YDIT-TROIS Saison 3 Épisode 11 : Pour ne plus faire tant d’Histoires, AAA sans doute faut-il s’alléger, comme dirait Saint-Léger Léger?

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite fuite sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de skis un peu trop courts (à l’inverse de ses ans). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit. Le bon docteur l’a envoyé se faire voir par les AAA. FRED, la grège observatrice, femme aux yeux talentueux, et Toton Hugo, le fantôme aux cheveux de vent, commentent un récit : YDIT chez les AAA. « Un peu compliqué par l’épaisseur des allusions, les allusions, » dit Tonton, dans l’épisode précèdent (à moins que cette réplique peu glorieuse, même Misérable, ait été coupée au montage ?), les allusions c’est comme la sauce béarnaise, si t’en prends trop tu noies la tête de veau.

Parfois, étrangement, l’HUGO ( ici sollicité dans sa fonction de polygraphe républicain, teigneux, coureur de tirages et de jupons, le roi du double foyer) s’abandonne à la vulgarité d’un soir de Pub à Guernesey. Maintenant, les deux comparses ne disent plus mot. YDIT reprend le récit de la soirée : au moins, les AA savent de quoi ils parlent, c’est leur propre addiction, leur maladie, leur grandiose calamité, leur défaillance mais aussi leur succès : leur méthode. T

Toujours la même. Écouter, plaindre, partager, attendre. Un peu la vie, non ? Donc, ensemble, ils plaignent la rupture de jeûne ( de Jeune? Ironise Fred) de la pauvre Phèdre, pour aller jusqu’aux « Propos sur le bonheur », tout ici ( les AA!) s’inscrit dans le contexte d’une rupture de sevrage, d’accord, on est prêt à consommer tout ce qui vous tombe sous la main, même un annuaire des maisons d’écrivains maudits, mais il faut en effet considérer cette griffure comme une blessure, c’est une immense rechute.
Rompant- mais à voix très basse- l’ordonnancement cérémoniel de la compagnie réunie, un vieil homme qui sent le chat glisse à l’oreille de sa jeune voisine (une Virginie) qu’il n’osera certes l’avouer, mais en week-end, il pleuvait tant, de plus on s’ennuie à son âge, plus de minettes et trop de minous, bref il a repiqué avec une injection de Robbe-Grillet, pas du meilleur, un vrai labyrinthe. Elle s’étonne, rougit, ( pas du tout à cause des minous et des minettes, le vieillard est connu pour son imaginaire) elle se torture les phalanges, puis tout de même avoue : Moi, je me suis tapé une nuit avec « L’Amant », je m’en remets à peine. J’ai -pour rire- l’airain qui se fendille, me voila comme toute avachie, haletante, un tiers épuisée, un tiers ravagée, un tiers néantisée.

Tonton Hugo note que c’est un milieu où l’on aime se citer les uns les autres ?

YDIT : L’animateur des AAA devenus AA (mais aviez-vous noté que le rire se raccourcit tandis que le temps passe?) l’animateur fait mine de se croire sur un plateau : si plusieurs parlent, personne n’écoute. D’un signe aimable il commande la musique, Pavane pour une infante défunte, ça calme toujours les ardeurs des participants. Puis, c’est quand même moins tarte que Le Boléro. C’est un joli détour.
Au retour, Philomène s’engage dans un long monologue – ici banal, chacune parle de soi pour soi, c’est la règle : autant le dire, depuis six mois, elle multiplie les efforts, avec force et vigueur, elle s’interdit tout volume et tout crayon, même pas le moindre trait d’eyeliner sur le premier post-it venu, rien, c’est bien qu’on soit ici ensemble, parce que vous, vous savez comme c’est dur, elle continue qu’elle voudrait y croire encore, malgré tant de rechutes, partielles, certes, ici même elle en fit le récit, mais tout de même, se priver si durement, si longtemps, soir après soir, salon après salon, brunch après brunch, entretien après entretien, bavardages à la terrasse du « Hibou » après bavardage à la terrasse du « Hibou » .

Fred : c’est Elle qui est si connue pour faire des lignes ? Étirer son énumération comme une file d’attente pour le test CoVid devant la pharmacie ?

Philomène a continué, pendant cette (on l’avoue) assez inopportune interruption, mais que refuser à Fred qui ne refusa rien? Philomène, entretien après entretien, bavardages à la terrasse du « Hibou » après bavardage à la terrasse du « Hibou » , et tout cela pour finalement -faute de préparation- consommer ce qu’on a sous la main, du Daphnée du Maurier, du Gilbert Cesbron, du…je ne sais même plus comment il se nomme, le type de « hommes en blanc »

L’Animateur (un vrai spécialiste !): «  Il a aussi écrit « J’étais médecin avec les chars », ce qui ne signifie évidemment pas qu’il soignait les engelures de René ou Tina (ou Marie-Claude ?…), à Céreste ou l’Isle sur Sorgue.« *

Un frisson parcourt l’assistance, comme écrirait un auteur absent. Ici on aime l’allusif, on vénère la devinette, et les gâteries de l’Animateur concourent plus d’une fois au sentiment d’appartenance. Rien de mieux que le sentiment d’appartenance, ces temps-ci, n’est-ce pas ? L’entre-soi fait sa loi.

L’animateur de la séance AA, soucieux d’apaisement, rappelle ce qu’on lui a narré : des AA qui avaient choisi la voie violente de la cure -un séminaire à Cerisy, une décade musicale à La chaise Dieu -espérant qu’on les tiendrait à l’écart de leur addiction, et les soignants – pourtant tous des professionnels de valeur, directeurs de collection, traducteurs du sanscrit, critiques à « La veillée du Perche », même parfois éditeurs à fonds perdus de revues poétiques, en somme l’élite, – s’étaient vu déborder : en faisant une ronde, ils avaient découvert des volumes cachés dans les buissons par les curistes, des volumes introduits clandestinement par les AA qui s’en servaient, en prétendant sortir pour fumer, juste une petite vaporette, rien qu’une taffe, et hop, à la place, ils gobaient sous le coude un chapitre d’Angot, une page de Queneau, deux poèmes de Roubaud, tout ça en vitesse, des volumes entre les arbustes, quelle honte, quelle indignité, de la came autant qu’on voulait, ou plutôt qu’on ne voulait pas.

Geste : Musique ! On perçoit qu’il est bouleversé, l’Animateur.

YDIT, du fond de la salle, silencieux, s’imprègne du rituel AA : ici, on fait semblant de se taire pour mieux parler, mais la parole circule : on lui tend- comme s’il était un habitué de l’ ADDICTION (mais les AA d’ici réunis l’ont reconnu comme tel !)- une quatrième de couverture sur laquelle, désespéré, Bardamu (étonnant pseudo) a écrit avec rage et désespoir , pendant que les Maures et la mer montent au port : « Et alors, comment finir avec l’ addict au Raissi ? Se faire interdire de librairie? Se détourner des bibliothèques? Contourner jusqu’aux boutiques des musées du Louvre où des scélérats vendent même des romans de la momie ? « 

Tonton Hugo se demande si toutes ces allusions, ça ne va pas faire un peu trop ? Fred -l’agrégée de base- répond que dans le genre « faire trop », le Tonton, le Hugo, enfin pas la peine d’approfondir, si ?

On en reste là, surtout qu’on n’a pas tenu (c’était prévisible) l’engagement de la limite à 1000 mots. Dépassement de 40%, on se croirait chez un psy.

Fred : si vous effaciez cette remarque, on en sauverait vingt-sept, des mots.

Et la tienne supprimée avec : trente en moins.
Tonton Hugo estime qu’on s’en fiche, du beaucoup de mots, du trop de vocabulaire. On existe avec ça comme avec le sang dans les veines. Même si on atteint dans les 1500. Fred confirme qu’on le reconnaît bien là. : toujours un mot de plus. YDIT affirme qu’il faut conclure :

S’il avait la réponse à la question du sevrage, YdIT n’aurait pas visité les Auteurs Addicts (mais c’est peut-être plutôt les Auteurs Anonymes ? Les Affranchis Avilis -comme les nomme un producteur radio à jamais préservé de la tentation du livre.)

À la sortie, l’Animateur rejoint YDIT et dit à YDIT : alors, prêt à ? (c’est une ligne où l’on aime les dentales et la liaison !)

YDIT : Au fond, pour se débarrasser de l’ADDICTION au Raissi, à l’affliction de la fiction, de cette implacable pulsion vers le texte qui embarrasse la vie et repousse le sommeil, pour casser la chaine intérieure, ouvrir le piège, pour ne plus faire tant d’Histoires, sans doute faut-il s’alléger ? Viser progressivement à briser toute lame et toute l’âme de toute fiction, l’éliminer comme une trop bonne humeur, la tirer comme du mauvais sang ? S’interdire la folie fascinante du RAISSI (à ces mots, l’animateur s’amuse : tant de naïveté !), c’est déshabiller le vieil homme, revenir aux nudités primordiales d’avant tout RAISSI, toute HISTOIRE ?

Sans le dire, Tonton Hugo juge que, se déshabiller, alors ça oui, se mettre à nu ou presque, sans doute YDIT s’y adonne-t-il déjà un peu trop dans ces pages ?.. Fred ? Je dois dire : rien à dire ! Mais il aurait promis d’aller se rhabiller au lieu de babiller?

On se sépare sans conclure, c’est la vie : YDIT reviendra-t-il participer aux cercles des AA ? Albertine et Phèdre, se tenant la taille, les saluent en passant.
Sinon, dit L’animateur, j’ai l’adresse d’un bon centre de détox, des psy solides comme des comptables, pas des verbeux comme ici, est-ce que ça vous intéresse ?

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Didier JOUAULT pour YDIT – TROIS, Saison 3 Episode 11 : Pour ne plus faire tant d’Histoires, sans doute faut-il s’alléger, comme dirait Saint-Léger Léger? Mais qui donc voir ensuite ???

Par défaut

YDIT-TROIS, Saison 3, Episode 10 : Haha, Et donc les AAA.

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite pérégrination, sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de souvenirs un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit. Interruption inopinée, donc : la panne de la vieille Peugeot, les vers de Chablis, deux épisodes ruraux.

Auparavant ( vous vous souvenez) : chez le docteur SIMOMEAU, c’est un peu le fond du savoir que nous avons exploré, en vain. Ydit ne veut pas conduire un si rare praticien aux extrémités du désarroi, de l’aveu d’impotence. Inutile d’insister.

Puis, comme je pose la main (enduite de gel) sur la porte, d’un verbe lent et las de sénateur cherchant Brutus pour qu’on en finisse, quelquefois ça a trop duré, SIMOMEAU semble s’abandonner comme à un raptus un peu sale, et à voix basse : « Peut-être ? Mais je dis ça pour plaisanter- peut-être les AAA ? Dans votre cas, on sait jamais ? Après tout, c’est pas pire que la cure. Mais c’est comme l’Armée du salut ou le Bloc Populaire, faut y croire pour le voir. « 


On le sait, chez nous (nous, ici : qui ?), s’il y a des portes aisées à ouvrir, des contacts sans prendre les gants et des relations sans masque, c’est avec les AAA.

Ils se repèrent d’ailleurs facilement : ils sont partout.

À l’origine, les AAA – qui vont devenir les AA en raison d’une rupture interne d’Anévrisme social – se réunissaient pour échanger adresses et tours de main sur la littérature d’autrefois, pour s’en débarrasser. Puis le cercle d’intérêt s’élargissant, ils devinrent assez rapidement les champions de la lutte finale (comme toutes les luttes finales : jamais finie !) contre la diction de l’addiction.

Présentés ainsi, on se demande pourquoi vous avez franchi la porte ? s’enquiert le bon vieux bonhomme Totor – précisons pour les non-habitués (quelle chance !) que l’irruption critique de personnages, espèces de CALMEO trop prévisibles, est l’un des tics de ces post en toc, et en bloc. Ils ont parasité la Saison 1 – malgré les efforts d’YDIT, encore très peu expérimenté certes, et ont divagué en primesauts inutiles, parfois sous la forme (maigre consolation) d’élégantes apparitions de Marina, souvent derrière le masque plutôt acerbe ( et très usagé) du comparse V3, dit Voltaire le vipérin, le virulent, le variqueux, 3V pour V3, on se demande bien par quelle disgrâce un personnage si peu reluisant – presque moribond – s’insinuait dans les « Séquence Publiques d’Oubli » ?

Ce qu’on se demande surtout, c’est pourquoi on ne peut pas s’en débarrasser, semble-t-il ? et la question – pas si sotte- est posée par l’irremplaçable Fred.

– Précisément, cette histoire, la Saison 3 de Ydit, c’est tout juste cela : Comment s’en débarrasser?

Fred et Tonton Hugo baissent les bras en haussant les épaules, preuve d’une véritable souplesse – langagière au moins.

Ydit reprend : Quand on arrive chez les AAA, contrairement aux attentes de représentations abusivement critiques, ça ne sent pas la fumée ni la sueur ancienne. Au contraire, on respire un petit air de Saint Germain très frais, une lueur de rue Saint Benoit illumine les visages, et les pulls ne sont pas trouvés en fond de panier d’un après-midi Emmaüs à Châteauroux. Ydit s’arrête à la porte, tente d’observer sans malice (exercice dangereux : l’empathie guette, et c’est déjà la fin, l’empathie ne pardonne pas). De partout jaillissent les objets de l’écriture, stylos pas si Bic, claviers très fins, carnets à peau de cuir et pages de Pléiade, fils blancs de chez Iphone, écouteurs pour France-Culture.

Ils ont assis en cercle, ou presque , les AAA peut-être davantage de femmes, sur des chaises qu’on dirait modestes, mais qu’on repère d’un bon désigner. Ils ne s’interpellent pas, se regardent subrepticement, ou très en face soudain quand c’est l’instant de l’applaudimètre. Ils s’écoutent, elles et eux se sont organisés comme pour un débat télévisé entre invités de qualité, chacun son volume sous le bras, chacun son appellation très contrôlée, venus comme pour une « Grande Bibliothèque » : l’inverse des politiques, mais aussi leur parole est-elle plus rare ?
YDIT est entré en catimini, invité par Werther – adhérent depuis trois ans : « Tu verras, personne n’y croit, tout le monde fréquente, c’est comme l’amour ». Dit comme ça…

Des Grieux a la parole : « Maintenant, voici exactement 123 jours que je n’y ai pas touché, je regarde la caisse, je caresse les volumes, j’épluche le revers, je respire à fond en voyant le millésime, et je n’ouvre pas.« 
On applaudit ensemble. Des grieux, 123 jours, c’est fort, bravo Des Grieux, c’est fort surtout si tu conserves cette proximité avec les volumes…
Albertine lève la main, on la dirait mal assise sur la chaise dure, fesses davantage coutumières du sable de Balbec.
L’animateur (un quadragénaire impeccable, vêtu de lin probe et de blanche candeur) se demande s’il est bienvenu de déroger à la règle de la circulation régulée de la parole, sur un mode rigoureusement dextrogyre ? À négliger le rite, on risque le vain.

Fred interrompt le récit « Sauf message clandestin glissé dans les homonymes, Ydit mon cher, vos AAA ressemblent à un sorte de Temple du soleil, à des clowns déguisés en moitiés de Franc-Macs, non ? »

Ydit : On ne se tutoie plus ?

Fred : Pas possible, respect de la dignité du récit. Au moins ça qui reste.
Ydit reprend : Dans la salle aux AAA, les autres assises et assis, d’un geste unanime de la tête, soutiennent l’interruptrice: « Oui, oui, parce que c’est notre Albertine, qu’on croyait disparue (ils ricanent), tant pis pour le dextrogyre, le ciel ne va pas …« 

Albertine -donc- se demande si, en effet, garder cette immense proximité avec l’infinie tentation d’une brusque ouverture des gros volumes (dans le métier, on la connaît surtout par ses adjectifs) , ce n’est pas un effroyable risque inopportun ?

Le débat ne s’engage pas, c’est la règle. Sinon, ce serait le Café du Commerce. Déjà qu’on a Tonton Hugo et la Fred pour mettre le bazar, sans même parler de ceux qu’on n’a pas encore lus. Donc, les AAA, ceux-là : on témoigne, en apprécie, on passe. La vie quoi?

L’animateur : « Oui, pensons à ce que vient d’interroger notre compagne de route, et un peu de musique en attendant« .

YDIT découvre qu’à chaque étape, entre les paroles, un maître de musique invisible prolonge le silence intérieur par de brèves séquences, cette fois l’intro de Parsifal. Pas de doute, ça vous confère de la hauteur les soirs de bassesse.

La suivante est une certaine Phèdre (on les reconnaît tous derrière le pseudo) : elle avoue, Hier soir, grand coup de détresse et de faiblesse (mais son éditeur venait de l’appeler pour parler chiffres ) elle a repiqué : des pages d’Aurélien, quelques lignes des Hommes de bonne volonté, même (sa voix se perd dans une sorte d’infini de la tristesse), le dernier chapitre de « Les mots »... Avachie, haletante, un tiers épuisée, un tiers ravagée, un tiers néantisée, elle, dit-elle, s’est conclue avec deux pages de « Propos sur le bonheur », c’est dire l’outrepassement de la limite.

(On retrouvera cependant ALAIN plus tard dans cette série YDIT 3) (De même le bon duc : La Rochefoucault)

Ailleurs, ce serait la huée, une bronca, des anathèmes, ou même le pilori, le redressement discal à coups de pieds dans l’airain de la statue défaite.

Oui, oui, prévient le Narrateur, faisant signe à Tonton Hugo et Fred, réunis dans un début de protestation, oui , je sais, je sais, le vocabulaire glissant comme un sentier boueux après l’orage, les jeux de mots gluants comme une traversée de la baie saint Michel, je sais, mais c’est depuis le début l’une des marques de fabrique de « YDIT »: donc, franchement, pas la peine de rester si c’est agaçant pour votre usage de la langue. On vous aura prévenus. Mais on préfère vous retrouver – bientôt ?

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Didier JOUAULT pour YDIT – TROIS, Saison 3 Episode 10 :  » Haha, Et donc, les AAA? » : on persévère dans la recherche d’une fuite, mais le plombier a du retard au rustinage.

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YDIT-TROIS – Saison 3-Episode 9 / Un deuxième petit vers de Chablis, et après j’arrête.

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite route sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit. Interruption inopinée : la panne de la vieille Peugeot…la panne de mémoire .


LA SUITE

C’avait été la panne brumeuse, embrouillardée, dans une côte de Morvan (millésime pas très gouteux). Après soixante-quatorze minutes d’attente sur la place de Narcy, gel et brouillard, dans la cabine du remorqueur – « Mettez bien le masque » – on avait bavardé, « ah oui, le village de Nadia Dannet, je connais, souvent j’y chasse avec les potes. » Le dialogue s’embourbait un peu, mais – dépannage oblige – on trouvait finalement un accord, ah oui, des cons très cons y en a chez les chasseurs comme chez les randonneurs.

