SPO n°105, toujours autant de sang sec au 104 , c’est la Polka des mulots

 

Rappel : au 104 pour la 104, on remonte aux racines :  on vide à trois la pavillon de la grand mère rescapée.

On éparpillerait les douceurs  des cartes postales et lettres d’enfants, on éviscérerait l’épaisse armoire,on déposerait dans les ombres à la lisière d’un champ de blé vert un nid de mulots découvert au cellier. On trouverait dans un tiroir la carte immatriculée d’ancienne des camps, on n’oserait y toucher…

On avait mis au frais dans le ruisseau le vin blanc  disputé  aux mousquetaires de la route.

 

Ydit fait le récit des émotions, et du blanc sec séché à trois. Depuis le hammam ou l’Ardèche, on se permettrait une somme de libertés dont l’addition posée d’un regard pointu par un censeur autant éberlué que castré,- mais n’est ce pas au fond la même chose ? – ne rendait toujours pas libertin- mais insoumis aux pudeurs faciles de l’entre-soi.

Polka aussi était allongée, torse nu, sous l’arbre, et sous l’ombre de son Jojo bien pendu. On avait parlé Histoire et politique (Polka était la fille d’un opposant parmi les plus célèbres de la République d’alors), elle revendiquait l’héritage des Vieux de la  de la vieille Rouge la plus rouge que rose. Puis on avait un peu somnolé. « Trop chaud, avait-elle dit, je vais prendre une douche. »

– « Après le déjeuner »? demandait Jojo. Elle allait vers le pavillon, dévêtue

– « De lin blanc et de probité candide », ricane V3

-« Mais si peu vêtue qu’on l’oublie », s’amuse Germaine-des-rails,  née trop tard pour ces facilités d’époque. Dans le silence, revient le bruit de pas sur l’herbe, les garçons rouvrent les yeux. Polka, malicieuse et nue entièrement : « C’est idiot, je vais me doucher mais je laisse la serviette de bain ici »

-« C’est dans cette tenue que tu te promènes? « s’étonne JoJo, ignorant l’allusion théâtrale.

-« Bien sûr, dans  la tenue d’une  qui a oublié sa serviette, quoi d’autre?»

– « J’imagine, dit Marina, qu’elle prenait son temps et des poses, je vois bien les mouvements sous les ombres et dans les yeux, après ça, Ydit, vous me feriez des reproches parce que je me suis mal conduite naguère en compagnie de Richard, dans son roman? »

Ydit cesse le jeu avec l’incertain cube rouge placé au centre du 104, mais ne casse le récitOn posait  des étoiles sur le litre ou les épaulettes de l’armée du peuple, et La Grand Tireuse vous emplissait de sales souvenirs rouge-feu, pas une minute à soi pour compter ses oublis, c’était Le Temps où l’on croyait encore que le corps pouvait vivre sa peau dévoilée sans son appétit de désir.

Il dit qu’il avait pris du plaisir à observer Polka, ses glissements de géométrie soyeuse dans la sévérité de la silhouette, ombres rondes et lumières roses, pendant qu’elle ramassait avec lenteur la serviette, gestes mesurés pour le regard. L’image ressemblait aux courbures du corps devant la baraque de tir, ou les baraques à frites, à la fête des humains, mais tout tissu évaporé dans le chaud sous l’arbre. YDIT : Elle m’avait fait un petit signe de la main juste avant de s’effacer dans l’ombre carrée du pavillon. Jojo avait haussé les épaules, faute de pouvoir lever un sourcil : les mœurs du temps ne le permettaient pas pas.

Ydit raconte : un matin de mai, peu après, au retour d’une course à deux dans le bois, Polka invitait Ydit à passer plutôt chez elle pour la douche, c’était plus pratique cette fois. On avait longtemps laissé refroidir le thé russe, assis sur le tapis, une lumière venue d’ailleurs éclaircissait les pénombres du corps sans dissoudre l’épaisseur d’un désir qui savait se poser sans s’écraser.

