Didier Jouault pour Yditblog 68 Comme la saveur d’un bonbon sans sucre offert par l’hôtesse deux minutes avant le crash.

 


(séquence Suite de SPO 67)


« Bon, faut que j’y aille, sinon je vais rater mon bus 86, l’arrêt Mazarine juste en face de chez moi. Mais je reprendrais bien un petit caoua, tout de même », avait dit Voltaire impatient sous le récit des labyrinthes « Pas vous? Un espresso? Ils sont bons au Procope. Et ça pourrait activer le narratif, vous ne croyez pas, sur votre BdD impossible à remplir d’idées? Ceci dit,  Michaëlla, sa voisine, la belle-sœur, Tyne…

Moi aussi, je m’y connaissais en femmes, vous le saviez ?   P1210314     

SI vous aviez été muni d’une nièce comme la mienne, enfin, vous n’auriez pas tant regardé poser les Russes en short, ce qui n’est pas très utile pour l’Histoire, même si elles visitent l’origine de l’Histoire. »Voltaire old by Aved

YDIT casse le sucre, sert. « C’est toujours pareil, avec la philosophie, vous ne trouvez pas, mon bon? » murmure Voltaire qui passe pour s’y connaître (encore une imposture des libraires, dirait-il).

 

« Avec elle, on ne sait jamais trop si on tire tout de suite une balle dans la nuque ou si on interroge un peu d’abord, en fumant des Gauloises bleues ».

Interrompu dans l’essor du récit, toujours délicat d’envol, Ydit se tait. V3, le Vieux Voltaire Vaticinant, regarde le verre de lait : « J’ai appris à boire cela en Angleterre, avec le thé, vous le saviez? ». 

    YDIT se lève, ajuste lunettes rouges, ruban bleu. « Tout le tintouin, n’est-ce pas? » goguenarde  V3. bal des pingouins de fer 4  « Mais, je l’avoue, s’il l’avait fallu, moi-même, pour ma promo,  je serais allé marcher pour le roi de Prusse ».Son propre gloussement l’étouffe un peu. oublies en chemise 4    « Sauf que, moi mes livres ont rapporté beaucoup d’argent, jusqu’après ma mort. C’est même une Russe qui a voulu acheter ma bibliothèque, vous le saviez ? On se demande bien ce qu’elle y comprenait… »

    Un silence. YDIT raconte. En dépit de tous les retardements, YDIT raconte: Espérant l’idée qui devait emplir l’idée, il poursuivait les parcours des consultations dans les couloirs de l’Institution. Comme à  la recherche d’une lumière à l’insu des images dans le couloir.

 

 

« Donc, alors, quoi de neuf ? » C’était la question par  laquelle Claude-Antoine initiait tout dialogue. Les entretiens avec lui étaient toujours enluminés de ce charme désuet propre à la maison de famille telle que la filmaient les cinéastes en ces temps. Lumières de vêpres oublieuses de la religion.

Dans le bureau, on jouait avec la fin du Bel été de Faustine en caressant le genou de Claire.    SPO on the balcony NYC fifties   C’était oiseux et doux, comme de comparer les versions de La Jalousie ou les divers whiskies de Churchill en écoutant Oscar Peterson ou India Song. De sorte que l’entrevue avec Claude-Antoine, forme de séquence obligée, ressemblait à ces moments de vie dont le goût goûteux ne dégoûte de rien, mais disparait comme la saveur d’un bonbon sans sucre offert par l’hôtesse deux minutes avant le crash.

     Naguère chef de rubrique « Défense » dans un quotidien de la Côte d’Ivoire, Claude-Antoine, véritable éléphant local, avait regagné la métropole lorsque le monde s’était effondré. Devenu rédacteur-en-chef de la revue bimestrielle du ministère (16 pages, quadrichromie), il ne craignait rien tant que l’absence d’information, sauf – sans doute- la fausse information. Sa pratique des palabres l’avait peu habitué au discours hâtif et sec des Européens. un bon profil pour la République

 

Entre deux revues, il publiait parfois des récits de savane, de marigot, de coq ouvert au couteau par le marabout. Le DIR avait toujours refusé qu’on les insérât dans la revue :

« Tout ce noir, c’est un peu sinistre, non ? ».

« Alors, donc, rien de neuf? » soupirait Claude-Antoine, en reconduisant Ydit d’une main solide vers le couloir. Et toujours pas d’idée pour la boite à ID d’YDIT.

