Yditblog S. P. O. n° 83/ 107 La présidente s’invente, me hante, s’évente et se vante. (2/3)

 

 


Rappel  ( SPO 82/106) TABLEAU UN : Vous ici, je vous croyais sans vieux os 


Pour cette fois glissant les yeux sur l’écran et les doigts sur un réseau, YDIT retrouve « La Présidente » TONPRé- depuis peu nommée à la tête d’une lourde institution. Elle lui dit de passer voir. Il vient, il voit, Elle commence à peine le travail- dans les frous-frous, mais Ydit parait accepter d’au moins envisager de se mêler à l’histoire.


EPISODE DEUX :  le tarte et le méritoire

     Le Réseau-à-clavier est une vitrine de mémoires un peu sale, un grenier de passé plus ou moins mis en conserve sur les étagères boulimiques où s’échangent d’obèses messages.

    YDIT raconte : Personnellement, j’avais connue République TONPRE quelques années auparavant. Alors, je dirigeais dans mon domaine le département de Z, elle en  était l’ élue, il fallait parler entre gens sérieux, car chacun voulait s’intéresser à ce « domaine » :

 

     Parler, d’autant plus (et si possible mieux) qu’elle avait contribué de toutes ses passions au vote d’une loi. Pas une petite, comme de savoir s’il faut que le mur des jardins publics ne dépasse pas 1,75 mètre , étant admis depuis une autre loi ( mais une vieille, une qui sent un peu le terreau, la feuille morte, l’ombre fumeuse d’un Angora en visite de touriste ) étant connu (car admis serait trop dire) que les municipalités, ville ou champs ne peuvent pas construire de murs de jardin en-dessous d’un 1,25 mètre, pour d’évidentes raisons d’hygiène et de sécurité – sauf s’il s’agit de grillages,  bien entendu…

 

…ou à la rigueur de treillis plantés au lieu de bâtir (et qui ne sont pas des murs à proprement parler, ni à salement le dire)- mais alors la nouvelle loi ne s’applique pas, s’agissant de clôtures métalliques et non pas de maçonnerie- encore que la maçonnerie demande souvent qu’on laisse les métaux à part.

     Bref : une nouvelle loi qui marquait la volonté nationale de désormais prendre beaucoup mieux en charge une Population Remarquable.
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nombreuse dans le département.

     Le métier de directeur dans le département est de faire pousser sur les terrains du réel ces grains d’ivresse que les élus sèment en s’aimant,  grandes embrassades un peu multicolores et très ornementales, tendance nuit du 4 août, en tout de même plus petit-et sincèrement moins durable, mais on aura tenté. Ce qui est méritoire, à défaut d’être exécutoire.

 

    YDIT raconte : La loi votée, je l’avais souvent vue, la pas-encore Présidente, dans mon bureau, dans le sien, au Conseil, au Parlement, où elle aimait convier à déjeuner- agréables souvenirs de gourmandises républicaines. Parmi les inepties acceptées avec curiosité : les déjeuners guillerets, en particulier au Sénat. A la douceur admissible des mets (tarif parlementaire, et on est invité, c’est la tradition) s’ajoute le plaisir radicalement puéril de voir le fameux Sénateur Gégé s’arrêter près de la table, pour tailler une parlotte entre amis, dans le son de l’après-midi d’un faune, qui gambade dans le jardin.

 

     Là il bavarde deux instants, et délivre de sa cage en toile d’araignée  un secret urgent à connaître :  » De Ravoilubion accepterait d’intégrer la commission, en suppléant, désolé pour vous ».

    Puis s’échappe, sans observer les tranchées de désespoir que son obus à fragmentation mentale produit au milieu du charriot de desserts.

     Dans le département, puisqu’elle n’entrerait donc pas dans la commission, mais aussi par juste conviction, République TROMé voulait que sa nouvelle loi, devienne réalité, pas rien que des mots,  d’abord en cette terre d’élection : la sienne. Elle  surveillait le moindre décret comme  une descente rouge de cheminée à pompon blanc,  et serrait la main des directeurs de l’Etat comme si elle guérissait  les écrouelles.

     La tentation était louable et l’intention forte-ou l’inverse?. . On déjeunait brièvement, je lui faisais le point sur le département, les chiffres, les réunions, les mots des gens.

 

     Non par devoir, mais parce que la cause était bonne. Et puis, c’était une femme au commerce agréable- bien qu’à solde neutre. J’eus même l’occasion de lui rendre service, grâce à ma fonction, et dans le respect du droit, pour une fille, un neveu, je ne sais plus. C’était un peu « tarte », un peu  » poire » et méritoire, de ma part, sur le tard.

     Ensuite, banalement, les années suivantes nous étions restés sans nous rencontrer : elle n’était plus élue, j’avais changé de territoire. Quelle raison de continuer à déjeuner?


A suivre, sur cet écran : SCENE TROIS : Ce fut comme une disparition.


Didier Jouault pour Yditblog 83/107

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Yditblog S. P. O. n° 82/ 106 La présidente s’invente, me hante, s’évente et se vante.( 1/3)

 


TABLEAU UN : Vous ici, je vous croyais sans vieux os ?


Ydit raconte : Le Réseau-à-clavier est une vitrine de mémoires un peu sale, un grenier de passé plus ou moins mis en retrait sur les étagères boulimiques où s’échangent d’obèses messages.
Pourtant, certaines nuits, comme une vapeur dans le col d’une chemise entrouverte par les flatteries de l’été, surgit un nom, ce nom, sur l’écran des absences : ainsi je voyageais parfois- dans l’espace virtuel, ici-même.

 


Et je vis son nom – vite fantômisé par la succession des apparences et l’urgence des effacements.

TONPRE.

     Ses parents – peut-être en la concevant un soir de déprime post-scriptum, avaient choisi le rude prénom de République. Elle se faisait appeler Josette, ou parfois Mutine.        C’était plus simple : pour Josette les hommes s’effaçaient en ascètes dans les ascenseurs, et Mutine ressemblait davantage à l’image qu’elle pensait devoir donner d’elle en montant l’escalier. Ou en se préparant pour un débat.

 

     Josette, donc, figurait ( et faisait très bonne figure ) en nouvelle Présidente de la Caisse Centrale, pour la Partie Remarquable de Population, juste cause publique portée depuis dix ou quinze ans. Opulente administration à méandres subtils, ramifications sauvages, budget grossi à la loupe par l’actualité : ici on disperse de la subvention, certes, mais pour le bien des autres.

 

Sur le clavier bousculé , Ydit fit un message : « Ah, République Tonpré, amusant de vous repérer ici, et quelle étourdissante fonction. Ydit » ( assez stupidement, Ydit signait les messages partis sous son adresse numérique.)
Très peu de jours plus tard : « Cher Monsieur Ydit, satisfaite de vous retrouver ici, la mission est passionnante, j’ai besoin de tous, passez me voir, prenez rendez-vous. » Suivait une adresse.

 

     YDIT raconte : Il n’ouvrait le clavier que peu souvent, curieux des rythmes avec lesquels une urgence à venir devenait vite plaque de marbre rivée au mur d’un cimetière.
En d’autres cas, il aurait souri avant de passer au message suivant.

     Rencontrer quelqu’un dans le réel, peut-être masqué par le rideau de scène du clavier, n’avait jamais semblé plus attirant que de traverser la page d’un roman pour serrer la main de Bardamu ou glisser un regard dans la chambre d’Albertine (un regard dans son bain, peut-être, pourvu qu’il s’agît bien d’une jeune fille en fleurs).

     Il avait pris contact, quand même, avec la Présidente. Plutôt avec une adresse qui dirigeait vers un chef de cabinet. Une constante chez Ydit : la curiosité est une force qui l’a conduit à de sévères inepties.

 

      Le chef de cabinet : « J’ai bien reçu votre demande d’entretien, pourriez-vous me faire savoir quel en est l’objet? »
Il avait fallu quatre messages ( séparés des jours d’absence d’Ydit hors de la merveille du réseau ) dans le réseau fragile de cette opulente  administration, pour convenir qu’il ne demandait rien sinon de venir ainsi que la Présidente le demandait.

     Tôt le matin ( « Elle est là de très bonne heure, elle travaille tout le temps », avait précisé le chef des rendez-vous), après des couloirs taillés sur la mesure de l’importance, il avait pu s’offrir assez longuement le bonheur de feuilleter les revues spécialisées, moments toujours offerts avec générosité par ceux qu’on attend.

     Elle arriva plus tard, guillerette et sautillante, sac de chouquettes à la main, sentant bon, elle et les chouquettes.

 

« Ah, que plaisir de vous voir , Ydit, nous allons faire un excellent travail ». puis, expliquant d’un geste mutin ( car elle s’autoproclamait Mutine), elle se dirigea vers deux ou trois bureaux ouverts : Assistante et capuccino, « Alors, ce Week-end à la mer? Et le petit, il a nagé? Chouquette? » Secrétaire et allongé sans sucre : « Votre maman qui a été opérée hier, ça s’est passé comment? Chouquette? ». Chef de cabinet, enfin : là pas de chouquettes, il semblait du genre à jouer le chaperon noir, et  à se faire un rail d’aubergine ( sans pulpe) à l’heure du thé, ou jusqu’à des shoots de poudre d’épinard pour se valoriser avant les réunions.

 

     « Mais ( elle passa la tête vers Ydit assis dans le couloir), pardonnez moi , je dois voir deux ou trois rendez-vous, tout le monde veut me rencontrer, et puis il y a une urgence, pour le ministre, c’est d’ailleurs pour ça que je suis en retard, excusez moi « !
Elle avait ensuite fermé la porte.

     Ydit aimait s’étirer, mains entrelacées, corps en ligne droite, sur des fauteuils instables, au risque des coutures fragiles. Mais enfin, quel que soit le plaisir, après trois tensions, le désir s’élastique et l’envie surgit plutôt de passer à la suite.

     La Présidente sortait du bureau des agendas quand Ydit tentait de fuir. Elle – prévenante et chouquettée – coquine et se méprenant : « C’est la porte au fond à droite, je vais vous attendre, c’est bien mon tour ». Elle arrondissait les mots comme une starlette pousse le décolleté en avant dans une série télévisée destinée aux malentendants.

 

     Ensuite, dans le vaste bureau – « Café, thé, encore un peu tôt pour un apéro ! », elle avait beaucoup parlé. Chacun le savait, et Ydit mieux que d’autres en raison de son métier, la maison ici ressemblait à une bâtisse hantée par les sept petits nains, à une construction vide et pourtant effrayante, comme un train fantôme dans une foire pour comiques comices agricoles de bas-Limousin.
Mais, dès son arrivée,- et elle en remerciait le Grand Patron qui lui avait même envoyé un SMS à deux heures du matin :  » Voulez-vous présider Caisse Centrale pour Partie Remarquable Population? », depuis la première heure, donc, la Présidente avait commencé la Grande Marche vers le Radieux. Elle préparait un plan de cinq ans, la durée de son mandat.

     Elle concertait, en petite formation ou grand orchestre, elle rénovait, elle irradiait, elle institutionnalisait. Ydit, comme on l’a deviné bien élevé, peignait son regard aux lueurs satinées de l’attention, sans tout comprendre.
Elle griffa un organigramme sur un bloc à en-tête de Marianne : « Ici le Conseil, vous voyez? Là un comité, par ailleurs la Commission, on la met ici, au bout de cette flèche forcément ( elle rit un peu, seule ) et la réfection des bureaux, pas des locaux, elle rit encore, mais des organisations du travail, labor improbus omnias vincit et de viris illustribus, qu’il en soit ainsi, vous voulez un café, que j’envoie chercher des chouquettes ? »

 

     Ydit, le sujet des métamorphoses du vide, ça l’intéresse : il suivait d’un doigt, questionnait. Il avait le temps.

     « Et alors, ceci posé, pont d’Arcole continuait-elle, vous devez vous demander pourquoi je vous ai fait venir, non ? » Elle souriait, reprenait souffle, ressemblait dans l’obscure clarté de la fenêtre à une qui aurait su repasser à son voisin le flambeau de Marathon dès le kilomètre 10, pas si sotte, non mais.
Ydit se le demandait. Un ongle verni, aigrette piquant le bloc, répondit : « Là, je vous mets là. Juste à côté de la case Présidence. J’ai besoin de deux hommes d’absolue confiance, de grands professionnels enrichis de leur expertise, privés d’enjeux. Et comme vous venez de prendre votre retraite…Ah, oui, la Caisse ne peut pas vous verser quoi que ce soit, en dédommagement, d’un point de vue réglementaire… »

 

     Ydit raconte qu’il rassurait : apporter aide et conseil, s’agissant de Partie Remarquable de la Population, c’était bien. Elle donnait des précisons : » Vous suivez les dossiers d’urgence, avec les chefs de service, bien sûr, et une rencontre tête-à-tête par semaine, on déjeunera ensemble ensuite, bien sûr, mais si, mais si , c’est avec plaisir, et c’est la seule chose que je puisse vous offrir, à part ma confiance absolue, bien sûr, elle rit un peu. Vous voulez un café? »

     L’opération à cÅ“ur ouvert avait duré plus d’une heure. Quand il partait, la Présidente lui tendit quelques feuillets de prose grise : « Tenez, si vous aviez le temps de lire ça? Et de me donner votre avis? Demain, par mel, ça irait ? Et prenez tout de suite rendez-vous avec le chef de l’agenda… »
On verrait, ça irait, il prendrait. Mais pas du café.

 

 

 


A suivre sur cet écran : SPO 83 (107) :  EPISODE DEUX : le tarte et le méritoire.


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Yditblog Séquence publique d’oubliEs n°81 ( post 105) : La carpe du territoire fait toujours perdre le Niort – 2 sur 2.

Ydit veut raconter l’arrogante cruauté des jeunes hommes trop faciles. Par le suite, peu à peu, presque sans le vouloir, ses frères lui ont appris à respirer autrement le parfum noir des dames, sans renoncer à les aimer.
Séquence deux sur deux : la théorie de la chambre de bonne


Reprise de volée :

Le tarot l’affirmait : dans un voyage prochain, Ydit ( dont le pseudonyme était encore lui aussi à venir ), Ydit croiserait le sentiment sur un quai, un rivage, un trottoir ( les cartes répugnent au détail). Une lame disait le voyage, une autre l’aventure, la troisième en se dévoilant à point paraissait cligner de l’Å“il dans le miroir des vestiaires. La devineresse ( en liesse sous la tresse) volait d’une main toujours muette sur ses lames retournées, mais ne disait mot que sur demande : une carpe dans son fossé.
Germaine, bien entendu, veut en savoir davantage sur le futur annoncé. Et comment il n’advint pas 

Ydit raconte :

 

En ces temps d’il y a plus longtemps que le pas du souvenir ou presque, il allait dans les départements animer des réunions, où tenir le rôle de l’invité, pour le stage de Week-end.

 

     Peu de jours après les jeux de reflets du tarot, il finissait une séquence publique d’avenir, qui s’était  posée dans une abbaye défroquée en pays de marais poitevin.
-A Parthenay, la Parque naît, s’amuse Germaine, se demandant ( sur un ton à couleurs de Maroc) s’Ydit bout l’abbesse?

     Ydit, tout de même, ces gloseries à peine littéraires pour des mots à peine d’esprit, ça l’agace, parfois. Mais on sait que le verbe lâché ne rentre jamais dans la bouteille. Il poursuit le récit.
     Ydit raconte :
Tout au long du Week-end, une jeune médecin et lui avaient balisé les territoires séduisants de la connivence. Rien n’avait eu lieu, sauf l’évidence d’un futur possible, ce que les regards disent en peu d’éclats. (Germaine ricane du ‘peu d’éclats’ -discrets comme une volée de cloches pour la messe du dimanche).

 

     YDIT : Le stage fini, sur le quai de la gare, tard, comme elle le raccompagnait avec une autre, Ydit se demandait soudain s’il ne fallait  pas soudain rester, poser les mots sur le quai, décliner ici tout langage, dérailler,  s’arrêter – même si tôt ? Il se sentait un peu amoureux et beaucoup stupide, à moins que le contraire?
Elle proposait qu’il vienne dîner chez elle, elle n’était pas de service le lendemain à l’hôpital, il est encore temps, un reste de mojettes, tant pis pour le train, une tranche de jambon de pays, celui-là ou un autre, tous les trains partent à la bonne heure, il prendrait celui du lendemain matin. Peut-être. Ou même un autre. Puis elle viendrait passer des soirs à Paris. Avec les mojettes, on boirait du pineau frais dans la chambre d’amis. Le dimanche on rangerait la bibliothèque.

 

     Par la fenêtre, pourtant, il avait donné du mouchoir comme on donne du gîte, avec une malicieuse dérision. « Venez quand vous voulez », disait-il à la cantonade, pour ne désigner personne et décevoir tout le monde.

     Peu de jours après, sur ce qu’on nommait alors « répondeur », une poitevine avait décrit la suite : » J’arrive ce soir« . Elle aussi avait conservé l’adresse du Parisien. Mais c’était l’autre, l’amie gentille et  sans talent dont les yeux n’absorbaient pas la fine lumière du désir. On avait partagé des minutes de respiration dans le parc de l’abbaye. Elle avait cru à l’invite ferroviaire.

 

     Bientôt, la Poitevine à forte poitrine a quitté le quai, nulle Germaine attentive n’ayant pu interdire le voyage vers rien. Elle s’impose d’une queue de rat joviale et d’un chignon polisson, coiffé en nid d’ange. Elle s’est préparée à la vie pendant le voyage.

 

     Il n’y avait pas de code à la porte, en ces temps sauvages. Elle sonne. On ouvre.
Dans l’appartement, elle installe un peu de confusion -presque de stupeur -.

    La compagne majeure d’alors s’amuse devant cette improbable cueillette de séminaire… Ydit est démasqué en costume de Sganarelle, valet gras d’un Don Juan exporté en Poitou, qui sait tant des filles sauf la vérité de leurs yeux pâlis par l’attente de la couleur vraie. « Mes gages, mes gages ! » réclame la Poitevine à Sganarelle, et « Dégage, Dégage ! » songe l’amoureux trompé sur la personne, retranché dans le donjon intérieur de l’indifférence.

Mais se prépare son destin de pierre.
La Niortaise, guidée  par  des lames de fond de son propre désir d’être Désirée, n’a rien compris de l’appel à venir peupler l’avenir.paroles de tarot.jpg

Elle accepte avec une précipitation de Grandes Chutes l’invitation à occuper, ce soir, la chambre de bonne.

YDIT : « On n’allait pas lui proposer le tabouret, et encore moins le canapé, elle aurait vidé son sac dans le salon. »

Pour festin, déchiré entre trois, on lui offre un brouet sans luminosité. Le dialogue est puissant comme le grain dans la dune : un soupçon de vent le fait rouler vers le néant de l’anonyme.

La Niortaise ignore Paris, elle redresse le chignon à coup de baguettes détournées d’un restaurant (iranien-mongol?) de Migalou-Bonnières, elle ne parle que de ce pauvre Boby ( un autre grain de sable, Irlandais), et perçoit en tout regard la vigueur d’une annonce faite au pari. Elle décroit ses allées, décrit ses venues, mais renie ses retours.

 

     On regrette, elle croit en sa nuit. Telles sont les mÅ“urs parisiennes vues depuis les bocages. On écourte l’agape sans éros, son train était si loin, si tôt, elle est si fatiguée, n’est-ce pas?
Ydit suggère de la conduire à la chambre de bonne, quelques escaliers, amusement dissuasif mais dissimulé de la compagne majeure. On sent que la Niortaise, émue et très éveillée, se dit «Ouh la la, çà va si vite, c’est la capitale sans Kapital, j’ai bien fait d’emporter mes gélules.»
Elle gravit les marches comme une qui aurait le bonheur de descendre l’échafaud sans avoir perdu la tête : enfin la vie commence. La grande aventure, c’est ainsi qu’elle y pensait pendant les réunions de section ou les cueillettes au papillon, sur les rives des canaux dans le marais. Elle a vu comment les gars de Paris on appris les voies de  la fraîcheur sans pudeur.

 

     Elle franchissait la porte, se retournait, fermait les yeux : du temps passait. Quoi, Ydit de Paris et du Parti n’avait pas encore dénoué son langoureux Caraco à liens verts et rouges en dentelle d’Alençon brodée sur toile de Mayenne? Ydit n’avait pas déjà, impulsif et gourmand, porté à la lumière la petite étoffe « Dames de France » achetée pour l’occasion, sur le marché de Bressuire, avant de l’éparpiller sur la moquette ?

     Ydit souhaitait bonne nuit. Il indiquait les lieux utiles, la meilleure boulangerie au petit déjeuner, laissait pour demain le plan de Paris ornementé de perles telles les adresses de musées ou de gares, – surtout d’une gare – et remerciait pour l’agréable dîner entre camarades d’incartade légère – et très dépassée.
     A une autre fois, il espérait ? A Niort de nouveau, sur le quai de la gare, avec son amie médecin de l’hôpital ?