Ils étaient ainsi assis aussi. Et rien n’advenait. Ydit regardait autrement Polka, qui le voyait la regarder plus précisément, elle observait  en souriant comme un épaississement pas que du regard.

– « Vous nommez cela s’épaissir? « goguenarde Marina, moi je dis…

-Ydit : Se retournant vers un meuble et le tiroir d’en bas, impudique encore dans le mouvement, et cette fois le désirant , Polka disait- ouvrant une boite rose et verte : ’Moi, c’est des gelovules, ça fond très vite, tu verras, ça ira ?’

Ydit se souvient très bien que cela fondit à temps.

Marina demande si elle était bonne ?

-« La douche ? « demande V3, probablement peu averti de l’usage de ce type de gélovules,

-« Polka,  tiens, qui donc? »

Sans répondre- mais tout récit est une réponse à des questions  encore à poser comme disaient les écrivains de l’époque- Ydit raconte. Ensuite, ça avait été très étrange.

Jojo( car on ne cachait pas les petites parallèles du quotidien) avait semblé affecté-en dépit de la morale d’un temps décidé à n’en avoir pas.

-« Tu parles, riposte V3, le morale c’est comme les actions de la Compagnie des Indes de Monsieur Law, tant que ça grimpe, t’en as, et dès que ça descend, tu vends » .

Le sourire de l’autre  fille, qu’ Ydit aidait à s’endormir, n’avait représenté qu’un masque forcé, en apprenant que Polka et Ydit  s’étaient mélangé les gélovules. Du coquin, pourquoi pas, puisque c’est ainsi de nos jours, mais pas de coquines, de copines, de cousines! Surtout que, franchement, si c’est pour le nu de Polka…

-« Bref, suggère Germaine, les gélovules qui fondent vite c’était une bêtise. On a toujours le ventre plus large que les idées. »

-« Tiens , dit Marina, je ne l’aurais pas dit comme ça, mais au fond ça décrit bien votre époque, Ydit, non ? »

Ydit : les quatre amis s’étaient un peu évités, ensuite, plus de sauna, plus de tennis, plus de fête des humains, ou des copains de la rue, et Ydit n’avait pas revu Polka seule à seul .

Et puis, très peu de temps plus tard, à l’impromptu, il avait dû partir assez vite un peu loin, trop loin pour de petits bonjours du jour, trop vite pour des mots posant la suspension à la place de La disparition. On ne roulait plus désormais sur les mêmes vélos dans les mêmes chemins creux de Mayenne. L’histoire perdait son rail.

-Sagesse de Voltaire : Il s’ébroue, commande un café : » Plus un rail est rouillé, mon bon Ydit, moins les poules picotent la crotin des locaux entre deux passages »

-« C’est assez obscur, pour un type des Lumières, » réclame Marina.

-« Ah, dit plutôt Germaine, c’est vrai que les voyages c’est bien, car les locaux motivent. »

Vassiliki, depuis plus de cent SPO (mais ne surgit elle pas bien plus tard.?) admet l’incongruité de ses partenaires de scène, leur goût pour ces mélanges de langue, un peu de poésie apparente et des jeux moitié Audiard moitié almanach.. Cependant?  dit-elle.

Nul ne répond

 

Ydit se tait. Autour, les acrobates du 104, les chanteurs de jazz blanc et les photographes de rues vides continuent à exercer leur talent gratuit pour un public passant plus vite que leur ombre.

 

-C’est pour ça que j’aime venir dans les grandes cours du 104, parce que tout le monde ici fait ce qu’il veut et que tout le monde passe sans rien dire. On parle sa solitude sans être solitaire. Comme une Séquence Publique d’Oubli, en somme …

« Mais la disparition sans suspension, c’est la fin du récit ? » se déceptionne Marina, qu’on a en effet connue  habituée à des ombres plus denses.

 

 


A suivre, demain ( sans doute ) :  Séquence Publique d’Oubli au 104, première série d’été, Yditblog numéroté 106 pour décoller au 104, la Polka des pinçons n’a plus besoin de ses gélules

 

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3 réflexions sur “SPO n°105, toujours autant de sang sec au 104 , c’est la Polka des mulots

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