2023 : Déjà dit ? Déjà dépassé? Encore à dire ? Le silence n’est pas une absence. Après l’échec de la SAISON TROIS : ici, on travaillait-sans parler.

S’alléger, puis s’enfuir ?

YDIT s’interrogeait de plus en plus quant à la possible façon de

poursuivre une ligne de

conduite qui ne fût pas de fuite?

Un bon éditeur l’envoya consulter les AAA. Les Auteurs Aigris Anonymes.

FRED, la grège observatrice, femme aux yeux talentueux,

(on la retrouvera

ici-même

plus tard ,

car les histoires vraies ne finissent jamais dans l’oubli )

jugeait ainsi :

Un récrit  » Un peu compliqué par l’épaisseur des allusions, les alluvions« …
Récrit : l’addition du récit et de l’écrit.

Sans doute fallut-il s’alléger, se contraindre au silence, le temps de l’échec?

Pouvait-on encore longtemps écrire cela :

Un vieil homme qui sent le chat glisse à l’oreille de sa jeune voisine (une Virginie) qu’il n’osera certes l’avouer, mais en week-end, il pleuvait tant, de plus on s’ennuie à son âge, plus de minettes et trop de minous, bref il a repiqué avec une injection de Robbe-Grillet, pas du meilleur, un vrai labyrinthe. Elle s’étonne, rougit, ( pas du tout à cause des minous car le vieillard est connu pour son imaginaire profus), elle se turlupine les phalanges, puis tout de même avoue : Moi-même , je me suis saccagé toute une nuit avec « L’Amant », je m’en remets à peine, toute avachie, haletante, un tiers épuisée, un tiers ravagée, un tiers néantisée.

Sans doute fallait-il s’alléger, se contraindre au silence, le temps de l’échec ?

Viser progressivement à briser toute lame et toute l’âme de toute fiction, l’éliminer comme une trop bonne humeur, la tirer comme du mauvais sang ? S’interdire la folie fascinante du narratif, pour un temps ?

Le temps d’épuiser la capacité d’oubli ?

Comme si vivre sans histoires était vivable ?

Ydit, en silence : Je préfère ne pas.

DONC : à suivre !..

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Des nouvelles ?

Après les mots dans les images de 140 posts de la série des souvenirs à effacer, « OUBLIeS » 😎🙄

(« Séquences Publiques d’OubliEs »),

PUIS… une deuxième série, Ydit-Bis, extrêmement différente : un long récit fragmenté…d’Histoire et d’histoires, qui a vu la succession des 99 séquences du texte :  » Le jardin de Giorgio Bassani« .😱😌…

PUIS, après une tentative échouée🥴🎭 sur l’ addiction, (On dépasse ainsi les 3OO PUBLICATIONS) …🥂🌞…

VOICI sans doute une nouvelle ( et quatrième ) SERIE à venir en 2023 :

Les DOCUMENTS de Y.d’I….

A SUIVRE !..

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Le Ghetto de Venise, publication dans la bibliothèque en ligne « SIFRIATENOU », dirigée par Patrick SULTAN.

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CALIMANI Riccardo, « Histoire du ghetto de Venise« 

Enfermement, circulation et échange : Le Ghetto de Venise

par Didier JOUAULT

Riccardo CALIMANI, Histoire du ghetto de Venise, Traduit de l’italien par S. Rotolo, Préface de Elie Wiesel, Paris, Éditions Denoël, 1997, Collection Documents histoire.

Tant d’histoire pour si peu de géographie ! Tant d’activité malgré tant d’empêchements ! Tant de liberté conquise sur tant de restrictions… L’histoire du Ghetto de Venise, telle qu’elle est déployée dans ses multiples facettes par l’historien et essayiste Riccardo Calimani, pourrait apparaître comme un vivant paradoxe : un quartier initialement conçu pour être un espace de clôture et de relégation, et qui, surtout du XVIème au XVIIIème siècle, devient la scène ouverte et mouvementée d’un théâtre vivant où défilent d’admirables acteurs.(Chapeau :rédaction Sifriaténou, à qui on doit aussi la recherche d’images -NDLA)

Trois regards

L’Histoire du ghetto de Venise est un livre multiple : l’auteur a systématiquement multiplié les points de vue, toujours construits sur une érudition remarquable, mais toujours aussi appuyés par une approche très sensible des personnes et de l’histoire.
Ainsi, à chaque étape de son travail, presque dans chaque chapitre, l’auteur introduit les biographies rapides mais très documentées de quelques figures historiques dominantes de la communauté. On voit le banquier représentant les Juifs du Ghetto traverser un Campo, s’arrêter pensif auprès d’un puits, avant d’aller rencontrer le Conseil des Dix et le Doge de la Sérénissime, avec qui son devoir est de négocier âprement le taux de l’impôt imposé aux Juifs, prix à payer pour qu’on les tolère leur présence. En même temps, la vie de l’étroit Ghetto, c’est la vie de tout Venise, parce que les Vénitiens de l’époque arpentent les quais ou se perdent dans leurs labyrinthes en ayant toujours, toute proche, une banque de prêt ou l’amas de marchandises d’un commerce juif.

L’étude du Ghetto ne peut pas se séparer non plus d’une approche très fine et très documentée des évolutions politiques et sociales de la Sérénissime, des soubresauts multiples et répétés qui l’agitent. On ne comprend pas l’histoire de la présence des Juifs à Venise, si l’on ne se réfère pas à « de nombreux changements d’humeur » (p. 29) au sein des classes dirigeantes, ou à la continuelle « lutte entre les Colombes et les Faucons au sein du Conseil suprême », p. 31.
La présence des Juifs – presque dès les origines – y a fait l’objet de débats souvent violents, généralement dogmatiques – lorsque les religieux l’emportaient au nom de la Bible – mais aussi pragmatiques – lorsque les financiers constataient (très souvent ! ) l’effondrement des finances de Venise : dans le Ghetto, rien que des Juifs certes, mais dans les caisses de l’État, beaucoup de l’argent qu’ils apportent .
Enfin – et c’est le troisième plan d’approche -, si l’histoire des Juifs de Venise est liée au sort de la cité des Doges, celle-ci ne se sépare pas d’une histoire moderne de la Méditerranée où les compétitions économiques forment la toile de fond des combats militaires ou diplomatiques. Le voisin, c’est l’Empire byzantin : menaçant par sa puissance guerrière, par la richesse de son commerce (la Route de la soie ou le marché aux épices, par exemple, passent par lui). Il faut compter aussi avec l’impressionnant ordonnancement de la religion musulmane – fermement incarnée par le Sultan, plus « commandeur des croyants » que le plus puissant des papes des Temps Modernes.

Tout au long de son étude, l’historien fait alterner les trois regards, passant d’un visage dans une fenêtre du ghetto à la carte du monde. Il les enchaîne avec souplesse et ces changements de points de vue sont brillants et savoureux. Cet essai ne raconte pas la seule « histoire du Ghetto de Venise », et plus particulièrement de sa constitution au XVIème siècle à sa stabilisation au XVIIIème siècle, mais l’ histoire d’une cité-monde…

Un lieu de discrimination

Le décret fondateur du territoire vénitien qui s’appelait déjà « ghetto » date du 29 mars 1516. Cependant Riccardo Calimani recherche les origines de l’implantation dès l’époque médiévale, bien que l’étude soit vite limitée par l’aspect lacunaire des documents, ou le ton subjectif des témoignages, en particulier religieux.


Bien sûr, les « origines incertaines de la présence juive à Venise » (p. 23) tiennent au fait que les Juifs ont été longtemps confinés à Mestre, partie intégrante de la puissance vénitienne dès les origines, mais en quelque sorte en dehors de la lagune elle-même.
Les premiers textes qui l’attestent « dans les faits en 1381 » concernent des décrets repoussés puis votés par le Sénat, qui accepte la présence de Juifs dans la ville de Venise – sans aucune assignation à aucun quartier -, à la condition que la durée de séjour soit très limitée (quinze jours consécutifs, même si cela varie au cours des temps). Les Juifs à partir de 1397 sont bien encore localisés à Mestre, mais ils peuvent circuler, et quand ils doivent venir à Venise, ils « sont tenus de porter un petit disque jaune comme signe distinctif », p. 28.
Cependant, l’auteur y insiste, l’implantation des Juifs à Venise ne peut pas se détacher des conflits très vigoureux entre le religieux et le civil : les Juifs sont autorisés à créer des banques spécialisées dans les petits prêts, extrêmement utiles à la réalité de la vie quotidienne des affaires à Venise, alors que les préceptes religieux rigoureux de certains ordres monastiques s’y opposent. Parmi les textes cités figure « un décret de 1423 leur intimant de revendre, sous deux ans, tout bien immobilier acquis au mépris des lois en vigueur », (p. 29) : on perçoit bien la tension entre les forces morales ou sociales. Certains ferment les yeux parce qu’ils ont besoin dès le départ des finances fournies par les banquiers juifs, tandis que d’autres exercent une pression sur les autorités pour qu’elles légifèrent contre les Juifs. La résistance de la communauté est discrète : « le petit disque jaune distinctif » disparaît facilement dans un pli. La contre-résistance est aussi vive : un décret de 1496 exige le port d’un couvre-chef jaune, évidemment bien plus repérable.

L’argent

La thématique de l’argent, et surtout celle du prêt (de l’usure) – dont la possibilité est en théorie interdite aux Chrétiens (tandis que les Juifs ne sont pas soumis à cet interdit), conduit à l’intervention de nombreuses autorités rabbiniques et à la rédaction de multiples textes pontificaux. À tous les niveaux, une impressionnante production culturelle et idéologique apporte pendant des décennies plus de complexité que de lumière. Cependant alors que le temps passe, au début du XVIème siècle, s’installe « une forme ambiguë d’acceptation de l’état de fait » (p. 37) et « le rôle de prêteur s’affirme de façon monolithique et définitive ». Les rues et les quais de Venise présentent de nombreuses banques de diverses couleurs, selon l’origine des banquiers, et les systèmes de règlements et de contrôles sont très rigoureux (taux de prêt, jour d’ouverture …).
Les oppositions les plus virulentes – et du point de vue juif les plus dangereuses – viennent de certains ordres monastiques et en particulier des Franciscains. En effet, les banques à petits prêts autorisés aux Juifs sont supposées permettre des aides aux parties les plus pauvres de la population. Or, la pauvreté, c’est l’affaire des moines franciscains. Aussi, par une sorte de coup de génie « pour lutter contre les banques privées, ils instituent les premiers monts de piété » (p. 42), concurrence extrêmement efficace- surtout dans un contexte où se développent des campagnes antisémites (hélas banales) déclenchées par les accusations de meurtres rituels.

En dépit des tensions et des disputations, l’évolution, toujours incertaine, est malgré tout positive. Elle conduit peu à peu à une série de décrets qui vont reconnaître la présence effective et durable des Juifs au cœur de Venise même (et non plus à Mestre).

Le plus « fameux » marchand de Venise : Shylock et Jessica /Maurycy Gottlieb/1876

Le poids si lourd de la guerre sur les finances, ou la peste de 1514-1515, mettent en évidence « le rouage essentiel qu’était devenu le prêt pour l’économie de Venise », p. 54. Une négociation âpre sur l’impôt annuel de la communauté conduit au décret considéré comme fondateur, le 25 mars 1516 : « les Juifs sont regroupés dans l’ensemble des maisons situées au Ghetto », p. 55.

Aussitôt vidées de leurs habitants, les maisons sont habitées par les Juifs. Deux portes ferment le quartier, leur contrôle effectif va varier beaucoup avec le temps. Ce qui variera aussi, mais toujours dans le sens d’une augmentation, c’est l’impôt exigé par la Sérénissime pour le renouvellement décennal de cette concession, véritable menace périodique …

           La « nation levantine » 

« Le XVIème siècle dans l’histoire des Juifs de la Méditerranée est essentiellement caractérisé par les migrations continuelles d’hommes à l’identité fragile, voire incertaine, et dont le principal souci n’est autre que de s’adapter à la terre d’accueil », p. 66. L’auteur évoque ces parcours avec la figure de Isaac Abrabanel, né au Portugal, Ministre des Finances, puis argentier d’Espagne, puis présent à Corfou, et enfin arrivé à Venise, en véritable « Juif errant », capable d’une pénétrante réflexion exégétique confontant le système de gouvernement démocratique à Venise avec les commandements de la Thora. Il représente bien la très intense circulation des compétences et des expertises dans cette période si mobile, où Venise est l’un des ports et des points de passage les plus puissants de la Méditerranée. C’est alors qu’on voit apparaître une seconde catégorie de Juifs pour qui le Ghetto, est un « incontestable point de référence pour les déracinés qu’ils étaient », p. 71 : les marchands, d’ailleurs considérés comme des gens à la foi juive douteuse. On les appelle « Juifs levantins ». Venise leur reconnaît, sous réserve de ne pas séjourner plus de quatre mois, le droit de pratiquer l’échange des marchandises : on voit que la Sérénissime sait tirer parti des routes commerciales. Les Levantins vont s’installer dans ce qu’on appelle « nouveau ghetto »/Ghetto nuovo. Leurs relations sont parfois un peu difficiles avec les plus anciens des Juifs présents qu’on nomme « Natione Todesca » : ils sont d’origine essentiellement ashkénaze.

Cette population s’intègre cependant rapidement, dans un réflexe de défense communautaire : le renouvellement des concessions continue à faire l’objet de tractations et de décisions souvent marquées par des voltes-faces successives, écho des discordances internes à Venise. En parallèle la tension méditerranéenne s’accroît.

Le voisin ottoman paraît de plus en plus l’ennemi numéro un, et « en 1570, des citoyens vénitiens furent arrêtés à Constantinople (…) En représailles Venise bloqua tous les biens des Turcs résidant en ville, ainsi que ceux des Juifs levantins, considérés eux aussi comme des ressortissants turcs », p. 78.

De longues pages reviennent sur la définition et l’existence des Marranes, ces Juifs convertis de force après les funestes décisions des Rois Catholiques en 1492 et 1496, mais soupçonnés de continuer à pratiquer leur religion. Si la question intéresse particulièrement l’histoire de Venise, c’est que la Contre-Réforme (outre la profusion éblouissante des églises) n’existe ici que grâce à « un compromis de l’Eglise et  de l’État, qui se traduit dans la façon de traiter le cas des Juifs qui montre bien une dualité des composantes » : «  En s’en prenant trop souvent au Ghetto, l’Église n’aurait pas manqué d’embarrasser le gouvernement ». Dans les caisses de la Sérénissime, on attend avec impatience l’impôt de la communauté juive (p. 91-92).

Plusieurs biographies rapides de Juifs de cette période, rédigées avec la plume alerte d’un romancier qui serait en même temps historien, forment le chapitre 6, à travers une lecture de procès d’Inquisition, dans une période marquée par « l’instauration d’une censure généralisée, frappant tous les livres en circulation, et non plus seulement ceux en langue hébraïque », p.115. On retiendra particulièrement la figure du marchand Rodrigo, connu pour avoir tenté d’attirer à Venise tous les Juifs dispersés ne bénéficiant pas du même statut que les Juifs vénitiens. Son histoire est intéressante car il est à l’origine de la transformation de Split  – encore marquée par la présence romaine et le palais de Dioclétien, en « concession vénitienne » : en réalité une « escale » pour tous les marchands, au sein de l’Adriatique, au profit de la République de Venise.

Se développait ainsi la présence des « Juifs levantins » qui l’emportaient peu à peu sur les petits banquiers de la « Natione Tedesca », « ceux du Ghetto » : « Les juifs d’origine allemande, qui avaient constitué la première communauté vénitienne, et dont l’activité principale avait été la gestion des banques, avaient donc été contraints de se procurer d’autres sources de revenus », p. 156. Et cela d’autant plus que les Juifs d’origine ibérique commencent à constituer eux aussi l’une des composantes majeures de la communauté, « dont il surent imposer l’existence au début du XVIIème siècle et notamment par l’opulence de leur niveau de vie », p. 159. Cet afflux, en raison duquel le Ghetto de Venise avait acquis  un tel ascendant sur toutes les autres communautés de la Sérénissime, fit que la Papauté réagit vigoureusement. La Sérénissime, qui ne pouvait vivre sans ses commerçants et banquiers, résista à l’ingérence de l’Église au point que le « pape Paul V excommunia le Sénat et lança l’Interdit contre tous les territoires de la République », p. 162.

