YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode QUATRE  : « Il avait obtenu que je le rejoigne»

INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi :  » C’était la fin du mois de septembre. » ( DOA, « Ligne de sang » , Gallilmard, Folio Policier, 2010)

Note de Madame Frédérique :

La ville dont je fréquentais quotidiennement la Tour n’avait connu sa lèpre que sur les murs des bidonvilles. Mais l’infinie arrogance voisine des immeubles luxueux de « La Défense »-bureaux et sociétés au Nord-ouest parisien- avait introduit la droite verticalité du pouvoir, effaçant le grouillement indistinct et horizontal des bidonvilles.

Nanterre, années 90. J’y étais le chef de cabinet ( on n’écrivait pas encore cheffe) d’un haut fonctionnaire débutant, vers l’un des étages élevés. Sans doute avais-je plus de dix ans de moins que lui ( drôle de formule qui lui aurait déplu ), mais il me trouvait « efficace », et je l’estimais rigolo- dans la mesure du possible. Lorsqu’il sortait de son bureau pour me parler, affaire de service, je veillais à ne pas exposer mon décolleté – comme on disait à l’époque :

Mais YDIT veillait avec soin à ne pas regarder. Il n’usait pas de mon prénom, à l’inverse des autres, partout, qui osent la différence du comte et du valet.

Lui s’adressait à moi par « Madame ».

Je lui avais dit, dans les débuts, « Monsieur, vous pourriez m’appeler Frédérique ». Il avait répondu, souriant : « Et m’appellerez vous Y. ? ». J’avais évidemment dit non : dans nos milieux, à ce niveau, cela ne se faisait pas.  Et lui «  Alors, je resterai sur ‘Madame’ ».

Nous étions parmi les plus jeunes de la Tour, un peu éloignés des signes extérieurs de respect et des coutumes compassées par lesquelles les habitants des étages supérieurs semblaient tenir à manifester leur pouvoir – que nous estimions illusoire. L’avenir l’a prouvé ( drôle d’usage des temps).

Ensuite, nous avons été séparés par les mouvements assez désordonnés des fonctionnaires soumis à « la mobilité obligatoire ». Je voyais son nom, résumé par ses Initiales Y . D’I. , dans les pages du Journal Officiel, jours des nomination dites «  mesures individuelles ».

Puis, à deux reprises- nous avons de nouveau travaillé ensemble, en particulier quand, choisi par un ministre pour intégrer son « équipe rapprochée » ( qu’aurait été une équipe reprochée?..), il avait obtenu que je le rejoigne, comme assistante personnelle. Pendant cette période là aussi – courte car décevante (mais il aurait dû s’en douter), – nous avons beaucoup œuvré dans un mélange de proximité complice, d’humour sans humeur, de dévouement et de dérision. Parfois, quand il quittait le bureau très tard, mal nourri par le plateau-repas qu’apportait un jeune huissier ( qu’il avait réussi là encore à faire nommer près de lui ensuite, il aimait le sentiment de proximité), Y.d’I. laissait un message, au sujet de telle entrevue du soir : « Madame Frédérique, vous devriez raconter cela, un jour ». L’huissier le déposait sur mon bureau en débarrassant...

Il pensait en effet que j’entretenais avec la narration un lien d’écrivain masqué. Une sorte de double vie. La narration comme amoureux caché dans le placard. Mais nous n’avions pas le temps de visiter les placards.

Lorsqu’il est parti à la retraite, carrière proprement accomplie, j’étais en poste à Dakar (j’avais aussi parcouru mon propre chemin). L’Ambassadeur n’avait pas hésité à me permettre un bref voyage pour célébrer, avec peu d’autres- la cessation d’activités. Y.d’I. (mais tout le monde dans le métier le nommait YDIT). YDIT, de plus en plus éloigné d’un respect des traditions, avait organisé une sorte de séquence mémoire qui traversait plusieurs des lieux où nous nous étions, les participants et lui, croisés. Il n’avait pas invité le ministre, mais le jeune huissier – oui, certes en moins jeune. Le jeu de piste avait duré 48 heures, y compris la nuit dans un manoir de la Sarthe- glacial, pénombreux, chambres à quatre ou six lits, presque un gite de randonneurs. Mais l’inévitable cheminée pleine à craquer des ormes voisins. Et la prévisible fumée d’une biche traversant la lisière. Il aimait les mots comme Lisière, Fumée : les mots de l’incertitude.

Nous servant un whisky de choix ( il ne cachait ni  ses goûts, ni ses excès)- il m’avait répété : « Chère Frédérique, vous devriez raconter cela, un jour » .

Mais je n’avais jamais eu ni le loisir ni le désir, et d’ailleurs YDIT même, souvent, avait pillé mon temps. Puis, certes, nous avions souvent ri et souri, parfois ensemble veillé tard, mais la légion d’honneur avait été pour lui – et pour moi une mince médaille du travail. Pour lui une opulente prime, pour moi des babioles.

Et, le livre d’Olivier Rolin, ré-ouvert au hasard d’un carton voyageur :

« C’est à Port-Soudan que j’appris sa mort. Les hasards de la poste dans ces pays firent que la nouvelle m’en parvint assez longtemps après que mon ami eut cessé de vivre. Un fonctionnaire déguenillé, défiguré par la lèpre, porteur d’un gros révolver noir dont l’étui était noué à le ceinture par une lanière de fouet en buffle tressé, me remit le lettre vers la fin du jour. » O.ROLIN, ibid)

La lettre -on s’en doute- formait en réalité une volumineuse suite de paquets. S’y trouvait, un peu en fatras, de nombreux textes, documents, extraits. « Voilà de quoi vous y mettre tout de même, Madame, depuis le temps que je vous le demande ! ». Je voyais son visage amusé contredisant l’aspect faussement rugueux de la consigne.

Du bidonville de Nanterre à la Tour du Pin, où il avait vécu la fin de sa vie, les écrits formaient comme une galerie en plein vent de photographies ( grilles d’un palais, murs d’un musée), un récit lacunaire et discontinu, que j’estimais au fond – à dire vrai- plutôt dénué d’intérêt. Mais, de 1950 à 2020 – l’année où il atteignait «  Septante et davantage », se dessinaient peu à peu les grandes lignes d’une narration, les formes floues d’une histoire : non seulement celle d’un homme ( à quoi bon ? Il y en a tant et qui tant se ressemblent ! ), mais autant celle d’une  société, de personnages dans une société, la nôtre. Fumées, lisières.

Et bien sûr moi aussi j’étais dedans. On voyait aussi – avec une régularité quasi maladive- un autre qu’il nommerait toujours en se demandant « pourquoi lui et pas moi » : Hanged James.

« Madame Frédérique, vous devriez raconter cela, un jour ».

En effet, il était temps de s’y mettre. Il y avait longtemps qu’il ne m’appelait plus «  Madame », en réalité, nous avions fini par trop nous apprendre intimement… Considérons  alors que ce récit en train de commencer peut devenir une autre version de l’enquête menée par celui de « Port-Soudan », le héros parti à la recherche d’une explication de l’absence, d’une interprétation du silence, une enquête menée par un double, un lien, un chien, le lien : le sien.

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Didier JOUAULT, pour « YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, épisode QUATRE « Il avait obtenu que je le rejoigne», A suivre…chaque semaine ou plus, ou moins. pendant trois ans … Patience ? Prochaine fois : JEUDI 5 OCTOBRE, heure habituelle .

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison 4 Episode TROIS : Le retour du narratif intempestif, un temps festif.

Note de Madame Frédérique :

Depuis quelques années, dans le sud,  Y.d’I dit Ydit  occupait les soirées, en hiver, en rédigeant une sorte de feuilleton publié sous la forme d’une espèce de blog – même s’il détestait ce mot, archaïque. Dans une première série (commencée comme si elle ne devait jamais s’interrompre) se succédaient à rythme assez régulier des «  vignettes » collées sur les pages de sa mémoire : scènes de la vie, du métier, des amours et des oublis de vivre. Par ironie, l’objectif avait été d’un prétendu effacement de  mauvais souvenirs,  en les racontant. Echec certain. Il aurait dû le prévoir.

Il m’avait écrit : « Madame Frédérique, vous vous êtes amusée à ma dernière «  SPO », tout en l’estimant un peu hermétique, et, je vous le confirme : faire court et dense, puis investiguer, à la poursuite d’images si possible discordantes, posant la ligne d’humour, dépense une belle part de mon temps- mais je n’en manque plus. »

Ensuite, parce que je l’avais interrogé sur l’interruption assez brutale après deux ans et demi de parutions, il m’avait répondu, par un long texto :  l’obligation à lui par lui-même imposée, publication régulière, ton de préférence badin, touche d’humour( ?) , avait fini par lui peser.

Le plaisir devenait devoir. Il s’ennuyait de

se contraindre.

Il préférait marcher à la lisière des bosquets du Perche où il louait de successives petites maisons : fonctionnaire déguisé (mal) en mini-bourgeois local. Il ne désirait pas qu’on choisît pour lui le rythme de ses parcours.

Après la longue période consacrée à rédiger son roman «  Le jardin de Giorgio Bassani », puis à l’attente des réponses toutes négatives d’éditeurs tous enthousiastes, encore différées par le renfermement général du «  confinement »,

…il avait engagé une deuxième série de publications, découpé le récit, inventé ou retrouvé des images, là encore souvent distanciées du texte, avec une volonté d’humour et cette propension à l’érotisme quasi adolescent que je ne lui avais jamais connue- mais notre relation épisodique de travail n’y prêtait guère, même lorsque nos veillées au cabinet du ministre façonnaient un semblant d’intimité gaie et fugace.

(« Coupez vos phrases, Madame Frédérique » – aurait-il dit en me lisant aujourd’hui.)

Je me souviens qu’il avait  éprouvé une vraie difficulté à en terminer avec la publication, il aimait le récit, le décor (FERRARA), les personnages dont l’énigmatique logeuse Silvia,– Silvia, on pouvait douter de sa réalité, non de son existence- ni des mensonges ni de l’Histoire des Juifs de FERRARE.   Comme s’il eût été un écrivain véritable, ce à quoi il ne prétendait évidemment pas, YDIT avait regretté  la brusque et virulente solitude qu’apporte le mot « FIN ».

