YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, ….Episode QUARANTE-TROIS Rue Dupetit Thouars visite par Ydit sans guide, sans rage et sans orage – début ( 1/2). Pour s’alléger devant le poids de l’été.

Note de Madame Frédérique :

Note de Madame Frédérique : « Rue Dupetit Thouars, visite sans guide », enveloppe beige assez froissée, non numérotée, donc peut-être à cet endroit de la « succession » ( si j’ose écrire ! ) ou dans une autre « suite » DUPETIT-THOUARS ? Sur tout cela, rien ne peut s’ajouter, fiction, réalité en fragments ? Imaginaire débridé, ou bribes documentaires ? Point fixe, répété : toute confusion est à éviter entre ce personnage recurrent, « FRED », dont je n’apprecie pas chaque élément (surtout les allusions érotiques, et ce qui va être raconté à propos de Venise), et moi-même, qui fut l’Assistante préférée de I.d’Y, dit YDIT, en quelques occasions de grande proximité .

BOB et MORANE, l’enquêteur duo, détectives pas sages, forts en ravages et ratages, nul ne peut suivre leurs enquêtes de polichinelles – FRED avait raison : ce sont des personnages de théatre perdus dans le trou du souffleur (seul le dialogue dépasse du plancher), ce sont des héros ratés de roman pâle ( l’inverse du roman rose, seul l’incipit roule ! ).

FRED ? FRED pragmatique et sensitive, généreuse et radicale ; FRED visitant des ruines d’Abbaye nue sous la robe légère ( voir S.P.O.) ou quêtant l’équilibre en wagon-lit depuis Venise ( épisode CINQUANTE, ici ) ; FRED, inaltérable socle et source du souvenir, et cependant capable de conseiller à YDIT d’engager deux détectives sans aiguillage de mémoire, nuls en convoyage de souvenirs. Septante et davantage étant venus, YDIT n’a plus le temps de laisser l’enquêteur déambuler dans un labyrinthe de cathédrale, sans même lever la tête et apercevoir la sortie ouverte par le grand porche, vers la rue, le parvis, la lumière, le réel. Donc la mémoire…

Aussi, YDIT s’est-il décidé à aller visiter lui-même. En personne. Juge d’instruction, sans procès ni reconstitution. Entreprise radicalement dénuée du moindre sens commun, les ami.e.s de YDIT BLOG l’anticipent, mais tel fut son désir, les ami.e.s de YDIT BLOG le connaissent… D’abord, ça visite, ça erre, ça déambule, ça funambule : des feux déconseillent l’avancée, ou des caméras l’espionnent.

12 rue Dupetit- Thouard, immersion : il y a, même vague, la mémoire de l’appartement où Marcel Malbée dit MM Die Pate parvint parfois –  combien de fois en ces quelques années, 5 fois ? 8 fois ? 12 fois ?- réussit à inviter  le  garçon pour qu’il passât la nuit, au prix d’on ne sait quel mensonge et quelle ruse ? Ou peut-être simplement parce que ça paraissait banal que Le Parrain emmenât l’enfant quelque part, depuis chez lui, après le goûter, au bouillon Chartier pour dîner presque pas cher, rue du Faubourg Montmarte, mais dans la famille tout restaurant paraissait un luxe d’anniversaire des dizaines, Chartier on y arrive vite par les Grands Boulevards, noir et blanc que la mémoire re-colorise on peut aussi se souvenir gratuitement dans les « Passages » de Paris sous les immeubles, même si on ne connait ni Breton, ni Aragon, ni Céline. Ou peut-être peut-on voir un film au Grand Rex, avec Jean Marais, presqu’en face.

En réalité, ici, on commence à savoir qui savait quoi au sujet du garçon tel qu’en objet un pyjama le change, et les épisodes FRERE (CINQUANTE-DEUX à CINQUANTE-HUIT) apporteront d’épuisantes informations utiles.

A l’époque, tout début années Soixante, Marcel Malbée n’aimait pas beaucoup rester dans son quartier, le Temple, le PMU, le Carreau du Temple très commerçant, on le connaissait sans le dévisager, sans se douter, mais. Et ensuite, comme il sera tard, et que le métro est loin de l’appartement familial, rue du Belvédère, le garçon va rester dormir à la maison Dupetit-Thouars, ce sera plus facile, et n’oublie pas d’emporter ta brosse à dents et un pyjama. Et sois sage avec Parrain, obéis lui bien. C’est ton Parrain, il t’aime, il remplace ton père en cas deOui, maman. YDIT a toujours été sage en surface. Pratique. On va faire comme tu demandes, Mère : OUI. Quant au père, il est sorti boire un canon, ou bavarder avec le garçon en terrasse, ou -présent près du poele à charbon- il n’a rien à dire ? En ce temps, YDIT ne s’interroge pas, mais ( ici ) on commence à savoir, et plus tard aussi, pourquoi cela lui semble sans sujet.

12 rue Dupetit- Thouard, Exploration : Premier étage droite : porte de bois, antichambre formée de rideaux rouges en velours. Sur le gros meuble marqué par le sombre – bois et forme- l’abat-jour vieux rose et- plus nette – la statuette éphèbe, David et Donatello, puis pour plus tard la salle d’eau exigue. La mémoire, maintenant, dépeuple ces lieux : nulle trace de vie, pas un visage, pas une silhouette, et l’univers de cet étrange souvenir se résume à une voix d’interrogation, un cosy supportant des  » Sélection du raeder’s digest » et deux ou trois volumes imagés sur les Templiers. Le Secret.

12 rue Dupetit-Thouars, introduction. Ici vecurent l’homme caviardé sur les photos et les intérieurs de pyjamas posés jambes écartées. Jolie paire à observer, invisible cependant au milieu de la mémoire d’ici. La première fois fut simple pour YDIT visiteur. BOB et MORANE, consultés, buvant un verre de bon rouge ( un Touraine, un Sancerre ?) au bar des Trois Maillets, bistrot voisin, propice aux « planques » à développement durable, avaient répondu par WhatsApp : « C’est facile, Patron. Il y a un code, c’est 12DT21, mais il suffit d’attendre que quelqu’un entre. Plantez vous là un jour où tout le monde passe vers l’heure de sortie des bureaux, nous on n’y est plus, on n’a pas d’heures SUP de week-end, venez avec la patisserie juste à l’heure de retour de la messe « – dernière observation attestant une fois de plus leur déconnexion d’avec le réel, dans ce quartier qui jadis comportait une forte communauté juive, et aujourd’hui est principalement occupé par des bobos trentenaires, tout ça plutôt mauvais client pour la messe, on les reconnaît bien là, MORANE et BOB.

Ce que cet YDIT ci fit, ici, samedi midi. Tout près, une très petite librairie Editions installe un éventaire où l’on montrait quelques livres rares ou à tirage confidentiel. Il suffisait de feuilleter en surveillant la porte du 12, rue Dupetit Thouars. Une jeune femme se présentait, A1830B digocodait. YDIT s’est approché : il avait vécu là tout enfant, ça lui ferait plaisir au moins de revoir un peu l’immeuble ?

Elle avait cru le visage toujours honnête de YDIT. Depuis toujours, son bon air, ça lui sert à cela : entrer partout sans patte blanche. Ensuite ça avait été facile de retrouver, aussitôt à droite, la volée d’escalier qui menait au premier étage, après une porte visiblement rénovée depuis peu-dans ce quartier le public a changé, l’argent est arrivé-rien à voir avec l’ancienne vraie pauvreté de la famille ( pauvreté, pas misère : froid et humiliation, mais pas désespoir ni indignité, pauvreté où parmi les avantages attractifs de Marcel Malbée, dit MM,Die Pate, on trouvait le chauffage central, la quatre chevaux, le menu de Chez Chartier.)

Une fois sur le palier que dire que faire ? Frapper. Sonner. Attendre.

Mais personne. Même pas le fontôme du Capitaine Dupetit-Thouars.

BOB et MORANE demandent, depuis chez eux ( c’est samedi, pas d’heures sup.) : où YDIT est ? Puis l’interrogent : Veut-il qu’ils viennent crocheter la porte ?

12 rue Dupetit- Thouard, répétition : Une autre fois, heure de rentrée de bureau : un quadragénaire un peu fébrile cette fois, même chose, Ydit passe derrière lui, et toujours frapper… sonner… attendre.

Toujours personne.

BOB, d’astreinte, se redressa un peu sur le siège du bar. Il jouait à l’homme de main prêt à tout, allusion à Eddy Constantine (mais plutôt dans Alphaville alors), finit cul-sec son verre transparent ( Limonade? Vodka ? Gin ?) – ayant ainsi accompli tous les gestes stéréotypés qu’il pensait qu’on attendait de lui, conseilla d’en venir à l’action séance tenante, selon d’ailleurs le désir de tant d’ami.e.s de YDIT. : on avait déjà consommé près

du tiers des mots sur le budget arrêté pour le ci-présent roman-images. Budget, soit-dit en passant, en dépassement constant.

Nul ne sait où se trouvait MORANE à ce moment-là ?

Conseils de BOB, WhatsApp : Rossignol, cagoule, gants de latex, mocassins, lampe torche. Ainsi, Ydit, le patron, ou au moins l’actuel patron puisque le vrai patron définitif était quand même ce bon vieux Samuel, pourrait fouiller dans les livres de Marcel Malbée, dit Le Parrain, ouvrir les dits livres pour y chercher ce qui pouvait bien intéresser, regarder la photo qui tombe, dans tous les romans il y a une photo qui tombe quand on ouvre un livre, ce serait une photo prise à Taormina en 1912, par exemple.

12 rue Dupetit-Thouars, effraction, photos? Non, pas de sens, et puis le parrain ne prenait pas de photos- pas si stupide quand même, de plus, années Soixante, pas de Polaroïd pas cher à l’époque, de nos jours il aurait eu cinq cent mille photos pédopornos sur son ordinateur, cadeau royal pour le dénoncer, mais en ce temps là, non, et pas non plus de traces lors de trois ou quatre voyages, souvenir, surtout, ne laisser non plus de preuve sur les draps des lits d’hôtel. Avec soin et le coin d’une serviette mouillée, il passait de l’eau sur les auréoles déjà séchantes, lorsqu’ils étaient parvenus à l’émission, les deux – fait rare-, ou l’un seulement. Sauf la nuit où ils avaient, en Touraine, faute de place, dormi à trois dans le grand matimonial d’hotel, avec la grand’mère, autre histoire, on s’en souvient que Mamie savait ? ( Ce que savait Mamie, autre film ! ). Cela aussi a déjà été ou sera de nouveau le moment venu raconté, comme le reste, on ne cache rien, on ne brade pas. Mais on prend le temps. 200.000 mots, trois ans, un bail.

12 rue Dupetit-Thouars, manipulation : ouvrir le tiroir en bas à gauche du petit meuble qui se trouvait près du lit-cosy c’est là que Marcel Malbée enfouit ses vieux sous-vêtements de fête, et garde aussi une série de lettres, interdites. Savoir enfin qui avait écrit ces lettres, ce qu’elles voulaient dire et ne pas dire, rien sur YDIT hors de son pyjama mais hélas pas hors de lui, pourquoi, aussi, le nom du Père y apparaissait, le Père, toujours la question, mais c’est une autre histoire, pour plus tard.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV…Episode Quarante -Trois, Rue Dupetit Thouars visite par Ydit -soie- même, soie, sans guide, sans rage et sans orage – début (1 sur 2). L’été silencieux et solitaire approche, il est temps de gravir.

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YDIT-BLOG, SERIE IV – INTERRUPTION DE RECIT, A NOUVEAU.

Didier Jouault, pour YDIT-BLOG, Série IV

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YDIT- BLOG / SERIE IV : INTERRUPTION de SÉANCE

Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, saison IV

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, épisode QUARANTE ( Quarante !) : C’est rue de la Vieille Lanterne que ça brunit.

Note de Madame Frédérique :

C’est rue de la Veille Lanterne on s’attroupe et regarde.

 « On dit souvent que la littérature est une thérapie, mais pas du tout. Ce n’est pas ça, absolument pas. Recopier ne soigne rien : on ne supporte pas mieux les choses en les dédoublant par des mots.(…) La littérature ne fait rien passer. Elle fait juste coexister pacifiquement ce qui a eu lieu. Vous pouvez seulement traduire – pas ‘traduire’ au sens de confier à une autre langue – plutôt transporter chaque petit caillou, chaque étincelle, chaque sentiment dans un espace blanc et épais. »

( Olivier Cadiot, ibidem)

  SUR HANGED JAMES, aussi, sur cela, aussi :

Sur tout ça, sur ce que ça fait, sur ce qui s’est passé  dans la vraie vie, pas celle des poètes …

Mais qu’oserait-on dire sur le Hanged Gérard, le poète ténébreux- et veuf, et inconsolable, et Prince d’Aquitaine à la tour abolie, qui porte le soleil noir de la mélancolie : on – mais qui est « on » : la maréchaussée ? Une fille de joie retour des Halles ? Un ouvrier manufacturier partant au travail ? Un sabotier que met ses deux pieds dans le même rail de la vie ? (mais il n’y a pas de rail, à Paris, en ce XIXème siècle )

On le retrouve donc, lui, verticalement inconsolé, pendu à la grille  du numéro 4, même pas pendu à un lampadaire, image de François Villon en l’air, non, ou encore pendu à l’un de ces arbres qui ont été nouvellement plantés à Paris, nouveauté de l’époque-maintenant ils sont si nombreux-, non, pas de branche vivante pour lui, Hanged Gérard, pas de gibet auto-appliqué, rien que la dureté d’une grille, précisément la grille du numéro 4 d’une ruelle sordide, presqu’impasse dans Paris, justement bien nommée impasse, rue de La Vieille Lanterne, on le trouve ici, accroché par le col, lui, le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolable.

Ici, le matin s’étant levé sans lui. Ici, vu peut-être, visible au moins, depuis la fenêtre d’en face, mais les maisons d’ici ont peu de fenêtres, peur des fenêtres. Coeur de La Ville.

Rapidement, car c’est l’aube, la foule s’amasse. En ces temps, tout le monde est dans la rue. Un pendu à Paris depuis longtemps cela ne se voit plus, dans la ville moderne on exécute les condamnés à la guillotine, répandue ici la carcasse, donc c’est du privé, de l’intime, encore de l’intime ( on l’a dit dès le premier jour : ici est l’intime vrai, faussement exposé, qui se drape de nudités).

Mais il n’est pas pendu à la lanterne, les aristocrates à la lanterne, il porte un nom avec une particule, on la lit sue la couverture de ses recueils de poèmes, sur les  » Filles du feu » , Gérard de N., mais nous savons que c’est une fausse particule, faussement attribuée, il ne s’appelle que Labrunie, Gérard, c’est tout, c’est peu, et Profession : mystère, Héritier? Vaguement ! Voyageur d’Orient? Un peu ! Etat : poète, Humeur : détruite, et ce n’est pas que la faute de Jenny.

C’est le matin extrêmement frais du 26 janvier 1855, le pendu s’est noué le col à 47 ans, c’est rue de la Vieille Lanterne qu’on le voit, on s’attroupe, on regarde, et lorsqu’on va chercher un médecin il est déjà trop tard pour Labrunie Gérard, dit Gérard de N., en dépit d’une abondante saignée-d’ailleurs quelle ironie imbécile de saigner un homme qui vient de se pendre.

L’enquête – bâclée : nul ne s’y intéresse – conclut un suicide, mais il y a la presse, ensuite. La presse, un suicide ça ne l’intéresse pas, c’est de l’intime, c’est du privé, c’est du désespoir, ce n’est pas très propre, ni digne, ni bien -élevé, pas très vendeur, pas assez. Surtout qu’un échotier croit connaître ce nom, Gérard de N, vous dites ?

Ensuite, dans certaine presse, les rédacteurs à la ligne prétendent que c’est peut-être la vengeance de tous ces personnages dont il a parlé, tous ces initiés, tous ces JE vivant du Secret, dans le Secret (ici aussi, dans ce roman-images, dès le départ :

Le Secret comme principe et comme volonté d’oubli) , tous les Grands Initiés sur lesquels il a écrit, non pas pour les dénoncer, mais avec une sorte de sale curiosité un peu fascinée, de complicité bravache (mot XIXème), de connivence ébouie, celles du poète devant certains mystères, celles d’André Breton devant un objet venu vers lui aux Puces,celel d’une corde devant la lanterne.

Ou aussi le retour de Filles du feu ?..

La veille, Labrunie, Gérard, expédie à sa famille, à sa tante dit-on, un message tout à fait énigmatique, mais très poétique aussi, un message qui joue avec les thématiques de l’initiation ou le blanc et le noir se confondent dans une série de dépassements de l’opposition, un jeu de saute-tombeau qui conduit à un mode ternaire d’aboutissement, paraît-il de soi vers soi, avant de choisir la corde, de tailler dans le morceau et le vif, on le voit qui écrit dans un troquet familier :  » Ne m’attends pas ce soir. La nuit sera blanche et noire« .

A sa tante, il écrit cela, lui l’héritier d’Orient et d’Occident, le pauvre rimailleur des rues. Et autour de lui – à présent très absent de lui-même- un petit peuple travailleur du matin s’est attardé à regarder le pendu. Il faut se dire -ce n’est pas très propre, ni très convenable, même si tel réalisateur polonais l’a montré explicitement dans ses films- un pendu, ça se lâche de partout, ça laisse des traces, tous les sphincters se libèrent, – les racontars médiévaux sur la coulée du sperme qui donne naissance à la plante miraculeuse, la mandragore, sont du fantasmé, du magique. Mais les intestins ou la vessie soudain libérés, c’est vrai : un pendu, c’est assez peu ragoutant à observer si on regarde en dessous, ça pue, et Gérard Labrunie, dit Gérard de, ce que font les commères, c’est de se pincer le nez, même s’il n’a pas écrit n’importe quoi, parait-il ( et les commères le savent-elles? ) par exemple :

« Il était paresseux, à ce que dit l’histoire,
Il laissait trop sécher l’encre dans l’écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n’a rien connu.

Et quand vint le moment où, las de cette vie,
Un soir d’hiver, enfin l’âme lui fut ravie,
Il s’en alla disant :  Pourquoi suis-je venu ?  » ( Epitaphe)

Mais non, les passantes du petit matin ne le connaissent pas, et ne savent pas lire les mots initiés des « poètes maudits », « poètes maudits« , quelle idée de bourgeois qui se paient la corde des autres,

donc, dans une autre fenêtre, une autre histoire, pas de poète ni de malédiction, Fenêtre de cuisine,

et

il faut se demander ce qui s’est passé quand, au matin, s’étonnant un peu de l’absence de Hanged  James dans le lit conjugal , Elle va faire tout de même un café, ouvre la porte de la cuisine, regarde d’abord la cafetière Nespresso, puis sent comme une présence, et lève la tête :  Hanged James joue son numéro de fruit mûr, (est-ce finalement une chanson « cryptée » de Billye Holliday ? ces fruits mûrs qui pendent sont des noirs lynchés sacrifiés par le KKK) comme, un peu, Hanged James est sacrifié par l’hypocrite silence de tous ceux qui devinent et ne disent, tous ceux qui bien sûr savaient, ainsi qu’ils savaient, tous, pour le garçon et Marcel Malbée, dit MM , dit Le Parrain, ça se savait. Mamie, Père, Frère, tout le monde savait. On dira cela ensuite, l’année prochaine.

Et se pose donc la question, sur certaine manière essentielle, de savoir comment cela se passe, quand le corps toujours encore un peu tournant sur lui-même de Hanged James  s’encadre dans  le tableau de la fenêtre, et le voici ici qu’on voit lui, on arrête le geste vers la cafetière, il y a lui là, et qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on dit, est-ce qu’on crie, est-ce-qu’on murmure, est-ce qu’on se cache le visage, est-ce qu’on pleure, est-ce qu’on crie, mais crier quoi  ?