Sous la mezzanine qui servait de repaire à Michaëlla, Pierre et Marie avaient la haute main sur la falaise de photocopies et de reliures,  témoins noirs et blancs des œuvres matinales du service. Des commis d’office venaient, à midi, compter les exemplaires qu’ils diffusaient, avant minuit, aux Voisins et Institutions. Arlequins résumés au bicolore, ils œuvraient en silence pour la diffusion de la vanité. Mais la gentille Marie jouissait d’un atout vigoureux : sa belle-sœur.mamy de stephen jeune

Petites vestes Agnès B. parisiennes faussement modestes   ou pantalons Chacok bouillonnant de multicolore, chemisiers Alaya sur jupe blanche au printemps, B.L. avait fait le beau mariage. Dans les étages supérieurs, elle assumait des tâches de même.

YDIT raconte que la photocopieuse les avait présentés à la cafétéria.

V3 soulève son bonnet, délie la ceinture dorée qu’on lui connaît : selon lui, cette phrase n’a pas l’essence qu’on lui prête.

    YDIT :

« Sur une table, on voyait un caramel de jeune.caramba ! Il l’avait offert à B.L.      Elle l’avait développé comme on tire un original. » caramba 2!

« -Cette phrase là aussi, vous comprenez les double-sens ? » soupire Voltaire.

     YDIT : « Ils s’en amusèrent vite. Chacun profitait de la moindre absence de l’autre pour déposer sur la table les petits gourdins de « Caramba! ». Leur disposition simulait des acronymes au goût aussi incertain que l’objet lui-même. Bientôt, on ne les voyait plus à la cafétéria, mais on les surprenait au jardin voisin, décorant le désir aux couleurs pâles du jambon-beurre. On avait prétendu qu’ils n’usaient pas que du langage.

     Ensuite, vers la fin, le DIR avait invité Ydit, avec deux ou trois autres, à faire le point, samedi matin. On s’était retrouvés au café d’en face, le temps qu’ouvrent les portes. Sur le seuil, comme ils sortaient, un déçu de l’égalité tendait la main, et le DIR versait une obole exorbitante.  SPO 40 007 L’autre l’injuriait : Puisqu’il pouvait tant faire, que ne faisait -il davantage ?

« Précisément, Monsieur Ydit, c’est une excellente question, avait dit le DIR dès qu’ils avaient été dans son bureau. Le ministère vide répondait par le silence. « En somme, quoi de neuf sur l’Idée? » demandait le DIR, sincèrement intéressé par les constructions de leurres auxquelles sa « Team grandes écoles » ( qu’il nommait Team Désagrégée) l’avait habitué.  YDIT raconte qu’il avait décrit en riant ses voyages sur place en quête de la parole, pour mettre dans la boite à données :

 

Les œufs de Dédé-la -Poulaille, le loto Pernod du CdeB, le rayon vert de Michaëlla, le damier des reproducteurs, comme une scène de pêche à la truite au mur d’un bougnat auvergnat. Imaginez, disait-il au DIR, la même pêche, au mur d’un salon misogyne Oxford street. »

     Le DIR s’amusait. Il aimait bien son  » Gang désagrégé », des  » jeunes rigolos, inutiles, mais pleins d’avenir ». Certes, on ne savait rien sur tout ce qu’on aurait dû savoir,« mais vous allez voir, YDIT, on songe en son gîte, on suppose la fin de piste, on tourne autour du château, on prend des bords avec le navire Night, pas grave, pas grave, pourvu qu’on marche ». Il y avait du fond dans la surface de cet homme là. Et puis, sa « Team Grandes Ecoles » avait réponse à tout.

« Juste Ciel », s’écrie Voltaire en une seconde d’oubli de soi, « Qu’en voici de la philosophie pour honnête homme. C’est aussi retors que mon histoire de cultiver son jardin, vous saviez cela? Vous y avez cru, au jardin, vous ? Enfin, YDIT, un garçon comme vous, « Bâtir passe encore, mais planter à cet âge! » …        

…S’il s’agit de biner, tout ce qu’il reste, c’est de retourner la terre pour sauver les taupes de leur propre obscurité.

