YDIT BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode VINGT-TROIS : BLESSER LES DIMANCHES, 1 sur 2, Début, les contours d’une image trop perdue.

Note de Madame Frédérique :

LETTRE de A., Version B.     

Marcel Malbée se mue à jamais en indescriptible fantôme : la mémoire, de lui, violemment close, ne conserve que les ombres, les toiles de fond, les voisinages, les traces. Pour cette histoire, banalement, les jours s’ignorent les uns les autres. Ils se confondent comme s’ils ne glissaient pas, rusés, malins comme la peau mirabelle d’Adèle sur la terrasse ( revoir épisodes 16 et 17, décembre 2023) , comme s’ils ne couraient pas, tortueux tels un lézard, s’ils de résonnaient pas, méticuleux et pédants comme une parole de professeur qui récite les Maximes d’un Duc : épisodes récents ( janvier 2024), même si les semaines passent, ici depuis le mois d’août 2013, si loin, si près, tant de mots ; ou encore aussi (aussi et autrement) comme si le pendu dans l’horloge, par son battement si conforme, métronome du mal-guérir, implacable mesure de ce qui ne passe plus, ne passera plus, comme si Hanged James ne marquait pas l’inévitable progrès dans la mort de Hanged James, ou l’injuste et parfaite légéreté que raconte ici, impertinent, altéré mais intouchable, le narrateur YDIT, narrateur compulsif et menteur.

Définitif dans sa lenteur.

Marcel Malbée, dit M.M., Le Parrain, Die Pate, jamais on n’arrive à faire revenir en mémoire les mains pourtant si lourdes, le visage cependant si proche, ou le dos tourné dans le lit, ou la bouche trop noire.

Tous les jours se copient les uns les autres, et cependant quelques-uns ont été uniques. Mais, déjà écrit et avoué, YDIT reste incapable de retrouver les actes du premier jour, du premier jouir, du premier jet, l’originelle souplesse de la colonne vertébrale et du désir en réponse à la question :  » Tu n’as pas trop chaud, avec ton pyjama?« . Il n’y a plus de première fois. Le début n’existe plus. Banalement. « Cela » ne commence pas. Et donc ne peut finir.

Big Bang initial, inévitable ( car sinon rien ensuite),

et sans représentation ni souvenir, RIEN.

L’imaginer- sous diverses postures et versions-, est facile, on en a vu ou lu d’autres. Retrouver des suites, des enchainements à l’ouverture vive de la cordelette, au glissement suave du pyjama dans le geste des reins, savoir ce que dévoile ce geste aussi est possible (on en a défait des pyjamas, ouvrant sur « L’Origine du Monde », on racontera par exemple, en 2026,;comment Marie-Christine dormait sans ), on sait comment l’imaginer, l’inventer, l’imager, comment se souvenir, décrire : cent et une images, mille et une impressions réveillées depuis les heures vécues avec n’importe qui d’autre, émouvantes heures d’Eros ou tendres heures d’amies : facile.

Mais l’impossible de cette image est par ailleurs formel, radical, terroriste : pour Marcel Malbée, dit MM, Die Pate, jamais, jamais, on ne parvient, malgré tous les efforts, fatigants efforts répétés au début de la réapparition de Marcel Malbée, lors des projets d’écrire ceci, de récit de Y.d’Y dit YDIT le Didi, jamais on n’arrive à faire revenir en mémoire les mains pourtant si lourdes, le visage cependant si proche, ou le dos tourné dans le lit, ou la bouche trop noire, même pas une fraction de corps intime emplissant le regard, non, de Marcel Malbée, dit MM, Die Pate, de lui, rien, RIEN, l’absence de représentation, jamais une image même très parcellaire, même déformée par l’age ou l’usage. Impuissant effort, pénible : Marcel Malbée n’existe plus que dans le décor, le récit, par la bande.

Marcel Malbée se mue à jamais en indescriptible fantôme : la mémoire, de lui, violemment close, ne conserve que les ombres, les toiles de fond, les voisinages, les traces : un chemin de gravillon pour sortir d’une auberge en Forêt Noire et vomir dans les bacs à Camélia,- quelle chance que ton Parrain t’offre un voyage;  la serviette blanche nid d’abeille trop mince épongeant mal des preuves à soustraire à une femme de chambre d’hotel – il est si gentil de t’inviter pour ce week-end à Saumur, où ta grand’mère a tenu un bar PMU; les fauteuils en skai rouge-brun d’une toute nouvelle 4 CV lors d’une excursion à Fontainebleau – c’est la première fois que tu manges des fraises à la chantilly avec glace vanille, ton Parrain s’occupe bien de toi; et les décors, palier, rideau sombre, David en Donatello à fesses jolies, le cosy, lavabo, brosse à dents- tu n’oublies pas de te les laver quand tu vas dormir chez ton parrain après le cinéma parce que c’est trop loin pour rentrer. Te les laver. LES. La mère n’explicite pas ce qu’il semble bien élévé de bien se les laver.

Marcel Malbée se mue à jamais en indescriptible fantôme : la mémoire, de lui, violemment close, ne conserve que les ombres, les toiles de fond, les voisinages, les traces.

Pourtant, avec l’effort, comme une respiration s’implante au cours du Marathon, une permanence d’images s’installe en souvenir, en image de référence, en terre de glaise pour la pioche du souvenir. Inventée ? Reconstituée ?

Die Pate, ce temps-là, hélas revenu avec les « aveux » de tous les autres suintant leur détresse et leurs coupables, ces années, surtout, ce sont des millions de dimanches sur les genoux de MM Marcel Malbée, dit Le parrain, tout le monde l’appelle sans article « Parrain »,dans la famille.

Tant de dimanches et le temps de voir la vie sur les genoux – en imaginant la vie sans les mains de Parrain.         Tant de dimanches et le temps de voir la vie sur les genoux – en imaginant la vie sans les mains de Parrain. Qui avait tant de mains, hier.

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Didier JOUAULT pour YDIT BLOG , Nouvelle saison, Saison IV, Episode VINGT-TROIS : BLESSER les DIMANCHES, 1 sur 2, DEBUT, les contours d’une image perdue.  A suivre, la semaine prochaine, Blesser les dimanches, 2 sur 2 , FIN. Ensuite, en février, à la fin, l’épisode suivant : glacial, frissons dans le dos, hélas. Emotions sensibles, s’abstenir, le 28 février…

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode VINGT-DEUX : Entrer en quelque sorte par les fuites, une panoplie de l’évitement.

Note de Madame Frédérique :

Il n’est pas impossible que ce fragment, à vrai dire deux feuilles volantes type cahier d’écolier agrafées, ne figure pas exactement à la place- dans la succession narrative- qu’avait ( aurait ?) prévue mon ex-directeur. Ce n’est pas ( et ce ne sera pas ) le seul  cas d’indécision- y compris sur des alternances de « thèmes » dont je me demande si la disparition inattendue de Y.d’I n’a pas empêché qu’elles fassent l’objet d’aménagements, voire de profondes révisions. J’y reviendrai pour les textes sur l’Afrique, mais il est trop tôt.

Et surtout je garde ma distance.

YDIT : « Lettre de A ». Version B

Ydit a rêvé de trouver une entrée dans les livres et c’est toujours une entrée de labyrinthe, une entrée dans son propre récit, en évoquant tous les livres qu’on a peut-être eu le tort de lire, et ils sont nombreux : par exemple des polars plus ou moins noirs, plus ou moins lourds, lus tard le soir, un peu le jour, sous le grand chêne près de la maison Cucuron, sur les trois  balcons de Paris 12e. Au total ce sont des années sans doute de lecture à vide un peu comme si l’on pédalait sur un vélo d’appartement, sans raison. Mais autour de ces livres surgît nécessairement un paysage, plutôt les mémoires colorées des paysages. Reviennent aussi tous les moments brisés par l’ouverture d’un roman ?

Ce fut même le thème d’un entretien avec le rubricard du journal «  Le Maine libre ». Nous avions sympathisé.

Il rédigeait volontiers des articles sur mon travail. Il arrivait  dans une toute petite voiture rouge, je l’invitais à déjeuner et il acceptait, tous deux sans arrière-pensée. Ensuite on s’allégeait par les paroles comme on enlève un pull rose.

L’un de ces papiers de l’été, sur une pleine page, m’interrogeait sur les conditions de mes lectures. J’avais raconté avoir lu « Les chemins de la liberté » sur un banc, à l’ombre, dans Central Park, en août.

Laurence somnolait à côté.

Tout cela est une autre histoire. Encore une histoire autre. Une Histoire pour faire marcher. Puisque on marche surtout pour raconter.

Sinon, sans récit, à quoi bon marcher ? YDIT aurait pu commencer ce récit Saison IV- par les environnements des livres les mieux lus, les plus épais peut-être, Roberto BOLANO, Jonathan LITTEL, Russel BANKS, Marguerite YOURCENAR, Danièle SALLENAVE, Léonardo PADOURA, Hariki MURAKAMI, Chris KRAUS, Gunter GRASS, Mathias ENARD, Harry MUSLISCH, Vassili GROSSMAN, même Daniel CORDIER ( ceux de la première étagère en entrant, on a évité Dumas ou Hugo ou Balzac, même Pérec, hors concours) évoquant ainsi l’écrin plutôt que le bijou, les décors davantage que la pièce, l’inamovible du souvenir, au lieu de l’incertain qu’est toujours une lecture. Une autre idée avait été de commencer par le récit de fausses lectures, la description de faux romans immenses et superbes, déclarés inconnus, traduits du Finois tel qu’on le parlait avant que La Finlande fût indépendante, ou de n’importe quel autre langage mal accessible.

Des listes ont été ainsi dressées, de romans imaginaires, mais il avait cessé à la page 11. Elles ont disparu. L’ordinateur ne conserve pas les manuscrits, sauf ceux de MarKo.

Car l’idée avait paru désuette, soudain, comme un squelette de littérature expérimentale, un fantôme troué de l’Oulipo, un archaïsme insensé digne de ces troupes de jeunes femmes scouts qu’on croise sur les routes de la Puisaye, ou du Pays Fort, en bande suante et fatiguée, en fin d’après-midi, sourires niais, foulards et chaussettes trempées, fesses et poitrine trop serrées par les catholiques élastiques des dessous de la réalité. On les  retrouve, presque les mêmes, assises,  douchées, lèvres peintes, humeur juvénile, chigons refaits, culottes sèches, à la terrasse de la Brasserie de l’Horloge, un soir de dîner solitaire à Avalon. A les voir marcher en groupes ou commander une salade César, Ydit se demande toujours à quoi peut bien ressembler le corps de chacune, si dissemblable et cependant le même, stupeur continue des désirs ; les corps sont tellement les mêmes – sous  l’uniforme qui défie leur singularité. Derrière l’apparente similitude de leur corsage kaki renforcé de poches et de badges (comme autant de barrières au regard) leurs seins, sur la route, balancent le mouvement de formes différentes dans le rythme commun. Elles se nouent le foulard comme on prépare une corde de chanvre, mais pour de rire.

Une rêverie un peu trop rêveuse les imagine au repos dans la chaleur des voisinages sages et suaves . « La patrouille au sauna » : titre imbécile de film années soixante-dix ? Pendant ce temps la salade Caésar refroidit. Et question basique : points communs du sauna et du confessionnal ? La nudité? L’allègement?

Et, pensait Ydit, on peut aussi, on aurait pu aussi, entrer dans le labyrinthe du livre, ce roman-images de maintenant, épisode VING-DEUX, dans les souterrains secrets du récit, pénétrer  (encore et jusqu’à ce point de fureur puritaine : le logiciel de l’ordinateur, à la dictée du mot pénétrer donne********),  entrer par en quelque sorte les fuites : c’est-à-dire par tous les romans qu’on a lus, ou au moins débutés, au lieu de rester avec les amis, et les femmes, qu’on a aimés. Avec les enfants, aussi, mais les enfants, non, pas dans cette histoire.

Tandis qu’on lisait jadis et naguère, à chaque page qui tournait, à chaque personnage apparu, c’était comme une trahison, comme un lambeau de temps  découpé dans la vie de l’autre. Ainsi, les pages du livre nient peu à peu la présence d’un voisin, parce qu’on croyait que les amours se déclinent au cas de la permanence, un nominatif de la présence, alors que non, définitivement non, aucune durée n’est jamais promise par l’aventure de vivre, depuis qu’on a ouvert un livre et corné une page.

Chaque page lue en solitaire est un pari dangereux fait sur la possibilité que le temps soit durable.

Le beau projet, c’était de raconter en parallèle les fuites ou disparitions d’amis ou d’amantes, pendant qu’on s’abandonnait au roman en train d’aboutir, 150 000 mots qui restent, il y a des mois déjà, roman-images écrit en 2022, repris et imagé en 2023, jusqu’au milieu de l’été, puis ça vogue désormais tout seul pour YDIT, occupé à autre chose ( hormis la relecture de chaque épisode la veille de la parution, sauf manquements, nombreux) roman-images presqu’en voie d’oubli, et dont voici pourtant le commencement longuement commencé, pour vous. Jeux du temps.

Programmer l’avenir avec certitude : l’épisode vingt-trois sera vers mi- février 2024, c’est décidé, en août 2023. Puis de continuer, puis de terminer, en racontant quelques fausses retrouvailles avec les disparus, avec les effacés, un peu comme si le temps pouvait, finalement, sur une terrasse, avec un verre, se faire récompense, croix d’honneur.

Rolin, l’ancien baroudeur clandestin d’une organisation anticapitaliste très virulente, se retrouve bien là. Tigre de papier.

Tous ces commencements sont – ou plutôt auraient été façonnés- sur le même « patron » : une panoplie de l’évitement. Quant à l’éviter, l’effort d’écrire, autant léviter sur la tombe principale d’un cimetière dans la colline éternelle : terrils de souvenirs défectueux.

«  C’est sur nos tombes que le désert avance » chante France Gall, remasterisée dans l’émission de minuit que j’écoute en buvant un dernier verre sur la terrasse du Midi (mais ce n’est jamais un dernier verre), en choisissant sur la carte IGN mon trajet de randonnée pour demain. Une carte, la marche, c’est le contraire même du désert, et j’ignore encore comment on peut vivre dans la solitude, marcher sans carte, et sont fréquentes cependant les fulgurances sur  la certitude de sa propre finitude.

Finir le plan de marche pour demain, terminer le verre, surveiller la nuit depuis la terrasse, deux filles parlent encore, pas loin, cuisses rondes écrasées sur le haut tabouret, elles étaient dans la patrouille mais pas dans le sauna, hélas, deux filles avec leur voix haute ou basse selon l’instant, dernières girls-scouts dans ma nuit solitaire dAvalon, , maintenant les écouter c’est un peu voyager dans l’espace vers le point éloigné de tous qu’on nomme Big Bang.

Les voix des filles, la nuit, font voyager vers le passé de l’homme. «  C’est sur nos tombes que le désert avance », éveillant , ces voix, les fulgurances sur  la certitude de sa propre finitude.

Commencer à se rappeler c’est agacer le monstre, lui verser un peu de citron frais sur les mâchoires, de gingembre sur la langue, de piment au coin des narines : on sait ce qu’on risque.

Par exemple, les deux girl-scout sont Tyne et Jo, nous étions partis à trois en Grèce, et à Piacere en Sicile, à cette heure-ci nous dormions nus enlacés sur la terrasse trop chaude, appartement pas cher, on sait ce qu’on risque, à laisser le souvenir déménager les images. On sait- à présent- ce qu’on risque avec aussi Marcel Malbée, dit MM, Die pate : condamnation à perpétuité.

Tout cela est une autre histoire. Encore une histoire autre. Une Histoire pour faire marcher. Puisque on marche surtout pour raconter.

Sinon, sans récit, à quoi bon marcher ?

On sait que ça peut durer, ensuite, ne jamais finir de remuer, comme une purulente germination des mots. Proust, évidemment : exemple parfait de l’interminable.

Image, cependant, soudain, avant de tenter le toujours dur assaut du sommeil : on se voit en pull vert amande col en V, ridicule et utile ; dans la salle trop mal chauffée du « Comité Paritaire », on peut ainsi enlever la veste sans avoir froid, et faire « commun ». La réunion est à l’agenda, tout un vendredi après-midi. On racontera cela.

Puis dimanche, Foire aux faïences et aux céramiques, à Malicorne, sud- Sarthe, la facture des bols est restée glissée dans l’agenda, l’artisane aux mains roses a peint le prénom des deux filles sur les tasses, pull vieux rose sur les épaules, on craint les froids premiers d’octobre, mais il avait fait beau, à Malicorne, sud-Sarthe, on avait goûté de tartines à la rillette et de jus de pomme, en rigolant, on  avait aussi acheté un table ancienne et quatre chaises pour la maison de fonction, mal meublée.

Leur prix avait fait rire la famille des venus de Paris .

Voici tout cela qu’on pourrait aussi tenter de raconter. Les bonheurs. Les jours. La simple évidence des petits moments sereins et joyeux. Mais à quoi bon ? Et comment cela serait-il encore possible depuis que Marcel Malbée, dit M.M., dit Le Parrain, a transformé son absence en fantôme, son oubli en reminiscence, et qu’il s’est assis, dans le silence, sous l’arbre même où le vent fait encore tourner Hanged James ? Avec la question :  » Il fait bien chaud, tu n’enlèverais pas ton pyjama ? Et jamais sa main n’aide à dénouer le cordon, il faut que le gamin n’aie pas dit « non ».

Soudain, tous deux ont taillé ma mémoire au vif. Ne reste à raconter, pour un temps, rien d’autre que ceci : eux. Statuetteb de David sur le buffet de l’entrée sur Dupetit-Thouars. Chez Parrain, Marcel Malbée. Hanged James sous la branche dans la fenêtre. Depuis la cuisine : roman-images. Il faut bien s’y résoudre. S’y contraindre. S’y abandonner.

Marcel Malbée, le Parrain aux doigts trop chauds/ Hanged James, le Pendu aux cou trop étroit. Un archaïsme insensé digne de ces troupes de jeunes femmes scouts qu’on croise sur les routes de la Puisaye, ou du Pays Fort, en bande suante et fatiguée, en fin d’après-midi, sourires niais, foulards et chaussettes trempées, fesses et poitrine trop serrées par les catholiques élastiques des dessous de la réalité.

Sauf que leurs squelettes font du bruit dans la tête.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4 , Episode VINGT-DEUX : Entrer en quelque sorte par les fuites, une panoplie de l’évitement. A suivre? Oui, si vous désirez savoir comment BOB et MORANE consuisent ( mal) leur enquête…(mais la solde n’est pas mauvaise ). Rendez-vous non pas le 14 février seulement, mais le 14 février pour commencer – oui – pour une succession de trois épisodes que ( sans les relire) on sait cousus de peine et taillés vifs dans l’étoffe de la tristesse. On aura fini avec « ça » le 28 février- une année bissextile, c’est bien qu’il y ait du reste pour souffler.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode VINGT-ET-UN /partie 2 sur 2- FRED et le Vieux Duc, La Saison 4, dit-elle, à La Ferté-Vidame, dans le salon de Madame, c’est son portrait tout crasché ? (fin du détour par l’écume des ruines et l’air de la verdure).