     Fermait doucement la porte. N’écoutait pas derrière. Se confortait dans sa cruauté : séduire, passe encore, mais coucher, à cet âge… S’offrait l’imbécillité d’un sourire d’escalier, ceux des conscrits de jadis ayant fait pipi dans le casque du sergent. Encore trop vert pour le rouge de la honte.

     YDIT raconte : Restée seule, on imagine, la Niortaise rumine, fulmine, elle ravine, bientôt elle Nautamine, elle Revitaline, elle Nivaquine, tous les moyens sont bons pour régler son cas à ce fat, disparu sans bruit et sans fureur, parti derrière la porte la queue entre les jambes.
Humiliée, sans doute, déçue, violentée de solitude, elle sort boire une verre dans un bar, deux bars, trois verres. Plus tard, elle disparaît au-delà du rideau de scène.

 

 

     « Et bien, soupire Germaine, je comprends l’urgence  des « OUBLIS » à présent que la statue d’un commandeur est en route  : il n’y a en effet pas de quoi vous pardonner. ET Ensuite ? »
Ydit : Au matin, sur la porte de l’appartement, un mot attaché par un peu de ruban d’Alençon renforçait la niaise cruauté de l’épisode :

verso : « Elle avait le visage aminci, les pommettes longues, et de grands yeux doux ».(1)

recto : « Mais il se fait tard, allons souper! »(2)


(1) Marcel Schwob, Vies imaginaires, Gallimard, 1957

(2) Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien.


 

didier jouault pour Yditblog  81/105

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Yditblog Séquence publique d’oubliEs n°80 ( post 104) : La carpe du territoire fait toujours perdre le Niort – 1 sur 2

     Ydit veut raconter l’arrogante cruauté des jeunes hommes trop faciles. Par la suite, peu à peu, presque sans  le vouloir, ses frères lui ont appris à respirer autrement le parfum noir des dames, sans renoncer à les aimer.

 

l Multiplication des Germaines

 

     – « En fait, franchement, dit Germaine en  secouant la tête d’un joli «  non », vous pourrez dire ce que vous voulez, Mon Vieil Ydit, nul ne lit pas l’avenir dans le jus de pruneau, et encore moins en jouant aux dés avec les noyaux, c’est bien connu, ça n’abolit pas le bazar. Ou alors ça ressemble au plan de la gare de Niort ».

 

 

     Ydit ne demande donc pas ce que cela signifie. On a d’ailleurs compris, depuis le début (ou presque), à quel point l’espace des Séquences Publiques d’OubliEs privilégie à chaque fois l’image sur le sens, résolument, définitivement, l’image plutôt que le verbiage, y compris le sens de la vie, et- pour les amateurs- l’essence du lavis.

– « Même s’il fait image et même s’il n’est que de passage pas sage, le sens ? » estocade Germaine. Elle s’est de mieux en mieux glissée, geste et verbe, dans le costume à paillette de la rouge dame des rails qui pétillette et goguette. Elle chewingmachouille le mot «sage» et songeant ( éternel reproche ) à la présence souvent estimée inutile de nues plus ou moins crues dans les séquences à plus ou moins croire, nues seraient-ce en sculptures qu’honorabilise ( non sans hypocrisie, on le devine ) leur endormissement sur les parquets des musées, leur efflorescence photographiée,  ou leur épanouissement au yeux de tous dans le douillet silence des jardins publics.

     Absent de Paris pour affaires ( cette fois, dit-on, pour diner d’un dindon avec un de ses Frères, Jefferson ou Washington ) Voltaire dit V3 exprime de loin son accablement, avec un peu moins que les 140 caractères de la limite autorisée.

     Abandonnée à son propre aiguillage, Germaine poursuit, au moins son discours, et sans doute aussi le chemin vers la gare égarée sans égards dans l’une des séquences publiques d’oubliEs à venir. Encore un de ses aphorismes très mineurs : « Plus le trafic est ancien, plus on va vers la voie unique ». Au proverbe malien succède le proverbe du train.

     À propos d’indignité, demande Germaine, aujourd’hui pétulante comme un Cyrano, je ne vois pas non plus ma pote Vassiliki ? Deux ans qu’on se connaît ! Elle n’est pas revenue de Sofia ? Elle rédige son rapport sur vous, et votre père, au profit des Organes?

Elle le sait, Vassiliki, elle, qu’en mentant on regarde les cartes pour mieux  voir dans le passé.

Ydit raconte : Un après-midi, sur une devanture de boutique près du canal, il avait personnellement été invité -par affichette- à tout savoir en direct sur son avenir. Comment résister à l’appel du désert ? La dame, toute d’âme vêtue et de lames armée, pratiquait le tarot instinctuel, ce qui peut exciter toute curiosité mâle placée- surtout que l’affichette s’ornait d’un portrait de la devineresse qui se documentait en tenue de classe.

     Ydit formait en son rêve des cauchemars à la Pyrrhus. Paisible et pleine d’elle même, une Judith belle comme Camille Desmoulins battait ses ailes du désir, puis sortait promener sa tête d’Holopherne, fichée sur une pique qu’on aurait dit droit venue du pays perverti d’Alice : l’avenir, c’est ainsi, murmurait-elle, tandis qu’on flottait sur l’encens de la sale d’attente.

     Le tarot l’affirmait : dans un voyage prochain, Ydit ( dont le pseudonyme était encore lui aussi à venir ), Ydit croiserait le sentiment sur un quai, un rivage, un trottoir ( les cartes répugnent au détail). Une lame disait le voyage, une autre l’aventure, la troisième en se retournant paraissait cligner de l’Å“il dans le miroir des vestiaires. La devineresse volait d’une main toujours muette sur ses lames retournées, mais ne disait mot que sur demande : une carpe dans son fossé.

 

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La taxe du hors piste, séquence ni publique ni d’oubli

C’est rare. Les compagnons de route (et parfois de mémorable déroute mémorielle) sont assis à la même table. Pour amuser le public, un facétieux a collé une affiche. On a détourné des images? La police s’emmèle!

 

Ydit fait front, pour ne pas perdre la face.

Même cajolé,

 

le Vieux Vaticinant Virule et Vaticine : « Non, vraiment, ydit a exagéré! »

Germaine, toujours diseuse de bons aiguillages et gourmande de rails, gourmande  et contrôle son Ydit comme si c’était un fraudeur sautant les barrières,

 

     un jeune sur sa planche à voile, un quadra en trottinette sur les trottoirs, bannière plein vent. Un type, tiens, un barrage de contrôle et on te le mate. Puisqu’il s’agit d’images…

On n’ira tout de même pas faire appel à des renforts, qui seraient bien capables de détourner Ydit de son repentir. Nécessaire repentir.

 

Et jusqu’à la plus incertaine des compagnes, la suave slave Vassiliki : enfin, de la matière pour un rapport plein de fautes?figaro le jour le plus longIMG_2051berline 4bal des pingouins de fer 6

Alors – triosent ils, où va-t-on? Ydit se meut en mauvais garçon, en voleur d’estampes, en Ribouldingue de l’image?

En mafioso de petits boulevards ?

 

 

Il déborde, il expose, il explose même? Hein, M’sieur Ydit, on oublie les principes?

 

 

Sans mauvaise conscience, mais tout de même un peu mollement, Ydit s’abandonne à l’argumentation : « oui, dans la rapidité de l’écriture, il a utilisé les images du « stage théâtre » sans avoir recueilli d’autorisation préalable ».

D’un geste généreux comme un contrôleur découvrant une carte Sénior sur le Paris-Brest, Germaine rappelle que l’image en espace public est à tous, sauf usage commercial ou dégradant.
Du reste, précise Vassiliki, les personnes sur ces images aiment se mettre en spectacle, et…

V3 dit Voltaire – moins acide que d’habitude, ( mais au fond peut-être aussi caustique), prétend que, parfaitement respectueuses  les images ne sont que des  » illustrations » d’un propos : les représentés ne jouent aucun rôle dans la Séquence Publique d’Oubli, ils ne font – pardon- que de l’aimable et souriante figuration.

Ydit sait tout cela : il a lu le droit. Mais, bien sûr, a posteriori on peut solliciter le retrait d’une image. Voila tout.
V3  soupire : ce n’est pas malin, Ydit aurait pu demander avant. 

Germaine : il demande maintenant, et on retire ce qui doit l’être, sans taxe et sans trace, sans amertume ni moindre thune.

Pour Vassiliki, dont les grands principes souffrent peu d’approximation, en d’autres lieux, ça aurait fini une balle dans la nuque au fond de la Lubianka…Bon, d’accord, j’exagère, mais une bonne dizaine au Goulag, ça oui.poste police rue Marsoulan 2012SPO Fessée-éducativespo fessée gtravure

Bref, les trois comparses jugent de concert qu’Ydit a franchi le passage à niveau, le nigaud, c’est balot, sans regarder avant. A son age!

On sait bien de quoi on aurait envie, hein?

 

On attend la suite, demande Germaine?

 

 

Ydit : pour quiconque,  disparaître des SPO malgré nos explications, rien de plus banal : il suffit de le demander. Ici-même !

 


Hors série, toutes photos déjà publiées dans une Séquence Publique d’OubliEs

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Yditblog S.P.O.79 (post 102) : Sur la terrasse les amis de Tyne aussi attendent le vol pour Marseille.

     Selon Ydit, Tyne marchait dans le désir les yeux bandés (spo78).  On entend à présent, parmi les bruits de la vie, un appel à l’embarquement de TYNE, attendue porte X pour le vol de Marseille (Spo79).


Ydit avait raconté, sur une scène vide, que traversaient par instants des spectateurs pressés,

     Ydit avait raconté l’accueil de TYNE avant la première nuit dans la maison à la campagne. Il avait dit la surprise de l’indifférence bavarde, il avait dit  le silence blafard de Tyne quand la ville tendait les détours de l’Histoire en cadeau de première nuit, mais TYNE avait marché les yeux fermés, alors que les murmures des sculptures ou la rigueur des façades réinventaient le souvenir pour elle, il avait dit son glissement prolixe au-delà des signes, la fermeture des écoutes, son mutisme du cÅ“ur…des « OUBLIeS » à saveur un peu amère, un peu acide.(SPO78)


 

 

     Mais ce n’était qu’une première apparition de la si aimable Tyne sur le décor des nuits et la scène des éveils.

     Puis ce fut comme une disparition : Ydit raconte qu’ils étaient tous deux assis au soleil d’une terrasse. Tyne le regardait, émue sans doute. Elle allait devoir quitter Paris pour Marseille, disait-elle, et allait s’y marier, peut-être, avec Alexandre, à force.

     Germaine-des-rails se stupéfie à hoquets hauts : Quoi,Tyne avait deux hommes? Comment,elle partait?

 

     Ydit raconte que, sans doute, Tyne aimait les jours et les nuits de deux hommes, et puis c’était un temps que Germaine n’a pas connu, sauf par les récits des libelles, et les mots purs de la tribu. Un temps de vertus sans fards, de jeux sans prix, et de feux débarrassés de leurs cendres.

-« Et vous aussi ? s’indigne – ou affecte de – Germaine.

« Et elle venait dans la maison de la campagne où une autre venait à son tour? »

     YDIT raconte : « TYNE  ce jour là prenait le temps de construire un nid d’oubli, sur la terrasse du départ. Sans malice, trop fine pour aimer toute blessure dans la mémoire d’YDIT, elle s’était prise à raconter les bonheurs de leurs histoires, depuis deux ans. Ou trois? On n’aime pas les histoires, parce que les raconter c’est aussi les enfouir.

    Germaine : Des  » OUBLIeS »?

 

     YDIT une fois encore dit que les  » OUBLIeS » sont les effacements volontaires des moments sombres enkystés dans la mémoire. Avec Tyne, rien que la lumière, et même en ce jour d’annonce faite d’un départ. Qui s’étonnait en ces temps que l’histoire ait une fin ? Rien de plus banal , Germaine, croyez moi :

On surgit, on s’allie, on se dit, on se plie,

les corps doux, coin de cou, c’est tout flou, puis l’époux

et voila tout, et voila dit.

     Germaine demande « si les récits de Tyne,sur la terrasse?..

ET d’abord était-ce vraiment TYNE? »

     YDIT rappelait qu’ils étaient allés quelques jours en Ecosse, au printemps.

        Elle avait acquis là son prénom.preraphaelite autrejeune fille à sa fenêtre

 

TYNE, Riv.du N. de l’Angleterre (128km). Elle prend sa source dans les monts Cheviot, près de la frontière écossaise, et est formée par la réunion, près d’Hexham, de la Tyne du Nord et de la Tyne du Sud (North et South Tyne), issue du Cross Fell. Elle arrose Hexham et Newcastel.(*)

 

Maintenant, dans ce clair-obscur que la mémoire fait aux jours de grands mots, les deux TYNE se séparaient à nouveau, Nord et Sud.

 

Souriant, car partir n’est jamais un malheur, elle demandait à Ydit s’il se souvenait ?

Tyne :

Ils étaient allés à plusieurs quelques jours dans le grand soleil de Sicile. On apprenait à bousculer la tiédeur des midis en  glissant la planche à voile parmi des vagues de comédie. On visitait les musées, au matin, quand les œuvres sont encore fraîches de regard et de lumière.

 

     Ydit : Et tu inventais chaque fois des proverbes africains : « Le cou du serpent finit là où sa queue commence » venu du Cameroun, disais-tu sur la plage,  et encore cet autre que j’aimais beaucoup, réplique pointue aux faiblesses de la mémoire, et que tu prétendais avoir entendu au Sénégal : « Si tu as perdu ton cheval, regarde sous la selle ».

     Une autre fois, on avait passé trois jours en Normandie, Tyne rappelle qu’ « Ydit se déguisait en lecteur cambrioleur, picorant par dessus l’épaule nue et blanche des phrases d’écrivain noir », que Tyne jamais n’abandonnait. lupin-passage-bon-plan
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césarée 2014 Sur le bord d’une rivière, on lisait impudiques au soleil.T h nu main et sexe d'oublies

     Dans le sud, sur la terrasse, elle s’amusait beaucoup d’accepter les jeux d’images qu’YDIT rêvait encore de conduire à une collection – jamais construite car Tyne avait pris d’un coup la tout entière place dans l’imaginaire.

duo nu      Ils en bavardaient encore, sur le point de partir, et Tyne- sur la ligne de partage des mots- demandait ce soir « si elle pouvait conserver les tirages ? »

InkedTyne Croix, pierres,drap, de dos, Estep

     Ajoutant l’un de ces proverbes dont nul ne saurait jamais s’ils étaient puisés dans les sources secrètes et noires de l’Afrique, ou si chaque jour Tyne les inventait : au Togo, encore : « Si le fleuve bouge son cours, même le caïman doit suivre ».

 

    Tyne raconte les histoires, dit qu’elle dormait souvent peu, Ydit parodiait : « Madame promène son cas sur les remparts de l’insomnie ». Dans l’abri de toile posé au fond de gorges descendues en kayak et en tenue de rien du tout ( mais, savez-vous Germaine, en ces temps de légèreté, on avait du corps nu l’image du simplement vivant) Tyne répondait en écrivant sur un petit carnet (par souci de ne pas éveiller le dormeur du val, ironisait-elle) et – comme d’habitude- elle avait raison de citer le Bénin : « Même s’il vit dans l’eau, le poisson a toujours soif ». De ce point de vue, Tyne restait impénétrable.

 

Ils allaient aussi dans des villes où d’anciennes camarades de classe un peu lasses ou d’étranges étrangers les invitaient à boire  dans les bars ou fleurir les défunts. On disait de TYNE :  « Elle rambarde, elle pétille, elle s’oublie dans les bulles ».

 

Dans les parcs et les châteaux, YDIT montrait les traces et les noms des compagnons anciens. Cette fois Tyne écoutait, parfois.

Tyne dormait souvent peu, mais tard : Ydit attendait sur les murets qu’elle finisse de passer la gomme d’éveil sur le dessein de son corps.

En Espagne – ils étaient partis en voyage ourdi en quatuor allègre – elle rattrapait la nuit par des siestes picturales posées dans le demi-jour mensonger de la terrasse.

InkedTyne sieste chaste _LI

 

     L’attention s’étiole, luciole qui papillonne, mais Tyne raconte encore qu’ « ensemble ils avaient visité les ruines de l’ouest, les formes posées entre les colonnes disaient la mémoire des bâtisseurs. »Â 

     YDIT : « Tyne portait une longue jupe, il faisait chaud, en manière de cadeau d’anniversaire elle avait transformé en pochette pour la veste de lin que portait YDIT le plus intime (et aussi le plus fin, le plus détouré) de ses propres vêtements.

     Non, Germaine, ne vous agacez pas : c’était un moment du temps, ces années, où la joie pure des corps ne se voilait pas de morales accessoires, et quelle jolie pochette sans surprises ! »

 

 

 

     Mais voici, à présent, que Tyne dissipe sa présence, si peu sage,

et part vers Marseille, comme on va prendre un thé au Sahara.

ydit grognon mais ça ne va pa durer

     « Pas de fruit sur l’arbre qui n’ait eu d’abord sa fleur », aurait-elle murmuré , songeant au Sénégal. Cependant, les sentences aléatoires et les faux proverbes n’amusaient plus YDIT. Il relisait des livres anciens, posé sur un décor de désastre. Le langage n’est drôle que si l’on reste.

 

dj lecteur dans le désastre

 

Tyne partait, laissait entre eux la faille d’un  paysage que nulle lave n’emplirait. Porte fermée, elle gambadait un peu, déjà, sur les marches fraîches de son nouveau récit.

 

-Et vous? demande Germaine attendrie malgré la regrettable  banalité ambiante.

 

petit matin post Tynedj 30,ans portrait songeur

YDIT : Tyne dormait peu, mais partit tôt. Je servais le premier café solitaire et glacé.

Sur le mur, un portrait qu’elle avait fait disait la suite.

 

 

 

     Autour de la table sur la terrasse, on entend les passants attendre le vol pour Marseille, le vol de TYNE pour jamais, pour les temps volés, pour les tournois de mémoire, pour les autres pièces de la vie qu’on visite.

 

Tyne est toujours un spectacle joué à guichets fermés.

 


(*) Le Robert des noms propres


Didier Jouault pour YDITBLOG 79/102

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Yditblog S.P.O. 78 ( 101) : La pas là Tyne n’est plus princesse en son royaume?

    Séquence Publique d’OubliEs n° 78/ 101. le désir est un rail qu’on aspire aussi par les oreilles. Proverbe malin.


  Ydit est debout sur une estrade. La salle est encore vide. Cependant il commence :

 

 

« C’est ainsi que OUBLIeS s’arrondissent dans le four de la mémoire : un goût de lumière sur la peau d’un stage théâtre (lire spo 76 et 77), voici que renaît l’été de jadis ».

Comme dit Germaine-des-rails, poussant les ultimes voyageurs vers les portillons de nulle part, dans une logique impérativement ferroviaire : « L’été c’est tous les ans. Mais sans doute, ce ne sont pas de tels débuts  de souvenirs qui vont faire bonne fin. »

Ydit cependant continue dans sa tenue d’orateur grec (étiquette au cou) :

 

 

    « Donc, l’OubliE, celui-là, quarante ans  passés depuis : Il advenait ( coup de soleil dans un ciel trop serein) que Tyne viendrait pour un très peu de jours ( et jamais assez de nuits) dans la maison prêtée par une amie très complice. Dans la région, voici la fin du printemps. Des jeunes femmes gagnaient des tournois de volley, dans l’air roux des merguez, dans l’arrosage de rosés de Touraine.

 

 

Germaine : « On s’y attendait, doux et rusé, roux et rosé, la tension du volé, ça m’aurait étonné qu’il n’y ait pas un regard pour traverser le passage à niveau  des fantasmes sans attendre le signal ! »

Une  auditrice, glissée en secret derrière un rideau de théâtre vide, aimerait parler mais se tait.

     Ydit s’est habitué aux impertinences ferroviaires et au silence des passantes.

Il raconte : « La campagne était encore ainsi en ce temps. On épuisait l’énergie et les envies des mains à conduire les vieux quatre roues laissés pour compte sur place et pendant l’hiver, jusqu’au train, pas grand ni vif. »

 

 

     » L’attente, dans laquelle on se glissait comme un Grec privé de son double et de son casque en lumière de Troie, l’attente aux yeux de velours et pattes de crocodile, c’était le premier mode impératif de la rencontre. Patience en arpentage. »

 

 

     « Le quai inquiet ( substance durable connue de Germaine ) caquetait de coquets okey, chaque fois qu’une de ces locomotives à teint d’épinard trouvait encore et le bon rail et la force de s’arrêter avant le kiosque. Ydit raconte qu’il espérait l’arrivée de Tyne, mais doutait encore,  d’elle autant que des aiguillages du désert imaginés par l’horizon. Car Tyne n’en faisait qu’à sa fête. »

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     YDIT : « Naguère, dans un amphithéâtre à couleur de saxophone, ou dans une bibliothèque flottant sur l’herbe fumée par d’autres, ou dans un souterrain oublié servant de cafeteria, elle avait regardé ses mains, Tyne, en observant ce livre qu’elles tenaient, et  lui avait soudain dit, un peu méprisante » : « Vous connaissez Hamadou Kourouma? ».

