Ydit-Suit . Le jardin de Giorgio Bassani, Episode 94/99, Chapitre 32 -Fin. « Une ville intensément vouée au régime ».

Dans le jardin rose, on a fini avec « Une plaque commémorative via Mazzini« .

Les deux se taisent, Silva et NERO, plus tout à fait certains, à présent, surtout que la lumière disparaît, d’avoir eu raison de laisser la plaque de la rue Mazzini frémir dans leur jardin rose, et même un chat n’a plus traversé la table depuis longtemps. Le premier, NERO bouge. Il sort de sa poche poitrine un calepin. « J’avais noté ça pour ton vieux Français, il m’avait suggéré de l’aider ».
NERO lit : « La Ferrare(…) était une ville intensément vouée au régime, au point que les quelques personnes qui n’étaient pas fascistes vivaient en marge(…)les mêmes juifs ferrarais , qui finiraient ensuite en si grand nombre dans les chambres à gaz nazies, avaient été en grande partie fascistes(…)La vraie tragédie des Juifs ferrarais (….)c’est peut-être d’avoir été des bourgeois, d’entrée engagés dans le fascisme puis, sans savoir au fond pourquoi, se retrouvant dans le néant des camps d’extermination nazis (…)(et ma famille était) une famille privilégiée, fasciste comme tant d’autres, comme presque toutes les familles juives ou catholiques de la bourgeoisie locale ».
NERO : « C’est, c’est le « fragment 14 » dans le Quarto Gallimard de 2011, édition 2006, p. 743, et une note liminaire précise que ces textes de Bassani, tous inédits en Français, traduits par Vincent Raynaud pour cette édition « En réponse », ont été réunis pour la première fois sous le titre commun « In risposta », dans l’édition définitive de ses essais, « Di la dal cuore » chez Mondalori, 1984. Tu vois si j’ai encore des réflexes de classe.« 
Silvia, feuilletant le volume tendu par NERO : « Et tiens, rien après 1988 ? »
NERO : « De toute façon, Bassani est mort en 2000, le 13 avril 2000 …

…( et moi, le romancier compensé en blogueur, j’espérais que le 13 avril 2021 aurait été le dernier jour du dernier post du dernier chapitre de ceci, mais Silvia, Néro et Covid se sont arrangés pour m’alanguir la main sur le clavier)

« …et son Alzheimer le versait dans l’absence de la mémoire depuis très longtemps, dix ans, tu sais bien comment il a fini, il était incapable de se souvenir, et encore moins de répondre, depuis une dizaine d’années. Sa dernière petite copine – après de nombreuses autres- a fait ce qu’elle a pu, la famille s’en est mêlée, bagarre de la mémoire effacée volontairement par la disparition d’archives, petits agacements et vraie compétition pour la conservation sinon du Vieux, au moins de ses traces, honneur (?) à sauver, ou profits (?) a prévoir, on ne sait. Sauf que moi, le journal secret, je l’ai récupéré… Alzheimer. C’est la maladie de la mort avant la mort… Avant que je rentre chez moi, Silvia, le vieux Français, de sa recherche de la maison, de la visite, de son entreprise de louer, finalement il t’en a dit deux mots? De son goût morbide pour les secrets, les poses? »


Silvia -« M’en parle surtout pas, je ne veux plus entendre quoi que ce soit sur toute cette absurdité de magnolia dans la cour, la FIAT de Bassani, ras le bol des recherches inutiles et sans retour, ses visites de musées vides, ses photos de short et encore de shorts, et toute cette hallucination, qu’est-ce qu’il a pu m’emmerder avec ses courts de tennis, le vieux Français, et ses bancs de jardin avec de strings noirs dans la maison de Giorgio Bassani. »

_________________________________________________________________________________________

Didier Jouault pour : Ydit-Suit.Le jardin de Giorgio Bassani, Episode 94/99, Chapitre 32 -Fin. « Une ville intensément vouée au régime ». A suivre…

Par défaut

Laisser un commentaire