Note de Madame Frédérique:

A de nombreuses reprises, la continuité apparente du récit central, ou paraissant tel ( l’enquête sur « Marcel Malbée, dit MM, Die Pate », ainsi que le nomme mon ex patron) est différée par l’immixtion de récits en apparence parallèles – peut-être comme des enluminures inachevées qui borderaient un récit troué ? On perçoit sans doute que, résignée à rendre public ce fatras dit « Lettre de A., Version B », par périodes, je serais gagnée par une lassitude vaguement agacée, n’eût été la puissance perenne de notre ancienne complicité. Maitrisant (plutôt :ayant pris connaissance de) la totalité du paquet, je peux anticiper d’autres cassures du récit central. Espèces de ruptures du contrat narratif, selon des parcours non pas du tout « poétiques », mais sur le modèle de chansons, refrains, rythmes, retours.

Lettre de A. Version B

Narration: Ydit a l’a promis : Retour sur FRED, permanente plongée en eau claire, donc :

« Dis leur ce que je fais là ! »

RECIT d’YDIT :

C’est déjà tard. Ydit entre ici avec les yeux d’un type qui n’aurait pas dormi depuis la moitié de sa vie, ou un lièvre que la terreur entérine. Debout encore, au milieu d’un amphithéatre bicentenaire, il écoute le professeur qui dépiaute les « Maximes » d’un bon (?) vieux Duc, on dirait un apprenti-cuisinier préparant sa Julienne d’une main gourde. « Main gourde, petit plaisir« , FRED aurait pu dire cela.

Assise dans la pénombre locale – l’université reste pauvre – sur un gradin derrière lui, elle (on ignore encore son nom ) dit : » C’est vrai, ça surprend, le décor, mais c’est parce que ça a été repeint couleur vieilles sueurs, les bancs de bois dur. » L’amphi semble vide plus qu’à moitié. Dans un mauvais roman le narrateur écrirait que FRED ( oui, la voici, mais la voici depuis si longtemps !) le remplit à elle seule, mais non, personne jamais ne remplit le silence. Même FRED dans le vent de pierre. Même Fred en montre en vitrine .

Sur l’estrade, en Sorbonne, le professeur procède : Ydit, encore, ignore qu’il sera et fera de même, quelque temps. Il est à cet âge où l’on ne sait encore rien de soi.

En cet instant, FRED s’est levée, puis a posé une main sur l’épaule d’YDIT, comme une aînée qui protégerait, pour le consoler, non pas des Maximes, non pas de l’hypocrisie (on en reste inconsolable), mais de l’immense inutilité parfaite de toutes ces précisions de chasseur dominical déguisé en artilleur de Verdun : études de Littérature …Ils ne se connaissent pas, et cependant Ydit recouvre avec tiédeur cette main très nue. Il apprend que même pressée dans un scaphandre tressé pour visiter les abysses, Fred est nue. Toujours. »Comme ça on ne perd pas son temps avec les vétilles. »

« Si on prend, dit l’orateur à la tribune, l‘une des maximes les plus fameuses de notre Duc et Pair, il est tout à fait intéressant d’observer les étapes de la rédaction. Par exemple : « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ». Dans la première édition, celle encore anonyme de 1662, l’encore clandestin duc écrit : »……

« Un autre exemple, continue le dit-sécateur, serait la maxime probablement la plus célèbre, la 26 dans l’édition de 1678, dite « définitive », seulement parce que c’est la dernière ( la cinquième) publiée du vivant du duc, mais la XXIX dans la première édition, maxime que je cite dans sa forme accoutumée, soit « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement », la formule de l’édition dite « subreptice » en 1662, seize ans plus tôt, et maintenue dans la « définitive » bien que la formule finale devienne « de face » pour l’édition de Hollande, publiée fin 1663, peut-être, mais plus sûrement début 1664, comme vous savez, bien sûr, mais sans doute à partir des mauvaises copies, ainsi qu’en atteste l’absence remarquée à cette place (presqu’au début des « Maximes » ), dans le manuscrit édité par Edouard de Barthélémy, dont je vous ai déjà signalé une étonnante médiocrité.

Le langage se perd dans des accords incertains, les ruines du texte sont dans l’ombre, les paroles vont se dissoudre comme une jeune femme dans les cauchemardesques tornades nocturnes.

L’amphi est obscur, lui aussi, sans intérêt, lové sur les infimes détails des textes étripés ici. « Do you have a light » dit FRED, qui s’amuse. Elle pourrait murmurer aussi : « I prefer do not« . Au moins une Gitane, une Camel, sans filtre? Et se rassied. A l’époque, on fume dans les universités ou les usines.C’est pourquoi le monde allait autrement. Ydit offre la cigarette.

Avec soin il évite les hollandaises, surtout

« Cette maxime est introuvable telle quelle dans le « Manuscrit de Liancourt », dont vous vous souvenez aussi qu’il répertorie les « Maximes » avant toute édition, mais ne contient pas celles ajoutées dans la perspective d’un publication, publication à quoi le duc ne pensait pas d’abord, évidemment, compte-tenu de son rang, et sur ce sujet – très délicat- des versions, je m’en réfère ici, naturellement, à ce qui reste une source inévitable, également inépuisable, le fameux article de GRUBBS  » La Genèse des maximes de la Rochefoucauld, Revue d’Histoire littéraire de la France, 1932-1933″, vous l’avez dans la bibliographie que je vous ai distribuée, pour ceux qui ont eu le courage de la consulter, s’il y en a encore parmi vous. »

Le professeur de Sorbonne marque un temps, certain de l’émotion curieuse (ou de l’étonnante émotion?) de son auditoire dépecé, diminué, en voie d’approche tendancielle d’un taux de profit voisin du zéro. FRED, encore sur la banc arrière, a saisi la Camel tendue par YDIT, dégagé sa main, et ne fume pas. On ne gâche pas la chaleur.

Ydit commence à devenir sa propre silhouette qui marche dans le soleil de FRED.

Le Professeur : « Il faudrait ajouter le commentaire de la reine Christine de Suède, j’ai déjà évoqué l’intérêt moyen des remarques manuscrites faites par elle, de sa plume, sur son exemplaire, en Français, même si cela nous guide dans notre approche de la « réception » du texte en Europe, Maxime donc elle écrit, dans le premier manuscrit : « Cela est vrai, humainement parlant », puis- dans le second (mais vous en connaissez l’authenticité tout à fait douteuse) : « Cela est indubitable ».

Fred a saisi l’épaule d’YDIT, et le fait asseoir à ses côtés sur le banc de la faculté. Ydit cesse de prendre des notes comme on prend le soleil nu sur une crique à TAXOS, une terrasse près d’un lézard ne regardant pas vers Adèle : sans y penser, pour savoir qu’on est là. Elle murmure et parodie, s’approchant non sans danger: « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder de face? » Ou, plutôt : « Le réveil de l’amour ne peut se regarder sans liesse… » Ydit ne peut dire à quel degré de Breton elle se réfère, il ne la connaît pas encore assez. De Fred il sait déjà qu’elle est toujours nue et ne montre jamais rien. « Comme ça on ne perd pas son temps avec les vétilles. »

Ou encore, dit-elle : « Mais le sommeil et mon corps peuvent se regarder de fesse« .

Avec peine, il retient le rire, c’est toujours difficile de se retenir de Fred. Corps et mots, finesse et peaux. Comme ils continuent de regarder le vieux prof qui s’embrouille dans ses ruelles de bibliographie, tandis que les fiches s’enfrichent pour de stériles moissons, elle continue – visage sévère et frange mobile ( l’usage de sa frange par FRED a toujours été d’une parfaite déloyauté) : « L’hypocrise est un dommage que le vice fait à ma vertu« , ajoutant que cette dernière s’en fiche de stériles passions.

Elle comme YDIT ricane, ou ricanent.

Elle demande : « Une autre ? ». Ydit que Oui, le plus souvent : FRED : «  L’hydrophilie est un partage que l’iris fait à la tortue ». On s’amuse de mots… Elle gratte d’un regard plein le vernis de ce qui règne en ce temps, « La Critique Textuelle », et maintenant elle fume avec une bouche fermée ce qui forme la substance de la drogue la plus violente, ces années là : Le Texte, la monnaie des macaques. .

Ydit observe que ça finit par ne plus dire grand chose, les détournements de Maximes Larochefoucauld, deuxième duc du nom, pair de France, lui aussi, prince de Marcillac, né rue des Petits Champs à Paris, à peine percée pour lotir les Hotels particuliers de ces Messieurs, on s’ennuie à force, et FRED, qui s’en fiche comme un Duc d’un tabouret (d’ailleurs cette histoire de tabouret, c’est un autre Duc), FRED lui demande si on n’irait pas plutôt boire un café sur la place, pour partager des savoirs, et plus si affinités, tout commence par des savoirs, ici, en Sorbonne, mais pas en face, à « L’Escholier », c’est davantage les regards… L’espresso y est bon et l’herbe facile ? Tu viens ?

YDIT s’étonne de la proposition (c’est une autre époque),

FRED répond : « Shorts mis à part, c’est-à-dire moins que rien, si on regarde, vous n’avez pas l’air de vous y connaitre beaucoup en jeunes femmes ? « 

Et c’est ainsi que les hommes virent. Ecrivent. Finissent? En tout cas, c’est ainsi que se présente FRED.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode VINGT-ET-UN /partie 2 sur 2- FRED et le Vieux Duc, La Saison 4, dit-elle, à La Ferté-Vidame, dans le salon de Madame, c’est son portrait tout crasché ? (fin du détour par l’écume des ruines et l’air de la verdure) A suivre, à la petite semaine. Mais on sera en février, le 7, pour tout avouer. A 15h57. Enfin, si « tout » va « bien »…

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode VINGT/ partie 1 sur 2 – FRED et le Vieux Duc, en guise de trou normand ( La Ferté Vidame, Eure-et-Loir, Communauté de communes des Forêts du Perche). Début d’un nouveau détour…

Note de Madame Frédérique :

A de nombreuses reprises, la continuité apparente du récit central, ou paraissant tel (l’enquête menée, mal, par BOB et MORANE sur « Marcel Malbée, dit MM, Die Pate », ainsi que le nomme mon ex-patron) est différée par l’immixtion de récits en apparence parallèles – peut-être comme des enluminures inachevées qui borderaient un récit troué ? On perçoit sans doute que, résignée à rendre public ce fatras dit « Lettre de A., Version B », par périodes, je serais gagnée par une lassitude vaguement agacée, n’eût été la puissance perenne de notre ancienne complicité. Maitrisant (plutôt : ayant pris connaissance de) la totalité du paquet, je peux anticiper d’autres cassures du récit central. Espèces de ruptures du contrat narratif, selon des parcours non pas du tout « poétiques », mais sur le modèle de chansons, refrains, rythmes : « L’abbaye de Sylvanès »; « Gédéon le Sénateur » (longue évocation politique fin années Soixante-dix); , »La liseuse de Vermeer », « Tyne le blanche Africaine », etc. Plongées sans masques sous la surface du récit.

LETTRE de A, Version B, texte de YDIT

De l’art du comment t’es ? Ou comment taire ?

YDIT semblait enfin s’être résigné à scarifier le récit, à sacrifier la mémoire, et

payer en petite monnaie de récits la possibilité d’être présent...Possible. Passible.

« -Tu sais, dit FRED sans rire (selon les jours elle le vousoie, chaque jour elle tendresse sa parole), avec des posts comme ces derniers, MM Die Pate, BOB et l’autre, là, MORANE provenus d’où ceux-là, d’ailleurs ? avec Hanged James surtout, cette horreur vécue puis vue, eh bien je me demande combien de lectrices, et encore moins de lecteurs vont supporter le dilatoire de la délation?

Ils disent : « On préférait la ligne claire de la saison 2, même si pas si claire au fond, avec l’entremêlis des ruelles de ghetto projeté sur le plan de Ferrare, avec la confusion de temps superposés, de faux cimetières et de vrais Juifs, des récits de vraies femmes, Silvia rencontrée« 

FRED, à sa place, ouvre WordPress et lit : « Oui, l’impossible s’endormir. Stilnox. On se couche si tard, que faire alors du puits de l’attente? Puis, ankilosé par le sommeil, le doigt pointu et rond parcourt les labours du crâne, aligne les idées nocturnes dépliées vers le dehors, vainement. Dans la nuit insereine, la drogue Stinox déjà finissante démange et sillonne la peau de zébrures infimes. La main poigne d’une force sèche les mèches désormais grises.

On est tiré du sombre par l’imminence prématurée de l’éveil. Dans le rêve, s’emmêlent des mascarets d’idées molles, d’idées sans idée, celle de la nuit coupée, des mots dressés en bouquets secs avant l’aube. On se lève si tôt : que faire ensuite de la journée ? Rêver de FRED, relire BOB et MORANE, Bander sur des souvenirs? Douter de TYNE ?

Que vaut cela si Marcel Malbée dit MM Die Pate tourne d’un lourd geste les pages molles de la mémoire?

Elle lit, FRED, elle reclape le volet de l’ordinateur, et demande : « Si plutôt tu racontais ce que je fais là ? »

Et lui offre un thé vert comme une jungle. Elle lui parle depuis la cuisine de la maison de Giorgio Bassani ( sans doute YDIT a-t-il abandonné là-bas, certain matin, l’ombre d’une présence et le souvenir d’une caresse nommée SILVIA de FERRARE ?)  FRED lui parle depuis la terrasse du jardin rose à Ferrare, aussi depuis les ors des palais et les quais bruns des « Séquences Publiques d’OUBLI ».    Elle lui parle depuis le passé. Une cigarette moderne à dimension de fuite rapide occupe ses lèvres de pluie douce, trahissant ainsi la réalité d’un récit que la fumée distord.

YDIT : « Raconter ? Passe encore, mais se souvenir à cet âge ? Et ensemble ?« 

BOB et MORANE ( jamais loin, ces deux-là, mais au fond soldés pour enquêter, trouvés pour espionner), pensent que raconter sur un rythme ( un méandre plutôt ! ) de poème est assez fatiguant, réclament donc leurs gages, et qu’on gage de s’engager dans les cages du souvenir où pépie l’empenage maigre de Marcel Malbée, autrement dit : en ligne droite. Celle du détective pas si sauvage.

Mais inspiré.

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode VINGT/ 1 sur 2- FRED et le Vieux Duc, en guise de trou normand ( La Ferté Vidame, Eure-et-Loir, Communauté de communes des Forêts du Perche)- début d’u nouveau détour…A suivre, on sait quand ? Mercredi 31 janvier, Friedrich Paulus signe la reddition de Stalingrad, il y aura 80 ans ce mercredi 31 janvier.

NB : outre les collections privées des nombreux collectionneurs publics de FRED, des images proviennent de l’infinie production d’André Maynet, avec son autorisation, naguère, et mes remerciements définitifs.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DIX-NEUF : le destin et le pendu, la porte d’écrire.

Texte de YDIT :  Lettre de A. , Version B., sous le post-it orange, ceci :

Pendant 25 ans la fatigue d’écrire, pour rien que pour finalement inventer l’ombre portée d’Adèle et du Lézard, fictives présences dans une maison vraiment vide ? Fatigue, et beaucoup à faire, dont aussi le chemin avec les Filles et les Frères. L’écriture c’est ce qui vient après (sauf si on est un écrivain), et après il est en général trop tard. Septante et davantage sont agréables pour cela. On a le temps de ne pas fuir. On peut se permettre de rester dans la faille, ou sur le pic, plus rien à craindre. On a le droit d’interroger une jeune femme, inconnue, dans une galerie : « Vous ne trouvez pas qu’il se fout de nous, l’artiste ? » et elle ne s’effraie pas de l’agression. Elle répond. Dialogue. Sourit, sans inquiétude. D’accord pour insupporter le mot « artiste ». Comme si on disait « marquis ». Puis on parle. On se regarde les yeux.  On sort prendre un café. On se couvre d’un plaid rouge en terrasse. Rue de Bretagne. Rue de Turenne. Les galeries du « Haut-Marais », immeubles toujours superbes et productions parfois médiocres, c’est la vie, l’écrin et la paille. On lira les épisodes de « Anonymus project » deuxième semestre 2024 ( on y vient ! ) Il fait froid. On pourrait s’échauffer ensemble. Elle fume une Camel. Plus tard, elle aurait de petits seins et des gestes affectueux.

Toujours la même illusion. Mais, à septante et très davantage, il n’y aura pas de plus tard. Voila pourquoi on peut parler ici. Eros présent au coeur du cadre, mais silencieux. De cela aussi on devisera, épisodes deuxième semestre 2025 , « Vermeer et la Liseuse ».

      

Tandis que Septante et plus se construisaient en silence, en détruisant parfois ce qui les nourrit, YDIT avait trouvé cette agréable histoire de direction des services départementaux, un métier à peine moins imbécile que la plupart, mais en grand, et au centre sur la photo, et primes à hauteur, et puis ensuite les missions d’inspection générale, babioles qu’on lui assurait utiles (aimable, il affirmait le croire, rien à y perdre).

Quand tout s’arrête de se prétendre utile, que faire? Quand la fatigue ne se dresse plus en prétexte ?

Et c’est là qu’Ydit s’était mis à écrire : inventer, se souvenir. Car, aussi gravement qu’on affectât de l’ignorer, le mépriser, le dénier, il suffit de croire à son propre souvenir : il suffit d’abaisser un peu l’écluse et le flux du flot tout emporte.

Autour ça parle, et donc dedans ça revient. On raconte les peines. On écrit, ça se souvient.

Ensuite, des années plus tard, ceux qui étaient au sous-sol, fantômes de placard, punaises de grenier, voici qu’on les revoit :  les personnages oubliés, quasiment momifiés, au fond du sous-sol, masqués, l’éternité pour eux, fossoyeurs de toute fausse quiétude.

Ensuite, encore des années plus tard, on vit ainsi réapparaître à l’horizon, tranquilles, presque bonasses,  malgré les années de nuit et de poussière qui ne les ont pas recouverts de néant, ou au moins d’absence, on a vu comme des revenants les figures puissantes de l’effroyable duo, victime et acteur, pour YDIT, la double face, celle du Marcel Malbée, dit M.M.  Die Pate, l’auteur,  et celle de Hanged James, la victime, tous deux réunis par ce qui a été produit dans leurs vies. Ce qu’on a produit sur eux dans leur vie. Voyez : les voici qui montent en scène, qui se traînent sur les planches, lui dans sa poubelle quotidienne, l’autre près de son arbre de refus, pas besoin de machiniste habile pour les enluminer d’une poursuite. On n’échappe pas si la lumière s’impose.

A présent il n’y a plus qu’eux à regarder sur les écrans, comme si on dévoilait  brusquement – dans les tarots qu’on tire ce matin sur la table- la figure du destin et la figure du pendu. Demandez à un astrologue. Dites-lui de juxtaposer  face à face, après le tirage, près de la tasse vide de café fort, le destin et le pendu, la roue de la fortune et le pendu. Demandez-lui au tarologue demandez-lui au lecteur de cartes  ce que ça veut dire la roue de la fortune et le pendu dans la même main ? La main de Marcel Malbée ? Mais ça se devine, n’est-ce-pas ?

