Yditblog S.P.O. 37 – 1 Première suite en terreur noire et nuit rouge…

   Pour les terreurs nocturnes des pré-adolescents des années 60, les fantômes sont arsouilles.           Leurs ombres canailles rosissent l’insomnie comme une aube déclarée en pleine nuit.

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avec l’autorisation de Elodie LEMERLE, installation.

            Le gamin éveillé par la peur de dormir  avec eux entend leurs présences furtives qui bavardent au milieu du cauchemar.


D’abord, il y a celui-là :

   « Il tira de ses poches deux grands révolvers, massifs et formidables, tendit les deux bras, et, tranquillement, choisissant les deux premiers hommes qu’il abattrait, et les deux autres qui tomberaient à la suite, il visa comme il eut visé sur deux cibles, dans un stand.

Deux coups de feu à la fois,et deux encore…

Des hurlements…Quatre hommes s’écroulèrent les uns après les autres, comme des poupées au jeu de massacre.

Quatre ôtés de sept, reste trois, dit-il. Faut-il continuer?’

Ses bras demeuraient tendus, ses deux révolvers braqués sur le groupe que formaient le Brocanteur et ses deux compagnons.

« Salaud ! « gronda le Brocanteur, tout en cherchant une arme.

-‘Haut-les pattes, ou je tire…Parfait ! maintenant, vous autres, désarmez-le, sinon…’

Les deux bandits, tremblant de peur, paralysaient leur chef, et l’obligeaient à la soumission.

Ligotez-le !…Ligotez-le, sacré nom! Qu’est ce que ça peut faire ? …Moi parti, vous êtes tous libres…Allons, nous y sommes? Les poignets d’abord…avec vos ceintures…Et les chevilles. Plus vite que ça…’

Désemparé, vaincu, le Brocanteur ne résistait plus. Tandis que ses compagnons l’attachaient, note héros se baissa sur eux et leur asséna deux terribles coups de crosse sur la tête. Ils s’affaissèrent.

Voila de la bonne besogne, dit-il en respirant. Dommage qu’il n’y en ait pas encore une cinquantaine…J’étais en train. Et tout cela avec une aisance… le sourire aux lèvres…Qu’en penses-tu, le Brocanteur ? « 

(P.148-149, Le livre de poche, 2004, repris selon l’édition de la Librairie Générale Française – 1966, édition originale : juin 1910 )

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jolis droits d’auteur !



Et puis, dans le coin des cauchemars  d’enfant,  voila cet autre,  plus volubile et bavard, pas moins vantard :

« Son visage était égratigné, une large coupure courait de son menton à la gorge.

-Vraiment, il était temps, railla-t-il. Un peu plus et c’était moi qui brûlait dans le poêle…

Cette réflexion devait lui paraître plaisante, car il éclata de rire.

Tout en riant, cependant, l’homme ne perdait pas son temps. Désormais, avec des gestes rapides, il se pansait. Il avait tiré de sa poche un flacon dont il se servait pour laver sa blessure. Le sang cessa de couler.

-Très bien! murmura-t-il. En relevant mon col, on ne s’apercevra pas de cette écorchure qui sera cicatrisée dans vingt-quatre heures. Dans vingt-quatre heures, les commentaires ne me gêneront plus.

Le poêle fumait toujours,cependant. L’odeur âcre persistait.

En dépit du vent qui s’engouffrait par les fenêtres, chassant jusqu’au milieu de la pièce des tourbillons de flocons blancs, l’atmosphère demeurait presqu’irrespirable.

-Que c’est long! grommela l’homme.

Il retourna alors près du poêle, et là, comme un grand tisonnier était disposé près de la muraille, il le prit et, par la porte de fer, il s’apprêta à secouer le feu.

La porte de fer ouverte, pourtant, malgré lui, il recula.

Le spectacle était horrible.

Le feu, en brûlant le cadavre, lui prêtait d’effroyables contorsions. Il était déjà aux trois quarts consumé, impossible à reconnaître, n’ayant plus figure humaine, avec ses cheveux et sa barbe brulés, les trous des yeux qui avaient éclaté, le ventre même d’où coulaient  d’infectes matières qui se carbonisaient à la seconde.

-Ah ça, j’espère que dans un quart d’heure je serai débarrassé tout à fait de cet imbécile!…

L’homme tisonna le feu avec rage. Les membres du cadavre se tordirent plus encore. Il parut un instant que les mains s’agitaient, les doigts ouverts, grands, se refermaient comme pour une étreinte vengeresse.

-Fichtre ! grommela l’homme, cela devient impressionnant!

