
Ensuite – c’était le contrat- Aymeric et Adeline ont libéré de ses contraintes le fabuliste amusé.
Parmi les Devoirs, or depuis soixante ans le narrateur est un homme de Devoirs, l’un commençait à pousser trop loin ses épines intérieures : faire l’YDIT, le dit du Didi.
En ces temps, je m’imposais une sorte de régularité. Souvent, je l’aimais, car la contrainte éveille. Parfois je me le reprochais : pourquoi ne pas rester plutôt libre, et choisir de finir un verre de blanc à la terrasse bleue, ou regarder une statue sans la question de savoir où poser lunettes, badge, ruban bleu, l’implacable trio d’une signature sans véritable auteur ?
Fin des fables, sinon des fabulations.
Mais le marcheur solitaire n’ignore rien de cette vérité grossière : on randonne parce que l’intérieur de la marche est le meilleur espace de liberté où s’enracinent les histoires qu’on se fait à soi-même. Tout comme flâner des heures sur les collections d’images ouvre les attentes des rêves qu’on ne fera plus, et les routes vers des ailleurs déjà fermés à la rencontre par les oublis.
Pendant ce temps, les amis écrivent des livres sans images, ou lisent de la philosophie sans dommage. C’est plus fort.
Lors de trois précédents voyages vers Venise (parmi beaucoup) , c’était le train de nuit. Oublions le premier, un voyage d’étudiants. Le deuxième, le wagon-lit, par gourmandise, un peu Agatha Christie sans mort à Venise, un peu Cendrars sans les cendres de la loco. Si je pouvais ici me souvenir sans émotion – mais l’émotion du souvenir est un piège nommé nostalgie -, je raconterais le retour de nuit depuis Venise avec Fred, seuls elle et moi, très amoureux, dans le compartiment 6 couchettes des années quatre-vingt, où l’expression de la tendresse fut chaotique.

Photo de sergio souza sur Pexels.com

Ensuite, un voyage familial – mais jamais ici de famille présente, qu’on préserve de la mise en public, toujours un peu mise à mort spectaculaire du réel.
A Venise, Rousseau faisait des confidences sur les soirs où on danse et le perron trop glissant des palais masqué. Sollers y prenait en tous temps ses élégants quartiers de printemps durable, chipant les biscuits au salon de thé si désuet où les américaines viennent boire leurs messages en sortant du musée hanté par les chiens de Peggy.
Ici- triviale note -la plus étroite des places est conçue pour de larges rencontres, mais j’étais seul.
Sans conviction, comme une étrange consigne ( morale scolaire) à moi seul pour moi et par moi formulée, je posais pour Ydit, l’air stupide : toujours, la photographe choisie dans la rue acceptait de me prendre, c’est l’usage entre voyageurs, et -par bonheur- la différence des langues bloquait tout interrogatoire sur mes étranges ( et un peu ridicules) décors. Le sourire affligeant marque l’amplitude intérieure d’un renoncement qui s’annonce. Mais c’était une façon de parler.
Visiter seul, c’est visiter deux fois, prétendait Peguy, et la seconde (récit, photos d’Iphone) donne comme un écho serein à un plaisir pas encore défunt. Puis, on a le temps de regarder les passantes.
A Venise, c’était la Biennale d’art contemporain, offrant le rare bonheur de pénétrer de coins d’espace d’habitude interdits ou réservés aux badgés : palais, consulat , entrepôt vers l’un de mes deux quartier préférés : l’Arsenal. Et Giardini, tout au bout de Castello.
Solitaire , levé tôt, dormant tard , je tardai au milieu des incertitudes du langage et des imprécisions du silence sur les nuits de Biennale, escapades de sorcières à pétard et de carabinieri en pétard…Errant, j’observais l’ombre que le désir porte sur la terrasse du solitaire, au petit matin, entre deux œuvres.
Les visiteuses passaient. Par habitude et malice je dressais le décompte des silhouettes qu’allongent les bien nommés (et bienvenus) shorts d’été, entre deux surdosages de café ou trois pavillons d’œuvres si pleinement contemporaines dans leurs usages de provocations banales 


J’oubliai mes décors à la terrasse d’un café, mais la serveuse avait mon téléphone, elle me retrouva d’un coup de bicyclette. J’ignorais encore que FERRARE est une construction géométrique balisée de vélos conduits par des jeunes filles, je n’avais pas encore assez lu Giorgio Bassani.
J’écoutais les guides en plusieurs langues, et regardais les écoliers regarder la statue membrée, sous l’œil amusé que m’adressait la maîtresse en K Way rouge.

Le troisième soir, le patron m’a reconnu ! C’est l’ambition majeure du voyageur.
Ici, musique en Live, pas de menu polyglotte, tout le monde parle Italien, plats du jour déposés sur le zinc à la façon d’une provocation d’art contemporain.
Sur un coin de table, on cafouille le parcours, on bafouille les étapes. FERRARE, au centre?
Mais on ne savait pas pourquoi l’impératif d’ y revenir serait bientôt si puissant.

Didier Jouault pour YDIT-BIS, Rétro Calendrier de l’Avant, 8 – Giardini au bout de Castello. ( Venise I) A suivre …
Mais qui prend les photos où tu figures ?
Envoyé de mon iPhone
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Bonjour la Michèle ! Tu as sûrement vu ça dans les lieux publics : tu fais le vieux qui sait pas bien, tu demandes à une dame si elle peut te faire la photo, jamais vu de refus ( avant le VIRUS IN THE WORLD, évidemment!). Bises
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