Note de Madame Frédérique :

Lorsque j’étais son «  assistante préférée », (mon ex-directeur m’appelait Madame, jamais Frédérique, même lorsque nous finissions très tard une éprouvante journée, en ces heures où, de toute façon, la nuit est pleine, les chambres vides, les familles lointaines, ouvrant l’espace pour une intimité involontaire, piège affectueux dans lesquels on pourrait s’engouffrer de fatigue et de solitude, un soir, ou par tendresse complice, à force de partages forts, (le public ne comprend pas cela), lorsque nous passions le temps à travailler, j’avais observé qu’Y.d’I. ( je préserve son anonymat, mais on saurait le reconnaître) répugnait à dicter, à prendre les gens pour des micros. Tout comme il chassait la Répétition- malicieusement, méticuleusement.

Cependant, à relire le fragment précèdent, à cause d’un rythme particulier, sans doute, je crois y reconnaître la transcription d’une dictée, dans le Iphone de service, peut-être, Un soir encore plus tard que le devoir, puis d’une saisie en texte par l’habileté du logiciel, d’autant que- on le sent- le fragment n’évite pas les redites, les doublons, le double, l’incertitude.  Mais je m’aperçois que- c’est le risque! – je détourne le rôle de présentatrice « objective ».

TEXTE de YDIT : Dans la vaste anxiété du monde, qui sans cesse s’aggrave, contrairement à cette ironie de l’espoir des temps où YDIT travaillait pour Gédéon, le Sénateur ( on racontera cela en détail) ( en 2025) ( quelles années ! ) ( Tout programmé : congés!) Gédéon, la naine noire, quand on croyait à la progression du monde vers le mieux que lui-même, quand on croyait que le progrès des hommes serait le progrès de la fraternité, un peu, de l’équité, peut-être, et maintenant, au cœur de l’anxiété du monde dans la terre ravagée par notre histoire même, qui croire d’autre que le chuintement que murmurent les eaux usées par la lessive du plaisir, et que voir sinon cette arrogance des vainqueurs mâchant le destin des vaincus ?      

Plutôt, elle s’arroge une place de reine dans les débuts de ces nuits dont les commencements paraissent ne jamais commencer, de ces nuits dont l’entrée depuis longtemps reste si périlleuse à traverser, portail d’incertitude, comme si l’horizon du sommeil se déplaçait avec le mouvement de la nuit, dans ces heures d’encore si tôt et de déjà si tard, où se réinvente maintenant un visage de l’anxiété à couleur de nuage et peau d’orage. L’infranchissable portail de la nuit .

Alors, et d’autant mieux que Septante et davantage sont venus, s’ouvrent les caves où l’on pénètre pour boire au goulot les pétillantes récoltes de la mémoire ; s’escaladent les terrasses où l’on étale le corps au-devant du soleil, nu, pour regarder la chaleur du passé dissoudre la peau et la sueur y tracer des laves de souvenirs, tandis que plus loin ( on s’en souvient?) on observe Adèle la mirabelle qui  tourne sur le drap rouge l’horizon blond de ses vieux et ronds seins, que ne regarde le lézard .

Alors caves et terrasses, portes ouvertes, fuites ouvertes : la complétude ets au creux de l’écriture, et seulement là.

Au fond, se souvenir, raconter, chasser le Marcel Malbée, choisir BOB et MORANE, les vaillants Détectives domestiques,   le faire poursuivre par BOB et MORANE afin de le tenir là, sous les dents, vieux mais vivant, et l’assassiner lentement, l’empayouter, le martifrayer, le gaspitrouer, le déchipercer,   tout cela pour le détruire avant qu’il soit déjà détruit par sa propre finitude d’homme ( on vérifiera cela ! Début 2026… ), au fond – tout cela, les intermèdes FRED l’assistante ou on ne sait trop bien quoi, et Gédéon-le Sénateur et TYNE la pâle voix d’Afrique ( on lira tout cela, en 2025), tous les comparses, les villes, les démarches des filles dans les curieux espaces des villes, au fond toute cette histoire n’est-elle probablement qu’un vaste prétexte, une vaste digression, une puissante excursion extra-diégétique ( batifoleries de langage, dirait MORANE) dont l’unique but et ceci : oser se permettre de saisir la porte d’écrire, la tirer dans violence, et s’enfouir dans les caves des mots, et s’enfuir dans les paroles des terrasses. Disparaître. Cesser enfin d’y être, ici. Nier qu’on est encore là-et pour si peu en fait. Si peu : soi-même.

Là, derrière la porte d’écrire : enfin libéré de l’anxiété. Enfin absent du monde.

Loin de Marcel Malbée revenu de force dans le tableau du réel.

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DIX-NEUF : le destin et le pendu, la porte d’écrire. A suivre… le rythme est pris, chaque semaine, sauf repos des braves, ou interruption intempestive et inattendue de la programmation pour « accident voyageur », donc à se revoir le mercredi 24 janvier, après  » soleil cou coupé »…

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 YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DIX-HUIT : Répétition de la déraisonnable mais si simple ambition

Note de Madame Frédérique.

Sans doute s’est on habitué depuis le 13 septembre ( sic!) à mes tranquilles observations. Je m’abstiens de résumés. Je suppose que si – bien entendu- les détails disparaissent, l’axe du trait, la ligne d’ensemble restent sensibles d’un  épisode au suivant.

L’unique thème ( et des chemins de traverse ) : La Chasse au Parrain ( est-ce vraiment son nom, Marcel Malbée ? Mon ex-patron, a-t-il osé s’en servir avant de disparaître?) égale en réalité : frayeur de l’effort, refus de précisions, attente des repos oisifs qu’offre la distance de l’écriture, refrains comme d’une chanson (populaire ou de geste ?) dont le couplet languit un peu, présentations de personnages, voire de comparses. Parfois, ça languit. Autrement, ça s’énerve. « C’est ainsi, la flux de la mémoire » aurait dit mon ex-patron.


Au sujet de ces derniers dits  » personnages » ( pour bien connaître la totalité du paquet volumineux transmis par Y.d’I. je sais qu’il en est à venir, de nouvelles personnages, des héros de pacotille Sénateurs du vent, des femmes d’amour éteintes par l’absence), si je ne m’arrimais à ma propre chaîne (ne toucher à rien) je supprimerais volontiers le
post-it suivant ( de format inhabituel). Mais on ne se guérir pas de la fidélité !

Texte de YDIT :  Lettre de A. , Version B.

Post-il orange, stylo vert, 18×25 cm (mal lisible : déchiffrement incertain, texte reconstitué)

MORANE, il fut un temps très passé, il est vrai, était le genre de personne à entrer dans la boutique monastique d’un Trappe un peu isolée, en Lozère ou Vercors, ( comme il sied au silence , plateau ou montagne), grand magasin sévère et sombre- un peu sale même, mais ne dit-on pas que toute religion est sale ?- à l’heure où les moines commencent à chanter Laudes, à louer leur seigneur ( et s’ils payaient ici de n’avoir sur dire « non » à leur si gentil Parrain? ), et – entrant, MORANE, à prononcer d’une voix pâle :

« Monsieur (s’adressant au convers de service), Monsieur, disposeriez vous ici d’une documentation mise à jour, je précise, sur les positions de l’Église s’agissant des prêtres pédophiles ? Ou au moins de Parrains à tendresse excessive? ». On imagine que ce genre de saillies (nulle ni nul ici, n’apprécie ceci) a provoqué de ravageuses déconvenues, MORANE se voyant au bout du balai, poussière tu redeviens poussière, etc…

MORANE, en conséquence, relativiste, cessa tôt de confondre navigation à rame sur le Léman et naufrage possible aux Kerguelen, ce qui en fit l’une des membres apprécié(e) de ce duo  fameux « pinard et polar » : MORANE et BOB !

Quant à BOB, doit-on ici reparler de très regrettables souvenirs, connus de lui seul, jamais avoués, mais qui le conduisirent sinon à la contrition ( posture de benêt) , du moins à la fuite ( chacun ses fuites), dont sortit fort déconvenu. Revenant d’herboriser en traversant une sombre et sinueuse forêt de mélèzes, mal à l’aise, il vit la fin de son chemin barré d’un groupe d’hommes armés de fusils à deux coups et d’habits  orange zigzagués de noir. On en croise dans les campagnes. N’importe quel autre détective aurait choisi le détour, par sens de soi. Souriant tel un promeneur venant du quartier du Temple, par la rue des Archives, ingénu faussement, BOB, quant à lui – arrêté au-dessous d’un tueur grand, gras, poilu, par ailleurs agrémenté d’un chien tricolore (noir, brun, blanc)– lui demanda en face-à-face : «  Ma biche, ne crois tu pas  que tu devrais me partager un coup, sur les deux que tu as sur les bras ? ».

L’humour d’un détective sauvage est impénétrable, et le chasseur fut tenté d’y répondre par une giclée de chevrotine de douze.

Autant dire que les deux personnages pas sages, BOB (mon ami) et MORANE (non moins), détectives pas si sauvages,

furent longtemps peu recommandables, partout, et ailleurs. Le Narrateur, interrogatif, hésita quant à les employer. Il a fallu que YDIT, convaincu par FRED ( facile ! ), investi des pouvoirs à lui conférés par le clavier de l’ordinateur-ou par l’ineffable de la mémoire- , en raison de la déraisonnable mais simple ambition : assassiner Marcel Malbée, ( projet reconnu légitime depuis que chacun(e) avoue son passé de victime) , que YDIT fût résigné à l’emploi, au réemploi même de personnages comme de seconde main ( parfois, on les dirait à peine sortis de scène à la fin de la partie) (ça pourrait en fâcher plus d’un?).

On n’imagine pas le mini-juge Ti ou l’autiste Jean-Baptiste Adamsberg, ou (si l’on préfère aller au nord ) Bernie Gunther, Hary Hole, voire le commissaire Kurt Wallander ou même l’un de ces Islandais aux noms de consonnes, on ne les imagine pas traverser en croix ou en pointillés le quartier du Temple, où gèle encore la mémoire de la Rue Dupetit-Thouars, première droite, entrée protégée d’un vaste rideau puis la statuette de David, puis l’étroit lit une place près du cosy (mais Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain ne répugnait guère à d’agréables -pour – lui promiscutés, pourvu que la cordelette du pyjama n’offrît nulle intention de résister, et sous réserve que la gamin fût passé par la douche, à cet age, ils ne sont pas toujours très propres en ces zones du discret) on n’imagine donc pas les rudes inspecteurs arpenter les pavés pour humer le bitume, ventre à terre, nez au vent, à la recherche des fumées de Marcel Malbée.   A poursuite dramatique (?), détectives pathétiques(!). Vieux dicton inventé par un certain Fouché. Maître de chasse. Faux-jumeaux. BOB/MORANE. YDIT/HANGED JAMES. Le théatre de la, vie et son double, de la corde. Pourquoi l’un vit et s’amuse de vivre, pourquoi l’autre peine et se tue de peine?

Eux seuls, pourtant, BOB et MORANE, avaient accepté le contrat brutal : pister le Parrain, s’emparer de Marcel Malbée, mettre la main au jarret de MM, à l’épaule, au gousset ( à deux, on peut), l’apposer au sol, ce PATE, tel un catcheur vaincu ou un timbre sur une enveloppe léché sans adresse, en se privant toutefois de mauvais traitements (on perçoit leur déception).

Puis, tel qu’en lui -même le passé le change, remettre MM entre les mains de YDIT, quand ils auraient entre les crochets le corps usé (ils l’espéraient! ) de Parrain, le visage détruit de Marcel Malbée, le corps cassé Die Pate, l’abdomen défoncé de MM, avec d’autres brisures et mauvais traitements, sans images ni détails, le remettre  sans attendre à celui-là seul qui revendiquait le droit de se dresser en face du Parrain. YDIT. Face à face enfin, alors que naguère …Puis de se lever contre son visage. Puis le regarder en face. Dans ce qu’il lui resterait d’yeux, peu on l’espérait sans le dire.

Puis : ce qui s’en suit dans ces cas là, comme on imagine. Plus grand chose à regarder.

– Un peu, dit MORANE, comme un exorciste plante sa croix dans le front du possédé ?

– Plutôt, répond BOB, comme une jeune prostituée démembrée de fatigue et qui tend le doigt vers Son Éminence alors qu’elle tarde à sortir et n’a pas encore fini de vider sa bourse.

-MORANE : Tout cela n’est pas très rigolo, en somme ? S’eh doutait-on ?

-BOB : Et pas non plus très propre, en fait ? Ceci, on le sut dès le surgissement de Marcel Malbée, dit MM, Die Pate. Pourtant, ça avance, la suite de la  » CHASSE ». On se débrouille. C’est sale. On se démène. C’est gluant. On se débarasse. Allez, ma vieille, à nous deux, Musique !

On, verra bien, à force, si le Parrain paie la note, mais ici un unique mot d’ordre : Patience dans l’Azur.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison 4, épisode DIX-HUIT : Répétition de la déraisonnable mais si simple ambition :BOB et MORANE . A suivre, mais ça ne s’arrange pas, dirait-on ? En tout cas, une pleine année à venir, et on commence mercredi prochain : 17 janvier. On a évité le 21. Parce que, s’agissant de pendu, le 21 janvier, avec ce peu de tête qui reste après la découpe à la Grande Epoque, pas pratique, n’est-ce-pas ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison IV, Autre Episode hors saison, (17 Ter) NOUVEL AN !! 2024 !! RIEN, SAUF : QUE TOUT AILLE MIEUX !

     YDIT-BLOG            SAISON IV 



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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison IV, Autre Episode hors saison, (17 Ter) NOUVEL AN !!  2024 !!  RIEN, SAUF : QUE TOUT AILLE MIEUX ! A suivre…


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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DIX-SEPT : Histoire d’Adèle et le Lézard, sur la terrasse, 2 sur 2, fin de l’histoire, et du détour récréatif vers le soleil des fourmis.

Texte de YDIT :  Lettre de A. , Version B.

« Tu ferais bien mieux de penser à autre chose qu’à ce dessin  sans dessein de ses seins »

…aurait dit FRED (vous commencez à la connaître). Fred d’ailleurs, dans son impudeur dénuée de toute impatience, sur la terrasse, dans la maison de Nadia, aurait été retournée depuis longtemps, tout juste pour se saisir du livre, se saisir d’un livre autorise toutes les audaces et justifie tous les écarts, -de langage ou de posture-, retournée aussi  bien pour regarder le cheminement des fourmis et le visage impatient du lézard -car observer la déraison ddésir justifie toutes les audaces-…sans se préoccuper du de-soi et de soie ainsi montré d’elle-même à YDIT, qui jamais ne nie son intérêt pour les montrées d’elles-mêmes.

«  Qu’est-ce que tu regardes ? » demanderait Adèle, se retournant, si je n’étais pas assis le dos tourné à elle, sur la terrasse, n’observant que le lézard immobile, guetteur professionnel de son goûter-fourmis, désagréable spectacle, mais il y a trop de fourmis pour qu’on les protège toutes, regardant ailleurs, sans rien à voir d’elle donc, elle Adèle ou autre, ni une image , ni un mouvement, ni un regard. Ni une attente, ni un oubli des usages de nos âges : le choix sage.

La nudité mirabelle d’Adèle s’installe et la dépasse.  Mais Septante et encore plus étant venus…

Adèle demande seulement ce qui m’est arrivé, à cause du geste, du menu cri de la piqure, tout à l’heure, par la fourmi surprenant le silence chaud. De mon sursaut. YDIT répond : «  A cause d’une voix dans les IPOD, je viens de penser à trouer pas trouver, R. de rien,  à trouVer/Trouer trouer Die Pate». Adèle me demande ce que c’est que « Die Pate», une espèce de fourmi piquant par surprise ?

Oui, par surprise, la première fois. Traces, ensuite. Mais plus de surprises. Une étrange habitude ? Les traces effacées comme sur les draps d’hotel ? Oui, effacées, longuement, longtemps.

Le lézard a bougé, son dîner s’annonce fastueux, plusieurs services. Maintenant la piqûre de la fourmi au pied n’est plus sensible -ce n’est qu’une piqûre d’insecte, pas d’imaginaire -et l’on dirait que la température a peut-être baissé d’un ou deux degrés, sauf dans la tête des fourmis. Tout à l’heure on ira en ville pour visiter le Temps au musée.

Je peux répondre à cette petite Adèle ( tout de même la soixantaine très dépassée) que Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain ( pour les intimes ), c’est un peu comme le personnage de ces cartoons que les enfants ne connaissent plus : ce Coyote peut-être ou ce chat ou ce robot, je ne sais plus, toujours poursuivis, toujours insaisissables, toujours eux-mêmes ici, toujours eux-mêmes ailleurs, et toujours eux-mêmes nulle part. Au moins c’est le souvenir que j’avais de lui, Die PATE, jusqu’à il y peu ? S’activant, certes, oh « cela », oui, mais nulle part dans mon propre univers.

Adèle s’est finalement retournée derrière mon dos,  montre son corps de soixante et plus d’années, dru comme si c’était une jeune femme au bord d’une rivière municipale dans le Lot, d’un ruisseau de gorge en Sicile. « Ecoute tout le monde s’en fiche, de tes histoires de Parrain, c’est du vieux style ratatiné, de la Fin de Partie dépassée», elle dit, d’une simple piqure de fourmi, Adèle, de cette histoire maintenant débutée à 38° sur la terrasse. « Au fait, elle demande :  Pourquoi tu parles Allemand ?». YDIT répond que c’est comme de dire coitus interruptus : ça dit en se cachant de dire. « Et c’est ainsi que les hommes vivent ».

Reste bien sûr à savoir comment la piqure va enfler. Mais ce sera sans doute la suite de l’histoire.

Comme YDIT raconte des bribes à double détente et triple sens, sans trop voir Adèle devenue si proche sur la terrasse, elle propose – en invitée bien élevée qui participe,

désormais revenue à l’abri dans la maison

« ET  si pour ta poursuite, de ton MM, là, le Die Pate, tu faisais appel à tes vieux amis les jumeaux, Les Frères de la Corte, les frangins pas très frais mais qui t’ont rendu quelques services et sur qui au moins tu sais pouvoir compter, car s’ils ne  sont parfois pas fins ils n’en sont pas moins honnêtes, et dévoués, les BOB et MORANE, sujets du désir dans l’enfance ? »

YDIT se demande si tout de même les adjuvants jumeaux, les Dupont Dupond à la recherche du parrain soudain réveillé, ce n’est pas un peu exagéré ?

