Didier Jouault pour Yditblog : Séquence publique d’omission N° 70, le léger de l’été.
Cette fois encore, les publics sont épars : trop à regarder ailleurs, trop de départs. Ydit raconte, et les ombres qui l’accompagnent dans son ordinaire champ de course vers l’Oubli ont aujourd’hui clos les écuries de la parole. D’un geste il invite un menu groupe de fortes filles venues de loin, elles hésitent.
Le maillot » Séquence Publique d’Omission » étonne ou agresse.
YDIT selon sa règle persévère et raconte que, au fond d’un tiroir, dans l’après-midi solitaire de ses quatorze ans, ou bien était-ce treize? au cœur d’un été commencé, – il explorait avec patience et de tout son corps les veines molles du temps où court le sang de l’ennui.
Sans dessein, il découvrit dans un tiroir l’une de ces preuves qui font du passé un présent pour toujours privé de futur propre.
Le petit groupe, déjà, s’inquiète. Parler Persan, passe encore, mais parler passé?
YDIT reprend : C’était une simple boite comme il y a de simples mots. Un grillage ancien, à peine rouillé, retenait les mouvements d’objets qu’Ydit n’avait pas de suite pu identifier. C’était une boite de bois simple, de la taille d’un journal intime privé de son intérieur.
Aux quatre coins du sapin blanc, le couvercle gondolait. Le sceau de cire rouge par sa brisure ancienne disait l’enracinement dans la durée longue, et sous les ficelles fines conservées des fermoirs de laiton sale grippaient un peu à l’ouverture.
Les auditrices se sont écartées, mais rendent grâce à YDIT : poser partout des adjectifs , c’est comme de répandre une giclée de cailloux blancs sur les falaises de la parole.
Ydit ne savait rien des indices de ce récit-là, et connaissait à peine de brèves enluminures d’Histoire, les Belges, Maginot, la guerre éclair et les drôles de cadavres peuplant les films où l’on s’embarque à Dunkerque. Un colonel, aussi, dans son tank à Montcornet.
Le dedans de la mort reste toujours d’exploration facile et l’inventaire sans surprise tient à peu de gestes : un portefeuille aplati par les sueurs et les sables et les peurs de l’été 40 ; un livret militaire qui porte les inscriptions définitives annonçant la fin de l’exercice, dans quelque vallon de Thiérache. Deux ou trois effets personnels, on sent bien que les camarades n’ont pas trouvé le temps de fouiller les poches, on entend presque derrière le couvercle des mots en Allemand, le vol gras des stukas, et l’enroulement vicieux des chenilles.
Une enveloppe, Ministère de la Guerre, Ydit ne l’avait pas ouverte. Une montre ronde, pas chère, le bracelet porte des traces de déchirure. Un stylo à plume en or, type cadeau de mariage, une alliance, rien d’autre,
signez là. 
A ce grand silence des objets, on sent que le type est parti au milieu de la surprise.
Dans le livret, une photo, un nom. Ydit a oublié, l’Etat-civil en donnerait le détail, en marge: YDIT, né de Th. F, épouse J, veuve de x, mort au champ d’honneur le 4 juin 1940.
La porte avait été poussé soudain : la mère souvent s’inquiétait de ce que signifiaient ces longs silences d’YDIT seul. Elle avait dit : » Ferme ça, il est mort avec tous les autres, il aurait pu être ton père, on les a envoyés se battre avec une seule balle dans le fusil, des salauds. »
Plus tard, devant un film ou sur un livre d’Histoire, Ydit avait pensé à la biographie secrête, l’unique trace d’un premier mari, et à l’amertume des écumes de rage que le vent de paix ensuite mime d’ effacer.
En secret, disait-il, des absents inconnus mènent le bal, mais la musique de la fanfare joue des requiem pour procession de campagne : rien ne sonne juste, même pas la douleur de l’oubli. Et cependant, des femmes poussaient la charrette des souvenirs sur des chemins pavés d’éclats de coffrets en bois blanc. Puis, ayant croqué les OubliEs, certaines posaient le coffret dans la corbeille d’un nouveau mariage.
En cet instant du récit, les voyageuses venue d’Orient, d’Iran peut-être, ont pris la fuite. YDIT les voit qui tentent de comprendre à quel pittoresque phénomène elles ont été confrontées.
-« Et c’est avec cette sorte d’Oublis que vous avez l’intention d’égayer les plages, les dunes, les golfs et les golfes?
De redresser les replis de la côte sur les chants des amoureuses ? De mener les troupeaux vers la paix, les jeunes filles vers la barbe à papa, et les berceaux vers la layette ? »
Germaine – comment ne pas reconnaître la reine des rails ?- s’est libérée de ses horaires et du changement à Pruillé-le-Chétif. Elle ronronne de déplaisir. « Parfois, dit V3 survenu par une autre porte – (on ne sait jamais d’où il vient, celui-là , pense Ydit) – Parfois la sagesse est d’accepter de n’être pas vu comme un sage. »
Germaine lève les yeux au ciel- pour ennuyer V3, vibrionnant Vieux Voltaire. Déjà, depuis le départ des Séquences Publiques, il y a eu cette espèce de Russe
qui prétend tout savoir et ne pas réussir à le dire. Maintenant V3. Elle préfèrerait le monopole du rail, Germaine. Même si ça fait vieux langage.
Elle ajoute : « Ydit, l’été, c’est léger. La saveur de l’été, c’est avant. Vous devriez nous faire un bel été d’OubliEs venues du plus loin. »
D’un geste impératif, en même temps, V3 repousse d’un doigt imparable Vassiliki essayant de reformer le trio, et menace YDIT – d’on ne sait quoi d’ailleurs, de rééditer la Henriade ?
YDIT se résigne, et dresse le plan de la narration d’été vert :
Ce sera au cœur d’un univers encore vibrant, la » Villa du Pré Saint Gervais ».
D’abord, les éphémères rides, ces mots qui dénotent la distance. (SPO 71)

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Puis le fumeux Parrain, guide regrettable, sauf s’il trouve finalement sa place en terme de saison 3. (SPO 72) 

Viendra le temps où Les gars du Pré font leur cinéma de papier. (SPO 73)

Voila pourquoi Le directeur ne sera pas
du tout content (SPO 74)
ET – enfin- se posera la question du bout de la rue : « Quel bonheur de la marmonner cinquante ans plus tard », dira YDIT à la rentrée :
» Et si on ratait le certif ? »(SPO 75)
Didier Jouault pour Yditblog 70
Loved it.
« l’été, c’est léger »: manque plus que Léa pour retrouver notre ADN, aurait dit l’EditL pour laquelle l’alphabet à 4 lettres n’a pas de secret.
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