YDIT-TROIS, comme annoncé, d’abord « PREVIOUSLY » 8 : la première saison, celle des « Séquences Publiques d’Oubli », après les SPO du Politique, les SPO du cœur ou de la première jeunesse ( on a su et vu que les naïfs souvenirs impudiques ici balaient l’impudeur des analyses). Voici donc la…rediffusion de la SPO datée du 4 décembre 2017 (quoi, déjà plus de 5 ans ? Lorca : « Lorsque cinq ans auront passé »… ) ==> « YDIT-BLOG, Séquence Publique d’Oubli n°55 : Au temple, l’éléphant serre toujours un peu trop ».

 

Avertissement du producteur : La séquence suivante comporte des images ou des allusions pouvant émouvoir  les sensibilités, en particulier des personnes d’un certain age.

OMISSION n° 55

Les pieds allongent le pas et gagnent sur les ombres. En chemin, la trace d’humain éparpille des poches claires de boue, qu’effacerait une prochaine traversée de pâturage mouillé, si le troupeau n’inquiétait par la densité de lourdes chairs.

Ydit est là. Il marche, et répète la séquence publique d’omissionOUBLIeS en marche :

 

 

 

« Stéphen était à la peine, la laine coulait dans son haleine, le vent de ses veines rougissait l’horizon. Dressé comme à cheval sur ses jambes d’Anglais il arrivait en tête sans que pourtant nous fissions la course ».

 

 

 

 

 

Au retour, une Russe désormais presque familière attend Ydit sous la marquise. Elle supplie l’accueil. Il y a déjà tant de neige sur l’écran de l’attente.la russe attend sous la marquise D’un geste, Ydit coupe la phrase pressentie : « Oui, je sais, vos services font un rapport sur mon père, et tu voudrais que. »

Au lieu d’écouter ce qu’elle sait, Ydit raconte ce qu’il  oublie.

« Patience dans l’azur », murmure-t-il à la récurrente visiteuse, qui préfère un thé vert.

Ydit : « Dans le pavillon de banlieue que le chantier menaçait encore d’infinitude, ou au moins d’effritement, la mère de Stéphen invitait  à boire un café ignoble ennobli au gin. Là-bas,

 

…c’était loin, il y fallait des trains,  gris-verts comme les yeux de déesse, mais en moins furtif. Les compartiments fantômaient la Gitane, l’Algérien de foyer, parfois même le Déporté à l’ombre ineffaçable. La vie permettait cependant un peu d’espérance : la soeur de Stephen, souvent, les accompagnait pour

le muffin à la cannelle,

ou les virées en ville, à la piscine, des vacances rêvées avec les copines de La Goulette. »

 

 

-« Je m’étonnais qu’il n’y aurait pas de jeune fille », césure la Russe Vassiliki, depuis l’alcôve où la confine son rôle d’enquêteuse muette.

Ydit mesure la fatigue de la visiteuse à l’imprécision de ses modes. Elle saisit la faille du silence pour rappeler que, au fond, elle veut seulement parler de son père, ou plutôt l’interroger sur les activités clandestines, pour les services.

Mais son français d’épuisée ne dit pas si elle interroge sur les services ou si les activités s’accomplissaient pour les services.

Ydit verse un surplus de thé.

 

Ydit : « Oublier est une mesure de métronome, trop vite on casse les notes, trop lent on fatigue le rythme : je préfère mon récit à notre rapport. »

Puis revient à l’Omission:

 

« En plus de sa mère agile et sa soeur à thé, Stéphen aimait les pantalons éléphant qui l’enveloppaient comme un cou de girafe. Au milieu des garçons plutôt pâles et de professeurs vraiment gris, son passage bleu  transformait tout salle en cabinet de curiosités. Il chinait les chemises dans une halle aux vêtements qui, en ces temps, servait de Bagatelle et d’Escorial, à la place d’une forteresse.