A son usage malicieuse et pragmatique, Fred ( jamais loin Fred, vous avez vu : un claquement de mots, et hop : Fred ! Très pratique …) répond : «  ça vaut mieux que Gog et Magog, que Sodome et Gomorrhe, d’ailleurs, les adjuvants jumeaux, pourquoi ne pas choisir des transgenres, ça ferait pas mal mouvement de l’Histoire et lancé dans le courant, à ton âge, on ne doit plus négliger le signes,

ni les apparitions douteuses    enquêteur de la sécu, inspecteur de l’URSSAF, contrôleur du fisc, tous ces gens dont l’austère sens du réel pourrait t’aider à retrouver d’authentiques traces de  ton Marcel Malbée dit le parrain, au lieu de fantasmer sur des parcours assez labyrinthiques : pourquoi pas Smith et Wesson, si tu leur mets du commun chaussé Luxe; Bob et Robe, si tu leur veux du narratif déconstruit; Ballantines et l’Ombre jaune, si tu te souviens des heures de lecture sur la plage à Saint-Georges-de-Didonne,  entre douze et treize ans ou même s’il faut s’amuser avec les couples : Pat Y Bulair, (un peu chéri-bibi non ?) ou mieux encore pour la référence culturelle : Jules et Jim (au reste tu m’as su capable de jouer ma Jeanne, jadis, entre deux Jim, ou ma partie entre deux Jeanne, sourit-elle, en se souvenant ).

Un duo qui annoncerait les méli-mélos de personnages – aussi (pour renforcer la certitude d’un avenir personnel) les trente ou quarante épisodes « politiques » programmés en 2025, Le Sénateur et la blanche Africaine)

Malgré le ton léger, FRED a toujours été de bon conseil. C’est donc ainsi que sont entrés en scène, parmi les doubles enquêteurs, les Détectives pas si sauvages. BOB et MORANE. Mais vous les connaissez déjà. N’est-ce-pas que vous vous en souvenez ?

« C’est donc un  flash back? » demanderait le lézard, dans un film des années quatre-ving, avec la tête amusée de Trintignan. Oui, répliquerait Adèle ( habillée en Bulle Ogier), à présent debout au bord de la terrasse chez Nadia, la peau de mirabelle posée au devant du vent au soleil couchant. Elle demande si ça ne gène toujours pas YDIT, qu’elle ne remette pas le haut ? Hypocrite. Non, ça ne gène pas, ça n’intéresse pas, ça ne sert à rien, ça ne conduit à rien, sur la terrasse, mais c’est plutôt agréable, toujours, le nu toujours. Même si, Septante et plus étant venus, on apprécie les renoncements à commencer.

Oui, Flash back, et aussi renoncement, Septante et plus étant venus, et ce ne seront nécessairement pas les derniers.

Car ceci est un roman-images.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DIX-SEPT : Histoire d’Adèle et le Lézard, 2 sur 2, fin de l’histoire, et du détour récréatif.. A suivre, d’autres histoires…Plus tard on retrouve Marcel Malbée, dit MM, Die Pate ? MAIS, bon, pas d’urgence. Finissons l’année, libations au vent, cadeaux devant, rien à oublier. Pas de post la semaine prochaine, et PROCHAIN EPISODE, le DIX-HUIT,  » Répétition de la déraison », le 10 JANVIER.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode SEIZE: Histoire d’Adèle et le Lézard, 1 sur 2, début…

Texte de YDIT :  Lettre de A. , Version B.

«  SVEVO,(…) j’aime, dans ses «  Ecrits intimes », l’ironique modestie de cette phrase que je me suis contenté de reprendre à mon compte : ‘ je ne comprends pas comment, dans ma sotte vie, il peut m’arriver une chose aussi sérieuse que ma vieillesse ‘ » ( Olivier Rolin, ibidem)

Les sueurs de l’été, au retour de la fastueuse randonnée dans les gorges ou les pics, leur chaleur tendue et tendre, portées partout sur les épaules où elle ne pèsent pas le poids du fantôme en habit de pure tolérance. Parmi eux HANGED JAMES, lui déjà, lui encore, lui toujours, tourne sans fin, mais sans détresse, sans rire, mais sans tristesse. Depuis des années à présent, mon vieux Hanged James, c’est un habituel compagnon immensément absent, et qui de là – le fait du faîte de l’arbre sans fête- lance un signe de sa tête pour rappeler qu’il y a des sources en voie de surgissement, des heures en voie de délabrement, et qu’il serait donc temps -cher YDIT! – de s’occuper de cela même, au lieu de perdre en vain tous ces moments, à ne rien faire qui vaille de s’en occuper : lire Vassili Grossman ou regarder « Le Bureau des Légendes » jusqu’au bout, nuit et soir après nuit, trop longue liste de vents brassés, Mac Allan pas loin.

Raconter la poursuite du parrain, de Marcel Malbée, dit MM, dit le parrain, la décision n’a pas été facile. En dépit de l’affolante pression des paroles qui, autour, de dévoilent , se racontent, se détaillent l’impudeur et s’explorent l’abus. Mais et ce fut aussi l’occasion, en terrorisant les souvenirs, de retrouver la trace, le visage (sans son usage hélas ), les souvenirs des formes et des mots  de FRED. De TYNE. D’autres. De toute cette vie sans Parrain- heureusement oublié, enfoui, enfui.

Autant d’accompli. Une nuit jadis(trop jadis! ) Fred m’a dit en sourdine, de cette voix à jamais troublante : «   Die Pate, Le parrain, à force tout de même, à ton âge, Septante et largement davantage étant venus, avant de mourir tu devrais t’en débarrasser ». Utilité publique, pensait-elle.

«  Le parrain où comment s’en débarrasser ». De quoi ne pas faire un drame. Juste un meurtre. Pourtant  malgré la volonté de massacrer finement, il y a des soirs ou la fatigue est trop grande, comme il y a des matins ou le désir est trop faible pour démarrer la chasse aux parrains. Donc, la vie d’elle-même invente une autre diversion.

DIVERSION, belle, bienvenue : autant que ceux et celles de YDIT en profitent…

DIVERSION : Aujourd’hui, dans la maison d’été que prête Nadia, il fait 38° sur le balcon, 38° plus tôt sur la terrasse d’où l’on voit un paysage débarrassé de toute construction moderne, 38° en face direct du passé que toute forêt contient. Et pas de tour à l’horizon, avec son paquet de bazars intitulés  » Lettre de A., version B. »

Dans les bacs mal entretenus par Nadia et sa famille, les fleurs usées peinent à dresser leur tige et il fait trop chaud pour savoir comment l’on pourrait trouver, trouer le parrain.

«  Je ne suis le centre de rien, même pas de mes récits : je voudrais m’en tenir à cette éthique d’écriture «  ( P. 79) »

(Note de l’Assistante dépositaire de « La Lettre de A. »,

Madame Frédérique, ainsi m’appela-t-il par jeu même lorsque nous eûmes ces moments très proches, un temps : « p .79 ? »,  D’accord, mais de qui, Rolin ou Cadiot ? – les deux seuls ouvrages pluri-cités dans ce fatras prétendu roman-images

Entre-temps, au soleil toujours protecteur des mollesses, on est assis à moitié sur la chaise africaine qui vous tient le bassin comme dans un angle droit et qui vous convie à penser que la rêverie elle-même exige l’équilibre. Afrique, on y reviendra.

A cet endroit de la terrasse le voisin ne voit rien. En face, au-delà de quelques toits anciens d’une grange oubliée, pas de vis-à-vis. Alors on peut rester nu dans la torpeur ou l’aigu du soleil. Dans les bacs usés, les fourmis ont installé leur élevage mais les pucerons (dirait-on) hésitent à persévérer dans l’erreur. L’eau manque. Hormis sur ma nuque.

Sur la terrasse il y a aussi Adèle. On n’a pas encore parlé de Adèle. Tout le monde ignore ce qu’elle fait là mais c’est Adèle. On ne parlera plus, ensuite de Adèle, après ce couple d’épisodes, seize et dix-dept. Intermède. Interlude. Interpôle. Adèle ce qu’on sait d’elle, après tout, c’est ceci justement qu’elle est là, sur les planches usées de la terrasse d’où l’on voit un jardin jamais jardiné. Venue en passant.

Dans le soleil ainsi nous sommes trois : le lézard, le livre et moi, chacun se demandant qui va s’échapper en premier de l’espace du réel.

Adèle. Depuis 20 ans elle avait disparu ou presque. Auparavant, avec elle, Adèle,  on marchait bien, c’était une amie de famille. Puis comme souvent les distances de la mémoire. La vie continue derrière le décor.

Au hasard d’une série de rencontres j’avais questionné André découvrant qu’il porte le même nom, assez commun du reste. Mais oui, Adèle était bien sa demi-sœur, généalogie un peu compliquée, oui elle vivait bien,

elle allait bien, et c’était bien.

Ensuite, nous nous étions croisés, mais il n’y avait pas d’urgence. Adèle avait été contente et j’avais été content. Pour des raisons pratiques sans intérêt, nous nous étions  retrouvés seuls, après déjeuner, sur les marches rondes et larges au bas de l’immeuble 18e ou vit André. Elle avait envie de la campagne. J’ y allais souvent dans la maison que me prêtait Nadia, contre une somme assez modique. Cette formule, prêter contre de l’argent, ça sent un peu Molière. Et, dirait Fred, l’admirable est inoubliable Fred, tu devrais tout de même arrêter avec les allusions que personne ne comprend. On dirait du Sollers.

Réapparue, Adèle s’invite à présent d’elle-même. Je peux passer ? demande-t-elle, déjà au bout de la rue  d’en bas, comme si le Morvan était à deux stations de métro de Ménilmontant.

La maison de Nadia ce sont aussi des promenades nombreuses, des chemins creux et la ville proche, terrasse légère, jardin goûteux du salon de thé dans la rue piétonne, Chez Françoise, dédales anciens du vieux quartier qui descend très vite vers le fleuve, au-delà des remparts encore solides, quoique velus de mousse.

Voilà pourquoi sur la terrasse il y avait soudain Adèle, en plus du lézard, du livre et du YDIT.

38° c’était beaucoup, j’aimais ça. Adèle on  ne sait pas, juste on la voyait sur un coin de terrasse près des fleurs amoindries par la chaleur.

«  L’été au Luxembourg est érotique. Robes légères, dont l’ourlet (ô Baudelaire ! ) bat mollement des jambes bronzées, maillots découvrant des bras fins, shorts minuscules, soutien-gorge sous la mousseline, seins entraperçus, fines sandales, tennis »( Rolin, Extérieur Monde, p.125)

Au milieu de la terrasse dont les planches sont mal jointes, posées peut-être sur une voie pour elles majeures, des fourmis passent, rapides. Elles glissent sur mes pieds, au milieu des poils, mais cela ne nous fait rien, ni à elles ni à moi, ni au livre et encore moins au lézard dont on soupçonne à quel point il envisage paisiblement son dîner. Comme un Matzneff sans masque. Soudain l’une, imprévisible, me pique. On dirait une ancienne abusée qui parle à la radio. Pourquoi venir troubler ma quiétude ? Je secoue la jambe dans l’immobilité que le soleil écrase et les ondes de mon geste – inattendu dans sa rudesse – parviennent jusqu’aux écoutes d’Adèle à peau de mirabelle.

Allongée sur une serviette très rouge et son ventre resté plat, elle n’a pour l’instant pour toute ambition que de résister à la sieste. Va-t-elle maintenant, à cause de ce geste des fourmis, de la piqure,  va-t-elle sans y penser se redresser ?

Pour aller au cinéma ce soir ? Se retourner exposant ainsi à qui la verrait (mais nul ni nulle ne le verra) une poitrine dont tout est ignoré, depuis au moins 30 ans, depuis que nous ne nous plongeons plus ensemble, au hasard de l’été, dans le ruisseau de la balade, la mer de la crique bretonne, la piscine municipale au fond du Lot, écume exigée, maillot très facultatif ; pourquoi l’étoffe, quand on a le héros : le soleil.

Pourquoi la fausse-pudeur quand on a la véritable lumière du regard ?

Depuis au moins trente ans que YDIT ne l’a pas vue ? Mais , ici, lumière et chaleur, faut-il renouer avec l’innocence du regard ?

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Didier JOUAULT, pour  YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode SEIZE : Histoire d’Adèle et le Lézard, 1 sur 2, début… A suivre , petite diversion, deuxième partie, épisode DIX-SEPT, bientôt. On respire un peu ? Mais on finit le détour Adèle avant de finir l’année ? Non ? Oui! Rendez vous : mercredi 27 décembre. Puis pause. Réellement .

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode QUINZE : Directeur du vent et bagout du Secret.

«  C’est à Port-Soudan que j’appris la mort de A. Les hasards de la poste dans ces pays firent que la nouvelle m’en parvint assez longtemps après que mon ami eut cessé de vivre. »(Olivier ROLIN, Ibid.)

Dans mon rôle d’ex-assistante préférée ( on peut décrire ça ainsi) – que je découvre ingrat chemin faisant – j’ai toujours pu observer que mon ex-patron Y.d’I (tout le monde dans le métier le nommait YDIT) savait faire preuve d’une certaine capacité à contrôler la plupart de ses émotions, (sauf en quelques circonstances, probablement écho à son origine sociale ). Cela avait été encore plus vrai lorsqu’il avait accepté d’entrer au Cabinet d’un ministre, où je l’avais rejoint.(photo Alain Giami) Très vite, mon ex-patron  avait compris son erreur, et cependant il ne l’avait jamais montré. Quelques fragments, comme celui-ci, paraissent avoir rompu avec cette auto-obligation de réserve. Dans une émission savante de France Culture, j’ai entendu le mot «  ENDOPHASIE » ( je crois). Le langage intérieur, quand des mots se forment dans le désordre de la parole qu’on ne prononce pas, qu’on dit – à peine- pour soi. YDIT a sans doute été un véritable Endophraseur quasi professionnel. On se demande comment ( et aussi pourquoi ?) il a pris le temps, pris la peine, de rédiger (puis de dicter à son ordinateur) les fragments discontinus ( en apparence) de sa «  Lettre de A.- Version B ». Dans les soirs venus de son Midi le Juste ?

Texte de YDIT :  Lettre de A. , Version B.

Tu es là dans un sous-sol, même pas labyrinthe, parce que labyrinthe on y entre, on y va pour tuer le minotaure, on sait qu’on va le tuer, c’est le destin, et qu’on va ensuite  tuer de nouveau avec la voile noire sur le mat du retour. Tuer Marcel Malbée dit MM  Die Pate, le destin. En retrouvant la piste d’Une chasse au Marcel Malbée, tout semble soudain parenthèse, immense, involontaire, mais parenthèse.

Parenthèse : YDIT a parcouru les routes intérieures et les plis de peau de FRED, on la connaît un peu déjà, les bavardages serrés autour des livres et des crus de la vigne ou du corps, l’inflexible et si tendre FRED aux mains de marée montante. On verra cela encore.

Parenthèse : YDIT a vécu  beaucoup d’autres vies, comme un chat qui retombe dans sa peau. Entre autres, parmi celles qu’il  racontera en dix-sept fragments, vers 2024-2025, le travail avec Gédéon-Le sénateur-qui se voulut ministre : médiocre et finalement assez triste  histoire, surtout d’hommes et de pouvoir, du commun désir du pouvoir. On verra cela plus tard,aussi.

Parenthèse : YDIT a aussi joué avec le Noir et le Blanc :  L’Afrique, les textes, les recherches, une thèse, et la blonde Africaine, aux seins de bambou,

TYNE  la blonde amoureuse  à la cervelle de fer et au corps de liane.

On verra cela aussi. Sénateur et Africaine, deux fils de récits tendus de rocher à déchet, laine et lin, cheveu et coton, soie et chanvre,noir et blanc, deux liens, deux brins pour une corde. Une corde pour le pont avant l’horizon. Une corde pour le cou sans horizon.

Ydit, ainsi, d’année en année, sans  même savoir qu’il fuyait une évidence (l’apparition  de James sous sa forme Hanged  au centre d’une baie vitrée, blanche et muette, un matin), YDIT a beaucoup travaillé, écrit, rédigé, pensé, amusé, bu, rigolé, picolé, couché, promené, touché, dormi avec : Fred. Tyne. Lola.

Même Erika ( silence sur Erika, c’est le roman de FRED) . Et bien sûr pas seulement que. Mais les autres ( hormis la famille, préservée dans le silence) sont des ombres près d’un puits au soleil. Fils de sueurs tôt évaporés. On verra cela plus tard. Encore cent-vingt épisodes, ça laisse de la marge.

Parenthèse : Aussi, presquez vingt ans durant- et pas de vingt ans après, il est trop tard pour les rebondissements – YDIT a tant et tant signé, écouté, dirigé, reçu en audience, visité, signé, discouru, réuni, lu le courrier, rencontré, serré la cravate et les mains, signé, partagé, obéi, roulé, ouvert les manches et les portes, beaucoup obéi (mais ça on ne sait pas encore si on verra plus tard), souvent désobéi en secret, mais de tout petits secrets, pas Le Secret .

Parenthèse : Aussi, YDIT a beaucoup parlé, diné, pensé, gesticulé, disputé, déambulé (dextrogire!) avec la bande des Frangins, se voyant  attendrissant et ridicule, attentif et distant des soirées entières (mais ça on ne sait pas encore si on verra plus tard)

Parenthèse : Aussi YDIT a beaucoup et beaucoup et encore beaucoup vécu la vie à deux, et les histoires d’amour longues ou brèves, et le soir au théâtre, le petit restaurant de quartier, le salaire de la femme de ménage, le cinéma même si on est fatigué, le canapé à changer, les enfants à changer, les enfants à endormir, les enfants à conduire, les enfants à regarder, les enfants toujours tant aimés, la lessive à penser, les promenades en montagne et les visites de musée à N.Y.C. ou Athènes ou Paris (mais ça on le verra pas : l’intime des partages avec d’autres encore présents ne peut se dire sans l’assentiment des autres : silence, donc, sur ces bonheurs, famille, amis, complices.)(sauf à corriger une erreur immense : GIL, la collection des Livres de Poche d’origine, c’était 1000 titres, 1000 couvertures , et non pas cent°

D’ailleurs on verra plus tard, mais  « plus tard » est plus court qu’on pense. Septante et plus étant venus, si l’on dit « Plus tard », c’est déjà « Demain ».

Et pendant qu’on s’occupait à tout cela, esprit, mains, langage, pieds attachés à produire tout ce fatras,  » Lettre de A. Version B  » aussi,  pendant qu’on s’amourait avec Fred, ou Tyne, ou Lola, ou Erika, pendant qu’on s’acharnait avec Gédéon, ou les bonheurs des soirs fraternels, pendant qu’on écrivait  noir et blanc dans l’Abbaye, et puis tout le reste, l’immense et simple reste du quotidien, l’ascenseur qui monte lentement, la voiture à ranger au parking, l’arbre de noël,  des livres pour tout le monde, toute la vie familière familiale, amoureuse, amicale, fraternelle ,pendant tout ce temps-là, sauvages et toutefois en sommeil, les personnages dans l’ombre continuaient à ne pas bouger? Bravo. Ce qu’ils avaient de mieux à faire : les morts. Bravo. Merci. Tranquilles dans l’Azur. Surtout ne rien remuer. C’était mieux. (l’abbaye, Sylvanès, on racontera)

Comme des punaises tapies au fond d’une plinthe, et qui attendent une nuit pour dévorer votre joli sang, soudain : on s’en aperçoit au réveil, Septante et davantage étant venus… Surgis de la plinthe :  Die Pate/ Hanged James, Le Parrain, le Pendu, l’un les mains fébriles et l’autre la corde frétillante. Jolie compagnie. Tout ça parce que le monde entier  semblait soudain ne parler que d’eux, Hanged James et Die Pate, les amis de Le Secret, les victimes, les avocats, les journalistes, les confesseurs, les arpenteurs de vie intime, ah la bonne parole pour le bon public. Et toutes les punaises de la plainte.