Si violent, disait il.

Dans la vie ou les romans, on hésite à ça : « FIN ».

Cependant, il faut.

Surtout Septante et davantage étant venus.

Septante et plus, c’est tard, déjà.

Quelques mois plus tard, une «  Saison 3 » -intitulée « saison » par dérision parce qu’il s’avouait friand de « séries ARTE ou NETFLIX », avait commencé difficilement, s’était continuée dans l’insatisfait, puis s’interrompait abruptement sous le flux ( relatif au nombre total de lecteurs : à peine plus de 3000 tous sites et réseaux  confondus) de messages négatifs : on n’y comprenait rien, à ce nouveau blog, c’était mal écrit, les habituelles images perdaient tout sens réduites à elles-mêmes, ça partait dans toutes les directions mais aucun sens.

Des filles en photo et en marge, s’il y a du texte au coeur, passe encore, mais sinon ça commençait à signer monomaniaque.

Je partageais ce mécontentement, plutôt cette déception. Si le  texte ne portait plus assez, les images dès lors se voyaient trop : dérision, détournements, décalages, montages arrogants, filles à moitié nues ( et souvent davantage) … . YDIT aurait détesté ce genre de commentaire, « retours du fonds puritain ». Mais…

Sans doute n’avais-je même pas regretté que ne parviennent plus, dans mes «  notifications », les publications régulières de mon ex-patron. Et je ne garde pas le souvenir d’avoir perçu un « manque » : l’affaissement  progressif du plaisir de lire. Vite- comme souvent- l’épuisement des  » signaux » provoquait l’éloignement de l’homme.

Ensuite -combien de temps plus tard ? Un an ou trois ? – était parvenu l’envoi dit  » Lettre de A, version B « , l’objet de mon travail, l’envoi qui va nous relier -vous et moi- pour des mois, au moins trente-six mois : j’avais reçu un épais volume de papiers, d’enveloppes, de collages,  presqu’un carton d’étudiant déménageur, accompagné de clés USB à forte capacité, peu utilisées, le dépôt appelé ici

« Lettre de A., Version B ».

« Lettre de A. » – même s’il modulait «  version B. », le fatras semblait-il désorganisé portait tout de même le principal message : une disparition.

Impossible, aussi, d’échapper au devoir de faire-part.

Et nous voici ici sans soucis, vous et moi, pour des mois et des moi d’émoi (?).

Monsieur Y.d’I., dit YDIT, le Didi, pas sûr que je vous remercie du poids.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison 4 Episode TROIS : Le retour du narratif intempestif, un temps festif. A suivre, chaque semaine, ou plus ou moins…Prochain épisode : Lire ceci sans vous agacer, DIMANCHE 30 SEPTEMBRE , vers l’heure de Vêpres, coca light, thé lapsang, gin tonic ? Parfois le dimanche, mais ce sera surtout le mercredi.

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YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode DEUX : Dans la tour à NANTERRE, « Lettre de A, version B ».

INCIPIT 1 : On aurait pu commencer ainsi : « Quand Pierre-Alain, mon père, épousa Marie-Jeanne Le Goff, il n’avait qu’une lieue à parcourir pour passer de la ferme de Kerveillant, en Plozévet, au bourg de Pouldreuzic où il allait vivre désormais avec sa femme. »( Pierre Jakez HELIAS, « Le Cheval d’Orgueil », Plon, 1975).

Mais on a choisi ça :

Note de Madame Frédérique : Post-it jaune sur la couverture

du paquet adressé chez moi au nom de « Madame Frédérique », parmi sept autres :

« Radio de nuit, courriels du matin, livres du midi, amis du soir : une atmosphère à écouter du Baschung à plein tube, un verre de MacAllan dans la main, voila ce qui a lieu cent ans après 1922, et qui n’était pas si mal, quatre ans après 1918, 1922, et qui surprend un peu, Septante et plus étant venus, et qu’on regarde les étalages des libraires, les vitrines des réfugiés, les archives des boucheries, les innombrables copies de Vénus, -et celle du Titien qui est le premier nu peint et montré – parfois – sans prétexte mythologique. 

On ne peut pas montrer du doigt  » l’Origine du Monde » sans se le mettre dans l’oeil, écrivait LACAN.

Puis commence le TEXTE de la «  LETTRE d’A », Version B, reçue  de mon ex-patron :

TEXTE de YDIT : Alors ça pourrait commencer ainsi :  sur l’écran noir et blanc dans un cadre serré on verrait d’abord un bidonville, à Nanterre par exemple,   avec tout ce que cela signifie un bidonville en terme de misère,  en terme de désordre par rapport à l’imaginaire de la ville, en termes d’absences de la simple humanité de douleur et d’abandon, en absence d’espérance, en termes de  solidarité. Cent ans plus tard que 1922. C’est l’image d’un chaos. Et puis la caméra se déplacerait :   un zoom  dans le temps nous montre une presque ville construite avec des matériaux puissants et riches, du béton armé, peut-être aussi des pierres bien taillées par des compagnons habiles, avec probablement le recours à des équipements  très complexes, des  machines luxueuses, et de coûteux experts en organisation des travaux. Là où le bidonville stagnait dans l’horizontalité d’hommes solitaires, la ville s’est bâtie dans la verticalité d’une entreprise qui veut aller toujours plus haut. En pleine mutation  de main  non pas de compagnon, mais de main de Maître. Si l’on regarde avec le regard de Godard, on observe sur l’écran, cette fois  en couleur, une superbe  TOUR de beaucoup de mètres et autant d’étages. C’est l’Administration qui habite là, c’est le Préfet tout en haut, c’est là que s’exerce le contrôle de l’Etat.

C’est ici que Ydit a commencé le plus long de ses travaux.

La tour de contrôle.

La tour qui contrôle encore quoi ?

La tour de contrôle.

La tour qui contrôle encore qui ?

La Tour qui contrôle les imaginaires, les mémoires, les récits ?

Cette tour,  solitaire et arrogante, est-ce la tour infernale,  est-ce  la tour de Nesles, expérience parfaite de l’adaptation progressive du savoir théorique des architectes à la mobilité imprévue de la matière  du sol ? Est-ce que ce sont les Twin Towers détruites par la ferveur d’un fanatisme, ou l’image sombre d’un tour de Babel  conduisant à la disparition de l’unité des hommes entre eux ? (image André Maynet )

Mais dans le temps qui me reste, YDIT,  moi,   désormais Septante et plus étant venus,  je voudrais aussi répondre à cette lettre à peine ouverte, celle de Rolin(**), que je cite, puisque – pour l’instant- nous en sommes à peine à l’Incipit. Le parcours sera long. Traversé de visiteurs en rondeurs. Enluminé de peintures étranges (*). Près de cent-quarante épisodes, trois ans. Parcours.

Mais éclairé aussi (me mettrait-il en garde) par ce compagnon ignorant même qu’il m’accompagne. Ou que j’existe à part.

«  C’est à Port-Soudan que j’appris la mort de A. Les hasards de la poste dans ces pays firent que la nouvelle m’en parvint assez longtemps après que mon ami eut cessé de vivre. Un fonctionnaire déguenillé, défiguré par la lèpre, porteur d’un gros revolver noir dont l’étui était noué à la ceinture par une lanière de fouet en buffle tressé, me remit la lettre vers la fin du jour. Son visage sans lèvres, aux oreilles en crête de coq, était un perpétuel ricanement. On eût dit son corps sculpté dans le bois sardonique d’une danse macabre. Comme presque tous ceux qui survivaient dans la ville, son office principal était d’ailleurs le racket et l’assassinat. Comment s’était il procuré le pli, je l’ignore. Peut-être l’avait-il volé à la Mort elle-même. » (Olivier Rolin, « Port-Soudan »)

Après cela, ces mots d’écrivain, hésiter le jet d’écrire s’explique. Aussi : longues attentes, tentatives, surprises, interruptions, révisions. Puis- tout de même-, car Septante et davantage étant venus on se met à compter, YDIT se reprend à conter. On s’y met.

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Didier JOUAULT, pour « YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode DEUX, Dans la Tour le lettre de A. A suivre dans une semaine environ : épisode TROIS « Retour du narratif » (rien de moins?), le LUNDI 25 SEPTEMBRE, après-midi, avant le whisky de 18 heures.

(*) Peinture : ici – et cela sera souvent le cas, il en est d’accord – une des jeunes femmes d’André Maynet, prolifique et très délicat- si on regarde bien – auteur de dessins entre autres publiés sur Facebook

(**) Non sans surprise, la photo d’Olivier Rolin en  » Stop » comporte deux L. Une suffit pour les envols un peu boiteux, tels celui-ci.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode UN : Sept post-it, « Septante et davantage étant venus « .

«  Un jour, j’y retournerai, à cheval sur un balai s’il le faut. »

( Nicolas BOUVIER, «  L’Usage du Monde », René Julliard, 1964)

Note de Madame Frédérique :

Il y a quelques années déjà, chaque jour je fréquentais la Tour. Dans un tiroir, sans doute, pourrait-on trouver le Passe à peine magnétique permettant l’accès. Mais je suppose que le femme de ménage a jeté tout cela quand j’ai décidé de déménager, vers le sud. A présent, je suis une vieille femme et – conforme aux images- mon désir est de me blottir dans les couvertures du soleil. Celles des générations venues ensuite sont moins frileuses. Mais on ne va pas nous changer. Surtout que nous sommes passées : toutes et ceux, ici, qu’on verra peu à peu surgir de mémoires gaies et fatiguées : FRED, TYNE, BOB et MORANE, La Vénus d’Urbin, la Liseuse de Vermeer, Gédéon, d’autres…Evidemment GAROUSTE.

TEXTES DE YDIT, LETTRE de A.