 Cent ans après…

Cent ans après la fondation du vieux Ghetto, différentes communautés juives se côtoyaient en son sein.
Trois phases sont repérables :
L’époque de la « Natione Tedesca » : Juifs principalement banquiers soumis à de lourds impôts.
Puis après 1540, – période de pression fiscale et religieuse intenses- l’arrivée des « levantins », surtout commerçants.
Et, enfin, après la bataille de Lépante, les nouveaux marchands ibériques, ouvrant d’autres portes, alors que les anciens banquiers sont de plus en plus souvent devenus de simples gestionnaires, obligés, des banques vénitiennes.

Pour rendre concrète la représentation de ces grandes strates, Ricardo Calimani  grave les médaillons de grandes figures :  Léon de Modène, la poétesse Sara Coppio Suillam, Giulio Morosini , alias Samuel Nahmias ou encore Moïse Haïm Luzzato et Simone Calimani – un ancêtre de l’auteur lui-même.
Chacun de ces destins, cela va de soi, interfère, de près ou parfois d’assez loin – avec l’histoire de Venise.

Francesco Guardi, Le Pont voûté à trois arches de Canareggio/1770

Mais si les hommes ont droit à leur portrait, la description du lieu n’est pas oubliée. C’est l’objet du chapitre 12 : « Le ghetto de Venise un siècle après sa fondation : société, religion, culture. ».
Revenant  sur l’étymologie du mot, fortement disputée, pour reprendre le dialecte vénitien ( getto, de gettare : « fondre »),  Riccardo Calimani décrit ce ghetto des origines, entouré de petites maisons et de jardins. Il n’a que peu à voir avec celui d’aujourd’hui, en raison de nombreuses reconstructions.
L’auteur passe en revue les synagogues de chacune des communautés, les associations communautaires, les chants et les jeux du quotidien juif, les oppositions fortes entre religieux et commerçants. Il évoque surtout l’ouverture internationale et l’arrivée de nombreuses populations européennes qui produit, à la fois, un mélange des cultures et un déplacement des règles. Tel rabbin orthodoxe se plaint avec vigueur de représentations théâtrales données au sein du Ghetto, par exemple…

Changement de contextes

Les chiffres sont sujets à controverse, dans un Ghetto devenu en grande partie opulent, mais il est établi que les tensions commerciales et les rivalités intra-vénitiennes vont conduire peu à peu à une décadence financière (les plus aisés déjà le quittent, par volonté de « s’intégrer »). La population juive – toujours astreinte au port du béret jaune – rencontre  de très nombreuses et âpres difficultés, dues à la fois à l’évolution générale des contextes religieux et moraux (le territoire réduit du ghetto forme une sorte de caisse de résonance au débat), et aux difficultés économiques de la communauté,  encore accrues par l’effet d’enfermement et donc les risques de la promiscuité : «  les incendies étaient très fréquents en raison notamment de la concentration des maisons, très hautes, dont la plus grande partie était en bois, et qui formaient un entassement inextricable », p.293. Toutes ces évolutions socio-économiques et même topographiques n’entraînent cependant « guère d’effets notables dans le ghetto : seule une minorité de juifs décide de quitter la ville : il y avait à Venise 422 familles juives en 1766, elles étaient 408 en 1780 », p. 298.
L’une des fins du Ghetto (pour un ghetto, finir c’est s’ouvrir), est prescrite par un document adressé au Comité de Salut Public en 1797, à la suite duquel, le 7 juillet, les portes furent abattues « afin d’éliminer toute marque de séparation entre les citoyens juifs et les autres » – décret du 9 Messidor, basé sur un rapport qui décompte 820 hommes et 806 femmes, habitants où étrangers en transit).
Dans le mouvement révolutionnaire, sous la pression du jeune général Bonaparte, la République Sérénissime abdique. Les Juifs deviennent des citoyens à part entière. Puis Venise devient autrichienne, vit des périodes particulièrement dramatiques au plan économique mais aussi en raison d’une censure politique très pressante. Les Juifs les plus riches ont déjà, depuis le XVIIIème siècle, quitté le Ghetto pour se disséminer dans Venise où ils occupent parfois les plus beaux des palais.
L’histoire de l’Unité italienne, bien connue, n’apporte pas non plus un destin à nouveau remarquable à un lieu où vivent, ou plutôt subsistent, des populations peu nombreuses et généralement appauvries.
L’époque du Ghetto vivant est révolue. Ce lieu presque explosif, ouvert à toutes les controverses, objet de beaucoup de concupiscence, n’existe déjà plus que dans les mémoires.

En façades

Le poète Rainer Maria Rilke, à l’occasion d’un de ses nombreux séjours à Venise, a  écrit : « dès le crépuscule un peuple timide en haillons erre dans ses rues, d’innombrables enfants se retrouvent sur ses places, devant les portes, étroites et froides : ils jouent avec des morceaux de vitres et des restes d’émail multicolore, le même sans doute, que celui utilisé par les maîtres qui composent les mosaïques solennelles de Saint-Marc. », p.332. Il contribue ainsi à fonder ainsi le mythe d’un endroit proche d’une Cour des miracles, un lieu fantôme, pâle trace de sa grandeur populeuse. Certes, jusque vers la fin des années 1930, « le Ghetto reprenait vie à l’occasion des fêtes et surtout celle de Pourim » (p. 334), parce qu’il continue à être perçu comme un lieu de tradition, mais la vie y était réduite.

***

Les lois raciales de 1938 frappent l’ensemble de l’Italie. Venise ni son quartier juif n’échappent aux horreurs du siècle : les exactions terribles à la suite de la prise en main directe des affaires par les nazis au sein de la République de Salo, dirigée par un Mussolini devenu marionnette : rafles, déportation…
De cette période, le Ghetto ne s’est pas remis.
Aujourd’hui tout visiteur de la Sérénissime qui veut comprendre et aimer Venise, s’éloigne de la place Saint-Marc ; ses pas le mènent dans le quartier de Cannaregio : on y trouve désormais des témoignages (plaques, sculptures) à la mémoire des victimes de la Shoah, mais « le Ghetto (…) ne constitue plus le sens de la vie juive : restent les témoignages muets des pierres et des anciennes synagogues… », p. 340.
Sur ce constat l’étude se ferme, appelant à de nouveaux travaux sur l’histoire des Juifs de Venise. Mais ce ne serait plus à proprement parler l’histoire du Ghetto des origines, une histoire puissante et mouvementée, intellectuelle et matérielle, close et ouverte, celle de la fusion et du mouvement de toute une culture et une population juives du XVIème au XVIIIème.
Cette époque avait été sa grande période. Mais on ne saurait trop recommander au lecteur, s’il aime les biographies brèves et savoureuses, de se reporter à toutes celles que Ricardo Calimani glisse dans son étude, comme des ombres prospères et truculentes, ou sévères et savantes. Elles éclairent les coins peut-être encore sombres de cette belle histoire d’un lieu mémorable. Elles redisent aussi que l’Histoire est d’abord celle des hommes et des femmes sur leur territoire.

Nadine Picard

Rétroliens/Pings

  1. Italie CALIMANI Riccardo, Histoire du ghetto de Venise | Sifriaténou/Notre Bibliothèque – Asean Weaver For Business Blog – […] CALIMANI Riccardo, Histoire du ghetto de Venise | Sifriaténou/Notre Bibliothèque — À lire sur sifriatenou.com/2022/10/13/tout-un-monde-dans-la-cite-des-doges/ […]
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Ydit-blog , Saison 3, Episode 12 (en plus vite: S3/E12)- l’escroc griffe, pas dégouté.

Rappel ( ou plutôt incipit pour ceux qui rejoignent le récit, comme un esquif rencontre son récit : crevé ou sauvé?) : l’Ydit, voyageur et narrateur, a été saisi d’une décision : s’en débarrasser. L’excellent et volubile docteur Saumonneau l’a éconduit ; pas de solution chez Vidal, Michelin, Dalloz, Chaix…Mais conseil : passez la tête (et donnez la main) chez les A.A.

Ydit y va, écoute, repart. On se sépare sans conclure, c’est la vie : YDIT reviendra-t-il participer aux cercles des AA ? Albertine et Phèdre, deux participantes en mal de manque, se tenant la taille, les saluent en passant, Ydit – et ses lames errantes : Hugo, Fred, toujours prêts spadassiner pour sa défense.
Sinon, dit L’animateur Eclectique, montant sur sa patinette électrique, importée du Mexique, sinon j’ai l’adresse d’un bon centre de détox, des psy solides comme des comptables, pas des verbeux comme ici, est-ce que ça vous intéresse ?« 

Que vouliez vous qu’il fit ?

D’abord, ce fut l’accueil d’usage. Une femme alerte et bénéfique explora d’un clavier expert les déambulations d’Ydit : « Mon cher et pauvre – encore davantage- patient, espérer quoi que ce fut des AA ( nous les nommons ici Abrutis Aptères), attendre un envol au-delà des boueuses ornières de l’addiction narrationnelle ( elle avait du vocabulaire), autant réciter du Verlaine à une baleine en plongée. » Puis, sous l’œil hard et hagard de Hugo -l’interne compagnon de voyage- l’experte exposa le résultat de ses analyses.

A la question- somme toute légitime- du sens, elle répliqua : « 0n va vous aider à remodeler la conscience de l’être en soi, pour soi, et pour ça notre psychologue Marcel se met à votre écoute, pas dégoutté. Il a tout son temps, ricane-t-elle, assez sotte ment. »

Marcel, lui aussi, était coutumier du récit, qu’il avait beaucoup pratiqué naguère. C’était une sorte de grand escogriffe essoufflé. Après tout, dans les romans, ou les encyclopédies de table, le meilleur thérapeute est toujours l’ancien accro. Comme le meilleur flic est l’ancienne crapule. Il sait comment ça se dé-passe.

Dans les bureaux étroits du Centre International et Polymorphe de Traitement Radical de l’Addict, Ydit se présentait ( mais on ne le présente plus?) chaque samedi à 15h30 ( il restait peu d’horaires à choisir : tout le monde, dans le quartier, tout le monde s’adonnait au récit, sur les évolutions des maladies en cours, sur les élections en débours, sur les guerres à découdre, sur les 234 romans parus ce mois). Marcel demandait de ses nouvelles (qu’YDIT ne lisait plus), questionnait comme pour un rapport de Brodié, notait au crayon de papier sur un bloc Nutella.

« Voyez, dit Marcel à la troisième séquence d’une heure, vous avez depuis longtemps, presque toujours, accompli de gros efforts, sur vous-même et sur les environnements : votre chemin de vie depuis la pauvreté de naissance, c’est joli, comme éclairé par un Saturne en Jupiter : vous pouvez même vous payer des psy à 80 balles la séquence… Vous avez contrôlé l’en-dedans et l’en-dehors de vos apparences, et je n’évoque même pas l’en-dessous de vos ceintures et bretelles. Aussi est-ce désormais simple, à mes yeux : appliquez votre volonté à chasser le récit, à l’exclure du possible, comme vous avez fait pour le reste. Et, mise en chaine, votre addiction narrative sera vaincue. Allez-y, et quant à moi, ayant terminé mon expertise, en escogriffe ( oui, je sais ce que vous pensez ! ) je vais vous diriger vers la Simone, la fastueuse et célèbre souffleuse, qui prend la suite à ma suite dans la suite pour accompagner votre débarras des chaines intérieures.

Même déguisé en pénitent de la narration, Ydit s’en était trouvé perplexifié.

Mais la méthode à Simone, elle non plus, ne manquait pas de surprendre.

SIMONE :On avait rendez-vous le dimanche à 7h45 ou 20h15, car les patients – parfaitement accrochés- encombraient le carnet de commandes. Elle le faisait s’allonger sur un épais tapis noir de pur caoutchouc nègre, posé sur un sol de ciment dur. On voyait qu’elle avait à peine le temps de passer l’aspirateur ou l’éponge, toute dévouée au curetage interne des accros qu’elle recevait sans accrocs. « Soufflez, respirez, expirez, tendez les jambes et les idées, souffrez vous, voulez-vous? »

Debout derrière Ydit, elle racontait avec passion ce que vous « fait l’oxygène au bout des orteils, quand vous acceptez la respiration ventrale, et pas de doute, rien de tel pour affermir la volonté – puisqu’il n’y a que cette solution pour vous, selon le collègue Marcel. Autrement dit, serrez les dents, videz les poumons, oubliez de penser, puis comptez sur moi ». Il est vrai que, surtout après la séance très matinale, le fier désir de narrer perdait de son urgence. Simone disait, réglant ses Ipod pour une retransmission de « La Cerisaie » sur France Culture (vendue le jour même de la naissance de YDIT, fin aout ): « Votre conscience va devenir ballon.… …Ecoutez le vent dedans… …..Votre corps va retrouver la nudité de vivre sans se narrer.…Votre espérance de liberté va se lire dans vos yeux comme un récit de Joyce étalé par une poétesse sur son corps palimpseste lors d’un défilé de narratrices délurées que débride la fin des mesures et des censures, la fin des masques et des mimiques. »

FRED la soyeuse amie toujours intérieurement présente ne sourit qu’à peine. Ydit , plus perplexe encore , se protège des mots de Simone. Un dimanche, c’était le quatrième, la thérapeute lui décrit par le menu ce qu’elle a écrit sur le nu-nu depuis la promenade au phare, en balade, cette semaine.

Elle ajoute : « Avec l’écoute et les coûts de Marcel, puis avec les souffles et les paroles de moi-même, votre addiction est en train de sortir du bois. Elle vous montre qu’elle vous quitte, elle s’interstice entre les marches de votre réalité. C’est bien, non ? »

Evidemment, répliquait le bon vieil Hugo – pourtant jamais en retard d’une formule vaste mais pas très pleine – évidemment, dit comme ça, Ydit, vous devriez comprendre quels sont les jolis personnages grimés de cette narration en grimoire dite  » détox », non?

Et il ajoutait, un peu géné, que tout cela, hélas, lui rappelait un peu certaine attente au milieu du brouillard, à Florence et Pise, et pire en Epire : ça décolle pas beaucoup, heureusement qu’on a de quoi s’occuper par ailleurs « Vous croyez que vous allez y retourner, au Centre ?« 

Ydit savait que non. Pas de progrès. Terminé avec Simone. Fini Marcel.

On devait passer à du sérieux. Il était temps, comme il était temps- aussi- de laisser couler quelques gouttes de mémoire bleue sur les pages grises de ce blog.

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Ydit-blog , Saison 3, Episode 12 (en plus vite : S3/E12)- « L’escroc griffe, pas dégouté ». A suivre , d’ici quelques jours, sans doute ? Mais sait-on ?

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YDIT-TROIS Saison 3 Épisode 11 : Pour ne plus faire tant d’Histoires, AAA sans doute faut-il s’alléger, comme dirait Saint-Léger Léger?

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite fuite sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de skis un peu trop courts (à l’inverse de ses ans). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit. Le bon docteur l’a envoyé se faire voir par les AAA. FRED, la grège observatrice, femme aux yeux talentueux, et Toton Hugo, le fantôme aux cheveux de vent, commentent un récit : YDIT chez les AAA. « Un peu compliqué par l’épaisseur des allusions, les allusions, » dit Tonton, dans l’épisode précèdent (à moins que cette réplique peu glorieuse, même Misérable, ait été coupée au montage ?), les allusions c’est comme la sauce béarnaise, si t’en prends trop tu noies la tête de veau.

Parfois, étrangement, l’HUGO ( ici sollicité dans sa fonction de polygraphe républicain, teigneux, coureur de tirages et de jupons, le roi du double foyer) s’abandonne à la vulgarité d’un soir de Pub à Guernesey. Maintenant, les deux comparses ne disent plus mot. YDIT reprend le récit de la soirée : au moins, les AA savent de quoi ils parlent, c’est leur propre addiction, leur maladie, leur grandiose calamité, leur défaillance mais aussi leur succès : leur méthode. T

Toujours la même. Écouter, plaindre, partager, attendre. Un peu la vie, non ? Donc, ensemble, ils plaignent la rupture de jeûne ( de Jeune? Ironise Fred) de la pauvre Phèdre, pour aller jusqu’aux « Propos sur le bonheur », tout ici ( les AA!) s’inscrit dans le contexte d’une rupture de sevrage, d’accord, on est prêt à consommer tout ce qui vous tombe sous la main, même un annuaire des maisons d’écrivains maudits, mais il faut en effet considérer cette griffure comme une blessure, c’est une immense rechute.
Rompant- mais à voix très basse- l’ordonnancement cérémoniel de la compagnie réunie, un vieil homme qui sent le chat glisse à l’oreille de sa jeune voisine (une Virginie) qu’il n’osera certes l’avouer, mais en week-end, il pleuvait tant, de plus on s’ennuie à son âge, plus de minettes et trop de minous, bref il a repiqué avec une injection de Robbe-Grillet, pas du meilleur, un vrai labyrinthe. Elle s’étonne, rougit, ( pas du tout à cause des minous et des minettes, le vieillard est connu pour son imaginaire) elle se torture les phalanges, puis tout de même avoue : Moi, je me suis tapé une nuit avec « L’Amant », je m’en remets à peine. J’ai -pour rire- l’airain qui se fendille, me voila comme toute avachie, haletante, un tiers épuisée, un tiers ravagée, un tiers néantisée.