Cadré par le souvenir dans le milieu de la fenêtre, le fruit mûr est là qui pend, et ensuite, qui va dépendre Hanged James ? Qui vient découper le nœud de la corde pour le descendre, on le suppose avec beaucoup de respect et de délicatesse ? Le descendre, des pompiers sans doute, cela fait partie de leur métier, dépendre les pendus, et encore d’autres plus tard vont nettoyer les traces des sphincters ouvert sur la pelouse, c’est très secondaire, mais descendre le corps, mais couper la corde, mais allonger Hanged James sur une civière, le conduire en contournant la maison, à travers le petit chemin de terre et de marches, lui faire franchir le portail qui grinçait toujours un peu, et Hanged James s’était promis dix fois de le huiler, mais ça grince un peu quand il passe sur sa civière, et la voiture des pompiers quitte la rue, en silence, il n’y a plus d’urgence, sous le regard attroupé des voisins, il est mort de quoi, le gentil voisin ? Comme s’il s’agissait de Gérard dépendu de sa lanterne, qui n’était pas une lanterne, mais simplement une grille, cela ne change rien, à présent rien ne change plus rien, et la voiture rouge qui se hâte au milieu de la rue, pourtant il n’y a plus la moindre urgence, une fois encore, et l’on n’insiste même pas pour mettre à sonner la sirène,  à quoi bon ? Imaginer cela, et, ici, il y a quelques semaines, déjà, dans ce roman-images même, avoir déjà raconté la scène. Imaginé la scène. Menti la scène.

Nul ne rêve d’avoir été là, surtout pas, mais jusqu’à la fin des temps- de son propre temps- sans jamais oser le demander, on aimerait savoir quels sont les gestes, quelles sont les pensées, quels sont les mots qui suivent, pendant quelques minutes, la découverte de cette chose là, dont plusieurs diront plus tard qu’elle était prévisible, peut être, cette chose là, dans le cadre de la fenêtre, pour Hanged James, ou le long de la grille, pour Hanged Gérard,

cette fenêtre que lui, HANGED JAMES, présent ici dans son absence, avait tenu à rendre totalement hermétique, respect de l’environnement, économie d’énergie, qu’est-ce que ça veut dire maintenant, quel sens cela peut-il avoir, quelle économie, quel respect, alors qu’il y a au milieu, le corps tournant encore un peu sur lui-même, ce matin, à la place du café, à la place de la tartine, ce corps blond et svelte : HANGED JAMES Lui-Même, tout seul, là, dans le matin frais, disparu à lui-même et souillé de lui pourtant de partout, qui tourne comme une légère toupie un peu écervelée, alors que -peut-être- mais on en saura jamais rien, elle crie, ou alors elle pleure, ou alors elle se mure dans un silence stupéfait, rageur, ravagé ?

Car on a évidemment raconté, ici, ce qu’on ignore, puisque c’est un Roman-Images.

Ce matin-là, tout le monde se demande, rue de La Vieille Lanterne, une rue d’ailleurs disparue depuis les aménagements de Paris,  chacun se pose la question : qui c’est ce type, qu’est-ce qu’il fait là pendu à une grille, qu’est-ce que c’est encore que cette histoire, des ivrognes, des miséreux, des cheminots, et cependant on  regarde, on regarde, avec l’attention crispée, faussement compassionnelle, hypocritement attendrie, de ceux qui regardent en face la mort, mais surtout celle des autres.

« J’aime bien écrire, on échappe au temps, on ne se sent pas menacés par les évènements. »

(J.M.G LeClézio , Interview, Libération, 05/02/23)

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Didier JOUAULT Pour YDIT-BLOG Nouvelle saison, Saison IV, épisode QUARANTE (Quarante ! ) : C’est rue de la Vieille Lanterne que ça brunit. Pas drôle, mais rien de ceci ne vise à l’être. A suivre : où l’on va mieux comprendre le passage sur mamie, père, frère, QUI savait ? Car toujours quelqu’un au moins SAIT que C’ EST. Et rien ne dit .

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Episode TRENTE-NEUF : Comme les serveurs, les mamies aussi se taisaient… tout le monde se taisait. Fin ( 2/2)

Note de Madame Frédérique :

A présent, la mémoire encore ment par omission, en écho des longs dimanches sur les genoux de M.M. dit Parrain, et du Monopoly, des blessures au front, épisodes VINGT-TROIS et VINGT-QUATRE : impossible de savoir pourquoi ils étaient là, les trois, Mamie, Ydit? Mamie ? Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain, ni même où l’on allait ( à Paris?), encore moins d’où ils venaient, tous trois : en simple évidence les trois étaient dans cet hôtel médiocre, on n’avait pas d’argent bien sûr, il avait fallu économiser ou bien il n’y avait plus de chambres libre ? En tout cas, Mamie la grand-mère était là : on la promenait peut être ? On la ramenait de sa campagne pour la mettre dans la maison de retraite ? On avait réalisé le pélerinage du bar-tabac PMU de Saumur, hospitalier aux putes pour mariniers de Loire, qu’elle avait « tenu » jadis – selon les rumeurs de famille ? Massive mamie mamelue.

Quoi qu’il en fût, on voyait les trois là dans un lit double de taille banale, avec l’encadrement minable en bois, une table de chevet et son dessus en faux marbre et un pot de chambre. Hotel de province pour voyageurs pas riches, années soixante. On les voyait, les trois, là, dans un lit double, dans le lit ensemble, simple proximité familiale que connaissent très souvent les pauvres (dès qu’on a un peu d’argent on ignore que la promiscuité est le quotidien de la pauvreté).

On était supposé dormir pudiquement tous les trois, mamie tournant le dos, le garçon au milieu, Marcel Malbée dit MM dit le parrain, à gauche. Chacun sa place, les agneaux seront bien gardés du loup. Comme la vieille ronflait un peu, Marcel Malbée dit MM ne s’était pas interdit quelques caresses, sans aller toutefois jusqu’à sa formule célèbre sur le pyjama qui tient trop chaud. Mais la cordelette peu serrée d’un pyjama de garçon représente un obstacle facilement franchi, et Marcel Malbée dit MM, d’une autre main (en avait-il donc tant ?) s’occupait comme il pouvait de son propre carré privé, toujours lent à trouver la bonne vitesse, une main sur chacun des corps mâles, au lieu maximum de l’intimité, le petit déjà plus vite réactif ( il s’en voulait, mais que faire sinon s’absenter ?).

Le garçon entendait bien que la grand-mère ne ronflait plus; la grand-mère s’était un peu retournée, elle restait sur le dos, comme attentive, pour s’assurer que…Mais oui, c’est ça? Le garçon entendait bien que sa respiration, c’était celle d’une grand-mère qui ne dort pas, non pas d’une vieille qui somnole entre deux rêves. Non, indubitablement une grand-mère qui ne dort pas, qui écoute et attend que ça se passe, sans doute sans plaisir, pure indifférence, ou ennui, c’est tellement fini  » tous ces trucs là« , pour elle. Puis, elle aimait bien Marcel Malbée, dit MM, un homme tout à fait charmant, serviable, qui la transportait dans la 4CV, amateur de bons mots tirtés de « L’Os à moelle », et pas tant que ça elle n’aimait le garçon, petit fils stupide et gringalet, idiot avec ses bandeaux de tissu blanc marqués de gouache vermillon sur le front le dimanche après-midi, et trop de livres à la main. Trop de livres, tout le temps. A quoi ça, sert?..

Marcel Malbée, dit MM, dit le Parrain continuait de chercher à conserver chez le garçon la forme pleine qui était rarement parfaite chez lui-même, c’était facile, le gamin réagissait vite à la stimulation, surtout des petites bourses menues, si mignonnes à cet age.

Tranquillement, doucement, sans brusque mouvement (pour ménager son corps, son vieux cœur), mamie la grand-mère s’est assise sur le bord du lit. Puis s’est levée, sans allumer (l’enseigne dehors suffisait), puis a gagné les toilettes qui se trouvaient naturellement sur le palier (n’imaginons même pas des toilettes à l’intérieur de la chambre, juste un lavabo de faïence dans un coin), pour un petit pipi de nuit fréquent chez les vieillards, même sans avoir de prostate, les grands mères n’en portent pas.

Dehors, la grand-mère a pris son temps, tout le temps long qu’il lui fallait, sans doute qu’elle cherchait les toilettes, sans doute que ce n’était pas allumé dans le couloir, sans doute qu’elle avait peur de tomber, Mamie, se disait la garçon. Sans doute que c’était loin au bout d’un escalier, sans doute qu’elle s’était un peu perdue en revenant ? ( Pendant que Marcel Malbée s’occupait de lui, le garçon s’occupait d’autres choses).

La Grand mère prit assez de temps pour que la manœuvre, alors accélérée, de Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain, parvint au banal résultat, ouf ouf, le garçon jaillit où s’abreuve subrepticement Marcel Malbée, penché là au tout dernier instant, pas de traces sur les draps. Du coup, pas besoin d’aller chercher la fine serviette blanche un peu rapée.

Grand mère retrouve la chambre quelques secondes à peine plus tard, mais le garçon ne veut pas comprendre pourquoi, approchant, puis à la porte, Mamie fait tant de bruit malgré la nuit, elle pourrait éviter, ça va déranger les voisins, tant de bruit avant – précautionneuse, avec lenteur, comme si on ne voulait éveiller personne – d’entrouvrir la porte de la chambre et revenir se coucher sans bruit cette fois, sans mot, sans geste.

Elle pense probablement ceci : Des histoires comme celle là, ces machins, ça ne tire pas à conséquence, c’est pas comme si le garçon était une fille, alors là non, mais avec Marcel Malbée, ça peut faire de mal à personne, ça lui apprend ses trucs, et elle en avait vu bien d’autres, et des plus sales, dans son PMU tabac, la grand mère, à Saumur, avec les bateliers de la Loire. Pas de quoi déranger ou se fatiguer, surtout que Marcel Malbée est vraiment un type sympa, lui, pas comme le gamin, petit-fils sournois avec ses déguisements idiots en mort au front, et toujours un livre à la main, c’est agaçant.

C’est ainsi que cela se passe, pour le garçon, selon lui : depuis le début, tout le monde sait, quand il reste la nuit rue Dupetit-Thouars, tout le monde sait, quand il vomit dans les bacs à fleurs en Allemagne, tout le monde sait, quand il troue son front d’un vermillon rouge sur un faux bandeau le dimanche, tout le monde sait, quand ça sort en jets et fait plaisir au passage, tout le monde sait… A croire, donc, bien sûr, que tout cela est banal, et qu’on ne voit pas pourquoi- donc encore- on dirait non.

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Didier Jouault pour YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Episode TRENTE-NEUF : Comme les serveurs, les mamies aussi se taisaient… fin ( 2/2). La suite, le 25 juin, sale date, sale nuit, encore une mauvaise nuit pour les poetes disparus : pas vraiment plus réjouissant…

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-HUIT Les Mamies se taisaient aussi, comme tout le monde. Début ( 1/2)

( ou : grand-mère savait)

(ou : chasser le parrain il revient au galop)

Note de Madame Frédérique :

Au ( regrettable ) sujet de Marcel Malbée dit MM die pate, Il y a d’autres souvenirs comme ceux d’un voyage très étonnant, fait en Allemagne : Marcel Malbée dit MM dit le Parrain s’était acheté une quatre chevaux; c’est lui le riche, et ce n’est pas rien, ça ne veut pas rien dire, on est allés en Allemagne, oui, en Forêt Noire, pas la peine de s’intéresser aux détails, les détails sont toujours les mêmes, sauf que au premier dîner, très chaud, très lourd, très oppressant, le garçon était sorti à peine le repas commencé.

Et qu’il était allé vomir dehors sans bruit, sans rien dire, dans les bacs à fleurs, pourtant ce n’était pas la première nuit, avant il y avait déjà eu le cosy, rue Dupetit-Thouars, premier étage droite, et d’autres avant, quon ne dit pas ici, petits trucs rapides avant la vraie première des premières, rue Dupetit Thouars, la statuette de Donatelo, les cordons de pyjama, on s’en souvient?.. Mais d’un coup trop d’absence autour, cette fois ? Abwesend? Trop de solitude trop loin? Et pas de bandeau blanc ni de gouache rouge pour jouer à être mort, à jouer la mort : l’absence ? Oui ?

Vomir tranquille, un peu comme une éjaculation sans spasme si plaisir, celles de la nuit qu’on découvre au matin sur le drap, vomir sans rouspéter, pas de temps à perdre, simplement vomir parce que c’était comme ça, c’était le moment qui voulait ça, et au retour dans la grande salle trop chaude, Marcel Malbée dit MM dit le parrain a tout juste demandé si le garçon avait mal au cœur parce qu’il n’aimait pas la saucisse, ou n’aimait pas le raifort, ou n’aimait pas la sauce jaunâtre un peu gluante ?

Si pour le garçon, le malaise venait de l’assiette, et pas du tout de ce qui allait bien entendu se passer ensuite, là , hotel moyenne classe, Forêt Noire, on verra d’autres hotels, lieux de spasmes rapides, l’hotel, bien tranquilles en vacances avec son Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain, son gentil Parrain attentionné, aufmerksam, avec ce sacré pyjama qui tient toujours trop chaud, c’est ennuyeux le pyjama qui serre mal autour des reins, un coup de reins jamais n’abolira le désert, si le garçon vomit, erbricht, c’est parce qu’il faisait trop chaud, il ne se disait rien d’autre : il fait juste trop chaud, toujours il fait trop chaud avec Marcel Malbée MM Le Parrain, même dans cet unique voyage pour ce pays chaud : l’Allemagne.

Nulle part les serveurs ne disaient rien, ne voyaient rien. Les femmes de chambre non plus, sans doute : Marcel Malbée, quand tout s’était passé bien pour lui, la chair prête, ce qui n’était pas très souvent le cas, il fallait qu’il termine avec sa main (jamais il ne s’était montré assez vigoureux pour forcer l’étroitesse, ce qui ne justifie naturellement rien de la passivité du garçon, gamin qui trouvait, tout de même,avouons-le , sinon ce serait mentir, une sorte d’apprentissage imposé mais réel, découverte d’une forme de plaisir brut, peut-on oser le raconter?).

Et le Parrain, déployant le plus grand soin, Marcel Malbée die Pate prenait l’une de ces serviettes de bain blanches trop fines, et avant de quitter la chambre nettoyait avec une vigilance obsessionnelle les maigres tâches survivant sur les draps, et qui auraient trahi (sans nul doute le craignait-il) -une activité inopportune entre le filleul et le parrain. Herr Malbée, Ungünstigsten, Her Malbée

Mais, à toutes sortes de signes divers, le garçon voyait que des adultes voyaient, et qu’ils faisaient en ce temps le choix ne pas voir, pas d’inutiles complications avec les clients.

A propos de ce regard détourné, ce regard échappé à quoi le garçon n’échappait pas au milieu de l’absence, le vrai dernier souvenir l’ultime souvenir du roman-images qu’est ceci ici est une autre nuit dans un hôtel. La voici.

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Didier JOUAULt pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-HUIT Les Mamie se taisaient aussi, Début ( 1/2) , et ce n’est justement que le début de cette mauvaise passe. Donc, c’est un lundi, qu’on en parle. Lundi, après les dimanches, les genoux de MM, le Monopoly ( voir épisodes 23 et 24 en février ) Semaine prochaine, la suite. Le 17 juin. lundi, jour des enfants, garçons et filles.

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« YDIT-BLOG « , Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-SEPT, 4/4: Depuis l’abbaye de Sylvanès, où est passé le reporteur si joli de France-Musique, avec son short Marine, ses mocassins beige et son Nagra ? Fin de l’histoire.

Note de Madame Frédérique :

Mon ex-patron m’avait offert son roman « Les Attracteurs Etranges » (que j’ai perdu ensuite, et qu’on ne trouve nulle part), mais je ne l’avais pas ouvert. Nous n’en n’avions jamais parlé. En revanche, comme il se doit, j’avais partagé les chocolats avec les collègues du secrétariat. C’était surprenant comme il continuait, malgré le temps, à dire «  Merci Madame » et rarement « Frédérique ». Quant aux publications dont j’ai la charge, tout est facile, cette fois : on s’y retrouve dans la chronologie de cette histoire d’abbaye.

« La LETTRE de A. », VERSION B

    SYLVANES encore SYLVANES suite  SYLVANES, suite de suite  et fin :

Après le concert, dans les échos pierreux de l’abbaye, à Sylvanès, depuis la conviction d’un short à courtes dimensions et longues formes, le jeune reporteur de France-Musique avait comblé le creusement de son départ en laissant un sourire d’invite. Ydit n’était pas certain de désirer encore ce mélange de  méfiance et de curiosité que le cloître imparfait dessinait comme une fumée. Pas le désir de ce labyrinthe nouveau à parcourir à genoux, comme les chemins de Jérusalem au sol des cathédrales. Il n’était pas très sûr non plus de savoir pourquoi refuser le dîner chez le jeune reporteur à short bleu et cuisses arrondies. Ni : quand accepter ? Ni : Pourquoi ? Ni : Pourquoi pas ? Il n’était pas très sûr. De rien, ni du contraire. Mais, depuis le sriptorium pourtant éteint, le pianiste grec lui adressait un lumineux message sur l’origine du monde. Cela suffisait pour sécher les soeurs et les larmes.

A la fin de l’été, marqué par le somptueux concert dans l’abbaye de Sylvanès, et les balades au soleil, et les heures d’avant Laude dans l’ombre du scriptorium éclairée par le piano -jazz du Grec, à la fin de cet été-là, sur ce qu’on appelait «  répondeur », le joli et leger reporter de France-Musique avait déposé deux ou trois messages. Il disait le grand plaisir des échanges dans le cloître démonté ou l’abbatiale imparfaite. Le presque bonheur des promenades dans la nuit vers l’appartement du « Grand » où avait habité YDIT, face à la ferme, quand l’un raccompagnait l’autre, puis l’un puis l’autre, tièdes ensemble. Il disait- avec différents mots- la séduction exprimée par le corps bronzé, par le sourire apaisé de ce trentenaire liseur et marcheur, Yd’I. On voyait le bonheur, on l’aurait volontiers partagé. A commencer par un dîner ? Au fait, Y.d’I, était-ce une vraie particule ? Yvan d’Ici, par exemple? (demandait le joli reporteur avec son short bleu marine, ses mocassins beiges et son nagra).

Ydit avait hésité. Bien entendu, pas de malentendu, on apercevait le chemin proposé par le joli reporteur léger. Facile. Abbaye ou cloître, pas besoin d’être grand clerc, pour deviner la sorte de partage, déchiffrer une invite. Ydit avait hésité. Oui, pour voir ? Mais non : Ydit avait répliqué par le silence. Pour rien. Hésité, certes, hésité autant l’avouer, parce qu’il y a des gens devenant désirables à raison du désir qu’ils ont visiblement de vous, et que l’oeil guilleret du joli reporteur de France-Musique chantonnait comme un jazz tendre. Le piège habituel : on aime être désiré, puis- ensuite- on s’aperçoit que c’était seulement cela qu’on aimait. Ainsi qu’avec Irma, ou Brigitte, ou Caroline, ou Myriam, dans les siestes de stages d’été de Parti ( on racontera cela, mais pas avant le début de 2025). Pourtant non, pas cette fois, même si cela ne présentait rien de commun avec l’épaisseur pointue d’un  désir injuste comme celui de Marcel Malbée, dit M.M., Die Pate- d’ailleurs enfoui dans l’obscur silence volontaire de la mémoire, en ces temps-là.

