YDIT-TROIS, comme annoncé, d’abord « PREVIOUSLY »1 : la première saison, celle des « Séquences Publiques d’Oubli », à commencer par un étrange passage, pas vers l’enfer, certes, mais au pays de cocasse, le Service de son Excellence. Voici donc la…rediffusion de la SPO datée 20 mai 2016… Didier JOUAULT (« YDIT ») : Des fantômes alourdis de conseils obscurs, ça ne court pas vite, c’est déjà ça.

récit riant Des fantômes alourdis de conseils obscurs, ça court pas vite, c’est déjà ça.

badge tendu

Pourquoi vous montrez cette carte ? Elle donne droit à quoi ?

Les dames  sortent  de la garderie et s‘interrogent. « Elles veulent bien écouter une séquence publique d’oubli, les dames et les cinq petits ? »

C’est l’atelier public d’oubli. Séquence 19. Clap.

Ydit commence abrupt ( c’est une séquence où la prudence ne s’impose pas ).

Genre conteur grave.

 

récit sérieux

genre conteur grave

Mais pour de faux

« C’était vers 12h30, un jeudi. « Lactadine surgit dans le bureau. Ydit vient d’ouvrir le  minifrigo, ça l’amuse.

 -«  Tu l’as, le dossier des sourds ? IL reçoit le président des sourds à 16h30, IL attend le dossier. Tu te servais l’apéro ? « (elle fait l’ interloquée, elle galéje)

bureau

on pourrait voir le dossier

Ydit non, il découvre son bureau. Elle réplique : « On pourrait commencer par l’ordi, peut-être, comme outil de travail ? Et ce dossier ? Ton assistante  t’ a expliqué  les couleurs ? Toujours bleu pour LUI, mais elle s’en occupe.  De les faire, les dossiers. Toi tu fais juste le dedans. »

Ydit fait le dedans, lui. Bon.

Elle est grande, mince, un peu bouclée, un peu décalée, chargée des relations avec les parlementaires.

« ASAP », il a dit, tu comprends ? Eh ben, ça veut dire : faut se magner. Tu LUI fais ses Bullet-point , au ministre, ses deux pages maxi pour les chiffres et les enjeux, et IL va lire dans la voiture en revenant de la séance des questions du Sénat. »

Ydit : « C’est  pas loin, le Sénat. C’est joli. »

chaises senat

Y a même plein de sièges

Elle : « C’est pas le moment de rigoler. IL lit vite, le ministre. C’est juste  le président des sourds , on va pas en faire un numéro. De sourds. »

Ydit s’inquiète : Il y a un traducteur Langue des Signes ?

Lactadine, son usage, c’est pas la patience. Forcément, avec ce métier  qu’elle a d’être celle qui fait les parlementaires. « Ecoute, complique pas tout, le mieux, je t ’emmène voir Rafa, il  te dira, lui. Ton assistante passe  les couleurs au secrétariat particulier, en bas, et elles les dispatchent. Et après ça arrive chez LUI, validé par le dir cab, ou ça te revient. »

« Et alors ? » s’interroge, coquin, Ydit.

Car les embruns d’agacement posent dans les yeux de Lactadine une écume  légère. On se mettrait volontiers à poissonner dans les flaques, à crevetter sans filet, à grignoter la crêpe quand la marée monte

Elle :  « Et alors   c’est  pas bon, quand ça dépasse pas le dir cab. Le mec  avant juste  toi, ça revenait souvent de chez le  dir cab, et il en est revenu, le mec, et reparti … chez lui. » Pour Ydit, cette façon de rire est assez tentante, elle décale ses lèvres , on a envie d’aller voir comment ç’est dedans, le dedans, comment c’est, pour les chargées des parlementaires. Puis, cette façon de poser les mots dans les phrases…

Un grand type vif au crâne rasé passe dans le couloir, marchant vite, il pianote un Blackberry. C’est le Dir cab. Appuie sur Envoi. Ralentit.

Passe la tête : C’est bon, tu t’installes ? Ah, tu prends l’apéro avec Lactadine ? C’est pas con, elle est bonne en  apéros, c’est elle qui fait les parlementaires.’

Ydit : « Non non évidemment, pas l’apéro , d’ailleurs le frigo est vide, mais,… et le grand type est déjà parti, il pianote son Blackberry , il avance vite  dans le couloir avec cet encouragement pour la base : « ASAP, hein,  pour les sourds, IL doit l’avoir pour partir aux questions du Sénat, et on valide avant. Faut pas glander ».