  1. Avant de commencer à écrire ou songer à publier quoi que ce soit en écriture, attendre la fin de 2022 : on n’oserait pas, 2022 et 1922, (comme cent ans de solitude) car si Victor Margueritte sort l’oubliable « Garçonne » ou Colette « La maison de Claudine » (deux propositions après tout utiles pour les femmes ?), si  Roger Martin du Gard délivre le premier tome de «  Les Thibault » et François Mauriac « Le baiser au lépreux » ( qui d’entre nous lit encore ces deux-là ?),  le plus émouvant est  que le 2 février le  « Ulysse » de Joyce est publié par Sylvia Beach, que  T.S. Eliot donne « The Waste Land », et surtout que Virginia Woolf édite « Jacob’s  Room », quelques semaines avant de rencontrer Vita Sackville-West.
  2. Bien sûr, il y avait aussi « Charmes » de Valéry, en 1922 , et même un peu de  Proust. Ecrire après cela ? (mais on a bien continué à rêver le monde après la Shoah ?)
  3. La Marguerite- l’immense, elle, pour de vrai, bien que jamais Nobel, immense car vivant au creuxmême de sa fêlure, vendue par sa mère au Chinois, entre deux crabes, deux ruines, et ensuite toute sa vie pour s’en sortir, devant écrire – surtout pendant ces années où trente pages entre quatre litres c’était déjà trop pour un de ses  livres-poèmes – et boire et filmer La Pute de la côte normande croisant L’Homme assis dans le couloir-marcher pour échapper à la scène, L’homme atlantique debout face à La maladie de la mort, avec la profusion bouleversante des reprises, puits ( note de Madame Frédérique : la graphie , hâtive, nerveuse, est amphigourique : puits? points? ) de vue, en gros plans, mais toujours le même Chinois dans Calcutta désert, au volant du Camion, et donc : 2022 /1922. Comment oserait-on se permettre ? Attendre fin 2022 pour toucher le clavier.
  4. Septante et plus étant venus, ( j’aime cette formule ) on ne compte plus compter la suite. Ni sur la suite. On devrait ne plus porter intérêt aux déjeuners sur l’herbe, aux livres critiques, aux femmes qui se laissent voir, aux rêves et -surtout pas non plus à ceux des souvenirs qui ne seront jamais porteurs d’un quelque-chose de neuf. « A Septante et plus, disent les imbéciles, on risque l’impatience. » Mais non : faute d’attendre, on a du temps. Tout le temps.
  5. 1922/2022, scène de rue ( jardin du Luxembourg, Paris) : L’enfant vient de tomber, il chouine au sol, hésite à se relever. La grand-mère en arrière-plan ( figure de « La Mémoire » souvent nommée ici) a été retenue par un geste de sa fille, la trentaine parisienne, qui se penche et demande – très calme : « Voyons, Baptiste, dis-moi, où as-tu vraiment mal, à ton égo ou à ton genou ? ». Ulysse, quel est ton mal ? Récit quel est ton mal ?
  6. Radio de nuit, courriels du matin, livres du midi, amis du soir : une atmosphère à écouter du Baschung à pleines oreilles, un verre de MacAllan dans la main, voilà ce qui a lieu cent ans après 1922, et qui n’était pas si mal, quatre ans après 1918, 1922, et qui surprend un peu, Septante et plus étant venus,1922, tout cela et si peu cependant tous ces ans plus tard, et qu’on regarde les étalages des libraires, les vitrines des réfugiés, les archives des boucheries. 2022, cent ans d’éparpillements, cent ans d’hébétude ? Tout ça pour ça ? ECRIRE, cependant ? ECRIRE : urgence.
  7. 1922 : Joyce, Wolf, Elliot, Proust. « On ne peut pas toujours s’empêcher (dit Lacan) sans pécher ». Voila une bonne piste d’enquête pour les Détectives- Ravages, BOB et MORANE. Avec ces noms, avec ces titres, rien d’autre possible qu’une immense modestie, toutefois.
  8. DETECTIVES-RAVAGES : en scène !

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  • Didier JOUAULT, pour « YDIT- BLOG, nouvelle saison, saison 4 , épisode UN : Sept post-it, Septante et plus étant venus ». A suivre, approximativement chaque semaine, pendant trois ans. Prochain post : Dans la tour à Nanterre: MARDI 19 septembre, après-midi, sortez le thé.
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YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 1. Jour J. moins 1 : ici le Y.d’I, dit de ceci, YDIT…

INCIPIT 1 : On aurait pu commencer ainsi :  » OUAGADOUGOU, 2016. Avec Hervé vous partez de l’aéroport de Newark le 12 janvier. »( Nancy HOUSTON, « Arbre de l’oubli« , Actes Sud, 2021).
Mais on a choisi ça :

Chaque semaine, trois ans, tout ici est prêt, chaque épisode, programmé en août 2023, mal étalonné :

(long, court, discursif, narratif, noir, couleurs, sinistre, amusé, distant, ému, menteur, intime, trop d’images et pas assez... ).

Tant pis, mal étalonné, maintenant ainsi est-ce prévu. On raconte : le Parrain, la vie, la Chasse. De plus, il n’y avait plus d’argent, la famille, années Soixante, on nomme cela pauvreté, ce qui ne ressemble pas du tout à la misère, parce que la misère empêche de vivre, alors que la pauvreté, seulement, limite la possibilité d’exister- surtout aux yeux des autres. Mais pas, ensuite, de se souvenir de chasser. Avant, peut-être, on avait cru pouvoir « figurer » sur les photos de la paroisse . Années Soixante, les enfances de YDIT, non : plus d’argent.

Chaque semaine, trois ans, ici-même, sauf quelques semaines de congés sans solde, jours fériés aussi, et il ne sera procédé à nulle modification, pas de reprise des articles une fois essayés, pour des raisons d’hygiène, soldé c’est soldé, on n’échange pas les articles intimes, ne soyez pas surpris.e des discordances probables avec votre propre temps qui passe, le temps à vous, ou le cours du monde, le temps à tous : le programmateur, Yd’I. dit YDIT, le dit de Didi, son temps à lui entièrement ignorait tout de cela qui vous arrive.. Et même ( vous, vous le savez), YDIT oubliait qu’un train peut en cacher un autre. Il en va ainsi pour les images de ce Roman-Images : cherchées, choisies, programmées, (images dessinées, montages) travaillées en détail avec Rose AUBERT (merci ! ) ou Sandrine, ou le plus souvent par Ydit seul même… Images : fausses cohérences, discordances, intimités, nudités ( déjà dit). Pièges. Mais pas toujours posés pour qui on croit, les pièges. Images pour détourer le sens .

Déjà dit aussi : « Oh, ça me fait plaisir de te voir, » annonçait toujours Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, lorsqu’il arrivait à la maison, le dimanche, pour déjeuner, en famille avec Mamie qui ne disait rien, avec Père et son verre, aussi Frère et Les garçons, avec Mère et la petite boite en bois. Hélas.

En bas du texte, chaque semaine ou presque,

des flèches permettent de revenir en arrière ou d’anticiper, rien de plus facile. Des bas de page peuvent éclairer la suite du souterrain. Ce que vous en faites, ça VOUS regarde.

YDIT, quant à lui, vient de cliquer une dernière fois sur la touche « envoi », en août 2023, épisodes à venir programmés, plus de cent-trente, ouf, pour lui c’est fini ainsi, le dit de ici YDIT, terminée « La chasse au Parrain ». Pas trop tôt. Pour lui, achevée. Enfin. Repos. Commençait à traîner un peu, l’écriture douze fois reprise, le dialogue sur images. Lui descend ici. Terminé. Septante et davantage étant venus. Repos ! Pouvez fumer. Oui mon capitaine.

Le 13 septembre, au choix : Marathon 13 septembre 490 avant notre ère? Marignan, bataille le 13 septembre 1515 ? Montaigne, mort le 13 septembre 1592 ?

Plutôt : M.M. , le héros en fuite, années soixante à quatre vingt dix…

Pour vous, maintenant, ça peut commencer.

Ni « Mentir vrai » ni « Auto-fiction » : plus simplement, Roman-Images.

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Didier Jouault pour : YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 1. Jour J. moins 1 : ici le dit de ceci, YDIT. FIN de l’AVANT-DIRE . ATTENTION PREMIER EPISODE : MERCREDI 13 SEPTEMBRE après-midi. Dans les débuts, si on rate, tout devient opaque, incompréhensible. ( ET pas seulement les débuts ? Se demanderait la mutine FRED, on la connaître bientôt). Donc soyez là.Si vous pouvez. Ou bien revenez en Replay avec la flèche en bas (<==). Sinon, ça devrait aller. On verra ? Vous verrez ? A mercredi !

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YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 2 / Jour J. moins 2 : rue Dupetit-Thouars, près du square du Temple à Paris.

A personne on ne raconte rien, sauf la Chasse ouverte, au Parrain. A personne on n’expose rien, sauf l’image de Hanged James.

A personne on ne reproche rien, sauf à YDIT, qui ne disait pas non, et à la statuette du David de Donatello, dans l’antichambre de Marcel Malbée, sitôt poussé le lourd rideau en velours rouge,

Rue Dupetit-Thouars, au 12, à côté de la Librairie-Editeur ( qui n’existait pas, début années Soixante) près du square du Temple, Paris, quartier République, début années Soixante et quelques : c’est l’époque du coeur, de l’origine. Les détectives pas sages, BOB et MORANE sont en chasse de l’histoire. Celle-là : Marcel, Dupetit-Thouars. Topographies de la mémoire. Rues et rides. Vont-ils trouver ?

Et non plus à cette Madame Frédérique, dépositaire ( prétend-elle) du manuscrit d’origine, « Lettre de A., Version B« , un fatras confus de textes à elle remis, elle qui les poste peu à peu, méthodique et minutieuse, piqures hebdomadaires de roman-images, remède ou pas, piqures, pendant trois ans, un bail. 45 post par an, à peu près , de J-7 à J+ 131, plus ou moins.

« Oh, ça me fait plaisir de te voir, » disait toujours Marcel Malbée, dit M.M., dit aussi Le Parrain, lorsqu’il arrivait à la maison, le dimanche, pour déjeuner en famille, avec Mamie qui ne disait rien, avec Père et son verre, aussi Frère et Les garçons, avec Mère et la petite boite en bois (Episodes en 2025). Hélas.

Tout ce beau monde longtemps bien propre sur l’image, vers 1950, avant les immenses décrépitudes de la pauvreté.

