YDIT-Suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 2/99, Deux pages pour pousser la porte du récit – seconde page, de jour, présentation.

Dans la rue, aussi- comme dans les peurs et les tenailles du désir refermées sur l’avenir – la confusion s’est installée par endroits.
Au retour de la boutique à vins, jamais fermée pendant le blocus, sur le trottoir, s’ajoutent sous mes pas les témoignages d’une crise plus intime ( ou que provoque la peur de ne pas savoir ?). Je butte sur deux sacs poubelle de chambre d’hôpital, détournés – ou portés ici comme des bois flottés dans le ruisseau urbain. Les débris de vivre dépassent : lettres mouillées irisées par les pleurs ou les perfusions, coins de tickets d’entrée à présent pour nulle part, sans doute.

De la boite jaune- qui porte l’étiquette N° 73 San Diego, Old Town, cimétière marin, 08/83– les diapos sont sorties sous le choc de l’abandon. Un petit carré noir et blanc, festonné, tient le rôle de vigie provocante. Avec mes gants, je le ramasse – dans une grande délicatesse.

Quatre jours plus tard, fin de quarantaine, la photo ancienne, sans lieu ni date, s’installe à droite du bureau, près des clés et du flacon de gel hydroalcoolique. Ensuite, en cet instant de maintenant, elle pénètre dans le flux serein de « YDIT-Suit », soixante-cinq séquences programmées dont la dernière pour le 31 décembre 2020. Je décide de le nommer Narrateur. On a bien le temps de faire connaissance.

Puis, j’ajoute- à peu près telle quelle- la « page de présentation » que demande tout éditeur. Elle accompagnait la compagnie perdue des tapuscrits ( cf. »Soumettre FERRARE ») :


Quelques mots sur « Le Jardin de Giorgio Bassani », de Didier Jouault.
Le narrateur est désormais à la retraite, mais continue à voyager pour-on le devine- contribuer à l’écriture d’ouvrages. En début d’été, il redécouvre FERRARE. S’y imposent les discrètes mais fortes traces de lecture, les bruits du tennis dans «  Le jardin des Finzi-Contini », l’écho de la Renaissance dont la ville fut l’un des fleurons, et des Résistances (au fascisme italien et ses lois «  raciales » en 38-43). L’écrivain Bassani en a été l’un des acteurs, et des victimes. Le voyageur habite le Bnb de Silvia, l’accorte hôtesse. Il découvre aussi qu’un duc, ici, fin du XVème siècle, accueillit à bras ouverts les Juifs exclus d’Espagne. La ville en porte de nombreux témoignages, dépassés dirait-on, oubliés. Intéressé, troublé, il veut en savoir davantage, interroger les mémoires et l’Histoire. Interroger les forces noires de l’oubli, traverser les pénombres volontaires. Mais il ne parvient pas à trouver la maison de Bassani (et son jardin), ni même à visiter le cimetière juif. Echec.
Deux mois plus tard, le voyageur revient, sous prétexte de «  notices » à rédiger. Il séjourne d’abord à Modène et Mantoue, et le roman raconte les histoires des deux hôtesses de BnB, Stéfania, Erika. Elles forment deux figures opposées par leurs âges et leurs destins : années de plomb, années des argents faciles. Dans ces villes, de visites en errances, de musées en galeries d’art, le narrateur cherche et trouve, plus ou moins en se trompant, les échos de ce qui devient le thème central : «  Renaissance et Résistances » . Où en sommes- nous de nos chemins ? Encore en Renaissance ? Toujours en Résistance ? Ou bien ne reste-t-il que des fantômes à vélo, un peu vainement troussés dans le short mouillé? Qu’en dit la mémoire ?
A Ferrare, il retrouve le BnB, fréquente Néro, un surprenant guide connaissant les histoires sombres et des connivences de la ville ancienne, et parcourt en tous sens les ruelles du ghetto. Bonheur d’être un moment de la canicule. On y voit des touristes, des filles en short et à vélo -que Bassani célébrait déjà- des plaques commémoratives : antifascistes mitraillés ; culture et déportation des Juifs. Peu à peu, lisant l’œuvre et traversant des lieux (dont le jadis célèbre tennis ) le voyageur fait de Bassani un personnage de roman. Il invente des épisodes de vie, et- par divers subterfuges- raconte à sa façon trompeuse deux des principales nouvelles de Bassani. L’une décrit une exécution par les fascises en 43. L’autre évoque le retour d’un déporté juif plutôt gênant, car on le croyait mort.
Le narrateur se perd, mais rencontre Silvia ? Surtout, il cherche obstinément la maison de Bassani, pour en creuser (cultiver ?) le jardin secret. Les verra-t-il avant de quitter la ville, Silvia, le BnB  du 33B rue Belfiori, dévoilant ainsi tout ce qui fut caché, dans l’action de Bassani, et de son temps, un peu comme on dévoile une plaque commémorative rue Mazzini ?
L’errance joyeuse, les rencontres attendries, les diners avec Silvia ou Néro, les figures du festival de rues sont les autres personnages d’un roman qui se veut léger pour des sujets graves, on ne se refait pas. Le narrateur, en effet, songe qu’à bientôt 70 ans et dans son monde parisien, il n’a plus de temps à perdre pour se souvenir-et pour rédiger ses fameuses «  notices », en buvant des expressos sur les terrasses.
Bien entendu, tout ceci, écrit avant la « crise sanitaire », terminé début janvier 2020, prend ou perd son sens. Ainsi va la vie.


Un Narrateur. Une présentation. Un programme. Dix-neuf pas vers mon

« Jardin de Giorgio Bassani. »: nous y voila.


Didier Jouault pour YDIT-Suit, épisode 2/95, à suivre..

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