 

 

Déjà là, très debout, inédite, savante,

Parlant doux, voulant tout, si vive et si lente

« Plus tard – mais pas si longtemps après (signe d’époque)- lorsque Tyne quittait l’appartement où vibraient encore les vertes ondes laissées par leurs jeux délicats et puissants (parlant doux, voulant tout, si vive et si lente )- il lui offrait des volumes à peau jaune sur des hommes noirs, ceux qu’elle lui avait appris à lire entre le soleil du balcon et la promenade au phare. »

 

 

Des récits magiques de pouvoirs secrets, de colonisés mimant le blanc dit vaincu mais encore assis dans sa royauté de négoce et de conseils, des rites hérités.

 

 

Alors que Tyne savonnait sa douche, Ydit posait à son tour les romans sur la table de verre du salon. Cadeaux. Concurrence de noms, compétitions d’éditeurs. Tyne sortait humide sur son pied de fleur sêche. Elle regardait la pile, riait, refusait d’ouvrir ce livre autant que d’accepter l’éponge d’un peignoir : rapprochement  jugé douteux du dodu et du dos donné.

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Elle ajustait sur l’œil ses lentilles, regardait le titre, disait : « Je suis en retard pour le séminaire, tu ferais mieux de me l’offrir une autre fois ». Elle reposait, sur la pile, comme un poulain, à peine né, sur la paille.

 

 

     Chacun le sait, en Français courant, « une autre fois » en ce cas veut dire » je reviendrai », et parfois  » n’y comptez pas« .

     La Russe au grand cÅ“ur et aux micros menus comme des chances de survie aux mains des « services » s’étonne, une fois encore, de ces langues latines où le même peut exprimer le contraire, ou l’inverse, même.

 

 

    On s’y perd, c’est mauvais ( très mauvais) pour les futurs rapports.

   V3, le Vaticinant Vieillard dit Voltaire, habituel comparse et même « baron » des Séquences Publiques ( s’ils n’étaient là, tous trois, quel public ?), V3 est en voyage dans les Antilles. Sous prétexte de vacances il doit y mener quelques bonnes affaires.

     « Pour une fois, tant mieux, dit Germaine : il n’aurait pas admis que le même fût le contraire, c’est même contraire à la Lumière. Et le train de Tyne? » (Elle ricane, elle ajoute à voix basse : connaissant Ydit, elle n’avait pas un train de sénateur, Tyne!) (s’apercevant d’un amphigouri probable : enfin je veux dire la vitesse)

     Ydit raconte : « Il avait accueilli Tyne dans la vieille gare. Sans frémir ni faiblir sur les solennités des premières fois. C’était la province. »

 

 

     Tyne posait ici des yeux de parisienne qui découvrirait que Balzac écrivit à Saché ou que Montaigne n’habitait pas rue Clovis.

    Ydit : « Dans la vaste maison d’amie la viande froide  pouvait attendre ou le cornichon s’étioler, et le claret de bourgogne fraichissait dans le puits. On avait le temps. Nulle impatience de cette présence venue tendre la main à la solitude. Les premières fois du temps sont toujours trop bienveillantes. »

 

 

    « Dans les rues  royales, l’Histoire sonnait le rythme. Ydit avait lu des livres, des guides. La veille, il avait parcouru dans le bon sens, puis en désordre, un chemin de pierres et de culture. Bruissant intérieurement des récits à construire sur les yeux de Tyne. Il savait pour elle des mots séducteurs d’intelligence.

   Il aurait voulu que la ville fût son accueil de princesse en voyage : parures de vestiges, habits de pierre taillée. »

 

 

IL disait en marchant : Ici, avait vécu… Ailleurs, était passé… Encore là, on lisait dans la façon  du tuffeau le vieux métier des compagnons maçons, et …

 

 

     Après ce coin, à l’angle nord de la place ensoleillée, on savait que …

    Tyne n’écoutait pas le suc des mots, et ne voyait dans la lumière des façades que les ombres des rideaux. Elle sursautait les trottoirs, libellule légère et presqu’immatérielle, on aurait dit un Gavroche de l’Empire-Badinguet repeint en couleurs par Courbet, origine du monde en moins.

 

 

     Ydit montrait une fenêtre, commentait une notice, et Tyne déjà partait devant, parlant seule des métamorphoses de la langue tentées par les écrivains africains au lendemain des Indépendances.

     Elle récitait avec gourmandise des proverbes à goût de manioc, des sentences à l’odeur d’éléphant  :« Il y a de l’eau et il y a le milieu de l’eau« , disait on en Côte d’Ivoire. Et au Mali ; « Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux ». Ydit écoutait , retenant le sourire

Elle demandait  ensuite si on y allait, dans la maison,enfin ? Ydit préferait qu’on s’arrêtât déjeuner. Tyne répondait par cette sentence du Niger : « La beauté ne se mange pas avec les doigts ».

Rillons place Plumereau : Tyne contestait  maintenant que la narration des temps de la colonisation fût encore le noyau éditorial dur de « Présence africaine », en dépit de Sembene Ousmane, bien entendu. livres afrique

Salade de fruits sorbet aux amandes, rue aux Juifs, « Et comment cet imbécile fat de Laféburye osait-il inclure M’Bnengé dans sa collection « Nouveau Continent/monde noir » au motif qu’il dirige le séminaire à la Sorbonne et dîne à l’ambassade du Sénégal? »

En terrasse,  masquant à peine les jambes droites de Tyne, la table ronde était trop étroite, pour qu’on pût couper le débit comme un opinel le pain bis. Vous le savez bien , Germaine, qu’on ne coupe le souffle du temps qu’avec l’absence du désir?

Pressée mais tendue, Tyne traversait les souvenirs de la ville. Elle regardait  vers le futur incertain de la nuit qu’on sentait venir, pourvu qu’on insiste, Tyne toute noire de mots elle peaufine, elle diafane, elle efface le geste en elle avant qu’il s’installe en caresse.

Tout de mème on parvint à la maison pour le meilleur.

Dans la chambre lumineuse, rieuse, Tyne disait « Ydit, au Bénin, il y a un proverbe pour les éleveurs : » Ne te laisse pas lécher par ce ce qui peut t’avaler… »

 

 

InkedTyne, Verdon , nu à la chaussure nouée sepia_LI

 

Le lendemain, il avait encore fait beau.

 

« Pendant le café, Tyne s’amusait :

« Tu devrais méditer la sentence congolaise : « C’est parce qu’il a dormi trop longtemps que le serpent a perdu ses pattes,Ydit,… »

Puis, plus sérieuse : « Je n’écoutais pas beaucoup ce  que tu disais, hier, pendant tes récits de la ville », dira Tyne, assise en tailleur sur les mollets ronds que la table matinale couvre d’une loupe polie.

Ajoutant que, malgré tout, en dépit des heures joyeuses (et vespérales) de l’appartement parisien, où les jeux de pattes sont aussi jolis, ici dans la maison vide de la campagne, l’anxiété formée par cette première longueur d’une tout entière nuit, et d’un éveil en partage, et des miettes de vie dans le petit déjeuner, les plis délicats de l’amour, les éveils…

« En bref, dit Germaine, elle pleurait les mots noirs au rythme des peurs bleues, votre amoureuse? Et donc, cette nuit, à part les anxiétés de jeune fille ? Les aiguillages  furent au point ? »

YDIT : Impossible, Germaine : les S P O ne servent qu’à l’évocation  des ratages.

Et l’indifférence bavarde, le silence blafard, de Tyne quand la ville tendait la tendresse de l’Histoire en cadeau de première nuit, son mutisme du cÅ“ur, alors que les murmures des sculptures réinventaient le souvenir pour elle, son glissement prolixe au-delà des signes de la réalité passée, la fermeture des écoutes …ce furent des « OUBLIeS » à saveur un peu amère, un peu acide.

Mais ce n’était qu’une première apparition de la si aimable Tyne sur le décor des nuits et la scène des éveils.

Germaine : « Au fond, Ydit, vous préférez les femmes qui vous écoutent  ? »

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Yditblog S.P.O. 77 (post 100), Tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà / n’as-tu pas en fouillant les recoins de ton âme/ se couche contre terre et sans faire aucun bruit/ ah la la quelle baraque de frites sans sel, ni mayonnaise, la mémoire.

Séquence Publique d’oubliEs N° 77/post100 – et centième publication sur YditBlog.


Rappel : Ydit raconte   ( SPO 76, 30 septembre 2018 )   les cataclysmes de la mémoire quand elle tente de se mêlerplaque Sarah B              …au jeu du corps, au cours d’un navire-atelier-théatre.

     « -On croirait des gamins qui se partagent les billes mais ne savent même plus où est le sac », dit Germaine-des-rails, la fidèle horlogère des allers-retours à voie unique, la gardeuse de quais Ouest et  Largo.

     Ydit : « Germaine, mais au fait personne ne sait quel est votre véritable prénom, Germaine, vous incarnez la précision de l’horaire  et la force de la machine. Cette fois, c’est maintenant l’après midi de l’atelier, dans la pièce municipale et sans auteur, les amateurs se mettent en scène et en danger … »

     Sur la notion de danger, on perçoit que V3 – le vaticinant vieux Voltaire dit V3, aimerait interrompre, évidemment sans aller jusqu’à citer le « Paradoxe » de Diderot, on n’est tout de même pas là pour faire l’échelle à des petits rigolos. Ydit profère un geste large, comme on tire une cartouche de fusée un  soir de feu d’artifices, et Les Autres apprécient le feutrage du silence ainsi imposé.

     « -Les autres, soit dit au passage cher Ydit, reprend Germaine, pour vous écouter c’est toujours aussi rare qu’une émotion vraie dans le cÅ“ur de V3 ou qu’une parole sans arrière-pensée chez notre Russe des Organes, Vassiliki…

    …On ne peut pas dire ( elle montre l’ampleur du dégât des gars, des débats des bas, elle montre) que depuis trois ans votre public se soit réellement agrandi. »

     Ydit : « Dans l’atelier, on recommence le jeu des mots et des corps. Chaque duo donne à son tour le jeu pour le reste de la maigre ( encore ! ) assistance. »

     « Et toi, dans ton pique-nique, tu avais mis de l’avocat ? » demande l’une, à voix basse tandis qu’un duo se prépare. Elle observe depuis le bord de la fenêtre.
Un autre : « Moi je suis mécanicien, mais j’aime voguer avec « Les Mains Sales » …

     On sourit pour le rare bonheur de faire plaisir. Dans un couloir voisin quelqu’un répète une fameuse tirade de Racine.  Les nuages de l’intérieur se dissipent ainsi, tandis que la parole des autres envahit chacun.

     YDIT : « Des passantes du samedi après-midi ouvraient la porte où l’on travaillait. Elles cherchaient la répétition de danse. Au moins, on n’y parlait pas. Un temps, elles regardaient. C’était  à mon tour, de nouveau, avec une autre partenaire muette.

     Le corps enchainait les gestes et postures prévus, on bougeait, mais encore cette fois la syntaxe étrange de la mémoire ancienne bouleversait le fil du texte qu’on croyait savoir : « Ne me quitte pas, ne me quitte pas…Tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà…n’as tu pas en fouillant les recoins de ton âme…toi que voila…je t’offrirai des perles de pluie…se couche contre terre et sans faire aucun bruit… »

     Les souvenirs d’école décollent, c’est pas normal’ sup, c’est le vent sur les branches de patatras, c’est des cadavres de banquise brûlés au soleil, et la mémoire braise d’un coup de blizzard les larves du souvenir, la forêt intime s’embrase…

     Ydit raconte qu’il avait choisi de jouer la scène jusqu’au bout, même si le texte se transformait peu à peu en bric-à-brac de mauvais élève ratant son certif.

     La folie soudain redécouverte du théâtre est que le corps y est un jeu de peu, un peu de faille, le corps de l’autre approché comme interdit, le corps lointain et touché, les mains qui s’étreignent, les cheveux caressés, tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà, le corps de l’autre coloré du blanc absolu de l’inexistence, se couche contre terre et sans faire aucun  bruit : enfin, enfin, le corps présent et noté absent, enfin, enfin, le geste privé de ses profondeurs, dénié en ses conséquences.

     Vassiliki, souriante : C’est ça le principe, mener le rôle à terme, et inventer ensuite les mots ?

     Germaine : Laissez le finir, c’est pas l’omnibus de la ligne M.

     Ydit : Je me souviens plutôt de : « N’as tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,un beau vice à tirer comme un sabre au soleil, quelque vice joyeux, effronté, qui s’enflamme, et vibre , et darde rouge au front du ciel vermeil? »(*)

     L’une des passantes cherchant la répétition de danse demande si c’est du Johnny, du Patrick? du Pédro? En tout cas, elle ajoute, c’est pas des trucs à lire dans le collèges, ce machin qu’on tire au soleil, qui s’enflamme et vibre, sans parler du dard…Les gamines rigolent, quittent le couloir en ajustant ce qui reste visible de pudeur dans le collant étroit qui tente de contenir les regards.

    Ydit : « Le lendemain matin, troisième séquence d’atelier, on avait essayé à nouveau de bâtir une logique des mots qui collerait à la force des gestes, pour le plaisir de ne pas renoncer. Mais non, ni Vincent Cassel ni Anaïs Moustier. Ni Sacha ni Pitoeff.

La mémoire du texte fait comme une langue qui se roulerait autour des mots sans jamais épuiser leur saveur de vanille passée par la cale d’un négrier.

     On joue, on prend le texte comme un wagon un peu ancien,  et des mains négatives entourent les courbes d’animaux disparus. On disparaît ailleurs, dans la nostalgie un peu mièvre de livres pour écoliers : « Ecoutez la chanson bien douce/Qui ne pleure que pour vous plaire/Elle est discrète elle est légère:/Un frisson d’eau sur la ma mousse  » (*)

     L’arme de poing nommé souvenir tout d’un coup surgit des ombres intérieures

Il tire son coup, le discours, et tout vient à poing.

     –« A poing, avec un G ? », s’interroge  la belle Vassiliki, dont  la langue slave ne maîtrise pas les profondeurs des  » Liaisons dangereuses » ou les non-dits de  » Sally Mara ».

     Bon, ajoute YDIT, une séquence volontaire d’oubliE pour une séance volontaire d’oublis, sans doute fallait-il bien cela pour le centième post de ceci  d’ici qu’on nomme  » Yditblog » ? Voltaire en a les bras qui tombent sur les appuis de son éponyme fauteuil.

     L’orateur marque un temps, s’assied dans son silence, regarde passer le spectacle du vif qui s’en va, et conclut d’un sourire un peu niais :

« La prochaine fois, ce sera stage Tennis, au moins les revers sont des victoires. »l'échelle symbolique où grimpent les OubliEs

 

 

Puis s’en va sans tirer l’échelle.

 

 

 

 


(*)Verlaine,  » Sagesse »

NB : crédits photos du « stage » : Annie Mathieu


Didier Jouault  pour  Yditblog  77  (100)

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Yditblog SPO 76 , Ne me quitte pas, tout peut s’oublier, nous partîmes cinq cents mais par un prompt renfort, je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant, ah la la quel bazar d’épices, la mémoire.

Séquence Publique d’OubliEs N° 76, où l’on reprend pied dans le millénaire.


     Elle aussi Vassiliki était en vacances, qu’elle n’avait pas prises dans les ruelles de la « Villa du Pré Saint Gervais », elle non plus (cf. SPO 70 à75). Pour elle la mer noire brillait de toutes les couleurs. Ancienne (et peut-être toujours?) membre des »Organes », la Russe connaissait sur le bout des lames son art d’entraîner les âmes.

     Voici comment, soudain, Ydit tente un début de raconter. Il dit : « Vassiliki jouait à l’amère noire avec sa mère noire… »

-« Tout ça commence encore plus mal, cette année, avec les mots, Ydit« , glousse l’auditrice patiente et vigilante.

     V3, dit Voltaire, dans son réseau, pratique avec force et vigueur la contrebande des idées lumineuses et la lettre de Change, numéro  Récit.

     Une lettre volontiers signée sur le dos d’une actrice nommée Cécile Volanges, car V3 souvent s’est pris pour plus ardant que lui-même. De  telles qualités, somme toute devenues rares, n’empêchent pas une saine indignation portée en pleine Lumières pour son groupe de Résistants de l’Esprit.

-« Et ça continue pas mieux, » soupire Germaine-des-rails, levant les bras au ciel (heureusement, au bout du quai, le chef de train lisait un texto familial, rien ne démarre non plus ici).
« –Ydit, persévère Germaine, l’été fut de pique et de langue, faut-il vraiment que le retour soit de Gripure et de Lang ( Fritz, tant qu’à faire du cinéma), c’est-à dire pas gai? On rame ! …Ce qui, soit dit en passant, n’est pas inhabituel, pour un train.

     Les trois comparses usuels semblent déchainés comme des barons qui jouent au bonneteau, ou qui vendent six euros des Tour Eiffel multicolores payées un euro le kilo à des Chinois peu scrupuleux, mais il faut bien gager sa vie.

     Les trois sont comme des Parques ayant brusquement découvert une troupe de retraités slavophiles retour d’une croisière en bateau 3000 places à Venise

Il y a de l’espoir, pour elles, Parques advenues, dans l’usage des ciseaux, ça va sauter, ça va danser.

« Soit, calme Ydit sereinement ( se répétant ainsi ) : il dit qu’il sait (vaste ambition) que son exil en Amérique d’été suspendit    les gages?/les honoraires?/ les piges? /les cachets?/les aspirines?    des trois compagnons de déroute et de base, mais que – haut les cÅ“urs les amis- rien n’empêche un récit de se poursuivre, plus ou moins dans la paix des maux.

« Comme un serpent se mord la queue ? » ricane le souvent assez odieux V3 dit Voltaire.

-« Alors, s’assied Germaine sur un siège velours rouge, si la saison IV de S.P.O.reprend, c’est par un coup de théâtre ? »

     Ydit : « Pour une fois soyons simple. »

     Les trois, et même deux collégiens qui lèvent les yeux de leur écran pour tenter de comprendre le réel :  » Oh oui, soyez simple, Ydit ! »

-« Comment ne pas ? ( parodie l’orateur) . » Simple, mais alors double. »
« Ah non, s’écrie-t-on  autour de lui, simple de la série simplement, clairement, évidemment, etc. »

     Ydit  fredonne:  » …j’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien ». Son auditoire proteste : les SPO, c’est l’oubli volontaire, donc y a intérêt à muscler la mémoire, vingt pompes du matin, les abdos du cerveau, les adducteurs addicts des neurones qui trônent. Sinon, le mur. C’est le jeu.

-« Donc, reprend l’orateur : que ce soit une pièce en trois scènes et un épilogue. Et ceci est le prologue. »
-« Pro ou Epi, c’est agaçant, l’incertitude », s’agace ( donc) V3  qui fonde une fois de plus la socio-bande des intellectuels français comme il faut.


     Ydit : « Scène UNE : L’atelier de théatre  avait lieu dans une ville proche de Paris. Tôt, la dizaine d’amateurs avertis se retrouvait dans une salle communale »

      « En route, l’odeur des acheteuses de pain d’épices à la vanille servait de guide aux parcours trop matinaux pour être au net. Dans le mini parc, les palmiers n’abritaient pas du froid. Ah, cette fois, je sens qu’en moi le conteur tourne. »

V3 hausse les épaules, et le talc fait comme une vapeur philosophique.

La mémoire, c’est le métro : les couloirs se croisent et ne se ressemblent pas, tout le monde circule dans son sens mais ce n’est jamais le même et Ydit avait appris son texte, pour l’Atelier, au cours des randonnées mal balisées.

Ne me quitte pas, il faut oublier,tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà,oublier le temps,

des malentendus ,et le temps perdu, à savoir comment,

oublier ces heures, qui tuaient parfois, à coup de pourquoi,

le cœur du bonheur

     Dans un coin de la salle, on avait abandonné un canapé, deux ou trois chaises, un châle, accessoires déshérités d’un matin sans autre richesse que les mots du jeu, ni d’autre ambition que se passer de soi à l’autre en oubliant le JE.

     Dispositif : l’un savait un texte-monologue, un autre- nécessairement muet- donnait la réplique sans parole. On avait cinq minutes à deux pour préparer la tonalité, une esquisse de mise en scène.

Le maitre d’atelier ne disait rien, avant, sur le cap.

     Ydit raconte qu’il mima. Il tentait d’introduire dans le corps une cohérence stylistique dont le texte-origine est implacablement  dépourvu. Il butait sur : »Tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà », anacoluthe de première lutte, de première butte, chute.