On a donc le temps. On ne doit rien. Libre de batifoler sur la scène de la page. On ne doit rien. A personne. On a le temps. BOB et MORANE, les Détectives-Ravages peuvent courir l’enquête, on ne leur doit rien. Arpenteurs du vent et des absences, qu’ils arpentent. On ne les blâme pas.

Ni, encore moins, à Olivier Rolin, au contraire, on ne reproche rien : trop tard.

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Didier Jouault, pour : YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 2 / Jour J. moins 2 : rue Dupetit-Thouars, près du square du Temple à Paris. A suivre – on s’habitue -, l’épisode Jour J. moins 1, programmé le dimanche 10 septembre. Dimanche ? Un épisode ? On ne peut pas dire que ça traine. Ni qu’on chome. Même pas le dimanche ! De quoi se plaindrait-on ?

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YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 3 / Jour J. moins 3 : le feu rouge qui passe au vert.

Chaque semaine ou presque : le roman-images expose et parcourt l’accès illimité à l’intime devenu récit, et parfois détourne le regard par l’exposition d’une nudité limitée à sa propre peau, sa propre peur.

Attention : piège.

Si l’on n’y prend garde, maintenant, des rivières de silence coulent dans un fleuve d’ennui.

Contre ça : Roman-Images. Ni « Mentir vrai » ni « Auto-fiction » : plus simplement, Roman-Images, à l’écoute du bruissement que font les barricades intérieures quand la Mémoire monte à l’assaut.

Mais la limite du raisonnable, invraisemblablement, est tracée par Garouste, « l’Intranquille » absolu, ( Les redoutables rebouteux du langage, les détectives ravages, BOB et MORANE l’interrogent épisode 69, le 29 janvier 2025, c’est programmé) le peintre qui met la patte, pose la pâte, naguère « peintre sans succès, mal remis de deux séjours à l’hopital psychiatrique » mais capable de ceci : « le feu rouge qui passe au vert peut me faire suivre une dame en vert » (*) : compagnon de roman-images plus fiable que Vermeer, truquant « La Liseuse » en autant d’exemplaires que de clients ( comme on verra! ).

D’une semaine l’autre, souvent, vous retrouverez nos compagnons intimes, habillés de nudités apparentes, la nudité, efficace outil de cache-sexe affectif , nos compagnons des peintures du dedans, intimités, Garouste le toqueur, Hanged James et sa corde, Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, homme sans images mais pas sans ravages, images et paroles, mémoires et Histoire dévoilées dans le projet d’une fausse intimité de surface. Mais ça ne trompe personne, surtout pas vous.

Avenir à venir Episode UN :

Le 13 septembre, au choix : Marathon 13 septembre 490 avant notre ère? Marignan, bataille le 13 septembre 1515 ? Montaigne, mort le 13 septembre 1592 ? Plutôt : M.M. , le héros en fuite, années soixante à quatre vingt dix…

Intimité? Roman-images? Fausse ? Surface ? Vous y croyez ? Ou non ? A voir ?

(*)( L’Intranquille, Gérard Garouste avec Judith Perrignon, collection Proche, 2022, ibidem pour toute future citation)

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Didier JOUAULT, pour : YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 3 / Jour J. moins 3 : le feu rouge qui passe au vert. Prochain épisode de l’annonce faite à l’écran : Jeudi 07 septembre, après midi. On approche, et même vite. Reste à savoir de quoi? Comme toujours, Septante et davantage étant venus , on sait qu’on approche. Et, à cet age, on sait de quoi.

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YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 4. Jour J-4 Nudité/ Intimité, n’est-ce-pas le moment de s’y- perdre ?

Nudités. Intimités : Les bruissements lourds du désir s’infiltrent sous la peau, puis les rêves déménagent, dérangent, déambulent, déménagent encore vers d’autres corps.

Alors vient le temps du Roman-images

Intimité :

( ici -même YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, à suivre : Les Episodes -7 à +131, 46 posts environ par an pendant trois ans)

« Depuis sa première apparition dans les dictionnaires français du XVIIè siècle, l’acception du mot intime s’est diversifiée et étendue : comme adjectif qualificatif réservé à une relation d’affection ou d’amitié, il s’utilisait alors dans plusieurs domaines ( la théologie, les sciences naturelles, la psychologie) et il a finalement obtenu le statut de substantif à la fin du XXè siècle. L’analyse de son évolution lexicographique a été ici comparée à ses usages dans la langue des textes littéraires et des titres d’oeuvres publiées en France entre 1600 et 2009. L’interprétation de ses co-occurents a mené à l’apparition d’une tendance du même nom à la fin du XIXè siècle et à l’application du terme à divers objets qui, paradoxalement, ont aujourd’hui introduit la notion d’intime dans la spère publique.« 

( « Pour une histoire de l’intime et de ses variations » , Dans la jungle de l’intime : enquête lexicographique et lexicométrique (1606-2008), Véronique MONTEMONT, ITINERAIRES, p.15-38, Open Edition Journals, 2009-4 / 2009.)

https://doi.org/10.4000/itineraires.585

Extraits :

« L’intime est aujourd’hui au centre d’un étrange paradoxe, régulièrement souligné par ses théoriciens, et que résume fort bien la formule d’Elisabeth Lebovici : désormais l’intimité est « enfouie et fouillée, dedans et dehors« . La notion renvoie, étymologiquement (et de surcroît sous une forme superlative) à la dimension la plus intérieure de l’expérience humaine, et dans une certaine mesure, à la moins communicable, à cause de son caractère foncièrement privé (…) Plusieurs auteurs soulignent cette ambiguïté constitutive de la notion d’intime, cette tension entre public et privé, que l’évolution des codes sociaux et des pratiques culturelles a rendu inévitable. Ainsi Jean-Pierre Dufief soulève-t-il le contraste entre un intime « tantôt perçu comme un petit monde clos, isolé, secret, propre à chacun, tantôt comme un infini extérieur en communication universelle« . (…) L’ère industrielle, et l’élévation du niveau de vie, ont joué un rôle essentiel dans le déplacement des frontières de l’intime : avec l’apparition de ce qu’Antoine Prost appelle le « desserrement de l’espace domestique » (habitat privatif, chambre individuelle, salle de bains) l’intimité, en particulier corporelle, a changé de centre de gravité, se resserrant autour du corps. Mais l’individu, en parallèle, a vu les barrières de son moi devenir perméables à toutes sortes de sollicitations et d’injonctions, déversées dans son espace personnel par des médias que le technologie a su rendre invasifs (…) Nul ne s’aviserait, comme le faisaient certains rois, de passer aujourd’hui sa nuit de noces en public ; mais de quel oeil un homme du XVIIè siècle aurait-il considéré la débauche de confidences sur les liaisons, la sexualité, la vie domestique qui font maintenant partie de la panoplie identitaire des personnalités publiques ? ».

Ici, TROIS ANS, ne pas confondre se mettre à nu : se mettre à voir ensemble , et raconter l’intime : se mettre ensemble libre.



Ici, Nouvelle Saison, Saison IV : se mettre librement nu ensemble.

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Didier JOUAULT pour : YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 4. Jour J moins 4 Nudité/ Intimité, n’est-ce-pas le moment de s’y- perdre ? A suivre, en plus simple ( mais il ne fallait pas commencer sans expliquer) : lundi 04 septembre – date connue…

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YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 5 / Jour J – 5 : Comme si vous entriez dans une chambre noire et nue

A personne, je ne dois rien. A personne, ce récit ne s’adresse. Chaque semaine ou presque, dans le reflet d’un écran, ce sera comme si vous entriez dans une chambre noire (il y aura beaucoup d’images, c’est un Roman-Images) et nue : l’intimité mise à nu par le roman-images même. Il faudra prendre le temps de cela : regarder des images, ce qu’elles disent de l’intime. Ce qu’elle voilent.

L’intimité, c’est Le Secret intérieur tout entier caché : danger si on l’expose.

Son contraire, la nudité n’est que de la peau dévoilée sans risque : rien de neuf à montrer.

Nudité

Pomme, paysage, arbre, plante, femme, fruit, fleur, jungle, paradis, produire, religion, botanique, jardin, Christian, tentation, religieux, arbuste, interdit, original, veille, serpent, biblique, Eden, Jardin d'Eden, genèse, Adam et Eve, plante à fleurs, Plante ligneuse, Plante terrestre

Wikipédia

La nudité :

Dans les beaux-arts en Europe, la représentation du corps nu est un exercice fondamental dans l’enseignement classique et un thème artistique fréquent à certaines époques.(…)

Conceptions de la nudité[modifier | modifier le code]

Comme celles de la pudeur, les conceptions de la nudité ont varié dans le temps et dans l’espace. De nombreuses sociétés humaines perçoivent la nudité comme dangereuse…

Les Grecs de l’Antiquité valorisaient la nudité masculine dans certains contextes : l’adjectif γύμνος (gymnos), dont est dérivé notre gymnaste, signifiait nu. La nudité féminine est rare, hormis le cas d’Aphrodite.

Europe moderne

Aux autres époques, pour des motifs exprimés souvent en termes religieux, la nudité publique est généralement interdite.

À la Renaissance, un courant artistique qui se réfère à la Grèce antique valorise la représentation de beaux corps nus, masculins et féminins. L’Église réformée, et, après le Concile de Trente à la fin du XVIe siècle, l’Église catholique, s’y opposent. L’autorité des religieux n’est pas complète en dehors des églises, mais il parviennent à faire dissimuler au moins les organes sexuels des œuvres exposées au public. Le dessin de nu reste une importante partie de la formation des artistes. Les modèles sont, à l’École, des hommes jusqu’à la fin du XIXe siècle, mais les scènes mythologiques ou exotiques avec de nudités féminines peintes trouvent de nombreux amateurs, comme la sculpture de nus en référence à l’Antique.(…). Dans ses Lettres de Suisse (1775), Goethe avait évoqué son « sentiment d’effroi » la première fois qu’il avait vu une femme nue[2]. Les Européens ne connaissent que le nu idéalisé des beaux-arts. « Des personnes graves qui l’avaient en horreur à l’état vivant, l’admiraient dans le marbre », note Paul Valéry[3].

