit soie-même, soie, sans guide et sans rage ni orage, fin (2/2). …….A suivre, le rythme est pris, la semaine prochaine, dimanche, avec une petite pause amusée ( ou dérisoire?) , où l’on revoit les amis Vladimir et Estragon ( « patrons » de Bob et Morane) – avant le bond léger du silence d’été : ensuite rien à lire ou voir avant le 25 août. Mais il y a autre chose à faire…

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