PRECAUTIONS : IL EST UTILE DE RAPPELER QUE LE PATIENT TRAVAIL DE MISE EN PAGE NE S’APPRECIE (OU PAS !) VRAIMENT QUE SUR LE FORMAT « BUREAU » DE L’ORDINATEUR, et disparaît sur un smartphone…
Sur ces images à Mantoue d’une Renaissance insolente, et sans réticence au plaisir, joyeuse d’envies et de savoirs, gaillarde, sûre de l’avenir (et elle avait tort, quatre ou siècles plus tard tout recommence à mourir, inversant le chemin, retournant le flux de lumière vers l’obscur ancien), il me reste à saluer les gardiennes, les heureuses bavardes, et à décider du bon endroit pour la terrasse.
A procéder aussi à quelques décomptes ?? Le clic-clac du tic-tac?
https://wordpress.com/block-editor/post/yditblog.wordpress.com/13248
Après le dîner, je traverse la ville. On peut encore entrer dans le théâtre de la duchesse, au seul usage de ses amies – rares. Mantoue est un spectacle permanent pour comédiens hagards-mais contents d’eux, les visiteurs.
Par endroits, de faux routards, munis de jeunes femmes efflanquées, anorexiques mal réparées, donnent de pathétiques concerts. Une fille passe le chapeau, elle sent le fleuve où se laver pour rien et aussi un peu l’herbe fumée. Des hollandais éperdus, des Allemands attardés, attendris par sa lassitude sensible ou l’échancrure agaçante de la salopette, lui abandonnent de généreuses dotations. Je m’agace, qu’elle se croie libre, qu’ils se sachent riches.A nouveau je marche. Lorsque je franchis la porte de mon Airbnb, l’ex-maison du rabbin, code E.R. 1990, il est plus de deux heures, le matin. Les jambes disent une fatigue dont le podomètre de l’iPhone peut fournir un chiffre approximatif, un peu au-dessus de vingt-sept kilomètres. Difficile de lire quoi que ce soit, hormis des guides, feuilletés.
Pleine page, une image, avec cette malice des soubresauts imperceptibles conduisant d’un faux souvenir à une apparente mémoire, impose le visage de François.
Histoire courte de François-le-Fils, faux-frère.
Je me souviens de lui, fils de ministre, frère de préfet, très brillant philosophe passé par toutes les étapes formant la course de haies des élites, et très vite aboli bibelot d’inanité sonore par la vie, des excès de foi, des intempérances d’espérance.
D’abord diplomate, il était redevenu professeur en raison de ses échecs intimes et publics. Entre autres, ivre et furieux, il avait uriné sur le ficus de l’ambassadeur, devant le conseiller culturel qui refusait l’aide attendue par un groupe d’artistes opposants du régime local.
A présent, il invitait ses étudiantes débutantes ( on ne lui confiait que les débuts) à des soirées arrosées, il les enchantait hors de la ville, jusque dans le grand appartement haussmannien reçu en héritage et qu’il avait conservé malgré le divorce. Dans le brouhaha tonitruant de Nina Hagen mimant des vomissements de haine entre deux rauqueries, et la pénombre de rares bougies au déséquilibre inquiétant, les jeunes femmes – et nul garçon jamais- traversaient les pièces en tous sens, vite perdues par la fumée, la vodka pas chère, la violence virulente de la musique. François riait, retenait mal son dentier ( accident, ou même bagarre de bar, et pas d’argent), servait trop de verres à trop de mains.
Parfois, l’une s’asseyait à côté de lui, initiait comme une sorte de fausse discussion philosophique, mais le total désespoir ambiant ne conduisait qu’à des impasses, on repartait boire, que faire d’autre ? François citait, ou à peu près, le Partre de Vian: « Etant, je dis, mon pote, t’as qu’à voir, et j’assume, plus tu picoles, plus tu dégueules, that’s life, pas vrai, Momone ?..»
Ses étudiantes parfois songeuses et leurs petites sœurs lycéennes déglinguées rigolaient. Toutes le considéraient avec une véritable tendresse et un peu d’admiration, surtout parce qu’elles connaissaient les départs brillants puis ce pathétique écrasement.
François, qui buvait peu et fumait seulement des gauloises bleues, me racontait les progrès de sa fille unique, Tchan, la dresseuse d’oiseaux rapaces, et comment l’été précédent, pour ses quatorze ans, il lui avait autorisé la pleine nuit de la pleine lune dans une boite de la ville balnéaire où ils campaient au » Plage et rêves », et comment lui-même avait passé sa nuit dans la 4L, devant la boite, ici-même, avec un plaid et France-Culture, au nom de la paternité responsable. François mêlait ainsi les devoirs et les abandons, émouvant de désastre intime. Au moins, le lendemain, dans la petite salle de cours, embrumées comme reconnaissantes, les étudiantes ne le chahutaient pas. Quand on dînait, et qu’il avait assez dormi, François regardait de telles aventures comme le brouillon même d’une existence qu’il ne pourrait jamais essayer de peindre, trop grand format, tu parles, au moins Guernica. Je me souviens qu’il me faisait souvent rire d’émotion. Pour finir, il s’est pendu, à l’arbre devant le fenêtre de la cuisine, chez des amis professeurs au collège de France qui lui avaient prêté une campagne.
A Mantoue, je voudrais, -pour le plaisir de la voir mais aussi pour la questionner sur ses tableaux–qu’Erika sans détour accepte de prendre un café, sous prétexte de restitution des clés (l’usage est d’abandonner le trousseau sur la table de cuisine). Confiante mais pressée, elle répondrait qu’elle préfère dehors, sur une terrasse au soleil levant.
Capito ! Malgré le peu de temps, je lui raconterais ce que j’ai pu apprendre à son sujet. A côté, un homme se gratterait assez vigoureusement les jambes et les bras où apparaîtraient les multiples boutons alignés typiques des puces de lit. En parallèle, mais les cités de la Renaissance explorent ces très étranges parallèles nommées perspectives, sur le dernier message lu, le guide de Ferrare, conseillé par Silvia, un certain NERO, me propose une visite de « Ferrare mystérieuse », à dix-huit heures et soixante euros, un prochain jour. Pas certain, hélas, que le parcours finisse comme je le souhaiterais : dans les détours enfin alignés du Jardin de Giorgio Bassani.
_________________________________________________________________
Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 31/99, Chapitre 10 – Le soleil sans pudeur expose sa virilité- fin. Chapitre suivant, quatre épisodes, triomphe ou décrépitude, quoi qu’il en soit : ERIKA, du 04 octobre au 15 octobre, prenez vos places, tenez vos minutes.