De nos jours, la nudité privée n’est considérée comme normale ou tolérable que dans des moments particuliers de la vie. En présence de tiers, la nudité totale, parce qu’elle ne cache pas les organes génitaux, est souvent assimilée à une invite à la sexualité. Seule la charte du naturisme tente un partage rigoureux entre nudite et sexualité, tout enointerdisant le regard direct sur les organes génitaux. Les malentendus sont donc fréquents.

On évitera soigneusement un tel malentendu au cours de la saison 4 du YDIT-BLOG :

FRED TYNE, d’autres – et le plus souvent loin de toute idée de représentation : nues et nus- jolis regards. Ici, le nu est de nature exclusivement érotique, mais sans autre dessein ( dessin) que la représentation du lien.

HANGEDJAMES :

à l’inverse de nombreux usages anciens, le pendu ( supplice majoritaire des condamnés) ne sera pas montré nu.

On lira les mots de l’intimité. Chacun d’eux importera. Echos du passé. On verra les coins sombres et clairs du nu. Echos de la permanence des images.

Pour les trois ans de la saison 4, Environ 130 épisodes on peut ne pas interdire, et on ne peut pas ne pas montrer le pâle reflet que le nu signale du désir d’exister.

A personne, je ne dois rien.

A personne, ce récit ne s’adresse.

Chaque semaine ou presque, dans le reflet d’un écran, ce sera comme si vous entriez dans une chambre noire ( il y aura beaucoup d’images) et nue : l’intimité mise à nu par le roman-images même.

BOB et MORANE, les indomptés limiers, vous précéderont sur la piste.

Parfois, ils s’abandonnent à de longues déambulations discursives, comme : Intimité/ Nudité/ Liberté/… Parfois, ils s’abandonnent à de longues déambulations narratives comme : rapport/compte-rendu/enquête

MAIS rassurez-vous. Ils sont en chasse, Chasse au Parrain, très inspirés par leur maître vénéré : l’Ombre Jaune, dite Old Sam, ce bon vieux Samuel qui les attend sous l’arbre pour la Fin de partie.

Et pour remettre le pyjama du garçon aux étroites hanches. Vous allez comprendre.Tout est une histoire de pyjama, au fond.

Prenez votre temps : trois ans, un bail. On a le temps. Mais OUI. Mais SI .

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Didier Jouault, pour YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 5 / Jour J – 5 : Comme si vous entriez dans une chambre noire et nue. Prochain épisode ( à suivre! ) le jeudi 31 aout, après-midi, avant le thé ? Avec cette chaleur de l’été 23 ?

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YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 6 /Jour J moins 6 : A PERSONNE ce récit ne s’adresse.

A personne, ce récit ne s’adresse, même pas au Parrain, dit MM, die pate, Marcel Malbée, rue Dupetit Thouars, au 12, jadis et naguère. On ira voir sur pace, cependant, si le Loup y est. On yra soi-même ( Y.d’I., dit Ydit, le Didi) et on enverra les Détectives Pas sages, Bob et Morane.

Chaque semaine, ou presque, pendant trois ans, vous lirez, vous regarderez ce que nous avons à raconter ou montrer ou imaginer, dire et mentir ( mentir pour de vrai), à propos de cette histoire – et de ce qui l’accompagnera : La Chasse au Parrain. Le dur désir du récit, ça va durer.

Nous : YDIT, qui pratiquait jadis les  » Séquences Publiques d’Oubli « , puis cherchait la trace des passés dans le « Jardin de Giorgio Bassani », à Ferrara-mais Silvia n’est pas venue, on en reparlera. Nous : FRED, meneuse de revue et de mémoire, on la verra tout le long des trois ans. TYNE, la blonde Africaine, plein majeur dans les déliés de l’histoire. HANGED JAMES, le plus muet parmi tous, agaçant au bout de sa corde; HANGED JAMES, à qui se comparer pour comprendre. BOB et MORANE, les détectives inapprivoisés, enquêteurs sauvages. Gédéon, le Sénateur, ainsi nommé par ironie-les amateurs de « Tigre de papier » vont apprécier. Quelques Passagers, divers, visuels, Vermeer, et la jeune fille à la lettre rêvant du vent, et le reporter de France-Musique, et des nuits dans des villes, et encore Garouste le toqueur. Souvent Garouste, l’intranquille : il dit tout et montre le fil où l’on danse.

Prenez le temps.

C’est pour trois ans, le roman-images : Nouvelle Saison, saison 4.

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Didier Jouault, pour YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 6 /Jour J moins 6 : A PERSONNE ce récit ne s’adresse. A suivre, LUNDI 28 aout, après-midi…C’est un peu rapide? Ensuite : hebdomadaire, mais ça doit commencer lentement, donc un peu vite !

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YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 7 /Jour J moins 7. A personne je ne dois RIEN.

A personne, je ne dois rien, je crois, sauf à Marcel Malbée, dit M.M., dit Le Parrain, die pate, domicilié 12 rue Dupetit-Thouars, en fuite. On n’a pas d’image réelle de lui.

A lui, je dois cette inquiétude de toujours envers la nuit qui arrive. Rue Dupetit Thouars.

A lui, je dois le désir que cela se passe vite, toujours. Passer à la suite.

Voila pourquoi vous allez suivre cette histoire, puis l’achever, Roman-Images, rien d’autre, pendant les trois ans à venir. Plus de Cent trente épisodes. Du plein sur la hanche. Un bail.

Ensuite, on ne sait pas

Regarder si loin, Septante et davantage étant venus ? I prefer do not.

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Didier JOUAULT , pour : YDIT -BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode – 7 /Jour J moins 7. A personne je ne dois RIEN. A suivre : le Jour moins 6 ( on s’en doutait !) , le vendredi 25 aout, après-midi. Vendredi, c’est récit, aussi.

 

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Aujourd’hui, 21 aout, avant-dire, rendez-vous 3, le suivant, DEMAIN, le 22 aout : début de l’à rebours.

Le roman-images prend le temps de s’annoncer, de commencer, de s’installer : couverture pour vol long courrier, service gratuit à bord, la bonne hôtesse.

RENDEZ-VOUS ICI-MEME, le mardi 22 aout, après-midi, pour sept marches du départ, une tous les trois jours – sauf accident – du 22 aout au 10 septembre. Le 22 aout : demain mardi, première marche vers la carlingue.

Ensuite, le roman images s’installe, prend son temps, trois ans, un épisode hebdomadaire :

le 13 septembre 17 heures, commencement.

Le 13 septembre, au choix : Marathon 13 septembre 490 avant notre ère?, Marignan, bataille le 13 septembre 1515 ?, Montaigne, mort le 13 septembre 1592 ? Plutôt : M.M. , le héros en fuite, années soixante à quatre vingt dix…à quelques secondes près.

Le 13 septembre, après- midi : Episode 1 sur près de 140, ce sera le début véritable du roman-images.

Vous avez le temps de vous y préparer.

Mais pensez-y :

le 13 septembre, un mercredi, dans l’après-midi : Roman-images, la Nouvelle Saison,

Saison IV du YDIT-BLOG.

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Aujourd’hui, 21 aout, avant-dire, rendez-vous 3, le suivant, DEMAIN, le 22 aout : début de l’à rebours

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Aujourd’hui, 20 aout, avant-dire, rendez-vous 2, le suivant demain, 21 aout.

Un peu d’attente, encore, pour le Jour- 7 : 22 aout

Puis, le roman-images.

Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Aujourd’hui, 20 aout, avant-dire, rendez-vous 2, le suivant demain, 21 aout.

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Bande Annonce Saison IV

   Présente

Bande-annonce,

Puis presque chaque semaine

Si vous vous abonnez   ( ce qui arrange tout le monde !)   à :

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Aujourd’hui, 19 aout, avant-dire, rendez-vous 1

Aujourd’hui, 19 aout.

Rendez-vous ici le 20 aout, pour la nouvelle histoire en roman-images

Tout cela se prépare, tout cela se regarde. Un peu de patience.

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Didier Jouault, pour YDIT BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Aujourd’hui 19 aout, avant-dire, rendez-vous 1

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La Disparition de Ydit-Blog ? Ce fut la « Saison 3 », mais assez vite interrompue…A venir : Saison 4, en 2023. TRAVAUX sur la LIGNE (éditoriale), le trafic fut suspendu.

Est-ce l’âge ? Est-ce l’âge ? Est-ce l’heure ? Est-ce l’heure ? Attendons encore un peu.

Etait-ce l’affaissement d’un certain désir d’écrire ?

Aurait-on omis cette évidence que, de jour en année, les effets de langue paraissent de plus en plus menus ? Si menus? SEPTANTE VENU

La Saison 3 marquait des arrêts à quai et inquiets. On se demandait, je/tu/ilelle s’interrogeait : que se passait-il ? On peut en parler au passé : il ne se passait pas assez. Trop de mots.

La poussière du poussif et du poncif bloquait la machine à récit.

On se dispersait comme des convives d’un Enterrement de Vie de Garçon raté : au matin, la mariée ne vient pas, elle a mieux à faire. On peut comprendre. .

Très bien, disait YDIT, le narrateur intempestif (et un temps festif), attendons. On ne risque rien d’attendre, n’est-ce-pas ? On peut toujours s’occuper autrement.

Oui, voila, oui, c’est cela, oui, attendons.

Après on verrait bien ce qui sortirait, dans la vraie vie, les neiges fondues et les annonces de prix Nobel, les épidémies et l’argent qui coûte plus cher, la rentrée littéraire et la grève des abeilles sans soleil, les tempêtes et les silences, les voix des femmes et les absences des femmes, et si malgré tout cela qui arrive en vrai,

ça vaut la peine ( l’à peine) de s’y remettre, à ce tout autre chose : les récits d’Ydit.

Oui, voilà, oui oui, on disait : attendons.

Patience dans l’azur, et toute cette sorte de mots.

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Puis voici que ça recommence?

Didier JOUAULT, Pour YDIT-BLOG, sans numéro , mais ça va bientôt recommencer ..Est ce l’âge ? Est-ce l’heure ? Attendons encore un peu.

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2023 : Déjà dit ? Déjà dépassé? Encore à dire ? Le silence n’est pas une absence. Après l’échec de la SAISON TROIS : ici, on travaillait-sans parler.

S’alléger, puis s’enfuir ?