Un soir de solitude, Ydit avait appelé, pour cela : juste pour savoir. Mais il n’y avait personne. Il avait déposé un message courtois, sans plus. N’avait cependant pas répondu à la réponse, qui avait été enthousiaste : on dînait quand ? On se voyait où ? On partait ?

Pas par dégoût ni ennui. Non, pas cela.Tout, en ces années, se prétendait possible -au moins (on utilisait cette formule) : on peut toujours essayer. On verra bien. Juste pour voir, comme au poker. Pas de quoi fouetter un chat. (L’épidémie qu’on croyait  assassine de garçons commençait à peine à traverser l’océan, discrète ). Non, simplement la meilleure raison : pas envie, au fond. Pas besoin, plutôt. Ou trop compliqué ?

Ensuite, le reporter léger avait écrit, deux ou trois lettres jolies. Avec des dessins. Ridicule. Charmant. Inutile.  C’était  une forme d’univers à la fois dérisoire et inconnu. Ydit avait répondu avec des fuites. Jamais (sinon il n’en serait pas là, en cet endroit d’un roman-images), Ydit n’avait eu la force d’ignorer un regard où l’on percevait un peu de cela, d’incompréhensible et puissant :  le désir. Il ne disait rien, n’ignorait rien, ne répondait rien, il fuyait, mais ne partait pas. Des fuites qui ne voulaient pas renoncer. Des fuites de proximité, comme l’écriture. On ne sait jamais. Etre là en restant absent. Pratique.

Mais dans les coins du cloître abîmé, en d’autres temps, bien plus tard, à SYLVANES, si l’on avait tourné le dos à l’abbatiale, dans le si rude silence du scriptorium, quand le pianiste grec dormait ailleurs, si l’on s’était placé contre la lumière de midi, si l’on avait regardé le reporteur de France-Musique sourire à la Diva, avant que le pianiste rejoignît le cloître pour un piano jazz fatigué, du blues marqué au rouge épais, il y avait beaucoup d’années de cela, quarante au moins, on aurait aperçu, avec une ravageuse patience, de nouveau lorsque le jour tomberait, plus tard, des années plus tard, beaucoup d’années, quarante et davantage, on aurait vu réapparaître d’un côté le très toujours très innommable Marcel Malbée, dit M.M., dit encore Die Pate, qui tendrait un verre on ne savait de quoi, et dans la main il y aurait eu un pyjama noir et jaune ( ou blanc et bleu, ou rouge et vert, ou de lin blanc ?), murmurant qu’il habitait au 12, rue Dupetit Thouars,  1er droite,

et dans l’autre angle,

 l’autre, ça aurait été   Hanged James, qu’Ydit ne connaissait pas encore, mais qui a été, est, sera jusqu’au bout une pièce de la mémoire… Hanged James. Gentiment présent, même pas tournoyant sur lui-même, et qui lorsque le mouvement de la vie lui permet de faire face offre son sourire amical et goguenard, fatigué de la solitude dans sa fenêtre comme un moine de son cloître, un peu tendre et lassé donc, Hanged James comme s’il s’apprêtait à dire (quoi qu’il soit impossible de plus rien dire dans son état) ou à demander :

Evidemment nul ne peut dire quelle réponse il aurait attendue, Hanged James, le bavard silencieux. Ni comment sa question résonna dans la tentation muette du scriptorium, que traverse un joli reporteur léger. Mais cette fois encore, comme dans les visites à l’ombre de TYNE, rue de la montée haute, rien ne se passe, rien ne peut advenir de ce désir là, désormais.

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Didier JOUAULT pour  » YDIT BLOG » Nouvelle saison, Saison iV, Episode TRENTE-SEPT : depuis l’abbaye de Sylvanès, où est passé le reporteur si joli de France-Musique, avec son short Marine, ses mocassins beige et son Nagra ? Fin de l’histoire. Mais pas du Roman -Images, qui se continue (sur le rythme retrouvé des mercredis après -midi) le 10 juin et aussi le 17 juin : pour raconter une sale nuit. En deux épisodes. On ne va pas rater ça ? On aurait tort : sale nuit !

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-SIX: Silvia n’est pas venue à Sylvanès, deuxieme milieu, 3/4 le reporteur de France Musique dans l’abbaye qui chante.

Cette fois  l’ordre chronologique des fragments inclus dans «  La lettre de A. »VERSION B. facilite ma tâche.

« La LETTRE de A. », VERSION B    SYLVANES suite 

Abbaye, musique. Le jour, c’était le grand soleil du sud en été. Ydit marchait sur ses cuisses bronzées, musclées à force de parcourir au soleil le chemin entre la ferme et l’abbaye, tel un bon paysan de jadis : 6 ou 8 Kilomètres entre « l’appartement du Grand », à la ferme, et l’abbaye. On le voyait, le jour, écrivant un peu, bavardant beaucoup, avec les stagiaires, pas seulement les jeunes filles iconophiles, et avec le pianiste, grec, le pianiste, prétendait-il, ou les visiteurs très rares ( en ce temps, l’Abbaye était peu connue, un Festival depuis l’a rendue célèbre, inaccessible, arrogante comme souvent le trop de succès).
La trentaine un peu passée, les muscles bruns, le bonheur d’être ici, le pur plaisir sensuel d’exister dans la musique le jour, le silence nu la nuit, l’absence entre chien et loup, les paroles, le soleil, pour rien. Dormir sous le ciel et seul : patience dans l’azur, ou encore ta tête se détourne, le nouvel amour .On sait que le sentiment du bonheur physique vous donne physiquement l’air de connaître le bonheur. C’est d’ailleurs ce que dit sœur Agathe. Au sujet de Marie. Ainsi soit-il

Pour le reste, les sales rumeurs sur les « retraits » de Frère André, elle n’en n’avait cure (forcément). Tous ces gens là, pas loin de l’abbaye, dans ce Sud frétillant, ça faisait beaucoup d’ennemis. Tous contre Frère André…

Selon sœur Agathe, ce n’étaient que mensonges, au sujet de Frère André, des jeunes stagiaires, de la clôture absolue des Granges au portail infranchissable pour les non-initiés, où l’on ne pénétrait que sur invitation, formelle, du Père André…Une sélection par  la promesse des talents et donc l’éducation des corps, ajoutait la sœur, sans ricaner.

Car une Clarisse jamais ne ricane. Car une naïve jamais ne cancanne. Car une puriste jamais ne boucane. Etc !

Trois jours avant le concert, un  très jeune reporter de France Musique s’était joint au groupe, assistant aux répétitions, participant aux repas. Joli,  vêtu d’un short marine à courtes dimensions et longs rebondis, de mocassins beige et d’une franche insouciance parisienne, souriant à son avenir. Il avait rejoint le duo du scriptorium paisible, l’après-midi : pianiste grec, Ydit, saveurs de jazz, senteurs de cailloux asséchant le vin rouge. Sa tentative de Satie avait glacé le pianiste grec. Après le dîner dans le frais scriptorium de  l’abbaye,  on l’avait  accueilli par exception  parmi les initiés des «  Granges ». Sœur Agathe disait : « Pour le festival de Frère André, c’est mieux que ce jeune garçon soit bien soigné. Un reporter  de France-Musique ». Bien sûr. Les Granges. Le Soir. Intimité de la prière. Interdit aux non-pratiquants. Short marine à courtes dimensions et longs rebondis, du lin sans probité candide.

Cet univers était étrange : musical, élitiste, iconophile, mais ouvert aux inactifs et laïques, aux inactifs ( sœur Agathe avait réussi à prêter un vélo à Ydit qui parcourait les collines, le pianiste grec avait renoncé à l’accompagner, trop de vin au déjeuner, de « Pall Mall » dès le matin) – pourvu qu’ils règlent leur séjour.  On n’exigeait pas de prier, pourvu qu’on ne se prétendît pas en vacances, mais en retraite ou en travail. Ydit avait prétexté sa thèse sur l’Afrique. Entre les moments assez bruyants des déjeuners dans le réfectoire des moines, silence et musiques alternaient dans une harmonie apaisante par sa puissance maîtrisée. En somme, cela ressemblait assez à la vie de Ydit en ce temps. Pas de Marcel Malbée  embusqué à l’horizon du souvenir, et on ne connaissait pas encore James, futur Hanged.

La belle vie . Ainsi fut elle !

L’étrangeté gagnait les façons de se rencontrer. Le jeune reporter avait quelques années des moins qu’YDIT, et un savoir beaucoup plus grand. Dans les pauses de la répétition, la Diva fuyait le soleil et partait réparer sa voix. Le reporter  avait pris l’habitude de rejoindre Ydit, sur les pierres dévastées du cloître en cours de relèvement, carrés longs taillés que des herbes un peu clandestines disputaient à la lumière. On restait au soleil, allongés comme des lézards entiers, on devisait musique  avec lenteur– Ydit n’en savait que si peu- et livres – Ydit croyait en connaître certains. On marchait dans la campagne voisine, levant à deux les sauterelles en passant devant le préau désaffecté de la mairie-école. Plus loin, les ruines carrées de la commanderie du Temple rappelaient que la pierre passée construit l’avenir. Des arbres de la liberté y poussaient, un par révolution : terre radicale socialiste. MLais arbres essouflés par la durée du Temps.

La veille du concert, pour la Générale, le reporter avait installé YDIT auprès du preneur de son, dans la régie provisoire et dans l’ombre  : double privilège.

Ensuite, l’ovation éteinte, le reporteur, pantalon serré, l’avait – d’office- invité aux agapes en nombre réduit, dans la bibliothèque de l’évêque, d’habitude fermée, car elle contenait d’anciens volumes précieux, dont un exemplaire princeps du « Dictionnaire philosophique » et un autographe de JL Borgès sur «  La Bibliothèque de Babel » «  J’écris pour moi, pour mes amis, et pour adoucir le cours du temps ». Frère André avait semblé surpris, agacé, de voir YDIT parmli eux ici, dans le presque Saint des saints. Mais Sœur Agathe, Clarisse complice en bavardages d’épluchages, cantinière naïve et cancannière placide, lui avait murmuré à l’oreille que l’on pouvait accueuillir YDIT parmi la douce bande des Gentils.

Après le dîner, dans la nuit claire, le reporter était resté longtemps avec Ydit, près d’Ydit, pantalon serré contre Ydit . La chaleur avait à peine disparu, le pianiste jouait un peu en sourdine, seul, dans le scriptorium, lentement, fermement, pénétrant le silence des pierres comme on déguste un rayon de soleil vers Athènes au matin. C’était nostalgique,  déambulatoire  et doux comme du Modiano.

Mais « non », finalement, Ydit répondait au reporteur qu’il ne se joindrait pas au groupe des Granges. Ce groupe léger, malin, secret. Non, ce soir, ni demain. Il aurait pu, bien sûr, il avait tout ( presque ?) pour ça, mais non. Il n’était pas très sûr de savoir pourquoi « non« , mais pas la peine d’insister, « non », pas envie de ce groupe léger, malin, discret, malgré les horizons de plaisirs pratiques. Cette fois , certainement, clairement :  » NON ».

Aujourd’hui, oui : on apprend à dire « non », même quand il est trop tard. Les garçons admis au stage de langue, dans le secret des « granges » , avaient-ils des cordons au pyjama?

Après le concert, le reporter avait vite regagné Paris, non sans laisser adresse- quartier chic – et numéro téléphone écrit à la main ( à l’époque, outils frustes).

Il espérait vraiment qu’on se reverrait. Il l’espérait beaucoup. Il y comptait. Presque il y tenait. Il l’avait répété, s’accompagnant d’un sourire qu’ailleurs on aurait qualifié d’irrésistible, puis fermé, comme à regret, la portière de la Peugeot Radio-France, que conduisait l’ingénieur du son, pressé, lui : sa femme l’attendait.

Mais Ydit n’était pas certain de désirer encore ce mélange de  méfiance et de curiosité que le cloître imparfait dessinait comme une fumée. Pas le désir de ce labyrinthe nouveau à parcourir à genoux, comme les chemins de Jérusalem au sol des cathédrales. Il n’était pas très sûr non plus de savoir pourquoi refuser le dîner chez le jeune reporteur à short bleu et cuisses arrondies. Ni : quand accepter ? Ni : Pourquoi ? Ni : Pourquoi pas ? Il n’était pas très sûr. De rien, ni du contraire. Mais, depuis le sriptorium pourtant éteint, le pianiste grec lui adressait un lumineux message sur l’origine du monde.

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Didier JOUAULT , pour YDIT-BLOG / Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-SIX : Silvia n’est pas venue à Sylvanès, deuxieme milieu , le reporteur de France Musique. A suivre le 31 mai, un VENDREDI ( toujours les contraintes de calendrier en ces périodes chargées d’absences), la fin de cette séquence Sylvanès.

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« YDIT-BLOG », Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-CINQ : Silvia n’est pas venue à Sylvanès, premier milieu, 2/4 ; sœur Agathe, dans l’abbaye pas si déserte.

Cela m’avait surpris : un matin d’hiver, mon ex-patron avait  été nommé à Paris. J’étais là, pas loin, nous ne nous connaissions pas encore avec tant de finesse, de connivence, il était arrivé sans équivoque. « Madame Frédérique, avait-il dit, personne ne vous oblige à le lire : avec une banale boite de (très bons) chocolats, il tendait un livre. Signé de lui. Une micro édition. « Les Attracteurs Etranges ». Selon moi, 25 ou 30 ans plus tard, il s’en est servi pour rédiger les quatre passages successifs de «  La Lettre de A. » VERSION B », sobrement intitulés «  SYLVANES », sorte de pause, comme on souffle lors d’un « ravitaillement », pendant le marathon de cette saison IV.

En dédicace sur la première page de  » Les attracteurs étranges « , Yd’I. ( dit YDIT dans les Services) avait noté, de son écriture pressée :  » A reprendre pour publication en ligne« . Ensuite, vous le savez, Ydit a disparu – très mystérieusement, très silencieusement – avant que les posts commencent, l’aventure de « Saison IV » à moi confiée. Ainsi que, sans doute, dix ou vingt exemplaires de  » Les Attracteurs Etranges » en pile sur un rayon de placard.

« La LETTRE de A. », VERSION B : SYLVANES :

SYLVANES -2, donc : Chaque matin, Ydit rejoignait le cloître, largement détruit, et l’abbatiale, encore vive. C’étaient d’approximatives ruines. Le père André, quadragénaire actif et trop musclé , dirigeait les travaux, mais surtout la communauté : quelques religieux – franciscains- et quelques « stagiaires » pour les séminaires de chant grégorien, jeunes et jolis.

Un concert s’organisait, pour le 15 août. Venue d’Amérique, la Diva répétait.Ydit écoutait depuis le fond de la nef des sages, caché. Le jour venu, avec le préfet, un ministre canadien arrivé en hélicoptère avait assisté au concert. Ydit regardait depuis l’un de ces nombreux couloirs dérobés qu’une vieille élève du stage « Icônes byzantines »-, une grande blonde à corps de cathédrale, vite attendrie- lui avait enseignés : comme dans les romans modernes, les abbayes portent en elles des passages clandestins et des secrets d’initiés.

Entre temps, les choristes grégoriens travaillaient leur voix immatures, et – parmi eux- un petit nombre des plus jeunes ne dormait ni dans les dortoirs conventuels, réaménagés pour les stagiaires, ni -comme Ydit faisait- dans l’appartement chez l’habitant d’ une ferme du voisinage.

On les voyait partir au soir, avec Père André, deux ou trois autres moines, et le « directeur artistique », vers « Les Granges »- bâtiment agricole classiquement proche de l’abbaye, mais ici interdit à tout étranger – au prétexte du recueillement. Du perfectionnement. Du dépouillement, du retour au Simple Originel, et du partage en l’esprit. Ainsi soit-il.

Dans les  anciens carrés du Chapitre- ou les communs– plus austères, se tenait aussi un stage de peinture d’icônes byzantines. La professeure était grecque, orthodoxe, et son mari l’accompagnait, inactif, prétendant avoir jadis participé à des concerts de rock dans le groupe « Aphrodite Childs». Souvent, au cours de l’après-midi, il jouait sur le Steinway du scriptorium, désert à cette heure trop chaude pour lui. . Il inventait un concert de novices, d’étudiants des beaux arts, de passants sortis d’un labyrinthe. Pour Ydit, personne, ni FRED, ni TYNE, les ombres habillées en soleil..

Tous deux sans occupation nette (Ydit était supposé en retrait pour écrire une thèse, pieux mensonge qui avait permis l’hospitalité à bas prix), le pianiste et le voyageur avaient sympathisé. On bavardait dans les ombres imparfaites du cloître lacunaire. On songeait à écrire, piano et clavier, une Histoire du commencement du monde. C’était une bonne idée. L’épouse aurait illustré d’icônes. Comme il buvait volontiers le gros rouge trop fruité du réfectoire  – que servait Sœur Agathe- le pianiste parfois somnolait un peu sur les touches, et son jazz paraissait en conduite libre, tendance piano-bar. Ambiance de laisser-vivre, sans risque ni désir. On s’y trompait .

Avec Sœur Agathe, la clarisse dirigeant la cuisine, une sorte de connivence s’était vite installée. Ydit et le pianiste, sans rechigner, donnaient la main aux œuvres de ramassage, épluchage, lavage, essorage, ramage et plumage. Manquait un peu le massage, mais on avait les mains dans la soupe. On bavardait, campagne, clôture, village, voile de novice, bonté du jour, immaculée conception, commencement du monde, oubli de soi, chair et vanité, menu du midi, rédemption et péché, dans l’amusement d’une ironie attendrie. On aiurait cru un congrès d’écrivains dans la Creuse. Sœur Agathe – on s’en doute – était jolie, souriante, vive, discrète, réservée, à peine voilée, habile à la cuisine monastique : une Clarisse très belle. Cependant, trop Clarisse, elle refusait, en riant, qu’on la photographiât. Mais on restait volontiers dans la cuisine de cette anti-Françoise. On écornait la pomme de terre et le chou rave. Avec son talent, nul ne risquait la mort par indigestion de pommes de terre, pas loin de ce fameux pan de mur jaune, coin du cloître lacunaire. Ici, tout semblait ainsi comme préservé d’une tentation. A tort.

Sœur Agathe affirmait, couteau en pogne (c’était une rude fille à silhouette de clocher), l’air docte et humble sur ses poireaux, que toutes les médisances bien connues à propos de Frère André et des soirs de « Les Granges » ne constituaient que l’expression de rancœurs (des postulants choristes déboutés, dégoûtés), de malentendus (des iconographes maladroits), et autres malveillances. A présent, on voyait le mal partout, et c’étaient même des volontés avérées de nuisance, par certaines catégories de gens d’ici, considérant d’un mauvais œil la renaissance si rapide et lumineuse de l’Abbaye, sortie si vite de ses ruines, dans l’esprit du seigneur, ainsi soit-il… Sans les nommer, elle désignait « ceux de la loge »- on était, il est vrai, en terre de Rouergue : radicale-socialiste-franc-maçonne-gros rouge et saucisson large, tablier en peau et bavette à l’échalote, un rite français.

Dans la sous-préfecture voisine, il y avait même le temple des Faux-Frères, tels qu’aurait dit Soeur Agathe, en plus du temple des Réformés calvinistes ( les pires?) , et les hommes de naguère ( quand la ville était prospère) allaient jusqu’à l’endroit de ce coin d’ombre centre-ville, café douteux pour les Soeurs du Mal, des femmes entre elles, sans confesseur. Tous ces gens là, pas loin de l’abbaye, dans ce Sud frétillant, ça faisait beaucoup d’ennemis

de la foi rt du Père André…

Selon sœur Agathe, ce n’étaient que mensonges, au sujet des jeunes stagiaires, de la clôture absolue des Granges au portail infranchissable pour les non-initiés, où l’on ne pénétrait que sur invitation, formelle, du Père André…Une sélection de peu de garçons choristes, par  la promesse des talents et donc l’éducation des corps, ajoutait la sœur, sans ricaner. .