 

Proche du lycée, le Carreau du Temple recevait  les garçons fuyant pour une heure la beauté lente des apprentissages. »

Vassiliki– dont Ydit perçoit bien qu’elle rivalise un peu avec Germaine des gares, ce qui l’agace – se lasse vite  de tout récit qui n’a pas la méthode d’un procès-verbal. Elle s’assied, prend ses aises et son temps. L’intérieur est plus chaud. Accepte du thé. Ydit,  renonce à lui proposer un vêtement de probité candide ou un gin au thym.

Il avouerait que la situation d’épié n’est en rien déplaisante quand l’épieuse y met de la bonne volonté.

 

« Ah, je connais, ose-t-elle, le Carreau, on y a fait à présent une maison de spectacles pour jeunes et de boutiques pour riches, c’est Paris. »

Ydit (dont le choix est de refuser la cassure du récit)  :

« Cette fois, on avait changé les heures de maths en partie de poker avec allumettes, et le professeur de géologie en  passage au Carreau. On avait très chaud. On regardait les acheteurs, les traineuses, la vie de la lumière dans les ondes de poussière.

J’ai besoin d’un éléphant disait Stephen.

-Je n’ai besoin de rien, murmurait Ydit

T’as pas de fric, comme d’hab, plutôt.

-On s’en fout comme d’hab, non?

 

Ensuite, Stephen choisit, hésite, accumule. Pour agacer les vendeurs il exagérait le faux accent britannique, ou même écossais, dont sa sœur crisse les tonalités charnues lorsqu’elle veut séduire le maitre  en sentimentalisant le dialogue professeur-élève.

Le marchand presque de Venise, ni gras ni sale, sans nez pointu ni doigts crochus, s’épanouit au charme imprécis que Stéphen emportait partout avec lui. Un rideau délimitait l’espace essayage de façon aussi imprécise que la victoire de la défaite, un soir de waterloo-station. Autour : étalages ouverts, larges allées, tout à l’air.

Stephen glisse, bras chargés de pantalons : « Tu pourrais venir m’aider, au lieu de regarder les filles ». Vassiliki, car elle a fait de bonnes écoles, traduit :« Stephen entre, bras chargés, Ydit suit, pour aider », et se dit que la scansion lui rappelle un souvenir de bibliothèque. Alexandrie? Stalingrad? Non, pas Stalingrad.

 

A cet age encore plus, les garçons méprisent la pudeur. Ceux-là voisinent en vestiaire au gymnase du lycée, en des temps bizarrement moins prudes, 1967. Trois ou cinq pantalons sont déjà terrassés par l’essayage. Depuis son étal creusé, le vendeur voit : à peine si Stéphen et Ydit ont tiré le rideau sur leur duo. On dirait que l’Anglais ne porte pas de ? Mais on ne peut jurer de rien.

Enfin voici qu’un éléphant paraît trouver sa mesure autour des hanches.toujours trop serré

Ydit pense qu’il serre baucoup les fesses, mais ça devrait aller. Stéphen ajoute qu’il ne parvient pas bien à tirer le fermeture, malicieux sous l’écoute échauffée du vendeur. Alors, Ydit s’agenouille, Stephen étend le dos et rentre le ventre, puis en glissant un peu de sa main entre étoffe et peau Ydit réussit la glissière. On sent que cela serre Stéphen sans le desservir. Tout tombe très bien, plis et bosses.

La voix du  vendeur s’approche, il écarte ce qui restait de rideau alors que se relève Ydit, et le ton se trouble d’un velouté pimenté. Il hésite :  » Euh, vous êtes ensemble, tous les deux ? »

 

Les garçons s’amusent : « ça ne se voit pas ? » Stéphen ajuste l’éléphant  à petits gestes risqués, jusqu’à ces parties si complexes à disposer dans les pantalons des garçons de seize ans.

-« Oui, enfin, non, je vois bien, mais je veux dire, tous les deux, vous êtes, euh  ensemble/ensemble? » . Il transpire.

Stéphen, 16 ans 3 mois. Ydit 16 ans 87 jours : ils s’esclaffent. On a beau aimer l’avenir, pas de raison d’être si impudiquement précurseur, année 1967.

