didier jouault pour Yditblog 48 Estivales Estives (III) : Séquence Publique d’Oubli : Au Centre de M. la culture conte l’ennui.

Didier Jouault pour YditBlog.
Estivales esquives III. La culture au centre, ville de M.

Tiens, vous n’avez pas mis vos lunettes rouges d’Ydit ?
– J’ai tout juste le badge « OUBLIeS », ça va aller ?
Il ne vous quitte donc jamais ?
Je le présente comme un coupe-fil à l’entrée des placards.badge tendu
Non : les OUBLIeS ! Vous les quittez pas ?
Ydit hésite. Dans l’office du tourisme, la documentaliste le regarde se préparer pour le numéro. Elle attend qu’il parle, puisque partager les oublis en parlant, tel est bien son projet, non ? Ou alors, c’est juste pour entamer le dialogue avec des femmes ?
Ydit demande : j’ai laissé mes lunettes sur le quai de la gare tout à l’heure, je n’y vois rien, vous n’auriez-pas?
Pour parler ? Enfin, c’est à vous de voir. Enfin je veux dire. La gare est ouverte tout le temps.

 

De toute façon, pour parler, ici, en été, il y tellement d’étrangers, ils ne comprennent pas tout. Jambon de montagne, clairette de Die, ça oui. Elle sourit dans le silence puis : moi non plus, d’ailleurs, je ne comprends pas tout à Ydit. Mais c’est normal de vous aider en tant que touriste de l’oubli.
Ydit répond comme d’usage que comprendre n’est pas le sujet, et encore moins l’objet. La dame de la documentation de l’Office : « En fait, on va fermer bientôt, on pourrait abréger les préliminaires ? »

 

                       Elle désigne l’endroit choisi ensemble pour passer aux actes.
Ydit, lui, dit qu’on y va .
« Pendant l’été , bien après la soirée à l’auberge près du lycée, Catherine avait épousé les courbes d’un ravin. Violente façon de rompre avec les « Amis du Singe Vert ». (cf. SPO 47).

 

A peu près au même moment, dans un bureau de Paris, on avait lu cette lettre d’Ydit qu’avait recommandée le sénateur. A l’automne, fini le lycée, on l’avait nommé à M., plein sud, adjoint au chef du Centre de M.
La dame de l’Office demande si toutes les Estivales esquives se passent à M. ?
Ydit : c’est l’été de M., des OUBLIeS autour de M.

 

– M. c’est Munich? Montauban?

YDIT : Au Centre, dans les bâtiments ronds installés près de la forteresse, le Chef se rêvait en Vauban et pensait l’adjoint en maçon, à la rigueur en couvreur. Il y avait , dans ce rond, des couloirs droits, des bureaux carrés, des solutions à tout.

 

Parfois, des gens venaient pour vous poser des questions sur un projet, chercher un livre, oublier leurs lunettes rouges sur la terrasse de la cour. Souvent, au creux de son bureau, le chef faisait les comptes.
– ‘ Pour le budget du Centre et ceux des annexes départementales, ça m’intéresse, comme adjoint’, disait Ydit.
Ah non, les comptes, c’est pas vous, disait le Chef.
La ville de M., en ces temps, offrait beaucoup de diversion : des festivals, des ruelles où riaient les étudiantes, des librairies à ouvrages rares et des cinémas frais. On déambulait dans les espaces XVIIIème et la couleur ocre-jaune des accents mélangés. Ici, on pouvait, sans effort, se mettre à l’ombre du surmenage, malgré colloques et séminaires.

 


‘Vous travaillez sur quoi , au fait ?‘demanda le chef, un matin, pour la pause-café.
Ydit : c’est le sujet de ma thèse, et je me disais que le Centre aurait bien besoin d’un plan de com.
– ‘Ah non, dit le Chef, la com., c’est la chargée de com, forcément.’
– Donc, forcément, je voudrais la voir, justement.
‘Elle est en mi-temps thérapeutique, prenez rendez-vous’.  Puis il repartit compter des documents.
YDIT parfois prenait la petite voiture de service d’adjoint, allait au sable, entre midi et deux. Il explorait les plages, chacune son usage.

 

Par hasard, il avait aperçu la chargée de com., dans un appareil ne garantissant pas la sérénité du dialogue, et encore moins sa sévérité. Sur le parking, à l’ombre des troènes, la grosse voiture de fonction du Chef.