Soudain, le flot imprévu du verbe en cours de rupture appelait des  stocks anciens, les réserves de mémoire désormais confondues au sang même du cortex :

     Tout peut s’oublier, mais pas l’arrimage de la rime.« Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, tant à nous voir marcher avec un tel visage les plus épouvantés reprenaient de courage… »

Ydit : « Ma partenaire de jeu, que je ne connaissais pas deux heures avant, essayait un secours muet, sur la supplique de Jacques s’imposait la bravache de Pierre. Rien à faire, le creusement du  souvenir devenait promenade au cimetière d’un soldat inconnu. Confusion des genres et des époques, c’est ainsi que la mémoire tente de survivre à ses naufrages.

L’auditoire, lui aussi découvert ce matin, entendait avec bonhommie la cacophonie des souvenirs mal réunis. L’accueil proposait la pause tendre, et la réflexion solitaire.

Et puis, avec tout ces mots, c’était l’heure du déjeuner.

« Tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà.. ».

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Yditblog S.P.O. 75 – Et si on avait raté le Certif tu te rends compte? – Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n° 5 – Et c’est fini pour cet été.

Séquence d’été ,  S.P.O. numéro 75, si tu passes la cinquième, c’est sûr, t’es mûr, c’est le Certif.


     Carte postale : Québec, larges paysages de l’Histoire inachevée. Ici la langue a vécu privée de ses attaches. En cette fin d’été, les OubliEs sont fabriquées avec l’accent de l’ailleurs. On parcourt la mémoire comme on envoie des convois de secours vers les pays en famine. Pour le principe, en somme.p1220502.jpgIMG_5639

André du Bouchet :

« L’absence qui me tient lieu de souffle

recommence à tomber sur les papiers

comme de la neige.

La nuit apparaît.

J’écris aussi loin que possible de moi »

( Poèmes et Proses, Mercure de France, 1995)



 

 Cependant, les paroles  finissant l’été jouent encore en piqué dans les plis de drapures, comme les célèbres moustiques du Quebec dans les carrés de mousseline,

et les souvenirs trainent au sol en piquant du nez vers : la «VILLA du Pré»


     DONC : gripures de langue : Séquence d’été sixième,(tout de même?)  S.P.O. numéro 75 ( déjà!), « On n’a même pas raté le Certif. »


Quelqu’un dit ( est-ce l’hôtesse ?) :

     –« Vous avez raison , Ydit, aux guichets de la mémoire les sourires les plus durs ne sont pas les plus purs. »

     –« Et inversement ?«  s’amuse Germaine, un peu ricanante cette fois. « Pendant qu’on y est, au Québec, pourquoi ne pas forcer avec l’exotisme fraichissant. On pourrait dire… »

     –« …les comptoirs de la mémoire livrent au trappeur estival des peaux de souvenir en forme de castor épuisé ? », murmure Vieux Vaticinant Voltaire, ce personnage dit V3.
Tous rient de bon cÅ“ur, même Vassiliki, l’étrange et belle Russe rusée sans race aux incertaines intentions. (On n’est même pas tout à fait sûr, au fond, qu’elle soit réellement Russe, mais peu importent les identités :  les noms de famille, le souvenir les mélange et la mémoire les découpe).

     Ils sont tous là, dans la maison sur jardin, regroupés comme pour un stage d’été de la Ligue Française des Souvenirs :  Germaine-des rails, fidèle compagne d’exactitude; V3-le-décapant tous usages, prose et vers à tous les ages et  visages; Vassiliki venue de si là-bas-loin-Les-Organes, pour tenter un rapport, sur le père, ses relations, les services.

     D’autres n’ont pu rejoindre à temps cette université d’été pour la Défense des OubliES : des ouvriers voisins de table  cherchant un téléphone, un homme son chien son silence, une gardeuse de brebis n’osant lever son tablier devant le jacuzzi où trempe Ydit, le vendeur de Shakespeare and C° toujours cherchant un chèque, le vieux Marcel assis en rond sur le bois du sauna…sans parler des mouvements d’ombres : la mère Jeanne, le cabinet de l’Excellence, C. qui décide les adieux, Arsène arpentant son lopin de peurs. Les silhouettes bavardes et legères des SPO.

 

     Sans l’odeur propre à l’air d’été, on pourrait croire une soirée un peu moite à la Maupassant : deux chiens près du feu, les dames se sont retirées, cigares, parole, alcools circulent. Ne reste plus qu’à écrire. Passer le Certif.

     YDIT raconte :

     « Il y avait le Certif, c’était sérieux. Les « Garçons du Pré » en parlaient longuement, assis les pieds au soleil dans cette partie du monde où les impasses remplacent les ruisseaux, et les marrons tombés les écrevisses fraîches. Les Gars de la Villa ne pouvaient tout de même pas consacrer tout leur temps à rigoler en caricaturant le Directeur, à remonter les chaussettes avant que passent les filles du collège, ou à tricher au baby-foot tandis qu’un Parrain attendait en vain une sortie de piscine pour débaucher son regard.

     Le Certif, c’était l’Épreuve, » Pire que la communion, parce que tu peux pas faire semblant de savoir même si tu peux faire semblant de prier », disait le petit Pierrot.

     Quelquefois, devant la porte du collège, ils se demandaient  s’il n’allait pas finalement falloir apprendre des trucs, « Comme on a fait pour l’entrée en Sixième? » s’inquiétait Henri.

 

     Ils s’étaient donc mis à réviser. On les voyait poser le cartable sur le trottoir devant l’une ou l’autre des bâtisses où revenaient leurs mères, et se raconter des histoires. Mais ça ne durait pas : le chien de Jacques passait dans la rue et ils initiaient ensemble une méthode garantie de dressage pour le faire ressembler, surtout de profil, à la  prof d’Espagnol (qui continuait à s’arracher le larynx pour tousser les consonnes étranges). Venait aussi le temps des glaces fraise-pistache, un cornet pour trois, « Dépêche toi de ma la passer, déjà que c’est cher, si en plus ça coule ». Le grand livre des contes, manuel d’arithmétique, en gardait une trace bicolore à jamais poisseuse, mais goûteuse.

     Par instants, ils se mettaient à rêver :

« Et si on ratait le Certif, qu’est ce qu’on ferait ? On deviendrait des boulangers sans levain, des charcutiers sans cochon, des curés sans paresse, euh , pardon, des curés sans paroisse? ». Écoutant Ydit perdre ainsi son temps au milieu de l’impossible (comme d’habitude !) les Garçons de la Villa levaient les yeux au ciel, renouaient leurs lacets, quittaient le mur devant chez Jacques. « Un Certif, c’est l’Épreuve, d’accord, mais nous on est au Collège, pas en  » Fin d’Etudes », ça se rate pas , le Certif. » psalmodiait Jacques. Et :  « On n’est plus en 14-18 » ajoutait Patrick, mais personne ne comprenait.

     -« Dans cinquante ans, on se dira : et si on avait raté le Certif ? » ajoutait finement l’une des sÅ“urs, qui mêlait son épi à la moisson locale. Dans cinquante ans ? On cherchera la chaleur.

 

    Ç’avait été le jour J, à la date prévue cette fois.

     Tout avait ressemblé à ce qu’on imaginait : la dictée, cinq lignes de Pagnol, et le jury avait un peu trafiqué le texte pour éviter  l’accord du participe passé avec Être sans savoir.

                          « ils ont été l’été « ? »Tété l’été »? « Tété les taies »?

     En calcul : une opération plus facile que de rendre la monnaie aux poivrots chez le bistrot de la mère Jeanne, au rez-de-chaussée de l’immeuble familial, rue du Belvédère, « les poivrots ils voient toujours double ».

 

     Et pour l’Histoire, ce qui importe davantage. On était mi-juin 1964, la presse racontait une fois encore les heures de juin 44, depuis des semaines.

Question du Certif : Que s’est il passé en juin 44 ? Qui étaient les divers acteurs?

     « -Il aurait vraiment fallu être débile pour répondre Jeanne d’Arc et Alain Delon. »

     Aussi, on n’avait pas raté le Certif.

     On n’avait pas raté, ensemble, les étés singuliers de la Villa. A chacun, seul, d’avaler les aigus de ses OubliEs. Le Certif ? Autorisation de  décollage. Plus tard, bien plus tard, on pourrait prendre des avions où les hôtesses distribuent des bonbons à goût de faux sucre peu avant le crash. Mais d’ici là :

     Pouvait se poursuivre dans l’aimable dédale de La Villa ces conversations sans doute incertaines, mais solidement inscrites dans le parcours de souvenirs grâce auquel on pouvait commencer d’être.

 

 

     « Le Certif, c’est lointain » raconte Ydit. V3 -qui ne retient jamais une salve de Lumières- pense que « tout ça, le Certif, l’été avec les Garçons de la Villa, c’est une bonne leçon pour les  » OUBLIeS » : pas de spectacle sans accessoires, pas de récit sans accessoire. »

     « L’été c’est lointain », répète Ydit : là, dans la mousse des torrents bientôt quittés, paillettent les fibres de mémoire, on les retrouve aussi au passage des ours fatigués, des ponts, des frontières.                   L’été ?      C’est piqure.

 

     Quant l’été s’achève, alors s’arrête le récit long. Voici donc la fin des to des épinettes (menue larve capable de détruire d’entières plantations de pins, variété « Ã‰pinettes ». L’agronome du Parc dit : « Rien à faire d’autre que de laisser faire, les tourneuses tuent les vieux arbres, il n’y a plus de feuilles à ronger, elles disparaissent, leur espèce semble disparaître, les jeunes arbres poussent, vite, bien…et reviennent les tourneuses des Epinettes grignotant l’arbre vif.  Cycle de trente ou quarante ans. »)

Les quatre font silence.


      Mais : « L’été c’est poèmes, on avait dit » : Germaine consulte ses notes :

Jean Louis Chrétien :

« lentement les mots glissent

                             tombent dans l’air soyeux

                        vêtements qu’on enlève

             je me tais dans ta voix

porté par l’imminence

où les regards se croisent 

                                                                     sans appui

                          vastes envols d’ombres

grappes de silence

                                                         un seul grain

                                             rend le passé même ivre « .

(Nocturne, La Différence, 1990)


    

 

     « Et c’est ainsi que ça se termine  cette histoire de votre été des piqures de langue, avec ce petit cadeau de fin de stage pas sage,  Ydit,  pour une fois qu’on n’a pas oublié… »

murmure Vassiliki interrompant la prise de notes pour le toujours immanquable  rapport sur.

                                                           Mais quel rapport ?



Didier     Jouault         pour        Yditblog n° 75

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Yditblog S.P.O. 74 – Le fumeux Parrain -Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n° 4

Séquence d’été quatrième, SPO numéro 74,  des goûts dégoûtés de cigarette allemande


CARTE POSTALE :

Avec les Jeeps noires de l’été, on est arrivés très loin au nord de la terre et au point de la langue, il y a des lumières écervelées, on croirait trouver du silence parlé par la solitude.

Mais parvenant au lac immense, on les voit : ils ont loué quatre hors-bord, réunis et ancrés à vingt mètres. Ils chantent à tue-coeur des airs violents et jettent à l’eau les bouteilles vides de bière.

 

On aimerait que non. Mais il y a des nuisibles dans chaque histoire, et même parmi les impasses du souvenir que parcouraient les garçons dans  « La villa du Pré », jadis.


Continue ( et bientôt s’achève)  la série des

Piquettes de langue de l’été, séquence  74 :

Le fumeux Parrain /des goûts de cigarette allemande

     Rappel :

     Germaine : « Alors, cet été, comme les précédents, vous aurez la parole légère et l’OubliE facile? Un peu comme des  « chouchous » vendus sur la plage par un gros homme qui porte un panier d’osier, et dans le panier des beignets , et sur les beignets du sucre glace, et dans les beignets des confitures abricot ou fraise, à l’époque on ignorait la pâte au chocolat? …


     Dans la brume langagière d’une polyglotte ne parlant rien mieux  que ses suaves gestes de slave, à YDIT  VASSILIKI redit d’un regard :-psy005P1200717  « – Le plus difficile dans votre sans doute vain dressage des Oublis, c’est de savoir jusqu’où effacer le temps d’avant. ON travaille la craie du souvenir avec l’acide du fantasme, et cependant on tente de savoir encore de quelle chair sont nourris les mots de l’à présent.

Nous, jadis, nous avions une méthode adaptée à générer la puissance de l’oubli,dans mon pays  on disait : « Les Organes ».

« On n’y comprend vraiment jamais rien à ce qu’elle profère, dit Germaine, son slave c’est du Chinois ».

     Voltaire, cette fois encore, est allé porter ses contes en Suisse, on ne peut jamais  compter sur la philosophie.

     – «  Et pour l’été, reprend Vassiliki, vos bulles de langage, j’espère, vont me permettre ce rapport-enfin- sur les activités de votre père et les services, cette obscure clarté qui plombe les étoiles? » accueils d'Amiens, les amis de partout

     YDIT , c’est la séquence quatre de La Villa du Pré, YDIT raconte  :on était pour la première fois de la vie (ou presque)  partis en vacances. Permane le souvenir confus de campagnes où massacrer les orties le long des chemins creux menant à la rivière. Mobile homme cabane au Perche 2015IMG_9102  Aussi, d’une crémerie B.O.F. où la jeune apprentie penchée sur le bidon de métal marquait de l’impudeur du corsage son intérêt pour le parisien de 13 ou 14 ans.

Plongeant sa louche bien droite dans le bidon de crème épaisse, elle se penchait à point pour qui sait y tendre.

    

 

 

VASSILIKI, encore soucieuse de rapports, demande si on ne se perd pas en lacets, en dérives, au lieu de préférer la ligne claire et le discours net?

    YDIT répète : ici, les Séquences Publiques d’OubliEs, c’est le terrain des images, pas des raisons.

     Il reprend le récit  : Parrain avait accompagné la famille dans le bungalow. Le village encore rural voisinait une plage : bouteilles de verre à demi couvertes de sable et club Mickey pour refuge matinal d’enfants qui portaient des maillots multicolores en laine tricotée par l’aïeule. Ça gratte sur le sable, ça moule dans l’eau, on aspire à l’ôter mais ça ne se fait pas déjà.

 

 

    Les soirs, l’aîné  retrouvait tôt  les amis qu’il avait vite rencontrés, connaissant partout les bons endroits où repérer les siens.

     En fin de semaine, le père parfois venait, un sac de routard sur l’épaule. Il observait les caches les mains sur les hanches, il regardait les allées-venues en vélo vers la côte, toujours à la bouche cette pipe qu’on suce par mélancolie ou par fatigue d’avoir à déchirer les paquets de cigarettes. gotlib sieste  A certains moments, le père, oublieux de lui-même, vivait les yeux refermés sur la clôture de sa propre absence dont il négligeait les contours comme un aquarelliste privé d’eau.SDPO volcanic island from pinterest
Ydit raconte que Parrain  proposait de lui ouvrir la route : promenades vers les foins, après les bains de mer. La campagne est solitude.dj +richard plage

 

l'enfant et les oublies  « Pas de pudeur inutile entre nous, c’est la famille » : Parrain l’aidait en toute amitié et sans jamais rechigner à changer le maillot de laine trempée  contre un short blanc, qu’il conseillait de porter à cru,  car prompt à se salir aux coutures et sur les fesses, gras de l’herbe et sec de la terre.

     A Paris, on le voyait, les dimanches, offrir des pièces  blanches pour sortir une guimauve. C’était lourd, plutôt mou, et ça filait entre les doigts.

     On apprend vite qu’il y a plus pauvre que soi, et aussi que les pauvres savent titrer profit des plus pauvres encore. Ydit raconte que, à défaut des pièces de Parrain, il fallait souvent livrer, au loin dans la Villa du Pré,12_Laravaudeuse les travaux de ravaudage par quoi la mère s’efforçait de rehausser le niveau de flottaison de l’épave familiale. Elle cousait des étiquettes dans le revers des cravates en nylon qui pouvaient ainsi acquérir le prix des marques – celles des magasins Uniprix. C’était peu de francs la dizaine. YDIT portait dans les deux sens, à pied, étiquettes et cravates encore séparées, puis au retour unies par l’aiguille énervée de sa lassitude. Rassembler ce qui est épars.Carte-postale-Ancienne-Pré-saint-Gervais-La-rue-charles-Nodier

     P1220426

 

 

 

 

 

« On hésite à le croire », note VASSILIKI, pour le rapport sur les activités, le père, les services, les origines du mâle en somme. Elle entretient avec la vérité cette relation citronnée d’une qui n’a pu jamais oublier qu’il suffit d’un doigt sur la détente pour effacer le vrai d’une mémoire.

 

 

YDIT raconte qu’il y avait aussi la semaine des pantalons. La mère pliait puis cousait les doublures, les poches, les ourlets, aussi les braguettes, on ne savait plus.  Ydit emportait les ballots enserrés de ficelles rugueuses. P1220463 La patronne, dans son immeuble de La Villa, comptait les jambes comme des jours, c’était tant la jambe, et tant de jambes faisaient un jour.

     Revenant de livraison, après La Villa du Pré, il pouvait arriver qu’YDIT croisât son père qui entrait au café de la Mère Jeanne pour y apporter ses secours, en blanc ou en rouge.

Le père : ex-J.O.C., un vrai petit blanc ne méprisant

pas le gros rouge.  SPO 40 002Photo 076

IL avait toujours développé un vrai sens de la solidarité.boire un canon     La grosse femme servait des vins triés par leur degré et des bonjours avares, mais en passant par la porte arrière du café on gagnait du temps.

     VASSILIKI demande si « c’était pour rien? »

    YDIT : la famille c’est pur rien. Il livrait le soir, après le collège, ou les samedis. Ainsi avait-on pu acheter le départ en vacances, bien que le père dût rester en ville pour  soutenir d’un coude fébrile les activités trieuses de la Mère Jeanne, que toute la famille redoutait.mère grand et sa cuisine ( Lelong Carmen cru , Fluide glacial 1984)

     Un soir, après la rivière, ou la plage,  près de l’église déjà ouverte sur l’angélus, Parrain et Ydit étaient assis sur un talus de rocs poudreux. -« Tu devrais retirer ton short, il est tout sale aux fesses, on va le frotter, on va pas se gêner, on s’en fiche de sqe voir, on est en famille « , disait Parrain, qui s’y connaissait en shorts portés à cru, dans le silence parfait qu’inaugurait un muret muni des derniers sacrements et d’ombre propice…Maintenant, être vu ne gênait plus Ydit, pourvu qu’on en restât là.
Puis, poursuivant l’intention d’éduquer, et allongeant le temps,  Parrain : « Tu sais fumer? Tes copains t’ont déjà montré, au collège? « . Il avait sorti de la boite, raconte YDIT,  une cigarette bien rouée, bien roulée, puis exposé  comment on la tenait, où il fallait mettre les doigts si l’on voulait faire le grand, dresser des gestes pour le  cinéma.        le Parrain 1

Ernte_23_with_flower_sondertyp_lang_und_mild_l_20_h_gold_germanyP1220217

 

     YDIT ajoute qu’il n’aimait pas trop cela, mais que Parrain avait droit de Paternage, et il avait donc posé lèvres et doigts comme il fallait pour bien fumer comme un grand.

    Pendant longtemps la chaude bouffée inaugurale avait conservé la saveur du dégoût.

    Ensuite, quand le dîner de pilchards à la tomate et de pommes de terre fut servi devant le bungalow du camp, la mère avait trouvé YDIT un peu bizarre, comme « ailleurs » lui aussi, tel père tel fils, les chiens font pas des chats. Parrain, rassurant :

 » Rien que de banal, c’était sans doute qu’YDIT mûrissait avec l’expérience de la vie ». Il y a des mers et des mères qui font nager, d’autres qui font baver. YDIT sent qu’il est ceci :

« Une ombre peut-être, rien qu’une ombre inventée

Et nommée pour les besoins de la cause

Tout lien rompu avec sa propre figure »

(Louis René des Forets, Poèmes de Samuel Wood Fata Morgana 1988)

     Et puis, ajoutait la mère en distribuant la pomme du dessert, on est en vacances, on n’a même pas raté le certif, c’est pas pour faire la tête pour des riens, au fait faut que je lave ton short, tu devrais être content que Parrain s’occupe si bien de toi, vraiment , YDIT, ,

et  on est là pour pro-fi-ter.

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Didier  Jouault    pour      Yditblog  74

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Yditblog S.P.O. 73 – Le directeur n’est pas content – Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n°3 –

CARTE POSTALE :

L’expédition des Jeeps noires traverse les travées de la mémoire,13EC25F8-8587-49D3-8EF8-4A58F91CB850

…mais au guichet du souvenir personne ne vous regarde en face


Cependant, la langue d’été joue encore en piqué, dans la « VILLA du Pré »:

Séquence d’été quatrième,   SPO numéro 73, Il y a de quoi être fâché, tout de même, non?


     A l’époque de la Villa du Pré, vers la fin du printemps des treize ou quatorze ans, les garçons aimaient le plus souvent rester à l’abri des arbres, dans les ruelles et les impasses, assis contre un mur, ou sur le bord des trottoirs.

 

     Les couleurs de là-bas, paysage de pauvres propres, pouvaient indiquer l’Irlande, où personne d’ici n’était allé.