À la concession Peugeot, zone d’activités, Chablis, c’est fermé, cependant le patron est là, moi faut bien que j’assure quand les gars sont en pause, bon, ils font le diagnostic dès qu’ils se donnent la peine de revenir, et si on a la pièce, on répare. Sinon ? Rapatriement ? Je suis Peugeot, moi, et pas la MAIF ou Sainte Rita. » Méprisant la plaque : Vous êtes pas du coin…

Quoi qu’il en fut, attendre sur place était impossible, malgré les fauteuils luxueux des berlines en vente, à des prix défiant non pas la concurrence, mais la simple décence : « C’est pas prévu pour faire salle d’attente, ici, mais y a de bons restos en ville, on est à Chablis tout de même, c’est pas loin, à peine plus d’un kilomètre. Si ça se répare, je vous appelle. Sinon, ya aussi de bons hôtels ».

YDIT part trop vite, dans l’humeur d’un sanglier qui entend les chiens. Il oublie de prendre l’un des livres peuplant son sac de voix discretes.

À l’hôtel-restaurant de la poste, « hôtel fermé », la salle est décorée pour noël tout proche, mais déserte. C’est l’heure où les mécanos rejoignent leur atelier, les cuisiniers leur maison en ville, les AUTEURS ANONYMES (fameux AA !) le clavier malicieux. Mais deux très jeunes femmes (vitrine : « recherche apprenties, nous logeons ») mettent en place le couvert du soir.

« Le patron n’est plus là, mais Raoul est encore en cuisine, on va voir, vous avez votre pass-santé ?« 

Seul, dans la lenteur du service qu’entrecoupent les atermoiements de cuisine et les nappes-papier à étaler, YDIT commence à éprouver la très lancinante sensation du manque : rien à lire, sauf le menu à 15 euros, salade campagnarde, rôti de porc sauce au poivre, tarte du jour, ce qui laisse grandement sur sa faim, en matière de lecture, même pour qui s’amuse à mouiller les mots d’humeur légère. Un tremblement, léger encore, mais qu’on anticipe grandissant, entrechoque les couverts d’aluminium doré au brouillard de Morvan : c’est la main vide de volume, la main privée de sa dose, on tremble le manque. Rien à lire, rien à rêver, rien à écrire, rien à trouver.

Les deux jeunes filles sont prévenantes, encore apprenties de la chalandise, des lycéennes peut-être, qui tentent de combler un peu le manque visible. Puis, le patron, réapparu, balourd punk retraité au crâne brodé de cheveux découpés en carrés, leur demande si elles n’ont vraiment plus rien à faire. Elles désignent Ydit d’un doigt compatissant : il a oublié son livre, il n’a rien pour écrire. Donne lui tout de même à boire dit le Patron. Il apporte la journal local. Dans « La vie de Chablis », surtout des encarts publicitaires pour les innombrables caves et boutiques vouées au vin local, même pas de météo, d’horoscope, avec des mots doux qui font rêver l’YDIT qu’on a privé de récit, les mots-allumage comme « ensoleillé », « demain », « surprise ».

L’Iphone est déchargé ou presque. Le patron du menu à 15 euros accepte d’un regard haineux mais résigné que le déjeuneur – au reste attardé – se branche, et je vous sers un autre café ?

Dans la salle noire et blanche, trois héros : Ydit mutique, l’Iphone déchargé, Le journal qui a débrayé. Comédie banale du Trio bancal ?

Le patron de chez Peugeot appelle : « Coup de pot le Parigot ! « On peut réparer votre brocante à roues, mais pour 16h30 ou 17 heures, pas avant, faut la travailler avec la rouille.« 

Le patron de Chez Restau éteint les lumières dans la salle : « Comme je vois que ça vous gène pas, et pour l’addition c’est prêt, y a qu’à venir au bar. »

YDIT part trop vite, là encore ( mais c’est un peu toujours ainsi, dans le quotidien, souvent il s’ennuie vite, sauf pour les commencements des récits, alors là ça traine, ça lambine, ca déambule, et une fois encore, il étire, il chewingum, il élastique), un peu comme dans l’humeur d’un sanglier qui entend les chiens. Il oublie de retirer le fil de recharge pour l’Iphone. Il part trop vite, vous vous souvenez ?

Chablis, c’est sûrement joli, au printemps, au soleil, amie au bras, photo de FRED en poche, bouteille à goûter. Brouillard, froid (l’écharpe elle aussi est dans la voiture), tout encore fermé ( fin du monde entre 12h30 et 16h30). Il y une porte ancienne, une vieille synagogue, toujours ça de pris : notices informatives à lire, broutilles de récit, miettes de narration, ça réchauffe, ça réconforte, comme une simulation brève de réponse à la caresse des mots, mais ça ne dure pas. Un petit parc, grille entrouverte sur le néant glacé.

« VAUVENARGUES dit que dans les jardins publics il est des allées hantées principalement par l’ambition déçue, par les inventeurs malheureux, par les gloires avortées, par les cœurs brisés, par toutes ces âmes tumultueuses et fermées, en qui grondent encore les derniers soupirs d’un orage, et qui reculent loin d’un regard insolent des joyeux et des oisifs »

FRED, l’irréparable et cependant toujours vive, suggère qu’on ne donne pas d’indice pour cette citation là ? Qu’on s’abandonne simplement au Spleen, même si loin de Paris? Qu’on le renvoie vers sa Jeanne, la Duval ?

Dans les rues de Chablis, le narrateur privé de lecture, dont les syndromes de manque vont s’accentuer, tente d’écouter quelques grands moment de radio, podcast de France-Culture, la conférence-vertige qu’Artaud a délirée au Vieux Colombier, un montage de souvenirs trafiqués par Augustine Célestine Gineste, née le 17 mai 1891 à Auxillac (Lozère), épouse de Odilon Albaret, et qui ment son Marcel dans le texte.

La suite est un peu lourdement téléphonée. Mais oui, justement : la batterie de l’Iphone est dans l’état de la batterie d’artillerie impériale à Waterloo, quand le chef de bataillon Raoul est blessé à mort.

Ydit est retourné à l’Hotel-restaurant de la Poste pour récupérer le fil oublié. Un fil ?… Quoi un fil ? Pour un menu à 15 euros ? Pas de fil, vous pouvez aller chercher dans la salle, avait dit le patron. Pas de petits profits, la connectique de chez Apple c’est cher.

Alors, plus rien, dans la vague montée d’angoisse de l’après-midi, la banale anxiété du vide, rien hormis le flou déroulé intérieur des lacis de mots privés de leur narration. On va pas tout de même se raconter à soi-même avec ses propres mots son histoire à soi, onanisme du discours à cet âge en plein jardin public, on n’est pas dans une chanson de Trenet.

Plus tard, Patron chez Peugeot appelle, ce sera prêt vers 17h30. C’est cher, mais c’est neuf. Le contraire de la vie, non ? Il ricane.

Ydit dans l’espace confiné de Chablis voir s’éveiller au chaland quelques boutiques accortes, mais pas de librairie, pas de maison de la presse. À l’office du tourisme (YDIT : un peu de sueur dans le dos, mâchoire comme déjà crispée par le manque, regard incertain d’auteur dramatique privé de comédienne chez Balzac) seuls quelques prospectus vinicoles pourraient atténuer l’agacement de la privation, mais c’est menu fretin de l’imaginaire, c’est claudication du narratif, c’est balbutiement de récit. C’est squelette éparpillé de syntagme mort.

FRED : À force de mots confus et d’allusions privées d’indices, vous allez…(Pour la comédie des souvenirs, elle le vousoie parfois)

Dans la voiture, lourde addition réglée (mais visiblement lourde addiction non traitée), YDIT a pour premier geste de chercher une station-radio qui raconte. Mais c’est déjà l’heure des blablas d’info, des fausses fables documentaires, pas la moindre histoire à se mettre dans les oreilles du cerveau, pas une bouchée de gras-récit, pas une goutte de narreme : le pur manque. Sur le volant, la main tremble. Pour passer les vitesses (pas celles du récit, hélas !), le poignet frissonne. La jambe de l’accélérateur tend à la convulsion.

Et , donc, interroge COCO19, la station Total, chemin de Damas ?

Et, donc, répond Ydit : « C’est là, au péage de Saint Arnoult, que j’ai eu le sursaut de révolte, pris la décision de retrouver ma liberté, peut-être même ce qu’on nomme dignité. « 

C’est là que – déjà trop en retard pour le théâtre du soir, et j’arriverai pour l’acte II, là que j ‘ai dit ( pour la première fois) : MAINTENANT, J’ARRETE.

MAINTENANT
J’ARRÊTE.
FINIE la DICTE, l’ADDICTION.
PROMIS

On s’en doute : COCO19 partit alors d’un immense rire, et FRED pleura ( ou fit semblant)

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG , Saison 3, Épisode 9 « Un deuxième petit vers de Chablis, et puis j’arrête« . Ensuite, ça ne s’arrête pas, mais ça commence à se soigner : deux passages chez ces autres toxicos, les AA- et pas de quoi rire!

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YDIT-TROIS / Saison 3-Episode 8 : Un petit vers de Chablis, ça peut pas faire de mal?

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite route sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit.
LA SUITE

Attendant la dépanneuse, sur la place de Narcy, tout ce que j’avais pu trouver en réserve, dans la mémoire qu’affaiblissent le temps et les superpositions de métiers, c’étaient un ou deux incipit célèbres, pour toujours inimitables, et un trop petit nombre de vers, comme sans goût, à force d’avoir été noyés dans la répétition. J’attendais, les souvenirs venaient sans effort.

Incipit :

« Lorsque l’Enquêteur sortit de la gare, il fut accueilli par une pluie fine mêlées de neige fondue ». Ou ceci : « Courir le matin sur le Môle de Barranco, quand l’humidité de la nuit imprègne encore l’atmosphère, rend les trottoirs glissants et luisants, est une bonne manière de commencer la journée » (trad : Albert Bensoussan)

FRED – qu’on ne connait pas encore beaucoup, mais patience, on a verra bien assez tôt, l’irrévocable FRED – sur le ton de la tendresse relevé d’une pointe de lassitude (déjà ?) – demande si, en cette période connue pour ses dangers, dans les débuts de récit, de série, d’ici c’est Sissi, se demande « si le narrateur a bien raison d’assommer le chaland par des incipit – « pardon, je corrige » (corrige-t-elle), « des incipeunt », surtout que le procédé semble un peu facile : commencer par les débuts des autres, une sorte de fausse mise en abyme…« 

Un point certain : lancé sur cette trajectoire, le récit ( quand il commencera par autre chose que les commencements déjà usés, mais commencer un récit est producteur de l’angoisse de ne plus finir), le récit ça ne sera pas la chronique du quotidien vue par « La Maine Libre » ou « L’Yonne Républicaine » ( départ du commandant des pompiers, journées portes ouvertes à l’EPAD, voyage à Paris des lycéennes de « Institution Sainte Jeanne d’Arc » cuisinière à vendre et grange à rénover). Rien ne prouve que ce sera mieux, par ailleurs : des fragments d’une mémoire entre 2 et 72 ans ? De quoi s’effrayer, oui.

Dans ce qui remontait de la mémoire, encore incipit, d’ailleurs :

Qui peut, en cet instant où Dieu peut-être échoue,
Deviner
Si c’est du côté sombre ou joyeux que la roue
Va tourner ?

De quoi dans les siècles croire aux légendes, n’est-ce-pas Tonton H ? Aux apparitions et contemplations ?

« Sinon, quels autres brimborions déclassés, dans ce « Garage Sail » approximatif ? ». L’interpellation vient, cette fois, de l’autre comparse principal de la nouvelle série, le très invasif et international COCO19. Ne pas compter sur lui pour la bienveillance ou la bien vaillance. D’ailleurs, en songeant à ce récit borné par  » à 75 j’arrête », en marchant seul avec un crayon, YDIT s’interroge : faut-il conserver de faux personnage, cette danse macabre délitée sur un mur d’église rurale? On verra. Vous verrez? Si vous êtes encore là ?

Brimborion ? Tel un savant agité parcourant les bulles de Tintin, « Brimborion, moi, Brimborion? » le narrateur (ou qui semble tenter de l’être), lancerait volontiers au visage du vent (glacial : il attend la dépanneuse sur la place de l’église-mairie à Narcy, on vous rappelle !) quelques vers (sans doute excessifs) décrivant la situation :

Un calme effrayant marquera ce jour
Et l’ombre des réverbères et des avertisseurs d’incendie fatiguera la lumière
Tout se taira les plus silencieux les plus bavards
Enfin mourront les nourrissons braillards

Excessifs, car on n’en était tout de même pas déjà si loin dans l’expérience de la finitude, du grand Non-Retour, contrairement à ce poète mort dans un camp de guerre.

Ydit raconte qu’il avait un peu été alerté, la veille, juste avant de garer la vieille Peugeot près de la maison de Nadia Dannet. Mais la nuit de Morvan était pleine. Des sapins juste découpés, très décorés, précédaient chacune des maisons du village. De vagues odeurs de bois brûlé, de vin chaud, de boudin grillé surpassaient la senteur un peu aigre-douce de l’épais brouillard. On avait envie du potage de potimaron et de la salade farcie achetés en ville -une erreur la salade, car la maison ne parvenait pas à chauffer au-dedans de ses verrières .

Place de Darcy, mairie-église, pourquoi ici, qui n’est pas tout à fait le plus invraisemblable des centres du monde ?

En quittant le village, le matin, vers Paris, le désir avait été de visiter sur la route le célèbre village médiéval, à mi-chemin de l’autoroute. Très vite, les intermittences du moteur contrariaient le projet: en côte, sur la route sinueuse où le brouillard coagulé cachait le prochain virage, la voiture s’arrêtait, comme exténuée. On aurait le récit de vie jamais commencé d’un vieil homme hésitant à finir de se narrer. On aurait dit l’une des AAA d’un épisode, voisin. Anxiété, surtout, de n’être pas vu, derrière le virage et le brouillard, par l’un de ces poids lourds quittant l’autoroute. Après environ 300 posts, se faire effacer par un 22 tonnes posté en bas de côte, c’est regrettable, non ? Un peu comme un Ancien que le temps pousse vers l’oubli de soi.

COCO19 se gausse : craintitude de parisienne attitude, et il ne s’est rien passé : la preuve, la narrateur narre.

Par soubresauts successifs, quinze ou vingt mètres, sollicitant la voiture comme un méhari d’antan son chameau blessé… ( on s’interroge dès qu’on touche la première case d’un clavier : d’où viennent les images ? Des vers, en répons

« La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots de mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter »,

…l’Ydit rejoint la place d’un village classiquement respectueux des normes : église, mairie, troquet, parking, tout cela fermé – sauf le parking. L’impraticable brouillard du Morvan continue d’épaissir les paysage : on peut à peine traverser la rue, et encore moins la vie devant soi.

Jointe au téléphone, la dame bavarde et méridionale (on l’envie !) de l’assurance garantit le dépannage, mais il est (nous sommes ) entre midi et 14 heures, vraie France : pause.

L’arpenteur, c’est une autre histoire. Mais Ydit parcourt en tous sens les rues en général délabrées de ce village sympathique quoique désert. Plus un commerce. Pas un petit pain. Ou un boudin. Un saint Frusquin. Un moins que rien. Pas l’ombre d’un destin. Encore moins d’un festin.

« La bise se rue à travers
Les buissons tout noirs et tout verts,
Glaçant la neige éparpillée,
Dans la campagne ensoleillée ».

Sauf que le soleil sans doute est resté dans la plume du poète, à Londres ou Bruxelles, ou chez Mathilde abandonnée, ou dans un Pub où l’on s’engueule une fois encore avec cette sale mais superbe petite gouape d’Arthur?

FRED s’amuse – ou fait mine : un prix (une dispense d’abonnement à YDIT-BLOG ?) pour qui peut nommer les auteurs cités, en repérant les indices? Au fait, pour le troisième, pas d’indice? Serait-ce qu’il s’agissait d’un poème pour soirée de Gala ? La trace d’un Grain d’Elle ?

Soixante quatorze minutes après l’appel au secours de l’ assureur, survenait le dépanneur. C’est bien soixante quatorze minutes, plus long que « Bonjour Tristesse », plus court que « Autant en emporte le vent », deux ouvrages très adaptés à une panne en Morvan.

En cette étape de l’attente, déjà, la mémoire d’YDIt avait épuisé les réserves, déjà plus qu’asséchées par 180 Séquences Publiques d’Oubli, n’oubliez pas cela. Depuis le temps qu’on joue ici avec la mémoire, elle s’agace, se dispense, se disperse, tierce et dix de der. Peut-être, en fouillant comme un paysan pour la dernière pomme de terre, une ressource ultime, genre premières phrases de « A la recherche du temps perdu » commentées par Tadié, de « Le voyage au bout de la nuit », interprétées par Lucchini, un sauvetage comme par les balises Rouge et Vert pour les baladeurs perdus ?

Dans la cabine du remorqueur – « Mettez bien le masque« – on bavarde, « Ah oui, le village de Nadia Dannet, où vous séjournez parfois dans la grande maison et le salon cathédral glacial, je connais, je remorque un peu partout, mon pote Grémillon m’inspire, et moi souvent j’y chasse avec les amis. » Le dialogue s’embourbe un peu, mais – dépannage oblige – on trouve un accord, ah oui, des cons très cons y en a chez les chasseurs comme chez les randonneurs. On a tous ses lâchetés, quand il faut se faire dépanner

À la concession Peugeot, zone d’activités, Chablis, c’est fermé. Cependant le patron est là : « Moi faut bien que j’assure quand les gars sont en pause, bon, ils font le diagnostic dès qu’ils se donnent la peine de revenir, et si on a la pièce, on répare« .

Sinon ? Sinon : Rapatriement ? « Je suis Peugeot, moi, et ni la MAIF ni Sainte Rita. » Méprisant la plaque : « Vous êtes pas du coin… Vous venez souvent par ici ? Vous habitez chez vos parents ? Vous avez un garant ? Un Varan ? Un variant?« 

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG , Saison 3, Episode 9 : « Un petit vers de Chablis, ça peut pas faire de mal ? » …Toutes questions auxquelles nul ne sait si on peut répondre !

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YDIT-TROIS, Saison 3 Episode 7 : Docteur SIMOMEAU et la patine, ça piétine.

Rappel – pour les mémoires récentes : après deux Séries longues, YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Pour une courte série – « A 75 j’arrête » prétend-il. Mais entre temps, il consulte, c’est ainsi qu’on avance, dit-on.

Quinze jours plus tard, encore chez SIMOMEAU, dans son petit cabinet de médecin genre XIXème branché XXème- et mots enchainés comme les pilules vertes puis roses du combat toujours inutile mais nécessaire contre l’anxiété de la maladie ( qui vous fait plus malade que la maladie). Y a juste à se déguiser en YDIT, pour passer le temps.

En attendant, YDIT avait consacré deux ou trois soirées ( toujours longues, le sommeil est un dur à cuire) à consommer de la ligne, non pas en poudre, sniffée sur un miroir qui revient ( on voit ça dans les films pour ados ou animations EPAD ) mais en affaiblissant ce qu’il subsiste de ses yeux sur les lignes bleues (non pas des Vosges) des écrans , séquence Internet, tribu Google, et pour varier le paysage : Safari. Ca donne ce qu’on cherche, pas grand chose, mais comme chaque fois dans un cabinet médical, toujours ça de pris contre.

MENU :

ENTREE : depuis longtemps déjà

Plat du jour : ADDICTION

Dessert : comment s’en débarrasser?