Lactadine, retenant un rire : «Pour le frigo, tu demandes au maître d’hôtel, il te le remplit. Sinon,   donc, ASAP, ça veut dire maintenant». Ydit aimerait tomber amoureux d’un défibrilateur, ce serait plus calme. Elle parle, marchant devant Ydit, elle a fait signe de la suivre.

Dans le couloir. « Tu devrais t’y mettre ».

escalier d'honneur

l’ancien escalier d’honneur a perdu de son éclat

On avance à toute vitesse dans un méandre, un escalier presque dérobé: «  Passe devant, t’as pas encore ta carte ? ». Elle dévale, souple. Non, il n’a pas encore sa carte . Ydit, c’est un peu le de type à ne jamais avoir sa carte, mais tout le monde pense qu’il en a une, et même plusieurs, alors …Gravir l’escalier derrière une femme, et regarder seulement les marches, c’est la consigne. D’accord, ça évite de se prendre les pieds. Puis, c’est bien élevé, ça évite de se prendre les yeux.

Quand même, Ydit dresse le regard : on ne peut pas s’interdire l’horizon. En bonne forme, l’horizon.

Ydit soliloque  dans le parcours labyrinthe Luccabrinquebalant qu’initie le quasi labyrinthe, deuxième passage à badge, ça avance vite, vite.

Lactadine, poussant une porte qui couine comme une souris grise :

« C’est le S.P., mais toi tu files tout à ton assistante, et elle se démerde ». Ydit se prépare à dire des mots de la série’ bonjour’ (c’est le secrétariat particulier de « LUI»), je me présente, j’arrive ce matin, je …

Mais Miss Sénat sort déjà par une autre porte, personne n’a tourné la tête.

Des fantômes alourdis de conseils obscurs passent dans tous les sens et traversent le pouvoir d’une marche gaiment légère. Cette fois il n’y a pas  de souris. Trop tôt.

Elle dit, la dame en jupe courte,  qu’on va chez Rafa, » j’espère qu’il avait pas un déjeuner. » Elle frappe, entre.  « Voila, lui c’est Ydit, le nouveau, et  le Dir cab vient de le répéter : ASAP pour l’autre, là, celui des  sourds. »

Rafa renouait sa cravate devant le miroir ancien, qui lui fait un joli cadre doré tout autour de sa radicale

cadre

entrer dans le cadre,mais qui?

et belle figure d’homme intelligent.

Rafa : rien que du nerf passé à l’aigu et des neurones électrisés.  La poudre ? Non, le content de soi. Il cite Audiard  juste pour l’expression : «  Eparpiller façon puzzle ». C’est ce qu’il préfère, lui, éparpiller façon puzzle, Rafa, dans la vie.

Rafa il en montre,  des dossiers : Bullet-point, tiré en gros , le ministre aime pas mettre ses lunettes devant des visiteurs, surtout des sourds, tu penses,  trois lignes sur pourquoi on est là c’est quoi le problème, qu’est-ce qu’il  veut le visiteur, hop, cinq ou six chiffres sur les sourds, combien  y en a, combien ça coûte, quel âge ils ont, les sourds, tu vois, pour montrer qu’on les connaît, des trucs comme ça, et trois lignes sur ce qu’on peut faire, mais que du très très  général. Surtout pas des réformes . Pour les sourds. Tu parles !

Ydit regarde le gamin ( vingt-cinq ans, juste sorti de normale sup et aussitôt entré dans le rôle duveteux de «  plume du ministre ») . Il se met à parler pareil, OK, ASAP, pour la forme, bullet-point , il a compris, mais le contenu, les problématiques , le fond du sujet?

« Les problématiques, c’est pour les bureaux, nous c’est pour le ministre. T’es là parce que t’es le dieu du handicap, c’est pour ça que le dir cab t’a fait venir ? Bon. Alors, tu sais tout, voila, tu fais comme j’ai montré. ASAP. Tu fonces…

porte barrée

Tu fonces, t’as compris, rien t’arrête !

Rafa n’écoute que sa montre  » Merde! » dit-il comme tous font ici, « Lactadine tu me demandes un chauffeur, merde, je déjeune à l’Elysée avec Dupré, je suis à la bourre… » Lactadine renfrogne, elle est pas l’assistante, ni l’Assistance Publique, y fait chier Rafa, y peut pas s’organiser un peu ? Elle dit qu’il n’y a personne au pool chauffeurs.« Et l’Inter , demande moi un par l’Inter,tant pis ». Lactadine semble penser que ça va pas plaire, demander un chauffeur de Matignon,

même pour ce déjeuner là,luxembourg2010 Rafa devrait tout de même faire gaffe.