Dans les rues, beaucoup de grosses cylindrées, Audi, Porsche, BM, Mercédès, Jeep et Chrysler, la ville expose l’opulence…Tôt, en fin d’après-midi, tout ferme, on a bien assez gagné. Mais je marche encore (car que vouliez-vous qu’il fît?), parvenant par le hasard du plan au monastère des Bernardins de Mantoue, en limite du centre. La nef est déserte, mais des répons m’attirent, que j’entends provenir d’une chapelle, en Français. Les Bernardins de Mantoue prient en Français comme je rêve en shorts. On n’est pas tous de la même étoffe, disait Montaigne, fans une lettre égarée. 

Un moine brun passe en bure, disparaît derrière une porte basse, revient, me voit, ne dit rien. On serait dans un roman Gothique ? Image dans l’image, un vestige de foi, de profondeur, d’espérance et de charité, mais chacun sait que l’épisode suivant n’aura pas lieu, ici ne résonne plus que l’écho affaibli d’un cataclysme dépassé. Le Moine, quelle œuvre.Et quand la messe est dite, c’est le soir qui vient . Eglises de ce pays : le dernier chic des églises en briques rousses, herbes qui poussent, moines qui toussent, Anglaises qui roussent, curés qui troussent, les autels baroques claironnent la Contre-Réforme à coups de fesses d’ange dorées admirées en secret, ici l’ombre dore. Je somnole un peu : du coup le style « notice » fait surface. Dès qu’on se relâche…


– durée très peu consciente d’elle même dans ses débuts, je le reconnais
.