Boisson : vite, maintenant.

C’est la formule à pas cher, sans service.

SIMOMEAU, sa formule, jusque là, c’est « Comment, toujours rien de de grave ? A peine un peu de givre sur les branches, un zeste de rouille sur la cornée, une poudre légère d’éreintement le matin ?« .
SIMONEAU n’aime pas qu’on le consulte s’il n’a pas une ligne de Vidal, au moins, à vous livrer en partant, roulée comme un message secret le soir des fiançailles, comme une lettre de bouteille sans mère, comme une surprise autour de la gaufrette à la cantine.

On sent que si -maintenant- il n’y a pas du lourd, du fort, du 90° pour désoiffer le Doc. , fini l’ordonnance Doliprane : punition.

De nouveau, il fait mine de regarder mon dossier – la plus sèche et impartiale description des étapes de mon corps et de sa fin prévisible – » Mais y a rien à faire sauf à attendre, » c’est sa réplique préférée – il écoute le cœur- « C’est toujours aussi long entre deux battements, chez vous, on s’habitue à lire Quignard ou Le Clézio en attendant, et donc ? « 

Pour une fois, Ydit raconte les histoires dans l’ordre et entièrement, ce qui en surprendrait beaucoup, son récit étant parfois elliptique à l’excès, mais ici est un espace de secret médical : plus la peine de cacher la continuité des ruptures. Dans le récit, on parle de toc et de faille. Ici, on parle d’estoc et de taille.

Le mot : ADDICTION.

Il comprend, il soigne des nonagénaires suppliant le cachet bleu de la puissance, des gendarmes requérant le sirop de la grosse voix, des institutrices en robe grise suppliant qu’on les aide à sortir de la photo, même en Suisse.

YDIT explique, raconte, décrit .

C’est surtout le soir.

Il faudrait sans doute dormir.

Mais le sommeil est déjà mort, ou c’est une denrée rare.

ET donc l’addiction.

SIMOMEAU comprend. Rien dans le VIDAL ou le ROBERT là-dessus.

Il se demande : « Puisque c’est le soir, si vous sortiez marcher, une ville c’est apaisant le soir ? Respirer à pleine gorge derrière le masque, écouter à pleines oreilles, rues vides, pass sanitaire en poche, et regarder( de loin) les jeunes qui boivent des bocks à six euros sous les chauffages électriques des terrasses tout en se roulant par terre pour sauver la planète, ça ne vous réjouit pas ?  »

YDIT fait le moue : rien de mieux? Une donnée certaine, calme SIMOMEAU , on n’a pas inventé la pilule anti-addicta. Sinon, y aurait autant de vedettes que de médecins au chômage, le monde serait triste. Et puis ( mais YDIT le soupçonne d’une forme cultivée d’anarcho-doux, tendance Louis-Ferdinand moins la haine et l’éructation, mais au fait que reste-t-il alors, bref), aurait-on pilule, qui donc ensuite remplirait les Assemblées, les corbeilles de Traders, les cellules des monastères? Sans même parler des marcheurs de l’écriture, dont vous, YDIT, ici-présent?

Doc, on piétine. L’embrayage patine. L’espérance satine. La santé se ratatine.

Pour la première fois depuis tout ce temps, SIMOMEAU paraît désemparé : silencieux. On ne lui espérait pas cette peine. Mais non, VIDAL, MICHELIN, Guide du Citoyen parfait, Annuaire des Etapes spirituelles, recueil des demeures d’artistes maudits, rien : pas de littérature scientifique pour ce trop de littérature. Pour un peu, le Doc. suggèrerait le retrait, l’art vivant, l’oubli de soi.

Ydit ne peut que mimer la répétition du symptôme : dans les cas les plus extrêmes, et pas si rares, on lit/écrit jusqu’à davantage encore que plus soif, jusqu’à la nausée, le cauchemar, l’errance nocturne dans les mémoires les plus lointaines pour essayer de pêcher un présent plus endormi, pour dépasser le malaise, la douleur, le manque. Se rendre malade d’excès au bout de la nuit, sans voyage intérieur, pour aller au terme du récit infini de la veille.

Un peu à bout de force, le doc. questionne – la demande porte son profond désarroi –si on ne voudrait pas une petite prescription de Stilnox, trois- même six mois -le soir et Xanax le matin? Une cure épuisante Valse-des-Mains ( Bains, vapeurs, massage, pot-au-feu 1/2 Vichy) SIMOMEAU, on le découvre soudain qui ne resterait pas insensible

à une kinési, une cuisinière,-mais il ne s’agit que de cure ou d’objet…

Il s’assied à son bureau, ferme le dossier, arrache la prise du Mac, enferme le tensiomètre à double tour. D’un coude vague mais vigoureux, renverse une part des boites de drogues laissées en pile et au pire par les représentants de la Haute Science, se maîtrise, « Allez on va se quitter bons amis, après tout ce temps – un peu comme les héritiers sortant de chez le notaire, chèque de 250 à l’ordre du fisc pour solder les retards et dettes de Papy, rien d’autre, pas une solution à votre présent, vous espériez quoi ?..« 

Puis, comme je pose la main (enduite de gel) sur la porte, d’un verbe lent et las de sénateur cherchant Brutus pour qu’on en finisse, quelquefois ça, ça a (*)trop duré : « Peut-être? Mais je dis ça pour plaisanter- peut-être les AAA ? Dans votre cas, on sait jamais ?

Après tout, c’est pas pire que la cure. Mais c’est comme l’Armée du salut ou le Bloc Populaire, faut y croire pour le voir.« 

________________________________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS, Saison 3 Episode 7 : Docteur SIMOMEAU et la patine, ça piétine.

(*)ca, ça a : naguère une telle salve, hiatus et compagnie, on aurait supprimé. Mais on s’allège, Ydit l’a dit, toc !


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YDIT-BLOG saison 3 – Episode 6 : Des bouts debout à Florence, et sans assise à Pise.

Rappel – pour les mémoires récentes : après deux Séries longues, YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Pour une courte série – « A 75 j’arrête » prétend-il. Entre deux consultations- une interminable succession commence (on devra bien la finir?), comme d’usage, les récits reviennent sur la vague de la mémoire

Dans le cabinet du docteur Simomeau, le cœur bat lentement- si lentement qu’on pourrait lire « Les vagues » en attendant le deuxième battement de la marée.

« Revenez », avait dit le médecin, alors qu’Ydit le quittait, « et tentez au moins de retrouver les moments où vous avez compris qu’un vrai problème commençait à se poser ». Il paraît que savoir c’est comprendre, et comprendre c’est agir.

FRED – l’irremplaçable- s’agace un peu : « Etrange monde, dit- elle, où l’on vous demande sans cesse de raconter du passé, quand vous attendez seulement qu’on vous parle de la suite : que va-t-il se passer d’autre que ce passé? « 

YDIT, sans répondre, car il atteint cet âge où répondre à tout ne sert plus à rien, se raconte :

« Nous revenions de Florence, comme on revient de province, après la Toscane chaque fois nourricière et pacifiante. C’était l’hiver, environ midi, l’aéroport. Sans miséricorde (malgré la saison) le brouillard infini s’opposait à tout décollage. Arrivés tôt on attendait, patients, pris dans ce curieux piège à temps des aéroports. « 

YDIT : « L’après-midi passait, en même temps que les hôtesses, moins vite et moins bien. Le tableau « Départs » fascinait autant qu’un feu de bois dans l’horizon du trappeur : nécessaire, mais sans cesse changeant. A force, au bout des yeux, le soir vint. Reste à partir, dit la voix, mais à pied. On nous déprogramma, on nous autoabusa, on nous hôtel d’accueillit, zone hangars.

Autour, rien, sauf le brouillard qui persévérait dans l’opaque. Pas la moindre sortie possible.

Les voyageurs, d’abord goguenards, s’irritaient. Le buffet dinatoire d’urgence dressé dans le hall, en cette période festive, parût pure provocation de La Compagnie des Airs.

Au matin, rendez-vous tôt, café d’hier. On prétendit nous conduire à la frontière, autrement dit l’aéroport. Mais Florence, avec l’obstination d’une courtisane fatiguée, refusait de se lever sous son brouillard. On nous déprogramma, on nous autoabusa, on nous détourna vers Pisa, aéroport d’accueil, zone transfert, d’ici on partirait, disait-on. Dans le car trop froid, derrière les vitres, on ne voyait pas la route. Et encore moins la fin de l’attente.

Sur les sièges, dans les travées, une impatience furieuse s’installa. Dans l’espace bondé de l’aéroport, d’un siège à l’autre, la colère prenait son aise. La Compagnie des Airs allait payer, oh et puis ces enfants s’ils pouvaient enfin se taire, on n’a plus rien à boire ? Et ce vieux là-bas, qui passe temps à lire, pour qui se prend-il ? Lire, toujours lire, corps immobile derrière le voyage intérieur, c’est irritant d’absence, agaçant de distance.

Ecoutant d’une pointe distraite, COCO 19 surveillait lui aussi la frétillante famille de sa filiation – mutante sinon mutique. On voyait Gamma et Mu repoussés ventre à terre, tandis que Delta conservait pour l’heure sa position dominante sur le marché, non sans craindre l’outsider à la résistance type années folles et nuits blanches : Omicron. Et ainsi de suite. Sauf que, en cette fin d’année, à Pise – substitut de Florence, COCO19 n’existait pas encore ailleurs que dans les cauchemars. Cette année là on avait le brouillard.

On pensait que c’était le bout du monde, de la piste, de l’année. On ne savait pas encore.

« L’année Terrible? Eh bien non, pas celle-là » murmure VHI, père HUGO, perdu dans l’univers de ses propres lettres.

A midi- vingt quatre heures de retard déjà- on s’embrumait et s’embrouillait, le tableau affichait un horaire et, faute de soleil, le vol disparaissait avant de s’envoler.

Des voyageurs de Nouvel An brisaient l’écume de leur rage contre les vitrines vides des boutiques à sandwiches, aussitôt ravagées dès que livrées par des pourvoyeurs hagards masqués en POM POM GIRL Compagnie des Airs, serveuses bouleversées jusqu’au fond de leur shako de ne plus savoir lever la jambe ni sourire au vent. Même les chocolats COCOH1N1 vendus à la sauvette en Free Tax n’apaisaient plus les faims ravageuses.

La Compagnie des Airs ( louche) distribuait des croutons mous, de l’eau en plastique dégradé, provoquait ainsi des ressauts de fureur.

Des familles entières, vers 15 heures, parcouraient en diagonale du fou l’espace réduit de Pisa Aéroporte. On pouvait en venir aux mains, mais aucun vol ne prenait son envol : impossible, même de prendre d’assaut le Pisa-Berlin déjà très fréquenté entre 42 et 44.

Surtout, chaque visage, chaque geste, chaque pas racontait ce qu’il peut arriver de pire : l’ennui. Pire qu’un dimanche après-midi l’hiver à Châteauroux quand on est seul et privé de compagnie et d’électricité pour la tablette.

Tout devenait davantage que souci : malheur. Inutile de se couvrir la tête de cendres, on n’avait déjà plus de cheveux. On se regardait, on se parlait, on se tenait la main un peu comme si l’on participait à l’enterrement de l’aïeule.

FRED – l’impatiente – voudrait connaître le lien de Florence et du docteur Simomeau?

YDIT : C’est là, dans l’aéroport de Pisa, que j’ai compris l’ ADDICTION. Pendant tout ce temps, à la souffrance des autres, à la question « Comment donc faites-vous pour assassiner toutes ces heures », je sortais le volume, offrais une dose de ( par exemple) « L’homme qui aimait les chiens « ou » Les détectives sauvages  » ou « A la découverte du ciel », ou « Les Bienveillantes »? Après un silence : je consomme beaucoup, mais discrètement, parfois même en secret, vous savez, c’est comme les ampoules de Mishima ou de Steinbeck- un peu hors d’âge – je les cache dans les coutures de boxer-short, mon préféré, le rouge couleur La Vermillon.
Oui, l’ADDICT ça l’est. Du coup l’ADDICT ou Comment s’en débarrasser. Tout s’explique ( même si on dirait que Père Hugo peine à suivre).

YDIT raconte encore : parfois, même, il pétrissait des boules d’amande où l’on glissait de la poudre de Virginia Woolf, des grains de James Joyce, un zeste d’Ezra Pound, mais on risquait vite l’overdose, surtout avec les produits d’import, achetés subrepticement au rayon exotique des bonnes boutiques.

YDIT raconte encore ceci que parfois, surtout l’été, il allait jusqu’à cuire dans des chaudrons secrets des confitures jamais trop sucrées à base de Michaux ou d’Artaud que pimentaient à l’excès une pincée de concentré au Barthes ou au Foucault. Rien de très neuf ou originel, mais avec tout ça, votre départ pour l’Infini était garanti.

FRED l’irrécusable ne dit rien.

YDIT rappelle que, pourtant, c’est du classique – tout ADDICT en fait son brouet quotidien. Certains sont obligés, faute de moyens, de se limiter à des lignes pas chères, du Sartre perdu sur de pseudos chemins de la liberté ou du Malraux bredouillant son espoir…

A Pisa, il ne voyait rien, supportait tout. Les voyageurs se transformaient en squelettes. Lui, à l’inverse de tout le monde, quarante-huit heures durant, deux pleins jour d’attente lourde dans deux aéroports : sauvé des os. Ydit, lui, avait ses drogues en format-poche, ses bonheurs en 10/18, sa poudre en Collection Blanche, et les petits copains variants de COCO19, Gamma ou Mu très vite battus, ou Delta encore dominant, ça lui glissait sur l’épiderme comme une patineuse à peine artistique tôt cassée par sa rencontre inopinée avec une crosse de Hoquet dégouté par la facilité de la proie, genre lycéenne du Montana consommant sa boule de Williams Burrough.

Vers 19 heures, la nuit venue, le brouillard se leva : vol Florence-Paris Charles-de-Gaulle, depuis Pise vers Orly, on embarque. Après tout ce temps, trente six heures sur les bois de Pise, même une pirogue pour les quais de seine aurait été envahie en deux minutes. L’équipage dépenaillé gagnait le bord sous les vivats de touristes prêts à payer un nouveau billet pour se laver de l’attente. Leurs shakos repassés, la jupe re plissée, les doigts repeints à la couleur de La Compagnie des Airs, quatre hôtesses un peu fantomisées attisaient d’un geste les endormis du banc.
On fit les comptes, dans la carlingue enfin libérée. Manquait un passager. On recompta. Nul doute. Taux de perte élevé, surtout dans la prison de Pisa aéroporto.
YDIT, c’était lui, on le devinait, fut retrouvé, peu après, dans la salle de prière œcuménique où, dépouillant les doublures de la veste Harris Tweed, il consommait en secret sa dose de Modiano – pratique pour la poche.

A trois, elles durent l’arracher, le convaincre, le séduire en promettant une goulée de William Boyd seul choix à bord, mais…

Enfin, il trouva la force de quitter les lieux saints, sachant que rarement, peut-être jamais, il ne retrouverait des heures si belles pour s’abandonner à l’ADDICT, à la douce quiétude distanciée de ses doses, sous le regard de tous, et sans l’accusation de personne.
YDIT : c’est là que j’ai compris l’ADDICTION : le bonheur de jouer à être là en existant ailleurs. Mais c’est aussi là que j’ai appris la radicale fin de ma liberté intérieure .

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Didier JOUAULT pour Ydit-Blog , saison 3 Episode 6 : Des bouts debout à Florence

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Ydit-Blog, saison 3, Episode 5 : six volumes de Rouge bien rouge.

Rappel – pour les mémoires récentes : après deux Séries longues, YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Pour une courte série – « A 75 j’arrête » prétend-il. Mais comment faire court avec le Docteur Simmoneau?

Ydit a pris rendez-vous , avec le bon docteur. Depuis toujours, YDIT fait comme on dit. Cette fois, il continue à préparer ce qu’il va dire. Toute entrevue est une examen, de conscience, de confiance.

Etat de manque? Le besoin affleure sa vase ? L’envie tenaille au fer rouge ? Ydit : « Juste un petit coup, un short, un shoot » ( avec de l’O dans son vain), pour une consommation rapide, clandestine ou presque, légère, sur les rayonnages des meubles où sont rangés les volumes, un petit produit on dirait masqué lui aussi, on ne sait pas ce qu’il y a derrière juste on attrape d’une main sévère et soucieuse ( pas déjà tremblante) le volume réduit, celui à 2 euros, docile à glisser dans la poche arrière du short, avec l’opaque discrétion d’un qui aurait volé sur l’étalage, mais c’est plus de son âge, mince volume à deux balles mais plusieurs instants de plaisir, on ouvre, on hume, on lit. Evidemment, désormais on peut même trouver tous les produits à se faire livrer, un clic ça cloque, un tic ça toque.

Tout ça ne va pas très loin, le choc chic du shoot short, cher de la page, mais c’est pratique, parfois goûteux, insuffisant souvent, discret toujours : ça sert comme ça coûte.

Ydit prépare, donc se souvient encore :

Bien sûr, les jours tranquilles, les soirs sereins, le plus courant ce sont les formats du quotidien, ceux qu’on trouve en montre dans toutes les bonnes vitrines, en caisses d’étalage à la saison du Livre nouveau, dégustation et signature, et jusqu’aux étals banals de chez Attal ou Fatal, les hyper-marchés d’outre-ville : on peut y voir les « foires au livre » à la période des chasses, des rentrées sans classe. Le poissonnier au rayon frais mer, écaille; le boucher, au rayon fais terre, détaille; le conseiller volumes, au rayon air, déraille. Déguisées en liseuses farouches, d’âpres jeunes femmes maquillées au bandeau-annonce (généralement rouge), surgissent depuis le rayon hygiène ou chaussettes hommes pour vous suggérer un achat, au moins deux ou trois conseils.

« Rassurez vous, Msieur Ydit, dit la conseillère à Didi, on ne va pas vous laisser tout abandonné près de tous ces volumes, comme un pêcheur sans marée, un Vatel sans son ciguë, y a tant de bonnes maisons et d’appellations décoincées, si vous retournez le truc, là, comme ça ( elle tient le volume et le main d’ydit dans une même souple et convaincante approche) vous lisez l’origine, si c’est une production bio, ou hagio ( on les forme surtout au préfixe), tout ça, et ce que vend d’habitude ce producteur. » Affichant un sourire de noël, la conseillère se demande : « Vous avez plutôt l’habitude d’un gros récit avec plein de crème ou d’une petite passade vaguement amère? Un monument de goût en version Allégée 10% ? Une œuvrette à lire en rencontre discrète? Une série infinie à temps perdu, à temps trouvé à fonds perdus? « (YDIT pense alors aux courts de la course, ça dissipe l’attention vers d’autres volumes, de transaction). Selon la verbeuse vendeuse de verbe et de rêves, « On va trouver, nos distributeurs sont imbattables, ils pourraient même vous dénicher un roman où l’on vous offre trois ou quatre traductions possibles d’un même passage de Virginia Woolf, si ça existe, ils le trouvent« .