Donc, non, non, pas ensemble/ensemble. Stéphen : « Sinon, tu parles, on t’aurait pas payé l’éléphant, on t’aurait proposé une… » Glacial, tandis que les deux rient, le marchand refuse l’habituelle ristourne  lycéens.

Vassiliki, simulant l’intérêt : « Le vendeur, il voulait vraiment vous offrir des propositions? »

Ydit poursuit :

 

« Dehors, écoutant « Salut les copains« , l’impériale soeur attendait. Eux disaient : » T’écoutes encore « ça pue les colins? ». Ils sont rentrés avec la voiture que Mum prêtait toujours. La sœur pensait que Stephen et Ydit ça aurait fait un joli petit couple poétique, du genre à Caravager le Carreau, même si c’était  trèd pas à la mode, la Poétique.

En route, par ses coutures sèches, l’éléphant nouveau commençait à violenter la chair intime. Stéphen se plaignait en tortillant. La soeur ne s’en distrayait pas. « Do you need a stop?« . Il needait, yes. Elle et la voiture de Mum frayèrent dans un chemin entre deux bois. En ces temps, la boue c’était aussitôt après la ville.

 

Je vais en profiter pour faire un petit pipi, justifiait Stephen, les pieds dans la terre, et le pantalon pas loin.

C’était serré si net qu’il faut  bien entendu délacer la ceinture, ouvrir plutôt large. Un beaucoup de hanches nues  luit clairement contre l’horizon brun. La sœur, bilingue au point de parler l’Audiard :

-« Si t’avais mis une culotte, ça t’aurait pas tant  rainuré les bijoux », estima-t-elle, songeant par ailleurs au thé qui l’attendait.

 

 

Puis, soudain, chacun rhabillé d’ampleur sinon de chic,

TempliersChevaliers.jpeg la soeur accepta que le précoce mais imprécis Stephen prit le volant, pour rire sur le chemin, jusqu’à la route. C’était l’heure du thé à la cardamone. Il fallait revenir au sérieux. Mum, attendant, s’amusait avec le repassage.

 

 

Le chemin étroit comme  le pantalon serré firent qu’on s’embourba.
« C’est écrit comme du Sévigné chauffée de ses vapeurs, » dit la soeur, à cause du « comme », et sans succès : les garçons ne lisaient que Bleck-le-Roc et Rahan ( qu’ils surnommaient Black-le-Toc). On patina, on rôtit la boue au caoutchouc, on chercha des pierres, des branches, des fétus, de quoi tirer, quelqu’un pour qu’il pousse.

C’était le Congo Brazzaville à Neuf-sur-Essonne.

 

La trace d’humain éparpillait des poches claires de boue, qu’aurait effacé une prochaine traversée de pâturage, si le troupeau n’avait inquiété par la densité des cornes. D’ailleurs, il n’y avait pas de troupeau. Un encore paysan, parvenu à l’heure du deus ex machina, conclut cet épisode comme dans une fable.

Bien après, quand ils arrivèrent, de boue vêtus et d’impatience tendus, Mum – jamais inquiête – demanda si acheter un pantalon tellement salissant avait été une bonne idée ? Et, d’une analyse experte, pour après le thé au gingembre, elle proposait de desserrer un peu les coutures. »Bonne idée, ça fera de l’air à la jonquaille », dit la sœur.

Pendant ce temps, peut-être, disait Mumpendant qu’elle reprendrait les coutures, la soeur pouvait-elle montrer à Ydit, même s’il n’en n’a pas,  comment on se sert du tourne-disque installé dans sa chambre, pour écouter des vedettes, car il n’y a pas de sot début à l’afternoon, n’est-il pas?..hardy,_francoise,_hallyday,_johnny_&_-vartan,_sylvie_1963


Didier Jouault  Yditblog  N° 55


 

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    • Parmi l’immense foule de mes suiveurs ( foule infiniment plus réduite : mes suiveuses ) , tu es de ceux qui, je le sais, comprend assez bien les astuces vaseuses d’arrière-plan social, qui sont secondaires, comme les bénéfices du même nom , hihihi, mais tout ça tourne un peu en biais dans une carré du temps …

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