A tant, unis dans Le Secret, quelle mémoire résisterait ? Maintiendrait la force de l’oubli ?

Salauds de raconteurs confessant leurs oublis et leurs douleurs.

Les voilà qui obligent au partage du réveil de Le Secret.

Pendant ces jours, mois, ans, tous ces moments d’un directeur du vent pendant longtemps occupé à cela : diriger  la marée, pendant presque 20 ans, diriger la marée, diriger le vent. Ridicule. Tant de faux gestes pour de vrais riens. Mais bien rétribué pour cette bonne action, logé, presque nourri, de mieux en mieux salarié, décoré, voituré-chauffeur, et  entendu  quand on parlait : comment ne pas s’y complaire, à diriger le vent vers rien, mais dans les formes ? La famille de l’enfance, elle, n’avait rien de tout cela, on s’en souvient. Pas même capable d’être écoutée. Sauf dans la queue du matin aux toilettes à la turque sur le palier froid. L’endroit où l’on parle: « c’est encore resté à moitié sale« .

Et si l’on regarde la violente réapparition de Le Secret, tenu de main fébrile par Hanged James (à gauche) et Die Pate (à droite) ; si on regarde au fond des yeux le miroir jusque-là recouvert par la voile noire du déni à dents de fauve et gants de griffes, alors – si tard, Septante et de plus en plus étant venus, on sait qu’on n’a peut-être  rien fait, toutes ces années, rien au fond que se préserver des choses vues dans le regard de Die Pate ou de Hanged James, rien que prendre ses peurs à son cou et filer vite, vite, loin, loin au dedans de l’oubli.

Salauds de récitants qui écrivent leurs oublis et leurs douleurs de Le secret.

Les voilà qui obligent au partage du réveil. Parrain Die Pate s’amuse de leur jouissance ébahie, retrospectivement coupable. Facile !

Puis le voici, surtout lui  : Hanged James, que l’épouse découvre au matin, tournoyant placidement au bout de sa corde, en plein milieu de la fenêtre qui donne sur le jardin et son  gros arbre si proche, et qui vous offre son sourire amical  de compagnon goguenard, comme si depuis sa pendaison il s’apprêtait à vous demander :

« Alors, quoi, mec, et toi ? Tu t’en es sacrément mieux tiré, on dirait, non ? Mon  salaud.»

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Didier JOUAULT, pourYDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode QUINZE Directeur du vent et bagout du Secret. A suivre, chemin faisant, hebdomadairement, ou à peu près. Un bon gros trimestre déjà, toujours ça de fait, non ? On se retrouve le MERCREDI 20 DECEMBRE, et ensuite une petite pause, fin d’année, autre chose à faire, repos, mais plus tard :

ADELE et le LEZARD continuent !

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode QUATORZE :  Peu à peu et tranquillement assassiner MM dit Le Parrain, Die Pate.

«  Un événement encore remarqué par personne, attendez patiemment la bonne lumière, pourrait être vu » (p100) » et « Il n’y a aucun complot. Il n’y a jamais de complot ? C’est encore pire. C’est un complot involontaire. La responsabilité se divise à l’infini. Personne ne peut faire coïncider l’immense série d’évènements avec le réalité finale» (Olivier Cadiot, ibidem) : peu à peu et tranquillement tuer MM dit Le Parrain.

TEXTE de YDIT, Lettre de A., Version B. A se laisser aller sur le clavier ( qui appelle à la frappe comme le soleil requiert  à la fois la brûlure et le verre d’eau, la caresse et le sommeil, le voile et la nudité), on oublie de vivre, lire, parler. L’absolu silence solitaire de l’écriture. Si on écrivait le quotidien au passé : on dirait le pourquoi du vieux  pull rose, l’odeur du concert dans le vieux collège, le bruit fragile de la faïence contre la table de bois, la grimace déçue d’une représentante du personnel en Comité Paritaire, sa façon de tourner les pages avec agacement, et cependant le dialogue apaisé à la sortie, chacun son rôle, on dirait aussi : «  Encore un détail, Monsieur le Bourreau ? »

Mais YDIT , le dit Yd’I Didi, n’est pas ici pour ceci que voici.

Maintenant, la suite et le but sont clairs : après ce Temps perdu, puisque l’émergence publique de Le Secret a rompu l’ordonnancement serein de l’oubli facile, maintenant il s’agit de poursuivre Marcel Malbée, MM, dit Le Parrain, de le trouver, de l’avoir là, sous la main crochue, l’étouffer, même si vieux et cassé, tant pis, n’espère tout de même pas mourir cassé de lui-même, trop facile, quand même le disloquer un peu, le disloquer beaucoup, le briser menu, l’effacer. Faire disparaître. Avant qu’il soit mort tout seul. Ce serait dommage. On regretterait. D’avoir raté.

MM dit Le Parrain s’assied autour des tables où l’on écrit en tournant dans l’intérieur de  soi-même, interrogeant les esprits de jadis, prend appui sur le guéridon cerclé de cuivre, convoque tout le monde, y compris les inconnues croisées sur une terrasse, et fantasmées en amies endormies vers le comptoir, auxquelles on n’a plus le temps de rêver – puisqu’assassiner Marcel Malbée devient à présent l’Urgence. Sinon, il prend peu à peu toute la place. Or, Septante et davantage étant venus, la place, ça va manquer. De plus en plus. Plus ça avance, moins on attend, sans doute. Sauf qu’on voudrait que « çà » – la belle vie- se termine hors de la présence de Le Parrain. On attende de l’exterminer tant qu’on a le temps.

En dépit de toutes les traverses- tentatives de fuite ( histoire de l’Abbaye-la -Retraite, de Fred la rieuse amoureuse, deGédéon Le sénateur, de Tyne la blonde africaine, tout ce qu’on va raconter, dans quelques EPISODES, avec 200 000 mots, même Erika, aussi on racontera cela, récit au long cours des détours) l’unique point de mire est et sera désormais Marcel Malbée MM dit Le Parrain, l’unique objet de tout ressentiment.

 S’en tenir à cela : peu à peu et tranquillement et parfaitement tuer Marcel Malbée, dit MM dit Le Parrain. L’assassiner même pas proprement. Le meurtrir même pas délicatement. L’homme qui sait tout sur les pyjamas de garçonnets, ou comment s’en débarrasser, quelle qu’en soit la couleur, et encore mieux comment se dénoue, geste preste, le cordon léger, autour de la taille, la taille, naguère : la corvée, comme la dîme. Imposée par lui comme sans y toucher : tu tailles, je taille, la taille. Propre et poli. D’ailleurs Marcel Malbée dit MM ne touchait au pyjama que pour le ramasser au pied du lit. Puis le ranger au crochet de la salle de bains. Quand on aime, on range. Au matin, il le rapportait au gamin, qui le revêtait sous les draps : à cet age, on ne se promène pas fesses nues, même si rondes et fraîches.

Ainsi va le récit, parfois, qu’il s’éclate contre le premier rocher venu, puis, fond percé, va sans bruit et sans douleur s’échouer sur une berge à peine cachée par les herbes du marais.

L’écriture, c’est prendre l’eau. L’écriture, c’est prendre l’eau. L’écriture, c’est prendre l’eau.

A vrai dire, sans doute YDIT aimerait-il que cette résurgence du récit, aujourd’hui, soit jouée sur une portée dont Olivier Rolin serait la clé, celui «  Port-Soudan », celui d’ « Un bar à l’hôtel Crystal », ou de «  Extérieur monde », celui qui écrit :

«  Il me semble que cela pourrait se dire ainsi : vient un moment où l’on sent le besoin d’une récapitulation. J’ai dit une récapitulation, pas une capitulation. Tout le contraire. Un geste où il y a de l’orgueil avec du doute.(« Extérieur Monde »,  p. 48).

Olivier Rolin, tel une image de collection un peu brouillée, collée dans l’album par un gamin dont la salive n’est pas si nette. Carambar ? Malabar ? Sucé n’importe quoi ?

Olivier Rolin, son étrange cosmopolitisme, son mélancolique désir d’effacer du monde les limites, celles des pays, des rencontres, des émotions, des villes, des livres, des mémoires. Mélanger, retrouver,  aussi effacer, boire, secouer : le shaker du récit.

Il y a des hommes-livres, qu’on aurait au fond aimé être, au moment de taper sur le clavier : des gens presque ordinaires, femmes et hommes avec qui on partage un pli de faille, une zone de blessure, comme une fraternité dans l’imprécision de vivre. Olivier Rolin fait tout évidemment partie d’eux. Voici que j’ai un Frère qui ne sait pas l’être. Un vrai Frère, mon aîné de clavier. Pas comme le Frère de sang – on lira cela plus tard, pénible celui-là, entouré de ses Jackys et de ses pianistes. Rolin, lui. Avec sa mélancolie de vieil activiste, rangé des Affaires Explosives, sa nostalgie de routard fatigués des routes, son goût de l’alcool (et aussi les excès au lendemain complexe), le goût et le désir  des femmes, de leur présence, de leurs apparitions, de leur probabilité de renfort, par la force du désir et la puissance de la tendresse, de l’évidence d’une sensualité que le short d’une fille à la fois contient et révèle, dans le jardin du Luxembourg. Sur le pont d’un cargo dérouté. Dématé? Débouté. Dans les couloirs de l’Hotel Crystal.

A-t-on le droit, pour soudainement partir sur le chemin de Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, pour s’engager sur la route sombre du meurtre attendu, a-t-on le droit de revendiquer une écriture, l’œuvre d’un vivant ?

Des hiboux sans regard claquent leur bec fauve en serrant leur griffe, sur la barrière.

Voilà tout ce qu’il me reste à l’aube, étrange viatique pour le geste lent toujours trop rude de se lever.

Sur le marché de Cucuron ou de Mortagne-au-Perche, ou plus tard ( toute dernière minute , ultime ajout) celui d’Aubigny -sur yNère, dans le salon  de thé Chez Françoise, avec le soleil sur l’étang que protègent des platanes, ou la fameuse petite brume matinale sur les murs jaunes, les bonheurs sont multiples. Ils sont bons à goûter d’une lèvre légère, les bonheurs, et pourquoi faudrait-il aller courir les chemins clos pour chercher une liberté dans le mouvement, alors que la chasse et fermée ? On peut aussi bien rester ici. Bonheurs nombreux, sereins, certains. Arrêt sur image sage. Toute image dont est gommé Marcel Malbée dit MM est bienvenue. C’est partout, ici : Paris, Ferrare, Tinos, Essaouira. Pourquoi partir à la chasse au Parrain?

Oui, déjà dit, et alors ? La vie, presque toujours déjà dit, non ?

Sur le marché du cours de Vincennes les bonheurs sont fragiles mais certains : odeur de la rôtisserie,  couleurs des fruits, la grasse rougeur des cerises, la flasque pâleur des fromages, les pointes rondes des légumes rangées comme des seins de touristes dans le T Shirt serré, musée de La Vie Romantique, un mercredi après-midi. Le plaisir ici est de se sentir vivant et surtout de goûter au passage la saveur tendre des jeunes mamans qui font le marché avec les enfants gouaillant tout près, jeunes mamans d’été en short abrupts, dans l’étoffe bleue coupée ras que la forme tire vers le soleil du regard. Et que faire de Marcel Malbée ici ? Pas vu sur le marché, le Parrain ! A quoi bon se gâcher la vue, la vie au nom de M.M.? Nulle ombre du Die Pate, cours de Vincennes. Allez, BOB, MORANE, les détectives pas sauvages, vous venez, on s’en va ?On prend mes clics et vos claques ? On n’attend plus ?

Partis pour la Fin de Partie ?

À défaut ce sont des jupes légères, au marché, ou des robes courtes sur la cuisse, diverses  formes aux couleurs saillantes, qui imposent dans les yeux ces gestes si émouvants qu’elles font pour payer, pour ranger des fruits rouges dans le caddie, tandis que le mouvement du corps -oubliant le danger de sa présence- affirme pour leur forme une existence  involontairement érotique.

Le sexe ( **** : si on dicte ce mot dans le micro de l’ordinateur à partir des notes manuscrites,

le logiciel Windows remplace les 4 lettres par des étoiles).

« …je voudrais moi aussi danser au bord de la mer, en grand manteau trempé de pluie, avec celles que j’ai perdues : mais je sais que c’est un rêve (…) c’est le même genre de travail que j’entreprends : rabouter ; coller des dizaine d’éclats de souvenirs, en recomposer un vase imparfait, fracturé, dont je ne serais que le vide central « ( Rolin, Ibid, p.48)

Ecrire cela, ainsi. Eclats de souvenir, vide central. Car ceci est un Roman-Images : pas juste le récit de Le Secret, on s’en fiche du factuel. Mais le souffle de comment écrire cela? Oeuvrer avec cela. Faire du langage. Mais le soir vient. Sur le marché  devenu désert, comme dans toute la vie des jours, il y a des soirs où la fatigue est trop grande pour dormir, et l’on n’a plus envie d’écrire, de  lire, on n’a plus envie de se dire qu’il faudrait chercher Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, pour le trouver, le trouer, pour l’effacer au terme d’une chasse sinon éternelle du moins sans doute infinie. Ne sert à rien. Hé, les Détectives pas sauvages, BOB et MORANE, on prend un verre et la fuite ?

Fatigue. Trop tard. Et tous les autres qui s’agitent, dehors, dedans, messages, mels, boucles pas d’or, tout ça. Il y a des nuits au sommeil fuyant, nuits solitaires, et les fantômes – vieux amis troués d’os et de vent- redondent leur inutile présence : rien ne se passe, ne se pousse, ne se peut. Un peu découragé par l’ampleur du souvenir revenu. Trop fort. Trop lourd. Trop vieux, Septante et davantage étant venus, pour retrouver cela au bout du chemin.

Rien à dire. Rien à faire. Sauf un Stilnox avalé dans un double McAllan. Traitement non pas de cheval, mais de cochon. Inch’Allah. Sinon pas de sommeil ?

Oui, déjà dit, et alors ? La vie, presque toujours déjà dit, non ?

Partout, sur chaque  branche d’arbre des jardins secrets

il y a désormais HANGED JAMES, gentiment affiché, même pas tournoyant sur lui-même, pendu tout net,

et qui (lorsque le mouvement de la vie lui permet de faire face)

offre son sourire amical et goguenard, un peu tendre et lassé donc,

comme s’il s’apprêtait à dire ( quoi qu’il soit impossible de plus rien dire dans son état),

ou à demander :

«  Alors quoi, mec ? Vas-tu enfin t’y coller ? Tu vas l’effacer ? Tu vas le disparaître ? Oui, ou merde ? ».
 Evidemment nul ne peut dire ce qu’il attendrait en matière de réponse, Hanged James….


Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode QUATORZE :  Peu à peu à peu à peu et tranquillement assassiner MM dit Le Parrain, Die Pate.. A suivre ….Mais ça ne s’annonce pas rigolo comme un Comic’s 1980, contrairement aux (fausses) promesses. Donc : Episode QUINZE ? Mercredi prochain, évidemment. Vous avez perdu la date ? Mercredi 13 décembre. Ca aurait pu être un vendredi. Mais pas le 13, alors. Vendredi sera le 15. Bref, mercredi 13, au moins ça n’ajoute pas de confusion ! Assez comme ça.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode TREIZE : Die Pate et Hanged James, comment l’actualité du monde bouleverse les sédiments profonds de l’intime.

INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi :  » Mais vas-y donc, à ta kermesse. » (  » Clèves », Marie Darrieussecq, P.O.L. 2011)
Mais on a choisi ça :

 » A sept heures chaque matin, à deux heures l’après-midi, à six le soir, avec la ponctualité d’un train en Suisse, elle me téléphonait du hall de l’hôtel.  » ( René DEPESTRE, « Eros dans un train chinois« , Gallimard, 1990.)

Note de Madame Frédérique :

Le fragment ci-dessous, probablement, va sembler un peu répétitif. Mon ex-patron chassait La Répétition dans ses discours, les courriers qu’on soumettait à sa signature. Il m’arrivait, quand il était vraiment fatigué, de lui signaler une répétition qui allait échapper. A présent qu’il a disparu, je dois me contenter- à regret -de publier les fragments que m’adressa Y.d’I , dit YDIT, ce fatras de «  Lettre de A., version B. », sans me permettre aucune intervention. Hélas.

Texte de YDIT :  Lettre de A. , Version B.

Reviennent à présent  deux  personnages qu’on a déjà traversés, larges comme des autoroutes, mais comme elles interminables, ni FRED, ni Y.d’I,  les personnages :  Hanged James et Marcel Malbée, dit M. M., dit Le Parrain, Die Pate. Deux personnages tellement dissemblables et cependant si proches, parce qu’ils frétillent  chacun à sa façon, l’un par sa main dénoueuse de cordelettes, l’autre par sa corde au bout de laquelle il pend. Tous DEUX tortuent dans le même univers, et cet univers fut longtemps complètement secret. Bien sûr. Secret. Une histoire de cordes ? Cordes à son arc- celui du très jeune corps en appui Epaules/talons, arc d’os et de muscles souples, épaules/talons, geste rapide, se tenir sur les mains quand passe le bas de pyjama, et l’autre, pendu corde à son arbre, celle de James tendu par les  vrilles de la fin ?

Mais depuis quelques années, dans un bouleversement grave d’enchaînements imprévisibles (principe de l’avalanche),  Le Secret a commencé à fuir les placards à ballets de  fantômes jusque-là peuplés par un petit nombre  de personnages influents et célèbres, masqués de silence complice. En peu de temps, le Secret a donné de la voix, une vérité à des voix. Envahissant écrans et librairies, ondes et claviers,

Le Secret s’est mué en accusations, déclarations, confessions sans concession.

Hugo je crois, décrivit bien cela : comment le Secret court et de disperse sans se dissiper. D’autres qu’YDIT ont dit leur « Mon Secret ». Jusque-là, Ydit l’avait oublié, Le Secret. Mémoire d’infra-tombe. Simplement un pur OUBLI. Jamais imaginé qu’elles et ils fussent- tout compte fait- en si grand nombre à vivre dans leur propre sale secret à eux. Plutôt, il était parvenu à  retirer Le Secret à lui des tiroirs où piaffent les souvenirs. Parmi les autres, vivaces et prolifiques, rieurs et colorés, on parvenait à contenir le souvenir de Le Secret à Ydit, à le contraindre à l’inaction, sans trop d’effort.  A le garder en-dessous de la pile, en deçà de l’appel. Sous le coude, la corde à Secret.