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Le format plus courant semble raisonnable, sauf si on se tape tout d’un coup, comme un goulu, un ventru, un excessif, un accro donc : enchaînant les volumes lichés l’un après l’autre, genre des Hommes de bonne veloutée, qui ont la peau de même, quoiqu’habitué aux longueurs le danger s’accroît dès le troisième volume, la longueur devient langueur et même si le café lui aussi est allongé, rien ne va plus très rond dans le circuit de la conscience. Ainsi, je me souviens ( observation terrible : plus personne devant Ydit, depuis Georges, ne peut dire « Je me souviens » sans que cela semble une référence, une révérence, une déférence- une obsolescence aussi, le tout privé de « mode d’emploi »), elle se souvient dit-elle des superbes et interminables soirées ( terminées cependant avec l’aube célèbre aux doigts de rose) dans l’immense grenier très bourgeoisement réaménagé de la Touraine, en famille se consommaient les volumes, chacun son choix, sur les canapés les sofas, de la Blanche pour l’une, la Noire pour l’autre, l’arc en ciel pour la plus jeune, les volumes s’enquillaient ( le père consommait vite, bon marché, à moitié de travers) entre temps on parlait, et la vie passait devant soi sans se faire remarquer.


« Ceci étant, ajoute t-elle à voir qu’YDIT hésite devant une saveur sans doute trop épaisse sous la langue, trop de tanin teintant les tons ténus du produit, elle pense que, oui – on commençait par ça tout à l’heure, un petit à 2 euros, ça se love dans la poche, ça pèse pas dans la main, trop léger pour passer de main en main, parce que sinon en effet ça revient vite cher, la conso en ces temps de prolifération productrice, on a beau se montrer solidaire (et même solitaire) afin de résorber l’excédent français de la production ( des stocks attendent sous le rocher), « 

faut de la thune et de l’espèce d’espace pour écluser tout ça, spécialement les volumes des grandes années, les collector, les goûteux qu’on hésite à finir, comme on hésite à partir en week-end avec Saint -Joseph.

Ydit se souvient encore : La jeune femme, qui se lasse, sait bien que, comme pour toute addict, la question du coût s’impose parfois à la question du goût. Elle se souvient non pas d’un thé au Sahara ( elle voyage peu) mais d’une cliente à présent disparue. Avant la claustration ( ainsi nomme-t_elle les confinements, par goût pour les appellations d’origine, enfermement, internement, isolement, réclusion), bref « Une jeune femme d’à peine plus de trente ans, elle venait ici acheter par cher et beaucoup dans les petits formats de rouge, du 120 pages vite fait vite vu, léger pas nocif, de l’Irène Frain allégé, du Préfontaine (Yves) raccourci, son mari ne voyait rien, elle supportait parfaitement le choc, seulement de plus en plus absente et perdue d’heure en heure, mais cela ne le gênait pas, les hommes ça ne les ennuie pas quand on existe moins, elle gagnait un peu d’argent par des petits boulots faits en secret dans le quartier : lire une quatrième de couv. à une grand mère quasi aveugle, déchiffrer la critique du Parisien pour le pharmacien originaire d’Yvetot… Puis voila ( continue la conseillère narratrice un jour, toujours) le temps de l’obstruction, le confinement, pour elle une violente épreuve, plus de courses discrètes possibles, elle se faisait livrer des caisses de six volumes de rouge bien rouge, épais et nauséeux comme un jus de betteraves, le moins cher de toute la boutique, mais rien à faire, même comme ça, elle manquait, ça manquait, sans parler de la honte devant le livreur haletant son effarement, au bout du compte le mari s’est aperçu de l’addict, s’est ennuyé, fâché, bouleversé, alarmé. Dès la fin de la peste COVID , elle a commencé à voir un psy-pour tenter de répondre à la question, votre question : comment s’en débarrasser?« 

Bah, tout à fait ça, justement, respire Ydit : De cela comment se débarrasser ?

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Didier JOUAULT, pour Ydit-Blog saison 3, Episode 5 : Six volumes de Rouge bien rouge, à suivre – plutôt sans modération !

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YDIT-BLOG, saison 3, Episode 4 : Les Bijoux indiscrets à partir de 18 heures?

Rappel – pour les mémoires récentes : après deux Séries longues, YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Pour une courte série – « A 75 j’arrête » prétend-il.

AILLEURS, mais comme tout à côté, la brutalité indicible mais voyante de la guerre s’impose dans un mélange d’images trop crues et truquées, un nuage de mots douloureusement privés de leur sens, « nazi », « génocide ».

A la question si le Ydit va interrompre le trajet narratif en cours ( des posts faits et programmés, à cette date, jusqu’à mi avril), question que pose Hugo ( si légitime car il sut jadis choisir le silence), Fred répond en citant( une fois encore ! ), J.-L. BORGES :  » J’écris…pour adoucir le cours du temps. »

Donc…

Entre deux rendez-vous chez le bon docteur Saumoneau ( on dirait que le nom change à chaque fois, différent et pourtant le même), à la recherche des sources d’un certain malaise, YDIT raconte, plutôt explore : cent fois ce geste, cent fois ce mouvement de la main, cette pulsion provenue du bout des neurones, là où sont gravés depuis la première fois les circuits imprimés du plaisir, le geste qu’il serait facile de contraindre, d’interrompre, avant qu’il soit trop tard, mais pour quoi faire ? Et surtout pour quoi faire d’autre ? D’ailleurs se poser la question atteste qu’il est sans doute déjà trop tard ? L’empreinte est posée, la plaque a été bousillée par l’éclair du flash, la mémoire burinée par les premières fois : on n’efface pas les veines du marbre, sauf à détruire la pierre. A quoi bon l’effort qui n’efface que par la disparition du sujet?

Certains passent devant une pâtisserie à Pithiviers, un marchand de marrons-vanille à Viviers, un charcutier spécial boudin à Mortagne, hop, ils entrent, la main déjà dans la poche pour sortir la carte, ensuite- peu importe le prix- une Eclair à pleine bouche, deux marrons enrobés à croquer joliment, ça y va, plus la peine de simuler l’attente, le délicat et très bourgeois plaisir du désir qui diffère.

Rien de tel, ici : la voracité joyeuse du populaire un jour de fiesta, dans la rue ça s’ouvre de la couverture, ça se consomme des yeux, ça s’éparpille en feuilletant, ça fait si chaud, d’un coup, si chaud si doux que le langage s’emballe, la cervelle se cent dix mètres haies, gnou, gnou, gnose, gosier. Juste rien qu’une petite bouffée de l’Art maniaque, et l’on commence à sentir que le plaisir remplace le besoin. Babel, en cours d’affaissement derrière la vitrine ( affichette : »masque décommandé »), on n’observe même pas la coulée de bonheur dans la main du liseur.

COCO19, ricanant sur son génome planté, bien qu’ayant perdu sa verve devant la concurrence implacable d’un Russe à l’univers dévoilé : « Père Ydit, c’est un beau sujet ; une fois que t’es cuit, tu redeviens jamais cru. Pas la peine de rêver. »

YDIT : Le geste, la pulsion. Reste à trouver à tout prix et dans n’importe quelle boutique un livre à toucher, feuilleter, humer, ouvrir d’une paume large, commencer à déguster. Ensuite ça va mieux. C’est samedi, très tard à Mammers, Sarthe, rien d’ouvert sauf le café-tabac-Maison-de-la-Presse où puent d’un commun accord le vieux tabac, le mauvais café, l’odeur des saucisses frites de midi.

Bernard- on l’appelle Bébel -est déjà dans l’état joli que produisent les alcools recroquevillés sous une couette d’insomnie, quand on va s’endormir sur le tabouret du bar devant la télé. « -Café corrigé? »-Non, copie corrigée ! Bebél se lève à peine, montre le double rayon où s’affaissent des romans gais et vifs comme des lapins de clapier au matin de la terrine. A cette heure, tous les volumes se valent, et les appellations s’estompent.

-COCO 19 demande c’est qui les noms sur l’étiquette, au moins Delly? Guy des Cars?

YDIT, sans répondre : Au bar-tabac de Mammers, nuit grasse dehors, rien que Delphine et Marinette sirotant un Picon-bière sur du Formica, Ydit demande :  » Ya que ça ? » Bébel : « Pour autre chose, boutique lundi, car dimanche c’est fermé. Le mieux que j’ai c’est du Violet Tréfusis, mais c’est une occase, une Angliche l’a laissé pour payer son thé. Vous prenez quoi, au fait ? »

YDIT l’achète, s’en jette une page, s’y jette.

YDIT, Lui c’est les boutiques de livres, les petiotes pétoires de province dessinées en suaves labyrinthes où se perdent les invendus de Laval, comme les six-coups six étages où se prélassent en reliures dorées les vedettes trop vendues par Instagram. Il passe (dit YDIT), il entre, tant pis s’il n’a pas besoin en cet instant, tant pis si déjà des réserves d’avance sur des rayons, trente, quarante volumes achetés, pas encore ouverts, tant pis, juste les savoir-là, le bonheur simple et rude : se savoir-là, l’impulsion couvrant par avance le risque du manque, c’est aussi fort qu’une éruption de Vésuve, si on ne trouve pas le bon geste, la bonne ligne ( de fuite) ça finit sous les cendres.

Même en plein été, immense balade sur les chemins fréquentés de soleil et de solitude, cuisses enfermées dans les tenailles de la fatigue, diverses sueurs sur diverses peaux, rien à faire bientôt que la douche et le pain, revenir très vite à l’ombre de la maison louée, mais non : sur trois étages d’une belle maison de maître devenue librairie, livres, livres, petits formats et grand art « Parfum de glace » de YOKO ITO OGAWA », 7,77 euros ou « l’Art pariétal du pléistocène à travers les pétroglyphes de Zarzuel, 47 illustrations couleur », 145,99 euros, oui, je vais voir si je le prends, vous pouvez le descendre du rayon ? Pareil sur les étals découverts dans les foires en voyage.

Boutique, rayons, miel, ça pulse, ça impulse, ça implose, ça humecte le doigt, ça hume et ça fume, ça feuillette et ça guillerette, c’est comment l’Incipit ? Goût framboise avec des arrières-notes de boisé? Quant à la fin, la dernière lampée, on sent le cépage sur le sable de la colline? C’est ça tout bête et ça embête, la tête en fête qui s’entête. Et s’emmêle ? Et s’en fêle ? Parfois, l’urgence est telle qu’on entre par l’écoutille dans le paquebot de la FNAC – haut lieu des petites vendeuses souriant de toutes leurs lacunes – comme on aurait pu s’introduire jadis ( jamais osé ! ) dans une sex-shop du boulevard Hugo, avec un peu de toute honte bue quand même, trop à voir pour choisir.

Souvent le temps pressant mais pas tant pourtant, dimanche matin pas chagrin, café passé pas pressé, c’est la petite maison à l’usée vendeuse livrant ses commentaires comme on se livre à l’usure . « Celui-là, c’est léger comme un Prussien, mais pourtant j’ai entendu parler d’une Polonaise qui en prenait au petit déjeuner » (à Moulins, rue Traversine, ça peaufine et confine, la devanture porte l’enseigne  » Aux Trois Tontons, neufs et occasions »), » sinon – pour vous quand vous serez en plein manque- j’ai ces volumes à déboucher d’une ruelle en pleine lumière un soir de neige, des rossignols mutiques de chez les Compagnons d’Emmaüs, éreintante (vocabulaire de Gustave) diversité polymorphe provenue de polygraphes incontinents, ouvrages pour dames, ou même messieurs-dames, abandonnés par des passantes sans soucis aux mains compassées de brocanteurs pratiquant l’Art Royal dès l’aube et distribuant « Les Bijoux indiscrets » à partir de 18 heures. »

Mais, ajoute-t-elle, reprenant souffle : Tout est bon quand le besoin provient !
Façon de voir.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Saison 3 Episode 4 : Les Bijoux indiscrets à partir de 18 heures?

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YDIT-TROIS, Saison 3, Episode 3 / La diction du docteur SIMOMEAU.

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). On ne peut pas initier une série 3 sans un peu d’aide, Docteur !

Quand il avait aperçu YDIT cheminant avec peine au travers de l’esplanade, aux Invalides, Le Doyen avait conseillé un congé, du repos, un traitement, des soins, quoi que ce fût de nature à lutter contre la visible trop visible ADDICTION, avec le bras d’un éminent spécialiste comme béquille ( fin lettré, Le Doyen ne répugnait pas à la citation de formules célèbres, surtout les métaphores boiteuses ).

YDIT avait opté pour le spécialiste le plus aguerri : son médecin de compagnie, cabinet ouvert pas si souvent, tout petit appartement avec salle d’attente sur balcon. Docteur SIMOMEAU, dit Momo, mais ne pas confondre. Momo, son addiction, c’est l’attention à la tension. Aussi, une parole qui s’empresse, s’écoule vive, se presse. Parfois, sa diction pourrait conduire direct neuroleptique.

Depuis trente trois ans, et davantage, c’est un identique endroit dans le même quartier, mes neurones et mes leucocytes savent par cœur le chemin du cabinet. Ensemble, lui et moi, dans son tout petit bureau de consultation, (et il n’a même pas recours à une secrétaire qu’on aurait décrite jadis seyante, naguère efficace, et aujourd’hui rien du tout, chaque adjectif étant par avance coupable comme une onomatopée dans la messe en latin), ensemble, à deux, lui- râblé, petit et moi -sportif, placide-lui parlant vite, moi taiseux, nous avons vécu ce que vivent les visiteurs : grippes ( ça va passer, il n’y a rien à faire); début de tendinite (il n’y a qu’à attendre que ça finisse, et ne pas courir); début d’interrogation quant à un épaississement menu (il n’y a qu’à changer de menu, moi je me suis mis chaque soir à une soupe thaïlandaise Picard, rien d’autre, et chaque midi deux œufs durs, j’ai retrouvé mon poids d’internat en un petit mois); ou même de très rares épisodes sérieux, Tiens votre Bio exulte en leucocytes ou encore on dirait que votre cholestérol fait son drôle, mais deux semaines plus tard, revenu de toutes les alarmes, SIMOMEAU se flatte le Vidal d’un doigt d’ado bien nourri, il enchaine rapidement : Ce n’était rien, tous ces petits chiffres facilement agaçants ont repris leur place, d’ailleurs y’ avait qu’à attendre, ça finit par passer : on rejoint la moyenne dans la colonne des Moyens. Vous pourriez être malade comme cette personne dans la salle d’attente.

Un médecin qui depuis plus de trente ans répète : Y a pas grand chose à faire, de toute façon ça va finir par passer, c’est plus sérieux que Socrate ou Bouddha sur l’énoncé de l’évidence : si on attend, ça passe, jusqu’à la fin.

Désoeuvré par mon refus de symptômes, privé de grandes annonces et de longs combats, le docteur SIMOMEAU en revient à de satisfaisantes mais pas excitantes mesures : « La tension, c’est bon, le scanner abdomen ça va, les mesures prostate ou foie rien à dire, l’EEG n’en parlons pas, le colon ça roule, la rate ça se dilate, et le seul point sérieux serait votre cœur, comme toujours il bat très lentement, si lentement qu’on pourrait lire un paragraphe de Balzac entre deux battements, un jour ça peut ennuyer, un cœur qui bat si lentement, imaginez qu’on veuille passer au paragraphe suivant, évitons Proust« , ( il s’amuse, ça aurait été plus varié avec Hugo), c’est vrai qu’une parole lente pour ce docteur vif c’est improbable, « Mais bon, cette fois encore, je regrette, enfin non ce n’est pas ce que je veux dire » ( il fait ce bon mot depuis 15 ans), « enfin il n’y a rien à soigner, je vous mets un peu de Doliprane pour les courbatures du lendemain de semi-marathon? Un peu de Lexomil comme il y a cinq ans, un quart de comprimé par quinzaine, le dimanche soir ? » ( on, entend son ricanement attendri).

Docteur, vous oubliez les trois grammes de Valériane chinoise et l’infusion de Tilleul du Tibet pour mon accès impossible au sommeil du soir?

Ce qui étonne YDIT : aucun médecin, aucun scanner, aucune radio n’a mis à jour l’ ADDICTION repérée par Le Doyen, naguère. Mystère du visible dans l’incertain?

Mais en fait, nom d’un VIDAL, vous avez VRAIMENT quoi, s’indigne-t-il ?

Ydit : (soudain se parlant ) : C’est simple , tu es là, tu regardes un film sur l’ordi, ou tu prends un bain (pourquoi pas ?), tu achètes des flocons d’avoine chez Monop (il sont meilleurs),et hop, Monop ou pas, c’est la virulence de l’envie, tu as juste cela, cette envie de, d’un papier d’un crayon, de n’importe quoi, même un texto à toi -même envoyé ( sauf si tu conduis et pas de zone de repos), pas de file d’attente, pas d’idée attente, pas de ticket pour la queue, pas de billet, rien, tout de suite , tu dois, tout de suite, crayon, n’importe quoi , même le rouge à) lèvres de Fred dans le fond du sac, tu veux bien notre, Fred?, l’eyeliner Chanel à 12 balles, tu le prends, hop, pour écrire et le support n’importe quoi, un dos de PV ( 54 km , limite 50, sortie de village en Creuse) , le revers de la résa pour le théâtre, ou ( mieux) , le sachet papier du charcutier, tout est bon pour que s’installent la narration, le récit, la fiction …

Et l’autre face du délit, ce sont les volumes, j’aime les sentir, j’aime les anciens avec cette odeur de poussière noisette, j’aime les tout jeunes à peine sortis de pressoir, gouleyants et ronds, avec le goût de l’encre et de framboise sur le bout des doigts, j’aime les palper d’une paume moite, j’aime les ouvrir avec douceur, écarter les fissures de la narration, mettre en lumière les sournoiseries de la fiction, découvrir dans leurs pliures intimes les chaleurs et les éclairs du récit.. C’est grave, docteur, voyez !

L’énoncé du problème, YDIT le sait par coeur.

Le médecin grommelle, et c’est ainsi depuis vingt ans, peut-être trente, de sa diction de formule 1, il retrouve le nom de la molécule que je déguise en Valériane, se frotte les mains comme un qui ne parviendrait plus à saisir un stylo (un Bic, chez lui, revenus modestes, le MontBlanc c’est pour gravir l’été), expertise sa mémoire en fouillant l’ordi (tout de même un Mac pour ce mec austère), » Mmm, bon, ça fait six mois que je vous en ai prescrit pour trois mois ( il spadassine l’ordonnancier dont la première page est un peu écornée), je le répète n’abusez pas », ( il aime les patients bien portants, ou guéris à la soupe Picard), « Vous savez ce que j’en pense, et pas en même temps que le Doliprane, chaque mot pour chaque mal, le mieux c’est zéro » ( il sait qu’on va tricher), « Et si vous ne parvenez pas à dormir, allez marcher, Paris c’est revigorant la nuit, ou alors branchez vous sur un Replay de Parsifal, ou Faust, ça vous occupera« . Tout ça dit très vite : la diction est son remède. Le contraire d’YDIT !

Avant de se quitter – à présent c’est une tradition, pire un rituel- nous  » faisons un dernier tour » : feuilletage rapide mais savant de mon – épais depuis le temps- dossier, rangé visiblement selon un ordre à lui seul accessible (secret médical) : derniers examens en date, tout y passe, mais à part l’infiniment inguérissable du vieillir, même avant les Soixante-Dix – poches sous les yeux, taches sur les mains, besoin de lunettes – rien qui progresserait dans l’ombre, sournois, tapi, en silence, et soudain brandissant un sabre au soleil, comme écrivait le vieux Verlaine après sa ( quadruple) dose d’absinthe.