Car une Clarisse jamais ne ricane. Car une naïve jamais ne cancanne. Car une puriste jamais ne boucane. Pourtant, l’atmosphère préparait la suite. Etc !

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Didier JOUAULT, pour  » YDIT-BLOG » Nouvelle saison, Saison IV, Episode Trente-CINQ: Silvia n’est pas venue à Sylvanès, premier milieu, 2/4 sœur Agathe. A suivre. Vendredi prochain, pour les amateurs de direct. Ou environ direct et à peu près prochain ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE QUATRE : Silvia n’est pas venue à Sylvanès, 1 sur 4 , première partie, début d’abbaye.

« La LETTRE de A. », VERSION B

Il y avait eu cette période heureuse où la force de l’oubli l’avait emporté sur toute urgence de regard.

On pouvait, on a pu soixante-dix ans et plus, entrer dans une pièce, une ville, une vie, un souvenir, sans apercevoir du coin de l’œil le couple si mal apparié- bien qu’en paire : Die Pate et The Hanged Jammes. Depuis, le présent a imposé son passé à toute tentative de futur propre.

YDIT-BLOG, saison 2, FERRARE, le cimetière juif, la maison de Bassani enfin trouvée au coin de la rue, bonheurs simples, ici même , sur cet écran, on peut le retrouver : la saison de l’ignorance. Séquences d’errance heureuse.

On oubliait encore ce qu’on avait trop su.

Par quelle extrémité cette fois (étant poussé aux extrémités car tout le monde à présent parle de « ça », son Le secret) par où tirer la queue du roman-image ?

ET cependant JAMES, lui, pas déjà HANGED ? Pout tous deux, YDIT/LUI, l’époque de la complicité en silence avec le vieux aux mains lourdes. YDIT, lui, dans la proximité nocive mais jouisseuse de Marcel Malbée dit M M  Die Pate : identiques demandes, mêmes yeux fouisseurs du vieux, la cordelette du pyjama serait dénouée comme une sale histoire, YDIT le savait. JAMES, à lui, contre lui, mais dans sa jouissance brève facilement obtenue, un sexe touché comme par une brûlure, des fesses arrondies comme sous le fouet, un corps dénoué de sa pudeur, parce qu’on a trop chaud, bleu et blanc, rouge et vert, le pyjama, (certes pas de lin blanc, ça coûte trop cher, on n’avait pas d’argent, nous, seulement Die Pate, un peu davantage, voiture, couscous chez le Marocain, verre de sylvaner, voyage en Forêt noire, toujours il faut répéter cette différence sale, la pauvreté). SUR JAMMES, quel geste ?

Et pourtant, l’un (YDIT) qui traverse les épisodes souvent joyeux du quotidien sans jamais rencontrer les ronces de la souffrance mémorielle.

Et pourtant l’un (YDIT) qui parcourt la vie comme si la mémoire avait subi l’extinction d’une race : la race des souvenirs, et caracole dans le bois pour le footing quotidien, et part en avion visiter des villes et des gens, regarder le sable sur le dos des filles sur la mer, boire des vins secs sur des bars bruns, rire au théatre, s’agacer dans les livres. S’agacer d’un livre, quel luxe ! Plaisirs et légéreté couleur joie de vivre : YDIT.

Et l’autre, JAMES, un matin, dans la « bulle » étroite de la fenêtre : HANGED !

La différence, comment la comprendre ? L’injustice, comment l’accepter ? La distance, comment l’effacer ? On reste ébahi, déchiré, coupable de cette discordance, involontaire.

Reste l’explication de ceci trouvé si tôt : l’écriture.

Comme un marais, un désert, une jungle, une caverne, un sommet, un égout, un miel neuf sur le pain chaud, un matin frais au balcon de l’hotel avec FRED : l’écriture, de quoi s’occuper le ventre, les doigts, l’entrelacs compliqué des souvenirs.  Se divertir. Prendre la fuite. Se décentrer. Se déconcerter. Se surprendre demain d’avoir écrit cela hier. Sans pour autajt barguiner sur l’Ecriture comme absolu ou Etre-en-soi, non écrire pour… se barrer.

Sauvetage absolu.

On devrait apprendre à écrire à tous les petits garçons privés de pyjama. Ils n’écriront jamais trop. Même s’ils ne racontent pas. Même s’ils font semblant que non.

Ydit hésitait, en écoutant des chants d’Afrique de l’Ouest (on y reviendra, on racontera encore  : la blondeur noire de TYNE, ah quel amour déjà présenté) .

Il aurait pu (avec bonheur et paresse), se passer de raconter l’Abbaye de SYLVANES.

L’avenir aurait été le même, Septante et plus étant venus. A cet age , on ne conte plus ?

Mais non. Trop tard. Le pli est pris. Raconter comme marcher, tant qu’on peut, tant qu’on sait. Entrer dans la cave de l’écriture, monter sur la terrasse du récit, s’enfuir, s’enfouir. Le mot se lève, il est temps d’écrire.

Récits de SYLVANES, quatre épisodes. Tant pis, après tout ( et avant la fin, qui serait la fin de cette poursuite sombre et vive), tant pis si l’avènement de la chute en est retardé. Chute, drame, non ; catastrophe, étymologiquement dit du Grec : fin du poème, dénouement, c’est drôle de savoir que, en Français, le mot transporte ses violences de désastres ( les Anglais : Disaster/ pas de Grec, donc, mais la racine des Normands, jadis envahiseurs : Désastre), comme si la « fin du poème », de toute évidence, marquait le surgissement de la calamité.

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Sylvanès :

C’était il y a quarante ans, ou presque. Avec l’accord de la communauté religieuse, vouée à la musique et à l’icône, YDIT  logeait pour un mois dans l’appartement que des paysans, à six kilomètres de l’Abbaye, avaient construit en annexe de la ferme, de l’autre côté de la route étroite. Mais le fils- on s’interrogeait en silence dans les cafés imbéciles du village, le fils, le «  Grand des Maraignac » – ne se mariait pas, bien qu’il fréquentât beaucoup et souvent l’abbaye. On le savait proche de Frère André, qui le recevait aux Granges- accès interdit au commun des fidèles ou stagiaires. On parlait de cela avec les yeux, sans rien dire, en  l’observant passer, avec sa drôle de façon d’être.

YDIT, lui, ça lui convenait, l’appartement désert de l’autre côté de la route face à la ferme : anonyme et confort façon rurale ( meubles lourds, velours), une épaisse valise de manuscrits et de livres, des images de tableaux célèbres posées sur la cheminée, la table (La Liseuse de Vermeer, La Saint Anne de Vinci, La Vénus d’Urbain, pas que des nus- contrairement à sa réputation- et pas encore  Garouste, dommage, on n’apprend jamais assez tôt son Garouste).

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE QUATRE : Silvia n’est pas venue à Sylvanès, 1 sur 4 , première partie, début. A suivre : le vendredi 10 mai ( oui ! ), rupture des habitudes, on vous l’avait dit, mais calendrier contraint : congés, jours fériés…respect des travailleurs -et des mémoires ! Sauf si -soudain- par un regard inattenbdu en  » sondage », YDIT changeait les dates de paruition,- pour …souffler, souffler sur ses doigts gourds , à la sortie de l’hiver

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Hors Saison « YDIT-blog », saison IV , Episode TRENTE-TROIS : Chasse au parrain, encore l’intermède infini, Haut Parrain comme Haut Mal !

Note de Madame Frédérique :

la chasse haut parrain

Note de Madame Frédérique :

Le fragment suivant du paquet des folios «  Lettre de A. », le plus souvent complété de la mention  « Version B », cite à nouveau mon nom, abrégé : FRED. Dans une fonction d’Assistante Personnelle du patron( Madame Frédérique, Ass, formulait le cavalier solitaire, en absurdes capitales), je me suis tout de même un peu tourmentée d’avoir été utilisée en personnage de ce roman-images que bâtissent, à force, les fragments du colis que Y.d’I m’a fait livrer par la poste après sa disparition. Cela, du reste, commence à peine : J’ai fouillé par anticipation le reste des textes et images et je crains de le dire : le pire-me concernant- est à venir. Et pas seulement dans le Venise-Paris, inconfortable souvenir…

« Lettre de A. », VERSION B. Texte de YDIT.

Le temps qu’il reste pour un homme de mon âge après tout ne serait sans doute pas grignoté pour rien si je parvenais à mener le récit de cette longue histoire commencée il y a près de 60 ans.

Longtemps j’ai voulu chasser le parrain, Marcel Malbée, mais ce fut chaque fois en vain et chaque fois ce fut avec le désir d’arriver, sans être contredit par l’inquiétude de savoir. À force de chercher ne se demande-t-on pas ce qui a pu être véritable dans la recherche elle-même ? Authentique mensonge habile d’une mémoire qui se trahit en miroir, par peur, davantage que par goût du mensonge ? On a toujours peur de quelquechose qui ne devrait plus faire peur. Mémoire.

«  Des dîners solitaires dans des endroits où je n’étais pas attendu, ma vie en est pleine. Je l’ai peut-être cherché, ou bien quelque défaut social m’y condamnait, je ne sais pas. Je trouve toujours un certain charme mélancolique (mon adjectif favori : je suis plutôt joueur de violoncelle) à ces soliloques ( qu’est-ce donc qu’écrire après tout ? » ( Olivier Rolin, Extérieur Monde, p.75)

Voici donc le projet de l’actuelle aventure de durée :  trouver le parrain, Marcel, Malbée,  MM, Die Pate ( pardon : l’usage de l’Allemand réfère au mépris de la personne, et à ce voyage en Forêt Noire, on lira cela plus tard,ou on l’a peut-être déjà lu? Vomir dans le bac à bégonias de la devanture?), MM, le dénicher pour le faire parler, pour lui faire dire les mots impurs de la tribu. Le Trouver, puis le faire disparaître (comme je le ferai moi-même ayant écrit ces fragments), l’effacer, le dissiper en feuillets qu’éparpille le vent de Toussaint, le vent d’après Septante. Quand on dicte les notes, l’expression  « chasse au parrain » se traduit par haut parrain, -mais ce parrain-là, cela celui-là qu’on va pour toujours chasser,  n’est jamais rien de haut, même dans l’intime, qu’il avait bas et baissé.

Chasser. Exterminer ? Expulser ? Se débarasser ? La même chose.

On verrait bien, ensuite, comment ? ( Puisque  » pourquoi » on sait. )

BOB et MORANE semblent un peu égarés dans l’interrogatif. En tant que détectives primés, ils préfèrent les réponses. Ils se posent les questions en s’opposant. Pourtant ils ne sont plus tout jeunes.

FRED : Pour YDIT, s’introduire  au sein du  récit revient à tirer les ultimes cartouches d’un homme qui serait… qui serait seul derrière la barricade rue de Belleville, pendant la Commune de Paris, superbement et idiotement solitaire sur les pavés; ou encore : seule Tunique Bleue de US ARMY derrière le chariot de pèlerins déshabitués de croire, et qu’attaquent les Indiens, deux  situations antagonistes d’ailleurs ?

Mais semblablement ( semblable-ment ?) God Boy/Bad boy,  avec une constance grave et déroutante : Lorsque seront tirées les dernières cartouches du récit,  de ce roman-images -même ici de celui-ci YDIT – , que restera-t-il pour résister ? Là, tout seul, tout seul ? Résister à quoi ? Tout seul sans rien à raconter ? Comment se mouvoir encore sans s’émouvoir ? Ou alors déjeuner cinq fois le jour pour raconter aux cinq fois par jour amis le même impossible récit ? Même s’il n’y en qu’un, même s’il n’y en a qu’une ?

Si l’on tarde tant à mener le récit, c’est que -récit achevé- que restera-t-il de nos ajours? Que dire après Le Secret ? Que dire après le temps ?

Seuls le Temps et le Secret osent panser leurs propres blessures.

Pause, ce jour. YDIT ose.

Enfin, faudra -t-il alors,après le roman-images, tirer les ultimes cartouches, et quitter la Seine ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, nouvelle saison, Episode TRENTE-TROIS chasse au parrain , encore l’intermède infini du Haut Parrain comme Haut Mal. Prochains épisodes ( série de quatre, désormais le VENDREDI ) SYLVANES, l’Abbaye, pour cette fois une autre image du possible heureux ? A lire et voir le vendredi 3 mai puis exceptionnellement le vendredi 10 mai ( date qui reste de moins en moins fameuse, mais aussi mémorable cependant !!) Puis deux vendredis encore 17 et 24 mai. ll y a de quoi faire ! Programmé. Planifié. Bien tenu en mains, oui !

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« YDIT-BLOG », Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-DEUX Présentation de Tyne, dernière partie : une fois encore, rien n’advient…

TYNE et YDIT première nuit dans le petit hotel normand, et la serveuse un peu s’émeut de ces deux-là qui visiblement n’avaient  pas encore l’habitude de passer tant d’heures, mélangés de peau et de rêves.

Ce que TYNE avait dit au matin, surtout de ce qu’ils avaient dit ensemble, dans la crêperie juste avant le retour, puis dans la voiture où l’on écoutait « Les Doors » : c’était très agréable d’être avec toi ( on sentait qu’ils étaient un peu surpris, chacun d’eux surpris par elle, ou par lui, ou par eux deux ensemble, le temps d’alors conduisait souvent il est vrai à des histoires brèves aussi décevantes que désirables, autant inutiles dans le réel qu’elles avaient été attendues dans l’imaginaire, autant descendues dans la cheminée qu’un père noel de pauvre). EUX conduisaient tranquillement, chacun son tour sur la route pour revenir, en écoutant de la musique forte. Et au loin une femme à cheveux gris et mains tannées attendait son vin rouge sur la terrasse des Roches Noires. On la connaissait encore peu, alors. Sinon ils seraient allés lui parler d’amour.

Leur chemin aurait pu devenir une histoire tendre, rieuse, sensuelle- celle que YDIT aimait, et seulement celle-là, pour les histoires parallèles ou les histoires dont on sait qu’elles ne feront pas long feu (sinon à quoi bon ?). Mais Tyne l’introduisit au cours des quelques années qu’il passèrent ensemble à se voir assez souvent- en parallèle, ou d’une certaine manière en complément de l’histoire durable d’une union quasi matrimoniale- au début de ces années-là et par la suite même TYNE fut comme son introductrice à la langue africaine mêlée à la française, pour les combats du sacré, pour les luttes de libération, pour l’apprentissage renforcé du respect..

Au mythes et rites d’un autre langage. Secrets du noir au blanc mélangé, mais pour s’en démêler.

Mais aura-t-on assez de mots, et d’ans, pour raconter cela ? Trois ans, programmés, bouclés, ficelés, tronçonnés, gominés, cravatés, un peu délurés, un peu débridés, trois ans et plus de cent quarante épisodes ( plus ou moins ?) prévus pour se laver dans la mémoire en y noyant Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, est-ce assez, est-ce trop, Septante et davantage étant venus ?

En cette époque YDIT voulait rédiger une thèse. le professeur MELKARD lui avait dit : « Je serai réellement très heureux de diriger votre recherche, mais possédez-vous vraiment à fond le Latin de juste avant la Renaissance ?  TYNE avait ri : » Et pourquoi pas l’Afrique? »

OUI, au fait, pourquoi pas l’Afrique en Thèse ?

Beaucoup plus tard, TYNE dira – comme il observait ( jamais en reste d’une faiblesse ) que c’était vraiment attendrissant,  devant, son corps si nu de blonde, quand elle avait dispersé l’étoffe, dans la transparence rose, partout rose,  et YDIT avait été surpris qu’elle-même pensât autant de lui, d’une autre façon, sa façon de fille.

TYNE ajouta qu’elle avait songé la première fois à lui autrement qu’à un professeur en suivant avec intérêt les mouvements du bassin serré dans le Jeans, tandis qu’il écrivait,  des mots noirs au tableau blanc pendant son cours. Ces moeurs n’ont plus cours.

Il y avait longtemps, déjà. Ce fut dans la salle ronde, au lycée de N., si longtemps auparavant, si longtemps, alors qu’ils allaient à présent se quitter, quand TYNE allait quitter YDIT pour une région lointaine où il ne pouvait accepter de l’accompagner, le quitter alors qu’il aurait fallu sans doute accepter, mais YDIT n’osait pas tout recommencer, et TYNE – partant- lui laissa quelques livres, mais aussi quelques bribes de récits sacrés et secrets, des mots de contes et des paroles aigues de griots clairvoyants, des paroles de forêt jetées à main perdue sur le tambour sacré, dont la peau vient de bêtes vivantes, ou même parfois d’hommes sacrifiés.

Le don d’adieu, les dits des dieux.

YDIT les garderait dans le creux de l’écriture, pour en arroser les récits de Gédéon/Le sénateur,

(à venir eux aussi, entre les épisodes 70 et 110, environ en 2025) comme on arrose le brasier où dore l’antilope avec le sang d’une vierge, comme on tend la corne de vin de palme  au sorcier qui va convoquer l’Esprit, comme on pousse d’une lance ravageuse les fesses d’un garçon quand sa classe d’âge le conduit vers le silence de la forêt tout entière dressée pour les terreurs de l’initiation et le silencieux froissement des initiés. De quoi en secret irradier la route molle et ridicule de Gédéon/Le Sénateur, tellement « typique » d’une époque. De quoi repousser l’image de Marcel Malbée, dit MM, Le Parrain, tapie au milieu des fauves et des singes (à venir eux aussi, entre les épisodes

70 et 110), image volontairement effacée – niée- mais présente comme ces visages apparaissant au milieu d’un tableau, posant pour une série de photos de faux-nus vraiment intimes, si l’on ose regarder la vie depuis la fenêtre d’en face.

Et aussi  un sujet de thèse : superbe façon de se souvenir. Et aussi un sujet de roman-images : ou comment se débarasser de Marcel Malbée, pour cela : les jours sans MM dit Le Parrain, Die Pate, pour cela les mots et les gestes de Tyne furent comme les herbes sacrées qu’on pose sur le feu de la peau après le fer de l’initiation, et ainsi le Temps et le Secret savent effacer leur propre brûlure.

Voilà pourquoi, Septante et davantage étant venus, YDIT avait détourné le duo MORANE et BOB pour qu’ils apprissent l’adresse de TYNE, tout ce temps plus tard, quarante années ou presque, car le temps paraissait venir d’offrir enfin à TYNE un exemplaire de la thèse, relié en poussière de vie…Pour en finir (peut-être?) avec l’émotion du noir.

YDIT écrit que, ensuite, au 47 montée de la montagne à Garvas, où il attend tapi dans l’image dans le tapis de sol du taxi, TYNE sort de la grande maison, il dit qu’elle sort, il dit qu’elle, elle le voit dans son abribus, caché comme un mulot sous l’orage, et ils se parlent. Prétend-il. Raconte-t-il. Ment-il. Ensuite elle l’aime. Croit-il. Veut-il. Doute-t-il.

Ensuite Tyne ne lit même pas la thèse? Ensuite tous deux sont chez elle? Et Tyne raconte depuis son lit, (un lit vide) une baignoire (vide), une haute branche d’arbres (vide), de tous les endroits vides, elle raconte ce que la vie pourrait avoir été ailleurs, ,

elle cette fois peignant l’homme dénudé de sa fausse force, la vie dans les profondeurs d’espace et de temps, d’espérance et de temps, les profondeurs utiles parmi lesquelles jusqu’à l’idée même de Gédéon/Le Sénateur jamais n’aurait été pensée par les Dieux dans la brousse, ni jamais son esprit produit par les Anciens sur la chemin des initiés, ni jamais son corps supporté par les Sorciers avec le breuvage sacré de la forêt.