Mais soudain tant d’autres ont ouvert leurs mémoires. On n’ose dire qu’ils abuisent. Ont saturé l’oreille de récits sur Le Secret. Impossible, dès lors, ensuite, de tenter retirer quoi que ce soit à leur puissance désormais dévastatrice, car envahissante. Impossible  d’empêcher la  remontée de « Le Secret », le mien, raconte Ydit, comme celle d’un mascaret qui franchit les barrages contre le maléfique. Montant, la marée -paradoxe- découvre les filets crus enfouis. On s’y prend, on se rend.

L’impudeur publique, compréhensible, a provoqué une espèce de libération : après tout, voici que s’est formé comme un féroce « entre-soi » des connaisseuses (surtout) et des connaisseurs de « Le secret » : une tribu invisible et familière à chacun, où l’on se retrouve sans même se connaître… Celui-là de « Le Secret ». Celui-là même qui fut initié par Marcel Malbée, dit M M, Le Parrain, Die Pate, avec de longues cigarettes allemandes ( ou hollandaises ?), un verre de Sylvaner, le modèle réduit en porte lampe du  David de Donatello, une salle de bains avec douche et eau chaude. Douche et eau chaude, le luxe, chez Marcel Malbée. Un crochet ou accrocher le pyjama. On enlève toujours le pyjama si on est un gentil garçon, filleul. Donc, c’est mieux d’avoir un crochet. Pour bien ranger ses petites affaires. C’est pratique. Pour le retrouver au matin. Chaud. Le pyjama. C’est plus propre, et il faut être TRES propre avec son Parrain. Propre. Gamin poli comme il faut avec son Parrain. « Tu seras sage avec Parrain? « . Oui, sage, comme un repassage d’image, naufrage en nage, vidage sans age,outrage sans rage…

.

Pendant très longtemps il y eut deux personnages complètement absents du paysage affectif ou mental. Ces deux-là ne demandaient aucunement à sortir. Nous habitions des mondes parallèles.  Ils avaient été enterrés comme les déchets nuclaires. Le mieux est de ni toucher ni penser à. On les avait réduits au silence, non pas d’un coup de botte, mais d’un coup de cette arme la plus efficace de toutes : le déni. Le Secret, ça avait été oublié depuis longtemps, sincèrement oublié, ou en tout cas enfoui au fond d’une fouille, secret abri du secret. Au fond d’une trouille, oui, pourrait dire BOB. Ou MORANE. Les Détectives sans arcanes.

Et maintenant, avec tout ce bruit dans le monde autour de Le Secret, peut-être aussi parce que Septante et plus sont venus, le souvenir à son tour est là, il revient, même vague et certainement trouble, il surgit, apporté par l’actualité comme un chien sa balle. Tu jettes, il rapporte, stupide et content. Tu lmas vu, mon Le Secret? Et mon Le Secret, tu l’aimes, mon Le Secret ? Sans mépris? Avec son lot de bave  et de joie (celle du chien qui a trouvé Le Secret dans le terrier de la mémoire). Puisque tout le monde parle de Le Secret, le déni de si longtemps se muerait aujourd’hui en une sorte de mensonge par omission.

On ne va pas se mettre à mentir l’intime, à septante et davantage.

Alors, TOUT revient, à cause des autres, même pas capables de continuer à blottir leur silence dans un creux de la vie. Ils /Elles parlent, s’accusent, avouent : YDIT, hagard, entend Le Secret soudain se mettant aussi à parler partout, son Secret cru effacé, à étaler son ruban de glu pour attraper les souvenirs de tous : radios, tables rondes, numéros spéciaux grand tirage, et même une commission interministérielle présidée par un juge : « Donc, à vous, très chère victime, ça vous faisait comment ce qu’on vous faisait, et c’était comment au fait, ce qu’on vous faisait, dites nous tout ? « 

Reste le parler vrai. Sauf que la mémoire et le récit, toujours, depuis que les mots existent et s’organisent en langage, en bande sauvage,  récit ou mémoire sont les ardents complices d’une

lente destruction intérieure.

__________________________________________________________________________________________________________Didier Jouault pour : YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode TREIZE : Die Pate et Hanged James, comment l’actualité du monde bouleverse les sédiments profonds de l’intime. On peut suivre chaque semaine, en général. Rendez-vous mercredi 6 décembre, peu avant la fin du jour ( déjà bientôt le solstice ?) quand les frayeurs apparaissent. Mais pas d’inquiétude : ce sera un épisode calme.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DOUZE : Fred est une femme

INCIPIT : INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi :  » Si le premier devoir de l’éducation religieuse consiste à éviter l’enfer à son prochain, le premier devoir de l’éducation lubrique consiste à l’y précipiter  » ( Lydie SALVAYRE,  » Petit traité d’éducation lubrique  » « Points », 2016).
Mais on a préféré ça :

 » Et les quais ne cessaient de s’emplir, se vider, et les gens affluaient, repartaient, régis par des mécanismes complexes en rapport, peut-être, avec les flux migratoires, ou les grandes marées, gagnant chacun une destination de hasard ou longtemps méditée sans bien savoir pourtant, malgré les préparatifs, les bagages emportés, les rendez-vous accumulés, sans bien savoir ce qui les attendait.« (Cécile WAJSBROT,  » Mémorial « , Le bruit du temps, 2019 )

Note de Madame Frédérique :

En épluchant cette accumulation de textes et images, la «  Lettre de A. », Version B. , expédiée par mon ex-directeur, Y.d’I., je me suis aperçue que mon prénom, Frédérique, au moins son abréviation « FRED », apparait à de nombreux endroits (vous le verrez). J’ai même pu observer qu’une série d’images- déclinaisons d’un maigre nombre de poses- était supposée me représenter en divers lieux du récit. On dévoilera cela peu à peu, je ne suis pas pressée. Leur nature- halo d’érotisme et teintes de tendresse- m’a surprise (c’est le mot le plus neutre). Y.d’I a fait de moi non seulement un personnage (porteur d’une longue histoire) mais une espèce de commentatrice, comme il en avait installés dans les Séquences Publiques d’Oubli ( VOLTAIRE, GERMAINE) ou son «  Jardin de Giorgio Bassani » : CECILE, MARKO, SERGUEÏ. Procédé littéraire un peu éculé selon moi…Ainsi, à mon tour, à présent, je joue le rôle de comparse. Mais ne suis en réalité qu’une paisible ex-assistante. Pas très satisfaite de certaines images- détournées, moi, en exhibée. Mais c’est trop tard : Ydit a sifflé son départ du récit. Tout est programmé : nul arrêt posible.

TEXTE de YDIT : » LETTRE de A, version B « 

Présentation de FRED (pas besoin de présentation pour YDIT : on est supposé se souvenir du « narrateur intempestif », plus de 300 posts en cinq ou six ans, et tous récupérables ici. Ou irrécupérables?).

Si j’en parle en disant Fred, et la liant à l’adjectif comme une déesse grecque à ses attributs, n’essayez pas de compliquer les quatre lettres, ou de jouer avec les questions si actuelles du genre, profitant de l’équivoque de l’abréviation. Fred ce pourrait en effet designer un garçon ou une fille. Fred pour moi, Yd’I dit Ydit le Didi,  est sans la moindre discussion du genre féminin, et aussi du sexe féminin,- dans un récit où le mot sexe peut apparaître (si l’on dicte devant le clavier, comme je fais parfois en lisant les notes manuscrites, l’énoncé sexe devient **** à l’écran, faire la queue s’écrit ainsi :*****).

D’ailleurs nous sommes quelques-un(e)s à pouvoir en témoigner avec ardeur, avec douceur, et avec infini regret de l’avoir vue partir : Fred est une femme.

  • BOB : affirmation nécessaire dans un récit qu’on suppose  a priori d’assez mauvais genre. Puisqu’YDIT est au clavier…
  • MORANE : d’autant que ça marche souvent par paires, dans la nouvelle «  saison » de YDIT-BLOG, la saison  IV, on va voir.
  • Par pair, impair, passe et manque ? demande BOB.
  • Un peu tout ça, oui, comme nous, ça roule par deux, explique MORANE.

Ce qui n’étonne pas pour un dialogue, précise l’un. Ou l’autre.

Présentations, poursuivons : BOB et MORANE, on a compris ; les détectives pas si sauvages que ça. On ignore encore ce qu’ils enquêtent ? Retrouver Marcel Malbée vivant ? Errant solitaire et dépecé au sein d’un soliloque déprimé ? Mais vivant. Mot d’ordre permanent : « Patience dans l’Azur ». Chasser le Parrain.

En coulisses, pendant ce temps du démarrage, YDIT joue sa mémoire aux dés. Comme dans le plus énigmatique des tableaux de Garouste, Gérard, peintre, et qui se dit fou en couverture de «  L’Intranquille », son autobiographie dialoguée. Comme le peintre, le manieur d’écriture est un menteur à grand nez, et comme le peintre ses coups de toujours provoquent le hasard. Mais Patience, à  cela aussi, on reviendra.

Nous avons entre 190000 et 190001 mots à parcourir ensemble. Voila pourquoi on prend le temps de s’étirer, s’installer, se coussinner. Tant de mots. Vous les comptez? décomptez? Mais ça va aller, ça va aller : on retrouvera, vivant ( usé, cul-de-jatte, minable, rogné de l’intérieur, courbé de partout, en loques dans la tête, mais vivant, vous allez voir) on retrouvera Marcel Malbée, dit M.M., Le Parrain. Die Pate.

Espérons, Espérons, Espérons, sinon : gémissons

Juste pour ceci : qu’il raconte la première fois de cela et comment le gamin n’a pas dit NON, et claqué la porte. Eut-ce été en pyjama. Vert, cette fois, le pyjama. Sur le palier. Après avoir dit NON. Au froid, l’air stupide qu’a toujours celui qui s’en va. Mais qui a dit NON. En haut des marches, seul. Blotti dans l’irradiation du NON

Et le pyjama bien tenu autour des reins, par la cordelette de coton blanc.

A cet âge, Septante et davantage étant venus, posséder le ferme trésor d’un projet vaut mieux que posséder la fragile mémoire d’un sujet. Allons y ! Chassons le Parrain.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DOUZE : Fred est une femme. Bonne nouvelle ? Allez savoir ! prochaine séquence : mercredi 29 novembre, l’hiver arrive, brrr…on est pas si mal au chaud devant l’écran et YDIT-BLOG.

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV , Episode ONZE : Non, moi je ne fais que jouer avec WordPress.

Une autre fois, ils sont assis sept autour de la table, dîner dit de travail. Sur le balcon, les plantes fléchissent sous un faux-semblant de neige parisienne. Pas loin, sur la table du salon, patientent les dossiers. Provoquant un silence, CATHERINE dit : mais on ne sait pas assez que tu es un écrivain….

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG , Nouvelle Saison, Saison IV , Episode ONZE : Non, je ne fais que jouer avec WordPress. ( intermède léger après la première salve de vingt posts dont dix épisodes.) Retour au Roman-Images : dans trois jours.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DIX : Tricoter une écharpe bleu nuit, souple, si souple.

INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi :  » A midi juste, le mercredi 11 janvier 2017, je range ma voiture à La Roche-aux-Moines, commune de Savennières ( Maine et Loire), devant la petite maison que j’ai louée. » ( Danièle SALLENAVE, « L’Eglantine et le Muguet », Gallimard, 2018)
Mais on a choisi ça :

 » ll était plus d’une heure moins le quart de l’après-midi, et il a été surpris que tous les regards ne lui tombent pas dessus, qu’on ne montre pas d’étonnement parce que lui aussi avait fait des efforts, qu’il portait une veste et un pantalon assortis, une chemise blanche et l’une de ces cravates en Skaî comme il s’en faisait il y a vingt ans et qu’on trouve encore dans les solderies » (Laurent MAUVIGNIER, Des hommes, Les Editions de Minuit, 2009)

Il faudrait, pour la publication de chaque fragment, bref rappel ou long récit, que je dise à nouveau ma place d’ancienne assistante plusieurs fois rappelée auprès de lui par Y.d’I.,dit par tous YDIT et aussi dit Didi, puis que j’évoque le  volumineux envoi nommé «  Lettre de A. », que je me contente d’explorer ici, peu à peu. Mais, qu’on s’en souvienne : «Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman » qui se nommerait Y.d’I.

TEXTE de YDIT, « LETTRE de A », version B.

Jadis on a cassé le cours du récit « Saison 3 » parce qu’il ne courait pas.

Une « saison » ratée (on croirait entendre un tenancier de restoroute en période de pandémie).

Pas pire qu’un rencontre ratée : on s’installe au bord de la petite table ronde, en  marbre  cerclé de cuivre, le garçon s’habille à l’ancienne, vaste tablier blanc, et lorsque l’autre, en face (quels  que soient l’autre et sa raison d’être là), passe la commande, insiste, précise, détaille, exige, avec du citron mais un tiers de tranche et du sucre glace-pas cristal ( sauf si Hôtel Crystal, on y reviendra…), non, glace, seulement, alors on sait aussitôt que la rencontre n’aura pas lieu. Trop d’engrenages contraires, rien qu’à les entendre d’avance la tête grince. Et ensuite, comment s’en débarrasser ? Tous ces autres, les passagers du vide, incasables personnages, visiteurs inclassables, incassables silhouettes, inénarrables bien que racontés ? Silhouettes furtives en tâches pâles sur le drap du matin, amitiés d’hommes dissipées dans le reflet de l’aube et le dernier cri du zinc. Où est la gomme?

Alors que l’urgence est maintenant, évidente : aller à la chasse au Marcel Malbée, dit  MM dit Le Parrain. Et raconter cela. Et pourquoi, il faut chasser. Le faire pour de vrai, ici. Tricoter à quatre aiguille une écharpe de soie, bleu-nuit, bleu-mémoire, si souple.

D’ailleurs, on n’a plus la force d’autre chose que ce récit, avec la vieille femme-mémoire, Septante et davantage à force étant venus.

– Alors, ça recommence ? fait mine de s’interroger BOB ( mais on verra qu’il a toujours tout  deviné, rare finesse du Détective, bonheur de l’Employeur).

MORANE, complice, ricane. Ah! BOB et MORANE…

– YDIT répond (sur la recommandation de FRED qui les solde, il a engagé BOB et MORANE pour l’aider à trouver Le Parrain, à le débusquer où que soit la tanière,  aussi avec eux l’obligation de dialogue ne cesse jamais) répond que, jadis, en famille, quelqu’un aurait dit cela, « Alors ! ça recommence ? », comme d’un reproche, comme pour un gamin surpris à manquer de nouveau l’école ou la messe, oui : ça recommence. La si vaine occupation de sirène mâle : taper un clavier avec peu de doigts et beaucoup de mots. Sirène parce qu’on navigue dans de basses eaux : la saline des mots.

Une écharpe souple, si souple.

FRED  dit : ça serait peut-être bien le moment de commencer, alors, au simple sens d’un début, voyez-vous- le début vrai du récit faux, si on recommence ?

Fred …Vous allez ici la retrouver tout le temps de ce roman-images, prévisionnellement (quel mot !) constitué de 123456 à 198765 mots. Il serait donc assez habile ( simple conseil) de s’habituer à elle, d’éviter les surprises (même si toujours bonnes avec elle, hormis la toute dernière, on verra plus tard, dans presque trois ans ).

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Didier JOUAULT, pour : YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DIX : Tricoter une écharpe bleu nuit, souple, si souple. A suivre, chaque semaine, ou environ. Prochain rendez-vous avec YDIT et vous : mercredi, le 22 novembre. Mais auparavant, une petite bougie d’anniversaire, asynchrone, dans trois ou quatre jours

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode NEUF : « Certaines, je ne les ai même jamais vues » (O. ROLIN)

INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi : « Les bras croisés sur la poitrine et les lèvres entrouvertes, elle s’est endormie »( Frédérique CLEMENCON, « Colonie », Les Editions de Minuit, 2003).
Mais on a choisi ça :

« Les crabes sortirent de tous les trous du sable gris volcanique, tapissé de feuilles mortes, et se regroupèrent en colonnes serrées ». (Maryse Condé, Les derniers rois mages, Mercure de France, 1992)

Note de Madame Frédérique  :

Il n’est pas impossible, après tout, que ce feuillet ne se trouve plus à la place qui semble avoir été la sienne dans la fatras où j’essaie de suivre une logique,– si l’on se rapporte à une chronologie probable et pertinente de rédaction. Mais il se peut également qu’il s’agisse de l’un de ces effets d’écho (ou de rappel, je ne sais comment cela se nomme) qu’on peut observer dans le déroulement du texte (dans la succession des fragments). Ce qu’attesterait la « reprise » à l’identique d’une citation du fameux Rolin ( que je peine à lire : trop de regards sur trop de femmes, est-ce amour immodéré ou insolent irrespect ? Quoi qu’il en soit, fidèle à ma politique de non-intervention, je donne ce feuillet ici tel quel.)

LETTRE de A. Version B. Ydit mène une existence de privilégié, on s’en doute.

Jadis, longtemps, il n’y avait pas du tout d’argent pour la famille et YDIT, à l’époque de l’enfance, aux temps ouvriers. Il ne s’agissait pas de misère, rien que de pauvreté. On n’avait jamais faim – pommes de terre et vague lard de fin de marché. Mais on craignait l’arrivée du froid, que ne parvenait à combattre l’unique cuisinière à charbon de l’appartement. Le pire était les toilettes à la turque sur le  palier, sauf qu’on y croisait de temps en temps de vieux voisins graves, exceptionnelle opportunité de socialisation.

Il est dangereux de se souvenir de ce faux détail : le seul personnage un peu aisé dans l’entourage était Marcel Malbée, dit MM, Le Parrain, Die Pate. Appartement chauffé (pas besoin de ce petit pyjama bleu et rouge, ou blanc et vert, ou bleu et jaune ?), meubles paraissant presque en bon état même si d’un goût désastreux, statuette de faux bronze  reproduisant mal un David paraissant mieux fourni que l’original ( mais YDIT ne connaissait rien de  l’original, ni des canons de la sculpture, ni des étals de marchands aux Puces où l’on pouvait trouver des modèles un peu «  ajustés » aux goûts du connaisseur).

Et surtout, un jour, la 4CV Renault bleu clair, intérieur faux cuir rouge, authentique luxe.

Ce soir, après le dîner, dans l’appartement bien chauffé, verre  de Mac Allan à portée de main,  YDIT  encore cette fois hésite entre deux façons de passer les attentes qui se profilent à l’horizon de l’absence de sommeil. Toujours le sommeil fuyard. Dérouler l’heure qui vient n’est plus projet, plutôt un défi.

On pourrait alors continuer le visionnage de « Glissements progressifs du plaisir », trouvé sur un site étrange où les images sont de mauvaise qualité (on a même rencontré le film dans une version indienne sous-titrée en anglais : superbe gourmandise comme seuls les attentes de la nuit et les Réseaux peuvent en offrir).