Tonton Hugo note que c’est un milieu où l’on aime se citer les uns les autres ?

YDIT : L’animateur des AAA devenus AA (mais aviez-vous noté que le rire se raccourcit tandis que le temps passe?) l’animateur fait mine de se croire sur un plateau : si plusieurs parlent, personne n’écoute. D’un signe aimable il commande la musique, Pavane pour une infante défunte, ça calme toujours les ardeurs des participants. Puis, c’est quand même moins tarte que Le Boléro. C’est un joli détour.
Au retour, Philomène s’engage dans un long monologue – ici banal, chacune parle de soi pour soi, c’est la règle : autant le dire, depuis six mois, elle multiplie les efforts, avec force et vigueur, elle s’interdit tout volume et tout crayon, même pas le moindre trait d’eyeliner sur le premier post-it venu, rien, c’est bien qu’on soit ici ensemble, parce que vous, vous savez comme c’est dur, elle continue qu’elle voudrait y croire encore, malgré tant de rechutes, partielles, certes, ici même elle en fit le récit, mais tout de même, se priver si durement, si longtemps, soir après soir, salon après salon, brunch après brunch, entretien après entretien, bavardages à la terrasse du « Hibou » après bavardage à la terrasse du « Hibou » .

Fred : c’est Elle qui est si connue pour faire des lignes ? Étirer son énumération comme une file d’attente pour le test CoVid devant la pharmacie ?

Philomène a continué, pendant cette (on l’avoue) assez inopportune interruption, mais que refuser à Fred qui ne refusa rien? Philomène, entretien après entretien, bavardages à la terrasse du « Hibou » après bavardage à la terrasse du « Hibou » , et tout cela pour finalement -faute de préparation- consommer ce qu’on a sous la main, du Daphnée du Maurier, du Gilbert Cesbron, du…je ne sais même plus comment il se nomme, le type de « hommes en blanc »

L’Animateur (un vrai spécialiste !): «  Il a aussi écrit « J’étais médecin avec les chars », ce qui ne signifie évidemment pas qu’il soignait les engelures de René ou Tina (ou Marie-Claude ?…), à Céreste ou l’Isle sur Sorgue.« *

Un frisson parcourt l’assistance, comme écrirait un auteur absent. Ici on aime l’allusif, on vénère la devinette, et les gâteries de l’Animateur concourent plus d’une fois au sentiment d’appartenance. Rien de mieux que le sentiment d’appartenance, ces temps-ci, n’est-ce pas ? L’entre-soi fait sa loi.

L’animateur de la séance AA, soucieux d’apaisement, rappelle ce qu’on lui a narré : des AA qui avaient choisi la voie violente de la cure -un séminaire à Cerisy, une décade musicale à La chaise Dieu -espérant qu’on les tiendrait à l’écart de leur addiction, et les soignants – pourtant tous des professionnels de valeur, directeurs de collection, traducteurs du sanscrit, critiques à « La veillée du Perche », même parfois éditeurs à fonds perdus de revues poétiques, en somme l’élite, – s’étaient vu déborder : en faisant une ronde, ils avaient découvert des volumes cachés dans les buissons par les curistes, des volumes introduits clandestinement par les AA qui s’en servaient, en prétendant sortir pour fumer, juste une petite vaporette, rien qu’une taffe, et hop, à la place, ils gobaient sous le coude un chapitre d’Angot, une page de Queneau, deux poèmes de Roubaud, tout ça en vitesse, des volumes entre les arbustes, quelle honte, quelle indignité, de la came autant qu’on voulait, ou plutôt qu’on ne voulait pas.

Geste : Musique ! On perçoit qu’il est bouleversé, l’Animateur.

YDIT, du fond de la salle, silencieux, s’imprègne du rituel AA : ici, on fait semblant de se taire pour mieux parler, mais la parole circule : on lui tend- comme s’il était un habitué de l’ ADDICTION (mais les AA d’ici réunis l’ont reconnu comme tel !)- une quatrième de couverture sur laquelle, désespéré, Bardamu (étonnant pseudo) a écrit avec rage et désespoir , pendant que les Maures et la mer montent au port : « Et alors, comment finir avec l’ addict au Raissi ? Se faire interdire de librairie? Se détourner des bibliothèques? Contourner jusqu’aux boutiques des musées du Louvre où des scélérats vendent même des romans de la momie ? « 

Tonton Hugo se demande si toutes ces allusions, ça ne va pas faire un peu trop ? Fred -l’agrégée de base- répond que dans le genre « faire trop », le Tonton, le Hugo, enfin pas la peine d’approfondir, si ?

On en reste là, surtout qu’on n’a pas tenu (c’était prévisible) l’engagement de la limite à 1000 mots. Dépassement de 40%, on se croirait chez un psy.

Fred : si vous effaciez cette remarque, on en sauverait vingt-sept, des mots.

Et la tienne supprimée avec : trente en moins.
Tonton Hugo estime qu’on s’en fiche, du beaucoup de mots, du trop de vocabulaire. On existe avec ça comme avec le sang dans les veines. Même si on atteint dans les 1500. Fred confirme qu’on le reconnaît bien là. : toujours un mot de plus. YDIT affirme qu’il faut conclure :

S’il avait la réponse à la question du sevrage, YdIT n’aurait pas visité les Auteurs Addicts (mais c’est peut-être plutôt les Auteurs Anonymes ? Les Affranchis Avilis -comme les nomme un producteur radio à jamais préservé de la tentation du livre.)

À la sortie, l’Animateur rejoint YDIT et dit à YDIT : alors, prêt à ? (c’est une ligne où l’on aime les dentales et la liaison !)

YDIT : Au fond, pour se débarrasser de l’ADDICTION au Raissi, à l’affliction de la fiction, de cette implacable pulsion vers le texte qui embarrasse la vie et repousse le sommeil, pour casser la chaine intérieure, ouvrir le piège, pour ne plus faire tant d’Histoires, sans doute faut-il s’alléger ? Viser progressivement à briser toute lame et toute l’âme de toute fiction, l’éliminer comme une trop bonne humeur, la tirer comme du mauvais sang ? S’interdire la folie fascinante du RAISSI (à ces mots, l’animateur s’amuse : tant de naïveté !), c’est déshabiller le vieil homme, revenir aux nudités primordiales d’avant tout RAISSI, toute HISTOIRE ?

Sans le dire, Tonton Hugo juge que, se déshabiller, alors ça oui, se mettre à nu ou presque, sans doute YDIT s’y adonne-t-il déjà un peu trop dans ces pages ?.. Fred ? Je dois dire : rien à dire ! Mais il aurait promis d’aller se rhabiller au lieu de babiller?

On se sépare sans conclure, c’est la vie : YDIT reviendra-t-il participer aux cercles des AA ? Albertine et Phèdre, se tenant la taille, les saluent en passant.
Sinon, dit L’animateur, j’ai l’adresse d’un bon centre de détox, des psy solides comme des comptables, pas des verbeux comme ici, est-ce que ça vous intéresse ?

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Didier JOUAULT pour YDIT – TROIS, Saison 3 Episode 11 : Pour ne plus faire tant d’Histoires, sans doute faut-il s’alléger, comme dirait Saint-Léger Léger? Mais qui donc voir ensuite ???

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YDIT-TROIS, Saison 3, Episode 10 : Haha, Et donc les AAA.

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite pérégrination, sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de souvenirs un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit. Interruption inopinée, donc : la panne de la vieille Peugeot, les vers de Chablis, deux épisodes ruraux.

Auparavant ( vous vous souvenez) : chez le docteur SIMOMEAU, c’est un peu le fond du savoir que nous avons exploré, en vain. Ydit ne veut pas conduire un si rare praticien aux extrémités du désarroi, de l’aveu d’impotence. Inutile d’insister.

Puis, comme je pose la main (enduite de gel) sur la porte, d’un verbe lent et las de sénateur cherchant Brutus pour qu’on en finisse, quelquefois ça a trop duré, SIMOMEAU semble s’abandonner comme à un raptus un peu sale, et à voix basse : « Peut-être ? Mais je dis ça pour plaisanter- peut-être les AAA ? Dans votre cas, on sait jamais ? Après tout, c’est pas pire que la cure. Mais c’est comme l’Armée du salut ou le Bloc Populaire, faut y croire pour le voir. « 


On le sait, chez nous (nous, ici : qui ?), s’il y a des portes aisées à ouvrir, des contacts sans prendre les gants et des relations sans masque, c’est avec les AAA.

Ils se repèrent d’ailleurs facilement : ils sont partout.

À l’origine, les AAA – qui vont devenir les AA en raison d’une rupture interne d’Anévrisme social – se réunissaient pour échanger adresses et tours de main sur la littérature d’autrefois, pour s’en débarrasser. Puis le cercle d’intérêt s’élargissant, ils devinrent assez rapidement les champions de la lutte finale (comme toutes les luttes finales : jamais finie !) contre la diction de l’addiction.

– Présentés ainsi, on se demande pourquoi vous avez franchi la porte ? s’enquiert le bon vieux bonhomme Totor – précisons pour les non-habitués (quelle chance !) que l’irruption critique de personnages, espèces de CALMEO trop prévisibles, est l’un des tics de ces post en toc, et en bloc. Ils ont parasité la Saison 1 – malgré les efforts d’YDIT, encore très peu expérimenté certes, et ont divagué en primesauts inutiles, parfois sous la forme (maigre consolation) d’élégantes apparitions de Marina, souvent derrière le masque plutôt acerbe ( et très usagé) du comparse V3, dit Voltaire le vipérin, le virulent, le variqueux, 3V pour V3, on se demande bien par quelle disgrâce un personnage si peu reluisant – presque moribond – s’insinuait dans les « Séquence Publiques d’Oubli » ?

– Ce qu’on se demande surtout, c’est pourquoi on ne peut pas s’en débarrasser, semble-t-il ? et la question – pas si sotte- est posée par l’irremplaçable Fred.

– Précisément, cette histoire, la Saison 3 de Ydit, c’est tout juste cela : Comment s’en débarrasser?

Fred et Tonton Hugo baissent les bras en haussant les épaules, preuve d’une véritable souplesse – langagière au moins.

Ydit reprend : Quand on arrive chez les AAA, contrairement aux attentes de représentations abusivement critiques, ça ne sent pas la fumée ni la sueur ancienne. Au contraire, on respire un petit air de Saint Germain très frais, une lueur de rue Saint Benoit illumine les visages, et les pulls ne sont pas trouvés en fond de panier d’un après-midi Emmaüs à Châteauroux. Ydit s’arrête à la porte, tente d’observer sans malice (exercice dangereux : l’empathie guette, et c’est déjà la fin, l’empathie ne pardonne pas). De partout jaillissent les objets de l’écriture, stylos pas si Bic, claviers très fins, carnets à peau de cuir et pages de Pléiade, fils blancs de chez Iphone, écouteurs pour France-Culture.

Ils ont assis en cercle, ou presque , les AAA peut-être davantage de femmes, sur des chaises qu’on dirait modestes, mais qu’on repère d’un bon désigner. Ils ne s’interpellent pas, se regardent subrepticement, ou très en face soudain quand c’est l’instant de l’applaudimètre. Ils s’écoutent, elles et eux se sont organisés comme pour un débat télévisé entre invités de qualité, chacun son volume sous le bras, chacun son appellation très contrôlée, venus comme pour une « Grande Bibliothèque » : l’inverse des politiques, mais aussi leur parole est-elle plus rare ?
YDIT est entré en catimini, invité par Werther – adhérent depuis trois ans : « Tu verras, personne n’y croit, tout le monde fréquente, c’est comme l’amour ». Dit comme ça…

Des Grieux a la parole : « Maintenant, voici exactement 123 jours que je n’y ai pas touché, je regarde la caisse, je caresse les volumes, j’épluche le revers, je respire à fond en voyant le millésime, et je n’ouvre pas.« 
On applaudit ensemble. Des grieux, 123 jours, c’est fort, bravo Des Grieux, c’est fort surtout si tu conserves cette proximité avec les volumes…
Albertine lève la main, on la dirait mal assise sur la chaise dure, fesses davantage coutumières du sable de Balbec.
L’animateur (un quadragénaire impeccable, vêtu de lin probe et de blanche candeur) se demande s’il est bienvenu de déroger à la règle de la circulation régulée de la parole, sur un mode rigoureusement dextrogyre ? À négliger le rite, on risque le vain.

Fred interrompt le récit « Sauf message clandestin glissé dans les homonymes, Ydit mon cher, vos AAA ressemblent à un sorte de Temple du soleil, à des clowns déguisés en moitiés de Franc-Macs, non ? »

Ydit : On ne se tutoie plus ?

Fred : Pas possible, respect de la dignité du récit. Au moins ça qui reste.
Ydit reprend : Dans la salle aux AAA, les autres assises et assis, d’un geste unanime de la tête, soutiennent l’interruptrice: « Oui, oui, parce que c’est notre Albertine, qu’on croyait disparue (ils ricanent), tant pis pour le dextrogyre, le ciel ne va pas …« 

Albertine -donc- se demande si, en effet, garder cette immense proximité avec l’infinie tentation d’une brusque ouverture des gros volumes (dans le métier, on la connaît surtout par ses adjectifs) , ce n’est pas un effroyable risque inopportun ?

Le débat ne s’engage pas, c’est la règle. Sinon, ce serait le Café du Commerce. Déjà qu’on a Tonton Hugo et la Fred pour mettre le bazar, sans même parler de ceux qu’on n’a pas encore lus. Donc, les AAA, ceux-là : on témoigne, en apprécie, on passe. La vie quoi?

L’animateur : « Oui, pensons à ce que vient d’interroger notre compagne de route, et un peu de musique en attendant« .

YDIT découvre qu’à chaque étape, entre les paroles, un maître de musique invisible prolonge le silence intérieur par de brèves séquences, cette fois l’intro de Parsifal. Pas de doute, ça vous confère de la hauteur les soirs de bassesse.

La suivante est une certaine Phèdre (on les reconnaît tous derrière le pseudo) : elle avoue, Hier soir, grand coup de détresse et de faiblesse (mais son éditeur venait de l’appeler pour parler chiffres ) elle a repiqué : des pages d’Aurélien, quelques lignes des Hommes de bonne volonté, même (sa voix se perd dans une sorte d’infini de la tristesse), le dernier chapitre de « Les mots »... Avachie, haletante, un tiers épuisée, un tiers ravagée, un tiers néantisée, elle, dit-elle, s’est conclue avec deux pages de « Propos sur le bonheur », c’est dire l’outrepassement de la limite.

(On retrouvera cependant ALAIN plus tard dans cette série YDIT 3) (De même le bon duc : La Rochefoucault)

Ailleurs, ce serait la huée, une bronca, des anathèmes, ou même le pilori, le redressement discal à coups de pieds dans l’airain de la statue défaite.

Oui, oui, prévient le Narrateur, faisant signe à Tonton Hugo et Fred, réunis dans un début de protestation, oui , je sais, je sais, le vocabulaire glissant comme un sentier boueux après l’orage, les jeux de mots gluants comme une traversée de la baie saint Michel, je sais, mais c’est depuis le début l’une des marques de fabrique de « YDIT »: donc, franchement, pas la peine de rester si c’est agaçant pour votre usage de la langue. On vous aura prévenus. Mais on préfère vous retrouver – bientôt ?

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Didier JOUAULT pour YDIT – TROIS, Saison 3 Episode 10 :  » Haha, Et donc, les AAA? » : on persévère dans la recherche d’une fuite, mais le plombier a du retard au rustinage.

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YDIT-TROIS – Saison 3-Episode 9 / Un deuxième petit vers de Chablis, et après j’arrête.

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite route sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit. Interruption inopinée : la panne de la vieille Peugeot…la panne de mémoire .