Les sœurs attendaient sans crainte que les garçons grandissent.P1230123

 

 

Le soir, on revenait de loin jusque sur la Place Séverine, en passant par le fameux stade fréquenté par les sœurs. IMG_0972

On échangeait contre pas grand chose ces trois fois rien usuels qui font le plein et le bien des voisinages.    soirée stage    Les garçons racontaient leur absence d’Histoire. On s’amusait  à chanter sous les fenêtres d’une fille dont on croyait retrouver le nom dans une chanson de Nougaro :  » Mariiiie Christiiine, je suis sous, sous, sous ton balcon ». Le récit des riens s’évapore au soleil comme une trace de sirop laissée au fond de la soucoupe, près du glaçon qui chemine vers sa mollesse, la fluidité promise où il se perd.

     Germaine demande s’il y est retourné, Ydit, à la « Villa », et la Russe aimerait en savoir davantage sur ce passé qui murmure encore ses babils de petit matin frais sous les faux acacias.

     Ydit raconte qu’il a demandé à visiter le collège, qui fut et redevint une école. P1220494  La directrice n’a rien voulu entendre. Elle voulait savoir si le visiteur appartenait à la commission d’innovation heuristique et de compréhension allusive formée pour éclairer la maturation du projet et authentifier la validation des certificats.

 

 

Germaine avant qu’il en ait terminé comprend qu’Ydit invente.

     De toute façon, il aurait fallu écrire à des inspecteurs, des contrôleurs. Passé 15 ans, passé 16 h , on n’entre pas dans les écoles où n’errent désormais plus que les directrices taillées dans le marbre, Travis durken

 

et qui écrasent  le temps et les humeurs en patinant leur photo à coup de Korrector blanc laiteux,

sur un rythme lent de Pavane de Ravel qu’elles écouteraient dans un train vers le sud,

 

comme emportées par l’élan subtil de la …augustins,Toulouse, axes chair pierre lumière      …pierre lentement taillée qui les conduit vers un ciel de musée.

     Par les pierres, le projet de bâtir parle les formes nouvelles avec les mots de l’ancien. Précédant la fin de son propre temps, un dénouement dans le dénuement, la mémoire est toujours pressée.

     Germaine, cette fois, marque un signe d’agacement :  non seulement Ydit ment, Ydit ment,  mais il exagère aussi dans l’usage des mots. « C’est l’été, dit-elle, il ne suffit pas de faire plus court. On peut aussi faire plus simple. Oui, je sais, on peut rêver. Oui, je sais, plus simple il y a l’horaire des trains, avec changement à Roupéroux-le-Coquet ».

     Ydit raconte pourquoi il aurait désiré entrer dans l’école, qui était un collège environ cinquante-cinq ans plus tôt.         P1220336        C’était une fin de matinée de fin de printemps. Ydit raconte qu’il était revenu pour le déjeuner, comme chaque jour, il avait chaud d’avoir couru afin de compenser la bavardage avec les garçons du Pré, P1220389devant le collège.

     La mère l’attendait, immobile et furieuse, la lettre à la main.

 

 

Le Directeur du collège lui-même avait pris soin de lui écrire, à la mère.police
king-size-jaune-badge-valet-pique-cartes      Il tenait, au nom de sa conscience, à dénoncer vigoureusement un tel gâchis. Déjà que le frère aîné, vraiment on ne pouvait pas dire que, mais enfin bon, c’était une histoire spéciale. Mais lui, le cadet, non, ça ne pourrait pas se passer ainsi, ni de commentairesle troisième trimestre n'a pas été déterminant. Le Directeur s’étonnait, en rouge, soulignait, en vert, épaississait le jugement par des lettres alourdies d’encres diverses. Aujourd’hui, c’aurait été un graphe insolent sur la façade sud, celle qu’on voit depuis le square devant le collège.philipulus TINTIN le chatiment

Il ajoutait, en mots gras, qu’YDIT ne fichait rien, rien de rien, et ne semblait pas le regretter.

 

     Rien, troisième fois, sauf traîner avec d’autres garçons à peu près de son âge, et même un peu plus vieux, qu’on nommait Les Garçons de la Villa ou Les Gars du Pré, en tout cas de probablement mauvais compagnons.

 

 

     Il ajoutait plusieurs points d’exclamation, raides et droits comme un après midi de lecture papier glacé chez Pierrot.

     Aucun, poursuivait -il presqu’en justice, -aucun ne rendait ses devoirs à temps, on se demande bien à quoi ils passent leurs fins de journées, sauf à ricaner en attendant les filles sous le porche du collège voisin. spo fessée gtravure     Certains, même- exemple fracassant- paraissaient en fréquenter, des filles, à treize ou quatorze ans, où allait-on ? Quant à YDIT, vidons l’abcès, savez-vous Madame qu’IL FUME DES CIGARETTES,

 

 

oui, comme je l’écris ( il avait abusé des majuscules), on faisait l’effrayant constat : il A DES CIGARETTES SUR LUI.

     Le Directeur avait encadré deux fois les mots qui, semblait-il, exprimaient encore pire que  » Les filles ».

     Fumer, des cigarettes et fréquenter, des filles.

On se demandait, soit dit en passant, P1220011où il avait trouvé ses cigarettes, de marque allemande qui plus est, on ne se refuse rien..

 

et qui lui avait appris à fumer, comment mettre les doigts, comment on aspire jusqu’à la goulée chaude,

 

et ce qu’il pouvait bien avoir d’autrement Pire appris entre temps.

 

 

A force, il allait rater le certificat d’Etudes Primaires!!!…

figaro le jour le plus long

     Quant aux filles, plus faciles à se procurer que les cigarettes : elles quittaient leur collège aux mêmes heures, imprescriptible et indescriptible promiscuité, maintenue malgré les TRES nombreuses lettres adressées par lui,

le Directeur,

( il écrivait beaucoup )

à sa collègue la Directrice du collège des filles,  209px-Queen_of_hearts_fr.svg

mais rien à faire, elle refusait de désynchroniser les sorties, et lâchait ses filles dans les pattes-et même peut-être les mains! -de nos garçons.IMG_3055     Il ne racontait pas l’une des réponses de la Directrice, prétendant que « dé-synchrone », le mot lui allait à lui comme un gant.

     Germaine-des-rails, plus habile en signaux que personne, rapporte que ( mais YDIT ne le sait-il pas ?) les lettres forment une bonne part de l’Histoire…des Lettres. V3, vieux Voltaire, serait- là ( mais il est encore en Suisse pour soulager sa conscience) on le verrait hausser les épaules : sa propre correspondance (mot à faire trembler Germaine) ne fournit-elle pas plusieurs étagères?

 

 

     Aussi, précise Germaine, pour qui un aiguillage et un passage à niveau ne se confondent jamais, aussi, dans les OUBLIeS de l’été, vous avez vu, YDIT, qu’on trouve une lettre du Ministre de la Guerre et une autre du Directeur de Collège, tout cela n’est pas léger, légerIMG_3828…

 

« La mère a-t-elle mis dans la punition toute la vieille hargne rentrée depuis l’arrivée de ce coffret en bois, et du livret militaire, stylo avec plume en or, mort au champ d’honneur le 4 juin 1940 ? Le coup d’une SPO précédente ? »

 

     Ydit pense à ce cours de géographie quelques jours avant : à bout, le professeur, un Ancien pourtant, avait saisi de force le « cahier de textes » d’YDIT, puis longuement expliqué d’une plume alerte à quel point YDIT ne fichait rien mais rien. Gentil, mais agité, parle sans cesse, distrait tout le monde, va même rater le certif alors que ce devrait n’être qu’une formalité… Insupportable. Sale môme. Attachant, mais sale môme. A faire signer. Je vérifie demain que c’est 02-BICcristal2008-03-26.

     Assis sur le banc trop petit, le bonhomme voyait YDIT de haut. Et YDIT pleurait. Beaucoup. Il adorait, le moment venu, faire le gamin bon enfant. Alors, finalement, l’Ancien de la Géo avait raturé à grands traits son éclat de colère. Arraché même la page, car les ratures, on sait que c’est louche pour les parents. Puis fait promettre à YDIT de se calmer. Promesse tenue.

     Maintenant, YDIT raconte : « Tassée sur elle-même, la lettre à la main, la mère, comme Cassius Clay contre Sony Liston (qui abandonne au 7ème round)

ou la tempête contre Arthur Cravan (poussé dans la brouette de « Maintenant »),   la mère  bousculait  YDIT dans les coins aigus du ring familial. briques mur crevasses

On devine qu’elle y mettait une ardeur sauvage, tout ajustée à la douleur prévue, comme lorsqu’elle parlait économie conjugale avec le père, sauf qu’elle ne se servait pas d’outils ménagers pour dialoguer, cette fois.

 

On était en plein débat éducatif, elle s’en tenait à la main nue et au pied bas lancé balancé bien placé.

 

 

Elle avait l’argument généreux et redoublait sans réserve ses effets.

Bien que très inexperte en noble art, elle savait trouver les points du corps

où laisser la marque de sa colère. »fessée des bois ( d'Albignac, vente Kapandji-Morhange)poste police rue Marsoulan 2012

 

 

Ydit aurait voulu que la poésie  de JACCOTTET fût réalité :

Poids des pierres, des pensées

Songes et montagnes

n’ont pas la même balance

Nous habitons encore un autre monde

Peut-être l’intervalle( Poésies 1946-1967,Poésie-Gallimard,1971)

     L’été, c’est poème, ricane Germaine.

     Ydit : Appétit radicalement coupé, il avait peu goûté la pomme de terre en potée au lard gras et à la tomate, d’ailleurs trop cuite (mais, il faut le reconnaître, la mère ne peut quand même pas tout faire en même temps, elle n’a pas quatre mains).IMG_0139

 

    –« Que ça te serve de leçon », ajoute-t-elle, frottant ses paumes rougie sur le tablier, « au mois celle-là tu t’en souviendras longtemps ». (Germaine observe que « la mère, anticipant sur les S.P.O., ne manque pas d’un certain humour, quoiqu’un peu lourd ?« )

     Sur les jambes, on ne perçoit pas encore les bleus, même si la joue semble très rouge, quand YDIT retrouve les Garçons devant le collège après le déjeuner.

     –« Eh ben, t’as déjà pris ta râclée ?! » interroge Patrick

     –« Tes parents aussi ont reçu leur lettre du Directeur ?! » s’émeut Pierrot

Et tous les garçons de La Villa du Pré se mettent à rire aux larmes, jusqu’à ce que le Directeur, qui écrit beaucoup, s’installe près de la porte pour sonner la rentrée.


didier jouault     Yditblog    73

 

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Yditblog S.P.O. 72 – Les gars du Pré font leur cinéma en papier couleur – Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n°2 –

Carte postale d’été :

le convoi des jeeps noires attend pour traverser le Saint Laurent, entre Escoumins et Trois Pistoles.

Tout laisse à penser que l’immatriculation est une allusion à Yditblog : 1 2 3 4 …Pour l’instant, c’est seulement la séquence 72, troisème piqure de langue de l’été.


Séquence d’été troisième,   SPO numéro 72,   les garçons font des bêtises avec le papier glacé.


     A  cet âge, dans la Villa du Pré, on avait assez de temps vides pour les emplir de bavardages et de partages. Les garçons, à plusieurs, déambulaient et menaient les récits improbables de leurs découvertes- qu’on n’authentifiait jamais.

     Dans l’immeuble de Pierre, dit Pierrot, (ou Di Piero?) les appartements étaient petits, mais les parents absents. Ce n’était pas là qu’on faisait les boums, et seule une sÅ“ur y entrait. De temps en temps.

     On arrivait juste après la sortie du collège, Ydit avait déjà sans doute jeté le goûter à la margarine dans le caniveau, mais chez Pierrot les buffets ne manquaient pas de libéralités.P1220455 Les dessus des armoires ou les dessous de lit profonds offraient aussi des ressources rares (car coûteuses) en quadrichromie sur la couverture, et grand écran de l’imaginaire.Revue-Charme-Paris-Hollywood-N°125-Pin-Up-Deshabillable-Annees-1950

 

 

 

 

 

 

     On s’enfermait, on tirait le verrou, le reste venait de soi. Tout un art discret de la représentation.

 

le-verrou--fragonard-

     Nulle des mères poussant la porte les bras chargés, grognant un peu d’avoir dû sortir sa clé du haut, ne savait à quoi les garçons de la bande usaient l’énergie suave de leurs gestes, ni de quels mots lourds ils échauffaient en sourdine leur échange complice.Pâris hollywood 3 Mais c’étaient des garçons, et les mères n’en apprennent jamais que leur surface.

     Elles savaient donc encore moins à quoi ils dépensaient un peu de leur argent et beaucoup de leur temps.

     Patrick parlait le plus fort- émotion mal contenue :  » Et celle-là, tu l’as vue comment qu’elle est ? »    Inkedles filles des garçons_LI

   « Leur Français n’était pas excellent, même si leur attention était vive, pour des collégiens », souligne Vassiliki, avec son accent qui rend à toute sonorité la saveur des aveux obtenus spontanément au terme d’un constructif échange de points de vue entre camarades.

     Ydit : « Leur imprécision guidait aussi les mouvements, et leurs savoirs progressaient lentement. C’était ainsi, pour les garçons, mais on en savait davantage si on partageait l’apprentissage. »Procope Voltaire vaticine

     Vassiliki le confirme : « On apprend mieux à plusieurs, c’est pour cela qu’elle doit tout de même penser au rapport sur le père et les Services. Même si on est Treize autour de la table »
Ydit répond que « L’été n’est pas la bonne  saison pour la lourdeur, ajoute que seuls des récits presqu’imperceptibles, tels ceux de la Villa du Pré, peuvent trouver place entre deux rayons, dans les bibliiothèques du soleil ».

    –« Et celle-là, tu l’as vue comment qu’elle est ? T’y croyais pas, hein, quand je te le disais? » On n’entendait que leurs voix épaissies par le déploiement des membres de grands garçons, sur l’image (« Hé, Ydit, tu me gènes je vois pas »), sur le canapé serré du regroupement pilleur et piailleur, sur le plancher où le modèle comme éparpillé se tient debout, courbé sur les volutes hélas ( pensaient-ils ) trop cachées de sa nudité vraie,  si teintée d’ordinaire vulgarité.Parisn hollywood 1

     Les garçons de La Villa regardaient et s’agitaient, impalpable promiscuité profonde, sans autre émotion que celle des yeux, des mains, et d’un petit coin personnel de garçon, car ce qu’ils voyaient n’était qu’images : rien à caresser, ici, en dehors de soi-même, histoire secrète de la bande.

     Vassiliki, rieuse : « Tiens, YDIT, c’est là que vous avez appris comment ça marche la vie? Le désir des filles sera-t-il jamais autre chose qu’un éclat de regard sur la glace du papier, un reflet dans le reflet de l’atelier du peintre, les dimanche d’été? »P1200641

vitre-des-oublies     Linges aux talons, comme surpris par l’orage avant de percevoir la pluie,  ainsi se livraient les garçons dans l’immobile sérénité du singulier mis en commun, et la scène banale – tout entière-  annonçait la mauvaise surprise des mères faisant du bruit en cherchant leur clé, pour le verrou du haut.
Vassiliki, dont l’intérêt pour la vie des familles ne se dément pas, s’interroge : « Où étaient passées les sÅ“urs pendant ces heures de labor improbus, dont elle mesure bien l’importance mais aussi la nécessaire confidentialité ? », concept chéri d’elle et des garçons.

     Les sÅ“urs, on ne leur apprenait rien, connaissaient les horaires et choisissaient de rester à l’écart de la bande. C’était tout de même mieux qu’elles sachent  le cinéma des garçons sans voir, elles se mettraient au courant du film plus tard, et puis, en cet univers de « La Villa » , années 60, on disait que « les filles c’est pas pareil ».

     – « Et pourquoi t’as mis le verrou du haut avec tes copains, mon  Pierrot? » demande l’une des deux mères. L’autre, sa voisine, voudrait connaître ce qu’ils faisaient comme bêtises ? 22 Culotte Pantalon pattes d'eph 1970  Parce que ça se devine, qu’ils n’étaient pas en train de faire leurs devoirs, ou de réviser le certif ou de penser à leur B.A.  Son regard de pie volée ayant perdu ses bijoux s’éparpille d’une main à l’autre, maman n1 1965 d’un genou rosi à une ceinture mal remontée, inutile inquisition à jamais privée de réponse en mots.

     La mère de Pierre à peine retient son sourire de comparse discrète, attendrie par son garçon qui grandit, ça passe si vite, on pose. À peine le biberon et ils regardent déjà les images (elle ignore Samuel qui écrivait: « elles accouchent sur des tombes ») elle déplie le pochon brun pour sortir les chouquettes : « Bon, je suis sûre que vous avez besoin de forces, même si c’est pas vos devoirs que vous faisiez ? ».

     Même, prétend à présent YDIT, d’un petit coup de semelle très  léger elle avait repoussé dans l’ombre sous le canapé un coin   maman 2  de revue effeuillée où baille quelque plus ou moins belle caviardée en blanc. Il y a des mères qui comprennent les copains de leur fils. Et puis ça vaut mieux que de fumer en cachette, ça ne sentirait pas un peu la cigarette allemande, par ici ?

    -« Et ce remplaçant du prof de gym, au fait, il tient la forme? »Procope fee verte disait-elle, mine de s’intéresser, de détourner la voisine pie volée de ses investigations immobiles.

     Ydit racontait que ses devoirs étaient presque faits, on sera bons pour le certif, Madame Pierrot, c’est sûr et certain, (il adorait jouer le pré-pubère bon enfant) mais il restait un exercice d’arithmétique, il allait devoir rentrer au 1 rue du Belvédère, là ou deux villes se chevauchaient pour d’incertaines limites : on ne sait pas où on habite vraiment l’espace d’ici, on ne sait si on y va réellement, ou si on vient de quelque part ailleurs.

 

     Il raconte qu’hier est passé la propriétaire, avec un plombier : il y a une grosse fuite sous l’évier de la cuisine, seul point d’eau de tout l’apparrtement au 1 rue du Belvédère, donc ça gène, mais comme le plombier prend cher, on a colmaté avec de la pâte à modeler, et puis des carrés découpés dans un sac en plastique rose de Prisunic, le tout bien collé avec du gros scotch pour déménageurs.

 

     Et ça tenait, oui, mais la propriétaire, enfin, quand le plombier a tiré le rideau sous l’évier et vu tout ça, le bricolage…Ydit raconte sa honte passagère, et aussi que la fille de la propriétaire, percevant la gêne, lui avait donné un joli sourire et un haussement d’épaules du genre « on s’en fiche ».photo du silence

     Mais, là, pour de vrai, il faut qu’il rentre pour ouvrir au plombier qui revient finir l’ouvrage.

     La bande se réunit dans la cuisine, bol de chocolat, décroissance durable des chouquettes.

     Emotion passée, « -On a bien fait pour le verrou, les mecs » murmure Pierrot. Patrick, Richard, comme Henry, ont repeint sur leurs visages l’air de n’y pas toucher, si propice à la paix des familles. « -Mais faut faire gaffe aux horaires la prochaine fois » .« -Si t’avais pas été si long » remarque Richard. Il est trop jeune encore pour lire  BONNEFOY

« Puis, vers le soir,

Le fléau de la lumière s’immobilise. 

Les ombres et les trêves ont le même poids.

Un peu de vent

Ecrit du bout du pied un mot hors du monde ».

(Rue Traversière, Poésie Gallimard 1992)

     Dans les regards subsistent quelques  éclairs, mais on clôt les yeux pour effacer les tièdes images d’un après-midi où les garçons faisaient des bêtises, à la place  de leurs devoirs- c’était le Directeur du collège qui n’allait pas être content !


Didier Jouault         Yditblog  72 


 

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Yditblog S.P.O. 71 – Ephémères rides – Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n° 1-

Séquence d’été première, SPO numéro 71, le coût de l’éphémère.


Bah, qu’est ce que vous faites là, Germaine?

Elle a surgi au bord du quai, près d’une table de bistrot fragile où tarit un gobelet. Elle peut s’assoir, elle demande? Et puis après tout, non, une fille des quais ça marche. C’est pas là pour mariner. short clerpetit-marin-2

 

 

 

     YDIT lui dit ( c’est pour ça qu’il s’dit Ydit) qu’on la penserait en silence, ailleurs, vouée à l’absence, à la méditation devant ses folles locos locales, ou la révision estivale des intervalles entre les traverses.