« Pipeau, t’occupe, il est pas là pour faire gaffe, » il est là pour écrire,et le ministre trouve qu’il écrit TRES bien, et il sort. « Au moins, tu me siffles un taxi? »crie-t-il depuis le couloir ( ici, tout le monde parle depuis les couloirs, tout le monde est déjà en train de passer à la suite ).

Lactadine dit qu’il  aura pas toujours des copines aussi sympa, elle ajoute, alors que déjà les voix s’éloignent dans le couloir couleur XVIIIème : « Et le nouveau, on le laisse là ? » Rafa : « Il gêne pas, c’est pas un rapide, ça se voit …Bon, s’  IL  se met à recruter des vieux ! Remarque, ça court pas vite, c’est déjà ça ».

                                                                                 Ydit ,pour regagner son bureau, se perd un peu.

Blackberry et salon

« On a besoin de votre longue expérience »

Il y a beaucoup de couloirs. Il pianote son blackberry. Il faut repasser par la cour d’honneur, pavée. ASAP, les gars. ASAP.


Ce qui est dur, en fait, comme toujours et partout, comme à présent, c’est de repasser les routes et les portes vers l’arrière, et sans même avoir la moindre  carte.


 

( Petite) annonce:

Vingtième séquence programmée : dans le vingtième arrondissement de Paris, un établissement musical, RAVEL, heure des récréations vespérales, autour de 14h45, le mardi 24 mai . Le passage, cette fois, est annoncé. Mais ça ne promet rien.

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8 réflexions sur “YDIT-TROIS, comme annoncé, d’abord « PREVIOUSLY »1 : la première saison, celle des « Séquences Publiques d’Oubli », à commencer par un étrange passage, pas vers l’enfer, certes, mais au pays de cocasse, le Service de son Excellence. Voici donc la…rediffusion de la SPO datée 20 mai 2016… Didier JOUAULT (« YDIT ») : Des fantômes alourdis de conseils obscurs, ça ne court pas vite, c’est déjà ça.

    • « On lui tord le nez, il sort du lait », vieille expression normande (parfois enrichie par : on la frotte il sort du Calva)(mais c’est moins pertinent ). Ce bon vieil YDIT, qui se demande ce qu’il fait là dès la première heure, navigue dans un océan de jeunesse vive, baignoire de lait, ce qui est agréable , enfin, peut-être un peu moins quand l’océan contient surtout des requins.

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  1. Avatar de Michèle Bénabès-Moreaux Michèle Bénabès-Moreaux dit :

    J’adore cet « effet-feuilleton », qui au reste n’en est pas un, car les feuilletons sont prévus et calibrés : durée, volume, jour, heure, tout est anticipable sauf le petit bout d’aventure du jour, de la semaine, du mois, jusqu’à la prochaine fois…Le « cas-Ydit » est évidemment plus subtil: on sait qu’il y en aura un autre, un autre texte, une autre série « mots-photos », d’autres « séances » à retour bloggé mais ce n’est pas prévu d’abord, on sait juste qu’il va y avoir une suite (et si il n’y en avait pas ? on ferait quoi ?…); l’absence de rendez-vous évidemment chatouille la mémoire « de la cible » en une étrange pirouette….L’oublieur-occupeur-de-méninges patenté ne lâche pas un seul bout de la mémoire de l’autre, au risque de…C’est ça un artiste peut-être ?

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    • Michèle, quelle acuité dans cette bienveillante exploration , et qu’elle finesse dans le jeu avec le jeu du passé/présent de ces souvenirs écrans. Merci de votre lecture -qui a compris l’enjeu, mais aussi l’humour de la fuite. Ah, au fait, on prend un café ?

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    • Mais que si, c’est du bel et bon oubli, du pur, du dur, du vrai ( du pas cher):on aimerait ne pas voir été là, ridicule et vieillot parmi ce camp de scouts-kangourous, trop tard, donc, allez hop, on oublie! Sinon, comment va la  » Table de Choulette ? » Biz

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  2. Avatar de Thierry Chazarin Thierry Chazarin dit :

    Eh bien moi, cher Ydit, je ne vous oublie pas, car vous m’avez marqué très positivement par votre charisme, votre personnalité singulière et lumineuse ! Ce n’est que lorsqu’on a quitté un environnement professionnel qu’on peut séparer le bon grain de l’ivraie et réllement mesurer l’authenticité d’une relation inscrite dans la durée ! Avec mon excellent souvenir et mon amitié. Thierry (bientôt un autre « oublié », car il quitte le collège qu’il dirige, il renonce temporairement au moins au coaching des candidats au concours de PER DIR pour se consacrer aux missions nouvelles qui l’attendent…).

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