YDIT s’interrogeait de plus en plus quant à la possible façon de

poursuivre une ligne de

conduite qui ne fût pas de fuite?

Un bon éditeur l’envoya consulter les AAA. Les Auteurs Aigris Anonymes.

FRED, la grège observatrice, femme aux yeux talentueux,

(on la retrouvera

ici-même

plus tard ,

car les histoires vraies ne finissent jamais dans l’oubli )

jugeait ainsi :

Un récrit  » Un peu compliqué par l’épaisseur des allusions, les alluvions« 
Récrit : l’addition du récit et de l’écrit.

Sans doute fallut-il s’alléger, se contraindre au silence, le temps de l’échec?

Pouvait-on encore longtemps écrire cela :

Un vieil homme qui sent le chat glisse à l’oreille de sa jeune voisine (une Virginie) qu’il n’osera certes l’avouer, mais en week-end, il pleuvait tant, de plus on s’ennuie à son âge, plus de minettes et trop de minous, bref il a repiqué avec une injection de Robbe-Grillet, pas du meilleur, un vrai labyrinthe. Elle s’étonne, rougit, ( pas du tout à cause des minous car le vieillard est connu pour son imaginaire profus), elle se turlupine les phalanges, puis tout de même avoue : Moi-même , je me suis saccagé toute une nuit avec « L’Amant », je m’en remets à peine, toute avachie, haletante, un tiers épuisée, un tiers ravagée, un tiers néantisée.

Sans doute fallait-il s’alléger, se contraindre au silence, le temps de l’échec ?

Viser progressivement à briser toute lame et toute l’âme de toute fiction, l’éliminer comme une trop bonne humeur, la tirer comme du mauvais sang ? S’interdire la folie fascinante du narratif, pour un temps ?

Le temps d’épuiser la capacité d’oubli ?

Comme si vivre sans histoires était vivable ?

Ydit, en silence : Je préfère ne pas.

DONC : à suivre !..

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Des nouvelles ?

Après les mots dans les images de 140 posts de la série des souvenirs à effacer, « OUBLIeS » 😎🙄

(« Séquences Publiques d’OubliEs »),

PUIS… une deuxième série, Ydit-Bis, extrêmement différente : un long récit fragmenté…d’Histoire et d’histoires, qui a vu la succession des 99 séquences du texte :  » Le jardin de Giorgio Bassani« .😱😌…

PUIS, après une tentative échouée🥴🎭 sur l’ addiction, (On dépasse ainsi les 3OO PUBLICATIONS) …🥂🌞…

VOICI sans doute une nouvelle ( et quatrième ) SERIE à venir en 2023 :

Les DOCUMENTS de Y.d’I….

A SUIVRE !..

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Le Ghetto de Venise, publication dans la bibliothèque en ligne « SIFRIATENOU », dirigée par Patrick SULTAN.

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CALIMANI Riccardo, « Histoire du ghetto de Venise« 

Enfermement, circulation et échange : Le Ghetto de Venise

par Didier JOUAULT

Riccardo CALIMANI, Histoire du ghetto de Venise, Traduit de l’italien par S. Rotolo, Préface de Elie Wiesel, Paris, Éditions Denoël, 1997, Collection Documents histoire.

Tant d’histoire pour si peu de géographie ! Tant d’activité malgré tant d’empêchements ! Tant de liberté conquise sur tant de restrictions… L’histoire du Ghetto de Venise, telle qu’elle est déployée dans ses multiples facettes par l’historien et essayiste Riccardo Calimani, pourrait apparaître comme un vivant paradoxe : un quartier initialement conçu pour être un espace de clôture et de relégation, et qui, surtout du XVIème au XVIIIème siècle, devient la scène ouverte et mouvementée d’un théâtre vivant où défilent d’admirables acteurs.(Chapeau :rédaction Sifriaténou, à qui on doit aussi la recherche d’images -NDLA)

Trois regards

L’Histoire du ghetto de Venise est un livre multiple : l’auteur a systématiquement multiplié les points de vue, toujours construits sur une érudition remarquable, mais toujours aussi appuyés par une approche très sensible des personnes et de l’histoire.
Ainsi, à chaque étape de son travail, presque dans chaque chapitre, l’auteur introduit les biographies rapides mais très documentées de quelques figures historiques dominantes de la communauté. On voit le banquier représentant les Juifs du Ghetto traverser un Campo, s’arrêter pensif auprès d’un puits, avant d’aller rencontrer le Conseil des Dix et le Doge de la Sérénissime, avec qui son devoir est de négocier âprement le taux de l’impôt imposé aux Juifs, prix à payer pour qu’on les tolère leur présence. En même temps, la vie de l’étroit Ghetto, c’est la vie de tout Venise, parce que les Vénitiens de l’époque arpentent les quais ou se perdent dans leurs labyrinthes en ayant toujours, toute proche, une banque de prêt ou l’amas de marchandises d’un commerce juif.

L’étude du Ghetto ne peut pas se séparer non plus d’une approche très fine et très documentée des évolutions politiques et sociales de la Sérénissime, des soubresauts multiples et répétés qui l’agitent. On ne comprend pas l’histoire de la présence des Juifs à Venise, si l’on ne se réfère pas à « de nombreux changements d’humeur » (p. 29) au sein des classes dirigeantes, ou à la continuelle « lutte entre les Colombes et les Faucons au sein du Conseil suprême », p. 31.
La présence des Juifs – presque dès les origines – y a fait l’objet de débats souvent violents, généralement dogmatiques – lorsque les religieux l’emportaient au nom de la Bible – mais aussi pragmatiques – lorsque les financiers constataient (très souvent ! ) l’effondrement des finances de Venise : dans le Ghetto, rien que des Juifs certes, mais dans les caisses de l’État, beaucoup de l’argent qu’ils apportent .
Enfin – et c’est le troisième plan d’approche -, si l’histoire des Juifs de Venise est liée au sort de la cité des Doges, celle-ci ne se sépare pas d’une histoire moderne de la Méditerranée où les compétitions économiques forment la toile de fond des combats militaires ou diplomatiques. Le voisin, c’est l’Empire byzantin : menaçant par sa puissance guerrière, par la richesse de son commerce (la Route de la soie ou le marché aux épices, par exemple, passent par lui). Il faut compter aussi avec l’impressionnant ordonnancement de la religion musulmane – fermement incarnée par le Sultan, plus « commandeur des croyants » que le plus puissant des papes des Temps Modernes.

Tout au long de son étude, l’historien fait alterner les trois regards, passant d’un visage dans une fenêtre du ghetto à la carte du monde. Il les enchaîne avec souplesse et ces changements de points de vue sont brillants et savoureux. Cet essai ne raconte pas la seule « histoire du Ghetto de Venise », et plus particulièrement de sa constitution au XVIème siècle à sa stabilisation au XVIIIème siècle, mais l’ histoire d’une cité-monde…

Un lieu de discrimination

Le décret fondateur du territoire vénitien qui s’appelait déjà « ghetto » date du 29 mars 1516. Cependant Riccardo Calimani recherche les origines de l’implantation dès l’époque médiévale, bien que l’étude soit vite limitée par l’aspect lacunaire des documents, ou le ton subjectif des témoignages, en particulier religieux.


Bien sûr, les « origines incertaines de la présence juive à Venise » (p. 23) tiennent au fait que les Juifs ont été longtemps confinés à Mestre, partie intégrante de la puissance vénitienne dès les origines, mais en quelque sorte en dehors de la lagune elle-même.
Les premiers textes qui l’attestent « dans les faits en 1381 » concernent des décrets repoussés puis votés par le Sénat, qui accepte la présence de Juifs dans la ville de Venise – sans aucune assignation à aucun quartier -, à la condition que la durée de séjour soit très limitée (quinze jours consécutifs, même si cela varie au cours des temps). Les Juifs à partir de 1397 sont bien encore localisés à Mestre, mais ils peuvent circuler, et quand ils doivent venir à Venise, ils « sont tenus de porter un petit disque jaune comme signe distinctif », p. 28.
Cependant, l’auteur y insiste, l’implantation des Juifs à Venise ne peut pas se détacher des conflits très vigoureux entre le religieux et le civil : les Juifs sont autorisés à créer des banques spécialisées dans les petits prêts, extrêmement utiles à la réalité de la vie quotidienne des affaires à Venise, alors que les préceptes religieux rigoureux de certains ordres monastiques s’y opposent. Parmi les textes cités figure « un décret de 1423 leur intimant de revendre, sous deux ans, tout bien immobilier acquis au mépris des lois en vigueur », (p. 29) : on perçoit bien la tension entre les forces morales ou sociales. Certains ferment les yeux parce qu’ils ont besoin dès le départ des finances fournies par les banquiers juifs, tandis que d’autres exercent une pression sur les autorités pour qu’elles légifèrent contre les Juifs. La résistance de la communauté est discrète : « le petit disque jaune distinctif » disparaît facilement dans un pli. La contre-résistance est aussi vive : un décret de 1496 exige le port d’un couvre-chef jaune, évidemment bien plus repérable.

L’argent

La thématique de l’argent, et surtout celle du prêt (de l’usure) – dont la possibilité est en théorie interdite aux Chrétiens (tandis que les Juifs ne sont pas soumis à cet interdit), conduit à l’intervention de nombreuses autorités rabbiniques et à la rédaction de multiples textes pontificaux. À tous les niveaux, une impressionnante production culturelle et idéologique apporte pendant des décennies plus de complexité que de lumière. Cependant alors que le temps passe, au début du XVIème siècle, s’installe « une forme ambiguë d’acceptation de l’état de fait » (p. 37) et « le rôle de prêteur s’affirme de façon monolithique et définitive ». Les rues et les quais de Venise présentent de nombreuses banques de diverses couleurs, selon l’origine des banquiers, et les systèmes de règlements et de contrôles sont très rigoureux (taux de prêt, jour d’ouverture …).
Les oppositions les plus virulentes – et du point de vue juif les plus dangereuses – viennent de certains ordres monastiques et en particulier des Franciscains. En effet, les banques à petits prêts autorisés aux Juifs sont supposées permettre des aides aux parties les plus pauvres de la population. Or, la pauvreté, c’est l’affaire des moines franciscains. Aussi, par une sorte de coup de génie « pour lutter contre les banques privées, ils instituent les premiers monts de piété » (p. 42), concurrence extrêmement efficace- surtout dans un contexte où se développent des campagnes antisémites (hélas banales) déclenchées par les accusations de meurtres rituels.