Je me suis levé, nous devisons depuis 27 minutes ( SIMOMEAU : deux rendez-vous par heure, ça explique le Bic à la place du MontBlanc), je vais partir, rangeant la carte vitale entre la bibliothèque municipale et l’abonnement sauna, rien que du bien-être, et, euh , Docteur, tout de même, voila, il est arrivé que je vous en parle, déjà, et vous n’avez pas trop pris ça au sérieux, jamais, pourtant , enfin, mais la situation soudain s’aggrave, mon Le Doyen l’a vu, vous savez bien, mais si, comment dire, mon… addiction, ça devient très présent, trop présent, vous vous souvenez?

Il s’en souvient, mais le patient suivant a sonné. « On en reparle si vous pensez que ça se renforce? » Dans la salle d’attente, une femme plutôt jeune, en survêtement gris-vert collant, masque sur le nez, gel sur les mains, yeux au sol, je me demande bien ce qu’elle lui veut à docteur SIMOMEAU, elle a l’air en pleine santé, à supposer que de vrais malades viennent jamais le voir ?

Quinze jours plus tard, pas avant, la prochaine consultation ( à deux patients par heure et pas de rendez-vous le mercredi, SIMOMEAU se fait attendre, il navigue petite rame, il godille petit flux- mais son voisin de cabinet reçoit toutes les 12 minutes, ça compense.)

En attendant, YDIT consacre deux ou trois soirées ( toujours longues, le sommeil est un dur à cuire) à consommer de la ligne, non pas en poudre, sniffée sur un miroir qui revient ( on voit ça dans les films pour ados ) mais en affaiblissant ce qu’il subsiste de ses yeux sur les lignes bleues (non pas des Vosges) des écrans, séquence Internet, tribu Google, et pour varier le paysage : Safari. Ca donne ce qu’on cherche sur le sujet de cette Addict. : pas grand chose.

MENU :

ENTREE : depuis longtemps déjà

Plat du jour : ADDICTION

Dessert : comment s’en débarrasser?

Boisson : vite, maintenant.

C’est la formule à pas cher, mais toujours mieux que la formule du professeur Sigmund, non?

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Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS, Saison 3, Episode 3 La diction du docteur SIMOMEAU. A suivre.

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episode 2 / LE DOYEN demande si « On en consomme encore ? »


Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front).

On s’en doute, pour peu qu’on ait rencontré l’une des victimes, et il s’en compte par grand nombre, ça commençait à devenir une présence géante, et donc gênante.  Tout ce menu intime qui s’expose, au moins se devine.

Certains ne s’en apercevaient pas encore, toutefois, pour ce vieux YDIT, et les ravages pouvaient donc sembler encore réduits, au moins pour les observateurs peu attentifs, et des lectrices occupées d’autre chose.

Ydit mieux que personne pouvait connaître le poids de son addiction, et toutes sortes de conséquences, parmi lesquelles l’impossibilité d’oublier avec l’indispensable sérénité qu’une telle auto-mutilation exige, surtout si, manque d’azur dans l’éther. Celle qui ouvre les chemins dans les méandres de la vie cachée au-dedans.

Le premier à oser une remarque, ç’avait été le Doyen. Les amis (ou pas, d’ailleurs) d’YDIT arrivaient peu à peu, pas très pressés de rejoindre la Grande Réunion, même si le Doyen, qui ne savait plus trop comment faire pour appâter la troupe d’autonomes ardents à lui confiée, choisissait de plus en plus des lieux méritant la visite, au moins ça occupait les membres du groupe.

La bande avait ainsi déposé ses ordinateurs sur les pupitres (et son tweed sur les bancs) de la salle des Pas Perdus à l’Assemblée ; sur la piste du Cirque d’hiver; dans la superbe salle rectangulaire autour de l’aquarium tropical ( musée de l’immigration); au foyer de l’Odéon ( fantômes furtifs de coquettes actrices dix-neuvième); au sein des exotiques décors du Théâtre du Soleil repeints de frais le matin même par Ariane en personne ;

dans l’hémicycle du Conseil économique et social présidé par un ex-instit ; et même au premier étage- privatisé – d’une brasserie très apte à nourrir les intellos de passage, Le Hibou, carrefour de l’Odéon, sinon carrefour des idées ( on s’y habillait dépouillé chic ou administrateur du Sénat- voisin- pour des menus à 37 euros le midi).


Mais rien n’y faisait : les arrivants tardaient, les présents s’estompaient, fuyaient en s’effaçant derrière la première colonne venue, et -donc- le Doyen ne pouvait manquer de surprendre YDIT en état de consommation. Il le regrettait, le Doyen, amical avec YDIT, et plus que bienveillant avec tous. Mais tout de même, une consommation telle que celle-là, répétée, voyante, on aurait pu croire même quasiment provocatrice, elle portait ombrage à l’image de sa troupe, grognait le Doyen.

Le Doyen : brave homme pas si grand et pas trop vieux, gilet sous la veste et cravate de laine, le Doyen attendait devant le portail gauche des Invalides ( sa dernière trouvaille, plutôt ironique s’agissant de sa vieille bande un peu détumescente), et il dit, d’une voix sereine, amicale, on aurait pu même penser empathique :

« YDIT, je t’ai observé traversant la cour d’honneur, 253 mètres depuis la grille, oui, oui, c’est dans la brochure de l’Etat Major, les milis décomptent tout, et je vois que tu ne marches même plus très droit, il va falloir que tu fasses quelque chose. Je connais un bon spécialiste, si tu veux. Et je te parle en ami. Tu le sais ? « 

Evidemment, YDIT le  savait : Ils avaient ensemble fait longtemps un identique métier, au service discret du Public, ces emplois dont personne ne parle  et dont nul ne saurait se passer. Ca rapproche sans confondre.

Le Doyen ajouta, accompagnant Ydit pour le kilomètre 1 du couloir ( les Invalides ont été, dirait-on,  construits pour s’entrainer aux réalités des batailles, Bérézina, Waterloo, Sedan…): Il disait, amical, donc :« Toute addiction est une douleur et un plaisir, sépare toi des deux, c’est une système clos comme ils le sont tous. Tu dois libérer ta liberté ».  C’était un Doyen aimant les mots avec une paisible ferveur. Paix à son dessein.

YDIT, sa liberté, à son Fort Age, ça ne signifiait déjà plus grand chose.

Etre libre, c’est dire oui ou refuser. Passée la borne 70, les propositions de OUI se font rares…sauf pour des bouquets-souvenirs que déposent d’indiscernables inconnues.

Ajoutait, ouvrant une porte : « C’est pour ton bien et celui du Public« . En général, une remarque de ce genre fait fuir : de quoi s’emmêle t-on? Mais YDIT aimait assez le Doyen, ancien comparse comme lui dormant mal sur des cicatrices chatouillant la mémoire.
Ydit : « Je connais un très bon médecin, le mien, vingt-cinq ans de fréquentation commune de son Dalloz qu’il prend pour un Vidal. » 
Doyen ( on arrivait dans l’amphithéâtre ) -« Prends un congé, si tu veux, mon vieil et cher Ydit, le temps du sevrage, je me débrouillerai, il n’y a pas tant de travail. On esclavagisera les jeunes, si besoin. »

Photo de Nataliya Vaitkevich sur Pexels.com

Mais YDIT : « Non. Il suffit de remplir les trous de la mémoire. Ou de jouer aux billes des souvenirs ? J’ai déjà tenté, avec des séquences publiques d’OUBLI . On peut essayer autrement ? »

C’est, comme souvent ici, un peu hermétique. Peut-être pense-t-il que c’est de la simple mis en route ? Un autre départ simple pour un cheminement aisé ? Le sentier à peine rugueux d’une sorte de sevrage ?Tu parles !

________________________________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS, S3 E2,  » Le DOYEN : on en consomme encore ? »…On pourrait croire que ça va commencer? A suivre ( pour les habitués ) et à retrouver en ligne sur choix : wordpress/yditblog.

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YDIT-TROIS / S3-Episode 1 : Cliquez sur la touche Envoi, et à 75 j’arrête ?



Ydit-Blog/ Ydit-Suit : c’était la saison, II. Le 22 août, un blog numéro 100 exposait danse et sourire, car c’était bien de finir. Aujourd’hui, c’est le 18 février, c’est pas plus mal de commencer.

Finir les 99 séquences texte / image découpant « Le Jardin de Giorgio Bassani », « Saison 2 » issue de ce roman inédit qu’avaient provoqué des rencontres de lumières à FERRARE. Au terme en impasse de ce voyage sans vrai passeport, un temps d’absence était nécessaire, pour que  des jeunes filles regardent la ville dans les images à travers des peintures, pour que des yeux se transforment en boulettes de mouchoir privé de pleurs, pour que les masques durablement s’installent entre la ville et ses miroirs de mémoire, ses jardins de silence. Déjà dit, tout ça, comme aurait dit le diseur mutique, Samuel, l’Irlandais.

Oui, déjà dit : toute la série des quinze « Préviously » qui ont fait leur réapparition ici, comme d’aimés fantômes privés de leurs dangers, oui, déjà vu, déjà dit : un peu, aussi, pour conforter la mémoire des continuités (de plus en plus fragiles avec les années, les saisons), un peu, encore, pour différer les sauts dans le vide profond que forment toujours les commencements, ceux des travaux d’écriture, des tournants de vie – encore davantage vers la fin.

Quelque chose s’achève, faut-il recommencer ?

Pour le Dom Juan de Molière, en amour, les commencements sont ce qu’il y a de meilleur. En RÉCIT, c’est le pire : commencer, toujours, c’est détruire les pistes, masquer d’autres possibles, se raréfier. Tout mot qu’on pose est un appui dans l’escalade, mais aussi une borne sur des chemins désormais imposés. Sauf à se rêver dans un nouveau roman (rétrospectivement : cauchemar heureux ?), les parcours ne peuvent pas se nier.

Depuis des semaines, YDIT se demandait comment choisir entre plusieurs projets – y compris le plus serein, le moins dangereux pour l’insomnie : en rester là de l’écriture.

Dès qu’on écrit, c’est envahi, la conscience. Il arrive qu’on se réveille la nuit, parce qu’on a oublié un épisode. On s’envoie des textos en guise de notes si l’on n’a pas de stylo. Autour, quand on porte le masque de l’absence, plus personne n’ose demander à quoi on pense.

Pour Sartre, « L’enfance d’un chef », quand le héros fait poser sur ses genoux la petite bonne qu’il désire (mollement), on peut en rester là : c’est gagné, pas la peine d’aller plus loin, on peut se contenter de ce possible, sans passage à l’acte. Paisible victoire sans geste. Pour le RÉCIT, – le Rassi, le Sursis, le Voici, le RAISSI on aimerait qu’il en fût de même : on l’a pensé, construit, très bien (non, pas très bien , mais on ne fera pas mieux) et pourquoi en venir au clavier, aux images ? À ces efforts du brassage émouvant du vocabulaire et des photos, longue longue approximation jamais satisfaisante ?

Parce que c’est la seule façon de ne pas dériver à l’infini dans l’irréel du narratif, comme on laisser aller la parole dans les marches solitaires, mains dans les poches, tous ces mots, et puis, plus rien. À l’arrivée, plus rien qu’une vague mémoire de mots venus et partis dans un joyeux et inutile désordre. À cinquante ans, on s’en amuse, encore, sur le chemin, sans souci de cette absence de trace qu’impose l’absence ce poids.
Mais dans les années plus que Soixante-Dix, celles d’YDIT, germine et grandit malicieusement l’idée que le « plus de traces », lors d’une arrivée de plus en plus proche, désormais, serait sans doute inutilement déceptif.
Finir aussi les 180 jeux de mémoire et d’oubli qui ont  auparavant formé la « Saison 1 », depuis 2015, début du projet de cheminer en sérénité : les Séquences Publiques d’Oubli, long et précieux parcours de renoncement à ses propres souvenirs, les mauvais seulement, mais à force – au long de ces quatre courtes années – la joie du récit et le plaisir des personnages (Germaine, Voltaire, Vassiliki, Marina…) l’avaient emporté sur la nécessité de l’Oubli (et d’ailleurs, les souvenirs qu’on hait et qu’on craint ne sont pas oubliables).
Mais la plupart des séquences du « Jardin de Giorgio Bassani« , qui avait d’abord été un roman inédit, avaient été retravaillées, imagées, lors d’un confinement qu’on n’appelait pas encore « Le Premier », puis programmées longtemps d’avance selon un échéancier intime de publication. Ainsi, lorsque le post 99 parût, en aout 2021, cinq mois s’étaient écoulés depuis la dernière séance de travail d’Ydit. 

Finir, donc, avec le sentiment de finir, et clore une mise en disponibilité de plusieurs mois, qu’on dirait vacances, mais qui fut seulement vacance : désœuvrement. Désœuvré ? Marchant seul entre Lilly-la-Forêt et la maison de Nadja Danet, rue du haut, je m’interrogeais : un brin d’herbe mâché en marchant est-il plus fâché que le marcheur lâché ?
La question, bien sûr,  marque l’insignifiance du questionnement, et le temps vient donc de nouvelles aventures, ici et là, ici surtout. Depuis la Terrasse de Nadia, d’où l’on ne voit que trois vieux toits de granges anciennes, puis les coteaux boisés, Ydit regarde un certain brouillard se lever : encore un peu de lumière, Monsieur le Tempo ?
Vous trouverez donc, ici, peu à peu (ce qui ne signifie pas petit à petit) quelquefois de nouvelles « Mémoires / Histoires », sortes de « dérives » hors-piste du récit majeur, publiées sans projet narratif, et sans rythme imposé, car toute contrainte nouvelle est un pas vers le trop de lourdeur. Ydit aurait pu les intituler : « Dérives post-70 » – puisque sans doute aucun, les années d’après la soixante-dixième ne suivent plus d’autre parcours que les déviations / dérivations, et ne connaissent plus d’autre projet que de ne surtout pas cesser d’en avoir. Et pourtant : s’alléger.

Mais, surtout,
et ce sera un temps long, répétitif,
balbutiant
YDIT racontera le contournement et les jouissances d’une puissante addiction – ou comment s’en débarrasser.


Voila pourquoi il fallait, avant de commencer, un peu comme dans les séries toujours débutées par « Previously »… de façon bien sûr faussement aléatoire, il a fallu restituer dans le parcours d’écriture quelques-uns des 280 « posts » des séries 1 et 2.

« Previously » ?

Débuter, une fois encore…

À Présent (bien que tout cela soit considéré du passé), place à l’avenir : SAISON 3…

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Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS , S3-E1 : Cliquez sur la touche  » ENVOI », et à 75 j’arrête? A suivre…maintenant ça devrait devenir plus facile de se glisser dans les plis… »MAIS ! » disait Homère quand on l’interrogeait avec assez d’astuce près de la fontaine : « Relire passe encore, mais conter à cet âge ! »,

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episodes à venir, teasing 4/4, autrement dit agaceries anticipatrices : La Troupe de M.!

Pour cette nouvelle SAISON ( qu’on a pu observer déjà bien entamée, comme on entame une dure mimolette rouge à force d’être orange?), dans les comparses de deuxième zone – sans agent et sans argent mais pas sans emploi – une bonne âme de chez Swann(*) nul(le) ne devrait oublier ce pesant bruit de fond souvent hallucinant, dû à l’infréquentable (ou au moins on l’espère infréquenté) sinistre bonhomme, un drôle de Coco (ainsi aurait pu dire Louis Ferdinand) l’appelé COCO 19, ou des béquilles genre canon de 75 (centilitres), les duettistes implacables : l’Américain John Daniels, âpre et sombre, ou l’Ecossais Balantines.

Quand on lisait « Les aventures de Bob Morane », entre deux twists, il y a 60 ans, sur la pelouse râpeuse du  » camp d’été » à Saint Georges de Didonne ( été qui fut raconté dans une SPO), on goûtait les deux faces du récit : l’ami tonitruant et salvateur, nommé Ballantines l’auteur ne s’était pas fatigué – et le par définition malfaisant tout puissant ( mais vaincu ) « L’ombre Jaune« .

Pour YDIT-TROIS, les rôles principaux sont déjà distribués. Qu’on s’y prépare, en gémissant, gémissant, gémissant, mais espérant : on a déjà un peu vu, et encore on verra (et on lira, si on quitte la fascination pour la seule image )

La Troupe :

(par ordre d’entrée dans l’errance, sauf modification due à l’imprévu de l’actuel)

Momo le maldit de Chablis/ Dédé le Doyen du jardin : lanceurs d’histoire.

Amandine la crêpe/ Aspergrouille le déniant/ La Souffleuse aptère : occupants du vide

la souriante et ineffable DOCTEUR Clémence Meunier, la plus suave des sauvages sauveteuses en haute mare d’addiction : la sérieuse aptère et absentielle, longuement fréquentée, d’autant qu’elle multiplia de belles excuses pour ne pas s’y coller. Mais on aima tout de même la tranquille incompétence gracieuse de sa jeunesse.

Enfin – the must of the comedy – et il en faut toujours une : D.Bâ de Hurledent : la finale, la belle, l’enveloppante rugueuse, Psychiatre of the Hospital, D.Bâ, puisqu’il faut bien finir, et la seule assez futée pour couper dans le lard, le tard, le fard – et même le rare du bazar. Professor D.Bâ de Hurledent, s’il vous plait, car, dira-t-elle, cher Monsieur ,  » Vous pouvez m’appeler Professeur, je ne l’indique pas sur ma plaque, mais j’enseigne à la faculté d’Ontologie de Montoire. »( elle prétendra cela environ en juin, sur cet écran même ( à condition de tenir les délais ou de ne pas être en route pour l’exil ), et on a le temps de changer d’avis, ou de mots, d’ici là, et même en cas de pire : de changer d’air, n’est-ce-pas?);
Ah , Professor D.Bâ de Hurledent, rien que le souvenir de sa future apparition ici donne envie de se séparer du présent.

« Mais c’est déjà un peu très assez confus ainsi« , dirait l’une des comparses jouant à fracturer/relancer le dialogue, l’inoubliée FRED :  » Ne perdons pas le public – à peine quelques milliers d’abonnés, quelques centaines de lectures régulières, méfiance, ça fond comme une Bourse qui s’effondre -ou moi telle que tu m’as photographiée, la première fois...’

Cependant, ah Professor D.Bâ de Hurledent, c’est banal : certaines anticipations ( de narratif ou d’émotion), c’est l’entrée de plain-pied dans le plaisir du dialogue…

Puis, à ce menu (non un programme, même pas une esquisse : une annonce approximative)…

à ce menu s’ajoute évidemment l’addition (de l’addiction ?) l’addition, l’impudent total des mots, comme une caisse de boutique pharmacienne ou Beurre Œufs Fromages,B.O.F. à Yvetot par exemple, le décompte fait à chaque publication, comptage de ce récit de l’addiction ou comment s’en débarrasser, total qui ne dépassera pas 1000 mots. Aujourd’hui, 735.