Ou alors, boire des vers avec des amis déguisés en allume-lanterne. »porcelaine FM

 

 

Fatigué par ce définitif, V3 se tasse dans son fauteuil éponyme et finit son lait. « Votre histoire, à peine un truc à faire plonger les filles candides dans l’eau des piscines, pour la raison que le chlore fait du bien à la silhouette ».

plongeoir Pignan slovénie

     Peu après, Ydit avait abandonné la Direction comme un fantôme sort d’une armoire normande à entendre l’alerte d’incendie, à l’heure où des accordéonistes gitans viennent danser la java du diable sur le pianola du DIR.

     Passant, des riens en main, il était entré dans le  bureau de la stagiaire. La nouvelle. TYNE y tenait la « veille »,

 

et de sa mère nordique. Elle avait travaillé tard. Il aurait parlé. Mais il n’y avait personne. Les grosses machines bruyantes chargées de dévorer les nouvelles couvraient le murmure de l’absence. Un peu de soleil dans l’eau froide du bureau éclairait un bouquet de pensées.IMG_4465

     Sur un revers de revue, YDIT avait lu :

« L’épaisseur du soleil inhibe la vitesse de la lumière ».

Ydit avait laissé un réponse.entrée sortie la contradiction du réel (1920 Londres )

 

On l’avait aperçu qui partait, pour M. peut-être ? A l’instant de l’aurevoir, le DIR, amical  : « Vous n’oubliez pas vos Carambars? ». Ydit avouait qu’ils avaient déjà pas mal fondu. Tant pis.

Le DIR fit une réflexion sur le dur époussetage du désir par le vent du temps. C’était banal.

 

 

Plus tard Michaella poussa en douceur la dure porte du DIR.

 

« C’est vrai qu’YDIT s’en va? »

« Déjà parti, mon petit. Vous avez toujours une petite nouvelle de retard. Mais on le verra sans doute de nouveau, ici et là. Il parcourt sa spirale, et à son âge elle monte encore. Avec Ydit, l’agaçant ( il avait pris un temps ), oui, on dirait toujours qu’il se pense immortel.« 

 

 

Puis, songeur : « Michaëlla, vous qui êtes dans la Team désagrégée, donc vous  savez tout, vous ne sauriez pas où est passée TYNE, la petite nouvelle stagiaire ? »

 

     Voltaire, agacé par les Lumières posées sur Ydit : « Bon, c’est pas tout ça, mon bon, vous avez des dates pour les festivals, déjà? Moi, je vais faire Chambéry, Londres , Berlin… »

    A ce moment, au Procope, les Américaines (que Voltaire aurait voulues Slaves), demandent l’addition. Le garçon en noir et blanc s’approche de la table :« Mon service finit, vous pourriez régler ? »

 

Voltaire fait un geste vers YDIT, « Rien sur moi », un autre ( amical) pour saluer les étrangères et la hauteur de vue de la note.
-« Ne vous troublez pas, YDIT, mon bon, c’est toujours  un peu comme ça, ces choses avec la mémoire, il faut payer avant que ça ferme. »

YDIT entoure le ruban bleu des records intérieurs autour des lunettes rouges, celles des aviateurs jamais décollés. Fin de partie.

 

Il glisse dans leur boite invisible les sautoirs et les étiquettes, on range, on plie, on déserte le désert polychrome des rivages secrets sertissant le flux sévère de la mémoire. Il se lève.

-« Sinon, demande à nouveau V3, dépliant l’arthrite, des dates pour votre chaud en juin? »

 

 


RAPPEL sur les AQUARELLES nommées  » S.P.O. » ( ou Lavis, mode d’emploi).


La Séquence Publique d’OubliEs qu’on regarde maintenant est un élément d’une longue série d’OUBLIS volontaires. Oublier ce qui a été un mauvais présent, ou un réel trop tard perçu. Le projet, des posts de garde, en poste restante, reste de mener sans hâte et sans reproche le récit amusé -ou stupéfait- de ces jours qui façonnent les mauvais souvenirs pour des récits lancés dans les soirées d’amis, les cauchemars, les somnolences d’avion- ce qui reste à oublier, au fond, avant de faire la somme (ou un somme?)

à la fin de l’histoire.


Yditblog   68   par   Didier Jouault

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Une réflexion sur “Didier Jouault pour Yditblog 68 Comme la saveur d’un bonbon sans sucre offert par l’hôtesse deux minutes avant le crash.

  1. Avatar de Serge GOTTHEFF Serge GOTTHEFF dit :

    Quels souvenirs ! Si ce n’était pas par fidélité au John Wayne de ma jeunesse, je demanderai pour te faire bisquer : « Et les indiens ? » Bref, j’aime. SG

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