 

 

 

     –Yeah, murmure la femme en rouge-rails, c’est la saison des wagons, mais si je vous laisse tout seul avec le vieux V3 ricanant, ça va finir par vous dégrader le jovial. Ou avec la Russe qui fait la danse du scalp tendance bouleaux de la Volga, ou vin rare de Crimée, tout est bon chez ces gens là, vas-y vaste plaine avec dents de mammouths dans le permafrost…
verre jitkasamajova …et je ne parle même pas des autres,  votre Voltaire, déjà que c’est pas un très bon comédien, avec ses trucs et ses tics, un peu comme vous, sauf que vous…vous auriez pu engager un pro pour la réplique…

Même si vous reconnaissez que je vous fais de l’usage, en tant que Germaine-des-rails. Inkedlino-Germaine, tu vas pas ...     Sans parler du symbole, le train, le rail pour nulle part et pourtant l’indéfectible voie du récit, les brumes tendres de la loco, la générale sans mécano, le contrôle dans tous ses états plus ou moins généraux, et pas si généreux, le bazar de la mairie, bref, je résume, l’humanité de la bête, tout ça.

     Un vrai cinéma, n’est-ce-pas ? »P1220520P1220526

     YDIT marque une espèce de lassitude, ou d’étonnement : la parole  est sortie de l’écurie ?Germaine :  » Alors, cet été, comme les précédents, vous aurez la parole légère et l’OubliE facile? Un peu comme des « chouchous » vendus sur la plage par un gros homme à gros ventre qui porte un panier d’osier,  et dans le panier des beignets, et sur les beignets du sucre glace fondu par la chaleur, et dans les beignets des confitures abricot ou fraise, à l’époque on ignorait la pâte au chocolat? Et le gros homme arpentait la plage en criant : « mes beignets, pour les enfants, mes chouchous pour les belles dames », on recevait ça dans un carré de papier sulfurisé …Et donc, les saveurs de l’avoir été ?

 


     YDIT : les mots sacré de la tribu sont des barrages de verre pour les éphémérides. Allez, Germaine, admettez que ce genre de formule n’a pas pris une ride?

     YDIT raconte que : « On allait souvent promener des humeurs  d’âme et des états de rire dans les petites maisons ouvrières de la  » Villa du Pré », au Pré Saint Gervais.P1220485      Ydit raconte qu’il habitait au numéro 1 d’une rue,  un immeuble presqu’insalubre. Il a depuis été détruit. Désormais la rue commence au 3. Sur place, les vitrines invitent à partir, non sans provisions pour les orages et compagnies pour les déroutes ».P1220434P1220431

     –Drôle de début, ce début d’une rue qui n’a plus de début?

 

 

     YDIT continue : « De plus, sur les plaques de ville, la rue  s’ensourçait  dans le 19ème arrondissement, puis continuait dans la ville du Pré Saint Gervais.  On ne savait jamais où on habitait, ni d’où on venait, ni si on y allait. « 

     -C’est comme pour les trains, donc?

P1220440

     « -Bref, le collège, c’était au Pré-Saint-Gervais. Au bazar de la mairie on achetait au printemps les papillons légers comme des oublis cuits d’un rayon de mémoire. Sur les poignets des filles, quand on en trouvait, se posaient de frêles décalcomanies que le premier frottement d’elles renvoyait à leur ombre originelle. On aimait qu’elle ne lavent pas leurs mains. »ephemère sur la peau de Virginie

     Trois jeunes filles d’un âge à se baigner avec leur mère sortent de la boutique où elles ont essayé des maillots de bain en laine pour l’été, des masques pour la plongée en plastique, des palmes violettes pour décorer ou descendre les gorges. Deux écoutent, pouffent en cachant leur rire, l’une accepte de photographier cette scène primitive puis  toutes s’éloignent. monsieur-prevot-culture-sens-moral-culture-patriotisme-      Un homme surgit, fort et habillé surtout d’un brassard orange. Que fait Ydit à parler seul et se faire tirer la SPO devant le hall de la halle?

     Ydit : « Le chemin entre le collège et l’immeuble crasseux passait devant la mairie. Parfois, il attendait un bus. La mère avait préparé des goûters emballés de papier brun que la margarine transperçait. P1220379

 

Il arrivait qu’il jette le paquet dans la bouche d’égout, près de l’arrêt.

 

Une vieille femme avait dit : « Et hop, direct pour les rats, on voit bien que c’est pas toi qui gagne ton pain, petit con« . C’était une ville où les vieilles gardaient longtemps le mordant de la vie. »

L’homme au brassard s’éloigne. Ydit ne bouge.

     « Quand j’habitais ici, j’allais au collège à pied, c’était loin, j’aimais ce parcours entre les arbres et les petites maisons où vivaient alors des un peu moins pauvres. Souvent les parents travaillaient à Paris, le père de Patrick était taxi, celui d’Henry  tailleur au sentier.P1220448      P1220502 La mère de Pierrot, c’était La Poste. Les garçons de la bande usaient en abondance de l’espace abandonné. On y faisait des boums, des parties, des séances de  bavardage. Quand on avait de la bière et de la limonade, on brassait les imaginaires avec panache. On regardait les photos des grandes soeurs.les voisines ont bien grandi       En général, on était seuls après le collège : on sortait les images cachées sous les armoires, on se débrouillait avec. Lorsqu’on était parvenu (surtout Roland) à disperser les réticences des filles, on les attendait à la sortie de leur collège, trop voisin de celui des garçons, s’agaçait le directeur : regrettable promiscuité source de toutes les tentations. On aurait mieux été inspirés de faire nos devoirs…

     YDIT raconte que pendant les boums, il parlait peu et dansait encore moins.la boum avec la soeur 1967  Les plus jeunes, coiffées comme il fallait pour une boum, semblaient à vrai dire venues là plutôt par appel du devoir que sous la pression d’une imparable (et d’ailleurs improbable) concupiscence (encore un mot que sa propre lourdeur condamne) boum 65    Germaine s’étonne qu’il ait pu être timide?

     Les garçons de la bande disputaient s’il valait mieux du rock ou des slows, selon leur usage de la musique. Les demoiselles se dégroupaient volontiers si la face B jouait l’appel à la tendresse, approximative mais durable, des cavaliers.

     Patrick venait lui parler dans son coin, ou Roland, puis c’était Henry : Ydit ne voulait-il pas ? Pourtant, les filles …  boom boom The animals    Pour cacher l’odeur des cigarettes anglaises – ou allemandes, fournies par on ne sait trop qui – on allait naïvement ouvrir les fenêtres devant lesquelles rêvaient les plus têtues des grandes sÅ“urs, ironiques dans leur affection de façade. Mais, chacun le savait, les grandes sÅ“urs en connaissent davantage que personne quant à l’ouverture des fenêtres, ou à l’emploi du temps vespéral des garçons.SPO nue fenbetre n e b nattes
Jeudi – la boum allait finir- Ydit n’avait pas dansé, pas fumé, rien dit, resté assis. Pénétré de son étrangeté, il affichait le regard lointain des Hugo cherchant l’esprit, mais se demandait, comme souvent, ce que, au fond, il faisait là.

     Moue nettement sotte, illusion de dégoût sans racine, et  vers  les garçons de la bande, un peu cinéma un peu guignol, d’un geste comme si on était dans du Godard raté,  YDIT avait dit :

 » Vous savez, moi, tous ces trucs éphémères…« 

     -« Qu’est ce que ça veut dire ce machin ? « , avait grogné Henry. Patrick :« Eh ben, tu sais, moi, ces mots là, je suis pas un intello comme toi, donc… ». Pierrot : »Ah bah tiens, on le verra ton éphétruc quand tu seras chez moi! »..Une sÅ“ur à nattes :  » C’est un peu un spécial, votre pote, sa façon de parler ».

Un orage d’inimitié sans l’ombrelle de l’ironie.

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     Ydit avait tenté de faire surgir entre ses doigts des papillons, des libellules, afin d’expliquer l’Ephemère. Mais l’atmosphère de la « Villa du Pré » manquait de zones humides ou de grands lys blancs dans la vallée. P1220453

     Plus tard, il l’avait admis : la distance du langage, pour jamais, écarte comme des pinces d’équarisseur  ou des mâchoires de four à filer l’aluminium.

     Il faut des années pour inventer ensuite le terrain où mûrit ce fruit exotique, parfois grimpant, parfois grinçant sur la langue : le mot commun. C’est « La Saveur du Réel » de REVERDY :   « Il marchait sur un pied sans savoir où il poserait l’autre. Au tournant de la rue le vent balayait la poussière et sa bouche avide engouffrait tout l’espace. »( « Plupart du temps », Poésie Gallimard 1989)

     Et la mémoire du corps, la seule qui prolifère en vieillissant, n’oublie pas la distance définitive mise entre les simples mots de la tribu et les paroles prononcées dans le masque fermé sur sa propre fissure, la faille du comédien qui sait trop de trop de textes. Qui dit trop de trop de mots. Qui ne sait oublier assez. Les amours de toujours.

 

L’ « Ã©phémère » avait cette fois là été  jeté comme un fétu de paille entre les jambes des chevaux, sur la place de Sienne.

     Il avait fallu  faire l’imbécile des jours entiers, ensuite, faire  l’Idiot pendant des heures,  pour que, enfin, Patrick, ou Roland, ou Henry, et surtout Pierrot dont l’appartement valait tant, invite à nouveau ce petit prétentieux d’Ydit à venir à la boum, ce petit abruti capable de ne pas danser avec les filles, le convie à se débrouiller avec les images. Encore heureux qu’il ait sa réserve de cigarettes allemandes, l’YDIT, et qu’il soit un copain de la Villa du Pré.

Sinon, rien.

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didier jouault,   pour    YDITBLOG   71


 

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Yditblog, S.P.O. 70, l’annonce faite du mari ou : L’été s’annonce léger – N° 0.

 

 Didier Jouault pour Yditblog : Séquence publique d’omission   N° 70,  le léger de l’été.


 

     Cette fois encore, les publics sont épars : trop à regarder ailleurs, trop de départs. Ydit raconte, et les  ombres qui l’accompagnent dans son ordinaire champ de course vers l’Oubli  ont aujourd’hui clos les écuries de la parole. D’un geste il invite un menu groupe de fortes filles venues de loin, elles hésitent. les mères au pays naguèreLe maillot  » Séquence Publique d’Omission » étonne ou agresse.

     YDIT selon sa règle persévère et raconte que, au fond d’un tiroir, dans l’après-midi solitaire de ses quatorze ans, ou bien était-ce treize? au cÅ“ur d’un été commencé,  – il explorait avec patience et de tout son corps les veines molles du temps où court le sang de l’ennui.

     Sans dessein, il découvrit dans un tiroir l’une de ces preuves qui font du passé un présent pour toujours privé de futur propre.

     Le petit groupe, déjà, s’inquiète. Parler Persan, passe encore, mais parler passé?

YDIT reprend : C’était  une simple boite comme il y a de simples mots. Un grillage ancien, à peine rouillé, retenait les mouvements d’objets qu’Ydit n’avait pas de suite pu identifier. C’était une boite de bois simple, de la taille d’un journal intime privé de son intérieur.IMG_0327     Aux quatre coins du sapin blanc, le couvercle gondolait. Le sceau de cire rouge par sa brisure ancienne disait l’enracinement dans la durée longue, et sous  les ficelles fines conservées des fermoirs de laiton sale grippaient un peu à l’ouverture.

     Les auditrices se sont écartées, mais rendent grâce à YDIT : poser partout des adjectifs , c’est comme de répandre une giclée de cailloux blancs sur les falaises de la parole.

 


Ydit ne savait rien des indices de ce récit-là, et connaissait à peine de brèves enluminures d’Histoire, les Belges, Maginot, la guerre éclair et les drôles de cadavres peuplant les films où l’on s’embarque à Dunkerque. Un colonel, aussi, dans son tank à Montcornet.

     Le dedans de la mort  reste toujours d’exploration facile et l’inventaire sans surprise tient à peu de gestes : un portefeuille aplati par les sueurs et les sables et les peurs de l’été 40 ; un livret militaire qui porte les inscriptions définitives annonçant la fin de l’exercice, dans quelque vallon de Thiérache. Deux ou trois effets personnels, on sent bien que les camarades  n’ont pas trouvé le temps de fouiller les poches, on entend presque derrière le couvercle des mots en Allemand, le vol gras des stukas, et l’enroulement vicieux des chenilles.

 

     Une enveloppe, Ministère de la Guerre, Ydit ne l’avait pas ouverte. Une montre ronde, pas chère, le bracelet porte des traces de déchirure. Un stylo à plume en or, type cadeau de mariage, une alliance, rien d’autre,

signez là.       p1220019.jpg

     A ce grand silence des objets, on sent que le type est parti au milieu de la surprise.

Dans le livret, une photo, un nom. Ydit a oublié, l’Etat-civil en donnerait le détail, en marge: YDIT, né de Th. F, épouse J,  veuve de x, mort au champ d’honneur le 4 juin 1940.

     La porte avait été poussé soudain : la mère souvent s’inquiétait de ce que signifiaient ces longs silences d’YDIT seul. Elle avait dit :  » Ferme ça, il est mort avec tous les autres, il aurait pu être ton père, on les a envoyés se battre avec une seule balle dans le fusil, des salauds. »

     Plus tard, devant un film ou sur un livre d’Histoire, Ydit avait pensé à la biographie secrête, l’unique trace d’un premier mari, et à l’amertume des écumes de rage que le vent de paix ensuite mime d’ effacer.
En secret, disait-il, des absents inconnus mènent le bal, mais la musique de la fanfare joue des requiem pour procession de campagne : rien ne sonne juste, même pas la douleur de l’oubli. Et cependant, des femmes poussaient la charrette des souvenirs sur des chemins pavés d’éclats de coffrets en bois blanc. Puis, ayant croqué les OubliEs, certaines posaient le coffret dans la corbeille d’un nouveau mariage.Elle l'embrasse comme on signe un chèque de vente

     En cet instant du récit, les  voyageuses venue d’Orient, d’Iran peut-être, ont  pris la fuite. YDIT les voit qui tentent de comprendre à quel pittoresque phénomène elles ont été confrontées.

-« Et c’est avec cette sorte d’Oublis que vous avez l’intention d’égayer les plages, les dunes, les golfs et les golfes? 

 

De redresser les replis de la côte sur les chants des amoureuses ? De mener les troupeaux vers la paix, les jeunes filles vers la barbe à papa, et les berceaux  vers la layette ? »

     Germaine – comment ne pas reconnaître la reine des rails ?- s’est libérée de ses horaires et du changement à Pruillé-le-Chétif. Elle ronronne de déplaisir. « Parfois, dit V3 survenu par une autre porte – (on ne sait jamais d’où il vient, celui-là , pense Ydit) – Parfois la sagesse est d’accepter de n’être pas vu comme un sage. » V3 avec visiteur    Germaine lève les yeux au ciel- pour ennuyer V3, vibrionnant Vieux Voltaire. Déjà, depuis le départ des Séquences Publiques, il y a eu cette espèce de Russe IMG_2151qui prétend tout savoir et ne pas réussir à le dire. Maintenant V3. Elle préfèrerait le monopole du rail, Germaine. Même si ça fait vieux langage.

     Elle ajoute : « Ydit, l’été, c’est léger. La saveur de l’été, c’est avant. Vous devriez nous faire un bel été d’OubliEs venues du plus loin. »

D’un geste impératif, en même temps, V3 repousse d’un doigt imparable Vassiliki essayant de reformer le trio, et menace YDIT – d’on ne sait quoi d’ailleurs, de rééditer la Henriade ?

     YDIT se  résigne,  et  dresse  le  plan  de  la  narration  d’été   vert :

 


Ce sera au cÅ“ur d’un univers encore vibrant, la  » Villa du Pré Saint Gervais ».

 


D’abord, les éphémères rides, ces mots qui dénotent la distance. (SPO 71)

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Puis   le fumeux Parrain,   guide regrettable, sauf s’il trouve finalement sa place en terme de saison 3. (SPO 72) le Parrain 1ernte 23


Viendra le temps où Les gars du Pré font leur cinéma de papier. (SPO 73)maman 2Pâris hollywood 3

 

 

 

 

 


 

Voila pourquoi Le directeur ne sera pas

du tout content (SPO 74)

 

 


ET – enfin- se posera la question du bout de la rue : « Quel bonheur de la marmonner cinquante ans plus tard », dira YDIT à la rentrée :

 » Et si on ratait le certif ? »(SPO 75)

 


Didier Jouault pour Yditblog 70 Lire la suite

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Yditblog 69 : la boutique au Change n’a rien perdu de son état, ou le chèque de l’échec.

« Préviously » ou – en Français ancien: « Rappel ».

Pour les repères :

https://wordpress.com/post/yditblog.wordpress.com/9255


 

Séquence Publique d ‘Oublies, numéro 69

1- Au comptoir d’accueil,

elle  lui  demande :

« Tiens, il est venu sans ses groupies, la Russe, le Vieux Voltaire, ou sa Germaine-déraille? Au moins, il a ses gris-gris, lunettes et badge et l’air pas malin, allez perdons pas de temps, il va s’installer près de la salle de lecture, le monde passe, avec un peu de chance, Ydit, s’il parle fort, on alpaguera peut-être deux auditeurs, et trois, si ce sont des femmes »

ce dernier trait  dit non sans goguenardise.

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Ydit balise le chemin comme pour une randonnée lointaine.

 

 

 

 

Ici, c’est la région. Une exposition en tournée des grands duchés n’offre que ses caisses vides d’OubliEs, on a envie de lâcher le sac, le verre, la mémoire.

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La dame de l’accueil l’aide à déposer les affichettes, à tirer au droit les plis d’une panoplie d’Orateur sortie du carton à malices.P1200566

 

 

Emue des glissement d’étoffe et des frottements de geste, la chef de salle se glisse dans le hall: « Ah, c’est donc vous YDIT, » dit-elle à YDIT, qui évidemment  ne dément.

Par extension du domaine du devoir, elle demande la carte.

S’étonne : « Vous habitez vraiment toujours cette rue de Paris?« carte Somme

     Puis: « Incroyable, vous savez qui je suis?…Je suis la fille de la poissonnerie, la boutique entre l’église et la Brasserie de l’église, j’ai quitté Paris depuis dix ans, mais ça me reste, mes poissons!«  Elle s’amuse : « Sauf l’odeur, tant mieux ». Ydit et la chef de la  salle aux Poissons échangent des secrets de marée haute matée par l’épuisement du vent, des secrets de la mémoire usés par les retards, de mascarets complexes à flux et reflux contradictoires.

poissons

La conservatrice : « Toutefois, sauf dérision, personne ne vient ici en pleine terre raconter ses souvenirs de pêcheurs ou ses retours au port. » puis, fière de la logique comme de la métaphore :« Souvenirs, je vous laisse faire, tirez les filets,  YDIT, c’est votre aventure. »


2- YDIT raconte qu’il avait vingt ans et qu’on s’asseyait à quarante dans l’étroite salle enfumée de la fac. La jeune prof venait de retourner les « mémoires » notés. Alors qu’YDIT sortait, sur le palier décoré de tracts, elle avait dit : « Ce mémoire là, je me doutais bien que c’était vous, l’étrangeté bavarde et ce baroque rieur…Heureusement que la prof c’est moi, et la fac celle-ci, autrement : sale note. »

 

     Dans les escaliers des militants gravissaient les degrés à l’envers, éreintés de pots de peinture et de balais. Ils exhortaient le monde à changer en tapissant de discours multicolores  et de coulures oblongues les portes des toilettes Femmes, les tableaux de l’administration, les chaires des amphis. La prof avait dit : « Prenons un café au coin. »

La conservatrice chef de la salle et des poissons en paraît troublée : « Quoi, elle se permettait ça? Incroyable ! »

YDIT raconte : C’était la juvénile et précoce épouse d’un écrivain déjà célèbre pour son cénacle, ses calculs et ses Å“uvres inédites. Elle connaissait beaucoup de monde. Tous auraient pris plaisir à  goûter sa petite  tasse de café.

short la jeune prof

« Mon mari et le groupe se réunissent souvent. Après-demain c’est bibi qui planche. Venez donc écouter, on verra ce que vous en pensez, ou ce qu’on pourrait faire. J’ai apprécié votre babillage étourdi pour votre ‘mémoire’. Les autres aimeront ça. »

Dans les couloirs des Ecoles et les boudoirs des éditeurs, les jeunes gens bien élevés montraient du doigt le chemin de « The Shop » : on y rencontrait sinon l’esprit , au moins le verbe.    The shop 1    L’entresol de « The Shop » paraissait bâti de livres étranges construits comme des barrages contre le Pacifique.

On s’asseyait en carrés magiques  le long des parois, on fermait l’ancien escalier. Les amis de Georges venaient avec de la bière, des livres yougoslaves traduits du Persan, des cigarettes anglaises, de jeunes auteurs et de vieux étudiants. Harry offrait du whisky tourbé, Jacques faisait les comptes, François venait de Lyon, Mitsou riait, Jean-Pierre ne faillait à rien. Et si Papy Zaza s’absentait, il se faisait remplacer par Sally Mara.

dont do that

oulipo

Au cours de la soirée d’en haut, YDIT n’avait rien dit. A la fin, dans la rue, La prof avait proposé qu’il vienne prendre un verre chez elle, demain. On n’aurait osé refuser de goûter à sa petite tasse de café.

escalier Senat D

 

C’était un appartement académique-chic : huit pièces, moulures, cheminées, 3.50 sous plafond, femme de ménage Maurienne et discrète. On accédait par degrés aux livres cachant les  murs de haut en bas.