LA SUITE …

C’avait été la panne brumeuse, embrouillardée, dans une côte de Morvan (millésime pas très gouteux). Après soixante-quatorze minutes d’attente sur la place de Narcy, gel et brouillard, dans la cabine du remorqueur – « Mettez bien le masque » – on avait bavardé, « ah oui, le village de Nadia Dannet, je connais, souvent j’y chasse avec les potes. » Le dialogue s’embourbait un peu, mais – dépannage oblige – on trouvait finalement un accord, ah oui, des cons très cons y en a chez les chasseurs comme chez les randonneurs.

À la concession Peugeot, zone d’activités, Chablis, c’est fermé, cependant le patron est là, moi faut bien que j’assure quand les gars sont en pause, bon, ils font le diagnostic dès qu’ils se donnent la peine de revenir, et si on a la pièce, on répare. Sinon ? Rapatriement ? Je suis Peugeot, moi, et pas la MAIF ou Sainte Rita. » Méprisant la plaque : Vous êtes pas du coin…

Quoi qu’il en fut, attendre sur place était impossible, malgré les fauteuils luxueux des berlines en vente, à des prix défiant non pas la concurrence, mais la simple décence : « C’est pas prévu pour faire salle d’attente, ici, mais y a de bons restos en ville, on est à Chablis tout de même, c’est pas loin, à peine plus d’un kilomètre. Si ça se répare, je vous appelle. Sinon, ya aussi de bons hôtels ».

YDIT part trop vite, dans l’humeur d’un sanglier qui entend les chiens. Il oublie de prendre l’un des livres peuplant son sac de voix discretes.

À l’hôtel-restaurant de la poste, « hôtel fermé », la salle est décorée pour noël tout proche, mais déserte. C’est l’heure où les mécanos rejoignent leur atelier, les cuisiniers leur maison en ville, les AUTEURS ANONYMES (fameux AA !) le clavier malicieux. Mais deux très jeunes femmes (vitrine : « recherche apprenties, nous logeons ») mettent en place le couvert du soir.

« Le patron n’est plus là, mais Raoul est encore en cuisine, on va voir, vous avez votre pass-santé ?« 

Seul, dans la lenteur du service qu’entrecoupent les atermoiements de cuisine et les nappes-papier à étaler, YDIT commence à éprouver la très lancinante sensation du manque : rien à lire, sauf le menu à 15 euros, salade campagnarde, rôti de porc sauce au poivre, tarte du jour, ce qui laisse grandement sur sa faim, en matière de lecture, même pour qui s’amuse à mouiller les mots d’humeur légère. Un tremblement, léger encore, mais qu’on anticipe grandissant, entrechoque les couverts d’aluminium doré au brouillard de Morvan : c’est la main vide de volume, la main privée de sa dose, on tremble le manque. Rien à lire, rien à rêver, rien à écrire, rien à trouver.

Les deux jeunes filles sont prévenantes, encore apprenties de la chalandise, des lycéennes peut-être, qui tentent de combler un peu le manque visible. Puis, le patron, réapparu, balourd punk retraité au crâne brodé de cheveux découpés en carrés, leur demande si elles n’ont vraiment plus rien à faire. Elles désignent Ydit d’un doigt compatissant : il a oublié son livre, il n’a rien pour écrire. Donne lui tout de même à boire dit le Patron. Il apporte la journal local. Dans « La vie de Chablis », surtout des encarts publicitaires pour les innombrables caves et boutiques vouées au vin local, même pas de météo, d’horoscope, avec des mots doux qui font rêver l’YDIT qu’on a privé de récit, les mots-allumage comme « ensoleillé », « demain », « surprise ».

L’Iphone est déchargé ou presque. Le patron du menu à 15 euros accepte d’un regard haineux mais résigné que le déjeuneur – au reste attardé – se branche, et je vous sers un autre café ?

Dans la salle noire et blanche, trois héros : Ydit mutique, l’Iphone déchargé, Le journal qui a débrayé. Comédie banale du Trio bancal ?

Le patron de chez Peugeot appelle : « Coup de pot le Parigot ! « On peut réparer votre brocante à roues, mais pour 16h30 ou 17 heures, pas avant, faut la travailler avec la rouille.« 

Le patron de Chez Restau éteint les lumières dans la salle : « Comme je vois que ça vous gène pas, et pour l’addition c’est prêt, y a qu’à venir au bar. »

YDIT part trop vite, là encore ( mais c’est un peu toujours ainsi, dans le quotidien, souvent il s’ennuie vite, sauf pour les commencements des récits, alors là ça traine, ça lambine, ca déambule, et une fois encore, il étire, il chewingum, il élastique), un peu comme dans l’humeur d’un sanglier qui entend les chiens. Il oublie de retirer le fil de recharge pour l’Iphone. Il part trop vite, vous vous souvenez ?

Chablis, c’est sûrement joli, au printemps, au soleil, amie au bras, photo de FRED en poche, bouteille à goûter. Brouillard, froid (l’écharpe elle aussi est dans la voiture), tout encore fermé ( fin du monde entre 12h30 et 16h30). Il y une porte ancienne, une vieille synagogue, toujours ça de pris : notices informatives à lire, broutilles de récit, miettes de narration, ça réchauffe, ça réconforte, comme une simulation brève de réponse à la caresse des mots, mais ça ne dure pas. Un petit parc, grille entrouverte sur le néant glacé.

« VAUVENARGUES dit que dans les jardins publics il est des allées hantées principalement par l’ambition déçue, par les inventeurs malheureux, par les gloires avortées, par les cœurs brisés, par toutes ces âmes tumultueuses et fermées, en qui grondent encore les derniers soupirs d’un orage, et qui reculent loin d’un regard insolent des joyeux et des oisifs »

FRED, l’irréparable et cependant toujours vive, suggère qu’on ne donne pas d’indice pour cette citation là ? Qu’on s’abandonne simplement au Spleen, même si loin de Paris? Qu’on le renvoie vers sa Jeanne, la Duval ?

Dans les rues de Chablis, le narrateur privé de lecture, dont les syndromes de manque vont s’accentuer, tente d’écouter quelques grands moment de radio, podcast de France-Culture, la conférence-vertige qu’Artaud a délirée au Vieux Colombier, un montage de souvenirs trafiqués par Augustine Célestine Gineste, née le 17 mai 1891 à Auxillac (Lozère), épouse de Odilon Albaret, et qui ment son Marcel dans le texte.

La suite est un peu lourdement téléphonée. Mais oui, justement : la batterie de l’Iphone est dans l’état de la batterie d’artillerie impériale à Waterloo, quand le chef de bataillon Raoul est blessé à mort.

Ydit est retourné à l’Hotel-restaurant de la Poste pour récupérer le fil oublié. Un fil ?… Quoi un fil ? Pour un menu à 15 euros ? Pas de fil, vous pouvez aller chercher dans la salle, avait dit le patron. Pas de petits profits, la connectique de chez Apple c’est cher.

Alors, plus rien, dans la vague montée d’angoisse de l’après-midi, la banale anxiété du vide, rien hormis le flou déroulé intérieur des lacis de mots privés de leur narration. On va pas tout de même se raconter à soi-même avec ses propres mots son histoire à soi, onanisme du discours à cet âge en plein jardin public, on n’est pas dans une chanson de Trenet.

Plus tard, Patron chez Peugeot appelle, ce sera prêt vers 17h30. C’est cher, mais c’est neuf. Le contraire de la vie, non ? Il ricane.

Ydit dans l’espace confiné de Chablis voir s’éveiller au chaland quelques boutiques accortes, mais pas de librairie, pas de maison de la presse. À l’office du tourisme (YDIT : un peu de sueur dans le dos, mâchoire comme déjà crispée par le manque, regard incertain d’auteur dramatique privé de comédienne chez Balzac) seuls quelques prospectus vinicoles pourraient atténuer l’agacement de la privation, mais c’est menu fretin de l’imaginaire, c’est claudication du narratif, c’est balbutiement de récit. C’est squelette éparpillé de syntagme mort.

FRED : À force de mots confus et d’allusions privées d’indices, vous allez…(Pour la comédie des souvenirs, elle le vousoie parfois)

Dans la voiture, lourde addition réglée (mais visiblement lourde addiction non traitée), YDIT a pour premier geste de chercher une station-radio qui raconte. Mais c’est déjà l’heure des blablas d’info, des fausses fables documentaires, pas la moindre histoire à se mettre dans les oreilles du cerveau, pas une bouchée de gras-récit, pas une goutte de narreme : le pur manque. Sur le volant, la main tremble. Pour passer les vitesses (pas celles du récit, hélas !), le poignet frissonne. La jambe de l’accélérateur tend à la convulsion.

Et , donc, interroge COCO19, la station Total, chemin de Damas ?

Et, donc, répond Ydit : « C’est là, au péage de Saint Arnoult, que j’ai eu le sursaut de révolte, pris la décision de retrouver ma liberté, peut-être même ce qu’on nomme dignité. « 

C’est là que – déjà trop en retard pour le théâtre du soir, et j’arriverai pour l’acte II, là que j ‘ai dit ( pour la première fois) : MAINTENANT, J’ARRETE.

MAINTENANT
J’ARRÊTE.
FINIE la DICTE, l’ADDICTION.
PROMIS

On s’en doute : COCO19 partit alors d’un immense rire, et FRED pleura ( ou fit semblant)

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG , Saison 3, Épisode 9 « Un deuxième petit vers de Chablis, et puis j’arrête« . Ensuite, ça ne s’arrête pas, mais ça commence à se soigner : deux passages chez ces autres toxicos, les AA- et pas de quoi rire!

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YDIT-TROIS / Saison 3-Episode 8 : Un petit vers de Chablis, ça peut pas faire de mal?

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite route sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit.
LA SUITE…

Attendant la dépanneuse, sur la place de Narcy, tout ce que j’avais pu trouver en réserve, dans la mémoire qu’affaiblissent le temps et les superpositions de métiers, c’étaient un ou deux incipit célèbres, pour toujours inimitables, et un trop petit nombre de vers, comme sans goût, à force d’avoir été noyés dans la répétition. J’attendais, les souvenirs venaient sans effort.

Incipit :

« Lorsque l’Enquêteur sortit de la gare, il fut accueilli par une pluie fine mêlées de neige fondue ». Ou ceci : « Courir le matin sur le Môle de Barranco, quand l’humidité de la nuit imprègne encore l’atmosphère, rend les trottoirs glissants et luisants, est une bonne manière de commencer la journée » (trad : Albert Bensoussan)

FRED – qu’on ne connait pas encore beaucoup, mais patience, on a verra bien assez tôt, l’irrévocable FRED – sur le ton de la tendresse relevé d’une pointe de lassitude (déjà ?) – demande si, en cette période connue pour ses dangers, dans les débuts de récit, de série, d’ici c’est Sissi, se demande « si le narrateur a bien raison d’assommer le chaland par des incipit – « pardon, je corrige » (corrige-t-elle), « des incipeunt », surtout que le procédé semble un peu facile : commencer par les débuts des autres, une sorte de fausse mise en abyme…« 

Un point certain : lancé sur cette trajectoire, le récit ( quand il commencera par autre chose que les commencements déjà usés, mais commencer un récit est producteur de l’angoisse de ne plus finir), le récit ça ne sera pas la chronique du quotidien vue par « La Maine Libre » ou « L’Yonne Républicaine » ( départ du commandant des pompiers, journées portes ouvertes à l’EPAD, voyage à Paris des lycéennes de « Institution Sainte Jeanne d’Arc » cuisinière à vendre et grange à rénover). Rien ne prouve que ce sera mieux, par ailleurs : des fragments d’une mémoire entre 2 et 72 ans ? De quoi s’effrayer, oui.

Dans ce qui remontait de la mémoire, encore incipit, d’ailleurs :

Qui peut, en cet instant où Dieu peut-être échoue,
Deviner
Si c’est du côté sombre ou joyeux que la roue
Va tourner ?

De quoi dans les siècles croire aux légendes, n’est-ce-pas Tonton H ? Aux apparitions et contemplations ?

« Sinon, quels autres brimborions déclassés, dans ce « Garage Sail » approximatif ? ». L’interpellation vient, cette fois, de l’autre comparse principal de la nouvelle série, le très invasif et international COCO19. Ne pas compter sur lui pour la bienveillance ou la bien vaillance. D’ailleurs, en songeant à ce récit borné par  » à 75 j’arrête », en marchant seul avec un crayon, YDIT s’interroge : faut-il conserver de faux personnage, cette danse macabre délitée sur un mur d’église rurale? On verra. Vous verrez? Si vous êtes encore là ?

Brimborion ? Tel un savant agité parcourant les bulles de Tintin, « Brimborion, moi, Brimborion? » le narrateur (ou qui semble tenter de l’être), lancerait volontiers au visage du vent (glacial : il attend la dépanneuse sur la place de l’église-mairie à Narcy, on vous rappelle !) quelques vers (sans doute excessifs) décrivant la situation :

Un calme effrayant marquera ce jour
Et l’ombre des réverbères et des avertisseurs d’incendie fatiguera la lumière
Tout se taira les plus silencieux les plus bavards
Enfin mourront les nourrissons braillards

Excessifs, car on n’en était tout de même pas déjà si loin dans l’expérience de la finitude, du grand Non-Retour, contrairement à ce poète mort dans un camp de guerre.

Ydit raconte qu’il avait un peu été alerté, la veille, juste avant de garer la vieille Peugeot près de la maison de Nadia Dannet. Mais la nuit de Morvan était pleine. Des sapins juste découpés, très décorés, précédaient chacune des maisons du village. De vagues odeurs de bois brûlé, de vin chaud, de boudin grillé surpassaient la senteur un peu aigre-douce de l’épais brouillard. On avait envie du potage de potimaron et de la salade farcie achetés en ville -une erreur la salade, car la maison ne parvenait pas à chauffer au-dedans de ses verrières .

Place de Darcy, mairie-église, pourquoi ici, qui n’est pas tout à fait le plus invraisemblable des centres du monde ?

En quittant le village, le matin, vers Paris, le désir avait été de visiter sur la route le célèbre village médiéval, à mi-chemin de l’autoroute. Très vite, les intermittences du moteur contrariaient le projet: en côte, sur la route sinueuse où le brouillard coagulé cachait le prochain virage, la voiture s’arrêtait, comme exténuée. On aurait le récit de vie jamais commencé d’un vieil homme hésitant à finir de se narrer. On aurait dit l’une des AAA d’un épisode, voisin. Anxiété, surtout, de n’être pas vu, derrière le virage et le brouillard, par l’un de ces poids lourds quittant l’autoroute. Après environ 300 posts, se faire effacer par un 22 tonnes posté en bas de côte, c’est regrettable, non ? Un peu comme un Ancien que le temps pousse vers l’oubli de soi.

COCO19 se gausse : craintitude de parisienne attitude, et il ne s’est rien passé : la preuve, la narrateur narre.

Par soubresauts successifs, quinze ou vingt mètres, sollicitant la voiture comme un méhari d’antan son chameau blessé… ( on s’interroge dès qu’on touche la première case d’un clavier : d’où viennent les images ? Des vers, en répons

« La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots de mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter »,

…l’Ydit rejoint la place d’un village classiquement respectueux des normes : église, mairie, troquet, parking, tout cela fermé – sauf le parking. L’impraticable brouillard du Morvan continue d’épaissir les paysage : on peut à peine traverser la rue, et encore moins la vie devant soi.

Jointe au téléphone, la dame bavarde et méridionale (on l’envie !) de l’assurance garantit le dépannage, mais il est (nous sommes ) entre midi et 14 heures, vraie France : pause.

L’arpenteur, c’est une autre histoire. Mais Ydit parcourt en tous sens les rues en général délabrées de ce village sympathique quoique désert. Plus un commerce. Pas un petit pain. Ou un boudin. Un saint Frusquin. Un moins que rien. Pas l’ombre d’un destin. Encore moins d’un festin.

« La bise se rue à travers
Les buissons tout noirs et tout verts,
Glaçant la neige éparpillée,
Dans la campagne ensoleillée ».

Sauf que le soleil sans doute est resté dans la plume du poète, à Londres ou Bruxelles, ou chez Mathilde abandonnée, ou dans un Pub où l’on s’engueule une fois encore avec cette sale mais superbe petite gouape d’Arthur?

FRED s’amuse – ou fait mine : un prix (une dispense d’abonnement à YDIT-BLOG ?) pour qui peut nommer les auteurs cités, en repérant les indices? Au fait, pour le troisième, pas d’indice? Serait-ce qu’il s’agissait d’un poème pour soirée de Gala ? La trace d’un Grain d’Elle ?