Il claqua la porte.

(p.548-49)

   On appréciera le talent pour ‘tirer  à la ligne’ ( en allant à la ligne) pour ce funeste duo écrivant des feuilletons au début du petit vingtième siècle …
Mais, le « gentil » et imbattable journaliste, s’écrie aussi ( dans l’édition originale, publiée le 20 août 2013 chez Fayard ! )  avec la pointe omniprésente et souvent mal comprise d’humour décalé qui spécifie l’œuvre :

« Et dans le désordre de ses sentiments, cela lui apparaissait soudain grotesque et vil, cette peine de mort qui est la base de toutes les sociétés modernes.

Comment, en pleine nuit, des gens se réunissaient ainsi pour venir en égorger un autre! Il se cachaient dans l’ombre, ils se faisaient protéger par des soldats !…La peine de mort, une infamie, pensa F. , l’un des restes de barbarie des temps passés, quelque chose d’indigne dans notre époque civilisée, que la philosophie tout entière réprouve, que le cœur humain ne peut admettre. Décidément, si je n’étais pas moi-même condamné à mort, je m’occuperais un jour d’écrire quelque bouquin la-dessus ! » (p.616)

( citations : collection Bouquins, Robert Laffont, 1989 )

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Ici, tout commença, un peu plus tard.


N.B.  Offre spéciale  : hormis pour une Présidente déclarée « hors concours », toute reconnaissance simultanée des deux personnages et des œuvres  (à nommer ici en « commentaires ») garantit une récompense ! Personne ne peut savoir laquelle. Mais ça ne devrait pas être horrible ?


by     DIDIER JOUAULT

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6 réflexions sur “Yditblog S.P.O. 37 – 1 Première suite en terreur noire et nuit rouge…

  1. Avatar de Pelardon Pelardon dit :

    – D’abord, il y a celui-là :
    Qui me semble être Arsène Lupin dans « 813 », de Maurice Leblanc ; le plus effrayant roman de la série, mon préféré aussi. Et qui se souvient, pour l’oublier ensuite, de l’adaptation télévisée de « 813 », avec Jean-Claude Brialy en Lupin ténébreux ?
    – Et puis (…) voilà cet autre :
    Qui pourrait bien être l’effroyable Fantômas dans la série feuilleton de Pierre Souvestre et Marcel Allain, avec l’imbattable journaliste Fandor. Mais dans quel volume, là… une lacune que je n’aurai pas même besoin d’oublier… Osons, à brûle-pourpoint, le premier : « Fantômas » tout simplement ?
    Fidèlement,
    JBP

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    • Il y a des moments où on se dit qu’on n’a pas placé la barre assez haut. J’aurais dû tricher, mêler du Spinoza ou ( plus grand piège) du Hugo…
      Très juste pour LEBLANC , et -oui ! -les irrésistibles Allain et Souvestre, les champions ( et inventeurs?) de l’écriture quasi automatique ( quand on relit Fantômas : que de confusions, superpositions, etc.).
      Évitons cependant le « brûle-pourpoint « , même avec les pistolets début XXème, c’est risqué!
      Ah ( ouf ??), le volume est  » La cravate de chanvre » ( superbe titre fantomasqué ), mais – je l’avoue – c’est très ardu de retrouver un chemin dans la jungle des successions de titres. BRAVO !
      75% de bonne réponse , hummmmm, LOT de consolé ?
      Merci de votre fidélité !

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    • Alors là, même si ton métier ( et ta passion) te conduisent à fréquenter les malfrats, bravo, c’est très juste pour LEBLANC , « les trois crimes » , même volume ( en éditions contemporaines) que 813. Félicitations !

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  2. Avatar de marc lebiez marc lebiez dit :

    « Les trois crimes », c’est une partie de « 813 »! Mais cela fait bien longtemps que je l’ai lu « 813 », et relu pas plus d’une fois ou deux, je ne l’aime pas trop. Mais est-ce vraiment tiré de celui-là plutôt que du « Bouchon de cristal » (que je préférais)? J’avoue ne plus savoir, et ne pouvoir vérifier car je ne les ai pas en livre de poche mais dans la grande collection blanche Gallimard-Hachette des années soixante, . Collection rangée à la campagne. il va falloir que je m’y précipite! Le volume 3, qui contient « 813 », est le premier (et le seul) qui m’ait été offert à Noël, et j’ai toujours regretté que ce soit justement celui-là. Les autres, je les lisais quand ils n’étaient pas déjà empruntés à la bibliothèque municipale. Depuis, j’ai complété la collection, bien sûr!
    Marc

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