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Aujourd’hui, dans sa Mantoue frétillant de chaleur et d’éclats, sans doute Erika pourrait-elle penser : on a le temps, mais il n’y aura sans doute plus de thermomètre qui n’ait fondu.
Pour l’heure (qui passe !), le père tente de conserver ses clients, disharmonieux mais puissants, pour qui naguère il construisit d’opulentes demeures impuissantes à justement trouver l’harmonie, mais triomphantes d’étalage luxueux. Car la bulle interne a brisé, à sa façon très gonflée, tous les rêves de futur simple, après avoir provoqué l’orgasme sale des bénéfices de stock-options. Des maisons pas comme celle-là, une véritable forteresse en plein désert, au Pakistan, pas très hospitalière, mais on verra tout ça courant octobre- si les délais sont tenus ( mais les délais d’un chantier, on redoute d’y penser au moins autant qu’à l’heure de sa vieillesse, quand tout lendemain est trop proche) ce sera chapitre 12.
Le printemps 2000, pour l’instant, marque sa déplorable entrée maligne dans le millénaire qui se voulait malin. Le marché de l’art s’effondre, à cette époque l’or c’est plus discret et fusible. Il faut revendre les nombreux tableaux acquis grâce au cabinet d’architecte, au moins quatre fois moins cher que leur valeur, et bientôt pas du tout. A ce tarif, pas de tarif, mot d’ordre du galeriste, un peu comme « pas de blessés ». Si Vous le prenez ainsi, Giovanni, autant les garder, tous ces tableaux, de toute façon il y a tant de murs ici, et avec la maison en Toscane, ça va combler les blancs, les plans, et ma fille Erika, elle adore les couleurs.



Disputations entendues par Erika, et les tableaux invendables collectionnés par le père vont en conséquence rester dans la famille. Excellente base pour une activité à venir- encore inimaginée par Erika : la gérance d’une galerie d’art, rue Giorgio, à Mantoue. Plus téléphoné comme épisode, c’est dur, mais on n’a pas encore, ou presque pas, de iPhone, on anticipe avec ce qu’on peut. Déjà c’est plus Catherine Langeais sur la première chaîne télé, faut pas se plaindre.
L’autre évènement qui assied une partie profonde de son imaginaire et fracture des pans majeurs de son affectivité (encore une phrase à lire avec modération, va y avoir de la goualante parmi les juniors de l’agence) se produit très peu après la rentrée scolaire de 2001.
Moi, je me souviens (comme chacun, je suppose) des circonstances.

Je sortais d’une réunion délicate. C’est en commençant à m’asseoir dans la voiture que j’ai appris la nouvelle. En m’attendant- et il attendait avec la radio ou des mots croisés-le chauffeur avait pu suivre depuis la 407 anthracite l’ahurissante série d’informations : « Ils ont tiré des avions sur les tours à New York ».
A onze ans, Erika, New York ça paraissait trop loin, et même plus tard ce sera environ pareil pour l’Afghanistan ou l’Irak, les tornades du désert ou les tribus Pachtounes. Mais, on l’a compris, c’était une petite fille sensible, bien que précoce, et sans doute peut-on imaginer que la multiplication des images et des mots qui évoqueraient l’attaque dans tous les sens, y compris le non-sens, a contribué de façon cardinale à son intérêt déjà croissant pour « Les States », qu’elle nommera US.
Etant une collégienne protégée de toute difficulté, dont les scolaires (son regret principal était que l’option Grec ancien, mal placée à l’emploi du temps, la contraignait à se nourrir d’un panini dégueulasse, franchement oui, à la place de la cantine avec ses amies), Erika méconnaissait dramatiquement les crises intimes ou le rétrécissements sociaux.



Vers 2008, le tsunami de pauvreté aux US l’avait quand même un peu atteint. Enrichi par sa mémoire, en plus du reste, il avait pris des précautions, ce coup-là, comme une adolescente qui souffle dans le latex. Emu, on plaignit les américains spoliés, ouh là là, les pauvres, c’est terrible, mais on put achever de payer – plus lentement avouons-le –les travaux de la piscine pour la maison de Toscane, c’est fou que tous ces trucs coûtent cher, malgré les heures au noir.
Ce que le monde banal acceptait de laisser arriver jusqu’à la maintenant séduisante Erika, il fallait que cela fût très violent ou très désopilant, les deux modes majeurs de l’inexpressif. Elle grandissait, plutôt très bien, partait à la plage sans Pauline, avec pas si grand chose sur elle, et plus tard sa belle-mère s’en plaindrait souvent, des tenues de plage, ou des petits dessous qui s’exposent, mais c’est l’époque, même le rabbin n’y peut rien, avec ces filles, surtout si le mari ne dit rien.

La présence récurrente du Cavalieri Berlusconi, dans le rôle comique d’intermittent du spectacle, distribué en Président du Conseil, accompagna cette enfance, cette adolescence, cette jeunesse même. L’élu (car il l’était) détenait déjà le record de longévité, un peu comme celles de la Génération Cinquante, en France, bercée par la voix du Général de l’école primaire au début de l’université, avec bombes de l‘OAS ou diverses barricades en prime, on voit le résultat, trente ans plus tard. Pas de quoi être fiers.
Au fond, cependant, ces bruits, ce n’étaient que des ambiances sonores ponctuelles, un peu comme dans une boite de nuit après le troisième verre : on n’écoute plus le boum boum, on s’attache à des gestes sérieux, on regarde les corps dilués dans leur rien essentiel, délivrés des mensonges, trouver avec qui achever la nuit ou l’ivresse, rien de plus, on se demande où va la nuit, cette nuit, et – si on s’emmerde – on sort fumer.
Rien que des Camel.
Sans filtre, sinon à quoi bon ?
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Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 34/99, Il fallait que ce fût très violent ou très désopilant -Chapitre 11 – second milieu (mais cette affaire louche ne manque pas de milieux/ A suivre , le 15 octobre ( ah comme le récit passe )
la forteresse de Ben la machine à laver
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