Soixante quatorze minutes après l’appel au secours de l’ assureur, survenait le dépanneur. C’est bien soixante quatorze minutes, plus long que « Bonjour Tristesse », plus court que « Autant en emporte le vent », deux ouvrages très adaptés à une panne en Morvan.

En cette étape de l’attente, déjà, la mémoire d’YDIt avait épuisé les réserves, déjà plus qu’asséchées par 180 Séquences Publiques d’Oubli, n’oubliez pas cela. Depuis le temps qu’on joue ici avec la mémoire, elle s’agace, se dispense, se disperse, tierce et dix de der. Peut-être, en fouillant comme un paysan pour la dernière pomme de terre, une ressource ultime, genre premières phrases de « A la recherche du temps perdu » commentées par Tadié, de « Le voyage au bout de la nuit », interprétées par Lucchini, un sauvetage comme par les balises Rouge et Vert pour les baladeurs perdus ?

Dans la cabine du remorqueur – « Mettez bien le masque« – on bavarde, « Ah oui, le village de Nadia Dannet, où vous séjournez parfois dans la grande maison et le salon cathédral glacial, je connais, je remorque un peu partout, mon pote Grémillon m’inspire, et moi souvent j’y chasse avec les amis. » Le dialogue s’embourbe un peu, mais – dépannage oblige – on trouve un accord, ah oui, des cons très cons y en a chez les chasseurs comme chez les randonneurs. On a tous ses lâchetés, quand il faut se faire dépanner

À la concession Peugeot, zone d’activités, Chablis, c’est fermé. Cependant le patron est là : « Moi faut bien que j’assure quand les gars sont en pause, bon, ils font le diagnostic dès qu’ils se donnent la peine de revenir, et si on a la pièce, on répare« .

Sinon ? Sinon : Rapatriement ? « Je suis Peugeot, moi, et ni la MAIF ni Sainte Rita. » Méprisant la plaque : « Vous êtes pas du coin… Vous venez souvent par ici ? Vous habitez chez vos parents ? Vous avez un garant ? Un Varan ? Un variant?« 

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG , Saison 3, Episode 9 : « Un petit vers de Chablis, ça peut pas faire de mal ? » …Toutes questions auxquelles nul ne sait si on peut répondre !

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YDIT-TROIS, Saison 3 Episode 7 : Docteur SIMOMEAU et la patine, ça piétine.

Rappel – pour les mémoires récentes : après deux Séries longues, YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Pour une courte série – « A 75 j’arrête » prétend-il. Mais entre temps, il consulte, c’est ainsi qu’on avance, dit-on.

Quinze jours plus tard, encore chez SIMOMEAU, dans son petit cabinet de médecin genre XIXème branché XXème- et mots enchainés comme les pilules vertes puis roses du combat toujours inutile mais nécessaire contre l’anxiété de la maladie ( qui vous fait plus malade que la maladie). Y a juste à se déguiser en YDIT, pour passer le temps.

En attendant, YDIT avait consacré deux ou trois soirées ( toujours longues, le sommeil est un dur à cuire) à consommer de la ligne, non pas en poudre, sniffée sur un miroir qui revient ( on voit ça dans les films pour ados ou animations EPAD ) mais en affaiblissant ce qu’il subsiste de ses yeux sur les lignes bleues (non pas des Vosges) des écrans , séquence Internet, tribu Google, et pour varier le paysage : Safari. Ca donne ce qu’on cherche, pas grand chose, mais comme chaque fois dans un cabinet médical, toujours ça de pris contre.

MENU :

ENTREE : depuis longtemps déjà

Plat du jour : ADDICTION

Dessert : comment s’en débarrasser?

Boisson : vite, maintenant.

C’est la formule à pas cher, sans service.

SIMOMEAU, sa formule, jusque là, c’est « Comment, toujours rien de de grave ? A peine un peu de givre sur les branches, un zeste de rouille sur la cornée, une poudre légère d’éreintement le matin ?« .
SIMONEAU n’aime pas qu’on le consulte s’il n’a pas une ligne de Vidal, au moins, à vous livrer en partant, roulée comme un message secret le soir des fiançailles, comme une lettre de bouteille sans mère, comme une surprise autour de la gaufrette à la cantine.

On sent que si -maintenant- il n’y a pas du lourd, du fort, du 90° pour désoiffer le Doc. , fini l’ordonnance Doliprane : punition.

De nouveau, il fait mine de regarder mon dossier – la plus sèche et impartiale description des étapes de mon corps et de sa fin prévisible – » Mais y a rien à faire sauf à attendre, » c’est sa réplique préférée – il écoute le cœur- « C’est toujours aussi long entre deux battements, chez vous, on s’habitue à lire Quignard ou Le Clézio en attendant, et donc ? « 

Pour une fois, Ydit raconte les histoires dans l’ordre et entièrement, ce qui en surprendrait beaucoup, son récit étant parfois elliptique à l’excès, mais ici est un espace de secret médical : plus la peine de cacher la continuité des ruptures. Dans le récit, on parle de toc et de faille. Ici, on parle d’estoc et de taille.

Le mot : ADDICTION.

Il comprend, il soigne des nonagénaires suppliant le cachet bleu de la puissance, des gendarmes requérant le sirop de la grosse voix, des institutrices en robe grise suppliant qu’on les aide à sortir de la photo, même en Suisse.

YDIT explique, raconte, décrit .

C’est surtout le soir.

Il faudrait sans doute dormir.

Mais le sommeil est déjà mort, ou c’est une denrée rare.

ET donc l’addiction.

SIMOMEAU comprend. Rien dans le VIDAL ou le ROBERT là-dessus.

Il se demande : « Puisque c’est le soir, si vous sortiez marcher, une ville c’est apaisant le soir ? Respirer à pleine gorge derrière le masque, écouter à pleines oreilles, rues vides, pass sanitaire en poche, et regarder( de loin) les jeunes qui boivent des bocks à six euros sous les chauffages électriques des terrasses tout en se roulant par terre pour sauver la planète, ça ne vous réjouit pas ?  »

YDIT fait le moue : rien de mieux? Une donnée certaine, calme SIMOMEAU , on n’a pas inventé la pilule anti-addicta. Sinon, y aurait autant de vedettes que de médecins au chômage, le monde serait triste. Et puis ( mais YDIT le soupçonne d’une forme cultivée d’anarcho-doux, tendance Louis-Ferdinand moins la haine et l’éructation, mais au fait que reste-t-il alors, bref), aurait-on pilule, qui donc ensuite remplirait les Assemblées, les corbeilles de Traders, les cellules des monastères? Sans même parler des marcheurs de l’écriture, dont vous, YDIT, ici-présent?

Doc, on piétine. L’embrayage patine. L’espérance satine. La santé se ratatine.

Pour la première fois depuis tout ce temps, SIMOMEAU paraît désemparé : silencieux. On ne lui espérait pas cette peine. Mais non, VIDAL, MICHELIN, Guide du Citoyen parfait, Annuaire des Etapes spirituelles, recueil des demeures d’artistes maudits, rien : pas de littérature scientifique pour ce trop de littérature. Pour un peu, le Doc. suggèrerait le retrait, l’art vivant, l’oubli de soi.

Ydit ne peut que mimer la répétition du symptôme : dans les cas les plus extrêmes, et pas si rares, on lit/écrit jusqu’à davantage encore que plus soif, jusqu’à la nausée, le cauchemar, l’errance nocturne dans les mémoires les plus lointaines pour essayer de pêcher un présent plus endormi, pour dépasser le malaise, la douleur, le manque. Se rendre malade d’excès au bout de la nuit, sans voyage intérieur, pour aller au terme du récit infini de la veille.

Un peu à bout de force, le doc. questionne – la demande porte son profond désarroi –si on ne voudrait pas une petite prescription de Stilnox, trois- même six mois -le soir et Xanax le matin? Une cure épuisante Valse-des-Mains ( Bains, vapeurs, massage, pot-au-feu 1/2 Vichy) SIMOMEAU, on le découvre soudain qui ne resterait pas insensible

à une kinési, une cuisinière,-mais il ne s’agit que de cure ou d’objet…

Il s’assied à son bureau, ferme le dossier, arrache la prise du Mac, enferme le tensiomètre à double tour. D’un coude vague mais vigoureux, renverse une part des boites de drogues laissées en pile et au pire par les représentants de la Haute Science, se maîtrise, « Allez on va se quitter bons amis, après tout ce temps – un peu comme les héritiers sortant de chez le notaire, chèque de 250 à l’ordre du fisc pour solder les retards et dettes de Papy, rien d’autre, pas une solution à votre présent, vous espériez quoi ?..« 

Puis, comme je pose la main (enduite de gel) sur la porte, d’un verbe lent et las de sénateur cherchant Brutus pour qu’on en finisse, quelquefois ça, ça a (*)trop duré : « Peut-être? Mais je dis ça pour plaisanter- peut-être les AAA ? Dans votre cas, on sait jamais ?

Après tout, c’est pas pire que la cure. Mais c’est comme l’Armée du salut ou le Bloc Populaire, faut y croire pour le voir.« 

________________________________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS, Saison 3 Episode 7 : Docteur SIMOMEAU et la patine, ça piétine.

(*)ca, ça a : naguère une telle salve, hiatus et compagnie, on aurait supprimé. Mais on s’allège, Ydit l’a dit, toc !


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YDIT-BLOG saison 3 – Episode 6 : Des bouts debout à Florence, et sans assise à Pise.

Rappel – pour les mémoires récentes : après deux Séries longues, YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Pour une courte série – « A 75 j’arrête » prétend-il. Entre deux consultations- une interminable succession commence (on devra bien la finir?), comme d’usage, les récits reviennent sur la vague de la mémoire

Dans le cabinet du docteur Simomeau, le cœur bat lentement- si lentement qu’on pourrait lire « Les vagues » en attendant le deuxième battement de la marée.

« Revenez », avait dit le médecin, alors qu’Ydit le quittait, « et tentez au moins de retrouver les moments où vous avez compris qu’un vrai problème commençait à se poser ». Il paraît que savoir c’est comprendre, et comprendre c’est agir.

FRED – l’irremplaçable- s’agace un peu : « Etrange monde, dit- elle, où l’on vous demande sans cesse de raconter du passé, quand vous attendez seulement qu’on vous parle de la suite : que va-t-il se passer d’autre que ce passé? « 

YDIT, sans répondre, car il atteint cet âge où répondre à tout ne sert plus à rien, se raconte :

« Nous revenions de Florence, comme on revient de province, après la Toscane chaque fois nourricière et pacifiante. C’était l’hiver, environ midi, l’aéroport. Sans miséricorde (malgré la saison) le brouillard infini s’opposait à tout décollage. Arrivés tôt on attendait, patients, pris dans ce curieux piège à temps des aéroports. « 

YDIT : « L’après-midi passait, en même temps que les hôtesses, moins vite et moins bien. Le tableau « Départs » fascinait autant qu’un feu de bois dans l’horizon du trappeur : nécessaire, mais sans cesse changeant. A force, au bout des yeux, le soir vint. Reste à partir, dit la voix, mais à pied. On nous déprogramma, on nous autoabusa, on nous hôtel d’accueillit, zone hangars.

Autour, rien, sauf le brouillard qui persévérait dans l’opaque. Pas la moindre sortie possible.

Les voyageurs, d’abord goguenards, s’irritaient. Le buffet dinatoire d’urgence dressé dans le hall, en cette période festive, parût pure provocation de La Compagnie des Airs.

Au matin, rendez-vous tôt, café d’hier. On prétendit nous conduire à la frontière, autrement dit l’aéroport. Mais Florence, avec l’obstination d’une courtisane fatiguée, refusait de se lever sous son brouillard. On nous déprogramma, on nous autoabusa, on nous détourna vers Pisa, aéroport d’accueil, zone transfert, d’ici on partirait, disait-on. Dans le car trop froid, derrière les vitres, on ne voyait pas la route. Et encore moins la fin de l’attente.

Sur les sièges, dans les travées, une impatience furieuse s’installa. Dans l’espace bondé de l’aéroport, d’un siège à l’autre, la colère prenait son aise. La Compagnie des Airs allait payer, oh et puis ces enfants s’ils pouvaient enfin se taire, on n’a plus rien à boire ? Et ce vieux là-bas, qui passe temps à lire, pour qui se prend-il ? Lire, toujours lire, corps immobile derrière le voyage intérieur, c’est irritant d’absence, agaçant de distance.

Ecoutant d’une pointe distraite, COCO 19 surveillait lui aussi la frétillante famille de sa filiation – mutante sinon mutique. On voyait Gamma et Mu repoussés ventre à terre, tandis que Delta conservait pour l’heure sa position dominante sur le marché, non sans craindre l’outsider à la résistance type années folles et nuits blanches : Omicron. Et ainsi de suite. Sauf que, en cette fin d’année, à Pise – substitut de Florence, COCO19 n’existait pas encore ailleurs que dans les cauchemars. Cette année là on avait le brouillard.

On pensait que c’était le bout du monde, de la piste, de l’année. On ne savait pas encore.

« L’année Terrible? Eh bien non, pas celle-là » murmure VHI, père HUGO, perdu dans l’univers de ses propres lettres.

A midi- vingt quatre heures de retard déjà- on s’embrumait et s’embrouillait, le tableau affichait un horaire et, faute de soleil, le vol disparaissait avant de s’envoler.

Des voyageurs de Nouvel An brisaient l’écume de leur rage contre les vitrines vides des boutiques à sandwiches, aussitôt ravagées dès que livrées par des pourvoyeurs hagards masqués en POM POM GIRL Compagnie des Airs, serveuses bouleversées jusqu’au fond de leur shako de ne plus savoir lever la jambe ni sourire au vent. Même les chocolats COCOH1N1 vendus à la sauvette en Free Tax n’apaisaient plus les faims ravageuses.

La Compagnie des Airs ( louche) distribuait des croutons mous, de l’eau en plastique dégradé, provoquait ainsi des ressauts de fureur.

Des familles entières, vers 15 heures, parcouraient en diagonale du fou l’espace réduit de Pisa Aéroporte. On pouvait en venir aux mains, mais aucun vol ne prenait son envol : impossible, même de prendre d’assaut le Pisa-Berlin déjà très fréquenté entre 42 et 44.

Surtout, chaque visage, chaque geste, chaque pas racontait ce qu’il peut arriver de pire : l’ennui. Pire qu’un dimanche après-midi l’hiver à Châteauroux quand on est seul et privé de compagnie et d’électricité pour la tablette.

Tout devenait davantage que souci : malheur. Inutile de se couvrir la tête de cendres, on n’avait déjà plus de cheveux. On se regardait, on se parlait, on se tenait la main un peu comme si l’on participait à l’enterrement de l’aïeule.

FRED – l’impatiente – voudrait connaître le lien de Florence et du docteur Simomeau?

YDIT : C’est là, dans l’aéroport de Pisa, que j’ai compris l’ ADDICTION. Pendant tout ce temps, à la souffrance des autres, à la question « Comment donc faites-vous pour assassiner toutes ces heures », je sortais le volume, offrais une dose de ( par exemple) « L’homme qui aimait les chiens « ou » Les détectives sauvages  » ou « A la découverte du ciel », ou « Les Bienveillantes »? Après un silence : je consomme beaucoup, mais discrètement, parfois même en secret, vous savez, c’est comme les ampoules de Mishima ou de Steinbeck- un peu hors d’âge – je les cache dans les coutures de boxer-short, mon préféré, le rouge couleur La Vermillon.
Oui, l’ADDICT ça l’est. Du coup l’ADDICT ou Comment s’en débarrasser. Tout s’explique ( même si on dirait que Père Hugo peine à suivre).

YDIT raconte encore : parfois, même, il pétrissait des boules d’amande où l’on glissait de la poudre de Virginia Woolf, des grains de James Joyce, un zeste d’Ezra Pound, mais on risquait vite l’overdose, surtout avec les produits d’import, achetés subrepticement au rayon exotique des bonnes boutiques.

YDIT raconte encore ceci que parfois, surtout l’été, il allait jusqu’à cuire dans des chaudrons secrets des confitures jamais trop sucrées à base de Michaux ou d’Artaud que pimentaient à l’excès une pincée de concentré au Barthes ou au Foucault. Rien de très neuf ou originel, mais avec tout ça, votre départ pour l’Infini était garanti.

FRED l’irrécusable ne dit rien.

