YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 25/99, Chapitre 8 – fin, genre J.F.K. sans Madame qui rampe.

Ces trois-là, armes sorties, précèdent la FIAT Croma où Falcone et Francesca Mavillo sont en train de travailler un dossier, pas une minute à perdre, on rentre de l’aéroport, on va prendre la bretelle de l’autoroute A 29, l’embranchement pour Capaci, le seul endroit où ralentir présente un danger, mais ils sont confiants, les trois braves, dans la voiture d’escorte, Vito Schifani, Rocco di Cillo, Antonio Montinaro.
Un homme de main de Toto Rina, Giovani Brusca, aidé de trois sous-mafieux, a comblé pendant la nuit un tunnel d’évacuation sous l’autoroute, là où on ne peut que ralentir, 400 kilos d’explosif, estimera la brigade scientifique. Le gouffre crée atteint presque cinq mètres. Les occupants des deux premières voitures sont morts. Escorte et magistrats. C’est un scoop mondial, on verra les archives dans tous les coins du monde et même, des années plus tard, dans des films. Pendant son procès, en 1995, il n’expliquera jamais d’où provenaient les informations ultrasecrètes sur les déplacements du juge.
Un romancier malveillant écrira que l’un des gendarmes de l’escorte en avait croqué, trop stupide cependant pour deviner le piège de sa propre mort, il croyait à un tir au fusils contre le juge.Genre J.F.K. sans Madame qui rampe et trempe. Comme si on pouvait abandonner des traces autres que les images des télés.
Stéfania, dans la tourmente, fait une fausse couche, perd le moral, son temps, l’espoir, son emploi à la mairie, dans le service de nettoyage. La mince pension résiste à l’infatigable inflation, comme la plage résiste aux vents ou à la marée : en surface. Succèdent les années sinistres.C’est Géronima, une fois encore, qui vient au secours de Stéfania. Sortie de la Centrale de Reggio de Calabre, où – selon sa formule même -de très très violents dialogues avec l’autorité l’avaient conduite pour pas mal de temps, elle enseigne à Stéfania l’art discret des cadres fabriqués à domicile, dernier témoignage de l’artisanat cellulaire. Depuis les boites de poissons, les deux femmes n’ont cessé de partager la tendresse des pays perdus. Stéfania ne pouvait visiter Géronima en prison, tu penses, avec le mari Carabinier, mais maintenant.Au moins ça.
Les cadres, métal brossé ou bois durci, c’est aussi vain et solitaire que la vannerie des gitans, ça ne rapporte pas davantage, mais la pension est désormais si modeste. La vieille amie s’est installée à Modène, et c’est dans la ville d’Este que la rejoint Stéfania, puisqu’on l’héberge si affectueusement. Maintenant, Géronima utilise les cadres en raphia pour une aide aux migrants du sud, même si Modène est vraiment loin de la Calabre, et davantage de la Sicile. Même de Malte, la porte d’entrée des fuyards, l’île où la rencontre de l’Orient avec l’occident a tellement failli mal finir. On verra tout ça plus tard. Le siège de Malte.
Cependant, elle reçoit parfois dans le BnB, très discrètement, des personnes venues de Lybie, des enfants surtout, c’est moins contraignant, et si possible pas trop noirs, type ghanéen, parce que, à Modène, dit-elle, de noirs il y en a si peu, ça se remarque. Les Égyptiens, comme on les appelle, de Lasciate Ci Entrave, ou Accoglierte, ça passe mieux, ou bien les « voisins yeux vigilants » supposés veiller à la sécurité du quartier font semblant de les prendre pour de Siciliens, ou des Sardes, tout est si mélangé là-bas, les hommes sont si tannés, dans ces îles qu’ont beaucoup fréquentées les Maures.
Ensuite, l’appartement voisin au 3ème se libère car le vieille dame en violet vient d’y mourir, celle qui était veuve d’un capitaine de la marine marchande, et qui donnait aussi des provisions pour les migrants, pour réparer un peu tout de même.

Recommandée par Géronima, Stéfania en devient locataire, loyer très bas, et nul ne peut dire en toute certitude quand elle y accueille pour la première fois un « hôte » Airbnb, se réfugiant alors chez sa bonne voisine Géronima, entre deux vagues d’exilés différents déposés à Modène, comme ailleurs, par un identique désespoir. Les installations, décevantes pour un futur touriste de BnB paraissent luxueuses aux recueillis, même si l’absence de climatisation conduit à dormir nu. Mais personne ne s’intéresse à cela: un réfugié a la nudité pour statut. C’est celui de l’oubli.

Tout de qui semble étrange et fatigué, sur elle ou dans l’appartement, la méfiance ou la fêlure, tout provient de seulement cela, des traces que les parcours brisés des migrants laissent dans la vie et le monde.

« Puisqu’on a -enfin- bouclé l’arabesque langoureuse du récit, cette interminable histoure de Stéfania, on pourrait – enfin- aller prendre ce verre chez Tonia« , dirait Silvia, ensuite, dans le jardin rose, Silvia qui ajouterait : « Comme ça tu m’expliquerais où tu en es de cette histoire que je ne comprends pas , réellement, toujours pas, même venue d’un Français, et tout peut venir d’un Français à Ferrare , et surtout l’indicible secret de ce fameux ( et réel?) jardin de Giorgio Bassani ? » :

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Didier JOUAULT , pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 25/99, Chapitre 8 – fin, genre J.F.K. sans Madame qui rampe.A bientôt? Pour un petit 9 neuf comme un oeuf ?

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