Cependant BOB et MORANE sont restés dans leur petite auto grise, leur mini Traban inconfortable, espions dérisoires payés à la semaine.

Mais y sont-ils encore ? Le jour se lève t-il enfin?

L’abribus est vide, et la montée de la montagne n’a pas de numéros : c’est un chemin au fond de la vallée, près de l’abreuvoir abandonné. L’adresse où revenir n’existe pas. L’adresse où revenir est un mensonge de la mémoire, toujours. Le vélo s’éloigne en même temps que les repentirs.

Qui prendrait le train de nuit pour Garvas, village imaginaire, trente ou quarante ans plus tard ? Pour y retrouver une silhouette assise au milieu d’un jardin rose ? Et cette adresse, ne serait-ce pas plutôt via Beifiori, Numéro six?

Qui – quand bien même Septante et davantage étant venus- gaspillerait ses matins et ses attentes pour observer TYNE pousser la barrière morte de la maison vide, allure préservée, blondeur blanchie, mains libérées de toute bague et tout savoir ? Habillée de transparence et vétue de sa seule bondeur rose ?

Voila pourquoi, ce matin de juin, YDIT n’est pas sous l’abribus, pourquoi il n’est pas sorti de la Mercédès noire, ou pas sorti de la gare, sorti de rien, pas même des impasses de l’imaginaire, pas sorti, pas quitté, pas bougé, une fois encore, vide, YDIT, là, sur un quai, vide, et le train qui part, et lui ne monte pas, ne fait aucun geste vivant, une fois de plus ne court pas le long d’un quai, vide, comme souvent rate la marche du bon futur, pas bougé, pas monté, pas sorti du clavier de l’ordinateur, et rien n’advient, une fois encore, une fois encore, rien n’advient.

Une fois encore.


Jusqu’à de qu’advienne enfin la « Chasse au Parrain » : l’ultime façon de courir après le dernier train.

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Didier JOUAULT pour Ydit blog / Quatre Saisons de « YDIT-blog », nouvelle saison, saison IV Episode TRENTE-DEUX , Présentation de Tyne, dernière partie : une fois encore, rien n’advient. A suivre, mercredi le 24 avril, c’est la Saint Fidèle… : CHASSEZ LE PARRAIN , et il revient au verso.

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« YDIT-BLOG », Nouvelle saison, saison 4 , Episode TRENTE et UN Présentation de Tyne, partie médiane, la plage blonde.

Note de Madame Frédérique:

A de nombreuses reprises, la continuité apparente du récit central, ou paraissant tel (l’enquête sur « Marcel Malbée, dit MM, Die Pate », ainsi que le nomme mon ex-patron), soutenue ( ou dispersée?) par ce dur duo de BOB et MORANE, est différée par l’immixtion de récits en apparence parallèles – peut-être comme des enluminures inachevées qui borderaient un récit troué ? On perçoit bien sûr, le temps passant, que, résignée à rendre public ce fatras dit « Lettre de A., Version B », par devoir et nécessité d’achever ma tâche d’héritage, après la brutale et inexpliquée « disparition » de YDIT, par périodes, je serais gagnée par une lassitude vaguement agacée, n’eût été la puissance aussi perenne de notre ancienne complicité. Maitrisant (plutôt : ayant pris connaissance de) la totalité du paquet, je peux anticiper d’autres cassures du récit central. Donc, puisque vous fûtes confrontés ( et confrontées) à la « Présentation de FRED », épisode ONZE ( sur près de 140 !) il faut que se supporte ici la « Présentation de TYNE », suite. Encore- oui- cette fracture intime du double, MM et Hanged, Morane et Bob, Ydit et moi, puis FRED et TYNE. « Le réel et son double » écrivait l’un des auteurs que Y.d’I. parfois citait, j’en ai oublié le nom, c’était il y a longtemps, c’est démodé, on ne parle plus de tout ça.

Lettre de A. Version B RECIT d’YDIT : Tyne, suite (Ydit planque devant le 47 Montée de la Montagene ; BOB et MORANE plaquent la planque d’YDIT).

C’est déjà tard. Ydit entre ici avec les yeux et la démarche d’un vieillard qui n’aurait pas dormi depuis la moitié de sa vie. Histoire : souvenir-récit :

Debout encore, au milieu d’une vaste salle conçue en rond, vêtu en professeur jeune avec des mots clairs, YDIT achève à peine son cours de Terminale. Il y a si longtemps.

Assise en fond de salle, -sur un gradin qui le domine -Tyne dit : » C’est vrai, ça surprend, le décor, mais c’est parce que ça a été repeint couleur vieilles sueurs, ce décor de lycée. » L’amphi s’est vidé. Dans un mauvais roman-images le narrateur écrirait que TYNE remplit à elle seule la salle de cours, mais non, personne jamais ne remplit le silence. L’absence, oui, avec d’autres images, on peut espérer la remplir. Le Silence, non, même avec les mots du souvenir, non. Même TYNE dans le dicours noir de son Afrique presque natale et totalement sacrée.

TYNE qui fut  tout entière de blondeur, de tantrique clarté du visage des yeux et des toisons, jolie découverte que ce fut la première fois qu’on la vit nue, si blonde parfaitement ici aussi de sorte qu’elle reste celle dont l’intimité fut la plus voyante-et diseuse de bonne aventure : le sexe d’une femme est toujours un futur.

Marcel Malbée dit MM dit  le parrain ( les soirs de rhume ou de bar, la phonation altérée pourrait prononcer pour un voisin lui-même fatigué, non pas MM, mais Aime/Haine ), cet homme-là, Die Pate,  on n’a su que beaucoup plus tard à quel point l’organisation intime de la vie de YDIT avait été, sans qu’il le veuille, choisie pour éviter avec persévérance le retour du fantôme Malbée.

Ou bien (et ce n’est pas un identique poids) pour s’interdire la chaîne lourde de la culpabilité – n’avoir pas dit NON dès le premier geste, ou -si l’on accepte la stupeur des initiations- d’avoir ensuite osé gravir une deuxième fois l’escalier, 12 rue Dupetit-Thouars. Une deuxième fois, ce n’est plus la surprise, c’est déjà le renoncement ou l’addiction. Ydit ensuite s’est, mais tout laisse par ailleurs à penser que cette analyse comme toutes les auto-analyses est largement fautive, globalement très menteuse, cependant pratique pour stimuler des explications à l’ inexplicable, YDIT aussi ici s’est dit que – à l’inverse des « répétitions » grâce auxquelles le théâtre existe -ce qui a pu inventer les parcours, les soutenir, ce sont les volontés diverses et multiples, toujours très différentes, désirs d’essayer autre chose autrement, d’essayer ailleurs, de ne laisser passer aucune hypothèse de chemin, de quasiment toujours dire oui, jusqu’à un certain âge, jusqu’à un certain point de l’absurde ou des douleurs, dire oui à tout ce qui prétendait distraire, « oui, bien sûr » : la garantie d’un fondamental divertissement. Oui à ce qui se présente : ce sera devenu comme une habitude.

Il en fut ainsi probablement de l’Afrique. Mais -surtout- la connaissance du continent noir commence par la silhouette blanche de TYNE sur l’estrade du lycée, et aussi par la transparence du  corps de TYNE, superbe cambria corps 14, cambria on reconnaît bien ici la silhouette de TYNE. Alors on visita l’Afrique nuit et jour. L’université de la ville en ce temps suggérait aux  étudiant.es en dernière année de licence, supposé.es bientôt passer des concours, de consacrer une quinzaine de jours à une espèce de stage dans un établissement scolaire- pour le cas où elles et eux auraient eu envie de devenir professeur (un mot qui n’a plus le même sens).

Au lycée, avec Maurice, Catherine, Arlette, on s’en amusait. C’était l’occasion de bavardages agréables au Café du Singe Vert, pour expliquer aux étudiant.es ce qui se passerait, pour commenter ce qui s’était passé : pour continuer à faire du Singe Vert (à quelques kilomètres de la ville, connu de quelques professeurs initiés du lycée, la jolie terrasse avec glycine, la serveuse sans cesse irradiant d’un rire joyeux) ce haut lieu pédagogique. En réalité, avec les stagiaires de l’université, le bar même pas louche devenait un espace de jeu de mots et de langues, un endroit ou la séduction de la posture se transformait quelquefois en petites histoires coquettes et pratiques, ainsi qu’on aimait en commencer et en finir à l’époque.

A force personne ne savait plus où donner de la tête.

TYNE avait assisté à quelques cours, puis elle avait improbablement choisi ceux de YDIT, on verra pour quelle petite image peut-être. Puis elle avait, à la table du Singe Vert (Ydit était seul en sa compagnie blanche et rose, cette fois-là), sans hésitation accepté un dîner à deux. TYNE et YDIT habitaient des univers différents, même pas parallèles, mais en ce temps-là, une invitation à dîner représentait une façon anticipée d’escalader la pente pour marcher dans la possibilité d’un futur, comme dira ensuite BOB. Ou MORANE. Drôle de phrase.

Pour le deuxième diner, TYNE était venue avec l’édition 10/18 de Amadou Hampâte Bâ . Accompagnant  ses parents, elle avait vécu en Afrique quatre ou cinq ans.

 Tyne  avait prêté le livre, ils en avaient parlé. Puis d’un autre, apporté en anglais. Et ainsi de suite. Prétextes choisis pour prendre d’abord un verre ensemble dans les cafés plutôt peu sympathique entourant la fac, entre deux cours – car la présence de stagiaires avait fini depuis longtemps, et cela étonnait Maurice ou Catherine ou Arlette de voir que TYNE souvent rodait en vélo, courte jupe aérienne, dans les alentours du lycée pour attendre YDIT…Ces quatre-là, leur histoire des quatre – on verra peut-être plus tard le risque pris à glisser une aiguille dans leur bloc de tendresse (mais ce ne serait qu’en toute fin des 250 000 mots ( 250 000 ? On avait pas dit 200 000, même moins ?), quand la chasse de Marcel Malbée aura été achevée, mais que resterait-il alors à compter, parmi les mots ?).

Vint ce premier dîner, inaugural comme on dit au Collège de France,

et c’est Tyne qui propose un restaurant africain, dans le 11e arrondissement, quartier à l’époque peu fameux. Puis comme il s’était mis en retard, ce fut la Pizza del démon,- place Victor Schoelcher.

TYNE et YDIT n’ont plus besoin de prétexte, ils sont ICI ensemble à parler ou marcher le long du quai de la Seine. Un soir ça se mue banalement, on s’en doute,  c’était un soir de printemps dans tous les récits on dirait qu’il faisait beau, mais dans la mémoire du récit ou dans le récit de la mémoire – donc roman-images- c’est réel qu’il faisait beau, sans doute parce que toutes les histoires qui commencent, même une légère, même achevée sans finir, même celle d’une jeune femme blanche parlant de l’Afrique noire, tout cela c’est toujours dans le beau temps que ça se passe et c’est toujours du beau temps que ça produit, alors ensuite, on s’y attend, ensuite YDIT  vient chercher TYNE avec la vieille Fiat blanche décapotable, pour partir en week-end, quelque part sur la côte normande, un petit hôtel sympathique avec véranda sur la mer, chambre sur la mer, vue  sur la mer, tout sur la mer ,ils font des photos sur la plage, Il fait grand vent mais YDIT n’écrit pas une lettre à la reine pour dire qu’il a tué six Loups. Après le dîner sur la terrasse, qu’il a fallu fermer, car déjà le vent est frais, TYNE préfère marcher le long de la mer, tout le monde sait bien ce qui va se passer, leurs apprentissages comme d’adolescents qui s’inventent un savoir neuf, les gestes dits banals qui deviennent découverte magique, rituels secrets et sacrés, l’intime mieux que partagé, offert,  une seule chambre à l’hôtel, la serveuse qui s’attendrissait, , qui admirait TYNE ( attention, ce n’est pas Nadja?)ou les voisins de table qui tentaient d’écouter le dialogue de ces deux là. Ces deux là qui oubliaient ( YDIT qui effaçait) toute idée de la Chasse au Parrain que mènent cependant ( déjà? Pas encore ?) les détectives de sable et de coquille Saint Jacques, BOB et MORANE

TYNE et YDIT première nuit dans le petit hotel normand, et la serveuse un peu s’émeut de ces deux-là qui visiblement n’avaient  pas encore l’habitude de passer tant d’heures, mélangés de peau et de rêves.

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Didier JOUAULT pour Ydit BLOG / Quatre Saisons de « YDIT-blog », nouvelle saison, saison IV Episode TRENTE et UN Présentation de Tyne, partie médiane, la plage blonde. Si tout va bien( et si le point fait par la Capitaine est bon ) nous sommes le mercredi 10 avril, donc publication de la fin de séquence « Présentation de TYNE », le mercredi 17 avril. Sinon, tout est fichu. Mais non. Mais non, voyons.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode TRENTE Présentation de Tyne première partie : au numéro 47, montée de la montagne.

Note de Madame Frédérique :

Présentation de Tyne n°1

Certains mots, désormais, doivent être pendus haut et court. Lorsqu’Ydit  connut l’Afrique, « nègre » n’existait déjà plus que pour une sorte de chose vendue en boulangerie : meringue couverte d’éclats de chocolat, « Tête de nègre ». Qu’on pût avoir choisi ce nom, pour une boule à croquer ensuite, c’était déjà -dès l’origine- toute l’arrogance de l’occident. Au Pré Saint-Servais, « Impasse du Pré », évoquée jadis dans quelques « Séquences Publiques d’Oubli », l’Africanité n’apparaissait que sous les aspects du Nord. On disait « Les Algériens », peu importait qu’ils vinssent depuis le Maroc, c’était la guerre.

Plus tard, peut-être, Ydit fera-t-il le récit de ce policier en pélerine vu étendu bien mort à la sortie du métro Porte des Lilas ( mais ce souvenir violent ne cachera que les mots de la mère sur celui qu’on aperçoit plus loin, le père, parlant avec un homme plus jeune, et soudain il faut marcher plus vite, ne pas les regarder,pouquoi pas ?), ou de ce dimanche après-midi soudainement tonitruant : une bombe venait d’exploser dans le HLM voisin où habitait un journaliste de

« l’Humanité », le journal du parti communiste.

Mais ce n’est pas dans l’ordre du temps, l’ordre du jour, l’ordre des choses. A présent, toutes paroles libérées de leur honte (même si à leur libération bousculée succède peu à peu une sorte de silence un peu las), et puisque le récit en a commencé, l’ordre impératif du narratif, expansif, détersif, expressif, nominatif, exige ceci seulement, et ceci entièrement, comme on a dit, comme on dira : la sage poursuite un peu chaotique de « La Chasse au Parrain », entremêlée à la Complainte un peu dramatique d’Hanged James, jusqu’à ce temps dans les temps et les siècles ( ainsi devrait-il être ! ) où l’on en sera tout de même allégé, à présent que tout le monde parle de « ça ». On. Allégé. Tout de même. Croyons-le. S’alléger de cela. Le Secret. Le Secret mis au jour par ses parleuses même.

Mais l’Afrique n’est pas à côté de la flaque où le narrateur pose les bottes, pour en diluer la boue rouge des pistes (ceci est une métaphore due à BOB, un soir où- dans un  bar de Port-Soudan– il devisait en devises locales, accompagné de MORANE et de quelques verres, sous l’oeil un peu fatigué de ROLIN, écrivain). L’Afrique, pour Ydit, pour toujours s’appelle Tyne, autrement dit une autre forme de l’horizon indépassable de la mémoire heureuse. Encore une formule à la MORANE ?

MORANE : des phrases comme ça, on devrait avoir honte, plutôt…
BOB ( vidant le verre de côtes de Lyonnais) : si on avait honte, tu ne serais pas là.
MORANE : Et les autres non plus.

BOB : non plus, les autres, pas là.
MORANE : Et sans eux, que faire?
BOB : sans eux, se taire, se terre, vers.

Au cours des 200 000 mots ( moins, à force, arrivé l’Episode vingt-sept : 150 000? ) mots qui restent à tirer comme des cartouches bleu-gris ( couleur des Septante et plus venus ), Tyne dit l’Africaine aura pour rôle – dans la trame sale de la chasse- d’embellir les récits de mémoire maigre  (beaucoup de séquences Gédéon/Le Sénateur, illuminées par les images de ROSE : en 2025, dans un an, selon le programme), par les rotis d’antilopes suant leur graisse sur la braise, ce que sont les rites et  mots sacrés de l’Afrique.

Tyne est l’ Africaine. La blonde Africaine. Personnage.

Tyne, Septante et même davantage étant venus, où en es-tu de tes visages blonds et qui savaient changer selon l’orage, le goût du café, le sens de la caresse – et même avec le bruit que font les pages des livres quand on les tourne et les creux du corps si on les voit ? Ton visage de bambou, tes yeux de forêt et de rhizome ? Longtemps après que nous avons bifurqué nos tendresses, des heures j’ai cherché la trace de toi. Mais Tyne ne laisse pas de trace, sauf sur les carrés des photos où elle posait avec douceur et indécence- simplement là et nue, images d’album qu’YDIT inlassablement avait regardées, avant que l’incendie les détruise.

Longtemps, parmi les vitres à reflets des musées, partout dans les voyages vers l’Afrique, la trace de tes images, YDIT l’a cherchée, au Dahomey, au Togo, en Haute-Volta, au Cameroun, tous ces anciens pays de la colonisation, toutes ces terres de surprise et de récits, dont les noms depuis ont été changés par leurs héritiers, mais qui sont restés tels qu’en eux-mêmes l’africanité les préserve, noirs et profonds,

royaux et magiques, secrets et sacrés. Lorsque je te connaissais, souvent, tu m’initiais  par des bribes de chant sombre à cette autre histoire ancienne de la  forêt des hommes de l’Afrique, aux secrets noirs des Afriques préservées des colons, avant les malheurs imposés par la modernité.

Arrêté du 22 août 1945 ( Ydit avait précisément – 5 ans ), N°2576, réorganisant l’enseignement primaire en Afrique occidentale française (J.O.de l’A.O.F., 1er septembre 1945, p. 707-35)

« Article 2

Enseignement primaire élémentaire

L’enseignement primaire élémentaire ( qui comprend trois cours ayant chacun deux années d’études) a pour objet essentiel d’agir sur les populations africaines en vue de diriger et d’accélérer leur évolution. Cet enseignement est donné uniquement en langue française.

Il est strictement obligatoire pour les enfants de fonctionnaires et de militaires de carrière, sauf indications contraires du médecin.

Les gouverneurs détermineront pour chaque colonie les conditions dans lesquelles cette obligation pourra être imposée aux enfants des familles de chefs. »

Dans le cœur trop battant de ces récits mal conservés, Ydit poursuivrait sans faillir ni tracas les traces de Tyne, éternel amoureux, traces quand ils eurent enfin terminé l’envoi irrégulier de photos d’eux, images du simple jour, carrés du tout-venant soyeux comme un Hermès, échanges comme des adolescents d’une autre époque, comme une femme et son prisonnier, photos légères ou dramatiques, érotiques et passagères..

BOB et MORANE, détournés de leur mission majeure (gaspiller Marcel Malbée, l’ébarbouillir, le dépeciter), ont enfin, de cette Tyne Africaine, trouvé l’adresse trente ans plus tard, par des moyens qu’on ne peut dévoiler ici, secrets et sacrés. Dans les mots du griot et les sonneries sourdes du tambour construit avec la peau des morts, ils ont remonté le flot du fleuve vers sa source, et pointent l’adresse comme s’ils maniaient une pagaie de la barque rituelle.

TYNE : au 47 montée de la montagne, à Garvas.

