
Reprenant le parcours depuis la piazzale medaglie d’oro, je rameute les souvenirs des errances d’avant. Lors de mon premier passage, encore préservé de mon actuelle et de plus en plus nette addiction à la quête du jardin, avais-je pris la petite rue Caneva ? Suivant à leur pied les remparts, ici plus que jamais imposante masse de terre et de briques couverte de gazons et d’arbres, je tâtonne, comme un navigateur aveugle attaché à son mat.
Sur une vitrine de pharmacien, j’espère non paralytique, le thermomètre dit encore : 36, et parle en Celcius. 
Une fois de plus, je longe la caserne abandonnée, via Scandinavia, des guérites de guet aux toits perdus ‘terrain militaire, surveillance balles réelles’, on croirait qu’ils défendent la maison Bassani et ses souvenirs privés les plus intimes.
Poussé dans le dos par les cauchemars des fusils, et la veille assoupie des soldats d’hier, je sens comme les sifflements des souvenirs qu’on tire à balles réelles et à bout portant derrière mon dos, je file, je fuis, j’essuie, j’y suis ? Effrayé, effaré ?
Le chemin est devenu parcours, ma route épreuve à toute épreuve, ma déambulation errance, mais j’aime avec joie cette façon de me croire …
…perdu dans les entrelacs d’une ville absolument cartographiée, restituée en 3 D par n’importe quel GPS.

On se fait peur en croyant explorer un paysage pourtant déjà connu, c’est ce qu’on appelle vivre.
L’ombre lentement pousse sa marée sur mon visage de marin, comme une lèpre qui serait le passage du jour. Jean-Jacques disait un soir, nous étions sept attendant l’ouverture : « Quand le patient parle, je n’écoute pas les mots, je n’entends pas le sens, je ne perçois que la musique de l’inconscient, ce langage des sons qui structure sa mémoire, invisible, cachée, livrée, parce que dans cette musique écrite d’elle-même se rencontre la vérité. »
Je tourne trop tôt dans une petite rue dont le nom ne figure pas sur le plan de ville, et que j’ignorais.
A force d’insolence indolente au soleil je frise l’insolation ? L’isolation ?
A plusieurs reprises je retourne en arrière, reprends une ruelle aguichante, renonce à son espoir de galets ronds durs au pied, reviens.
La certitude visible et protectrice de la Mura, sa masse roux-vert, me rassurent. Ici l’horizon est proche et immobile, la clôture apaise sa certitude. C’est le piège dans lequel nous vivons tous, le désir de rester protégés, le désir imbécile qui affadit tous les autres, dont celui de sortir en pleine terre, en pleine lune, exposé à toutes les surprises, explosé peut-être.
C’est ainsi que j’entends les rebonds des balles de tennis. Fatigué, pensée morte et tête usée, on écoute mieux. Épuisé, on écoute tout. Mourant, on peut alors écouter la profondeur ?
Les mêmes balles jaunes que deux mois plus tôt, celles – bien jaunes- qui s’écrasent parfois en tâche d’étoile sur le poitrail, sur le revers, à gauche.
Petite place, jouxtant le musée presque vide, Palazzo Bonasconi, réduit à deux salles par « Les Travaux ». J’avais bien entendu visité, devoir interne oblige, puis laissé une phrase gentille lors de mon précédent passage, il y a quelques semaines. L’envie d’aller roder du côté du tennis est forte. Mais j’entre d’abord au musée : à cela on repère mon âge. Dans la cour, on voit toujours la petite FIAT blanche portant le lettres noires ‘Comune di Ferrara ‘. 
La fois d’avant, je l’avais utilisée pour mon blog, la décorant d’étiquettes, cartes de visite, ruban bleu, lunettes à grosse montures bordeaux, les accessoires usuels des anciennes » Séquences Publiques d’Oubli »( voir infra , post 1 à 175). C’est cela qui m’avait dissipé, détournant l’attention de l’essentiel, des maisons voisines.
J’étais passé devant elles sans même les regarder, je marchais stupide, quasi démarche d’aveugle sans canne, en visionnant debout les photos à l’instant prises sur le Nikon pour mon blog alors vivace : ydit-blog.
Gonflé de présent, on paie le futur.
Après la visite, je pénètre dans le saint des saints du Jardin des Finzi-Contini, le Tennis. La partie est rude, l’acharnement sur les balles les transforme en boulets. C’est cossu, protégé de belles briques, entouré d’arbustes, de lauriers, d’acacias, d’un Club House très confortable.
Pas de surprise : « C’est réservé, c’est strictement, c’est aux abonnés, c’est interdit sinon, c’est dit, en 38, déjà, « lois raciales », c’était dit. Deux sexagénaires en forme haut de gamme jouent contre deux femmes beaucoup plus jeunes, mais pas moins dorées. Les quatre m’ont observé avec une méfiance accrue lorsque j’ai photographié la plaque émaillée un peu écornée, peu visible sous les feuilles, qui rappelle cette exclusion –bien réelle- de Bassani, dès 38, parce que juif, simplement « israelite », en juillet, l’un des fils rouges du «Jardin des Finzi-Contini », Bassani qu’on voit très souvent, dans les biographies, en large short blanc ou sur un court, et qui a été champion régional.
Je regarde, je savoure, j’écoute, ça les ennuie, je les emmerde ( parfois, un peu de vulgarité traduit l’intensité).
Quittant le club entre deux haies de laurier je commets une faute de jeu, une erreur de parcours, comme un enfant qui confondrait gauche et droite, mais les amis et les juniors le savent, et ça ne s’arrange pas d’année en année : je suis un dyslexique du cheminement, un dysorthographique du souvenir, je fais des fautes de mémoire, toujours.
« Soudain« , ça mérite qu’on utilise le mot, elle est là, tout près, à l’autre angle. La maison.
Je suis resté ligoté par mes propres angoisses ou orgueils, et je n’ai jamais pris la peine de regarder mieux. De sorte qu’un court tronçon de rue, vraiment très court mais bien réel, une espèce de petit pan de mur jaune, dans la rue, m’avait échappé. De quoi passer de l’autre côté ?
Et voila. MAISON.
L’origine de ma route, mais aussi l’arrivée de tout chemin, halte au moins refuge,
Si je persévérais dans l’allusion transparente : « Ce fut comme une apparition », hexamètre célèbre. Au coin de l’angle (concept piquant), au long du musée :
LA de BASSANI, LA –oui- MAISON. Avec ou sans jardin, mais, my God, the Bassani’s house.