Comme ça, c’est pratique, on sait quand ça doit commencer à finir : vers 940-950. Pas la peine d’aller s’offrir un verre, de poser les écrans, patience, ça peut attendre. 1000 mots. C’est déjà beaucoup, ne trouvez-vous pas? Après, c’est franchement trop. Même si, précisément, l’addiction c’est quand « assez » devient « trop« .

Puis, on promet de ne pas dépasser « mille mots » ( non, gardez ce jeux de maux), mais promesse d’addict, n’est-ce-pas, ne dure que le temps de la pose !

——————————————————————————————————————–Didier Jouault pour YDIT TROIS, S3 Teasing 4/4 « La Troupe de M. ». A suivre…Le début de notre nouveau grand RAISSI, populaire et populeux ( il va y avoir du monde sur les balcons), avouons que cette longue série d’attente, à présent suffit. Saint Antoine ( ou Saint Exupéry ?) écrivait -dans ses carnets évidemment perdus :  » Ce qu’il y a de dur dans les préliminaires ne doit pas faire oublier l’objectif ».

(*) Un jeu de mots, voire d’assonances, jamais ne réduira le Raissi.

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episodes à venir, teasing 3/4, autrement dit agaceries anticipatrices : Patience dans l’azur ?..

Des passages comme le précédent, si l’on a bien voulu suivre les déambulations pélerines d’un récit en spirale, des phrases faussement lettrée, des paragraphes trompeusement allusifs, tristement tristounets : oui, ça aussi, il y en aura, mais on se retiendra comme on se retient de trop parler, pour ne pas se faire peur avant la nuit, toujours trop forte, et si lente à venir, la nuit jamais complice.

Il y en aura, je le crains ( je les crains?) des phrases dont les diverses couches exigeront (demanderont ? suggèreront ?) de vous, ici-même, de vous derrière l’écran ( et le seul qui restitue le travail de composition est celui d’un ordinateur…) attendront un peu de vocation à endosser le costume ingrat du mineur, du chineur, de la taupe lumineuse, du chiffonnier ou- pire ? -du professeur de khâgne. Du locuteur masqué à l’heure d’avouer que la narration près du feu est un mensonge offert à l’appétit de l’insomnie ?

Aussi, des paroles définitives ou des formules creuses, de fausses devises et de vrais alexandrins de pacotille, de l’ironie tendre et de l’émotion mal contenue ( excuses présentées par avance), le tout servi à table par l’une de nos habituelles figurantes, qui fera vite et bien, ou well and short, donc il y aura…

Des shorts courts, dans les gares ou sur les tombes d’écrivain à Ferrare, assez pour un

déni de l’immobilité

des robes longues, noires dans l’aube de la foi, des silhouettes ouvertes devant des fenêtres opaques ( des chemisettes ouvertes devant des statues de Pâques?), des jeunes filles vues de dos et pas prises de haut, et le tout très sportif. Les anciens ( à défaut des anciennes) sont coutumiers ( et donc pas coutumières) de ces corps à peine démasqués, trop peu montrés, pour être au net avec la censure – et même aussi le désir ? Corps – symboles ?

Plus que tout,

Longtemps, jusqu’à ce qu’on se tire à 75, solo ou en canon, saluons bien las – car elle fatigue un peu- la troupe incohérente des actrices et acteurs qui tentèrent (on verra s’ils réussirent) d’aider YDIT à se débarrasser de la pire des addictions, celle dont il est la victime (depuis toujours consentante, cette fois)- la terrible addiction  qui est l’unique sujet de YDIT TROIS, si toutefois les petites habitudes détestables du sus-YDIT permettent de croire à un « sujet », autre que mauvais ( qui serait lui m’aime?). Autrement dit, allons-y, ça va être la saison de

YDIT- TROIS, ou comment s’en débarrasser ?

________________________________________________________________________________________________________________Didier Jouault, pour YDIT TROIS, Teasing 3/4, Patience dans l’azur ?( même si franchement l’atmosphère ambiante ne porte guère à goûter ce léger bleu des fumées hivernales, tranquille comme un Margaux pas trempé. A suivre ( les plus anciens s’y habituent) : Teasing 4/4 . Pas trop tôt, bon ? comme disait Saint Jérôme, ou Le bon Duc :  » Le sommeil ni les porcs ne se peuvent regarder de face » (édition de 1789).

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episodes à venir, teasing 2/4, autrement dit agaceries anticipatrices : Elles et quelques autres ? Elles et quelques autres !

Il y aura, donc, pour reprendre et continuer ( mais écrire ou vivre est-ce jamais autre chose? ) :

Des femmes en mémoires déglacées avant de servir sur le papier photo, le casting est en cours, car toutes sont du passé reconstitué par les images, mentales et autres : Tyne ? FRED ? Erika ? On demande à voir ? On en discute en regardant passer les mémoires.

Elles, et quelques autres ont pu faire leur bout d’essai dans la Série 2, « Le jardin de Giorgio Bassani », et parfois même auparavant. Avec plus ou moins de bonheur de lectrice, un peu davantage pour le lecteur. On hésite : trop sortir les photos de leur cadre, ça les use. Les y laisser gâche le plaisir du toucher.

Encore un paradoxe du désir, être sans user.

De nouvelles formes du présent, aussi ( au moins en l’état du projet ) : Nadia, la bonne hôtesse- mais il fait si froid chez elle que toute exposition est auto-punitive, dommage !

, Marie-Lou, la bonne coifeuse, mais on va nous dire qu’on se prend pour l’Arthur cherchant des poux, Michelle, la bonne druidesse ?

Michele, oui, au moins elle : toujours porteuse de la bonne conscience souriante, non mais, YDIT, tu ne vas pas faire çà?

Les trois comparses de la fausse « Agence » du Jardin Bassani, Cécile, Marko, Sergui, qui sont encore aimés, on ne les réengage pas : ils ont été trop parfaits. Ils sont trop chers.

Il y aura les traces d’une tendance marquée au choix privilégié de la narration, donc de l’imagination :

Des actions dont le cours incertain ( bourses qui tombent, indices qui escaladent) fait sourire le récitant masqué, jadis narrateur incertain, peu habitué aux vagues de haute mer…

Des scènes dans des espaces sans drame mais pas sans âme. On pourrait suivre YDIT lors de la tournée des séances de signature de ses œuvres incomplètes ( le succès mondial de la Saison2 n’est pas sans créer de nouveaux devoirs ).

Diverses dérives, ou détours qui sont au récit ce que Cannaregio est à Venise, surtout du côté de Fondamenta de la Misericordia ou même du Campo del Ghetto, et d’ailleurs ce que Rezvani ( qui s’en souvient ?) écrit de Venise, c’est faux,  il ment, il voulait plutôt décrire la Série 3 de YDIT, on cite : « la violence de sa précarité », dans «  une telle somme d’inutile », « Mais ici le vécu demeure », et (puisqu’il s’agit de Venezia), on verra des labyrinthes où se perdre est bienfaisant. Même si l’on observe le plan de Venise comme le visage d’une grand-mère qu’on sait ne jamais revoir avant qu’elle meure. Car le pire lieu où se perdre ce sont les méandres intérieurs .

Des passages comme le précédent, faussement lettrés, trompeusement allusifs, tristement tristounets; oui, ça aussi, il y en aura, mais on se retiendra comme on se retient de trop parler, pour ne pas se faire peur avant la nuit, toujours trop forte, la nuit, lente à venir. Et d’ailleurs toute écriture est-elle rien d’autre qu’une tentative malhabile de jouer avec le sommeil, le soleil, venu, pas venu ?

Aussi, des paroles définitives ou des formules creuses, de fausses devises et de vrais alexandrins de pacotille, de l’ironie tendre et de l’émotion mal contenue ( excuses présentées par avance), le tout servi à table et d’une main leste par l’une de nos habituelles figurantes, qui fera vite et bien, ou well and short, donc il y aura…

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Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS, teasing 2/4, autrement dit agaceries anticipatrices : Elles et quelques autres. Pour la suite, question de patience. André Breton n’écrivait-il pas :  » Mon Dédé, t’impatiente pas dans ta cave de Rantanplan, avec tes faux biftons, tes fafiots bénis et ta porte étroite, tu finiras papiste «  (notes inédites, recueillies dans la table de nuit d’Aurore).

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episodes à venir, teasing 1/4, autrement dit agaceries anticipatrices : LSD à France Culture ?



YDIT – TROIS / S3 Episode TEASING 1/4. LSD à France Culture

A 75 JE me tire

Quand on marche, dans la campagne  autour de « Chez Nadia« , ça peut servir de se munir de LSD, au moins dans les oreilles.

LSD, « La Série Documentaire », sur France Culture, les sujets d’enquête les plus divers, mais toujours une identique entrée en matière, une minute trente, sur ce qu’il y aura dans les quatre épisodes, cette semaine.

Bonne idée, un peu comme pour un menu d’un soir avec invités ( les soirs sans invités, suffit le brouet monacal de marcheur solitaire).

YDIT -TROIS, série 3 ( certaines voitures aussi, les plus en haut du luxe, ont des «  séries », ici on saura plafonner l’ambition à la dimension du modeste )(Croyons-y !).

Il y aura une limite fixée avant même de commencer à jouer : «  A 75, je me tire », slogan ou horizon ? 75 degrés Celsius ? 75 pages de Maurice Sachs ? 75 marches pour descendre chez les Caves ou monter jusqu’aux Oiseaux ? 75 euros /an l’abonnement à YDIT-BLOG ?

Il y aura les éléments aujourd’hui les plus controversés d’un texte narratif : des personnages. Oui, c’est dangereux pour l’image : toujours difficile à trouver dans les collections personnelles, ou sur le net. Quasiment impossible à composer sur mesure- d’où la démesure choisie des illustrations, en général décalées, menteuses, ironiques. Même, on rencontrera des narrèmes, ramassés à la pelle, il y aura ( pour mémoire, si on ose dire: le narrème est au récit ce que la fréquentation des étoiles est à l’astronome, ou l’astrologue, c’est pareil, ça raconte le passé ou le futur, peu importe, ça raconte. Que « ça » raconte est justement le problème) il y aura du Récit, du Rassi, du Voici , du RAISSI, en somme.


Et parmi les personnages , dans la distribution actuelle –

YDIT- déguisé en vieux détective sans pipe. En fait, on cherche encore son costume. de s’aime. De sème. De scène. De Seine.

Totor, polygraphe panthéonesque. Il succède à Voltaire des Séquences Publiques d’Oubli, qui s’est décommandé, fatigué de ses apparitions en vieux chat lors de la « Série 1 », celle des SPO. Parti, Voltaire dit V3, marcher ou rêver d’autres horizons

pour son âge

Didi ( surnom goguenard de Denis le Diderot) a été pressenti par la prod qui vend la Série même en URSS, enfin chez les Russes. Il hésite : ses convictions sembleraient de plus en plus archaïques, dit-il, le conduisant à craindre le ridicule dans un monde sans Catherine et sans Grandeur – et l’on peut craindre qu’il ne se trompe pas.

A vue d’œil, la LUMIERE s’archaïse, l’Encyclopédie se rationne,

Jacques se défatalise, résigné plutôt… Il y a fort à faire dès lors pour l’autopsie du futur ! Jadis, une comparse d’YDIT aurait murmuré, lasse : « Encore une de ses formules pour brosser le vent dans le sens du poêle, rien que de la fumée sans jeu ».

Des Frères, on en verra sans doute un peu : un vrai, des faux, un vrai défaut, les frères ? On en trouvera, des Frères, c’est ce qui globule, circule, nodule, bascule, conciliabule, bidule, animalcule, annule, postule, préambule, récapitule …( j’ai sauté plusieurs écrans du dictionnaire de « Je-rime.com! », conseillé pour les matins de détresse, de bouillabaisse, de hardiesse de Hadès, de prouesse avec larronnesse sans richesse mais pas sans noblesse, ou même de pataquès car un sot-l’y laisse sans promesse). Des Frères et aussi des Sœurs – mais pas beaucoup.

Peut-être un  père blanc, aussi ? Mais ses apparitions en clochard ivrogne et démasqué lors de la Série 1 ont suscité des reproches.

Des femmes, enfin, habillées en mémoires déglacées avant de servir sur le papier photo, le casting est en cours, car toutes sont du passé reconstitué par les images, mentales et autres : Tyne ? FD ? Erika ? On demande à voir ?

De nouvelles formes du présent, aussi ( au moins en l’état du projet ), sans doute, il y en aura : Nadia, la bonne hôtesse, Marie-Lou, la bonne coiffesse, Michelle, la bonne druidesse. Les trois comparses de la fausse « Agence » du Jardin Bassani, Cécile, Marko, Sergui, qui sont encore aimés, on ne les réengage pas : ils ont été trop parfaits. Ils sont trop chers.

________________________________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT , pour YDIT-TROIS Saison 3 Episodes à venir, teasing 1/4, autrement dit agaceries anticipatrices : LSD à France Culture. A suivre ( jusque là, ça va ? Arthur Cravan, entre les cordes, aimait à dire -sans retirer son protège-dents : « ejzkdpmlezq« …

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YDIT- TROIS : Ainsi qu’annoncé, tant de fois, exactement 14 , voici « Préviously », c’est le n° 15, joli chiffre, et voila que s’achève la longue (mais jamais assez longue, car la mémoire est plus courte que la vie, tel fut le drame terminal de Bassani) série anecdotique et sensible des PREVIOUSLY – « SPO » et Jardin de Giorgio ,Bassani ». Au cœur (mot choisi) des 99 posts du « Jardin de Giorgio Bassani », il y eut cette apparente coupure de la fuite à Taxos. Ce fut la publication mise en ligne, telle quelle, le 22 aout 2020 – en ce jour, revenu à Paris, je vis que j’avais 70 ANS. En ce jour là, oui. Ca y est , voyez-vous ? Les séries s’accordent pour une certaine continuité, la mienne, celle du récitant, la vôtre celle des patient(e)s. AU moins, sur un mode PROVOCATEUR ( mais écrire c’est affirmer l’IMPUDEUR MAJEURE ), ce jour là encore, le soleil se regardait en face. Donc, « replay » : ce fut, c’est encore, ce ne sera plus : ENTRACTE  6/6 /PIQUE NIQUE A TAXOS, sixième et dernier mot,  le nu vêtu et dévêtu par on ne sait pas trop qui même (et aujourd’hui on a bien tous les droits?)

IMG_1079 ENTRACTE  6/6 :

PIQUE NIQUE A TAXOS, sixième et dernier mot,  le nu vêtu et dévêtu par n’importe qui même ( et aujourd’hui  justement on a bien tous les droits?)

Perplexes depuis le coin de la rue, l’essentiel dans le regard, les Hôtes Absents mais attentifs suivent activement le sein du dessein comme les pérégrinations mentales ou plastiques du Narrateur.

« Fais gaffe, dit Jérémie le psy, dont Germaine désormais se fait accompagner partout, elle en rouge qui enrage, lui en bleu éblouissant, jolis comme une sortie de tranchée Garance, accompagner depuis que tout le monde peut grimacer des dents sous son Covimasque, fais gaffe, te mettre à nu dans l’atelier de Taxos sans réserve ni même un pagne au détour d’un sentier de chèvres, te faire portraiturer l’Integral Épiderme par des personnes de rencontre à la moralité incertaine, t’asseoir sans rien pour te couvrir dans l’immense lumière de l’autre terrasse ( les voisins Achille et Nausicaa ne sont pas encore arrivés pour l’été), c’est donner peut-être la viande à déchirer par les  chiens asociaux et simples des réseaux… »

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D’accord, poursuit-Il, on sait bien que ces poses sont pour le regard précis de quelqu’une, et pas seulement pour toi, mais je te le dis l’ami qui sent l’anis, le thym, la myrrhe et le cabri, et le répète, te montrer ainsi mis à nu par tes faciles rencontres jamais ne dément le chiffre pas secret d’une blessure que toute exhibition narcissique avoue sans réserve…Et, ça, terrible.

Le galimatias pédant du voyageur me fait rigoler, je lui sers un nouvel ouzo, le troisième, qu’il méprise en écrasant de glaçons, et remplis la coupelle de cacahuètes grillées. Trois ouzos, trois mousquetaires, trois poses ( la même et cependant une autre ?)

 Entre temps, CLAUDE avait envoyé un texto : «  C’est amusant ici, sur l’île, j’ai bavardé avec un Moldave qui tend des fils de clocher à clocher, près du musée vide consacré à la poésie des Cyclades. Finalement on va dîner ensemble, aussi  je dois venir plus tôt chez vos amis absents, et pas plus d’une heure. Nous mangerons la lumière d’été sur votre terrasse et je sais comment manipuler une image pour -avec du jour-faire la nuit. Préparez le vin, j’apporte le geste, Vale. »

TAXOS appelle d’autres images ?… Il se peut que les mémoires photographiques s’emmêlent un peu dans le souvenir et l’imaginaire du Narrateur, et que l’illustration malicieuse de cet entracte anticipe sur la reprise à venir du récit majeur : « Le jardin de Giorgio. Bassani ». On ne peut pas en vouloir au Narrateur Spéculatif d’être un peu un Raconteur Alternatif. Pendant l’entracte, on peut encore rêver un peu à la suite du scénario, comme si tout n’était pas déjà donné, puis l’annoncer par un clin d’œil : voici donc ici la future Erika de Mantoue. Saluts à Erika (toujours bienvenue quelle que soit sa langue !)

Le foyer du théâtre fait autant de bruissements et de ruines qu’une pièce de Shakespeare mise en scène par un lecteur de Kafka et joué pour le club  » Bonjour la comédie » d’un Camp de jeannettes (si jamais cette sorte de choses a le malheur d’exister encore). Il est difficile d’y tenir une conversion qui ne se bornerait pas au décompte des bulles dans la coupe.

-« Cependant, grogne V3, dit Voltaire, faux frère s’il en fut, pourtant, naguère quand l’heure venait de projeter les images de contes ou de voyages, et je m’y connais, il fallait changer la bougie, au moins avait-on le temps de regarder. A présent ( il tapote l’écran de son vieux doigt d’écrivain mourant, néglige l’aspersion d’hydroalcoolique) il suffit d’une pression pour qu’éclate le corset de la mémoire ». Et le corps se libère alors. »

V3 fait défiler des images où, c’est juste, on ne peut pas regarder YDIT Le Narrateur Spéculatif sans sortir son masque, son face-à-main, son pinceau à caviarder le trop montré. A nouveau je souris : poser du noir sur du noir, couper juste à temps, barrer d’un trait coloré ou nier d’une touche rose, n’est-ce pas tirer le regard vers ce qu’on refuse de laisser voir, et qui ressemble du reste ( s’il en reste !) si stupidement à tout ce que tout le monde peut voir ici et partout?

Je n’ai, ajoute YDIT, de pudeur que pour mes histoires du dedans,

« Sur les illustrations de YDIT, d’accord, c’est la balade tête lâchée, oui c’est l’entracte (qui touche à sa fin, notez ! ) mais on se demande, murmure Germaine, on se demande tout de même si tout ceci ne devient pas super, comment dire, scolaire? Tout à l’heure, ne m’en veuillez pas, YDIT, si on vous laisse faire, vous allez nous assourdir de synecdoques sournoises ou de métalepses coquines, sans oublier cette écolière ribaude, l’anacoluthe, toujours  à chercher une liaison!« Serait elle purement visuelle ? Monter pour descendre?