YDIT rappelle que, pourtant, c’est du classique – tout ADDICT en fait son brouet quotidien. Certains sont obligés, faute de moyens, de se limiter à des lignes pas chères, du Sartre perdu sur de pseudos chemins de la liberté ou du Malraux bredouillant son espoir…

A Pisa, il ne voyait rien, supportait tout. Les voyageurs se transformaient en squelettes. Lui, à l’inverse de tout le monde, quarante-huit heures durant, deux pleins jour d’attente lourde dans deux aéroports : sauvé des os. Ydit, lui, avait ses drogues en format-poche, ses bonheurs en 10/18, sa poudre en Collection Blanche, et les petits copains variants de COCO19, Gamma ou Mu très vite battus, ou Delta encore dominant, ça lui glissait sur l’épiderme comme une patineuse à peine artistique tôt cassée par sa rencontre inopinée avec une crosse de Hoquet dégouté par la facilité de la proie, genre lycéenne du Montana consommant sa boule de Williams Burrough.

Vers 19 heures, la nuit venue, le brouillard se leva : vol Florence-Paris Charles-de-Gaulle, depuis Pise vers Orly, on embarque. Après tout ce temps, trente six heures sur les bois de Pise, même une pirogue pour les quais de seine aurait été envahie en deux minutes. L’équipage dépenaillé gagnait le bord sous les vivats de touristes prêts à payer un nouveau billet pour se laver de l’attente. Leurs shakos repassés, la jupe re plissée, les doigts repeints à la couleur de La Compagnie des Airs, quatre hôtesses un peu fantomisées attisaient d’un geste les endormis du banc.
On fit les comptes, dans la carlingue enfin libérée. Manquait un passager. On recompta. Nul doute. Taux de perte élevé, surtout dans la prison de Pisa aéroporto.
YDIT, c’était lui, on le devinait, fut retrouvé, peu après, dans la salle de prière œcuménique où, dépouillant les doublures de la veste Harris Tweed, il consommait en secret sa dose de Modiano – pratique pour la poche.

A trois, elles durent l’arracher, le convaincre, le séduire en promettant une goulée de William Boyd seul choix à bord, mais…

Enfin, il trouva la force de quitter les lieux saints, sachant que rarement, peut-être jamais, il ne retrouverait des heures si belles pour s’abandonner à l’ADDICT, à la douce quiétude distanciée de ses doses, sous le regard de tous, et sans l’accusation de personne.
YDIT : c’est là que j’ai compris l’ADDICTION : le bonheur de jouer à être là en existant ailleurs. Mais c’est aussi là que j’ai appris la radicale fin de ma liberté intérieure .

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Didier JOUAULT pour Ydit-Blog , saison 3 Episode 6 : Des bouts debout à Florence

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Ydit-Blog, saison 3, Episode 5 : six volumes de Rouge bien rouge.

Rappel – pour les mémoires récentes : après deux Séries longues, YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Pour une courte série – « A 75 j’arrête » prétend-il. Mais comment faire court avec le Docteur Simmoneau?

Ydit a pris rendez-vous , avec le bon docteur. Depuis toujours, YDIT fait comme on dit. Cette fois, il continue à préparer ce qu’il va dire. Toute entrevue est une examen, de conscience, de confiance.

Etat de manque? Le besoin affleure sa vase ? L’envie tenaille au fer rouge ? Ydit : « Juste un petit coup, un short, un shoot » ( avec de l’O dans son vain), pour une consommation rapide, clandestine ou presque, légère, sur les rayonnages des meubles où sont rangés les volumes, un petit produit on dirait masqué lui aussi, on ne sait pas ce qu’il y a derrière juste on attrape d’une main sévère et soucieuse ( pas déjà tremblante) le volume réduit, celui à 2 euros, docile à glisser dans la poche arrière du short, avec l’opaque discrétion d’un qui aurait volé sur l’étalage, mais c’est plus de son âge, mince volume à deux balles mais plusieurs instants de plaisir, on ouvre, on hume, on lit. Evidemment, désormais on peut même trouver tous les produits à se faire livrer, un clic ça cloque, un tic ça toque.

Tout ça ne va pas très loin, le choc chic du shoot short, cher de la page, mais c’est pratique, parfois goûteux, insuffisant souvent, discret toujours : ça sert comme ça coûte.

Ydit prépare, donc se souvient encore :

Bien sûr, les jours tranquilles, les soirs sereins, le plus courant ce sont les formats du quotidien, ceux qu’on trouve en montre dans toutes les bonnes vitrines, en caisses d’étalage à la saison du Livre nouveau, dégustation et signature, et jusqu’aux étals banals de chez Attal ou Fatal, les hyper-marchés d’outre-ville : on peut y voir les « foires au livre » à la période des chasses, des rentrées sans classe. Le poissonnier au rayon frais mer, écaille; le boucher, au rayon fais terre, détaille; le conseiller volumes, au rayon air, déraille. Déguisées en liseuses farouches, d’âpres jeunes femmes maquillées au bandeau-annonce (généralement rouge), surgissent depuis le rayon hygiène ou chaussettes hommes pour vous suggérer un achat, au moins deux ou trois conseils.

« Rassurez vous, Msieur Ydit, dit la conseillère à Didi, on ne va pas vous laisser tout abandonné près de tous ces volumes, comme un pêcheur sans marée, un Vatel sans son ciguë, y a tant de bonnes maisons et d’appellations décoincées, si vous retournez le truc, là, comme ça ( elle tient le volume et le main d’ydit dans une même souple et convaincante approche) vous lisez l’origine, si c’est une production bio, ou hagio ( on les forme surtout au préfixe), tout ça, et ce que vend d’habitude ce producteur. » Affichant un sourire de noël, la conseillère se demande : « Vous avez plutôt l’habitude d’un gros récit avec plein de crème ou d’une petite passade vaguement amère? Un monument de goût en version Allégée 10% ? Une œuvrette à lire en rencontre discrète? Une série infinie à temps perdu, à temps trouvé à fonds perdus? « (YDIT pense alors aux courts de la course, ça dissipe l’attention vers d’autres volumes, de transaction). Selon la verbeuse vendeuse de verbe et de rêves, « On va trouver, nos distributeurs sont imbattables, ils pourraient même vous dénicher un roman où l’on vous offre trois ou quatre traductions possibles d’un même passage de Virginia Woolf, si ça existe, ils le trouvent« .

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Le format plus courant semble raisonnable, sauf si on se tape tout d’un coup, comme un goulu, un ventru, un excessif, un accro donc : enchaînant les volumes lichés l’un après l’autre, genre des Hommes de bonne veloutée, qui ont la peau de même, quoiqu’habitué aux longueurs le danger s’accroît dès le troisième volume, la longueur devient langueur et même si le café lui aussi est allongé, rien ne va plus très rond dans le circuit de la conscience. Ainsi, je me souviens ( observation terrible : plus personne devant Ydit, depuis Georges, ne peut dire « Je me souviens » sans que cela semble une référence, une révérence, une déférence- une obsolescence aussi, le tout privé de « mode d’emploi »), elle se souvient dit-elle des superbes et interminables soirées ( terminées cependant avec l’aube célèbre aux doigts de rose) dans l’immense grenier très bourgeoisement réaménagé de la Touraine, en famille se consommaient les volumes, chacun son choix, sur les canapés les sofas, de la Blanche pour l’une, la Noire pour l’autre, l’arc en ciel pour la plus jeune, les volumes s’enquillaient ( le père consommait vite, bon marché, à moitié de travers) entre temps on parlait, et la vie passait devant soi sans se faire remarquer.


« Ceci étant, ajoute t-elle à voir qu’YDIT hésite devant une saveur sans doute trop épaisse sous la langue, trop de tanin teintant les tons ténus du produit, elle pense que, oui – on commençait par ça tout à l’heure, un petit à 2 euros, ça se love dans la poche, ça pèse pas dans la main, trop léger pour passer de main en main, parce que sinon en effet ça revient vite cher, la conso en ces temps de prolifération productrice, on a beau se montrer solidaire (et même solitaire) afin de résorber l’excédent français de la production ( des stocks attendent sous le rocher), « 

faut de la thune et de l’espèce d’espace pour écluser tout ça, spécialement les volumes des grandes années, les collector, les goûteux qu’on hésite à finir, comme on hésite à partir en week-end avec Saint -Joseph.

Ydit se souvient encore : La jeune femme, qui se lasse, sait bien que, comme pour toute addict, la question du coût s’impose parfois à la question du goût. Elle se souvient non pas d’un thé au Sahara ( elle voyage peu) mais d’une cliente à présent disparue. Avant la claustration ( ainsi nomme-t_elle les confinements, par goût pour les appellations d’origine, enfermement, internement, isolement, réclusion), bref « Une jeune femme d’à peine plus de trente ans, elle venait ici acheter par cher et beaucoup dans les petits formats de rouge, du 120 pages vite fait vite vu, léger pas nocif, de l’Irène Frain allégé, du Préfontaine (Yves) raccourci, son mari ne voyait rien, elle supportait parfaitement le choc, seulement de plus en plus absente et perdue d’heure en heure, mais cela ne le gênait pas, les hommes ça ne les ennuie pas quand on existe moins, elle gagnait un peu d’argent par des petits boulots faits en secret dans le quartier : lire une quatrième de couv. à une grand mère quasi aveugle, déchiffrer la critique du Parisien pour le pharmacien originaire d’Yvetot… Puis voila ( continue la conseillère narratrice un jour, toujours) le temps de l’obstruction, le confinement, pour elle une violente épreuve, plus de courses discrètes possibles, elle se faisait livrer des caisses de six volumes de rouge bien rouge, épais et nauséeux comme un jus de betteraves, le moins cher de toute la boutique, mais rien à faire, même comme ça, elle manquait, ça manquait, sans parler de la honte devant le livreur haletant son effarement, au bout du compte le mari s’est aperçu de l’addict, s’est ennuyé, fâché, bouleversé, alarmé. Dès la fin de la peste COVID , elle a commencé à voir un psy-pour tenter de répondre à la question, votre question : comment s’en débarrasser?« 

Bah, tout à fait ça, justement, respire Ydit : De cela comment se débarrasser ?

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Didier JOUAULT, pour Ydit-Blog saison 3, Episode 5 : Six volumes de Rouge bien rouge, à suivre – plutôt sans modération !

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YDIT-BLOG, saison 3, Episode 4 : Les Bijoux indiscrets à partir de 18 heures?

Rappel – pour les mémoires récentes : après deux Séries longues, YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). Pour une courte série – « A 75 j’arrête » prétend-il.

AILLEURS, mais comme tout à côté, la brutalité indicible mais voyante de la guerre s’impose dans un mélange d’images trop crues et truquées, un nuage de mots douloureusement privés de leur sens, « nazi », « génocide ».

A la question si le Ydit va interrompre le trajet narratif en cours ( des posts faits et programmés, à cette date, jusqu’à mi avril), question que pose Hugo ( si légitime car il sut jadis choisir le silence), Fred répond en citant( une fois encore ! ), J.-L. BORGES :  » J’écris…pour adoucir le cours du temps. »

Donc…

Entre deux rendez-vous chez le bon docteur Saumoneau ( on dirait que le nom change à chaque fois, différent et pourtant le même), à la recherche des sources d’un certain malaise, YDIT raconte, plutôt explore : cent fois ce geste, cent fois ce mouvement de la main, cette pulsion provenue du bout des neurones, là où sont gravés depuis la première fois les circuits imprimés du plaisir, le geste qu’il serait facile de contraindre, d’interrompre, avant qu’il soit trop tard, mais pour quoi faire ? Et surtout pour quoi faire d’autre ? D’ailleurs se poser la question atteste qu’il est sans doute déjà trop tard ? L’empreinte est posée, la plaque a été bousillée par l’éclair du flash, la mémoire burinée par les premières fois : on n’efface pas les veines du marbre, sauf à détruire la pierre. A quoi bon l’effort qui n’efface que par la disparition du sujet?

Certains passent devant une pâtisserie à Pithiviers, un marchand de marrons-vanille à Viviers, un charcutier spécial boudin à Mortagne, hop, ils entrent, la main déjà dans la poche pour sortir la carte, ensuite- peu importe le prix- une Eclair à pleine bouche, deux marrons enrobés à croquer joliment, ça y va, plus la peine de simuler l’attente, le délicat et très bourgeois plaisir du désir qui diffère.

Rien de tel, ici : la voracité joyeuse du populaire un jour de fiesta, dans la rue ça s’ouvre de la couverture, ça se consomme des yeux, ça s’éparpille en feuilletant, ça fait si chaud, d’un coup, si chaud si doux que le langage s’emballe, la cervelle se cent dix mètres haies, gnou, gnou, gnose, gosier. Juste rien qu’une petite bouffée de l’Art maniaque, et l’on commence à sentir que le plaisir remplace le besoin. Babel, en cours d’affaissement derrière la vitrine ( affichette : »masque décommandé »), on n’observe même pas la coulée de bonheur dans la main du liseur.

COCO19, ricanant sur son génome planté, bien qu’ayant perdu sa verve devant la concurrence implacable d’un Russe à l’univers dévoilé : « Père Ydit, c’est un beau sujet ; une fois que t’es cuit, tu redeviens jamais cru. Pas la peine de rêver. »

YDIT : Le geste, la pulsion. Reste à trouver à tout prix et dans n’importe quelle boutique un livre à toucher, feuilleter, humer, ouvrir d’une paume large, commencer à déguster. Ensuite ça va mieux. C’est samedi, très tard à Mammers, Sarthe, rien d’ouvert sauf le café-tabac-Maison-de-la-Presse où puent d’un commun accord le vieux tabac, le mauvais café, l’odeur des saucisses frites de midi.

Bernard- on l’appelle Bébel -est déjà dans l’état joli que produisent les alcools recroquevillés sous une couette d’insomnie, quand on va s’endormir sur le tabouret du bar devant la télé. « -Café corrigé? »-Non, copie corrigée ! Bebél se lève à peine, montre le double rayon où s’affaissent des romans gais et vifs comme des lapins de clapier au matin de la terrine. A cette heure, tous les volumes se valent, et les appellations s’estompent.

-COCO 19 demande c’est qui les noms sur l’étiquette, au moins Delly? Guy des Cars?

YDIT, sans répondre : Au bar-tabac de Mammers, nuit grasse dehors, rien que Delphine et Marinette sirotant un Picon-bière sur du Formica, Ydit demande :  » Ya que ça ? » Bébel : « Pour autre chose, boutique lundi, car dimanche c’est fermé. Le mieux que j’ai c’est du Violet Tréfusis, mais c’est une occase, une Angliche l’a laissé pour payer son thé. Vous prenez quoi, au fait ? »

YDIT l’achète, s’en jette une page, s’y jette.

YDIT, Lui c’est les boutiques de livres, les petiotes pétoires de province dessinées en suaves labyrinthes où se perdent les invendus de Laval, comme les six-coups six étages où se prélassent en reliures dorées les vedettes trop vendues par Instagram. Il passe (dit YDIT), il entre, tant pis s’il n’a pas besoin en cet instant, tant pis si déjà des réserves d’avance sur des rayons, trente, quarante volumes achetés, pas encore ouverts, tant pis, juste les savoir-là, le bonheur simple et rude : se savoir-là, l’impulsion couvrant par avance le risque du manque, c’est aussi fort qu’une éruption de Vésuve, si on ne trouve pas le bon geste, la bonne ligne ( de fuite) ça finit sous les cendres.

Même en plein été, immense balade sur les chemins fréquentés de soleil et de solitude, cuisses enfermées dans les tenailles de la fatigue, diverses sueurs sur diverses peaux, rien à faire bientôt que la douche et le pain, revenir très vite à l’ombre de la maison louée, mais non : sur trois étages d’une belle maison de maître devenue librairie, livres, livres, petits formats et grand art « Parfum de glace » de YOKO ITO OGAWA », 7,77 euros ou « l’Art pariétal du pléistocène à travers les pétroglyphes de Zarzuel, 47 illustrations couleur », 145,99 euros, oui, je vais voir si je le prends, vous pouvez le descendre du rayon ? Pareil sur les étals découverts dans les foires en voyage.

Boutique, rayons, miel, ça pulse, ça impulse, ça implose, ça humecte le doigt, ça hume et ça fume, ça feuillette et ça guillerette, c’est comment l’Incipit ? Goût framboise avec des arrières-notes de boisé? Quant à la fin, la dernière lampée, on sent le cépage sur le sable de la colline? C’est ça tout bête et ça embête, la tête en fête qui s’entête. Et s’emmêle ? Et s’en fêle ? Parfois, l’urgence est telle qu’on entre par l’écoutille dans le paquebot de la FNAC – haut lieu des petites vendeuses souriant de toutes leurs lacunes – comme on aurait pu s’introduire jadis ( jamais osé ! ) dans une sex-shop du boulevard Hugo, avec un peu de toute honte bue quand même, trop à voir pour choisir.