Mais, dans « Glissements progressifs du plaisir », hormis les corps de jeunes actrices et les étonnantes peintures que leur impose l’auteur ( on verra que FRED ainsi agit sur le corps de ERIKA : enluminures sur le texte du désir, mais pas cette année sans doute, pas avant 2025 : le roman-images avance trop lentement, c’est délibéré ) ; hormis l’infinitésimale diction de Jean-Louis Trintignant ; hormis la délicieuse onctuosité de Michael Lonsdale,

ce qui intéresse bien sûr est le second  degré, enfin le second degré aujourd’hui, qui ne fut pas dénué de  pontifiante certitude lors de la sortie, tout cet attirail de formes, ces  figures de style, que Robbe-Grillet introduit dans chaque plan : marée, plage, corps,  lits de jeux, lits poussés sur la sable comme des brouettes à goémon, mais ce sont des mannequins démembrés qu’on met à l’eau, à l’air, et lits en feu, peintures et  anacoluthe et métalepse, entre autres. On a aimé tout cela, et ça bimbelotise tellement aujourd’hui.

Les héroïnes sont vêtues d’une simple chemise d’homme, l’une rose, l’autre bleue, posées sur une plage déserte où monte une mer sans pitié et sans ardeur, dans l’atmosphère effrayante construite par le confesseur Lonsdale…Bref tous ces montages et démontages du langage qui conduisaient le spectateur curieux (aussi agacé) à réviser son traité des Tropes avant de payer sa place au cinéma. Nous avons été beaucoup à aimer ce fer-blanc dézingué, mais Septante et davantage étant venus, les Tropes prennent la fuite…


A présent, YDIT  fait à nouveau le choix d’attendre l’espérance de la nuit en la balisant de l’écriture, la meilleure façon de se suspendre, de s’écarter. Sans apprêts sinon sans après. Sans ruses et sans calcul.

Se suspendre aux mots, mieux que se surpendre aux arbres.

Juste cela : l’écriture pour monter sur les genoux la colline vers la nuit. Pénitent gris ?

En somme, « ça » recommence. On veut s’en plaindre ?  Il faut s’adresser à  qui vous savez : Rolin, Olivier, prix Femina : sérieux. Tout ça pour aller à la chasse au MM dit Le Parrain. Naturellement, comme ici est un récit, à toutes fins utiles, on va y parvenir, au Parrain. Le retrouver vivant. Vieux, sale, décharné, mais vivant. Le tenir là et faire disparaitre Marcel Malbée.

Mais ça va prendre du temps : la vie est un long détour par des labyrinthes. C’est compliqué,  les labyrinthes : instables et fuyants, joueurs (dirait-on) comme de jeunes chiens.

Rolin en est familier, de ces matins si petits qu’on les dirait invisibles, et cependant ils sont immenses : trop, vraiment trop bu la veille, ou trop parlé, ou trop lu, ou trop tardé en marchant dehors, ou trop usé des corps. Au lever, cette lenteur des malades même pas convalescents, les malades sans rémission : absence de réaction rapide, aucun muscle solide. Dans la tête comme un voile, entre l’idée mal venue et la parole mal enracinée, la lenteur prudente des malades, ceux qui espèrent guérir. Mais tout le monde sait que rien ne va guérir. Pas comme ça. Olivier Rolin le sait, non, Olivier, vous le savez ?

Lui aussi attend l’espérance de la nuit, sans trouver la chemin du sommeil.

Cette nuit, le temps voisin était à l’orage, et YDIT relisait Rolin, comme on a dit. Le temps à l’orage étrange des outrages qui surnagent. Plus loin sur la  terrasse, ou ailleurs dans l’hôtel, les autres du week-end sommeillaient, écoutaient du jazz à travers les Ipod, feuilletaient des revues d’actualité- comme si l’actualité ne collectionnait pas que les feuilles mortes, toujours.

FRED – on va la connaître, patience dans l’azur- FRED lui passe le bras autour des épaules, geste  familier. C’est tendre et protecteur, YDIT aime ça, parce que l’imprévu est souvent douloureux, et que FRED sait comment prévenir l’imprévu. Même si, comme ce soir où il attend la nuit, et rien d’autre, FRED n’est que mémoire vive.

Oui, pour longtemps, 180.000 à 190.000 mots, peut-être, on recommence. Même 200.000? Pourquoi pas ? Crédit ouvert. Roman. Images. Prendre le temps, mais à revers.

«  Il y aura, je le pressens, pas mal de portraits de jeunes filles, beautés entrevues, touchantes, dans ce livre qui commence (car il a bel et bien l’air de commencer). Dois-je m’en excuser ?

C’est ainsi…rien dans le châtiment immense du monde ne m’a plus ému, rien, même pas la beauté de l’art, de certains tableaux, certaines pièces musicales que j’ai écoutées…Certaines, je ne les même jamais vues. » 

(Olivier Rolin, « Extérieur-monde« , ed. Folio, p.22-23)

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 YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode NEUF: « Certaines, je ne les même jamais vues » (O. ROLIN). A suivre …mais on a compris le principe, aperçu la trame, repéré la construction. Donc,on devine : prochain épisode  (numéro DIX) : présentation de Fred. Tout cela peu à peu s’installe, s’étale. Et continue mercredi prochain, scones et thé même en automne : le 15 novembre. 

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode HUIT : C’est mieux pour bavarder tranquilles.

INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi :  » Vert émeraude sur bleu nuit PERIPHERIQUE INTERIEUR FLUIDE PERIPHERIQUE EXTERIEUR FLUIDE. »( Olivier Rolin, Tigre de papier, Editions du Seuil « Fictions », 2002)
Mais on a choisi ça :

TEXTE de YDIT, «  Lettre de A. », version B

Septante et plus étant venus, cette sorte de projet amusant et inutile – aller au terme d’une liste pourtant, non fermée –  marque bien ce qu’il reste à faire, maintenant : s’occuper à créer du neuf au creux du vide.

Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, redevenu présent de mémoire après l’oubli de jadis, Marcel Malbée, dit MM, Die Pate…

la première fois qu’il invite le garçon pour une balade inaugurale de la toute nouvelle Renault 4 CV, personne de la famille n’y est encore monté, être le filleul apporte de curieux privilèges. C’est la première fois d’une odeur de mécanique, de siège neuf encombré de soleil, il y a – dans la mémoire des senteurs revenant de Marcel Malbée- d’autres traces : un «  Après-rasage » menthol pas cher- mais l’usage de l’après rasage est un luxe dans la famille-, une vague persistance de talc dans la petite salle de bains- mais l’existence d’une salle de bains est un luxe dans la famille-, l’odeur d’œufs frits au jambon qui rejoint même le lit, mais cela aussi est une première fois brumeuse pour le garçon :  petit déjeuner à l’Anglaise, au lit, déjeuner au lit, à l’Anglaise, chez Marcel Malbée, son lit à lui un peu étroit pour deux, mais le garçon est mince, enserré par le ridicule « cosy » petit-bourgeois ( « cosy »/ « petit-bourgeois » : vocabulaire appris bien plus tard).

Première fois d’un dîner trop riche, aussi, une autre période, un peu après, pendant le court voyage en Forêt Noire offert à son cher petit filleul par Die Pate, on ignore pour quelle occasion- les douze ans ? Treize ? La salle de restaurant moyenne gamme est couverte de lumières trop vives, on ne comprend rien au menu, ça fait fou-rire ( s’il n’y avait eu que les moments à pyjama, aurait-ce été supporté par le gamin ?) la table chargée de choucroutes trop blanches, et « je n’aurais pas dû te servir ce verre de Sylvaner, sans doute, c’était ta première fois de l’alcool, tu es encore jeune pour ça, et voilà pourquoi, dira Die Pate, tu as eu mal au cœur, garçon, et tu  as dû sortir vomir – assez discrètement, merci, je dois dire– sur les bacs à fleurs du jardin« .

De tout ce qui fut la vie ( partielle, rare, régulière, longue dans les rencontres ) en compagnie de Marcel Malbée, dit Le Parrain,  l’enfant ( dix ans ? douze ans ? treize ans ? Il grandit, ça se transforme, ça, va devenir moins attirant? ) conserve des images pour certaines d’une étonnante précision de détails et de gestes -surtout que sa mémoire, d’habitude, construit plutôt des ensembles troubles.

Il peut encore décrire l’après-midi de promenade à deux, après le radin déjeuner dans « La maison Familiale  de Vacances » ( la famille n’avait toujours pas du tout d’argent), et Marcel Malbée qui suggère : «  Tu devrais essayer, tu vas voir, ça fait un peu tourner la tête au début », puis sort un paquet de cigarettes allemandes (ou hollandaises  ?) ERNTE 23, un paquet à dominante orange et lettres rouges (ou vertes ?), et c’était vrai : ça faisait tourner la tête pour la première fois, comme le Sylvaner glacé. Après on a marché main dans la main ( c’était le Parrain, c’était son filleul :  anodin), le  long du ruisseau qui menait à la chapelle ouverte, toujours déserte, oubliée dans le fond du vieux bois. C’est mieux pour bavarder tranquilles, faire ce qu’on a à faire tous les deux. Tranquilles.

Apprendre.

Mais aucun effort, pour long et patient soit-il, jamais, à ce jour, aucun n’a pu reconstituer dans la mémoire ce qui fut LA PREMIERE FOIS de ça, ce jour (ce soir ?) de LA PREMIERE FOIS où l’enfant n’a pas dit NON, n’a pas osé ou su dire NON, n’a pas répondu que, non, il n’avait pas trop chaud du tout, même dans l’appartement surchauffé, près du David de Donatello, et que, donc, non, il n’y avait aucune raison vraie de vraie raison pour commencer à détacher la cordelette du pyjama, puis à glisser le pantalon sur les cuisses, bleu et rouge, le pantalon, comme s’il s’agissait de jambières conservées après le débarras de la cuirasse, ou noir et blanc, le pyjama, taille junior, ou bariolé ( la famille récupérait les dons de la paroisse, des pyjamas usés d’enfants aisés, bien lavés ça va encore ), glissé sur les cuisses jusqu’aux talons, « Parce qu’il fait trop chaud, tu ne trouves pas ? ». Il aurait dû être facile de se lever, de dire : « Non, je rentre à la maison ». Il aurait fallu faire ça. Oui. Partir. Mais non, être ici, déjà, dans le petit deux-pièces rue Dupetit-Thouars, venir là seul un soir signifiait oui.( et au dedans : faisons vite, au moins).

Puis, chez Marcel Malbée, Die Pate, il faisait chaud et bon, parfois on irait au restaurant manger des choucroutes et des fraises chantilly, ici les toilettes n’étaient pas à la turque sur le palier, on n’avait pas froid aux fesses. De toute façon, le pyjama, ni vert émeraude, ni bleu nuit, ni pourpre romaine…Alors, ça peut glisser d’un preste geste des reins, presque tout seul, hop. Arc fin du jeune corps, épaules/talons, en appui, et « Tu peux le retirer tout seul … ».

Bien sûr il peut, YDIT : « Moi tout seul, je le fais glisser, moi tout seul, personne ne l’enlève à ma place, moi tout seul je veux bien« , et c’est déjà dire oui avec les mains. Raconte YDIT. Faut-il le croire?

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Didier JOUAULT, YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode HUIT : C’est mieux pour bavarder tranquilles. A suivre, tranquillement ( on est partis pour longtemps ) de semaine en semaine, ou à peu près. Cette fois, on avait le temps des morts. Reprenons le rythme : chaque mercredi, jusqu’à Noel ? On y va ? Donc, prochain mercredi : 8 novembre, heure du Picon-bière ?(Mais y a plus de Picon-Bière depuis longtemps, mon pauvre, diraient BOB et MORANE)

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode SEPT : premières fois que, journée en excursion à Fontainebleau.

INCIPIT 5 : On aurait pu commencer ainsi : « -…je sais, j’ai compris, je n’aurais pas dû… (David DIOP,  » Frères d’âme », (Editions du Seuil 2018)
Mais on a choisi ça :

Note de Mme Frédérique :

Ce feuillet, comme d’autres parfois, laisse à penser- surtout par l’usage des temps-, qu’en matière de rédaction mon ex-directeur, Y.d’I. ne formait pas encore l’image (ou le projet ?) de sa propre disparition, cette «  disparition » encore inexpliquée, mais qui le conduisit par anticipation sans doute à regrouper tous les textes ( Tous ? A vrai dire, je n’en sais rien) dans cette  épaisse enveloppe et cette clé USB qu’il m’a fait parvenir sous le titre «  Lettre de A., Version B » . J’ajoute que les allusions intimes, à chaque fois, produisent en moi une gène certaine, en dépit de ce que lui et moi ensemble avons connu.

Texte de YDIT : « Lettre de A. », version B : PREMIERE FOIS ?

Septante et davantage étant venus, on pourrait se précipiter soudain, exister comme si la hâte était une façon de vivre, se presser de se presser parce qu’on ne le sera bientôt plus. Mais non, non : voici que Septante et davantage étant venus, le temps ne se rétrécit plus à l’attente d’une action proche, espérée ou redoutée. Il se dilate à la dimension infinie, celle de l’absence d’attente.

Sauf exclusivement pour La Chasse au Parrain, à présent. Car voici que si tard- Septante et davantage étant venus- une autre raison de courir est survenue.

Ce qui se passera, pour soi-même désormais (pour l’univers, on ne sait) : heureuses répétitions, plaisants bonheurs, agréables redites, ennuyeuses traverses, détestables faiblesses, l’agréable vie : repas de famille, amitiés autour d’une table, livres découverts, voyages et villages, rivages et visages, maux de corps et d’humeur : les formes et détails changent, mais le fond reste tel qu’en lui-même la répétition le fige. Le floute. Le frippe. Le veloute. Septante et plus étant venus : la vie habillée de velours.

Aussi, on prend son temps de baguenauder dans la mémoire tel un chaland dont le panier déjà serait plein. Ydit ne saurait plus décrire la première image d’un pendu : image d’un pseudo Villon sur la couverture d’un livre de poche ?

Gravure illustrant un édition d’Histoire sur la Guerre de cent ans ? Documentaire ancien sur les conclusions du procès de Nuremberg ? Peut-être même ( hypothèse la pire)  le très ancien film de ce Polonais dont le nom échappe, et qui -sous le corps-, montrait ce que l’abdomen expulse de lui-même à cet instant final et sale ?

Pour l’autre personnage mâle central dans  son récit (on lira que les femmes y ont la part majeure) , Ydit cherche une Première Fois dont Marcel Malbée, dit M.M., Le Parrain, Die Pate serait l’acteur principal. Et il ne parvient à rien. La mémoire se mord les doigts de ne même pas savoir mentir assez. Cependant- on le sait, des livres le racontent- nous avons tous des forêts d’images des « premières fois », bulles aux couleurs aigues de rouge et de vert sur décor d’ombres pâles. L’image- dit-on – s’impose en flétrissure nécessaire sur la chair molle de la mémoire.

Mais non, pas pour celui-là : Marcel Malbée,  dit MM, Le Parrain, Die Pate, semble surgi d’un milieu qui n’aurait pas de début. Nulle « Première Fois ». En tout cas, pour cela qui importe, et qu’il disait en préambule :

« Tu n’as vraiment pas trop chaud, avec ton joli pyjama, YDIT le Didi ? »

En d’autres temps (de vie, de littérature), YDIT aurait ici commencé ce qui a été un sous- genre littéraire : l’affectueuse liste, celle des premières fois, par exemple, d’un livre, ou celle des bouteilles de vin blanc ou des cigarettes consommées/consumées pour écrire ce gros livre sur l’emploi de la vie, ou des poireaux et pommes de terres indispensables à la confection du dîner de Neauphle-le-Château.

Ou encore- la tentation perdure, en forme de tendre mais ironique hommage-, une liste n’indiquant nul message sauf elle -même.  Ainsi : au cours du trajet entre Montparnasse et chez lui, toujours, Ydit s’arrête pour explorer les bacs de livres soldés sur le trottoir de ce magasin spécialisé. Sur la table à lire, le dernier volume acheté comme pour rien : « Encore une journée divine ». Personnage qui monologue en courts extraits, séance après séance, répondant aux questions du psychiatre, ainsi devinées en creux (mais jamais formulées, comme si la réponse importait plus que l’interrogation), dans une chambre de clinique. Le narrateur se prétend psychothérapeute lui-même,  écrivain, porté par un immense succès, bien que ses livres – essais surtout – soient désormais introuvables, et en particulier le plus célèbre : « Changer le monde ».  Avec les histoires d’écrivain, on s’y perd.

Une première étiquette-prix, toute petite, sur la couverture, verte, porte : « 4 euros ». Une seconde, rouge, la recouvre en partie : «  1 euro ».

Marcel Malbée, dit M.M., Le Parrain, Die Pate, qui revient sur scène après une très longue éclipse, on n’a en souvenir de lui que des premières fois de seconde main, étiquette rouge sur étiquette verte : solde de solde d’invendu. Invendable, introuvable en magasin, le souvenir du tout début de Marcel Malbée n’a pas de prix stable-ni connu, d’ailleurs. Se peut-il qu’il soit encore vivant ? Vieux, petite retraite, abandonné, triste, malade : suscitant la compassion des voisins? L’intérêt lointain du Bar-Tabac PMU ? l’assistance d’une aide-sociale? Et cependant, objectif, si on le trouve : l’exterminer, avec précision et lenteur, comme on opère la première fois. Cela est le but. Exterminer ce qu’il reste de Marcel Malbée . BOB et MORANE – Ravageurs Détectives sans age – sont l’arme.

La première fois (on avait dix ans ? douze ans ?) où l’on a pénétré chez lui en poussant le lourd velours qui protégeait l’entrée. Aussitôt, en lumière ( était-ce une ridicule statuette portant un piètre abat-jour ?) :  le David de Donatello, sur un gros meuble sombre, une commode où il rangeait entre autres ses pyjamas, ses slips blancs à poche. Bien plus tard, YDIT sut ce que la mauvaise reproduction, en dimensions mesquines, avait à dire d’entrée, ici, dans le petit appartement de célibataire où nulle image féminine n’existait.

Dans un manuel d’art, le critique note au sujet de ce David : « Le jeune homme s’est libéré du poids de l’armure qui l’entravait, et dont il n’a gardé que les jambières.

Sa ‘nudité héroïque’- concept en vogue à l’époque dans les milieux culturels florentins néoplatoniciens – justifiait l’exposition de cette statue dans un lieu public »… Mais au moins, chez Marcel Malbée, dit M.M. dit Le Parrain, – où rien d’héroïque n’existait – jambières ou pas, nudité débarrassée des entraves ( un pyjama taille junior ) il faisait chaud, et les toilettes n’étaient pas sur le palier, comme à l’appartement de la famille elles étaient. Sur le palier, c’est glacé l’hiver. Die Pate, c’était chaud. On n’aurait pas dû s’y intéresser.

