Yditblog S.P.O. 72 – Les gars du Pré font leur cinéma en papier couleur – Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n°2 –

Carte postale d’été :

le convoi des jeeps noires attend pour traverser le Saint Laurent, entre Escoumins et Trois Pistoles.

Tout laisse à penser que l’immatriculation est une allusion à Yditblog : 1 2 3 4 …Pour l’instant, c’est seulement la séquence 72, troisème piqure de langue de l’été.


Séquence d’été troisième,   SPO numéro 72,   les garçons font des bêtises avec le papier glacé.


     A  cet âge, dans la Villa du Pré, on avait assez de temps vides pour les emplir de bavardages et de partages. Les garçons, à plusieurs, déambulaient et menaient les récits improbables de leurs découvertes- qu’on n’authentifiait jamais.

     Dans l’immeuble de Pierre, dit Pierrot, (ou Di Piero?) les appartements étaient petits, mais les parents absents. Ce n’était pas là qu’on faisait les boums, et seule une sœur y entrait. De temps en temps.

     On arrivait juste après la sortie du collège, Ydit avait déjà sans doute jeté le goûter à la margarine dans le caniveau, mais chez Pierrot les buffets ne manquaient pas de libéralités.P1220455 Les dessus des armoires ou les dessous de lit profonds offraient aussi des ressources rares (car coûteuses) en quadrichromie sur la couverture, et grand écran de l’imaginaire.Revue-Charme-Paris-Hollywood-N°125-Pin-Up-Deshabillable-Annees-1950

 

 

 

 

 

 

     On s’enfermait, on tirait le verrou, le reste venait de soi. Tout un art discret de la représentation.

 

le-verrou--fragonard-

     Nulle des mères poussant la porte les bras chargés, grognant un peu d’avoir dû sortir sa clé du haut, ne savait à quoi les garçons de la bande usaient l’énergie suave de leurs gestes, ni de quels mots lourds ils échauffaient en sourdine leur échange complice.Pâris hollywood 3 Mais c’étaient des garçons, et les mères n’en apprennent jamais que leur surface.

     Elles savaient donc encore moins à quoi ils dépensaient un peu de leur argent et beaucoup de leur temps.

     Patrick parlait le plus fort- émotion mal contenue :  » Et celle-là, tu l’as vue comment qu’elle est ? »    Inkedles filles des garçons_LI

   « Leur Français n’était pas excellent, même si leur attention était vive, pour des collégiens », souligne Vassiliki, avec son accent qui rend à toute sonorité la saveur des aveux obtenus spontanément au terme d’un constructif échange de points de vue entre camarades.

     Ydit : « Leur imprécision guidait aussi les mouvements, et leurs savoirs progressaient lentement. C’était ainsi, pour les garçons, mais on en savait davantage si on partageait l’apprentissage. »Procope Voltaire vaticine

     Vassiliki le confirme : « On apprend mieux à plusieurs, c’est pour cela qu’elle doit tout de même penser au rapport sur le père et les Services. Même si on est Treize autour de la table »
Ydit répond que « L’été n’est pas la bonne  saison pour la lourdeur, ajoute que seuls des récits presqu’imperceptibles, tels ceux de la Villa du Pré, peuvent trouver place entre deux rayons, dans les bibliiothèques du soleil ».

    –« Et celle-là, tu l’as vue comment qu’elle est ? T’y croyais pas, hein, quand je te le disais? » On n’entendait que leurs voix épaissies par le déploiement des membres de grands garçons, sur l’image (« Hé, Ydit, tu me gènes je vois pas »), sur le canapé serré du regroupement pilleur et piailleur, sur le plancher où le modèle comme éparpillé se tient debout, courbé sur les volutes hélas ( pensaient-ils ) trop cachées de sa nudité vraie,  si teintée d’ordinaire vulgarité.Parisn hollywood 1

     Les garçons de La Villa regardaient et s’agitaient, impalpable promiscuité profonde, sans autre émotion que celle des yeux, des mains, et d’un petit coin personnel de garçon, car ce qu’ils voyaient n’était qu’images : rien à caresser, ici, en dehors de soi-même, histoire secrète de la bande.

     Vassiliki, rieuse : « Tiens, YDIT, c’est là que vous avez appris comment ça marche la vie? Le désir des filles sera-t-il jamais autre chose qu’un éclat de regard sur la glace du papier, un reflet dans le reflet de l’atelier du peintre, les dimanche d’été? »P1200641

vitre-des-oublies     Linges aux talons, comme surpris par l’orage avant de percevoir la pluie,  ainsi se livraient les garçons dans l’immobile sérénité du singulier mis en commun, et la scène banale – tout entière-  annonçait la mauvaise surprise des mères faisant du bruit en cherchant leur clé, pour le verrou du haut.
Vassiliki, dont l’intérêt pour la vie des familles ne se dément pas, s’interroge : « Où étaient passées les sœurs pendant ces heures de labor improbus, dont elle mesure bien l’importance mais aussi la nécessaire confidentialité ? », concept chéri d’elle et des garçons.