Après une nuit de train solitaire, Ydit est arrivé au matin, dans la gare de Garvas, presqu’aussi lointaine que La tour de Carol, mais Brigitte Fontaine ne chante pas le chef de gare ( et qui se souvient de Brigitte Fontaine?) si loin de l’Afrique aussi, et le taxi maussade en maugréant  l’a conduit montée de la montagne.  

« Arrêtez vous au 27 » : si l’ on s’approche trop d’un cœur de l’histoire, le feu cesse la couvaison discrète et sort vous mordre le ventre.

Ydit restait là, groupé avec lui-même sur son corps dans le siège arrière de la Mercédès noire, à regarder rien ni personne, à regarder une façade et se percevant soudain trop nazi, trop flic. Montée de la Montagne Pas très loin, renforçant la regrettable impression d’expédition punitive contre le village, BOB et MORANE ( déguisés en grisaille du matin ) s’attachaient (attachants détectives d’usage sage) à mimer le sommeil innocent des amoureux repus, la langueur monocorde du tronc délavé qu’emporte le fleuve Congo. YDIT – très loin de la rue Dupetit-Thouars, numéro 12, premier étage à droite, double porte de velours bordeaux, et le David en bronze imité,- YDIT patientait pour concurrencer l’imprévisible.

 Puis disant au chauffeur qu’il peut y aller,  inutile d’attendre, cela se devine qu’il ne se passera rien, jamais il ne se passe rien tant d’années plus tard, quarante ans, et cependant YDIT est venu, YDIT a pris le train de nuit, commandé un couple de MORANE et BOB, et YDIT que voilà est ici, devant le 47, Montée de la Montagne, à Garvas,  ce matin frais. On attend. Rien ne se passe. Nulle ne sort, liane jolie.


Un peu clandestin,  mal maquillé, à présent effacé de lui-même dans l’abribus aux affiches exotiques déjà, et il attendait de voir- tant d’années plus tard- il s’impatientait de savoir qui pousserait la barrière en bois devant la grande maison très méridionale, pas laide, pas belle, la maison de TYNE, 47, Montée de la Montagne, à Garvas… Il savait que tu serais la même dans tes souplesses ajustées, toutes ces années ensuite, mais le blond de ton corps serait devenu blancheur de la tête (et l’angle rose de ton sexe qui avait été si net sous la blondeur ?),  et le pâle de tes cheveux qui les amusait lorsqu’ils parlaient du bleu-noir et du vert-émeraude  et du brun-roux de l’Afrique ?

Présentation de Tyne :

Elle fut la porte de son couchant, l’horizon de son lever, le delta de ses amarrages.

Tyne, récite YDIT dans le coin transparent d’un abribus déserté, TYNE je me baigne dans le velu de ta blondeur nègre, Tyne, je me roule dans le fleuve frais et fort de ton blanc récit d’Africaine, Tyne en noir et blanc comme un échiquier, comme un labyrinthe de palais crétois, comme un pavé mosaïque dans la loge des frères tailleurs de pierre.

Mais, tout le monde sait cela : la porte de la mémoire ne s’ouvre même pas sur des ombres, et seuls des mensonges nommés souvenirs parviennent à l’ouvrir, parfois.

Reste à continuer d’écrire : roman-images .

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode TRENTE Présentation de Tyne première partie : numéro 47, montée de la montagne. Suite de la presentation, banalement, la semaine prochaine, mercredi, milieu d’après-midi, 10 avril encore une occasion de mettre du temps dans son thé.

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« YDIT-blog », Nouvelle saison, saison IV, Episode VINGT-NEUF : Temple, île, sous-sol. C’est le 18 mars 1314.

Quartier du Temple, et en plein milieu de l’enclos, comme une raie entre deux globes, la rue Dupetit-Thouars : Marcel Malbée, dit MM, dit Le parrain. Rien que cela. Tout cela. Ah, dirait le Prieur, à genoux, on ne fait pas dans la demi-mesure ? Il faut donc se souvenir et punir ? Surveiller et courir ? Jouir et pâlir ? Marcher sans sortir ?

Lorsque le garçon montait dans le métro Porte des Lilas, ligne 11, pour aller 12, rue Dupetit-Thouars, ligne 3 , changement à République, son sac en plastique épais à la main, pyjama, brosse à dents, selon qu’il s’agissait du début ou de la fin de cette chose là chez Marcel Malbée dit Le Parrain, il lisait Mickey Magazine ou les aventures de l’Ombre Jaune.
Parfois il avait le temps, alors que Marcel Malbée organisait son Tiercé journal en mains, après le café au lait, dans un recoin du lit-cosy où Le Parrain le couchait, pyjama remis en place, il arrivait qu’YDIT ouvre un volume d’une série populaire : les mystères de l’histoire.

Entre autres, Les TEMPLIERS.
On racontait leur aventure, leur puissance, et la punition. Ce qu’ils avaient commis, la mémoire s’en est oubliée, fragmentaire et imposible à saisir autrement que dans l’imprécision de l’imprécation, c’est ce que disait le livre. Qu’on ne pouvait oublier mais qu’on ne savait plus en détail qu’oublier.

Une épaisse revue, à plat dans le cosy, s’ouvrait aussi pour YDIT. – et seulement cela, car Marcel Malbée, MM, dit Le Parrain n’avait jamais soustrait de leur cachette les minables revues artistiques, photos noir et blanc, chair et poils qu’il achetait au garçon dans le sous-sol du  » Café du Commerce et du Lycée »-

« Pour leurs chateaux-forts sur la route de la Terre Sainte, immenses et imprenables forteresses encore visibles, les ChevaliersTempliers choisirent pour architectes et tailleurs de pierre des hommes du Moyen-Orient, connaisseurs des secrets des bâtisseurs, depuis l’Egypte et Babylone. Leurs commandeurs et Grands Maîtres furent alors instruits des nombres et des mesures qui font tenir la muraille, mais aussi le courage et la vertu des hommes. Initiés aux savoirs immatériels-les nombres- transformés en matière- le donjon, ils purent exercer une maîtrise spitituelle sur les Grands et davantage encore les gens des campagnes. Comme ils recevaient aussi, en Occident, de nombeux dons et legs, et percevaient l’impôt ou les dividendes pour leur puissante réseau de Commanderies, les Chevaliers du Temple devinrent l’une des premières puissances, matérielle et spirituelle. Tous n’étaient pas admis en l’Ordre, et tous les admis ne recevaient pas le secret de l‘ultime initiation : l’échange sacré entre les Frères, embrassades et prières, sang et serments. »

Peut-être Marcel Malbée, dit MM, Die Pate avait-il fini son Tiercé, peut-être fallait-il aller jusqu’à la petite station  » TEMPLE », ligne 3, et changer à République pour retrouver le glacial du familial. On ne sait. On ne se souvient. On ne peut pas se souvenir, on se souvient d’avoir lu ça. Mais il fallut prendre les Templiers par la fin. Leur immense puissance soudain rompue dans l’arrestation qu’on fait d’eux tous, un matin, dans le royaume tout entier, au motif de leurs noirceurs cachées, de leurs turpitudes secrêtes. Mais il n’était pas difficile, même il y a soixante ans et plus, de comprendre tout ce que cette fin disait de l’avenir, et de la mémoire.

« On peut entendre sept coups de gong, très forts et très lents.

Nous sommes en l’an 1312. Le roi Philippe le Bel a emprisonné les Chevaliers du Temple ( la voix du récitant prononce-t-elle Du Temple, ou du Temps ?) sur la base de fausses accusations. Le Pape Clément a dissout l’odre des Templiers. Les chevaliers sont torturés et exécutés. On les brûle, on les pend. Le Grand maître de l’Ordre, Jacques de MOLAY, monte sur le bûcher. C’est le 18 mars 1314, à la pointe de l’ile de la Cité. Les flammes entourent l’homme. En mourant, Jacques de Molay s’écrie :

Pape Clément, Roi Philippe! Je vous ajourne tous les deux à comparaître bientôt devant le tribunal céleste, Maudits, maudits, tous maudits jusqu’à la fin des générations !« 

Plus tard, Septante et davantage étant venus, la prophétie perd son vif.

Mais pendu par les pieds ou brûlé du dedans, quelqu’un ici, ce soir devant la porte,

12 rue Dupetit-Thouars, ou dans le cadre de la fenêtre au matin, quelqu’un regrette en sourdine que ces puissants là, deux Parrains, chacun le sien, chacun des gestes, chacun sa chair, les Parrains de YDIT-Récit et Hanged James, chacun le sien, restent à jamais dans le silence de l’absence et dans l’injustice fondamentale, inexpliquée : la corde de l’un, le rire de l’autre.

Il y a des morts qu’on aimerait retuer soi-même, après qu’ils auraient parlé.

__________________________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT pour : « YDIT-blog », Nouvelle saison, saison IV, Episode VINGT-NEUF  »C’est le 18 mars 1314. » ( on aurait bien aimé le publier le 18 mars, mais tout de même. Donc, non. Et le 18 mars, pas de publication, repos. Episode suivant : le 3 avril. Bien sûr. Mercredi. On vous attend.

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Episode VINGT-HUIT Travailler du ciboulot : un pas, impasse, de côté : « Coupez ! »

Note de Madame Frédérique :

Annie Ernaux, avoue ( revendique ?) une évidence de ce genre, citée approximativement (mais dans ce roman-images de ’YDIT’, tout est approximatif, on doit s’y faire, puisque ceci est le modeste ouvrage d’un tailleur de fiction, sur mesure) : ERNAUX : pas de journée qu’on puisse considérée finie sans avoir pris le temps de l’écrire.

A une autre époque, Bénamou disait à une belle qui se jetait un peu vite dans ses musculeux bras d’écrivain :  » Et si on passait tout de suite au Récit?« 

Il faudrait, pour la « Lettre de A. Version B » se dévoilant ici, peu à peu, se dévoiler est le mot, peu à peu, ici bas, ici là…

effeuillage de fond de bar la nuit à Sancerre, des touristes éméchés, Russes ? Libanais ? ont terminé le tour des caves et glissent des billets de mille dans le haut d’un slip échancré, évidemment coupable slip, car tout slip échancré porte en lui l’abandon de la rédemption, serait-il de dentelles noires couvrant le noir d’un poil et du mâle – ici l’étoffe rare bombe sous la forme nette de l’effeuilleur, mâle, toute forme dite derrière une dentelle marque l’abandon de la protection d’un texte, tissu, feuillu, pileux, frileux, effeuillage au rythme de Chostakovitch symphonie numéro 5, la serveuse qui a dépassé Septante et plus peine à servir les verres de gin pur et les sandwiches au Lièvre de Patagonie, à présent il est nuit pleine, l’écrit grapille, gaspille, gambade depuis des heures, on devrait, il faudrait, ce serait mieux de ou on aimerait mieux pas ?…(on a perdu la référence du texte).

S’en tenir à reproduire telles quelles ces milliers de pages d’agendas « Direction », conservées dans une cave. Horaires quotidiens et contraintes professionnelles se confusionnent avec de brèves images, visages, ravages, virages, rivages, tatouages internes du cerveau, moments de lumière, contorsions du présent pour se croire continu ( illusion d’adolescent : ensuite on s’apprend trop pluriel pour être continu).

Ainsi, sur les six-septièmes des double-pages d’agenda professionnel, à deux lignes près, le rendez-vous difficile mais courtois avec une délégation syndicale, et les traces pénombreuses comme un après-midi de remords après un déjeuner d’ami raté, ou comme la mémoire vive d’une jouissance partagée, c’est selon : billets à souche (à l’ancienne) d’un concert de jazz de Manu Dibango à Frenay-sur-Sarthe, parce que le saxophoniste, enfant abandonné, fut interne au collège du coin,

et qu’on est pour un temps le Directeur du vent dans ce département.
Et nous , avec E.( Chez Rolin aussi, on s’en tient à l’initiale ), nous sommes ici. Il  fait un peu frais, en ce soir de mai, j’ai mis un gros pull vieux rose sur les épaules, nous faisons la queue. Trois jeunes femmes, un peu plus loin, me montrent, s’interrogeant discrètement, puis tournent la tête : oui, c’est lui le « directeur », on le reconnait, on est venues en manif contre les fermetures de postes, le mois dernier, sous son bureau bien défendu, mais il nous a reçus, on était nombreux, il nous a écoutés, mais c’est tout de même le directeur, même s’il est probablement de gauche,  ça veut rien dire pour les directeurs, à gauche ou pas un directeur ça dirige, donc un peu tout de même un sale type, c’est lui qui ferme les postes, donc un sale type, ça existe les sales types de gauche,

donc un sale type qui aurait pu faire un autre métier. Peintre, ou écrivain, par exemple.

Ou encore mieux : cuisinier pour trains de nuit Venise-Paris ? Ou même danseur à la barre fixe dans un cabaret de Sancerre, slip de dentelle noire fermé par une cordelette, ouvrier dans l’usine de pyjamas d’Ecomoy. Au lieu de venir écouter sous nos yeux des concerts de jazz en mémoire d’un Noir de la DAS… Sale type.

Directeur du vent.

Concert, délégation, jazz, manifestation, pull vieux rose, décision, paroles entendues, oubliées, revenues : sitôt que s’ouvre la piste d’une mémoire, surgissent les branches sur la route, poussées par la tempête que soufflent d’anciens échecs. Mais aussi, aussi, les sentiers de traverse, d’autres chemins d’évitement, espaces de fuite communes et d’échappées solitaires : passé un certain âge, et voici que Septante et davantage sont venus, la vie est une succession de labyrinthes dont tout prouve qu’on a réussi à en sortir, des uns après les autres.

En rigolant. Avec cette définitive légéreté qu’on fait mine parfois de vous reprocher autour de la table, et qui dénote la certitude absolue de votre propre finitude, sans rémission, sans concession…

Même des fracas sans traces, des âmes sans débat, ce métier un peu stupide pendant vingt ans, Directeur du vent, audiences, décomptes, réunions au ministère, ou chez le préfet, ou avec  les parents, les coups de vent, les syndicats, les petits pas, les élus, le venus, les venants, les partants, les tenants, les tenues, les aboutissants, les tenus, les relus, les courriers, les fourriers, les comptages, les partages, fatras, vides, nouvelle politique de ceci, cavalcade politique de cela, pleins, riens, canevas sans aiguille, vacuité, comités paritaires, calamités partenaires,

plénitude,

visites, tapisserie sans trame, nouvelle politique de cela, félicitations et reproches, projets et rejets, comptages et contages, et pourtant toujours le même bavardage bravache sur le vent, nouvelle politique de rien du tout, soirée théâtre des lycéens, décomptes, courriers, chorale des personnels, festival des lycéens, grève au collège, dîner chez le préfet.

Pas pire que ça.

Pas mieux que ça.

Septante et davantage étant venus : jolies occupations de la vie, comme un Monopoly le dimanche après midi ( sauf qu’on n’est pas assis sur les genoux de Marcel Malbée dit MM, dit Le Parrain, qui a posé sa main sur la cuisse, en limite même de la culotte courte des gamins de 1960), on est juste là, parfois, pour attendre que ça se casse.

Et donc ça remplit ainsi à la perfection le vide crée par le vol de cordelette commis avec effraction par le Parrain, sur le corps d’un pyjama. De l’ouverture d’un pyjama comme de l’ouverture de l’enveloppe contenant les sujets du concours, les résultats du vote, l’appel à mobilisation.

Mais non : jeune garçon : du vent, devant. Tout ça : on coupe à l’intérieur de sa propre émotion tout lien avec le réel, la cordelette, plus de Devant, plus de Main mobile, plus de Chair à câlins, ça frôle, ça touche, ça coule, et alors : du vent devant.

Ensuite, dans la vie du réel, difficile de recoller les morceaux de la cordelette, ce qui est coupé risque de rester séparé. Voila le reproche véritable fait à Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain : pas ses doigts trop serrés ici-bas, non, ça on fait avec, pas ses lèvres top mouillées par ci par là, non, ça finit en jouissance, pas ses yeux trop déviés, non, le garçon regarde ailleurs, les vieux livres sur l’Ordre du Temple dans le Cosy : mais ceci, marque définitive de l’abus : l’apprentissage de la coupure intérieure, impardonnable.

En réalité, davantage que tout ces bla-bla et publics, j’aurais bien aimé avoir une body-guard. Elle m’aurait surveillé dans la piscine municipale avec espace santé ( jacuzzi, hammam, sauna, très propres et publics, enfants inclus) installée en lisière de ville ( on voit les champs, la forêt derrière la fenêtre du sauna, au-delà du maillot de bain une pièce de la maitresse de nage en nage) , ici pour cette fois je ne me baigne pas nu, et dans les bois où je cours le footing, aussi la body-guard (elle me suit avec des barres protéinées afin de m’épargner la honte). Mais non, à la place, blas-blas, publics, textes écrits ou lus : arpenteur du vent.

Directeur de rien. Tout ce temps. Et maintenant Septante et plus étant venus. Oublier tout ça, sans intérêt. Marcher, conter.

Cordelette pour Paulette

Corde à nœuds pour Neuneu.

Cordelette d’escampette

Corde à nœuds pour nous deux.

Cordelette c’est pas net

Corde à nœuds d’amoureux.

Pyjama pourquoi pas

Y va, y va pas ?

Pas dit  » NON « , n’est-ce-pas ?

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Episode VINGT-HUIT Travailler du ciboulot : un pas, impasse, de côté : « Coupez ! ». A SUIVRE, mais on a désormais l’habitude, avec le surgissement- et vous l’avez vue venir- d’une personnage : TYNE. TROIS épisodes, de vingt-sept à vingt neuf : ça commence à faire son chemin, le roman-images, non ? juste après les congés « Zone C ». Les mercredis. Dans l’après-midi. Top. Hop. GO.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode VINGT-SEPT : LES ENQUETES de BOB et MORANE, Le sous-sol de la rue Turbigo, FIN – Les refuges rigoureux de la mémoire.

A l’instant même  YDIT sortait  du café que BOB et MORANE venaient de repérer, non seulement parce que le garçon y servait un petit coteau d’Auvergne de très bonne qualité, mais aussi parce que dans le sous-sol de ce jour comme jadis dans ce sous-sol même, des lycéens se retrouvaient.

 BOB et MORANE : comme il convient à présent, une fois de plus, les genres sont incertains, au moins pour MORANE- car un certain MORAN , qu’on dit né près de Rennes aux alentours de 650, a été porté, dans la même ville, à la cathèdre d’évêque, en 710, vieux déjà donc en son temps, avant de – sagement, prétend-on -, se retirer dans un monastère italien, ou grec, ou mauresque, voire turc : un monastère ensoleillé, où ne jouaient pas déjà des pianistes grecs, dans le scriptorium désert de l’après-déjeuner, sur un Steinway très accordé au décor. Cela, on racontera bientôt : Sylvanès l’abbaye.

Ce que disait le narrateur convenait à l’état d’esprit des enquêteurs choisis par Fred, la malicieuse, BOB et MORANE. Et donc voici.

YDIT  :  » J’étais lycéen, et nous passions beaucoup de temps à jouer au poker dans le sous -sol du « Café du lycée et du marché », avec des allumettes. Nous perdions au plus le café du jour, et Gilbert, le garçon visiblement aimant les garçons  (ce qui se  cachait davantage à l’époque ! ), nous apportait des consommations gratuites, sans jamais rien demander à nos mains plus habiles à la carte qu’à la caresse – encore que, en cet âge de leur vie et cette saison de l’Histoire, les jeunes garçons des lycées non-mixtes manipulaient mieux et allègrement leur propre sexe qu’ils l’auraient (et le faisaient pour certains d’entre eux- impudiques ou vantards ?) fait avec l’intimité complexe et pliée d’une fille.