-« Et on attend mieux -ou bien pire encore, ricaneV3, – de vous que la pédanterie tartinade en WordPress, et Même en WordPress deux fois par semaine, ça fait beaucoup, ne trouvez vous pas ? »

LA VENGEANCE DE LA FILLE EN SHORT ?

Le type tant et trop de fois montré à poil justement aujourd’hui, et pourquoi pas soixante-dix fois ( on sent que ça ne lui aurait pas complètement déplu à Vassiliki), c’est un peu la vengeance de la fille en short, non ? L’exposeur a son tour exposé,  bien fait, bien joué ?«

YDIT, que rien n’affecte pourvu qu’on parle de son texte, car c’est encore la plus habile manière d’éviter qu’on parle de lui, reconnaît que l’illustration pour lui à chaque publication, se donne seulement avec un certain sourire, un sarcasme attendri dénué de cynisme ou d’amertume, un jeu de contrastes, de démentis que l’image oppose au texte, et, comme il perçoit la renaissante lassitude chez Germaine, préfère laisser les comparses ripatonner en scène.

-« Quelquefois quand même », ajoute la Russe Vassiliki ( ah, retrouver ici son accent de Verveine poussée en Sibérie est un bonheur-du-jour sans mélange, bonheur des personnages Renaissants et Résistants) , quelquefois et même un plus que cela, on sent que vous avez eu la flemme. Vous écrivez cheval et montrez une selle, des naseaux, même un facteur, fastoche… »

Les plus fidèles des ZadYdits ( ainsi se sont désignés entre eux quelques lecteurs qui se retrouvent au café Georges Bassane, rue Belles Fleurs ) savent toutefois que s’il évoque ( on se demande pourquoi !) une gaie voltigeuse, plutôt qu’un si léger Degas ou un troublant Toulouse Lautrec, Le Narrateur Spéculatif montre plus volontiers une belle image de Percheron bien rond, quoique non buveur, lui.

Des fatras de ce méli-mémo du foyer dramatique, YDIT reprend, et répète que, à ses propres yeux, l’écran propose à chaque fois, à chaque post, une construction d’échos mensongers  texte-images menteurs vraiment, de préférence en contradiction et en défaut grave de sérieux. Hélas, la lecture ailleurs que sur le site originel, WordPress, déclenche des cascades imprévues de décadrages et glissements, mais on peut encore tirer malgré tout le fil du sens et des contresens que l’effort long de mise en page tente de produite, au moins de suggérer.

-« Chaque mot publié est un coin de peau dévoilé, sourire en sourdine, et gamineries en prime. À cet âge, on croit pouvoir tout se permettre, murmure avec bon sens Germaine, on n’a plus trop de temps pour le reste. »

IMG_3626Mais chut, le drame reprend sur la  scène.

Aujourd’hui même s’achève un certain entracte. Le temps s’élève il est temps de rire.

 GENDARME ! VITE, VITE, VITE :  TROIS COUPS ! RIDEAU !


Didier JOUAULT , pour YDIT-SUIT,  ENTRACTE 6/6 : PIQUE NIQUE A TAXOS, sixième et dernier mot, le nu vêtu et dévêtu par on ne sait pas trop qui même (et aujourd’hui on a bien tous les droits?). FIN .

Par défaut

YDIT-TROIS, comme annoncé, d’abord « PREVIOUSLY » 14 – éditée le 14 , bien sûr : encore la deuxième saison, celle des voyages en villes italiennes du nord, et le si long arrêt sur images de FERRARA, l’éblouissement des ruelles et de l’Histoire, l’accueil révolutionnaire des Juifs par un prince Renaissant, les mages et Silvia en images-l’absente hôtesse, de qui naquirent les pages puis les posts du « Jardin de Giorgio Bassani ». Voici donc la…rediffusion telle quelle de la séquence 75, datée du 10 avril 2021, où l’on peut revoir ce moment où le narrateur éparpillé se recolle soudain en découvrant LA MAISON de GIORGIO BASSANI, origine et but . »YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 75/99, milieu du chapitre 24″.

Reprenant le parcours depuis la piazzale medaglie d’oro, je rameute les souvenirs des errances d’avant. Lors de mon premier passage, encore préservé de mon actuelle et de plus en plus nette addiction à la quête du jardin, avais-je pris la petite rue Caneva ? Suivant à leur pied les remparts, ici plus que jamais imposante masse de terre et de briques couverte de gazons et d’arbres, je tâtonne, comme un navigateur aveugle attaché à son mat.

Sur une vitrine de pharmacien, j’espère non paralytique, le thermomètre dit encore : 36, et parle en Celcius.

Une fois de plus, je longe la caserne abandonnée, via Scandinavia, des guérites de guet aux toits perdus ‘terrain militaire, surveillance balles réelles’, on croirait qu’ils défendent la maison Bassani et ses souvenirs privés les plus intimes. Poussé dans le dos par les cauchemars des fusils, et la veille assoupie des soldats d’hier, je sens comme les sifflements des souvenirs qu’on tire à balles réelles et à bout portant derrière mon dos, je file, je fuis, j’essuie, j’y suis ? Effrayé, effaré ?
Le chemin est devenu parcours, ma route épreuve à toute épreuve, ma déambulation errance, mais j’aime avec joie cette façon de me croire …

…perdu dans les entrelacs d’une ville absolument cartographiée, restituée en 3 D par n’importe quel GPS.

On se fait peur en croyant explorer un paysage pourtant déjà connu, c’est ce qu’on appelle vivre.

L’ombre lentement pousse sa marée sur mon visage de marin, comme une lèpre qui serait le passage du jour. Jean-Jacques disait un soir, nous étions sept attendant l’ouverture : «  Quand le patient parle, je n’écoute pas les mots, je n’entends pas le sens, je ne perçois que la musique de l’inconscient, ce langage des sons qui structure sa mémoire, invisible, cachée, livrée, parce que dans cette musique écrite d’elle-même se rencontre la vérité. »

Je tourne trop tôt dans une petite rue dont le nom ne figure pas sur le plan de ville, et que j’ignorais.
A force d’insolence indolente au soleil je frise l’insolation ? L’isolation ?
A plusieurs reprises je retourne en arrière, reprends une ruelle aguichante, renonce à son espoir de galets ronds durs au pied, reviens.La certitude visible et protectrice de la Mura, sa masse roux-vert, me rassurent. Ici l’horizon est proche et immobile, la clôture apaise sa certitude. C’est le piège dans lequel nous vivons tous, le désir de rester protégés, le désir imbécile qui affadit tous les autres, dont celui de sortir en pleine terre, en pleine lune, exposé à toutes les surprises, explosé peut-être.

C’est ainsi que j’entends les rebonds des balles de tennis. Fatigué, pensée morte et tête usée, on écoute mieux. Épuisé, on écoute tout. Mourant, on peut alors écouter la profondeur ?


Les mêmes balles jaunes que deux mois plus tôt, celles – bien jaunes- qui s’écrasent parfois en tâche d’étoile sur le poitrail, sur le revers, à gauche.
Petite place, jouxtant le musée presque vide, Palazzo Bonasconi, réduit à deux salles par « Les Travaux ». J’avais bien entendu visité, devoir interne oblige, puis laissé une phrase gentille lors de mon précédent passage, il y a quelques semaines. L’envie d’aller roder du côté du tennis est forte. Mais j’entre d’abord au musée : à cela on repère mon âge. Dans la cour, on voit toujours la petite FIAT blanche portant le lettres noires ‘Comune di Ferrara ‘.

La fois d’avant, je l’avais utilisée pour mon blog, la décorant d’étiquettes, cartes de visite, ruban bleu, lunettes à grosse montures bordeaux, les accessoires usuels des anciennes  » Séquences Publiques d’Oubli »( voir infra , post 1 à 175). C’est cela qui m’avait dissipé, détournant l’attention de l’essentiel, des maisons voisines.

J’étais passé devant elles sans même les regarder, je marchais stupide, quasi démarche d’aveugle sans canne, en visionnant debout les photos à l’instant prises sur le Nikon pour mon blog alors vivace : ydit-blog.

Gonflé de présent, on paie le futur.


Après la visite, je pénètre dans le saint des saints du Jardin des Finzi-Contini, le Tennis. La partie est rude, l’acharnement sur les balles les transforme en boulets. C’est cossu, protégé de belles briques, entouré d’arbustes, de lauriers, d’acacias, d’un Club House très confortable.
Pas de surprise : « C’est réservé, c’est strictement, c’est aux abonnés, c’est interdit sinon, c’est dit, en 38, déjà, « lois raciales », c’était dit. Deux sexagénaires en forme haut de gamme jouent contre deux femmes beaucoup plus jeunes, mais pas moins dorées. Les quatre m’ont observé avec une méfiance accrue lorsque j’ai photographié la plaque émaillée un peu écornée, peu visible sous les feuilles, qui rappelle cette exclusion –bien réelle- de Bassani, dès 38, parce que juif, simplement « israelite », en juillet, l’un des fils rouges du «Jardin des Finzi-Contini », Bassani qu’on voit très souvent, dans les biographies, en large short blanc ou sur un court, et qui a été champion régional.
Je regarde, je savoure, j’écoute, ça les ennuie, je les emmerde ( parfois, un peu de vulgarité traduit l’intensité).
Quittant le club entre deux haies de laurier je commets une faute de jeu, une erreur de parcours, comme un enfant qui confondrait gauche et droite, mais les amis et les juniors le savent, et ça ne s’arrange pas d’année en année : je suis un dyslexique du cheminement, un dysorthographique du souvenir, je fais des fautes de mémoire, toujours.
« Soudain« , ça mérite qu’on utilise le mot, elle est là, tout près, à l’autre angle. La maison.
Je suis resté ligoté par mes propres angoisses ou orgueils, et je n’ai jamais pris la peine de regarder mieux. De sorte qu’un court tronçon de rue, vraiment très court mais bien réel, une espèce de petit pan de mur jaune, dans la rue, m’avait échappé. De quoi passer de l’autre côté ?
Et voila. MAISON.

L’origine de ma route, mais aussi l’arrivée de tout chemin, halte au moins refuge,
Si je persévérais dans l’allusion transparente : « Ce fut comme une apparition », hexamètre célèbre. Au coin de l’angle (concept piquant), au long du musée :

LA de BASSANI, LA –oui- MAISON. Avec ou sans jardin, mais, my God, the Bassani’s house.
Le musée pour rien et comme pour rire, visité pourtant deux fois en deux passages, a masqué de son évidence vide la maison de Giorgio Bassani. L’attrait pour les traces de l’Histoire a détourné le chemin des histoires, Bassani, maison, Ferrare, ici, là, moi, maison. La ruée du plaisir provoque l’altération du langage, c’est connu, Encore !
Implacable et nette. C’est LA. C’était ICI. ici, le terme.
Les amis psy prétendraient que je me suis plutôt refusé à la voir.

Maison.

Bassani.

Jardin.

Moi. Refusé à la voir, déni, afin de prolonger encore un peu le temps de l’escalier, le plaisir de l’escalier, encore une minute monsieur le bourreau.

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Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 75/99, Chapitre 24 – milieu. Quand le patient parle, je n’écoute pas les mots. (1) : introduite à temps, l’image à connotation érotique … A suivre; épisode 76, fin du chapitre 24, programmé le 13 AVRIL, date anniversaire de la mort de GIORGIO BASSANI en 2000.

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YDIT-TROIS, comme annoncé, d’abord « PREVIOUSLY » 13 : de nouveau et pour la dernière fois, la première saison, celle des « Séquences Publiques d’Oubli », car les divers projets sont emmêlés en échos, Oublis 96/123 : Dans l’attrait de la nuit prend toujours racine la fleur de la terreur. Publication initiale le 19 avril 2019. Pas si ancien.

« Encore un jour qui commence mal », dit un homme dans le public, clairsemé ( mais si on sème davantage, les tiges étouffent en grimpant).

« C’est l’homme, qui semble clairsemé ? » s’interroge la suave Slave, jamais en reste d’une mécompréhension très volontaire, d’une méconnaissance à pointe, puisque c’est ainsi que les hommes vivent.

Ydit raconte ( c’est- on l’aura noté- ce qu’il préfère).

livres afrique

Il avait été nommé depuis peu dans le département. On avait organisé une « tournée » de rencontres. Ce soir, dans un chef-lieu de canton, il avait dîné avec une dizaine de personnages locaux.

Ils  accueillaient l’arrivant avec les habituelles demandes, et l’offre d’histoires locales : ici, disaient-ils, vieille prune en main…

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…vers les marais noueux ou les chemins de liège, sorcières et rebouteux  savaient les mots de l’indicible. Mais nous sommes des gens simples, et amants de la Lumière, rien de grave.

« Il est tard, vous savez, on n’est pas à Paris, on se couche tôt chez nous ».

Avant le creux blanc du sommeil, toujours lent à conquérir, les autres étaient partis, laissant Ydit payer seul sa dette à l’insomnie.

A chaque fois, trop tôt, pour l’hôtel.

-« Inutile de sonner, il y a un code », disait la patronne. Elle ajoutait : « Vous ne trouverez rien d’ouvert, à cette heure, en ville, ni personne, pas même une dame sur un boulevard,  mais il n’y a pas de risque, on est tranquilles, dans nos pays, s’il y avait des voleurs, ils se coucheraient tôt. »

     Devant l’hôtel, la voiture noire du service. Natif d’ici, le chauffeur est au lit en compagnie depuis longtemps. C’est l’heure de ne pas rouler.

Ydit raconte : Si l’on déambulait, on passait la place de la République, ancienne place d’armes, puis on tournait vers la belle médiathèque installée dans le marché aux grains. Alors, on descendait par la rue du prieuré, forte pente au flanc de l’ancien oppidum. sur le parvis

briques mur crevasses

Elle  passait devant les deux hôtels particuliers Renaissance réunis par une passerelle de métal blanc, et le bloc durable fait par la vieille salle de réunion où les nazis avaient installé leurs maléfices en 40, face à la maison close.

YDIT :Vite, sans presser le pas, on arrivait en limite de la ville, après le garage Renault et ses grilles peintes en noir. Puis, le sombre silence des prés cachés derrière leurs barbelés. Plus rien, ensuite, sous la nuit de lune mouillée. La question, unique, toujours la même : à quel endroit poser le demi-tour? Ici à gauche, le goudron se fait chemin. Quelques derniers pas, le pied touche la terre, la chair quitte les os, on devient sa propre histoire dans l’immatériel du parcours.

« J’irai jusqu’à cette cahute effondrée. »

andré juillard

Depuis le  creux de la pénombre, dans le coeur des ténèbres, une voix l’interrogeait soudain sans brusquerie, lourde et lente, faite d’humeur simple et de bois chaud :

« -Est-ce que vous m’aimez ? »

Ydit raconte qu’il a coupé le fil de la marche.

« Dans l’attrait de ma nuit prend toujours racine la fleur de la terreur. » 

     La femme – mais la voix disait mal son genre- le presse de ne pas entrer : qu’il reste en lisière de la lune sur le chemin de terre battue. Autour, il y a cette odeur que les vaches donnent à la terre grasse d’ici quand elles ne dorment pas, elles non plus.

chouette effraie 2

La voix, depuis son fond de nuit, à son tour raconte. Mais que Ydit, d’abord, veuille s’asseoir sur la souche encore vivante sous sa forme d’orange cou coupé. Qu’il ouvre les nœuds de la cravate de laine, de vent, de chanvre.

Rien ne se passe.

Pourquoi ce silence ?

     Ydit raconte qu’il était impossible d’apercevoir qui parlait sous le toit percé de l’abri. Elle disait : « Je ne mens pas, jamais, sauf à moi-même parfois, si la parole est difficile. Je voyage, on vous l’a dit, que je voyage ? Je bouscule les distances dans le corps d’un effraie, l’oiseau des sagesses anciennes, l’émergeant des lumières d’outre-lieu  dans la nuit des hommes .

    Je suis  le coeur de son  corps en plumets, je vis de mouvements dans l’air, je sais aussi entrer dans l’esprit d’une plante et la déterrer vers sa lumière qu’elle ignore encore. C’est ainsi, mais enlevez votre veston de promeneur innocent, voila pourquoi je peux vous dire  comment un chardon nous écoute, et comment une valériane nous entend, vous et nous, les humains, comment elles jugent nos sarcasmes, nos cruautés. »

     Ydit avait retiré la veste. La chaleur des repas lourds du soir. On ne voyait plus que cet anonymat nocturne des visages qui marque l’insouciance du réel. Des oiseaux épais se posaient sur un pieu, une échelle mystérieuse.

     « Si vous désirez – mais je sais que vous désirez la chaleur, comme tous les hommes, sans connaître les buches ni le feu, alors vous devez sentir le meuble de ma terre sous votre peau… »

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     Ydit raconte qu’il délaçait les chaussures, approchait pieds nus. La respiration des vaches s’essoufflait derrière la sienne, profonde. La voix lui conseillait de ne plus avancer, il ne verrait de toute façon rien de l’invisible, sauf les masques menteurs des discours P1200825  plâtrés, tenus en laisse par des comparses.

Elle se tait. Ydit s’allonge. Elle dit :

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Branly , Sudamérique -costume rituel

« C’est que je suis une sorcière blanche. Ce que je sais faire le mieux…J’ai embrassé l’aube d’été, moi aussi. Elle souffle fort. Ecoutez ce que je fais très bien pour les gens d’ici, c’est cela qu’attendent les parents, c’est m’asseoir auprès de ceux qui vont mourir et me saluent. Comme vous, ils sont allongés, ils sont en cours d’achèvement, pieds nus, leur paletot lui aussi devient idéal, ils vont nous quitter. »

« Ceux qui planent encore entre deux vies, comme les oiseaux, qu’ils hésitent à devenir, enfants et malades perdus par le temps de vivre, alors je m’asseois.

Auprès d’eux je m’assois. »

« Je les écoute, je couds mes plumes d’effraie à la peau de leurs trophées, j’écoute lentement comme ils respirent, au milieu des machines sauvages  qui les enchainent à la vie de l’hôpital, à l’illusion que tout corps est durable,

et je suis là, griffes paisibles posées à la tête du lit, regard blanc ouvert, seule dressée dans la vacuité de la nuit des hommes,

je reste là, personne dans la ville sauf les oiseaux, et moi, mon plumage couvre le mourant et son coma de sa fausse présence, je veille sur  les hésitations informelles de la forme interrogeant sa propre destinée, pas besoin de les toucher, pas besoin de bouger ni planer, je ne leur parle pas, ou presque jamais,

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je suis un oiseau qui sait parler mais veut se taire, je leur adresse la parole, ainsi pour vous ce soir, si je perçois que la ligne de  crête d’un coma va les pousser dans l’obscur de l’autre monde, mais je suis une sorcière blanche, une sorcière des lumières,

moi,

je les retiens alors avec des paroles d’oiseau, des paroles d’effraie, afin qu’ils ne quittent pas le bord de la vie blanche pourquoi

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je veille, longue veille, pourquoi cette veille,

et je les accompagne, peu à peu, dans leur  douleur de vivre et leur inquiétude du passage, dans l’instant que pose la durée de la nuit,

dans la faille,

entre être et partir, et les voici peu à peu qui retournent leur regard moribond vers les pâleurs tièdes et mousseuses de la vie…

Le jour se lève, il est temps de vivre. Les mains de la vie respirent comme des passereaux sans poids que le vent abat sur les champs à la place des glaneuses, mais ils ne perdent jamais le sens du vol.