Le musée pour rien et comme pour rire, visité pourtant deux fois en deux passages, a masqué de son évidence vide la maison de Giorgio Bassani. L’attrait pour les traces de l’Histoire a détourné le chemin des histoires, Bassani, maison, Ferrare, ici, là, moi, maison. La ruée du plaisir provoque l’altération du langage, c’est connu, Encore !
Implacable et nette. C’est LA. C’était ICI. ici, le terme.
Les amis psy prétendraient que je me suis plutôt refusé à la voir.
Maison. 
Bassani. 
Jardin. 

Moi. Refusé à la voir, déni, afin de prolonger encore un peu le temps de l’escalier, le plaisir de l’escalier, encore une minute monsieur le bourreau.
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Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 75/99, Chapitre 24 – milieu. Quand le patient parle, je n’écoute pas les mots. (1) : introduite à temps, l’image à connotation érotique … A suivre; épisode 76, fin du chapitre 24, programmé le 13 AVRIL, date anniversaire de la mort de GIORGIO BASSANI en 2000.



















plâtrés, tenus en laisse par des comparses.















De toute façon, écrivait le bon vieil Emmanuel Kant, si tu connais pas l’autre, tu connaîtras encore moins ta propre conscience, donc démène-toi, laisse tomber l’urgence, regarde juste le film intérieur. Ou était-ce Rank ?
Dans ce jour lent, j’ai le sentiment que tout se décline par deux. Reste de vin au Vieux Ghetto ?
Le bruit du temps, 2021)
sur la table ronde du jardin rose, mais pas de trace de Silvia, bien sûr, et je suis dans mon jardin, qui est à peine le sien, protégé du solide portail, au milieu du quartier, au milieu des marques de l’ancien Castrum romain dont les lignes se dessinent encore nettement sur les vues de GoogleEarth, au milieu des anciens doubles bras du fleuve Pô qui faisaient de Ferrare une île avant qu’on déplace son cours, au milieu de La Mura.