Souvent le temps pressant mais pas tant pourtant, dimanche matin pas chagrin, café passé pas pressé, c’est la petite maison à l’usée vendeuse livrant ses commentaires comme on se livre à l’usure . « Celui-là, c’est léger comme un Prussien, mais pourtant j’ai entendu parler d’une Polonaise qui en prenait au petit déjeuner » (à Moulins, rue Traversine, ça peaufine et confine, la devanture porte l’enseigne  » Aux Trois Tontons, neufs et occasions »), » sinon – pour vous quand vous serez en plein manque- j’ai ces volumes à déboucher d’une ruelle en pleine lumière un soir de neige, des rossignols mutiques de chez les Compagnons d’Emmaüs, éreintante (vocabulaire de Gustave) diversité polymorphe provenue de polygraphes incontinents, ouvrages pour dames, ou même messieurs-dames, abandonnés par des passantes sans soucis aux mains compassées de brocanteurs pratiquant l’Art Royal dès l’aube et distribuant « Les Bijoux indiscrets » à partir de 18 heures. »

Mais, ajoute-t-elle, reprenant souffle : Tout est bon quand le besoin provient !
Façon de voir.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Saison 3 Episode 4 : Les Bijoux indiscrets à partir de 18 heures?

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YDIT-TROIS, Saison 3, Episode 3 / La diction du docteur SIMOMEAU.

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front). On ne peut pas initier une série 3 sans un peu d’aide, Docteur !

Quand il avait aperçu YDIT cheminant avec peine au travers de l’esplanade, aux Invalides, Le Doyen avait conseillé un congé, du repos, un traitement, des soins, quoi que ce fût de nature à lutter contre la visible trop visible ADDICTION, avec le bras d’un éminent spécialiste comme béquille ( fin lettré, Le Doyen ne répugnait pas à la citation de formules célèbres, surtout les métaphores boiteuses ).

YDIT avait opté pour le spécialiste le plus aguerri : son médecin de compagnie, cabinet ouvert pas si souvent, tout petit appartement avec salle d’attente sur balcon. Docteur SIMOMEAU, dit Momo, mais ne pas confondre. Momo, son addiction, c’est l’attention à la tension. Aussi, une parole qui s’empresse, s’écoule vive, se presse. Parfois, sa diction pourrait conduire direct neuroleptique.

Depuis trente trois ans, et davantage, c’est un identique endroit dans le même quartier, mes neurones et mes leucocytes savent par cœur le chemin du cabinet. Ensemble, lui et moi, dans son tout petit bureau de consultation, (et il n’a même pas recours à une secrétaire qu’on aurait décrite jadis seyante, naguère efficace, et aujourd’hui rien du tout, chaque adjectif étant par avance coupable comme une onomatopée dans la messe en latin), ensemble, à deux, lui- râblé, petit et moi -sportif, placide-lui parlant vite, moi taiseux, nous avons vécu ce que vivent les visiteurs : grippes ( ça va passer, il n’y a rien à faire); début de tendinite (il n’y a qu’à attendre que ça finisse, et ne pas courir); début d’interrogation quant à un épaississement menu (il n’y a qu’à changer de menu, moi je me suis mis chaque soir à une soupe thaïlandaise Picard, rien d’autre, et chaque midi deux œufs durs, j’ai retrouvé mon poids d’internat en un petit mois); ou même de très rares épisodes sérieux, Tiens votre Bio exulte en leucocytes ou encore on dirait que votre cholestérol fait son drôle, mais deux semaines plus tard, revenu de toutes les alarmes, SIMOMEAU se flatte le Vidal d’un doigt d’ado bien nourri, il enchaine rapidement : Ce n’était rien, tous ces petits chiffres facilement agaçants ont repris leur place, d’ailleurs y’ avait qu’à attendre, ça finit par passer : on rejoint la moyenne dans la colonne des Moyens. Vous pourriez être malade comme cette personne dans la salle d’attente.

Un médecin qui depuis plus de trente ans répète : Y a pas grand chose à faire, de toute façon ça va finir par passer, c’est plus sérieux que Socrate ou Bouddha sur l’énoncé de l’évidence : si on attend, ça passe, jusqu’à la fin.

Désoeuvré par mon refus de symptômes, privé de grandes annonces et de longs combats, le docteur SIMOMEAU en revient à de satisfaisantes mais pas excitantes mesures : « La tension, c’est bon, le scanner abdomen ça va, les mesures prostate ou foie rien à dire, l’EEG n’en parlons pas, le colon ça roule, la rate ça se dilate, et le seul point sérieux serait votre cœur, comme toujours il bat très lentement, si lentement qu’on pourrait lire un paragraphe de Balzac entre deux battements, un jour ça peut ennuyer, un cœur qui bat si lentement, imaginez qu’on veuille passer au paragraphe suivant, évitons Proust« , ( il s’amuse, ça aurait été plus varié avec Hugo), c’est vrai qu’une parole lente pour ce docteur vif c’est improbable, « Mais bon, cette fois encore, je regrette, enfin non ce n’est pas ce que je veux dire » ( il fait ce bon mot depuis 15 ans), « enfin il n’y a rien à soigner, je vous mets un peu de Doliprane pour les courbatures du lendemain de semi-marathon? Un peu de Lexomil comme il y a cinq ans, un quart de comprimé par quinzaine, le dimanche soir ? » ( on, entend son ricanement attendri).

Docteur, vous oubliez les trois grammes de Valériane chinoise et l’infusion de Tilleul du Tibet pour mon accès impossible au sommeil du soir?

Ce qui étonne YDIT : aucun médecin, aucun scanner, aucune radio n’a mis à jour l’ ADDICTION repérée par Le Doyen, naguère. Mystère du visible dans l’incertain?

Mais en fait, nom d’un VIDAL, vous avez VRAIMENT quoi, s’indigne-t-il ?

Ydit : (soudain se parlant ) : C’est simple , tu es là, tu regardes un film sur l’ordi, ou tu prends un bain (pourquoi pas ?), tu achètes des flocons d’avoine chez Monop (il sont meilleurs),et hop, Monop ou pas, c’est la virulence de l’envie, tu as juste cela, cette envie de, d’un papier d’un crayon, de n’importe quoi, même un texto à toi -même envoyé ( sauf si tu conduis et pas de zone de repos), pas de file d’attente, pas d’idée attente, pas de ticket pour la queue, pas de billet, rien, tout de suite , tu dois, tout de suite, crayon, n’importe quoi , même le rouge à) lèvres de Fred dans le fond du sac, tu veux bien notre, Fred?, l’eyeliner Chanel à 12 balles, tu le prends, hop, pour écrire et le support n’importe quoi, un dos de PV ( 54 km , limite 50, sortie de village en Creuse) , le revers de la résa pour le théâtre, ou ( mieux) , le sachet papier du charcutier, tout est bon pour que s’installent la narration, le récit, la fiction …

Et l’autre face du délit, ce sont les volumes, j’aime les sentir, j’aime les anciens avec cette odeur de poussière noisette, j’aime les tout jeunes à peine sortis de pressoir, gouleyants et ronds, avec le goût de l’encre et de framboise sur le bout des doigts, j’aime les palper d’une paume moite, j’aime les ouvrir avec douceur, écarter les fissures de la narration, mettre en lumière les sournoiseries de la fiction, découvrir dans leurs pliures intimes les chaleurs et les éclairs du récit.. C’est grave, docteur, voyez !

L’énoncé du problème, YDIT le sait par coeur.

Le médecin grommelle, et c’est ainsi depuis vingt ans, peut-être trente, de sa diction de formule 1, il retrouve le nom de la molécule que je déguise en Valériane, se frotte les mains comme un qui ne parviendrait plus à saisir un stylo (un Bic, chez lui, revenus modestes, le MontBlanc c’est pour gravir l’été), expertise sa mémoire en fouillant l’ordi (tout de même un Mac pour ce mec austère), » Mmm, bon, ça fait six mois que je vous en ai prescrit pour trois mois ( il spadassine l’ordonnancier dont la première page est un peu écornée), je le répète n’abusez pas », ( il aime les patients bien portants, ou guéris à la soupe Picard), « Vous savez ce que j’en pense, et pas en même temps que le Doliprane, chaque mot pour chaque mal, le mieux c’est zéro » ( il sait qu’on va tricher), « Et si vous ne parvenez pas à dormir, allez marcher, Paris c’est revigorant la nuit, ou alors branchez vous sur un Replay de Parsifal, ou Faust, ça vous occupera« . Tout ça dit très vite : la diction est son remède. Le contraire d’YDIT !

Avant de se quitter – à présent c’est une tradition, pire un rituel- nous  » faisons un dernier tour » : feuilletage rapide mais savant de mon – épais depuis le temps- dossier, rangé visiblement selon un ordre à lui seul accessible (secret médical) : derniers examens en date, tout y passe, mais à part l’infiniment inguérissable du vieillir, même avant les Soixante-Dix – poches sous les yeux, taches sur les mains, besoin de lunettes – rien qui progresserait dans l’ombre, sournois, tapi, en silence, et soudain brandissant un sabre au soleil, comme écrivait le vieux Verlaine après sa ( quadruple) dose d’absinthe.

Je me suis levé, nous devisons depuis 27 minutes ( SIMOMEAU : deux rendez-vous par heure, ça explique le Bic à la place du MontBlanc), je vais partir, rangeant la carte vitale entre la bibliothèque municipale et l’abonnement sauna, rien que du bien-être, et, euh , Docteur, tout de même, voila, il est arrivé que je vous en parle, déjà, et vous n’avez pas trop pris ça au sérieux, jamais, pourtant , enfin, mais la situation soudain s’aggrave, mon Le Doyen l’a vu, vous savez bien, mais si, comment dire, mon… addiction, ça devient très présent, trop présent, vous vous souvenez?

Il s’en souvient, mais le patient suivant a sonné. « On en reparle si vous pensez que ça se renforce? » Dans la salle d’attente, une femme plutôt jeune, en survêtement gris-vert collant, masque sur le nez, gel sur les mains, yeux au sol, je me demande bien ce qu’elle lui veut à docteur SIMOMEAU, elle a l’air en pleine santé, à supposer que de vrais malades viennent jamais le voir ?

Quinze jours plus tard, pas avant, la prochaine consultation ( à deux patients par heure et pas de rendez-vous le mercredi, SIMOMEAU se fait attendre, il navigue petite rame, il godille petit flux- mais son voisin de cabinet reçoit toutes les 12 minutes, ça compense.)

En attendant, YDIT consacre deux ou trois soirées ( toujours longues, le sommeil est un dur à cuire) à consommer de la ligne, non pas en poudre, sniffée sur un miroir qui revient ( on voit ça dans les films pour ados ) mais en affaiblissant ce qu’il subsiste de ses yeux sur les lignes bleues (non pas des Vosges) des écrans, séquence Internet, tribu Google, et pour varier le paysage : Safari. Ca donne ce qu’on cherche sur le sujet de cette Addict. : pas grand chose.

MENU :

ENTREE : depuis longtemps déjà

Plat du jour : ADDICTION

Dessert : comment s’en débarrasser?

Boisson : vite, maintenant.

C’est la formule à pas cher, mais toujours mieux que la formule du professeur Sigmund, non?

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Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS, Saison 3, Episode 3 La diction du docteur SIMOMEAU. A suivre.

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episode 2 / LE DOYEN demande si « On en consomme encore ? »


Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge maintenant sur la suite, les suites, en particulier sur la possible façon de poursuivre une petite route intérieure sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de pneus un peu trop lisses (à l’inverse de son front).

On s’en doute, pour peu qu’on ait rencontré l’une des victimes, et il s’en compte par grand nombre, ça commençait à devenir une présence géante, et donc gênante.  Tout ce menu intime qui s’expose, au moins se devine.

Certains ne s’en apercevaient pas encore, toutefois, pour ce vieux YDIT, et les ravages pouvaient donc sembler encore réduits, au moins pour les observateurs peu attentifs, et des lectrices occupées d’autre chose.

Ydit mieux que personne pouvait connaître le poids de son addiction, et toutes sortes de conséquences, parmi lesquelles l’impossibilité d’oublier avec l’indispensable sérénité qu’une telle auto-mutilation exige, surtout si, manque d’azur dans l’éther. Celle qui ouvre les chemins dans les méandres de la vie cachée au-dedans.

Le premier à oser une remarque, ç’avait été le Doyen. Les amis (ou pas, d’ailleurs) d’YDIT arrivaient peu à peu, pas très pressés de rejoindre la Grande Réunion, même si le Doyen, qui ne savait plus trop comment faire pour appâter la troupe d’autonomes ardents à lui confiée, choisissait de plus en plus des lieux méritant la visite, au moins ça occupait les membres du groupe.

La bande avait ainsi déposé ses ordinateurs sur les pupitres (et son tweed sur les bancs) de la salle des Pas Perdus à l’Assemblée ; sur la piste du Cirque d’hiver; dans la superbe salle rectangulaire autour de l’aquarium tropical ( musée de l’immigration); au foyer de l’Odéon ( fantômes furtifs de coquettes actrices dix-neuvième); au sein des exotiques décors du Théâtre du Soleil repeints de frais le matin même par Ariane en personne ;

…dans l’hémicycle du Conseil économique et social présidé par un ex-instit ; et même au premier étage- privatisé – d’une brasserie très apte à nourrir les intellos de passage, Le Hibou, carrefour de l’Odéon, sinon carrefour des idées ( on s’y habillait dépouillé chic ou administrateur du Sénat- voisin- pour des menus à 37 euros le midi).


Mais rien n’y faisait : les arrivants tardaient, les présents s’estompaient, fuyaient en s’effaçant derrière la première colonne venue, et -donc- le Doyen ne pouvait manquer de surprendre YDIT en état de consommation. Il le regrettait, le Doyen, amical avec YDIT, et plus que bienveillant avec tous. Mais tout de même, une consommation telle que celle-là, répétée, voyante, on aurait pu croire même quasiment provocatrice, elle portait ombrage à l’image de sa troupe, grognait le Doyen.

Le Doyen : brave homme pas si grand et pas trop vieux, gilet sous la veste et cravate de laine, le Doyen attendait devant le portail gauche des Invalides ( sa dernière trouvaille, plutôt ironique s’agissant de sa vieille bande un peu détumescente), et il dit, d’une voix sereine, amicale, on aurait pu même penser empathique :

« YDIT, je t’ai observé traversant la cour d’honneur, 253 mètres depuis la grille, oui, oui, c’est dans la brochure de l’Etat Major, les milis décomptent tout, et je vois que tu ne marches même plus très droit, il va falloir que tu fasses quelque chose. Je connais un bon spécialiste, si tu veux. Et je te parle en ami. Tu le sais ? « 

Evidemment, YDIT le  savait : Ils avaient ensemble fait longtemps un identique métier, au service discret du Public, ces emplois dont personne ne parle  et dont nul ne saurait se passer. Ca rapproche sans confondre.

Le Doyen ajouta, accompagnant Ydit pour le kilomètre 1 du couloir ( les Invalides ont été, dirait-on,  construits pour s’entrainer aux réalités des batailles, Bérézina, Waterloo, Sedan…): Il disait, amical, donc :« Toute addiction est une douleur et un plaisir, sépare toi des deux, c’est une système clos comme ils le sont tous. Tu dois libérer ta liberté ».  C’était un Doyen aimant les mots avec une paisible ferveur. Paix à son dessein.

YDIT, sa liberté, à son Fort Age, ça ne signifiait déjà plus grand chose.

Etre libre, c’est dire oui ou refuser. Passée la borne 70, les propositions de OUI se font rares…sauf pour des bouquets-souvenirs que déposent d’indiscernables inconnues.

Ajoutait, ouvrant une porte : « C’est pour ton bien et celui du Public« . En général, une remarque de ce genre fait fuir : de quoi s’emmêle t-on? Mais YDIT aimait assez le Doyen, ancien comparse comme lui dormant mal sur des cicatrices chatouillant la mémoire.
Ydit : « Je connais un très bon médecin, le mien, vingt-cinq ans de fréquentation commune de son Dalloz qu’il prend pour un Vidal. » 
Doyen ( on arrivait dans l’amphithéâtre ) -« Prends un congé, si tu veux, mon vieil et cher Ydit, le temps du sevrage, je me débrouillerai, il n’y a pas tant de travail. On esclavagisera les jeunes, si besoin. »

Photo de Nataliya Vaitkevich sur Pexels.com

Mais YDIT : « Non. Il suffit de remplir les trous de la mémoire. Ou de jouer aux billes des souvenirs ? J’ai déjà tenté, avec des séquences publiques d’OUBLI . On peut essayer autrement ? »

C’est, comme souvent ici, un peu hermétique. Peut-être pense-t-il que c’est de la simple mis en route ? Un autre départ simple pour un cheminement aisé ? Le sentier à peine rugueux d’une sorte de sevrage ?Tu parles !