– Chef ! ( le Chef lève la tête ) : dans notre programme éditorial, on pourrait insérer un ouvrage documentaire sur les plages ?

-‘ Pourquoi pas les crus des piscines selon l’année pendant que vous y etes ? On voit bien que vous êtes de Paris.CR oublies d'été 3  Ici, ce qu’on publie, ça doit rapporter.’

– Ah oui, Chef, précisément au sujet des comptes

– ‘Les comptes, c’est pas vous, c’est pas l’adjoint.’

 

 

A l’office du tourisme, le public n’est pas nombreux, ni attentif. Plusieurs jeunes Allemandes viennent ici parce que c’est le « point wifi » qui manque au camping.

Ydit est habitué.

 

La dame de l’office s’inquiète si ça ne le dérange pas de parler pour personne ? « C’est juste pour aller plus vite que l’oubli ». Rien ne se passe. «Pourquoi ce silence ? »

La dame de l’office :  » Si vous avez un blanc, j’ai la tablette et … »

‘ La mémoire est un commando d’assassins qui tire à bout portant sur le futur, mais rate la cible, trop mouvante, le bolide continue sur sa lancée’. berline 1

D’accord, dit-elle, c’est du gros oeuvre, mais c’est vous qui « …office tourisme 3
YDIT : la fille de la com. répétait fuites  déprime et coups de soleil, le Chef comptait. Depuis qu’il avait été nommé, Ydit s’était fait des alliés au Centre. On buvait des verres au bord de la piscine après le travail, à l’heure du thé.

 

On se retrouvait dans les festivals de films Iraniens, pour les colloques sur la liberté d’exister au Guatémala, vendredi soir-dimanche matin.
– Et si on faisait une expo des œuvres ? demandait Ydit. Après tout, c’est un peu notre mission.
Quelles œuvres ? demandait un chef de service, en jetant les dés.
Au fond, peu importait, il fallait faire quelque chose. Avec la décente puissance et la rigoureuse économie de moyens du Centre, et la contribution inactive des annexes départementales, on s’y était mis.
Un soir, Ydit avait été appelé de Paris . Un vieil ami, mentor plutôt, déjà sénateur, à qui – le cacherait-on – Ydit devait pour une bonne part sa nomination d’adjoint au compteur, ici.

 


Gédéon voulait le voir, il avait besoin de lui dans la région : encore jeune mais déjà expert, et Gédéon le Sénateur se souvenait fort bien d’avoir participé au jury de thèse d’Ydit, juste avant d’être élu. YDIT prit rendez-vous ( cf SPO 48).
A M. fut inaugurée l’Exposition .

 

Le Grand Chef de Région y vint. Il évoqua les bienfaits de la mémoire instantanée, saisie dans des œuvres durables. Il ne dit mot de ce qu’il vit.

 

Félicita le Chef , toutefois, de cette initiative bienvenue dans un Centre qui, avouons le, sans cela…Enfin, bon.
-C’est bien mais ça coûte cher, dit le Chef
-Mais c’est de la com. dit la chargée de com.

 

Puis repartit à la plage.
                                                 Quand est-ce qu’on s’en va ??commençait à penser YDIT
Le même soir, Gédéon le Sénateur de nouveau, lui-même, en personne, appela, depuis Paris : la suite, c’était maintenant.

 

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6 réflexions sur “didier jouault pour Yditblog 48 Estivales Estives (III) : Séquence Publique d’Oubli : Au Centre de M. la culture conte l’ennui.

  1. M comme Munich ou Montauban, génial !!!!!! R comme rajeunissement, car je vous certifie qu’Ydit retrouve sa jouvence au fil des oublis, laissant tous ces ( et ses) « oublieurs » derrière lui. Mais moi, je ne l’oublie pas, car il reste à mes yeux une personnalité lumineuse, un homme brillant et attachant.

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  2. Avatar de castets Delmas castets Delmas dit :

    Elle laisse degouliner ses souvenirs au pied des mots qu’Ydit creuse dans les sillons des OUBLIs.
    Certes parfois le sens des écrits lui échappe. Elle imagine que c’est son âge avancé qui lui fait perdre le fil d’une histoire pourtant ordinaire ! Puis elle chasse ces idées noires en caressant presque sensuellement le volant de sa jaguar.
    L’initiale M lui fait comme le tilt du flipper : Montpellier. Ydit est là

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  3. Pingback: Le regard sur l’été ne dispense pas de l’œil sur la mémoire | yditblog

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