-« Quelle Phrase », dit BOB…

Au sous-sol, plutôt sec et clair du « Café du Lycée et du Marché », séchant des cours donnés sans plaisir et reçus sans avidité ni tendresse, ils passaient des heures, assis comme des buveurs de Cézanne ou des maquignons de Balzac. On y a croisé  quelques exemplaires de touristes curieux, Lonely Planet en main ( « un endroit très typique du Paris étudiant et populaire ») parfois même de vieillots lettrés, aristocrates éberlués ou montagnards Hébertistes, à la recherche d’ultimes traces de l’ancien « Enclos du Temple »- ce vaste domaine entouré de murailles que posséda longtemps l’ordre guerrier des moines du «  Temple ». 

( Si le récit nous prête vie, on racontera cela de ceux-là, dans quinze épisodes).

La famille du roi L XVI y fut enfermée dans le donjon subsistant, à la Révolution, et on regrette la destruction d’un édifice construit d’ors arabes, de pierres de Lozère, de sueurs paysannes, et des peurs et prières de 21 Grands Commandeurs successifs ( pour la moitié morts au combat ). C’est tout un quartier de Paris, les rues portent la trace de l’occupation par le Temple, plusieurs  fois  cent ans plus tard. Mais aussi rue Dupetit-Thouars, en plein centre de l’ex-enclos. MM dit Le Parrain, ici. Aussi, dans le sous -sol du café, le plus proche du «  cœur » du temple, son donjon disparu, il arriva que l’un d’entre nous croisât un chercheur- évidemment pas un universitaire véritable ( ceux-là fréquentent les bibliothèques )- mais l’un de ces illuminés tardifs perdus dans une quête inutile des « Ombres et fantômes » du Temple.

Un fois, l’un d’entre eux ( on s’en souvenait car ils étaient rares) avait tenté de soudoyer Gilbert, le garçon de café, afin qu’on lui laissât  visiter la cave du bistrot, à vrai dire deux longs boyaux superposés reliés par un étroit escalier en hélice, dont les marches usées attestaient l’ancienneté, sinon le respect de la stricte observance templière.

Gilbert, que tout incitait à nous dévoiler ses côtés obscurs – et qui n’eut cependant jamais aucun geste dit douteux- avait déjà conduit la visite des lieux profonds  pour trois ou quatre d’entre nous. D’ailleurs Philippe et Jean-Pierre, mi rigolards (mais seulement à moitié donc), avaient affirmé que si Gilbert en profitait pour leur demander une petite gâterie, pourquoi pas, en échange de bonnes bouteilles rangées au premier sous-sol.  

On avait vu pire.

Mais qu’en fût il ?

Avec les garçons, jamais on ne sait.

Philippe abattait son brelan de valets. En réalité, Philippe et Jean-Pierre, ils en parlaient à mots à peine couverts, et ils avaient suggéré un autre usage de ce temps intime, passaient de très secrets et très fructueux après-midi au dancing de «  La Coupole », à l’époque célèbre ( auprès de quelques usagères initiées) pour les rencontres dansantes et plus si affinités entre dames mûres et garçons verts. Tout ça manquait déjà vraisemblablement de Vertu. Sinon de Revenus.

YDIT poursuit, avec son idée fixe ( qui est : MM dit Le Parrain, et aussi pourquoi James devint HANGED, et Ydit Septante et plus ) et son propre récit :

Cette pratique ne paraissait choquer personne parmi les joueurs de poker en sous-sol, sauf à penser (ce qui serait juste) que les élèves ici réunis appartenaient au groupe des indociles, aussi  lecteurs  de Rimbaud ( «  La morale est la faiblesse de la cervelle ») et de Radiguet ( deux lectures qui ne leur paraissaient pas antinomiques, preuve d’une vaste inculture), marchant dans les marges sans volonté de le faire, par nature, ni par révolte ni par audace, mais parce que chacun, à sa façon ( ils n’en parlaient que très rarement) avait été conduit – par un adulte à grandes mains ou le hasard aux dents longues – à transgresser une première fois une règle sociale majoritaire.

Le Silence. Le Déni. Oublié le MM dit Le Parrain! Le TU fais, tu TAIS.

Pour Ydit,  la traversée immense et durable avait pris le visage, la voix, les mains nettes et le corps vouté de Marcel Malbée dit M.M. dit Le Parrain. Mais tout cela ne vivait plus dans aucune des mémoires accessibles. On avait jeté la disquette. On ne savaiT plus se servir des disquettes. On ignoraIt qu’il y avait eu des disquettes, jadis.

Or, le, LUI / LE voici soudain qui descend l’escalier conduisant de la salle du café au sous-sol où ils jouent, LUI c’est Marcel Malbée, dit Le Parrain. Oui. Intuita personnae. On n’invente pas cela. Die Pate. Même s’il y a de cela cinquante ans. On avait oublié qu’il habitait tout près, rue Dupetit-Thouars. On avait oublié le petit appartement suave, entrée couverte d’un rideau sombre, mauvaise reproduction de Donatello sur la commode. Rue Dupetit-Thouars, les rares nuits avec pyjama trop chaud sous les draps et croissants le matin.

Les  lycéens – forment  autour de deux tables un groupe fumeur, bruyant, brusquement silencieux quand les cartes l’exigent, mais bavard et rieur. Ydit  tourne le dos à la porte des toilettes que rejoint MM dit Le Parrain, mais en une seconde, dans le miroir cloué à droite, il aperçoit la silhouette, immanquablement présente pour toujours dans sa mémoire la plus profonde, même ensevelie sous les gravats de vraie vie.  L’inverse de la statue du Commandeur : la statue/le statut du narrateur oblique.

MM dit Le Parrain fait attention aux marches, quel peut-être devenu son age, cinquante ans, soixante? (BOB et MORANE finiront par le savoir, n’en doutons pas ), la vue a faibli, l’escalier est rude et privé de rampe. Bien entendu Marcel Malbée, dit MM, Die Pate jette un coup d’œil sur les vieux adolescents ( à l’époque, à 17 ans, on est un vieil adolescent ) groupés là, trop nombreux. D’ailleurs  Marcel Malbée dit Le Parrain semble pressé de pisser, ou fatigué, ou on ne sait quoi. En descendant, il a rangé dans la pochette de la veste plusieurs tickets de Tiercé, un geste qui a aussi éparpillé son attention, de sorte qu’il ne voit pas qu’YDIT est là, en jean’s ajusté, le YDIT du deux pièces-cuisine-salle d’eau avec eau chaude et toilettes à l’intérieur, « Tu n’as pas trop chaud avec ton pyjama ? »

David dans l’entrée, assis avec des cartes, fermeture éclair vite-fait, chemise bleue rayée de blanc, le YDIT des pyjamas trop chauds, un peu genre veste de pyjama, justement la chemise. Mais oublions cela, le pyjama.

Posant le pied sur la première marche, concluant avec le garçon Gilbert une conversation de comptoir, tête encore tournée vers la salle en  haut, Marcel Malbée disait : «  La vie, c’est comme le café, pour que ça passe, faut s’en occuper ».

Aucun des joueurs de poker n’entend, ou n’écoute cette phrase de bar, ou de bordel, ou de confessionnal, ou d’amphi de philo avec Jankélévitch aux commandes :

«  La vie, c’est comme le café, pour que ça passe faut s’en occuper ».

Ydit, lui, rentre les épaules encore plus que si le surveillant général  venait d’apparaître (au lycée, c’est – à, l’époque- un  ex sous-officier Vietnamien rapatrié avec la fin des Indochines).

Ou comme si le corps entier de la Mémoire s’imposait en lui d’un coup unique et violent.

Ce genre de phrase, irritante et terrifiante, en même temps. Comment peut-on être si vulgaire et toutefois si véritable ? (l’inverse aussi). Dans un roman, le narrateur avouerait avoir perçu comme un éclair, une douleur, quelque chose  de violent, de nouveau. Rien de tel en cet instant, pour le joueur de poker nommé YDIT : c’est tout juste la raison pour laquelle Marcel Malbée  dit Le Parrain ne peut recevoir que de la haine : à cause de lui, ce qu’il fut et fit, à jamais YDIT est privé  d’une part de ses propres émotions, à jamais coupé à l’intérieur, coupé de son propre intérieur, souvent, protégé contre lui-même et le risque de la présence.

Mais c’est une autre histoire?..

…A moins que ce ne soit celle d’écrire ?

Marcel Malbée, MM dit Le Parrain entre dans les toilettes ( étroites, pas très soignées), Ydit s’excuse, doit partir, interrompre sa partie, se dépêcher de sortir du «  Café du Lycée et du Marché ». C’est la dernière fois qu’il aperçoit Marcel Malbée dit Le Parrain. Mais ça n’empêche pas l’imagination de le retrouver. Pour l’éparpouiller. Le discgracecraquer.

Et ça passe comme un éclair de soleil sur le corps mobile d’une femme au bord d’une rivière tendre,  Geneviève en été, d’autres en kayak nu en Ardèche, Tyne si belle sur les rives d’Andalousie, Fred agrippée à une couchette Venise-Paris (à chaque lieu où se trouvait Fred, c’était la lumière, on racontera cela),

ça passe aussitôt ce jour-là,  l’ombre de Marcel Malbée immédiatement est effacée par les refus rigoureux de la mémoire, rien à faire, rien à dire, revenant à la lumière et marchant rue Turbigo, vers le lycée, ce jour-là, Ydit ne sent pas la violence de la haine pas plus que la lourdeur de l’oubli. Trop tôt encore ? …

C’est plus de cinquante ans après, parce que la parole de toutes et tous envahit l’espace secret du silence jusque-là préservé, parce que Septante et davantage étant venus, c’est alors qu’il formule sa conviction à la fois exigeante et simpliste : maintenant, il lui va falloir retrouver Marcel Malbée dit MM Die Pate, l’épuiser, l’étouffer, l’écraser, le faire disparaître. Pas l’enterrer comme une vie de garçon, pas l’emmurer comme un chat noir d’auteur américain. Non. Faire disparaître. Et même ( pardon pour l’horreur de l’image ) l’encendrer comme une victime d’un camp.

Mais ça va prendre du temps : la vie est un long détour par des labyrinthes où ne règne plus personne. En plus, le Minotaure a pris la fuite, encore une fois. Jamais au bon endroit, celui-là.

Pourra-t-on jamais vraiment compter sur l’efficience de BOB et MORANE, engagés par la malicieuse et pragmatique FRED ? Mais alors, sinon, quoi ?

Cette question : Ydit croit entendre la voix impossible de HANGED JAMES, pendu qui flotte un peu au bout de sa branche, qui flotte dans l’air froid du matin comme dans un  trop grand pyjama bleu et blanc, même si le corps est nu dans l’encadré de la fenêtre, un nu sans ailes ni carquois, un nu sans main voilant le sexe, un nu dressé dans l’évidence de son définitif silence, et toutefois,

la   tête à hauteur de corde, HANGED JAMES, amical et narquois, bien que bien mort, tué par lui-même d’un coup de corde sans appel, demande :

Alors quoi, mec, il t’a fallu tout ce temps à toi-même

pour t’alerter sur toi-même ?

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, épisode VINGT-SEPT : LES ENQUETES de BOB et MORANE, Le sous-sol de la rue Turbigo, FIN – Les refuges rigoureux de la mémoire.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode VINGT-SIX, LES ENQUETES de BOB et MORANE, Le sous-sol de la rue Turbigo, DEBUT.

La vie est un long détour par des labyrinthes que le Minotaure a désertés depuis longtemps.

NOTE de MADAME FREDERIQUE :

A mes (sans doute déjà trop nombreuses) remarques d’ex-assistante alourdie par le poids du paquet dit « Lettre de A, version B. », j’ajouterai ceci que les variations de ton observées d’une page à l’autre me laissent aussi perplexe qu’incapable d’en fournir une explication.

TEXTE Lettre de A. Version B

On s’en souvient, dans l’une des discussions précédentes, FRED et YDIT s’interrogeaient mutuellement quant à l’opportunité d’ajouter à la recherche de Y.d’I. l’aide que pourrait apporter un duo de reporters, de spécialistes, d’experts de la filature, de savants de la reconstitution biographique, de la recherche généalogique ou, mieux encore, des familiers ( si jamais on peut l’être!! ) de l’exploration raisonnée des labyrinthes si intimes à l’intérieur desquels le nommé YDIT-personnage de roman-, soutenu de sa complice FRED- représentation de la mémoire- parcourent des chemins, non pas pour tuer le Minotaure, mais pour se débarrasser de l’idée même du Minotaure, ce qui est une rude ambition. Avouons-le.

On avait donc envisagé d’engager sur contrat, du reste vraiment très bien payé, deux héros fatigués quoi qu’encore actifs, des anciens frères toujours complices, quasi personnages de romans de gare sans égards : BOB et aussi MORANE. Cachés à l’abri de l’Ombre Jaune, ils avaient jadis  accompagné longuement les séances de siestes solitaires et de lecture, dans les premiers temps de Ydit. On aurait pu, il est vrai, les nommer Gog et Magog, ou Sodome et Gomorrhe, ou Marcel et Albertine. Mais pour BOB et MORANE, le Vieux Samuel avait souri de consentement. Un grand éclat de rire à sa façon.

Peut-être à dessein, dans l’espoir avoué de perdre la narration à force de l’enrichir, Fred avait arrêté son choix, à la suite de nombreuses speed-dating qu’on racontera peut-être un jour ici, et leur avait signé un contrat de collaborateurs occasionnels intermittents, au  principal motif que- certes- ils boivent souvent des coups (avec une préférence marquée pour les  Pinot noirs de Bourgogne et les Gamay du Beaujolais), mais que surtout ils ont pris entre autres dans le quartier du Temple l’habitude de la Beu, celle qui s’alimente et s’approvisionne au coin de la rue, à la sortie de n’importe quel lycée, à l’entrée de presque n’importe quel marché, mais surtout pas la Beu pour mauviettes bradée sous forme liquide dans les boutiques de CDD, CBD, BDC, ABCD, CDB…FRED -ne savait plus très bien comment on dit. Mais BOB et MORANE, dont certain aurait pu naître en R.D.A. conservaient l’héritage de la technique.

Plutôt Léo Malet que Céline : mélange délicat d’irrespect et de gros rouge, de petit Bleu et d’ironie. On ne les verra pas si souvent dans le développement du récit d’ici suivi, sauf comme des apparitions de Lénine sur un piano daliesque. Assez génialement grimés en détectives de roman….

Voici la preuve qu’ils accomplissent avec toute la discrétion nécessaire le principal de leur activité : creuser, fouiller, ne pas se lasser, recommencer, creuser, fouiller, mettre à jour quelques témoignages archéologiques d’une mémoire ruinée, ou plutôt simplement quelques témoins d’une scène tombée dans l’ombre. Marcel Malbée, dit MM, Die Pate, un souvenir ? Une piste? Une trace? Une fumée à la lisière de la ville? On aimerait tant LE, LUI, le voir de face.

En cet instant, BOB et MORANE sont dans le coeur de l’expectative : bel endroit pour le silence, et pourtant.

«  Si on regardait plutôt un peu mieux par la fenêtre ? » dit BOB, toujours le premier en expression.

«  Mais les passants passent sans cesse » répond MORANE« on a du mal à fixer l’objectif ».

«  Ma poule, on descendrait pas plutôt à la cafet?  demande BOB : ils ont des cappuccinos moins chers et on espionne mieux les marcheurs ».

Pour des raisons qui seront peut-être rapportés au cours d’un fragment ultérieur de récit (mais à cette date, la réserve de mots s’épuise, le seuil de 50 000 approche, va-t-on avoir le temps de tous ces récits ? Prévus, nécessaires et inutiles cependant ?), ces deux-là-les héros fatigués de la quête-se sont mis en tête, après avoir longuement écouté FRED, que la fréquentation des marcheuses dans les quartiers du centre de Paris-pas seulement dans le quartier du Temple où vivait Marcel Malbée dit PATE- pouvait  apporter sur les mouvements du monde et les évolutions de la conscience humaine des renseignements de première main. Illusion. Cela permettrait de récupérer les traces de ce qu’il resterait, s’il en restait jamais quelque chose, de Marcel Malbée,dit M.M., dit Le Parrain. Force est de constater qu’une telle ambition n’avait pas grand prise sur la réalité, raison pour laquelle sans doute l’immeuble mais incertain duo ne recevait encore pour l’instant et pour émoluments que de maigres fifrelins.

Fred, qui les avait recrutés et paisiblement initiés à divers aspects de leurs fonctions, avec son pragmatisme malicieux, et son désir d’écouter mêlé au plaisir d’interrompre, Fred leur avait confié une tâche simple et une mission claire, mais c’était encore un peu compliqué pour eux.

 A vrai dire, aider YDIT à retrouver le parrain, à l’empapouiller, à l’emcrabouillasser, le papardeliser, le mainsdanslecambousiser, le papouillertaler, le faire mardouiller, l’enraciner, le démembrer, le castagnietiser, le choucrouter -etc !…voilà une feuille de route qui les déroutait, car on ne sait jamais très bien par quel bout prendre un mort, un fantôme, une idée, un fantasme ( tout à fait comme on ne sait pas très bien par quel bout prendre un commencement, mais cette métaphysique interrogation leur échappait aussi, on le devine).

Les premiers résultats de l’enquête ( Cécile, elle, l’êut confiée à Fantomas) sont peu probants. Les Détectives calamiteux ont arpenté  au centre de Paris le quartier du Temple, les abords de ce lycée d’où, quelques années après la disparition volontaire de Marcel Malbée dit Le Parrain, on avait aperçu la forme pâle de celui-ci entrer dans un PMU. A l’instant même où YDIT sortait  du café que BOB et MORANE venaient de repérer, non seulement parce que le garçon y servait un petit coteau d’Auvergne  de très bonne qualité, mais aussi parce que dans le sous-sol comme jadis des lycéens se retrouvaient.

Sous-sol de troquet, un espace et  une occasion parfaits pour l’essentiel, se procurer un peu d’herbe à prix coûtant, et l’accessoire : recueillir d’une oreille placide les échos improbables de dialogues anciens, chacun des enquêteurs sachant que, dans La Chasse au Parrain, longtemps les échos raisonnent sur les murs, s’accrochent aux angles comme des toiles d’araignée, s’incrustent dans les plinthes comme des cafards ou des punaises de lit, et que tout ce petit monde peut permettre une Chasse au Parrain sinon agréable (cela ne se peut ) au moins efficace ( car cela se doit).

Espérons !

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode VINGT-SIX , Les ENQUETES de BOB et MORANE, Le sous-sol de la rue Turbigo, DEBUT Donc, à suivre…sous peu et dans la cave? En tout cas suite et fin le mercredi 13 mars .

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, épisode VINGT-CINQ : Matin du Jardin. Jardin dans le Matin. Ni baratin ni satin. Ni câlin dans le thym. Seulement le destin.

Note de Madame Frédérique :

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La nuit a été grise, mouillée, on ne sait pas ce que vont devenir les nuages. Jusque-là, on a vu pire. La radio du matin avoue un certain nombre de nouvelles à cause de quoi ça commencera un peu à – tout de même- aller moins bien, le monde en toi, la rudesse ici non nommée, plus mal et même encore moins bien, en toi, sensible au monde.

Puis, ce matin-là, ma vieille (mais alors tu n’étais pas vieille, et tu peines à le devenir ) tu te lèves comme d’habitude. Pas de raison de se presser, s’oppresser.

Ni baratin ni calin sous les thyms du braséro éteint, jour banal.

Lui  est là, il est tout nu, tout près, ce ne sont pas ses usages de pudeur, pourtant, mais tu ne le vois pas encore, pas déjà : tu tournes le dos à la fenêtre, presses le bouton vert de l’expresso rouge : capsule déca. Tu ne t’énerves jamais. Tu es sensible au temps.