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                                      Chaque désir à son tour regagne la cage ouverte, et je me dépouille

de mon néant.

Alors, au matin sonné, je quitte leur nuit, je quitte la chambre d’hôpital. Dans quelques minutes l’infirmière de garde arrivera,

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elle dira la stupéfaction de la rémission, elle appellera l’interne mal réveillé : l’improbable bascule qu’improvisent les vivants qui ont été poussés à vibrer encore un peu selon les flux du sang, et s’arriment une fois de plus aux berges de la lumière. »

Longtemps, le silence occupe l’espace. On sent la veille des vaches, autour, et leur immense sérénité.

Des lueurs apparaissent vers l’horizon

 » Toujours je suis là, si les parents ou ceux qui aiment ont fait appel à moi comme ils savent ici, sans crainte et sans douter du réel secret de ma voix, alors, ceux qui naviguaient leur nuit dans l’incertain du coma se laissent conduire par moi du côté de la vie.

     Je suis une sorcière blanche, c’est l’aube, ils vivent, je pars, je me cache, on ne me voit pas dans l’étonnement de la chambre, je pousse mon corps de plumes et de paroles à s’embarquer en silence dans le corps des plantes, dans la silhouette vague d’une promeneuse, et je disparais, à nouveau. »

     Ydit raconte qu’il s’éveille sans lourdeur et sans faute. Il fait froid, il avait trop bu de cette vieille goutte, il a dû dormir, il a rêvé sans doute. Des livres anciens seront venus se réciter eux-mêmes dans l’éperdu de la mémoire où l’explosion des ombres veille en sourdine.

     Les plis du réel coupent le paysage de ses souvenirs, comme les plis de la chair façonnent les parcours émouvants sur le corps – surtout les vieux corps- dont les visages creusés disent les cheminements intimes, leurs désirs, nos repentirs.

     Dans le bosquet ouvert à la mémoire, la sorcière sait-elle où se trouve la clé du blanc et du noir?

Voltaire le sait, il sait tout : « Plus un mot est léger, plus il est clair, et ce qui est grave est clair ». IL demande à Ydit s’il  se souvient de tous les livres ?

Ydit répond qu’il a oublié ce qu’il a lu, ce qu’il a bu aussi, mais qu’il se souvient de tout ce qu’il a rêvé, ce qu’il a défait.

Germaine dit que « sa mère étant à l’hôpital, elle avait aussi invité une sorcière blanche, connue sur les quais. Rien de plus, rien de moins. Mais les trains savent partir à l’heure de l’attente, même quand les rails n’ont pas été passés à la paille de fer du langage. »

Vassiliki hésite, elle se passerait bien de parler ; mais comment échapper à l’indissociable du trio : « Le récit de la sorcière ce n’est qu’invention de la mémoire fatiguée, dit-elle.Puis ajoute qu‘elle a connu des lieux où l’on enrichit à la main la mémoire des coupables. »

Quant à lui, Ydit se souvient  de son AUBE : « Au réveil, il était midi ».


Didier Jouault, pour Yditblog, Séquence Publique d’OubliEs numéro 96/123

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Comme annoncé – mais se rétrécit le temps de l’attente-YDIT-TROIS, comme annoncé, d’abord « PREVIOUSLY » 12 : la désormais deuxième saison, celle des voyages en villes italiennes du nord, et le si long arrêt sur images de FERRARA, l’éblouissement des ruelles et de l’Histoire, les mages et Silvia -l’absente hôtesse, de qui naquirent les pages puis les posts du « Jardin de Giorgio Bassani ». Voici donc la…rediffusion telle quelle de la séquence 80/99, datée du 28 avril 2021, publiée sous le titre ( rien moins ! ) : »Je me sens guilleret du vocabulaire ce matin »- segment initial du chapitre 26 qui en comportait 3.

Chapitre 26

SILVIA prépare le café pour son visiteur-dîneur.

Le matin, c’est toujours la brume. Ferrare, sous les vagues mousseuses du soleil cache des moisissures que l’ombre secrète. Ici, en été, il n’y a pas de matin, sauf à cinq heures. Le soir, qui dure longtemps, c’est la sécheresse, les vapeurs s’en sont allées, les sueurs des touristes sont évaporées, comme si les pierres où se posent tant de shorts, de mains et d’attentes se transformaient en éponges un peu goulues.
A Paris, l’âge venant, je vois les autres, je tente toujours de leur parler dans l’intérieur de leur rythme, à la parisienne, de répondre vite et de penser drôle. Mais je ralentis parfois et ils me regardent (m’observent) gentiment, comme un qui serait lendemain de fête, « Il commence à fatiguer le vieux, t’as vu? » ( Juniors disent)
A Ferrare, on ne me compare pas encore à ce que je fus, dans le soleil qui ne les ménage, les touristes vibrillonnent et fugacement échangent du vide.
L’incertitude permanente préserve les Ferrarais. Ferrare, c’est Giorgio, et aussi un peu maintenant Silvia, la présente fuyante, l’inconnue visible, la fille du balcon sur son jardin rose griffonnée par les incertitudes visuelles du réveil

après peu de sommeil… De toute façon, écrivait le bon vieil Emmanuel Kant, si tu connais pas l’autre, tu connaîtras encore moins ta propre conscience, donc démène-toi, laisse tomber l’urgence, regarde juste le film intérieur. Ou était-ce Rank ?
Je tarde longtemps à quitter l’abri paisible du jardin rose, son café fort. Pas de Théralène hier, ou de Circadin- plus cher mais en vente libre-pas besoin, malgré le trop de vin et de mots. Évidemment.
Je marche dans la ville en mettant mes pied sur les traces de NERO, reproduisant comme je peux les parcours assez chaotiques de la soirée « Ferrare et ses mystères » avant-hier : toujours tracer deux fois le même parcours, afin de commencer à creuser la trace, même s’il faut du temps, pour laisser l’empreinte. TRACE, j’aime ce mot de skieur en Norvège, de chamelier au Harrar. « Qui laisse une trace laisse une plaie » disait l’Henri explorateur de gouffres et il se gourait, fillette qu’est-ce que tu te goures : qui forme une trace laisse un avenir.

Je me sens guilleret du vocabulaire, ce matin. Évidemment.
Mon séjour ici touche à son terme, et à la cible. Je recolle les images sur le cahier des errances. Je collectionne les fragments de mémoire et raboute le puzzle, je sais que la via Vittoria sera la deuxième à gauche à partir de maintenant. Plaisir profond désormais acquis d’une familiarité banale, les vélos restent l’un des principaux risques de Ferrare, on ne peut pas marcher le yeux fermés, surtout si on regarde les shorts en avançant. Dans ce jour lent, j’ai le sentiment que tout se décline par deux. Reste de vin au Vieux Ghetto ?

Vélos : Bassani fait allusion aux rails d’un tramway obsolète, déposés dans l’au-delà des remparts et, à l’époque, déjà rouillés, de sorte que la bicyclette n’a plus de prédateur connu, dans cette ville, hormis la fatigue musculaire – cuisses, fesses, cœur, abdominaux.
Lorsqu’on ne peut plus marcher, le départ s’impose.
A une terrasse, je déplie les mels. Cécile, Mark, Sergi, bien sûr Edith et les filles. A l’agence, Les Juniors, mes notes si peu mises en forme et les fragments successifs du délire les amusent et les irritent. Il paraît qu’on dit de moi : « Il fait son Tintin de Ferrare ! », Roman de Ferrare, balade à Ferrare, promenade au phare, tout ce temps pour en parvenir là, et d’ailleurs « To the Ligthouse », Virginia Woolf, comment traduire ça précisément, avec la légèreté du mot et l’implacable indestructibilité – telle quelle – de ce « to« , ici une seule complice peut ajouter de la précision, la jeunette de notre bande usée, restée la meilleure de l’Agence,

Cécile : « To the Lighthouse » fut traduit en français par « La Promenade au phare« . Le mouvement du to, se retrouvant dans le mot promenade. Mais peut-on appeler la traversée de la mer vers le phare promenade ? Une promenade de ne fait-elle pas plutôt sur la terre ferme? Plus tard, d’autres titres s’ajoutèrent. Voyage au phare. Vers le phare. Au phare. Échouant un peu tous devant l’évidence du to. (…)Al faro, en italien Toujours trop court. En italien, le titre de la première traduction était Gita al faro. Gita, excursion. Le sens est là, le nombre de syllabes aussi, et pourtant quelque chose ne va pas »

( Cécile WAJSBROT, « Nevermore », Le bruit du temps, 2021)

Donc  » to », et au fond seulement ce « TO » là, voilà ce que je fais ici. Un type, près de soixante-dix ans, nostalgique et un peu amusé, traîne ses ombres dans les espaces du souvenir comme à cheval sur les périodes, les villes, sa bicyclette, tout le bazar des fantômes déguisés en filles.


Comme on accepte des mignardises avec le café en dépit d’un dîner opulent, je visite la Maison Romae. Trois couples séparés, tous Français, seuls visiteurs, deux messieurs portent chapeau de paille ( d’Italie !) parlent fort de leur culture, si aimable, si arc-en-ciel. Sur les murs, la belle histoire des amants surpris et décapités mais c’est assez de récits dans le récit pour cette fois.

Retour –inhabituel- (tiens-tiens ?) pour déjeuner sur la table ronde du jardin rose, mais pas de trace de Silvia, bien sûr, et je suis dans mon jardin, qui est à peine le sien, protégé du solide portail, au milieu du quartier, au milieu des marques de l’ancien Castrum romain dont les lignes se dessinent encore nettement sur les vues de GoogleEarth, au milieu des anciens doubles bras du fleuve Pô qui faisaient de Ferrare une île avant qu’on déplace son cours, au milieu de La Mura.

A l’époque où des jeunes filles juives s’amusaient à flotter sur leur rêve.

Mon enfermement est mon apaisement, comme au centre invisible d’une cible. Ne plus bouger ? Mais pourquoi être ailleurs?


Je n’attends pas la logeuse

qui n’arrive pas. Dans la rue, au sol, des cartes.

Dernière sortie avant le péage ? Je passe une fois encore, (la dernière ?) rue Mazzini. Une camionnette, probablement d’artisan, est rangée tout près de la porte de la synagogue. Trois hommes dialoguent (tant pis pour l’étymologie !), le torse de l’un – genre entrepreneur parvenu –(il porte une sacoche Vuitton et des Rayban) est plus qu’à demi engagé dans le portail semi-ouvert sur une pénombre légère. (A FERRARE, souvent, tout est moitié de) Je m’approche, la mine la plus paisible et intéressée qu’on peut. Demande si : c’est ouvert ? Il interrompt son appel au smartphone : nettement, non. Il me sourit comme ferait la vieille gardienne du cimetière hébraïque :  » pas de kippa ? » . Ému par le ratage que je pressens j’insiste. On voit qu’il peut s’irriter, décider de ne pas comprendre, faire mine de s’indigner, d’appeler les carabinieri, le rabbin, les Francs-Maçons de Ferrare, les fantômes des fascistes, d’arrêter des vélos,

incident suprême, caillots, anévrisme, tout défile, mort subite. Pour longtemps( et ma vie est désormais brève) la synagogue, en travaux depuis sept ans, sera close à l’incroyant que je suis. Lors du précédent séjour à Ferrare, le cimetière juif s’était refusé, et pourtant cette fois j’y ai passé deux heures. Espérons, espérons, espérons,

même si on commence par gémir.


Faudra-t-il que je revienne dans sept ans pour que la porte s’entrouvre ?
Parcours de NERO : je retrouve sans hésiter la haute et très abandonnée façade de ce qui fut « la synagogue espagnole», plus ancienne, mieux oubliée, ou plutôt, mieux déniée dans son identité. Là encore, étroitesse de la rue, et recul difficile. Mais vous connaissez bien cette plaque, je la répète pour qu’elle ne s’oublie pas. . On perçoit toutefois les fenêtres à jalousie, exceptionnelles car elle signalaient trop l’Espagne, le Juif donc, et on n’a osé en construire qu’après la première génération des arrivants de la Péninsule, quand il semblait (mais il a si souvent semblé puis si souvent déçu) qu’enfin en ce duché d’Este on pouvait commencer à planter des arbres à croissance lente, à l’intérieur, dans le patio maintenant inaccessible pour que les générations et les générations s’y protègent de l’ombre. Plaque usée ; toute en majuscules d’un graveur peu adroit mais attentif.
IL 2O NOV 1492 IL DUCA ERCOLE I DESTE PROTESO A TRANSFORMARE….PRIMA CITTA MODERNA EUROPEA INVITO GLI EBREI ESULI DALLA SPAGNA A TROVARE IN FERRARA UNA NUOVA OSPITALE PATRIA …LA SPLENDIDA SINAGOGA SPAGNOLA DISTRUTTA NAL 1944 PAR MANO DEI NAZIFASCISTI. 20 NOV 1992, par communauté juive de Ferrare.

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Didier Jouault pour : YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 80/99, Chapitre 26 – début. Je me sens guilleret du vocabulaire, ce matin ! Suite le 30 avril…sauf erreur ?

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YDIT-TROIS, comme annoncé, d’abord « PREVIOUSLY » 11 : la désormais deuxième saison, celle des voyages en villes italiennes du nord, et le si long arrêt sur images de FERRARA, l’éblouissement des ruelles et de l’Histoire, les mages et Silvia -l’absente hôtesse, de qui naquirent les pages puis les posts du « Jardin de Giorgio Bassani ». Voici donc la…rediffusion telle quelle de la séquence datée du 24 janvier 2021 ( ça se rapproche, le récif du récit, le toujours implacable naufrage du narratif => « YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 58/99, Chapitre 19 – milieu. Comme un cercle au milieu d’un carré.

(Nota bene : ce « post » a fait partir d’un groupe de trois)

Dans les différents espaces du vaste « Cimitero Ebraico« , dont la vieille femme enfin m’a donné l’entrée, je marche au milieu de pyramides…

Ensuite, contournant une ligne de troncs anciens, survient une autre parcelle, plus petite, très occupée de tombes à formes diverses, cette fois, et lire les noms redevient possible. On aimerait que la gardienne réponde : chaque espace est-il dédié à l’une des «  synagogues », mentionnées en fonction des origines, l’Espagnole, l’Allemande ? A des époques diverses ? A des riches, des pauvres ?
Trois ou quatre parcelles, saturées ou vides, et l’on sent qu’on se nourrit de temps, justement parce qu’il est ici arrêté. A l’époque romantique, mais cela aurait été privé de sens, un poète fatigué aurait été représenté, en position du penseur, au bord d’une tombe, par un peintre délavé de soleil. 
Encore par surprise, apparaît soudain la tombe de Giorgio Bassani, isolée, séparée de l’entrée, mais comprise toutefois dans l’unité gravement sereine du lieu. Plus proche d’un mur séparant deux enclos, assombrie par des buissons ou des arbustes, la dalle horizontale est couverte de ces petites pierres qui marquent le souvenir et qu’on dépose après le kaddish. Perpendiculaire au sol, un bloc épais, massif, en métal, aux bords irréguliers bien que semblant un rectangle debout. Il porte un petit nombre de signes que je ne sais pas lire. Pas moins irréligieux que toujours, j’entends pourtant sourdre la voix psalmodiant la prière. Autour, on ressent l’oubli de beaucoup dont les noms s’effacent, et la piètre mégalomanie d’autres dont les sépultures sont d’inquiétants bâtiments douloureusement décorés pour l’absence de visites.
La tombe de Bassani est solitaire et dessine avec ce qui l’entoure comme un cercle au milieu d’un carré. Vingt mètres plus loin, disposées comme on s’y attend, beaucoup de tombes «  italiennes ». Je cherche des Finzi, des Contini, des Bassani. Parmi bien d’autres, fixées dans l’ombre-soleil d’un mur et protégées de vigne vierge, deux stèles verticales, anciennes, DEL RAG DARIO FINZI voisine avec MALVINA FINZI Ferr 2 ott 1842 Trieste 13 lug 1936.

Beaucoup de CONTINI. Au milieu de l’un des enclos, deux stèles verticales juxtaposées : ANGELO ENRICO BASSANI/ MEDIC CHIRURGICI 1885-1948 et DORA MINEBI/VED BASSANI 15.10.1893 -11.5.1987, les parents.
Je me souviens aussi du grand-père maternel, celui qui dirigeait l’hôpital de Ferrare, beau vieillard à cheveux emmêlés sur la photo, et je cherche en vain la sépulture. Casaere MINERTI.
Il y a toujours un absent à l’appel des morts, comme dirait Géo Josz, le héros de cette nouvelle de Bassani, où il revient d’entre les morts des camps. Je vous raconterai ça.
On envoie des photos en pièces jointes à Mark, Sergi, Cécile. Ils attendent pour répondre, à raison.
Dans un autre coin du cimetière composite, au terme d’une allée plus large, presque sombre car les arbres sont élevés, un édifice de pierre et de verre, on dirait XIXème, attire les pas.Le salon funéraire a été construit comme toute une partie ancienne du cimetière : en grand format, et en matériau de prix. La double porte coulissante est close, mais mal. Poussant sur le métal lourd (les rails au sol n’ont pas servi depuis longtemps ), on parvient à dégager l’interstice d’un passage.
L’intérieur, plutôt vétuste, garde son frais et sa dignité sous les traces de salpêtre. Au centre de l’athanie, le coutumier bloc de marbre, au format d’un carré long, une plaque épaisse, plus large en bas qu’en haut, noire. Au mur, en hauteur, séparées de deux ou trois mètres, dominant la table, des plaques rectangulaires sombres, très allongées, la première est illisible et je n’ose m’approcher, mais à déchiffrer les deux suivantes ( ou les deux premières si on lit, logiquement, de droite à gauche ?) on devine : DIO DA MORTE E VIVA / POLVERE SEI E POLVERE TORNERAI.
Pour Giorgio Bassani, la Hevra Kaddisha de Ferrare a-t-elle respecté le rituel dans sa rigueur, presque son archaïsme, offert au défunt la Tahara purificatrice par le bain rituel, et déposé au milieu de la table son dernier corps connu? Son fils aurait-il été le seul à pouvoir le toucher après sa mort pour fermer la bouche et les yeux, autrement dit, en obéissant à la tradition religieuse, accomplir ces gestes que Bassani refusa : fermer le regard et la parole sur la vérité d’une certaine Italie fasciste ?


Le corps a-t-il été, après qu’on l’eut déshabillé – uniquement recouvert du blanc linceul prescrit, mains ouvertes, paumes vers l’Eternel, bras étendus alors que souvent les chrétiens croisent les mains sur le ventre des morts? Puis posé au fond du cercueil sur une couche épaisse de paille, pour favoriser les ultimes recueillements, sans avoir passé par la synagogue  depuis la mort ?

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Didier jouault pour : YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 58/99, Chapitre 19 – milieu. Comme un cercle au milieu d’un carré. A suivre …

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