La première fois que, on ignore pour quelle célébration ( la communion solennelle sans doute, car c’était Die Pate ), la famille se retrouve avec Marcel Malbée dit M.M. Le Parrain, Die Pate autour d’une table ensoleillée, bistrot de campagne, journée en excursion à Fontainebleau : il y a des fraises chantilly au dessert, pour eux qui manquent d’argent, nous, la famille, c’est un luxe. Même il y a du sucre en poudre vanillé dans un ramequin de métal brillant et propre : on se croirait chez les riches. Le gamin perçoit aussi que la cuisse de Marcel Malbée, contre la sienne, tous deux en short, porte une chaleur insolite.

Mais c’est Le Parrain. Il y a de la crème chantilly, c’est sucre et vanille, une partie de campagne, du Manet en pyjama bleu et jaune rayé, sur la pelouse, du Renoir en excursion de Belle Epoque. Voila, probablement est-ce ainsi que le garçonnet a pensé dans son ignorance primitive le menu évènement : on n’a qu’à dire qu’on est dans une peinture.

Dans le roman « Encore une journée divine », ( une sortie de campagne à Fontainebleau ?), acheté un euro chez BookShop (étiquette seole 1 à 4 euros), aussitôt après les dernières phrases («  Quoi qu’il en soit, j’ai enfin un exemplaire de  « Changer le monde », depuis que j’en parle ! Donnez moi une minute et je vous le trouve », p.188 ), et quelques notes de détournement,  commence le « catalogue » (en date d’impression : mai 2021) de la collection «  NOTAB/LIA », chez Les éditions Noir sur Blanc.

  1. Dernier voyage à Buenos Aires, Louis-Bernard Robitaille
  2. Trois cercueils blancs, Antonio Ungar
  3. Journal d’un recommencement, Sophie Divry
  4. Lutte des classes, Ascanio Celestini

…Surprenantes coïncidences des titres…

Septante et davantage étant venus – on le disait à Cécile (complice en Jardin de Giorgio Bassini,cf. Saison 2)- , entrer dans le long plaisir d’un livre devient  plus rare, car l’exigence a grandi. Aussi, en achetant « Encore une journée divine » ( expression provenue de « Oh les beaux jours » de ce Samuel qui va traverser en filigrane une partie de la « Lettre de A. Version B »), surgit un projet comme on en rêve encore à cet âge ( séduire OUFA de Rabat, Isabelle de Cadet, devenir ami de Michel ou Malik), ces projets n’en sont plus un, ne peuvent plus être des projets, même si toute rencontre hâlée de plaisir est une renonquête sur l’oubli que Septante et davantage sont venus).


Projet, donc : parvenir à réunir l’ensemble des romans de cette  collection parus à la date de publication de «  Encore une journée divine » ( tout comme Gil avait réussi à retrouver les cent premiers numéros du Livre de Poche, avant de n’en garder que les couvertures). Probablement, un bon nombre n’existe plus ailleurs que dans la Réserve de la Bibliothèque Nationale. Fréquenter la Bibliothèque, ne pas bavarder devant le comptoir d’accueil, ne pas sortir boire un café, ne pas entreprendre un échange vain mais joli avec la conservatrice du rayon Tourisme. Lire les 63 romans ( le 64 ème, c’est tout juste fait : « Encore une journée divine »). Ce seraient autant de « Premières Fois » : YDIT n’ a jamais lu aucun des auteurs du catalogue. Belles découvertes ? Pénibles abandons page 47 ?

Pendant ce temps, sur le balcon du voisin, une adolescente à la Maynet gratte sa guitare bavarde comme pour croire à des histoires de trottoir et d’aurevoirs. On peut en rester là. Tranquille. Guitare. Paisible. Liste de romans à lire. Serein. Rencontres à découvrir mieux. On peut. On pourrait. S’installer dans l’immobile silence de l’attente de rien.

Ingénue façon de se préserver, de ne pas s’y mettre, à l’écriture de

La Chasse au Parrain ?

Septante et davantage étant venus, cette sorte de projets amusants et inutiles – comme d’aller au terme d’une liste pourtant non fermée –  marque bien ce qu’il reste à faire, maintenant, c’est-à-dire l’exact contraire : s’occuper de ce creux qui fut creusé jadis par les mots du Parrain. Par ses demandes, ses offrandes, ses voyages et les cordelettes de pyjama. Puis- Tranquille, Paisible, Serein : le dépecer, à mains nues, de préférence.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode HUIT : premières fois que, journée en excursion à Fontainebleau. On peut suivre chaque semaine, almost. Sauf cette fois : congés, tout le monde part, nul ne lit. Donc. Prochain épisode : Mercredi 1er novembre, on aura du temps cet après-midi là. Ou bien, la flèche <== en bas servira pour activer le retour en arrière.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode SIX : noué du col au bout de sa branche.

INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi : « Cela faisait quelque temps que nous envisagions de reprendre notre échange autour d’un thème paradoxalement peu abordé dans Une autobiographie allemande, la littérature » (Hélène CIXOUS/ Cécile WAJSBROT , « Lettres dans la forêt », L’extrème Contemporain, 2022)
Mais on a choisi ça :

Note (brève pour une fois ) de Madame Frédérique, ex-assistante, dépositaire du paquet envoyé par un ex-patron nouvellement disparu : « Lettre de A. Version B » :

Y.d’I ( je préserverai son anonymat, ceux qui le connaissent le reconnaissent) précisait, sur un post-it rose un peu décollé, dont le texte semble repris dans le corps de « Lettre de A. » : 

« Rien de tel qu’une parodie affectueuse pour commencer. Pour recommencer, après tous ces temps de silence en ligne. BOB et MORANE. Le VIEUX SAMUEL. N’aurait pas été content, The Old Sam, de ce verbiage caqueté. Tant pis. c’est ainsi. »

TEXTE de YDIT , « LETTRE de A » ,version B.

Rien de tel qu’une parodie affectueuse pour commencer. Pour recommencer, après tous ces temps de silence en ligne. BOB et MORANE. Fin de partie, Septante et davantage étant venus. Bob MORANE, de Henri VERNES, lecture des treize ans, année des premiers titres, sans doute aussi l’époque (finissante bientôt? Le gamin grandissait trop ? La puberté peu à peu épaissit les aplats ?) l’époque ou s’achevait ( enfin ! ) le temps de ce DIE PATE, Marcel Malbée, qu’on s’attend à voir surgir, qu’on s’attend à entendre- mais qui diffère sa différence ?  » Je suis content de te voir« , proférait-il chaque dimanche pour le déjeuner famililal. Te voir, et pas que. Bob MORANE et l’Ombre Jaune, image du mal. BOB et MORANE et DIE PATE, image de quoi ? De l’erreur consentie ? Les Détectives – ravages et le Parrain-sauvage qui font trop bon ménage ?l’horreur de l’erreur : n’avoir pas su dire NON ?

Voici que l’on s’engage donc pour quelques dizaines de milliers de mots, cent quatre-vingt mille minimum  dit le compteur, – sans compter les ajouts inutiles et indispensables- et pour beaucoup de jours de travail, d’écriture, de biffures, d’aventures et d’impasses. Comme toujours et partout depuis le Big Bang, il n’est pas possible de partir de rien ou presque rien. Dans le récit -donc dans votre futur-mais aussi dans le passé dont le récit se constitue, errent  encore des figures ( des troupes ? des tropes ?) et des personnages : simples silhouettes ou très omniprésentes héroïnes; fulgurants héros; passagers figurants qui passent en tenue de Rien et qui marchent de concert dans un décor de vide et de silence. C’est ainsi qu’on écrit le passé.

Ceux  qui furent pendant la saison un ( celle des Séquences Publiques d’Oubli) ou pendant la Saison deux (le labyrinthe de Ferrare depuis la tombe de Giorgio Bassani jusque aux yeux  noirs d’une hôtesse : Silvia),  et tous les comparses d’avant – jamais venus au jour – ceux qui ont été  les parallèles de chemins anciens, elles et ils sont tous là, encore :

personnages qui secouent la nuque et les cuisses, tapent du sabot et dans les mains (chantent-ils en cœur ? ) puis regardent vers les nuages velus et la terre ouverte. Ici, prêts. La vie est une réserve de personnages comme on dit réserve sauvage. Et l’AUTRE, noué du col, sauvage dans le silence.

Le récit d’aujourd’hui c’est comme le visage d’un vieil homme dans le miroir d’une ancienne brasserie au temps où l’on fumait : moi, Y.d’I dit YDIT, mêmes traits, même chair et dans la superposition des peaux s’aperçoit la trace multiple des rencontres, les rides d’expression. Tous les anciens passagers de la vie, de toutes ces vies, Septante et plus étant venus, restent là, restent ensemble, même si l’on n’aperçoit plus désormais que les ultimes acteurs. Dans cette (cette fois impudique) mise en scène de moi (Y.d’I.) le plateau qu’on traverse entre Cour et Jardin compte moins que les machinistes en coulisse, les maquilleuses en loge, les spectateurs du balcon, les filles en short qui passent dans la rue, dehors, la rue, dehors, toujours. La mémoire est usée comme une vieille souffleuse de comédie.

Toutes et tous sont là, secouant nuque et cuisses, pour la danse tribale convoquant les Grands Esprits. On les voit qui tapent des pieds, chantent en chœur, puis tournent leurs yeux vers les nuages fertiles d’où tombe l’averse du souvenir. Pas orageuse, pas larmoyante.

Prêtes et prêts ? Prêts et prêtes ! Roman ! Images !

Apprendre, par exemple, pour Hanged James, rigide et pâle dans sa fenêtre, noué du col au bout de sa branche,  savoir ( pas imaginer, non, savoir ) ce que son DIE PATE à lui avait pu imposer à son corps, à ses gestes, à sa faiblesse, à ses yeux, à sa tendresse, souvent ou pas, en douceur ou pas, dans la caresse du lit ou la brutalité de l’escalier, avec bassesse ou malice, avec la bouche ou les mains et quoi de pire, en jouant l’amour peut-être ? SAVOIR pour cet autre, Hanged James (on va le présenter ensuite), à quoi son vieux DIE PATE jouait avec ce jeune corps, en disant seulement la cynique force du sexe sans doute, SAVOIR ce qu’on avait osé imposer à celui-là, James pas encore Hanged,  qui- vingt ans après- n’en pouvant plus d’avoir été cela, et seulement cela, ce corps exploité, ce territoire de silence, cette tanière de conscience victime et coupable, -car lui non plus n’avait pas fui ou dénoncé, n’avait pas su dire « NON » dès le premier geste – lui qui avait fini- douleur et culpabilité- par se pencher si fort au bout de sa branche qu’il en était tombé pendu ? SAVOIR, comment avait été sa terre de détresse?

Alors que, – telle est la stupeur Septante et davantage étant venus- à une autre époque, mais c’est la même au fond, l’époque de la complicité en silence, YDIT, lui, dans la proximité nocive mais jouisseuse de Marcel Malbée dit M. M. dit Der Pate, lisant Bob Morane,  recevait d’identiques demandes, voyait avec les mêmes yeux les mêmes gestes ou presque, devinait que la cordelette du pyjama de gamin serait dénouée par la main du vieux, comme une sale histoire,  parce qu’on a trop chaud, non? Bleu et blanc, rouge et vert, le pyjama (certes pas de lin blanc  ça coûte trop cher, on n’avait pas d’argent, nous, seulement Die Pate, un peu davantage, voiture, couscous chez le Marocain)

« Tu n’as pas trop chaud avec ton joli pyjama, Ydit ? »

Alors que YDIT avait appris avec surprise et connaissait sans étonnement les possibilités de ces deux corps, le corps jeune, le vieux corps, des parcelles de corps plutôt, bien précises, trop précises, ici commence et cesse vite le corps intéressant, et que selon toute probabilité cela ressemblait aux postures et glissements d’épidermes ou de salives entre James pas encore Hanged et son vieux DIE PATE à lui…

Et pourtant, telle est la stupeur Septante et davantage étant venus, l’un- James – traverse les épisodes parfois joyeux de la vie, sans jamais renoncer au terreau invalidant de la souffrance mémorielle, au point d’être Hanged un petit matin, au bout de la branche, pendu... Et pourtant l’autre -YDIT le Didi-  parcourt la vie comme si la mémoire avait subi l’extinction d’une race : les souvenirs, et caracole dans le bois pour le footing quotidien, et vole en avion vers des villes jolies, ou des amis, pour visiter des musées ou des gens, prononcer des mots en public, partager des bonheurs en intime, regarder les filles en privé.

La différence de James et YDIT, le pendu et le rieur, ( on dirait une fable ), comment la comprendre ? L’injustice, comment l’accepter ? La distance, comment l’effacer ? Pourquoi le sourire crispé au bout de la corde et de la nuit pour l’un, et pour l’autre le chantonnement guilleret des jours sans crépuscule ?

En parler, encore parler de Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, grand amateur de pyjamas pour garçonnets, au point de collectionner les catalogues de « La Redoute » ?

Reste l’explication de ceci trouvée si tôt : l’écriture.

Comme un marais, un désert, une jungle, une caverne, une ruine, une Amazone : de quoi traverser ! Ecrire est ce qui permet de traverser. Aussi : l’écriture comme un balais de chantier poussant les gravats dans le fossé au bout du champ. On nettoie et ça comble.

On recommence, alors ?

On hésite, aussi.

On tente de regarder l’anxiété au creux du ventre, au bout des yeux, dans le pli du sexe, lez zones friables de l’humain, mais rien à faire. Oui, bien entendu,  « ça recommence », d’écrire, et comme c’est inquiétant, sourd, lourd, fuyant. Mais aussi, quelle autre ligne de fuite plus certaine? Quel autre nacelle à hydrogène pour quitter la ville intérieure, alors que l’émeute du vide flambe sur sa propre absence ?

_______________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode six : noué du col au bout de sa branche. .

A suivre, chaque semaine, ou presque, pour tant et tant de semaines qu’on a le temps. TROIS ANNEES, un peu commencées. Prochain épisode (on en saura plus sur Le Parrain) : mercredi 18 octobre, temps vespéral.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode CINQ : Lire ceci, sans vous agacer, de préférence.

INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi :  » Toutes les images disparaitront .  » ( Annie ERNAUX, « Les Années », Gallimard, 2008)
Mais on a choisi ça :

Note de Mme Frédérique.

« L’assez important volume que représentait, sur mon bureau, la Lettre de A.-Version B., titre inspiré de l’Incipit de «Port Soudan», était formé de textes très différents. Il s’agissait en général de tirages imprimés, parfois de notes encore manuscrites mais où les corrections (préparatoires à l’impression) paraissaient lisibles, d’une sous-enveloppe où se trouvait la clé USB «  Images » : de nombreuses photos en large partie récupérées sur le net, et même de quelques photocopies de passages d’ouvrages,

soigneusement référencés…

Il va de soi que l’ensemble, pas si disparate que mon  ex-patron paraissait l’affirmer, avait fait l’objet d’une préparation : presqu’un ordre de « saisie » pour un opus final, au moins dans sa version 1. Celle qui dit tout.

Seules les photos, peut-être, avaient été rangées par ordre de thèmes ( ou de personnages ) plus que par ordre chronologique. Un petit nombre de tirages papier provenait d’une époque à format carré, Noir et Blanc, bords dentelés.

Après avoir un peu fouillé, j’avais- je l’avoue- été surprise : si les femmes, et les histoires de femmes, foisonnaient, venues du réel ou tirées du virtuel ; si les représentations de « pendu » du Tarot semblaient anormalement nombreuses ; si ( bizarrement ai-je d’abord cru) des extraits de publicités par correspondance, pages pyjamas, et surtout des reproductions d’oeuvres peintes se froissaient au fond du dossier, on ne trouvait aucune photographie de MARCEL MALBEE, nommé M.M., Le Parrain dit Der PATE.

L’ensemble témoignait d’une réelle volonté d’organisation soigneuse, presque méticuleuse, sous un aspect facile, léger en somme. En cela, je retrouvais cet usage de mon ancien directeur, habitué à couvrir son anxiété par une couche  qu’on aurait dit de désinvolture. Souvent, cela lui avait nui auprès des Sérieux.

En tête figurait ceci   « Madame  Frédérique, ne m’en veuillez pas, mais si jamais vous vous engagez dans ce labyrinthe en trompe-l’œil, avec mes encouragements (comme toujours) il faudrait commencer par lire ceci, sans vous agacer, de préférence. »

J’avais donc lu : Citation liminaire ( encore Olivier ROLIN).

« Il y aura je le pressens pas mal de portraits de jeunes filles, jeunes femmes, beautés entrevues, touchantes, dans ce livre qui commence (j’ai bien l’air de commencer). Dois-je m’en excuser ? C’est ainsi : rien, dans le chatoiement immense du monde, ne m’a plus ému, rien, même pas la beauté de l’art, de certains tableaux, certaines pièces musicales que j’ai goûtées et écoute sempiternellement cependant que j’écris  (…) Entreprenant de relever quelques-unes des traces que le monde a déposées sur moi, qui m’ont dessiné, raturé, surchargé comme un palimpseste, je ne vois pas de raison de ne pas célébrer celles qu’y ont laissées, à leur  insu la plupart du temps, ces figures féminines qui furent un moment pour moi l’image de la beauté et de la joie.(…) la légèreté de ce qui vous ravit en passant puis que le vent ( le temps) emporte… certaines, je ne les ai même jamais vues ».

(Olivier ROLIN «  Extérieur au monde », page 22-23, toutes les citations proviennent de l’édition Folio de 2019) , signalait le dossier. Par la suite je me dispenserai  de redonner la source.)

Un deuxième feuillet d’imprimante-maison, en tirage vert clair,  présentait ceci :

…………………………………………BOB et MORANE :…….

« -Bonjour, dit BOB

-Bonjour, dit MORANE

– Tu crois qu’on peut commencer comme ça ? dit Morane après un temps (c’est une hésitante sans détente)

– Si on était dans un « roman« , on pourrait, dit Bob, sortant de sa tente et sans attente, toujours pressé de passer. Pas de parler. (C’est un mutique sans toc.)

– Mais, on n’est pas ? interroge Bob

– On n’est pas ! confirme Morane.

– Dans quoi on est, alors ?

-Ah, ça, on est dans la …

-La .. ? ici ? On est ?

-Pour sûr ! On y est ! »

MORANE et BOB ( détectives secrets et suspects, dectectives -ravages, engagés sur recommendation de FRED, ils mettront en oeuvre , dans de nombreux épisodes, leur talent de camouflage, voire de camouflet): ………………………………………………………….

Y.d’I ( je préserverai son anonymat, ceux qui le connaissent le reconnaissent) précisait :  « Rien de tel qu’une parodie affectueuse pour commencer. Pour recommencer, après tous ces temps de silence en ligne. »

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Didier JOUAULT, pour « YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, épisode CINQ : Lire ceci, sans vous agacer, de préférence. A suivre, une fois par semaine, plus ou moins- on verra ! Le prochain ( douloureux, initial) : « Noué du Col » est programmé ( quoi qu’il arrive ! )le mercredi 10 octobre. Désormais, sauf exception : chaque mercredi après- midi. Entre 14 et 17 heures. C’est ainsi

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