Tu t’es couchée tard, soucieuse, après une séquence de froideur. Non, pas vraiment de froideur, tu ne dirais pas les choses avec ces mots à ton psy, tu le rencontres tout à l’heure, ton psy, chaque semaine, pas de froideur mais de …grisaille, comme vous en vivez parfois, James et toi. Vie de couple, et surtout James ne va pas très bien dans le fond de sa mémoire. Il parle quelquefois son malaise, en général il le tait, il se tait, tout se tait. Mais tu sais. Tout se sait.

En somme, une histoire qui semble embrumée dans son brouillard frais : vous avez, non, plutôt c’est lui qui a ergoté sur le concept de misandrie, probablement issu d’une de ces émissions de France Culture qu’il aime écouter en marchant, en bricolant votre maison, ou pendant certains moments de ses gardes de nuit. La dernière Histoire dont il a parlé, c’était une série sur la Saint-Barthélemy, la mort commandée de quelques-uns, devenue anonyme épidémie de meurtres. Cela l’effrayait, la mort collective, pour rien, une idée. Presque, il en pleurait.

Tu ne comprends pas, souvent, ce qui l’intéresse dans cette sorte d’histoires. Mais au moins, ça lui occupe la tête. Déjà ça. Pour certains garçons à qui on a trop et mal occupé le corps, s’occuper la tête ailleurs est une obligation vitale quotidienne. Ydit a organisé autrement sa résistance, lui – déjà dit dans cette saison IV : par la fuite d’écriture. Mais tu ne connais pas le passé de YDIT. Tant mieux.. Le commun d’YDIT et de JAMES, tout le monde l’ignore, et d’abord James. James : tapi dans les plis et les vagues, un rêve de promenade au phare, mais la lumière est éteinte…

Il noie son histoire dans les plis de pierre d’une mémoire mal taillée pour la survie. Et cela est bien, pas de lumière, car sa tête est encombrée d’images, sinon. Pas d’images, non, de brèves réminiscences plutôt. Son Parrain à lui – mais on ne saura jamais le détail de ce qui fut, ce qu’on lui fit, cordon de pyjama ou pas, tant mieux. On ignore et cependant c’est pareil.

Tu t’es couchée tard après cette séquence de grisaille, toi, tu détestes les brouilles, toi, les brumes dans l’affect, les brouillards dans la tête. Tu as mal dormi sous la couette trop chaude, toujours trop chaude. Il faudrait la changer. Mais ce n’est pas urgent. Urgent : continuer. Chaque matin, continuer.

Dans la nuit tu t’es levée pour ouvrir la fenêtre, pour laisser passer un filet d’air presque tiède. Dans votre chambre de l’étage (les chambres des enfants sont au-dessus) les hautes feuilles et les branches basses du châtaignier forment une sorte de halo de fraîcheur. Tu  respires le frais. Tu te penches un peu pour essayer de saisir une feuille, tout en sachant que sauf mouvement favorable du vent ce ne sera pas possible : la banche est trop loin. Dans le mouvement d’extension, peut-être, la courte nuisette de coton léger découvre-t-elle un peu l’ombre serrée au bas de tes fesses. Nul ne regarde. YDIT – un autre jour- aurait sans doute aimé cela,il aime toujours cela, on le sait, mais pas aujoud’hui. Toujours le désir, nul n’y peut rien. Mais non, pas aujourd’hui. Aujourd’hui, découverte de Hanged James. Tout à l’heure.

Pour toi, tirer la nuisette vers le bas, ce n’est pas dans les urgences. Si James surgit dans la cuisine, tant mieux. Déjà ça…

Not yet hanged James n’est pas dans le lit quand, plus tard encore, tu te réveilles à nouveau. Il aurait dû rentrer à la fin de sa garde, et  tu n’as rien entendu. Voilà pourquoi sans doute il fait maintenant un peu froid, c’est l’âpre saveur de l’absence. Le corps de Not Yet Hanged James, tu l’as aimé sensuellement – d’abord à l’école presque mais c’était à l’époque loin du sens-, tu l’as aimé presque chimiquement, comme une amante délivrée, aussi comme une presque mère presque incestueuse qui passe son amour à donner l’apaisement.

Il en fallait de l’apaisement.

Il est si fragile Not Yet Hanged James, ce garçon avec sa blondeur et cette couleur étonnante (émouvante car transparente, agaçante car fragile) que sa blondeur intégrale  pose sur les parts les plus intimes de lui, celle que tu connais peut-être mieux que lui, ce blond qui ne cache rien, roses renflements légers qui apparaissent dans leurs plis et sous le mouvement. A Ydit, ça lui aurait rappelé TYNE, la Blonde Africaine, ou les mousses de FRED. Mais FRED ni TYNE ne sont emplies d’images douloureuses, encombrées de mémoire.

La douleur de YDIt sera, toujours, de vivre l’incompréhension de cette injustice, pourquoi tant de mal, et cette fin de ce matin, à cause d’un pourtant si semblable désastre, Die Pate. .

Tu as aimé cela. Cette blondeur.

C’est loin, à présent, mais tu as aimé cela. Cette pâleur même de l’intérieur.

Tu te dis qu’il a sans doute dormi dans la petite chambre d’à côté, James, celle qui fut construite pour la plus jeune des filles. Vous faites souvent cela quand une vague fraîche vous a séparés pour un soir, pour une raison minime et toutefois cruciale ( c’est toujours comme ça : minime et crucial, voilà pourquoi tu seras surprise, et pourquoi toutefois tu vas tout comprendre ). Not Yet  Hanged James est fragile, c’est ainsi que chez lui le minime est crucial.

Tu as sommeil encore, il est tôt,  mais plus envie de te rendormir. Tu ressens le désir de le retrouver. De parler avec un café. De se regarder, se réconcilier, bonnes habitudes. Il doit être, maintenant, assis à la petite table ronde dans la cuisine, même si tu n’as pas entendu le bruit sauvage de la machine Nespresso. Il y a longtemps que cela ne t’était pas arrivé de manière aussi impérative : tu éprouves le désir de l’entourer des bras, de l’embrasser comme on s’embrasse dans les débuts, ou entre les enfants, et peut-être aussi es-tu dans le désir de le reconduire dans le lit, même si vous n’avez pas trop le temps, pour un rapide mais intense câlin du matin. Jadis, vous le faisiez parfois. Vite et en riant. Jadis.

Dans le lit, sans trop de temps, mais voilà aussi à quoi on reconnaît les amants. Vous aimiez beaucoup cela au début, il disait « Un café, un dodo, et hop, prêts pour le boulot ».

Sans le savoir, du coup, tu restes dans la nuisette légère, laissant sur le bras du fauteuil le gilet tricoté main dont tu te chauffes d’habitude au lever.

Dans la cuisine, parce que tu cherches d’autres capsules Nespresso dans une boîte sur l’étagère du fond, tu ne l’aperçois pas tout de suite.

Tu ne vois rien. Il disait souvent cela, dans les mauvais jours : « Toi, tu ne vois rien ».

Ensuite, tu l’aperçois, soudain, de  trois-quarts, dans l’angle du regard, et aussitôt tu te tournes pour lui faire face.

C’est ici qu’il est.

C’est ainsi qu’il est.

Voici l’homme.

Hanged James.

La branche est assez haute. Il a utilisé le grand escabeau, celui qui sert pour cueillir les fruits les plus élevés, et maintenant il est là, dressé,  pour toujours en toi devenu :

Debout derrière la fenêtre, tu regardes dans le début de votre jardin, et toi tu as le visage au niveau de son plexus. De son cœur. De son estomac. De sa nudité morte. Sa nudité salie de James désormais Hanged. Sans rémission. Cette fois sans rémission.

Lui tourne encore très légèrement. Il ne se balance pas, il tourne. On voit bien que c’est fini. Lui, c’est fini. Tu regardes, un peu noyée dans la stupeur, beaucoup brûlée dans l’émotion, mais tu savais qu’il tenterait cela, tu ne te le disais pas, tu ne te le disais plus depuis qu’il avait raté une autre fois, mais tu le savais. Cependant : pas ainsi, pas cette ténébreuse surprise au réveil. La fois d’avant c’était la taillade, veines tranchées dans l’eau chaude et la baignoire.

Assez de chance pour que tu rentres à temps.

Cette fois c’est fini. Pour de vrai. Il ne t’a pas offert ta chance de décrocher. Gérard Garouste peut bien, dans son tableau Pinocchio et la partie de Dés, se frapper la tempe et rigoler malicieusement, cette fois c’est la bonne. Il tenait beaucoup à son apparence, à la netteté de l’apparence. Voilà pourquoi sans doute il est nu : le moins souillé possible par ce qu’il advient sous hanged.

Le médecin dira que « c’était vers 4 ou 5h du matin, et d’un seul coup« . Hanged, c’est sans  recours, les toutes premières minutes passées. Ensuite, pas de recours, pas de retour.

Maintenant il est 7h, et c’est là, devant toi, encadré dans la fenêtre, et ça continue à tourner très lentement.

Tout ce qui se déroule ensuite, on n’en sait rien, on le devine, ou plutôt viennent toutes les questions qui resteront sans réponse faute de t’être posées : qui préviens-tu en premier ? As-tu essayé quelque chose pour si jamais, encore ? Une fois qu’ils sont arrivés, que font-ils de l’escabeau repoussé ? Ils le redressent et s’en servent pour le descendre ? Comment fait-on, fait-il, l’homme, là-haut : quelqu’un dénoue ? On coupe la corde ? À quel moment la cellule d’aide psychologique arrive-t-elle pour te porter secours ? Quand les brancardiers l’ont emporté, y a t- il quelqu’un qui vient ensuite pour nettoyer ce qui était issu de lui pendant la pendaison ? Ou bien on s’en fiche : c’est le jardin, sous l’arbre. Et quand on l’a décroché, aussitôt, ce n’est plus que le jardin, à nouveau, dîners d’amis l’été, fruits hauts.

Un jardin libéré de son pendu revient au primordial de la terre.

Jardin du matin.

Matin dans le jardin.

Noms pour des parfums de chez Hermès.

Et, aussi, c’est une petite maison propre dans une banlieue paisible. Jusque-là, tout allait bien. La nuit avait été grise, mouillée, on ne savait pas ce que vont à présent devenir les nuages. Des voisins vont s’éveiller, regarder la voiture rouge.

Jusque-là, on a vu pire. Pas toi.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, épisode VINGT-CINQ : Matin du Jardin. Jardin dans le Matin. Ni baratin, ni satin. A suivre …si on peut ? On respire, on prend un verre, on se retrouve le 6 mars n’est ce pas ?( encore un mercredi, la Sainte Colette, donc ce n’est pas le jour de plaisanter…)

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YDIT BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode VINGT-QUATRE : BLESSER LES DIMANCHES, 2 sur 2, Fin, il veut incendier les genoux de M.M.

Voici le 21 février, les mercredis de YDIT, pas seulement ce 21 février, maisdepuis le 14 février pour commencer – oui – pour une succession de trois épisodes que ( sans les relire) on sait cousus de peine et taillés vifs dans l’étoffe de la tristesse. On aura fini avec « ça » le 28 février- une année bissextile, c’est bien qu’il y ait du reste pour souffler.

Die Pate, ce temps-là, hélas revenu avec les « aveux » de tous les autres suintant leur détresse et leurs coupables,   ces années, surtout, ce sont des millions de dimanches sur les genoux de MM Marcel Malbée, dit Le parrain, tout le monde l’appelle sans article « Parrain ».

En image- mensonge et vérité-, même quand le vieux poele à charbon de la pièce à vivre s’essoufle ( car le charbon est coûteux)- le gamin apparaît en short dès que le temps le permet. Vieux pull en grosse laine provenant des bonnes oeuvres de la paroisse mais short – de scout sans patrouille? De filles intranquilles ?  Marcel Malbée – invisible toujours- lit longtemps et commente un peu un étonnant périodique, « l’Os à moelle ».

Toujours, après le déjeuner à quoi participe Grand-Mère-Savait ( on racontera cela ), un geste ( un cocker ferait de même), affectueux geste, accueillant, et YDIT apparaît comme un double sur les genoux de Marcel Malbée, assis en équerre, ou assis les cuisses en parallèle. Ce qui est mieux. Pour Parrain. Pour la chaleur, la fraîcheur, la tiédeur, la candeur ( fausse )( dès l’après première fois, où ne fut pas dit « non »)

Le gamin ne perçoit rien de l’émotion probable, Parrain presque toujours pose une main sur une cuisse, affectueux Parrain, mine de rien Parrain, petit plaisir Parrain, pose une main très au chaud la-haut,le gamin ne sent pas de chair qui vibrerait, rien, mais c’est la place du gamin aussi, pour les milliers de dimanches, pour vivre, cuisse à cuisse les longues, si longues, ennuyeuses,

si ennuyeuses, interminablement reprises et toujours plus ennuyeuses, parties de MONOPOLY. Parrain et lui sont assis à la table de bois, à demi débarrassée.

Au centre, un saladier, qui sert aussi de cendrier.      

Presque toujours, l’une des mains de Parrain est posée sur une cuisse de gamin, ce qui doit être un souvenir mensonger. Car comment jouer au Monopoly d’une seule main? Le gamin n’achète ni ne vend, c’est Marcel Malbée qui joue pour lui, c’est Marcel Malbée qui joue avec lui, et c’est Parrain qui lui tient gentiment la main pour le mouvement des cartes, des pions, des billets, des maisons, comme c’est attendrissant, il s’occupe bien de son filleul, non ? Il lui apprend bien les gestes, non ??.

Au cours du jeu – mouvementé, conçu ainsi-, Parrain par instants recale le gamin aussi près que possible sur les genoux. Sans l’étoffe, jolies petites fesses rondes, les laver ensuite, conseil de la mère quand il revient des nuits chez Parrain, plus tard. Mais il y a l’étoffe. Pour l’instant ?

Entre le repas et les parties, ou quand chacun s’est tout de même lassé de l’inepte jeu (acheter des « maisons » avec de faux billets tandis que le charbon manque un peu…), la famille s’occupe. Parrain lit son journal. Les autres suivent des westerns sur l’écran, qui vient tout juste d’arriver ici, cadeau ( ou salaire?) de parrain à noel. Ou des cartons gris à lettres amovibles blanches qui annoncent les résultats des matchs,

Brive 15/Aurillac 12.  Dimanche, c’est match.

Entre deux séances-genoux ( quel jour Parrain retrouve-t-il le gamin sur ses genoux alors qu’a eu lieu depuis peu l’immémorielle « première fois »? Et que YDIT « non » n’a pas dit. Pas dit « NON », et maintenant ce dimanche le voici à nouveau qui s’étale cuisses nues dans son éternel short, malgré le froid, sur les chauds genoux ? Quelle complice confusion, et dans l’avenir, donc, d’autres fois prévisibles ? Dès la deuxième fois, puisqu’on n’a pas dit non, il y aura une vingtième)…

Entre deux séances -genoux, avant l’heure de raccompagner à trois (Père, Parrain, Ydit) La Grand-Mère-Savait jusqu’à sa maison de retraite, Ydit met en scène de façon éclatante (et sans le savoir), ce qu’il voudrait pouvoir dire, ce qu’il faudrait savoir faire advenir, ce dont il faudrait ne pas se souvenir.

Par le jeu, du maquillage, il dit, Ydit, tout ce qu’on devrait savoir, mais personne n’écoute, personne n’écoute jamais, peu importe au fond, pas la peine d’écouter, de faire encore cet effort, de faire l’effort de faire semblant de l’effort, puiqu’ils savaient, tous, ils savaient, tous ils savaient, tous ils le savaient, qu’il ne faut pas oublier de se les laver quand on va (désormais) chez Parrain, et tous se taisaient.

Dimanche, dix fois : le gamin va dans la cuisine carrelée, petite, mal tiédie par la cuisinière qui sert à chauffer l’eau des ablutions du dimanche matin, encore un peu propre. Là, Ydit caché se travaille le masque, se compose le visage et s’expose (sans le savoir), le message.

On l’aperçoit, dans son short beige, les fesses posées contre l’émail protecteur de l’évier par endroits éclaté. Il a posé le petit miroir sur la table à toile cirée. D’une entorse ancienne il reste une bande de soins. A l’école ( plus tard au collège ? ) la maîtresse veut quelques tubes de gouache. Le gamin s’entoure le front, serré, fort, et dans la glace impose à son crâne une marque d’impact rouge, de balle, venue de Western à la télé sans doute, sans savoir au fond à quel agaçant jeu il convoque la famille. Qui ne voit.

  Quand il revient dans la salle à vivre, la Grand-Mère-Savait se montre agacée, ce gamin est stupide, et ça gâche la peinture, c’est cher. Mère ne dit rien, elle fera la lessive, et c’est un petit garçon si gentil avec tout le monde, et premier à l’école, il faut bien laisser passer quelques babioles.

Dans la cuisine, Ydit reste seul, on ne s’occupa pas de lui, on le sait un petit garçon sage qui ne ferait pas de vraies bétises. Il pose sur un peu d’eau la coque en plastique du petit bateau de pirates reçu à noel, jouet récupéré dans les offrandes de la paroisse de la Sainte Famille, pour les pauvres du père Martin, rue Paul de Kock.

Cette fois, le gamin perce la coque, avec la pointe de l’épluche-légumes, et il s’amuse à voir couler dans l’évier le petit jouet. Surtout, surtout bien sûr, il le récupère avant la fin, toujours le récupère, et colle ( colle liquide, filante sous les doigts, blanchâtre, très vite sêche, on peut la nettoyer avec le bord d’une serviette nid d’abeille, si besoin ) il colle sur l’orifice de menus morceaux de celluloid découpés dans les baleines pour chemises que la mère (en cette période) coud à domicile et qu’il va livrer chez la grossiste.

Ainsi, toujours le bateau est sauvé, ouf, coque percée, mais bateau récupéré, donc toujours l’enfant un dimanche suivant, un dimanche toujours, perce de menus trous dans la coque, et regarde le naufrage par lui provoqué, puis peu après par lui évité, c’est vrai qu’on peut flotter malgré l’atteinte ? Ydit ne sait pas le sens du jeu. Il perce, répare, flotte : la vie depuis Parrain.

D’ailleurs, personne ne regarde ces jeux un peu idiots, pourvu qu’on ne dérériore pas trop le jouet, qu’il puisse encore servir, dit Grand-Mère-Savait, quand elle vient chercher un verre d’eau dans la cuisine.   

D’autres fois, YDIT allume des feux divers dans le cendrier très en usage, ou dans le plat à salade resté pour qu’on se mette à jouer au Monopoly. Paisible, sans aucune intention ni fébrilité, il fait brûler tout ce qui est à portée de la main, ça provoque de tout petits feux en vase clos, de la flamme en bocal, de l’incendie sous-verre, une autre chaleur, pas le charbon rare, ni la main de parrain, feu qu’il s’amuse à éteindre avec une mini figurine de pompier, jouet provenant de la paroisse.

Et dans la superbe indifférence générale Ydit fait brûler le jeu, la main de Parrain, les genoux de Marcel Malbée, l’haleine de Die Pate quand on est sur se genoux, les mots croisés de  » l’Os à Moelle », et seule Grand-Mère-Savait, de nouveau dit que c’est agaçant, les odeurs que font les tickets de PMU en brûlant, mais personne ici ne répond, car nul ne s’intéresse à ce qu’on brûle ainsi, dans le vase clos du dimanche, qu’on brûle et qu’on éteint. Parce que, tout de même, avouons-le une fois, encore : on n’a pas su dire NON.

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Didier JOUAULT pour : YDIT BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode VINGT-QUATRE : BLESSER LES DIMANCHES, 2 sur 2, Fin, incendier les genoux de M.M.  PIRE à VENIR , La semaine prochaine, l’apparition dans la fenêtre, douloureux épisode.

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