     Les sœurs, on ne leur apprenait rien, connaissaient les horaires et choisissaient de rester à l’écart de la bande. C’était tout de même mieux qu’elles sachent  le cinéma des garçons sans voir, elles se mettraient au courant du film plus tard, et puis, en cet univers de « La Villa » , années 60, on disait que « les filles c’est pas pareil ».

     – « Et pourquoi t’as mis le verrou du haut avec tes copains, mon  Pierrot? » demande l’une des deux mères. L’autre, sa voisine, voudrait connaître ce qu’ils faisaient comme bêtises ? 22 Culotte Pantalon pattes d'eph 1970  Parce que ça se devine, qu’ils n’étaient pas en train de faire leurs devoirs, ou de réviser le certif ou de penser à leur B.A.  Son regard de pie volée ayant perdu ses bijoux s’éparpille d’une main à l’autre, maman n1 1965 d’un genou rosi à une ceinture mal remontée, inutile inquisition à jamais privée de réponse en mots.

     La mère de Pierre à peine retient son sourire de comparse discrète, attendrie par son garçon qui grandit, ça passe si vite, on pose. À peine le biberon et ils regardent déjà les images (elle ignore Samuel qui écrivait: « elles accouchent sur des tombes ») elle déplie le pochon brun pour sortir les chouquettes : « Bon, je suis sûre que vous avez besoin de forces, même si c’est pas vos devoirs que vous faisiez ? ».

     Même, prétend à présent YDIT, d’un petit coup de semelle très  léger elle avait repoussé dans l’ombre sous le canapé un coin   maman 2  de revue effeuillée où baille quelque plus ou moins belle caviardée en blanc. Il y a des mères qui comprennent les copains de leur fils. Et puis ça vaut mieux que de fumer en cachette, ça ne sentirait pas un peu la cigarette allemande, par ici ?

    -« Et ce remplaçant du prof de gym, au fait, il tient la forme? »Procope fee verte disait-elle, mine de s’intéresser, de détourner la voisine pie volée de ses investigations immobiles.

     Ydit racontait que ses devoirs étaient presque faits, on sera bons pour le certif, Madame Pierrot, c’est sûr et certain, (il adorait jouer le pré-pubère bon enfant) mais il restait un exercice d’arithmétique, il allait devoir rentrer au 1 rue du Belvédère, là ou deux villes se chevauchaient pour d’incertaines limites : on ne sait pas où on habite vraiment l’espace d’ici, on ne sait si on y va réellement, ou si on vient de quelque part ailleurs.

 

     Il raconte qu’hier est passé la propriétaire, avec un plombier : il y a une grosse fuite sous l’évier de la cuisine, seul point d’eau de tout l’apparrtement au 1 rue du Belvédère, donc ça gène, mais comme le plombier prend cher, on a colmaté avec de la pâte à modeler, et puis des carrés découpés dans un sac en plastique rose de Prisunic, le tout bien collé avec du gros scotch pour déménageurs.

 

     Et ça tenait, oui, mais la propriétaire, enfin, quand le plombier a tiré le rideau sous l’évier et vu tout ça, le bricolage…Ydit raconte sa honte passagère, et aussi que la fille de la propriétaire, percevant la gêne, lui avait donné un joli sourire et un haussement d’épaules du genre « on s’en fiche ».photo du silence

     Mais, là, pour de vrai, il faut qu’il rentre pour ouvrir au plombier qui revient finir l’ouvrage.

     La bande se réunit dans la cuisine, bol de chocolat, décroissance durable des chouquettes.

     Emotion passée, « -On a bien fait pour le verrou, les mecs » murmure Pierrot. Patrick, Richard, comme Henry, ont repeint sur leurs visages l’air de n’y pas toucher, si propice à la paix des familles. « -Mais faut faire gaffe aux horaires la prochaine fois » .« -Si t’avais pas été si long » remarque Richard. Il est trop jeune encore pour lire  BONNEFOY

« Puis, vers le soir,

Le fléau de la lumière s’immobilise. 

Les ombres et les trêves ont le même poids.

Un peu de vent

Ecrit du bout du pied un mot hors du monde ».

(Rue Traversière, Poésie Gallimard 1992)

     Dans les regards subsistent quelques  éclairs, mais on clôt les yeux pour effacer les tièdes images d’un après-midi où les garçons faisaient des bêtises, à la place  de leurs devoirs- c’était le Directeur du collège qui n’allait pas être content !


Didier Jouault         Yditblog  72 


 

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