Dans la rue, au sol, des cartes.
Je m’approche, la mine la plus paisible et intéressée qu’on peut. Demande si : c’est ouvert ? Il interrompt son appel au smartphone : nettement, non. Il me sourit comme ferait la vieille gardienne du cimetière hébraïque : » pas de kippa ? » . Ému par le ratage que je pressens j’insiste. On voit qu’il peut s’irriter, décider de ne pas comprendre, faire mine de s’indigner, d’appeler les carabinieri, le rabbin, les Francs-Maçons de Ferrare, les fantômes des fascistes, d’arrêter des vélos,
mort subite. Pour longtemps( et ma vie est désormais brève) la synagogue, en travaux depuis sept ans, sera close à l’incroyant que je suis. Lors du précédent séjour à Ferrare, le cimetière juif s’était refusé, et pourtant cette fois j’y ai passé deux heures. Espérons, espérons, espérons,
On perçoit toutefois les fenêtres à jalousie, exceptionnelles car elle signalaient trop l’Espagne, le Juif donc, et on n’a osé en construire qu’après la première génération des arrivants de la Péninsule, quand il semblait (mais il a si souvent semblé puis si souvent déçu) qu’enfin en ce duché d’Este on pouvait commencer à planter des arbres à croissance lente, à l’intérieur, dans le patio maintenant inaccessible pour que les générations et les générations s’y protègent de l’ombre.
Plaque usée ; toute en majuscules d’un graveur peu adroit mais attentif.



Je cherche des
Au milieu de l’un des enclos, deux stèles verticales juxtaposées : ANGELO ENRICO BASSANI/ MEDIC CHIRURGICI 1885-1948 et DORA MINEBI/VED BASSANI 15.10.1893 -11.5.1987, les parents.

Le salon funéraire a été construit comme toute une partie ancienne du cimetière : en grand format, et en matériau de prix. La double porte coulissante est close, mais mal. Poussant sur le métal lourd (les rails au sol n’ont pas servi depuis longtemps ), on parvient à dégager l’interstice d’un passage.













Peu lisible, le sentier peinait à contourner son immobilité de fort féroce, de redoute retranchée sur son propre échec. Dépassant les ronces et les aubépines, c’était un morceau désuet d’histoire privée de sens et grisonnant de béton, surprenant mélange de barrières et de refus.

De l’autre côté de l’invisible, la voix et son corps le suivaient en parallèle.










-C’est le genre à moitié poupée russe, votre S.P.O. numéro 66, à moitié Dubuffet, avec récit à tiroirs. Vous auriez rêvé de vous balader dans Jacques -le-Fataliste? demande Germaine.
:
D’un geste,

la soeur accepta que le précoce mais imprécis





chez Angélina . 



qui est pure illusion d’envol dans les miroirs vides de l’absence.
Virginie soudain s’était mise assise dans le milieu du drap.




…le barman quitte vivement son installation provisoire, une bouteille vide de gin haut de gamme en mains, comme pour la remplacer, puis revient avec la bouteille aux trois quarts pleine : gin de contrebande, à la place du gin cher pour verre d’étudiante. La vie, mode d’emploi, c’est ça. Le type au catogan a déjà trop bu pour s’apercevoir de l’arnaque, et ses fesses n’ont pas encore appris le poids des lendemains de mauvais alcool. La fête à Modène, dans ce lieu étrange et dissimulé, ressemblerait à ce cocktail trompeur, à ces mannequins ?






des Jeunes Turcs de l’Agence : 





Il serait impossible de distinguer entre une forme d’émotion- atténuée mais vive-et une récitation aimable de formules d’adieu stéréotypées, un produit dérivé de la rhétorique courtoise, 





Un Lecteur incivil ( elle me regarde, écarte le soupçon, j’ai toujours eu l’air propre et bien rangé dans mes affaires) l’aura feuilleté, puis déposé ailleurs. Avec la Science fiction? Pourtant, fait rare, c’est rare, dit-elle, mutine, qu’on lise du Bassani. Je me sens commencer à intéresser. Rien de tel : parler de livres rares à des professionnels qui s’ennuient.On pourrait prendre un verre? Mais non, c’est trop tard.
J’ai photocopié quelques passages, croustillants de très inutiles certitudes. L’érudition, c’est ça. Et ça parle de Ferrare?