 

« Vous pourriez commencer par quelques feuillets pour le numéro d’automne de la revue Grand public. Ensuite, on verrait. Les autres sont d’accord. Encore  une tasse de café? »

Parfois, ajoute YDIT, elle se mettait à parler comme un Professeur de jadis.

     YDIT raconte qu’il avait accepté, bien sûr, puis lu un peu, écrit très vite, sur la vieille machine de « The Shop », où les doigts touchaient plus le vide que le fond. Il s’était amusé, dilettante et léger. La Prof avait demandé s’il voulait un conseil? LUI :  « I prefer do not ». Inutilement arrogant, YDIT pariait que les dénonciateurs du sérieux  ne pouvaient attendre un texte grave. A son âge, il y a des années entières où la lumière ne se lève pas sur l’horizon de l’intelligence.

inside écrire en jaune    L’article vite fait avait été  vite  reçu sans réserve ni commentaire, vite on le publierait tel quel.

 

La conservatrice voudrait savoir s’il a été payé au moins ?

Ydit raconte que, plusieurs semaines après la publication, fauteuil de changeil avait reçu un chèque, à peine de quoi sans doute assurer une soirée de bûches dans l’appartement de La Prof, qui avait beaucoup de cheminées, il est vrai.

A la rentrée d’octobre rose, Ydit avait appelé La Prof. Elle avait tant à faire, et en retard : son cours d’agreg. à préparer, le colloque de Cérisy, une intervention à San Francisco. On se verrait l’année prochaine, à Marienbad ? Elle n’avait rien dit d’autre.

 

 

en haut, la salle du sacre          Mais, dans les mois ensuite, YDIT n’avait reçu aucune nouvelle, même pas une invitation simple à revenir écouter les Amis de Georges en haut de l’escalier à « The Shop ».SPO Ligne blanche STOP 2 La ligne était claire. Il stagnait du mauvais côté de l’écriture. Stop. Never more.

 

Il avait, récemment, essayé de relire son article, mais l’unique volume envoyé par l’éditeur est perdu.

Ne restaient que les bibliothèques, les tiroirs de la mémoire bloqués par le jeu du bois, et les dames des Archives.file1 - Copie

La chef de salle marque une fois encore la bienveillance des poissons partagés, de l’écaille des jours : l’écaille un jour, l’écaille toujours !

archives salle 2

 

 

Elle dit : « Au moins, on pourrait retrouver le texte? Il n’est pas numérisé, mais je m’en occupe, moi, et  vous, vous racontez. Chacun son Å“uvre. »


 

3 – YDIT que C’était un numéro sur ‘La traduction’.

Numéro 19, B.N. cote 8°Z 39843 p. 86 -94


L’article est retrouvé :

Intro :  »Â Nous sommes dans un bar élégant, au septième étage d’un grand magasin. Dehors, l’été, tempéré par la mer. Ici, l’air conditionné, presque trop frais, instaure un climat irréel. Il est 16 heures. Il n’y a personne ou presque.

Je branche le micro du magnétophone; une amie, m’accompagnant, vérifie de diaphragme de son appareil.

16h15, Jorge-Luis Borges fait son entrée. Canne. Å’il vide mais ferme. Démarche hésitante. Deux jeunes filles, jolies, estivalement vêtues de jupes légères et d’aériens chemisiers, aident le maître à nous rejoindre »(…) »   la présence du jardin

Plus loin, après avoir évoqué les filles bronzées par leur nudité-même, l’interviewer continuait :

« – Traduire, c’est donc adapter, on y réussit plus ou moins bien?…Vous disiez qu’il existe des traductions plus …enrichissantes que l’original.

– J.-L. B. : L’odyssée, grâce à mon ignorance opportune du grec, est une librairie internationale d’Å“uvres  en prose et en vers, depuis les rimes plates de Chapman jusqu’à la Authorized Version d’Andrew Lang, au drame classique français de Bérard, à la « Saga » vigoureuse de Morris ou à l’ironique roman bourgeois de Samuel Butler…La difficulté catégorique (est) de savoir ce qui appartient au poète et ce qui appartient à la langue. C’est à cette heureuse difficulté que nous devons la possibilité de tant de versions, toutes sincères, authentiques, divergentes(9) ».

Plus tard, l’auteur de l’article reprenait un autre passage dû à l’écrivain : « Attribuer ‘ l’Imitation de Jésus-Christ’ à Louis-Ferdinand Céline ou à James Joyce, n’est-ce pas renouveler suffisamment les minces conseils spirituels de cet ouvrage ? »(8) ( les chiffres renvoient aux textes d’origine, cités en notes dans l’article).

La chef de salle : « YDIT, reconnaissez, vous ne méritiez même pas votre chèque à vingt balles, le chèque de l’échec. Ecrire avec cette rigoureuse désinvolture, et déjà tous ces tics, passe encore pour les anecdotes simplettes des mauvais souvenirs que vous racontez, ici-même, devant l’étique public un peu en toc des archives,  joubert-scout ou le soir au retour de promenade avec les jolis copains de la bande. Mais pas pour la gravité de ces temps-là ».

YDIT : Je me suis demandé à l’époque si j’allais encadrer le chèque, mais j’ai préféré inviter une amie à dîner-

petite amie ?

– petit dîner.

Elle s’est bien tenue?

– petite tenue.

 

     YDIT ne dit. La chef de salle pense que, de toute façon, l’article ne méritait pas davantage, ni une amie ni un dîner, juste un chèque signé d’échec,  à la rigueur une petiote séquence d’OubliEs menée à la sauvette dans le hall- car, au fond, La Prof avait eu  raison en évoquant l’article avec les amis de Georges :

« C’est gentil-gentil, mais celui-là, va lui falloir au moins cent ans pour effacer son goût de la légèreté. Passons à la suite. »

Après quoi, ils  avaient parlé du Colloque de Cérisy.

 

Didier JOUAULT pour Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n° 69


RAPPEL sur les AQUARELLES nommées » S.P.O. » ( ou Lavis, mode d’emploi).

La Séquence Publique d’OubliEs qu’on regarde maintenant est un élément d’une longue série d’OUBLIS volontaires. Oublier ce qui a été un mauvais présent, ou un réel trop tard perçu. Le projet, des posts de garde, en poste restante, reste de mener sans hâte et sans reproche le récit amusé -ou stupéfait- de ces jours qui façonnent les mauvais souvenirs pour des récits lancés dans les soirées d’amis, les cauchemars, les somnolences d’avion- ce qui reste à oublier, au fond, avant de faire la somme (ou un somme?) …à la fin de l’histoire.


Didier   JOUAULT    pour    Yditblog        Séquence Publique d’OubliEs n° 69

 

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Didier Jouault pour Yditblog 68 Comme la saveur d’un bonbon sans sucre offert par l’hôtesse deux minutes avant le crash.

 


(séquence Suite de SPO 67)


« Bon, faut que j’y aille, sinon je vais rater mon bus 86, l’arrêt Mazarine juste en face de chez moi. Mais je reprendrais bien un petit caoua, tout de même », avait dit Voltaire impatient sous le récit des labyrinthes « Pas vous? Un espresso? Ils sont bons au Procope. Et ça pourrait activer le narratif, vous ne croyez pas, sur votre BdD impossible à remplir d’idées? Ceci dit,  Michaëlla, sa voisine, la belle-sÅ“ur, Tyne…

Moi aussi, je m’y connaissais en femmes, vous le saviez ?   P1210314     

SI vous aviez été muni d’une nièce comme la mienne, enfin, vous n’auriez pas tant regardé poser les Russes en short, ce qui n’est pas très utile pour l’Histoire, même si elles visitent l’origine de l’Histoire. »Voltaire old by Aved

YDIT casse le sucre, sert. « C’est toujours pareil, avec la philosophie, vous ne trouvez pas, mon bon? » murmure Voltaire qui passe pour s’y connaître (encore une imposture des libraires, dirait-il).

 

« Avec elle, on ne sait jamais trop si on tire tout de suite une balle dans la nuque ou si on interroge un peu d’abord, en fumant des Gauloises bleues ».

Interrompu dans l’essor du récit, toujours délicat d’envol, Ydit se tait. V3, le Vieux Voltaire Vaticinant, regarde le verre de lait : « J’ai appris à boire cela en Angleterre, avec le thé, vous le saviez? ». 

    YDIT se lève, ajuste lunettes rouges, ruban bleu. « Tout le tintouin, n’est-ce pas? » goguenarde  V3. bal des pingouins de fer 4  « Mais, je l’avoue, s’il l’avait fallu, moi-même, pour ma promo,  je serais allé marcher pour le roi de Prusse ».Son propre gloussement l’étouffe un peu. oublies en chemise 4    « Sauf que, moi mes livres ont rapporté beaucoup d’argent, jusqu’après ma mort. C’est même une Russe qui a voulu acheter ma bibliothèque, vous le saviez ? On se demande bien ce qu’elle y comprenait… »

    Un silence. YDIT raconte. En dépit de tous les retardements, YDIT raconte: Espérant l’idée qui devait emplir l’idée, il poursuivait les parcours des consultations dans les couloirs de l’Institution. Comme à  la recherche d’une lumière à l’insu des images dans le couloir.

 

 

« Donc, alors, quoi de neuf ? » C’était la question par  laquelle Claude-Antoine initiait tout dialogue. Les entretiens avec lui étaient toujours enluminés de ce charme désuet propre à la maison de famille telle que la filmaient les cinéastes en ces temps. Lumières de vêpres oublieuses de la religion.

Dans le bureau, on jouait avec la fin du Bel été de Faustine en caressant le genou de Claire.    SPO on the balcony NYC fifties   C’était oiseux et doux, comme de comparer les versions de La Jalousie ou les divers whiskies de Churchill en écoutant Oscar Peterson ou India Song. De sorte que l’entrevue avec Claude-Antoine, forme de séquence obligée, ressemblait à ces moments de vie dont le goût goûteux ne dégoûte de rien, mais disparait comme la saveur d’un bonbon sans sucre offert par l’hôtesse deux minutes avant le crash.

     Naguère chef de rubrique « Défense » dans un quotidien de la Côte d’Ivoire, Claude-Antoine, véritable éléphant local, avait regagné la métropole lorsque le monde s’était effondré. Devenu rédacteur-en-chef de la revue bimestrielle du ministère (16 pages, quadrichromie), il ne craignait rien tant que l’absence d’information, sauf – sans doute- la fausse information. Sa pratique des palabres l’avait peu habitué au discours hâtif et sec des Européens. un bon profil pour la République

 

Entre deux revues, il publiait parfois des récits de savane, de marigot, de coq ouvert au couteau par le marabout. Le DIR avait toujours refusé qu’on les insérât dans la revue :

« Tout ce noir, c’est un peu sinistre, non ? ».

« Alors, donc, rien de neuf? » soupirait Claude-Antoine, en reconduisant Ydit d’une main solide vers le couloir. Et toujours pas d’idée pour la boite à ID d’YDIT.

Sous la mezzanine qui servait de repaire à Michaëlla, Pierre et Marie avaient la haute main sur la falaise de photocopies et de reliures,  témoins noirs et blancs des Å“uvres matinales du service. Des commis d’office venaient, à midi, compter les exemplaires qu’ils diffusaient, avant minuit, aux Voisins et Institutions. Arlequins résumés au bicolore, ils Å“uvraient en silence pour la diffusion de la vanité. Mais la gentille Marie jouissait d’un atout vigoureux : sa belle-sÅ“ur.mamy de stephen jeune

Petites vestes Agnès B. parisiennes faussement modestes   ou pantalons Chacok bouillonnant de multicolore, chemisiers Alaya sur jupe blanche au printemps, B.L. avait fait le beau mariage. Dans les étages supérieurs, elle assumait des tâches de même.

YDIT raconte que la photocopieuse les avait présentés à la cafétéria.

V3 soulève son bonnet, délie la ceinture dorée qu’on lui connaît : selon lui, cette phrase n’a pas l’essence qu’on lui prête.

    YDIT :

« Sur une table, on voyait un caramel de jeune.caramba ! Il l’avait offert à B.L.      Elle l’avait développé comme on tire un original. » caramba 2!

« -Cette phrase là aussi, vous comprenez les double-sens ? » soupire Voltaire.

     YDIT : « Ils s’en amusèrent vite. Chacun profitait de la moindre absence de l’autre pour déposer sur la table les petits gourdins de « Caramba! ». Leur disposition simulait des acronymes au goût aussi incertain que l’objet lui-même. Bientôt, on ne les voyait plus à la cafétéria, mais on les surprenait au jardin voisin, décorant le désir aux couleurs pâles du jambon-beurre. On avait prétendu qu’ils n’usaient pas que du langage.

     Ensuite, vers la fin, le DIR avait invité Ydit, avec deux ou trois autres, à faire le point, samedi matin. On s’était retrouvés au café d’en face, le temps qu’ouvrent les portes. Sur le seuil, comme ils sortaient, un déçu de l’égalité tendait la main, et le DIR versait une obole exorbitante.  SPO 40 007 L’autre l’injuriait : Puisqu’il pouvait tant faire, que ne faisait -il davantage ?

« Précisément, Monsieur Ydit, c’est une excellente question, avait dit le DIR dès qu’ils avaient été dans son bureau. Le ministère vide répondait par le silence. « En somme, quoi de neuf sur l’Idée? » demandait le DIR, sincèrement intéressé par les constructions de leurres auxquelles sa « Team grandes écoles » ( qu’il nommait Team Désagrégée) l’avait habitué.  YDIT raconte qu’il avait décrit en riant ses voyages sur place en quête de la parole, pour mettre dans la boite à données :

 

Les Å“ufs de Dédé-la -Poulaille, le loto Pernod du CdeB, le rayon vert de Michaëlla, le damier des reproducteurs, comme une scène de pêche à la truite au mur d’un bougnat auvergnat. Imaginez, disait-il au DIR, la même pêche, au mur d’un salon misogyne Oxford street. »

     Le DIR s’amusait. Il aimait bien son  » Gang désagrégé », des  » jeunes rigolos, inutiles, mais pleins d’avenir ». Certes, on ne savait rien sur tout ce qu’on aurait dû savoir,« mais vous allez voir, YDIT, on songe en son gîte, on suppose la fin de piste, on tourne autour du château, on prend des bords avec le navire Night, pas grave, pas grave, pourvu qu’on marche ». Il y avait du fond dans la surface de cet homme là. Et puis, sa « Team Grandes Ecoles » avait réponse à tout.

« Juste Ciel », s’écrie Voltaire en une seconde d’oubli de soi, « Qu’en voici de la philosophie pour honnête homme. C’est aussi retors que mon histoire de cultiver son jardin, vous saviez cela? Vous y avez cru, au jardin, vous ? Enfin, YDIT, un garçon comme vous, « Bâtir passe encore, mais planter à cet âge! » …        

…S’il s’agit de biner, tout ce qu’il reste, c’est de retourner la terre pour sauver les taupes de leur propre obscurité.

Ou alors, boire des vers avec des amis déguisés en allume-lanterne. »porcelaine FM

 

 

Fatigué par ce définitif, V3 se tasse dans son fauteuil éponyme et finit son lait. « Votre histoire, à peine un truc à faire plonger les filles candides dans l’eau des piscines, pour la raison que le chlore fait du bien à la silhouette ».

plongeoir Pignan slovénie

     Peu après, Ydit avait abandonné la Direction comme un fantôme sort d’une armoire normande à entendre l’alerte d’incendie, à l’heure où des accordéonistes gitans viennent danser la java du diable sur le pianola du DIR.

     Passant, des riens en main, il était entré dans le  bureau de la stagiaire. La nouvelle. TYNE y tenait la « veille »,

 

et de sa mère nordique. Elle avait travaillé tard. Il aurait parlé. Mais il n’y avait personne. Les grosses machines bruyantes chargées de dévorer les nouvelles couvraient le murmure de l’absence. Un peu de soleil dans l’eau froide du bureau éclairait un bouquet de pensées.IMG_4465

     Sur un revers de revue, YDIT avait lu :

« L’épaisseur du soleil inhibe la vitesse de la lumière ».

Ydit avait laissé un réponse.entrée sortie la contradiction du réel (1920 Londres )

 

On l’avait aperçu qui partait, pour M. peut-être ? A l’instant de l’aurevoir, le DIR, amical  : « Vous n’oubliez pas vos Carambars? ». Ydit avouait qu’ils avaient déjà pas mal fondu. Tant pis.

Le DIR fit une réflexion sur le dur époussetage du désir par le vent du temps. C’était banal.

 

 

Plus tard Michaella poussa en douceur la dure porte du DIR.

 

« C’est vrai qu’YDIT s’en va? »

« Déjà parti, mon petit. Vous avez toujours une petite nouvelle de retard. Mais on le verra sans doute de nouveau, ici et là. Il parcourt sa spirale, et à son âge elle monte encore. Avec Ydit, l’agaçant ( il avait pris un temps ), oui, on dirait toujours qu’il se pense immortel.« 

 

 

Puis, songeur : « Michaëlla, vous qui êtes dans la Team désagrégée, donc vous  savez tout, vous ne sauriez pas où est passée TYNE, la petite nouvelle stagiaire ? »

 

     Voltaire, agacé par les Lumières posées sur Ydit : « Bon, c’est pas tout ça, mon bon, vous avez des dates pour les festivals, déjà? Moi, je vais faire Chambéry, Londres , Berlin… »

    A ce moment, au Procope, les Américaines (que Voltaire aurait voulues Slaves), demandent l’addition. Le garçon en noir et blanc s’approche de la table :« Mon service finit, vous pourriez régler ? »

 

Voltaire fait un geste vers YDIT, « Rien sur moi », un autre ( amical) pour saluer les étrangères et la hauteur de vue de la note.
-« Ne vous troublez pas, YDIT, mon bon, c’est toujours  un peu comme ça, ces choses avec la mémoire, il faut payer avant que ça ferme. »

YDIT entoure le ruban bleu des records intérieurs autour des lunettes rouges, celles des aviateurs jamais décollés. Fin de partie.

 

Il glisse dans leur boite invisible les sautoirs et les étiquettes, on range, on plie, on déserte le désert polychrome des rivages secrets sertissant le flux sévère de la mémoire. Il se lève.

-« Sinon, demande à nouveau V3, dépliant l’arthrite, des dates pour votre chaud en juin? »

 

 


RAPPEL sur les AQUARELLES nommées  » S.P.O. » ( ou Lavis, mode d’emploi).


La Séquence Publique d’OubliEs qu’on regarde maintenant est un élément d’une longue série d’OUBLIS volontaires. Oublier ce qui a été un mauvais présent, ou un réel trop tard perçu. Le projet, des posts de garde, en poste restante, reste de mener sans hâte et sans reproche le récit amusé -ou stupéfait- de ces jours qui façonnent les mauvais souvenirs pour des récits lancés dans les soirées d’amis, les cauchemars, les somnolences d’avion- ce qui reste à oublier, au fond, avant de faire la somme (ou un somme?)

à la fin de l’histoire.


Yditblog   68   par   Didier Jouault

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Didier Jouault pour Yditblog SPO 67 et 68/ Les données de V3 n’ont jamais pris leur envol

Séquence Publique d’oubliE n° 67 :  V3 demande un espresso, premier essai

 

     Ydit commande un café au garçon très habitué à maîtriser tous les langages (et souvent les tangages). Montesquieu en dira que c’est une boisson à multiplier par quatre les idées.

 

     Ydit sort les lunettes rouges, dénoue l’entrave bleue des OubliEs, regarde le salon d’écriture dans les reflets du miroir : les rituels accomplis, tout est prêt pour que circule la parole et qu’il soit juste de  séquencer la mémoire. P1200652

 

 

 

« Toute une étiquette, mon bon », chevrotte le vieillard qui boit en paix un verre de lait.

 

Il le désigne : « Cette chose, vous voyez, on prétend que cela provient des vaches? Vous le saviez aussi ?

Avez-vous déjà vu une vache ? A Ferney, j’avais… »

IMG_4467     Il s’interrompt. Parfois on doute : est-ce bien du lait ? Avec lui, on n’est jamais sûr du degré du langage. Le garçon Noir et Blanc s’approche, l’autre ricane, désigne deux Américaines assises tout près, qui se noient dans les volutes crème du capuccino. Comme V3, Procope, c’est l’interlope.

PARIS - FEMMES - TERRASSE DE CAFE

Jeunes Américaines à la terrasse d’un café. Paris, vers 1925.

Le Vieux, également dit Vieux Voltaire Vaticinant- et surnommé V3 dans les tirs de barrage des armes secrètes de l’Histoire-, les regarde par derrière et murmure : « Je les ai toujours préférées en Rose et Vert. Mieux que le Rouge et le Noir, non? »

On le nomme parfois V2, Vieux Voltaire, ou W pour alléger (un souvenir d’enfance?)