En dépit des tensions et des disputations, l’évolution, toujours incertaine, est malgré tout positive. Elle conduit peu à peu à une série de décrets qui vont reconnaître la présence effective et durable des Juifs au cœur de Venise même (et non plus à Mestre).

Le plus « fameux » marchand de Venise : Shylock et Jessica /Maurycy Gottlieb/1876

Le poids si lourd de la guerre sur les finances, ou la peste de 1514-1515, mettent en évidence « le rouage essentiel qu’était devenu le prêt pour l’économie de Venise », p. 54. Une négociation âpre sur l’impôt annuel de la communauté conduit au décret considéré comme fondateur, le 25 mars 1516 : « les Juifs sont regroupés dans l’ensemble des maisons situées au Ghetto », p. 55.

Aussitôt vidées de leurs habitants, les maisons sont habitées par les Juifs. Deux portes ferment le quartier, leur contrôle effectif va varier beaucoup avec le temps. Ce qui variera aussi, mais toujours dans le sens d’une augmentation, c’est l’impôt exigé par la Sérénissime pour le renouvellement décennal de cette concession, véritable menace périodique …

           La « nation levantine » 

« Le XVIème siècle dans l’histoire des Juifs de la Méditerranée est essentiellement caractérisé par les migrations continuelles d’hommes à l’identité fragile, voire incertaine, et dont le principal souci n’est autre que de s’adapter à la terre d’accueil », p. 66. L’auteur évoque ces parcours avec la figure de Isaac Abrabanel, né au Portugal, Ministre des Finances, puis argentier d’Espagne, puis présent à Corfou, et enfin arrivé à Venise, en véritable « Juif errant », capable d’une pénétrante réflexion exégétique confontant le système de gouvernement démocratique à Venise avec les commandements de la Thora. Il représente bien la très intense circulation des compétences et des expertises dans cette période si mobile, où Venise est l’un des ports et des points de passage les plus puissants de la Méditerranée. C’est alors qu’on voit apparaître une seconde catégorie de Juifs pour qui le Ghetto, est un « incontestable point de référence pour les déracinés qu’ils étaient », p. 71 : les marchands, d’ailleurs considérés comme des gens à la foi juive douteuse. On les appelle « Juifs levantins ». Venise leur reconnaît, sous réserve de ne pas séjourner plus de quatre mois, le droit de pratiquer l’échange des marchandises : on voit que la Sérénissime sait tirer parti des routes commerciales. Les Levantins vont s’installer dans ce qu’on appelle « nouveau ghetto »/Ghetto nuovo. Leurs relations sont parfois un peu difficiles avec les plus anciens des Juifs présents qu’on nomme « Natione Todesca » : ils sont d’origine essentiellement ashkénaze.

Cette population s’intègre cependant rapidement, dans un réflexe de défense communautaire : le renouvellement des concessions continue à faire l’objet de tractations et de décisions souvent marquées par des voltes-faces successives, écho des discordances internes à Venise. En parallèle la tension méditerranéenne s’accroît.

Le voisin ottoman paraît de plus en plus l’ennemi numéro un, et « en 1570, des citoyens vénitiens furent arrêtés à Constantinople (…) En représailles Venise bloqua tous les biens des Turcs résidant en ville, ainsi que ceux des Juifs levantins, considérés eux aussi comme des ressortissants turcs », p. 78.

De longues pages reviennent sur la définition et l’existence des Marranes, ces Juifs convertis de force après les funestes décisions des Rois Catholiques en 1492 et 1496, mais soupçonnés de continuer à pratiquer leur religion. Si la question intéresse particulièrement l’histoire de Venise, c’est que la Contre-Réforme (outre la profusion éblouissante des églises) n’existe ici que grâce à « un compromis de l’Eglise et  de l’État, qui se traduit dans la façon de traiter le cas des Juifs qui montre bien une dualité des composantes » : «  En s’en prenant trop souvent au Ghetto, l’Église n’aurait pas manqué d’embarrasser le gouvernement ». Dans les caisses de la Sérénissime, on attend avec impatience l’impôt de la communauté juive (p. 91-92).

Plusieurs biographies rapides de Juifs de cette période, rédigées avec la plume alerte d’un romancier qui serait en même temps historien, forment le chapitre 6, à travers une lecture de procès d’Inquisition, dans une période marquée par « l’instauration d’une censure généralisée, frappant tous les livres en circulation, et non plus seulement ceux en langue hébraïque », p.115. On retiendra particulièrement la figure du marchand Rodrigo, connu pour avoir tenté d’attirer à Venise tous les Juifs dispersés ne bénéficiant pas du même statut que les Juifs vénitiens. Son histoire est intéressante car il est à l’origine de la transformation de Split  – encore marquée par la présence romaine et le palais de Dioclétien, en « concession vénitienne » : en réalité une « escale » pour tous les marchands, au sein de l’Adriatique, au profit de la République de Venise.

Se développait ainsi la présence des « Juifs levantins » qui l’emportaient peu à peu sur les petits banquiers de la « Natione Tedesca », « ceux du Ghetto » : « Les juifs d’origine allemande, qui avaient constitué la première communauté vénitienne, et dont l’activité principale avait été la gestion des banques, avaient donc été contraints de se procurer d’autres sources de revenus », p. 156. Et cela d’autant plus que les Juifs d’origine ibérique commencent à constituer eux aussi l’une des composantes majeures de la communauté, « dont il surent imposer l’existence au début du XVIIème siècle et notamment par l’opulence de leur niveau de vie », p. 159. Cet afflux, en raison duquel le Ghetto de Venise avait acquis  un tel ascendant sur toutes les autres communautés de la Sérénissime, fit que la Papauté réagit vigoureusement. La Sérénissime, qui ne pouvait vivre sans ses commerçants et banquiers, résista à l’ingérence de l’Église au point que le « pape Paul V excommunia le Sénat et lança l’Interdit contre tous les territoires de la République », p. 162.

 Cent ans après…

Cent ans après la fondation du vieux Ghetto, différentes communautés juives se côtoyaient en son sein.
Trois phases sont repérables :
L’époque de la « Natione Tedesca » : Juifs principalement banquiers soumis à de lourds impôts.
Puis après 1540, – période de pression fiscale et religieuse intenses- l’arrivée des « levantins », surtout commerçants.
Et, enfin, après la bataille de Lépante, les nouveaux marchands ibériques, ouvrant d’autres portes, alors que les anciens banquiers sont de plus en plus souvent devenus de simples gestionnaires, obligés, des banques vénitiennes.

Pour rendre concrète la représentation de ces grandes strates, Ricardo Calimani  grave les médaillons de grandes figures :  Léon de Modènela poétesse Sara Coppio SuillamGiulio Morosini , alias Samuel Nahmias ou encore Moïse Haïm Luzzato et Simone Calimani – un ancêtre de l’auteur lui-même.
Chacun de ces destins, cela va de soi, interfère, de près ou parfois d’assez loin – avec l’histoire de Venise.

Francesco Guardi, Le Pont voûté à trois arches de Canareggio/1770

Mais si les hommes ont droit à leur portrait, la description du lieu n’est pas oubliée. C’est l’objet du chapitre 12 : « Le ghetto de Venise un siècle après sa fondation : société, religion, culture. ».
Revenant  sur l’étymologie du mot, fortement disputée, pour reprendre le dialecte vénitien ( getto, de gettare : « fondre »),  Riccardo Calimani décrit ce ghetto des origines, entouré de petites maisons et de jardins. Il n’a que peu à voir avec celui d’aujourd’hui, en raison de nombreuses reconstructions.
L’auteur passe en revue les synagogues de chacune des communautés, les associations communautaires, les chants et les jeux du quotidien juif, les oppositions fortes entre religieux et commerçants. Il évoque surtout l’ouverture internationale et l’arrivée de nombreuses populations européennes qui produit, à la fois, un mélange des cultures et un déplacement des règles. Tel rabbin orthodoxe se plaint avec vigueur de représentations théâtrales données au sein du Ghetto, par exemple…

Changement de contextes

Les chiffres sont sujets à controverse, dans un Ghetto devenu en grande partie opulent, mais il est établi que les tensions commerciales et les rivalités intra-vénitiennes vont conduire peu à peu à une décadence financière (les plus aisés déjà le quittent, par volonté de « s’intégrer »). La population juive – toujours astreinte au port du béret jaune – rencontre  de très nombreuses et âpres difficultés, dues à la fois à l’évolution générale des contextes religieux et moraux (le territoire réduit du ghetto forme une sorte de caisse de résonance au débat), et aux difficultés économiques de la communauté,  encore accrues par l’effet d’enfermement et donc les risques de la promiscuité : «  les incendies étaient très fréquents en raison notamment de la concentration des maisons, très hautes, dont la plus grande partie était en bois, et qui formaient un entassement inextricable », p.293. Toutes ces évolutions socio-économiques et même topographiques n’entraînent cependant « guère d’effets notables dans le ghetto : seule une minorité de juifs décide de quitter la ville : il y avait à Venise 422 familles juives en 1766, elles étaient 408 en 1780 », p. 298.
L’une des fins du Ghetto (pour un ghetto, finir c’est s’ouvrir), est prescrite par un document adressé au Comité de Salut Public en 1797, à la suite duquel, le 7 juillet, les portes furent abattues « afin d’éliminer toute marque de séparation entre les citoyens juifs et les autres » – décret du 9 Messidor, basé sur un rapport qui décompte 820 hommes et 806 femmes, habitants où étrangers en transit).
Dans le mouvement révolutionnaire, sous la pression du jeune général Bonaparte, la République Sérénissime abdiqueLes Juifs deviennent des citoyens à part entière. Puis Venise devient autrichienne, vit des périodes particulièrement dramatiques au plan économique mais aussi en raison d’une censure politique très pressante. Les Juifs les plus riches ont déjà, depuis le XVIIIème siècle, quitté le Ghetto pour se disséminer dans Venise où ils occupent parfois les plus beaux des palais.
L’histoire de l’Unité italienne, bien connue, n’apporte pas non plus un destin à nouveau remarquable à un lieu où vivent, ou plutôt subsistent, des populations peu nombreuses et généralement appauvries.
L’époque du Ghetto vivant est révolue. Ce lieu presque explosif, ouvert à toutes les controverses, objet de beaucoup de concupiscence, n’existe déjà plus que dans les mémoires.