Sa galerie est toute proche, elle arrive, efficace et dynamique, bien prise dans ses RayBan, sa trentaine à peine atteinte, son jeans délavé très proprement.Elle explique le BnB sans lasser, c’est clair, mesuré mais gracieux (si cet adjectif a encore du sens pour qui que ce soit, et s’il ne mérite pas l’anathème ?).









il n’expliquera jamais d’où provenaient les informations ultrasecrètes sur les déplacements du juge.
Comme si on pouvait abandonner des traces autres que les images des télés.

La vieille amie s’est installée à Modène, et c’est dans la ville d’Este que la rejoint Stéfania, puisqu’on l’héberge si affectueusement.
Maintenant, Géronima utilise les cadres en raphia pour une aide aux migrants du sud, même si Modène est vraiment loin de la Calabre, et davantage de la Sicile. Même de Malte, la porte d’entrée des fuyards, l’île où la rencontre de l’Orient avec l’occident a tellement failli mal finir. On verra tout ça plus tard. Le siège de Malte.
Les Égyptiens, comme on les appelle, de Lasciate Ci Entrave, ou Accoglierte, ça passe mieux, ou bien les « voisins yeux vigilants » supposés veiller à la sécurité du quartier font semblant de les prendre pour de Siciliens, ou des Sardes, tout est si mélangé là-bas, les hommes sont si tannés, dans ces îles qu’ont beaucoup fréquentées les Maures.
Recommandée par Géronima, Stéfania en devient locataire, loyer très bas, et nul ne peut dire en toute certitude quand elle y accueille pour la première fois un « hôte » Airbnb, se réfugiant alors chez sa bonne voisine Géronima, entre deux vagues d’exilés différents déposés à Modène, comme ailleurs, par un identique désespoir. Les installations, décevantes pour un futur touriste de BnB paraissent luxueuses aux recueillis, même si l’absence de climatisation conduit à dormir nu. Mais personne ne s’intéresse à cela: un réfugié a la nudité pour statut. C’est celui de l’oubli. 

Elle est pauvre, pas très jolie dans le regard des minables dragueurs locaux. Ses doigts qu’on peut imaginer sur une peau nue sentent l’écaille, et ses cheveux- jamais dénoués- l’huile de boite.
A
qui célèbre au Vatican une commémoration burlesque et fissurée de partout, en l’honneur perdu de Aldo Moro qu’on a préféré ensevelir en quasi secret dans son petit village natal de Torrita Tiberina, car il ne faut tout de même pas payer plusieurs fois le billet d’entrée pour cette catho-clownerie républicaine.
Stéfania aurait aimé rencontrer un homme capable, au moins, de lui donner les clés de ce monde, d’écouter ses attentes, d’écourter ses distances prises avec le simple bonheur d’exister, sans mentir.
Géronima, sa collègue en sardines et anchois lui écrit de là-bas, le village sarde où les premiers voyageurs asiatiques arrivent. Elle l’apaise, tente de lui donner des idées blanches, un sens à l’absence.
Son uniforme de Carabinieri semble lui rester sur les épaules quand il la rejoint pour l’amour conjugal, respectueux et solide.
Pendant la tenue, il attend assis dans la voiture, à côté du chauffeur, car ils ne sont pas admis à entrer, bien entendu.
Il y a trop de lourds secrets malodorants ou voluptueux dans l’ombre des loges italiennes.
Il n’aime pas trop ce qu’il entend, et ces fratelli sont trop des messieurs de la ville.
Lui se nourrit de culture sarde comme de conseils américains. Visiblement, ce sont d’utiles précautions.
Ces trois-là, armes sorties, précèdent la FIAT Croma où Falcone et Francesca Mavillo sont en train de travailler un dossier, pas une minute à perdre, on rentre de l’aéroport, on va prendre la bretelle de l’autoroute A 29, l’embranchement pour Capaci, le seul endroit où ralentir présente un danger, mais ils sont confiants, les trois braves, dans la voiture d’escorte, Vito Schifani, Rocco di Cillo, Antonio Montinaro. On pose sa peur avant le départ vers l’Histoire.