Quant à l’édition originale de la traduction par Michel Arnaud, elle remontait mpréhistoriquement à 1962.
Rigolant, Mark se demandait si j’allais, maintenant à la retraite, à mon tour proliférer la notuscule, fourmiller l’infrapaginale, prospérer du renvoi en Notes, façons trop faciles de saturer les rapports sans rien dire, et de combler sans coût par des chiffres les trous dans la mémoire.
Je suis un homme de notes et d’images mentales. Pas de place pour le hasard. Je déteste le hasard, serait-il appuyé sur un coup de dés. Ce genre de phrase, ma collègue Cécile m’en fait souvent le reproche, l’allusion déformée à l’obscur Stéphane, une personne sur dix comprend,dans les milieux éclairés.
Pourtant, c’est plutôt presque par hasard que j’ai découvert Ferrare, la première fois, et que je voulais ne pas me contenter d’un séjour à Parme dans l’ombre de la Mosca, ni à Venise : la riche Peggy et ses chiens enterrés dans le jardin près du canal, le Sollers en goguette de gogo plein les mirettes pistant les shorts comme un renard ses poulettes, on ne peut pas rester dans la surface des eaux mortes, des peaux mortes, des âmes mortes. L’ami Sergi trouve que j’ai le profil slave, le soir, dans l’ombre des arcades.










,
d le temps d’une étape.
ce qui les relie en direct -sans changement à Lisieux- avec les voyantes chères à André Breton (même si les départs pour Brest se font dans une autre gare).

sur la marchandise.
du ministre au rez-de-chaussée, un ancien salon aménagé, dorures, cheminée, plafond à hauteur des espérances du ministre, et beaucoup de bazar : parapheurs, épais tas de revues, cadeaux en souffrance, courrier départ, bibelots douloureux, machines diverses, courrier arrivée, briques et brocs, zigues et toques.
aux soubrettes, mais que protègent encore des accès magnétiques.
donc y a intérêt à trouver un truc fissa, je te le dis, mon vieux.
Comme d’habitude, la double porte capitonnée ne permet pas d’entendre de l’intérieur. Mais on frappe, c’est l’usage. Excellence es-tu là? Myriam , haussant les épaules :
ou de hauts comités ou de missions d’urgence, on voit que l’excellence n’a pas fini son dessert : la glace aux amandes effilées relevées de sel noir de Guérande s’épanouit vers le crémeux. L’excellence ne dit rien, toujours hiéroglyphé tendance hiératrique, terminant de lire dans un parapheur qui culmine le tas.
Si je signe, ya un ou deux millions d’élus qui me tombent sur le poil. Sans parler du PM. C’est quoi, cette réponse au député JOJO sur les piscines? C’est de la pure connerie. Et, vous vous y êtes mis à deux ? J’hallucine. A deux pour ça! Vraiment, j’hallucine. Vous vous souvenez que c’est publié au J.O., ou alors vous avez pris vos fonctions y a deux minutes ? »
( elle a tendance, la jupe, à remonter un peu avant de voir le ministre).
Des fantômes alourdis de conseils obscurs, ça court pas vite, c’est déjà ça.




brinquebalant qu’initie le quasi labyrinthe, deuxième passage à badge, ça avance vite, vite.

Rafa devrait tout de même faire gaffe.








Gloss-Aire.
Gloss-Aire.



mais (vous vous souvenez?)( mais il y a si longtemps que cette histoire commença), cette tasse, je l’ai payée – cher- en pourboire pour la serveuse, et Bassani détestait le café serré, donc je ne me prends toujours pas pour lui, en dépit de ce que prétend ce bon (?) guide NERO…


5 nov 2020 Elle : Ciao Didi, scusi per il ritardo. Ero in Corsica con degli amici(…)Qui, via Belfiore sembra avvolta da un velo di magico silenzio(…)oggi arivano due clientide turisti di Roma ma saranno gli ultimi. Ho capito che in questa fase no è definitamente possibile andare avanti con il turisme e a malincuore ho deciso di affitarli per lungo periodo(…) Sara une nuova avventura aver inquilini fissi!Io sno felice per ho sono persone davverobelle e avro anche piu tempo per pensare al mio futuro e nuovi progetti(…)Ti abbarccio con immenso affetto, la ragaza di Ferrara.
1 er mars 2021 Lui : Tout ce temps ? Bientôt un an de ce virus qui dégrade tellement les libertés et les désirs ( mais c’est ainsi !). Mon espoir est que tu aies pu, malgré les détours de la vie et l’extinction probable ( provisoire ? Je le souhaite ! ) du jardin rose, trouver un chemin qui te plait, et peut-être ailleurs que dans cette vieille garce tant aimée : Ferrare ? Je l’espère et t’embrasse fort, fidèlement.
5 juillet 2021. Elle : 