En façades

Le poète Rainer Maria Rilke, à l’occasion d’un de ses nombreux séjours à Venise, a  écrit : « dès le crépuscule un peuple timide en haillons erre dans ses rues, d’innombrables enfants se retrouvent sur ses places, devant les portes, étroites et froides : ils jouent avec des morceaux de vitres et des restes d’émail multicolore, le même sans doute, que celui utilisé par les maîtres qui composent les mosaïques solennelles de Saint-Marc. », p.332. Il contribue ainsi à fonder ainsi le mythe d’un endroit proche d’une Cour des miracles, un lieu fantôme, pâle trace de sa grandeur populeuse. Certes, jusque vers la fin des années 1930, « le Ghetto reprenait vie à l’occasion des fêtes et surtout celle de Pourim » (p. 334), parce qu’il continue à être perçu comme un lieu de tradition, mais la vie y était réduite.

***

Les lois raciales de 1938 frappent l’ensemble de l’Italie. Venise ni son quartier juif n’échappent aux horreurs du siècle : les exactions terribles à la suite de la prise en main directe des affaires par les nazis au sein de la République de Salo, dirigée par un Mussolini devenu marionnette : rafles, déportation…
De cette période, le Ghetto ne s’est pas remis.
Aujourd’hui tout visiteur de la Sérénissime qui veut comprendre et aimer Venise, s’éloigne de la place Saint-Marc ; ses pas le mènent dans le quartier de Cannaregio : on y trouve désormais des témoignages (plaques, sculptures) à la mémoire des victimes de la Shoah, mais « le Ghetto (…) ne constitue plus le sens de la vie juive : restent les témoignages muets des pierres et des anciennes synagogues… », p. 340.
Sur ce constat l’étude se ferme, appelant à de nouveaux travaux sur l’histoire des Juifs de Venise. Mais ce ne serait plus à proprement parler l’histoire du Ghetto des origines, une histoire puissante et mouvementée, intellectuelle et matérielle, close et ouverte, celle de la fusion et du mouvement de toute une culture et une population juives du XVIème au XVIIIème.
Cette époque avait été sa grande période. Mais on ne saurait trop recommander au lecteur, s’il aime les biographies brèves et savoureuses, de se reporter à toutes celles que Ricardo Calimani glisse dans son étude, comme des ombres prospères et truculentes, ou sévères et savantes. Elles éclairent les coins peut-être encore sombres de cette belle histoire d’un lieu mémorable. Elles redisent aussi que l’Histoire est d’abord celle des hommes et des femmes sur leur territoire.

Nadine Picard

Rétroliens/Pings

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Ydit-blog , Saison 3, Episode 12 (en plus vite: S3/E12)- l’escroc griffe, pas dégouté.

Rappel ( ou plutôt incipit pour ceux qui rejoignent le récit, comme un esquif rencontre son récit : crevé ou sauvé?) : l’Ydit, voyageur et narrateur, a été saisi d’une décision : s’en débarrasser. L’excellent et volubile docteur Saumonneau l’a éconduit ; pas de solution chez Vidal, Michelin, Dalloz, Chaix…Mais conseil : passez la tête (et donnez la main) chez les A.A.

Ydit y va, écoute, repart. On se sépare sans conclure, c’est la vie : YDIT reviendra-t-il participer aux cercles des AA ? Albertine et Phèdre, deux participantes en mal de manque, se tenant la taille, les saluent en passant, Ydit – et ses lames errantes : Hugo, Fred, toujours prêts spadassiner pour sa défense.
Sinon, dit L’animateur Eclectique, montant sur sa patinette électrique, importée du Mexique, sinon j’ai l’adresse d’un bon centre de détox, des psy solides comme des comptables, pas des verbeux comme ici, est-ce que ça vous intéresse ?« 

Que vouliez vous qu’il fit ?

D’abord, ce fut l’accueil d’usage. Une femme alerte et bénéfique explora d’un clavier expert les déambulations d’Ydit : « Mon cher et pauvre – encore davantage- patient, espérer quoi que ce fut des AA ( nous les nommons ici Abrutis Aptères), attendre un envol au-delà des boueuses ornières de l’addiction narrationnelle ( elle avait du vocabulaire), autant réciter du Verlaine à une baleine en plongée. » Puis, sous l’œil hard et hagard de Hugo -l’interne compagnon de voyage- l’experte exposa le résultat de ses analyses.

A la question- somme toute légitime- du sens, elle répliqua : « 0n va vous aider à remodeler la conscience de l’être en soi, pour soi, et pour ça notre psychologue Marcel se met à votre écoute, pas dégoutté. Il a tout son temps, ricane-t-elle, assez sotte ment. »

Marcel, lui aussi, était coutumier du récit, qu’il avait beaucoup pratiqué naguère. C’était une sorte de grand escogriffe essoufflé. Après tout, dans les romans, ou les encyclopédies de table, le meilleur thérapeute est toujours l’ancien accro. Comme le meilleur flic est l’ancienne crapule. Il sait comment ça se dé-passe.

Dans les bureaux étroits du Centre International et Polymorphe de Traitement Radical de l’Addict, Ydit se présentait ( mais on ne le présente plus?) chaque samedi à 15h30 ( il restait peu d’horaires à choisir : tout le monde, dans le quartier, tout le monde s’adonnait au récit, sur les évolutions des maladies en cours, sur les élections en débours, sur les guerres à découdre, sur les 234 romans parus ce mois). Marcel demandait de ses nouvelles (qu’YDIT ne lisait plus), questionnait comme pour un rapport de Brodié, notait au crayon de papier sur un bloc Nutella.

« Voyez, dit Marcel à la troisième séquence d’une heure, vous avez depuis longtemps, presque toujours, accompli de gros efforts, sur vous-même et sur les environnements : votre chemin de vie depuis la pauvreté de naissance, c’est joli, comme éclairé par un Saturne en Jupiter : vous pouvez même vous payer des psy à 80 balles la séquence… Vous avez contrôlé l’en-dedans et l’en-dehors de vos apparences, et je n’évoque même pas l’en-dessous de vos ceintures et bretelles. Aussi est-ce désormais simple, à mes yeux : appliquez votre volonté à chasser le récit, à l’exclure du possible, comme vous avez fait pour le reste. Et, mise en chaine, votre addiction narrative sera vaincue. Allez-y, et quant à moi, ayant terminé mon expertise, en escogriffe ( oui, je sais ce que vous pensez ! ) je vais vous diriger vers la Simone, la fastueuse et célèbre souffleuse, qui prend la suite à ma suite dans la suite pour accompagner votre débarras des chaines intérieures.

Même déguisé en pénitent de la narration, Ydit s’en était trouvé perplexifié.

Mais la méthode à Simone, elle non plus, ne manquait pas de surprendre.

SIMONE :On avait rendez-vous le dimanche à 7h45 ou 20h15, car les patients – parfaitement accrochés- encombraient le carnet de commandes. Elle le faisait s’allonger sur un épais tapis noir de pur caoutchouc nègre, posé sur un sol de ciment dur. On voyait qu’elle avait à peine le temps de passer l’aspirateur ou l’éponge, toute dévouée au curetage interne des accros qu’elle recevait sans accrocs. « Soufflez, respirez, expirez, tendez les jambes et les idées, souffrez vous, voulez-vous? »

Debout derrière Ydit, elle racontait avec passion ce que vous « fait l’oxygène au bout des orteils, quand vous acceptez la respiration ventrale, et pas de doute, rien de tel pour affermir la volonté – puisqu’il n’y a que cette solution pour vous, selon le collègue Marcel. Autrement dit, serrez les dents, videz les poumons, oubliez de penser, puis comptez sur moi ». Il est vrai que, surtout après la séance très matinale, le fier désir de narrer perdait de son urgence. Simone disait, réglant ses Ipod pour une retransmission de « La Cerisaie » sur France Culture (vendue le jour même de la naissance de YDIT, fin aout ): « Votre conscience va devenir ballon. Ecoutez le vent dedans… …..Votre corps va retrouver la nudité de vivre sans se narrer.Votre espérance de liberté va se lire dans vos yeux comme un récit de Joyce étalé par une poétesse sur son corps palimpseste lors d’un défilé de narratrices délurées que débride la fin des mesures et des censures, la fin des masques et des mimiques. »

FRED la soyeuse amie toujours intérieurement présente ne sourit qu’à peine. Ydit , plus perplexe encore , se protège des mots de Simone. Un dimanche, c’était le quatrième, la thérapeute lui décrit par le menu ce qu’elle a écrit sur le nu-nu depuis la promenade au phare, en balade, cette semaine.

Elle ajoute : « Avec l’écoute et les coûts de Marcel, puis avec les souffles et les paroles de moi-même, votre addiction est en train de sortir du bois. Elle vous montre qu’elle vous quitte, elle s’interstice entre les marches de votre réalité. C’est bien, non ? »

Evidemment, répliquait le bon vieil Hugo – pourtant jamais en retard d’une formule vaste mais pas très pleine – évidemment, dit comme ça, Ydit, vous devriez comprendre quels sont les jolis personnages grimés de cette narration en grimoire dite  » détox », non?

Et il ajoutait, un peu géné, que tout cela, hélas, lui rappelait un peu certaine attente au milieu du brouillard, à Florence et Pise, et pire en Epire : ça décolle pas beaucoup, heureusement qu’on a de quoi s’occuper par ailleurs « Vous croyez que vous allez y retourner, au Centre ?« 

Ydit savait que non. Pas de progrès. Terminé avec Simone. Fini Marcel.

On devait passer à du sérieux. Il était temps, comme il était temps- aussi- de laisser couler quelques gouttes de mémoire bleue sur les pages grises de ce blog.

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Ydit-blog , Saison 3, Episode 12 (en plus vite : S3/E12)- « L’escroc griffe, pas dégouté ». A suivre , d’ici quelques jours, sans doute ? Mais sait-on ?

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