Ydit, est ici pour la séquence : il voudrait commencer le menu du jour, écarter la peau molle du présent pour mettre sous la lumière ces viscères de mémoire qu’on nomme souvenirs.

« La Lumière, ça me connaît, dit V3 , et même au pluriel. Avec vous, mon bon, le récit, ça ne commence jamais vite? « be light

     Ydit le sait : les friselis langagiers de W ou V3 transforment tout départ d’histoire en parachutage d’armes bulgares sur un maquis yougoslave gangréné par les taupes du KGB.

« En plus, au moins, de mon temps, on était sûr que c’étaient des Anglaises, maintenant, pour un peu, j’y pense quand vous épelez KGB, elle sont Russes, ou au moins slaves, vous le saviez?Procope Voltaire vaticine

« Cela ne vaut pas les Prussiennes, j’en conviens, mais au moins elles ont du savoir-vivre, et peuvent même recevoir cette canaille de Denis dans les jupons de la Tsarine. »

     Il fait un geste large, celui d’un bouquiniste édenté à qui des Chinois échappés ou écharpés de la Révolution tentent de vendre de petits livres rouge-amarante : « Denis, en voici un qui ne faisait de l’ombre à personne avec ses récits : rien que du posthume ! Nous avons bavardé ici-même, vous le saviez ? Quant à ma rente…ça ira! »

     Ydit raconteur d’OubliEs se lève. Il entreprend la fable de cette fois. Il raconte qu’après un autre métier, il avait pénétré à l’invitation d’un ami les couloirs bégayants d’un ministère.

 » N’empêche, ça me fait bien plaisir de vous retrouver, je trouve que vous êtes un parleur sympathique.           Voulez-vous venir pour la photo de mon blog? »Voltaire et son blog

     Ydit raconte que le voici là. Il y a bientôt quarante ans. Peu de jours après, il rencontre le Directeur, qui l’interroge sur ce qu’on pourrait bien faire, puisqu’il y était- justement- là. Pendant qu’on y était. Il y avait le projet d’une banque de données. Une bourse des travaux en cours. On ne savait pas trop.

Il fallait que les idées circulent.

     En ce temps, on pianotait sur des touches de métal pour aligner des fiches en carton qui bâtissaient des mémoire en dentelle, on envoyait du virtuel par des cubes en praliné-chocolat, on passait des fax pour savoir à quelle heure serait la réunion demain.

« -Ah oui, une BdD, avait dit le Directeur, ça ne peut pas faire de mal, et puis- pour quelqu’un tel que vous-, c’est une occupation honorable. On vous fera un joli parcours d’initiation à la parole d’ici. »

     Ydit interrogeait : que mettrait-on dans les idées? Le Directeur s’impatientait un peu, ce n’était pas trop sa mission.

– Et si on se penchait sur les profondeurs du moi professionnel ?

– On va irriter l’Intérieur…

– Si on allait au charbon dans les lycées, les clubs de jeunes ?

– Pas terrible, ça va irriter les mineurs.

– Et du côté des artistes, des autistes, des journalistes, des fausses pistes ?

– Alors, rue de Valois, la Culture va tonner !

– Bon, disait Ydit, je regarde vers où, alors ?

Le directeur avait suggéré qu’il fasse quelques voyages sur place pour interroger ses collaborateurs.

     Ydit raconte qu’il découvrit alors Monsieur  André. Lui c’était l’Adjoint, donc il adjoignait beaucoup, mais en fait on pouvait penser qu’il élevait des Å“ufs, un vrai métier. Nourrissant des interrogations abyssales quant à l’antériorité de la poule. Cela en faisait un homme intéressant pour l’Etre-en-Soi, bien que peu efficace pour la question d’Ydit : « Qu’est ce qu’on pourrait mettre dans l’idée, sans casser les nÅ“uds? »

     Près de ses Å“ufs comme de ses sous, Dédé-la-Poulaille vivait porte ouverte- amour du dialogue- mais jamais loin d’eux, les Å“ufs. Un tiers en porphyre, un tiers en plastique, un tiers en dur pour le déjeuner. Il levait les yeux et les épaules, regardant les mouvements du couloir : « Mais que font les gens, que font les gens? Je vous le demande! ». Il concluait :« Liberté de passage ! »

« On reconnaît son habileté philosophique, à Dédé,  dit Voltaire ( un connaisseur ! ) : poser la question pour répondre à la question. Moi, ce que j’aimais, c’était donner les réponses sans dessous-de-table ».

Etonné, Ydit reprenait le coco-coquète de son parcours.

Ydit alla voir le Chef des bureauxprocope table Voltaire

     Ydit raconte : En réalité, celui qui savait tout sur la méthode pour mettre une idée dans l’idée, c’était le chef des bureaux.

     Sa connaissance en chiffres confinait à la sagesse, si on accepte de croire que la sagesse est l’ombre des nombres.

     Pour rôle, il devait tenir les Grands Livres de tout ce qui bougeait dans les bureaux : les entrées marchandises et les sorties de secours, les autorisations d’atterrissage et les bulletins météo,spo ricles   la liste des vaccins pour les voyages Outre-Mer ( bien que la notion d’Outre-Mer eût été diablement altérée ces temps derniers, murmurait le chef des bureaux, qui avait commencé sa carrière en comptant sur les doigts d’une main les allées-venues SPO Camels pour Camiliade porteurs de parapheurs dans une sous-préfecture bardée de soleils vers le Tonkin, tout en trafiquant un peu ).
« Alors, votre BdD, on pourrait y mettre le nom, prénom, âge, qualité, date de naissance, profession des parents, tour de tête et poids à jeun de chaque personne acceptée pour y entrer, pour premier comptage des conteurs, des acteurs, des peintureurs, des écriveurs, ce serait formidable, non? Alors? »

Sur sa table de travail, le C des B avait disposé de ces toutes petites coupes encore assez fréquentes alors dans les restaurants chinois pour étudiants ; un loupe, au fond, si l’on y versait du saké, faisait émerger l’image d’une femme presque nue. Le C des B affirmait y voir « une parfaite représentation de la vie ( outre que selon lui les femmes existaient surtout quand on a bu) : l’essence d’alcool est un révélateur d’existence ». Pour finir , il disait : Espérance !

Assez loin de cette analyse Dien Bien Phu revue Pernod, Ydit continua les parcours vers les réponses à la question : que mettre dans l’idée?

 

Ydit alla voir Michaela.

preraphaelite autrejeune fille à sa fenêtre

Pour Michaela, qui se désirait souvent avec deux ailes, Michaella, on avait érigé une plaque de bois vissée entre deux colonnes :  » Service sur la Mezzanine« .

     Elle riait : « Je me crois dans un paquebot tiré à la voile par des rameurs en galère. » ( sa connaissance des bateaux se limitait à une marque de petits vêtements). Sur la Mezzanine, le bureau Michaella permettait au soleil quelques détours afin d’atteindre son visage. Un matin, elle était arrivée ici, après la Grande Ecole. Le Directeur l’avait reçue, considérée, conservée pour découper – sans urgence- les passages et les images dans des magazines de Mezzanine, qu’on lui offrait avec grâce. Dure tâche.

     D’un mouvement aérien du pinceau, telle un Japonais sur l’estampe, elle ajustait à coup de colle blanche, en chaussettes et col de même, sans parler des petits bateaux, puis se composaient d’éphémères jolies pages nourries de bons caractères.  Vers 13 heures, la revue de presse était achevée. En raison de la Grande Ecole d’où elle provenait, on pouvait la rêver enivrée de l’heure de colle, ensuite relisant  » L’Amante anglaise » ou  » Le soulier de satin », rien que de soyeuses  douceurs, quand la langue décolle du palais de l’imaginaire.

     Pour arriver à la Mezzanine, nichée sous les plafonds XVIIIème, on passait entre la pile blanche de papier reprographie et le pile noire de sacs poubelle recueillant les découpages inutiles. Michaella voyait d’abord la tête du visiteur dépassant le haut de l’échelle en forme d’escalier :

« – Oh, Ydit, comme tu as les yeux verts dans le soleil, ce matin », avait-elle dit. 

Benoist Demoriane

Remerciements à Benoit Desmorane

 

     L’autre fille partageant l’espace, une gentillette pauvrette blondinette, ricanait pour savoir s’ils désiraient qu’elle quittât le lieu du débat, ou des ébats ?

« Je reprendrais bien un petit caoua, moi, dit Voltaire, pas vous ? Un espresso ? Et ça pourrait activer le narratif, vous ne croyez pas ? Ceci dit, moi aussi, je m’y connaissais en femmes, vous le saviez ? Si vous aviez été muni d’une nièce comme la mienne,

vous n’auriez pas tant regardé passer les Russes en short,

ni cherché des modèles petites mains en flou. »

  Mise en page 1Balade en rue

 

 

 

 

     Avec les précautions de la Haute Mer, Ydit avait descendu à l’envers l’escalier de la Mezzanine. Michaella se penchait : « Emporte au moins ma Revue du Jour, pour ta BdD ».

Ah oui, votre BdD c’est un peu l’esquisse d’un micro data? Moi aussi, avec Denis, on avait tenté de capter les connaissances, vous avez vu le résultat?P1200683

Depuis le pont de la Mezzanine, la voisine de Michaella tendait une main, on aurait cru qu’elle disait : « Charité! »

Dans le bureau suivant, il y avait TYNE.

 » -On part deux jours à la mer? » avait aussitôt dit l’une ou l’autre- on ne sait jamais, dans les souvenirs et les OubliEs, qui a menti et souri le premier.

« – Mais on vient de se rencontrer, dit l’une ou l’autre, on ne se connaît même pas »

Voltaire intervient : C’est la meilleure raison du monde. Mais je suppose que c’est une autre histoire?


A suivre : L’espresso ralenti du Procope, SPO 68.


Didier Jouault pour Yditblog, SPO 67

 

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à suivre

Dans l’île du loin, pas de liaison, pas de mots envoyés :

 Une apparence de silence. Mais, car que faire en une île que l’on y rêve ?

Ydit achève d’acheter à grand prix la récolte intérieure des images à venir. 

A suivre, si on veut ?

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Didier Jouault pour Yditblog n° 66 : Le chemin déraille sous le fortin du dada

 

 

 

Pour ce qui précède, 84 Séquences à parcourir : https://yditblog.wordpress.com

On s’y arrange doucement, comme chacun peut, avec les «OUBLIeS».

Parfois, on explique : tout ceci doit être lu comme écrit par un personnage de roman.


Séquence numéro 66 : le chemin du rail passe par la maison du dada.

 

« – Par ce GR, vous passerez près de la maison au dada« , lui avait dit le jeune fille qui diffusait les parcours fléchés pour marcheurs distraits. Elle avait semblé s’ennuyer derrière la fenêtre de l’Office, près du cimetière britannique WW2, pliée comme une brochure pour touristes Allemands venus prendre les eaux dans les grands cimetières des pèlerinages décharnés.

     Ydit était entré. Seule chair vivante et repère du regard dans le repaire des cartes postales  mortes, elle ne quittait la Maison de Pays que pour le lit du boucher, qui lui avait acheté un Fox-Terrier en souvenir des parachutistes américains.

     En marchant, Ydit se souvenait d’Hélène qui avait jadis  été mariée à un Anglais navrant qui donc la battait le soir et lui tirait souvent les cheveux, dans la maison de campagne pas loin de cette promenade-ci. De ces infortunes, Hélène gardait une fille, nommée Justine, et la certitude que les femmes ont toujours tort. Pour dissiper les deux, parfois, chez elle, se jouaient des soirées d’amis qu’elle voulait peu ordinaires.

Ydit devance : Oui, peu ordinaires, les deux. Mais j’ai surpris votre question. J’avoue, il semble qu’à force de me suivre sur les chemins abrupts des oublies, votre langue s’affine et s’aguerrit?

Un spectateur s’interroge, déjà perdu en route : à qui l’hommage s’adresse-t-il ? La Russe rusée surveille mais ne se voit. Toujours présente. On se croirait dans un festival de rues  peint dans un village du sud pour touristes du nord. Les soirées dans la maison d’Hélène y ressemblaient aussi.

 Hélène, en ce mai, demanda qu’on y vînt

Déguisé, en ce court poème, qu’on dirait

Non sans vin, mais en vain

     « C’était, ajoute YDIT, l’époque des langages, et depuis la parole est perdue. »

     Germaine hésite : elle, c’est une fille des lignes métalliques parallèles, des pierres taillées pour les quais, des écrans noir et blanc pour affirmer le 23h59 sur la voie B. Elle insiste cependant pour rester dans le récit, elle sait y tenir la  place majeure de la balise narrative.

     Ydit raconte : « L’époque était un moment de l’existence où l’on avait parfois des mots en tête. On venait, Campari en main, texte en mémoire. Francis, qui n’était ni de Ponge ni chez Carco, arrivait grimé en dormeur, et en Duval. Il se faisait appeler Arthur. Quant à lui, YDIT,  c’était un poème Dada qu’il récitait : « Persienne ». Dans la lumière jaunie par le temps, il en portait le déguisement. Cela commençait ainsi: « Persienne, persienne, persienne, persienne…puis continuait de même et finissait en : persienne, persienne !persienne? persienne… »

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    La perplexité du passant atteint de vertigineux sommets ou plutôt de puissantes profondeurs : la pression dépressive est telle qu’on n’y voit goutte, au fond, de sorte que les poissons dorment à plat dans le creux d’une sobre vase qui, seule, adoucit le poids des mots, ici.

Aux aspérités de la vie répond l’allongé des OubliEs.

     Ydit raconte que, marcheur, en route, ce matin même, après l’aqueduc, il suivait son rail, un ancienne voie  Romaine usée par les charrettes, puisles déraillés du dada que le chemin de fer avait confirmée en sa ligne, avant de l’abandonner à nouveau.

Km 67, au croisement, l’ancienne bâtisse lourde d’un garde-barrière s’apercevait entre les entrelacs endoloris de fer et de liane. Derrière les barbelés rouillés, un cube ancien paraissait un  fortin inutile pour une guerre toujours perdue, une butte de béton oubliée sur la grève par le recul du temps plutôt que par les défaites.

P1200780     Peu lisible, le sentier peinait à contourner son immobilité de fort féroce, de redoute retranchée sur son propre échec. Dépassant les ronces et les aubépines, c’était un morceau désuet d’histoire privée de sens et grisonnant de béton, surprenant mélange de barrières et de refus.

     Ydit raconte : il avait soif, il s’était approché. Il dit que, sac posé au cÅ“ur du sentier, il tentait de lire les griffonnages que des cartons barbouillés de temps et déchirés de vent posaient sous les yeux du passant, comme des hallebardes de la Garde Suisse :

Ne pas entrer. Vous avez déjà cambriolé mon esprit et mes livres.

Partez. Partez, je ne veux pas vous apercevoir.

     Ydit avait avancé pour déchiffrer, c’est le mouvement naturel des hommes. Accroché comme un pendu près d’une porte en métal que le fouillis de ronces et de fer rendait presqu’invisible, ceci :

N’approchez pas, ne venez plus, partez. Voleurs de temps. Je ne veux pas vous parler. Parler avec des gens tels que vous êtes fiers de sembler.

Allez vous vers ailleurs.

 

Selon Ydit, une faille de grillage aurait sans doute permis d’apercevoir l’intérieur du refuge. Ydit se penchait  :

Immensément proche, tout derrière la porte invisible, une voix d’homme très agé, soudain:

-Qu’est ce que vous me cherchez ? Vous ne savez pas lire les cartons?

Reculant, Ydit s’était excusé : il n’avait rien dérangé, suivait juste son rail, simple randonneur de matinée voulue sereine.

Les randonneurs, ça m’est dangereux. Ils font du bruit, c’est des femmes qui perlent vers mes ronces. Silence. Puis : Et qu’est ce que ça vous a fait ? Ce qui est inscrit sur les cartons ?

Ydit raconte qu’il a longé la clôture, dans les orties et les mûriers, regagnant le sentier. P1200733          De l’autre côté de l’invisible, la voix et son corps le suivaient en parallèle.

-Pourquoi vous vous arrêtez contre moi ?

     Ydit avait dit son goût des voies toutes tracées, balises et rails, et la curiosité pour cette maison témoin des temps, garde-barrière sans train ni barrière, mais comportant un homme.

-Tout est fini, depuis trente ans, ici, ou cinquante. Rien ne vous regarde plus.

A part vous, caché ? Vous habitez ici depuis le début?

Un arrêt devant chez moi, c’est choc violent, vous ne comprenez pas ? Allez-vous en, je dis, car ici c’est fini.

     Doucement, Ydit avait rappelé que le chemin, protégé de rouge et blanc, est public. S’était éloigné. On apercevait des plâtres cloués sur un paroi. A travers le fond de rouille et d’épines, il avait tenté de tendre la main par les mots : « Je vous laisse, moi, d’accord.

Et vous, vous écrivez, vous peignez, vous sculptez? »

Tout ça aussi. Mais allez vous en. Vous n’avez pas les écrits des cartons

     Ydit, maladroit,  essayait de se glisser par les mots : « Si on écrit, c’est pour échanger, non? » L’autre, invisible, tendait encore sa voix : « Rien à échanger, rien de commun avec des gens comme vous, moi. »

     Dans le silence des oiseaux, Ydit avait cru percevoir un dur  bruit métallique, sans y croire. Il avait cependant pris un écart : sinon, comment parcourir les Oublies quand on vous a tué la mémoire avec le corps? D’un peu plus loin, il regardait.

Vous m’observez encore?!

   Ydit ne l’avait pas vu : entre les lignes de béton et d’arbustes, une forme était là, secrète.

P1200807-« Vous aussi, je crois! » tentait de rire Ydit.

-Vous m’observez, vous m’interdisez de vivre, partez !

-« Vous écrivez? J’aimerais lire ce que vous écrivez. C’est publié ? »

Je ne veux pas de parasites. Partez, je ne veux pas qu’on lise ce que j’écris ou qu’on voie ce que je… Allez vous en.

     Ydit avait fait quelques pas pour apercevoir un profil. Le masque de bois suivait son mouvement comme sur un axe de machine. Il disait : « Chaque personne qui passe est une attaque. Pourquoi m’observer? Je ne parle pas. Je ne sais pas ce que c’est. Allez-vous en ».

     Ydit avait soudain perçu la détresse bien contenue dans sa  violence. Derrière le masque de persienne et de personne, il avait pu ressentir l’enfermement d’un visage, le cri des livres infinis jamais écrits, et l’ondulante douleur  de la déraison.

     Alors, il avait parcouru à l’envers l’inquiétante distance avec ce monde qui aurait, sans réserve, choisi la rude leçon de l’oubli. Sur le bord d’un chemin pourtant dessiné droit, un pas suffit pour approcher ailleurs.

    Ydit se tait. Germaine, émue des similitudes, mais sans excès, s’étonne qu’on n’ait pas entendu parler de filles, ou presque, cette fois. Ydit n’écrirait plus le brouillon de ses      OubliEs sur la peau des femmes, comme fit certain vicomte de mauvaise rencontre?

    Ydit, pour satisfaire aux règles sévères de son propre oubli, raconte que peu après avoir quitté le fortin du dada, dans un trou de verdure où coule une rivière, une promeneuse un peu fée l’attendait, portant le consolamentum dans ses gestes, ou montrant les voies, comme on voudra.

     Bien entendu, Germaine n’en croit rien : « Ah oui, la nymphe en verdure et lumière, la visiteuse de souvenirs et devenirs,  ça aurait manqué. » Elle sait qu’Ydit est capable d’oublier jusqu’à ce qui n’eut jamais lieu que dans les plis de son désir.

    « Mais, au moins, dit-elle au spectateur qui ne l’a pas quittée, « vous voyez, la règle est respectée : on s’en sort, ça marche et se dévoile. »

     Ydit veut terminer le récit du dada : plus loin, hors de vue de ce fortin de ronces, Il avait attendu, posé le sac ? Puis, sans bruit, avait tenté de s’approcher pour photographier les signes et les êtres. Mais, sans bouger, la forme se tenait encore derrière le panneau de bois, douloureusement imprévisible, rigide dans son silence.

Les images la montrent de loin, et seuls les alentours portent la marque du passage.

Ydit, longtemps, avait contemplé le trop-plein de ce paysage que certains hommes se font le devoir d’habiter. La mémoire du bois lui donnait à entendre cette voix de tout-à-l’heure, la voix de ce prochain si proche.-psy005C’est le genre à moitié poupée russe, votre S.P.O. numéro 66, à moitié Dubuffet,  avec récit à tiroirs.  Vous auriez rêvé de vous balader  dans Jacques -le-Fataliste? demande Germaine.

Ydit ne répond rien, et ne se souvient déjà plus des soirées d’Hélène, ni de leur dérision d’époque.

Il sait en revanche que, à trop attendre auprès de la maison du dada, il avait –km 91-

raté son train du retour.

P1200701

 

 

 

Eclatant de rire,
Germaine-des-rails ajoute :
….. »Et pas que ! »

 

 

 

 


Didier Jouault pour Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n°66

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