________________________________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS, S3 E2,  » Le DOYEN : on en consomme encore ? »…On pourrait croire que ça va commencer? A suivre ( pour les habitués ) et à retrouver en ligne sur choix : wordpress/yditblog.

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YDIT-TROIS / S3-Episode 1 : Cliquez sur la touche Envoi, et à 75 j’arrête ?



Ydit-Blog/ Ydit-Suit : c’était la saison, II. Le 22 août, un blog numéro 100 exposait danse et sourire, car c’était bien de finir. Aujourd’hui, c’est le 18 février, c’est pas plus mal de commencer.

Finir les 99 séquences texte / image découpant « Le Jardin de Giorgio Bassani », « Saison 2 » issue de ce roman inédit qu’avaient provoqué des rencontres de lumières à FERRARE. Au terme en impasse de ce voyage sans vrai passeport, un temps d’absence était nécessaire, pour que  des jeunes filles regardent la ville dans les images à travers des peintures, pour que des yeux se transforment en boulettes de mouchoir privé de pleurs, pour que les masques durablement s’installent entre la ville et ses miroirs de mémoire, ses jardins de silence. Déjà dit, tout ça, comme aurait dit le diseur mutique, Samuel, l’Irlandais.

Oui, déjà dit : toute la série des quinze « Préviously » qui ont fait leur réapparition ici, comme d’aimés fantômes privés de leurs dangers, oui, déjà vu, déjà dit : un peu, aussi, pour conforter la mémoire des continuités (de plus en plus fragiles avec les années, les saisons), un peu, encore, pour différer les sauts dans le vide profond que forment toujours les commencements, ceux des travaux d’écriture, des tournants de vie – encore davantage vers la fin.

Quelque chose s’achève, faut-il recommencer ?

Pour le Dom Juan de Molière, en amour, les commencements sont ce qu’il y a de meilleur. En RÉCIT, c’est le pire : commencer, toujours, c’est détruire les pistes, masquer d’autres possibles, se raréfier. Tout mot qu’on pose est un appui dans l’escalade, mais aussi une borne sur des chemins désormais imposés. Sauf à se rêver dans un nouveau roman (rétrospectivement : cauchemar heureux ?), les parcours ne peuvent pas se nier.

Depuis des semaines, YDIT se demandait comment choisir entre plusieurs projets – y compris le plus serein, le moins dangereux pour l’insomnie : en rester là de l’écriture.

Dès qu’on écrit, c’est envahi, la conscience. Il arrive qu’on se réveille la nuit, parce qu’on a oublié un épisode. On s’envoie des textos en guise de notes si l’on n’a pas de stylo. Autour, quand on porte le masque de l’absence, plus personne n’ose demander à quoi on pense.

Pour Sartre, « L’enfance d’un chef », quand le héros fait poser sur ses genoux la petite bonne qu’il désire (mollement), on peut en rester là : c’est gagné, pas la peine d’aller plus loin, on peut se contenter de ce possible, sans passage à l’acte. Paisible victoire sans geste. Pour le RÉCIT, – le Rassi, le Sursis, le Voici, le RAISSI on aimerait qu’il en fût de même : on l’a pensé, construit, très bien (non, pas très bien , mais on ne fera pas mieux) et pourquoi en venir au clavier, aux images ? À ces efforts du brassage émouvant du vocabulaire et des photos, longue longue approximation jamais satisfaisante ?

Parce que c’est la seule façon de ne pas dériver à l’infini dans l’irréel du narratif, comme on laisser aller la parole dans les marches solitaires, mains dans les poches, tous ces mots, et puis, plus rien. À l’arrivée, plus rien qu’une vague mémoire de mots venus et partis dans un joyeux et inutile désordre. À cinquante ans, on s’en amuse, encore, sur le chemin, sans souci de cette absence de trace qu’impose l’absence ce poids.
Mais dans les années plus que Soixante-Dix, celles d’YDIT, germine et grandit malicieusement l’idée que le « plus de traces », lors d’une arrivée de plus en plus proche, désormais, serait sans doute inutilement déceptif.
Finir aussi les 180 jeux de mémoire et d’oubli qui ont  auparavant formé la « Saison 1 », depuis 2015, début du projet de cheminer en sérénité : les Séquences Publiques d’Oubli, long et précieux parcours de renoncement à ses propres souvenirs, les mauvais seulement, mais à force – au long de ces quatre courtes années – la joie du récit et le plaisir des personnages (Germaine, Voltaire, Vassiliki, Marina…) l’avaient emporté sur la nécessité de l’Oubli (et d’ailleurs, les souvenirs qu’on hait et qu’on craint ne sont pas oubliables).
Mais la plupart des séquences du « Jardin de Giorgio Bassani« , qui avait d’abord été un roman inédit, avaient été retravaillées, imagées, lors d’un confinement qu’on n’appelait pas encore « Le Premier », puis programmées longtemps d’avance selon un échéancier intime de publication. Ainsi, lorsque le post 99 parût, en aout 2021, cinq mois s’étaient écoulés depuis la dernière séance de travail d’Ydit. 

Finir, donc, avec le sentiment de finir, et clore une mise en disponibilité de plusieurs mois, qu’on dirait vacances, mais qui fut seulement vacance : désœuvrement. Désœuvré ? Marchant seul entre Lilly-la-Forêt et la maison de Nadja Danet, rue du haut, je m’interrogeais : un brin d’herbe mâché en marchant est-il plus fâché que le marcheur lâché ?
La question, bien sûr,  marque l’insignifiance du questionnement, et le temps vient donc de nouvelles aventures, ici et là, ici surtout. Depuis la Terrasse de Nadia, d’où l’on ne voit que trois vieux toits de granges anciennes, puis les coteaux boisés, Ydit regarde un certain brouillard se lever : encore un peu de lumière, Monsieur le Tempo ?
Vous trouverez donc, ici, peu à peu (ce qui ne signifie pas petit à petit) quelquefois de nouvelles « Mémoires / Histoires », sortes de « dérives » hors-piste du récit majeur, publiées sans projet narratif, et sans rythme imposé, car toute contrainte nouvelle est un pas vers le trop de lourdeur. Ydit aurait pu les intituler : « Dérives post-70 » – puisque sans doute aucun, les années d’après la soixante-dixième ne suivent plus d’autre parcours que les déviations / dérivations, et ne connaissent plus d’autre projet que de ne surtout pas cesser d’en avoir. Et pourtant : s’alléger.

Mais, surtout,
et ce sera un temps long, répétitif,
balbutiant
YDIT racontera le contournement et les jouissances d’une puissante addiction – ou comment s’en débarrasser.


Voila pourquoi il fallait, avant de commencer, un peu comme dans les séries toujours débutées par « Previously »… de façon bien sûr faussement aléatoire, il a fallu restituer dans le parcours d’écriture quelques-uns des 280 « posts » des séries 1 et 2.

« Previously » ?

Débuter, une fois encore…

À Présent (bien que tout cela soit considéré du passé), place à l’avenir : SAISON 3…

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Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS , S3-E1 : Cliquez sur la touche  » ENVOI », et à 75 j’arrête? A suivre…maintenant ça devrait devenir plus facile de se glisser dans les plis… »MAIS ! » disait Homère quand on l’interrogeait avec assez d’astuce près de la fontaine : « Relire passe encore, mais conter à cet âge ! »,

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episodes à venir, teasing 4/4, autrement dit agaceries anticipatrices : La Troupe de M.!

Pour cette nouvelle SAISON ( qu’on a pu observer déjà bien entamée, comme on entame une dure mimolette rouge à force d’être orange?), dans les comparses de deuxième zone – sans agent et sans argent mais pas sans emploi – une bonne âme de chez Swann(*) nul(le) ne devrait oublier ce pesant bruit de fond souvent hallucinant, dû à l’infréquentable (ou au moins on l’espère infréquenté) sinistre bonhomme, un drôle de Coco (ainsi aurait pu dire Louis Ferdinand) l’appelé COCO 19, ou des béquilles genre canon de 75 (centilitres), les duettistes implacables : l’Américain John Daniels, âpre et sombre, ou l’Ecossais Balantines.

Quand on lisait « Les aventures de Bob Morane », entre deux twists, il y a 60 ans, sur la pelouse râpeuse du  » camp d’été » à Saint Georges de Didonne ( été qui fut raconté dans une SPO), on goûtait les deux faces du récit : l’ami tonitruant et salvateur, nommé Ballantines– l’auteur ne s’était pas fatigué – et le par définition malfaisant tout puissant ( mais vaincu ) « L’ombre Jaune« .

Pour YDIT-TROIS, les rôles principaux sont déjà distribués. Qu’on s’y prépare, en gémissant, gémissant, gémissant, mais espérant : on a déjà un peu vu, et encore on verra (et on lira, si on quitte la fascination pour la seule image )

La Troupe :

(par ordre d’entrée dans l’errance, sauf modification due à l’imprévu de l’actuel)

Momo le maldit de Chablis/ Dédé le Doyen du jardin : lanceurs d’histoire.

Amandine la crêpe/ Aspergrouille le déniant/ La Souffleuse aptère : occupants du vide

la souriante et ineffable DOCTEUR Clémence Meunier, la plus suave des sauvages sauveteuses en haute mare d’addiction : la sérieuse aptère et absentielle, longuement fréquentée, d’autant qu’elle multiplia de belles excuses pour ne pas s’y coller. Mais on aima tout de même la tranquille incompétence gracieuse de sa jeunesse.

Enfin – the must of the comedy – et il en faut toujours une : D.Bâ de Hurledent : la finale, la belle, l’enveloppante rugueuse, Psychiatre of the Hospital, D.Bâ, puisqu’il faut bien finir, et la seule assez futée pour couper dans le lard, le tard, le fard – et même le rare du bazar. Professor D.Bâ de Hurledent, s’il vous plait, car, dira-t-elle, cher Monsieur ,  » Vous pouvez m’appeler Professeur, je ne l’indique pas sur ma plaque, mais j’enseigne à la faculté d’Ontologie de Montoire. »( elle prétendra cela environ en juin, sur cet écran même ( à condition de tenir les délais ou de ne pas être en route pour l’exil ), et on a le temps de changer d’avis, ou de mots, d’ici là, et même en cas de pire : de changer d’air, n’est-ce-pas?);
Ah , Professor D.Bâ de Hurledent, rien que le souvenir de sa future apparition ici donne envie de se séparer du présent.

« Mais c’est déjà un peu très assez confus ainsi« , dirait l’une des comparses jouant à fracturer/relancer le dialogue, l’inoubliée FRED :  » Ne perdons pas le public – à peine quelques milliers d’abonnés, quelques centaines de lectures régulières, méfiance, ça fond comme une Bourse qui s’effondre -ou moi telle que tu m’as photographiée, la première fois...’

Cependant, ah Professor D.Bâ de Hurledent, c’est banal : certaines anticipations ( de narratif ou d’émotion), c’est l’entrée de plain-pied dans le plaisir du dialogue…

Puis, à ce menu (non un programme, même pas une esquisse : une annonce approximative)…

à ce menu s’ajoute évidemment l’addition (de l’addiction ?) l’addition, l’impudent total des mots, comme une caisse de boutique pharmacienne ou Beurre Œufs Fromages,B.O.F. à Yvetot par exemple, le décompte fait à chaque publication, comptage de ce récit de l’addiction ou comment s’en débarrasser, total qui ne dépassera pas 1000 mots. Aujourd’hui, 735.

Comme ça, c’est pratique, on sait quand ça doit commencer à finir : vers 940-950. Pas la peine d’aller s’offrir un verre, de poser les écrans, patience, ça peut attendre. 1000 mots. C’est déjà beaucoup, ne trouvez-vous pas? Après, c’est franchement trop. Même si, précisément, l’addiction c’est quand « assez » devient « trop« .

Puis, on promet de ne pas dépasser « mille mots » ( non, gardez ce jeux de maux), mais promesse d’addict, n’est-ce-pas, ne dure que le temps de la pose !

——————————————————————————————————————–Didier Jouault pour YDIT TROIS, S3 Teasing 4/4 « La Troupe de M. ». A suivre…Le début de notre nouveau grand RAISSI, populaire et populeux ( il va y avoir du monde sur les balcons), avouons que cette longue série d’attente, à présent suffit. Saint Antoine ( ou Saint Exupéry ?) écrivait -dans ses carnets évidemment perdus :  » Ce qu’il y a de dur dans les préliminaires ne doit pas faire oublier l’objectif ».

(*) Un jeu de mots, voire d’assonances, jamais ne réduira le Raissi.

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episodes à venir, teasing 3/4, autrement dit agaceries anticipatrices : Patience dans l’azur ?..

Des passages comme le précédent, si l’on a bien voulu suivre les déambulations pélerines d’un récit en spirale, des phrases faussement lettrée, des paragraphes trompeusement allusifs, tristement tristounets : oui, ça aussi, il y en aura, mais on se retiendra comme on se retient de trop parler, pour ne pas se faire peur avant la nuit, toujours trop forte, et si lente à venir, la nuit jamais complice.

Il y en aura, je le crains ( je les crains?) des phrases dont les diverses couches exigeront (demanderont ? suggèreront ?) de vous, ici-même, de vous derrière l’écran ( et le seul qui restitue le travail de composition est celui d’un ordinateur…) attendront un peu de vocation à endosser le costume ingrat du mineur, du chineur, de la taupe lumineuse, du chiffonnier ou- pire ? -du professeur de khâgne. Du locuteur masqué à l’heure d’avouer que la narration près du feu est un mensonge offert à l’appétit de l’insomnie ?

Aussi, des paroles définitives ou des formules creuses, de fausses devises et de vrais alexandrins de pacotille, de l’ironie tendre et de l’émotion mal contenue ( excuses présentées par avance), le tout servi à table par l’une de nos habituelles figurantes, qui fera vite et bien, ou well and short, donc il y aura…

Des shorts courts, dans les gares ou sur les tombes d’écrivain à Ferrare, assez pour un

déni de l’immobilité

des robes longues, noires dans l’aube de la foi, des silhouettes ouvertes devant des fenêtres opaques ( des chemisettes ouvertes devant des statues de Pâques?), des jeunes filles vues de dos et pas prises de haut, et le tout très sportif. Les anciens ( à défaut des anciennes) sont coutumiers ( et donc pas coutumières) de ces corps à peine démasqués, trop peu montrés, pour être au net avec la censure – et même aussi le désir ? Corps – symboles ?

Plus que tout,

Longtemps, jusqu’à ce qu’on se tire à 75, solo ou en canon, saluons bien las – car elle fatigue un peu- la troupe incohérente des actrices et acteurs qui tentèrent (on verra s’ils réussirent) d’aider YDIT à se débarrasser de la pire des addictions, celle dont il est la victime (depuis toujours consentante, cette fois)- la terrible addiction  qui est l’unique sujet de YDIT TROIS, si toutefois les petites habitudes détestables du sus-YDIT permettent de croire à un « sujet », autre que mauvais ( qui serait lui m’aime?). Autrement dit, allons-y, ça va être la saison de

YDIT- TROIS, ou comment s’en débarrasser ?

________________________________________________________________________________________________________________Didier Jouault, pour YDIT TROIS, Teasing 3/4, Patience dans l’azur ?( même si franchement l’atmosphère ambiante ne porte guère à goûter ce léger bleu des fumées hivernales, tranquille comme un Margaux pas trempé. A suivre ( les plus anciens s’y habituent) : Teasing 4/4 . Pas trop tôt, bon ? comme disait Saint Jérôme, ou Le bon Duc :  » Le sommeil ni les porcs ne se peuvent regarder de face » (édition de 1789).

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episodes à venir, teasing 2/4, autrement dit agaceries anticipatrices : Elles et quelques autres ? Elles et quelques autres !

Il y aura, donc, pour reprendre et continuer ( mais écrire ou vivre est-ce jamais autre chose? ) :

Des femmes en mémoires déglacées avant de servir sur le papier photo, le casting est en cours, car toutes sont du passé reconstitué par les images, mentales et autres : Tyne ? FRED ? Erika ? On demande à voir ? On en discute en regardant passer les mémoires.

Elles, et quelques autres ont pu faire leur bout d’essai dans la Série 2, « Le jardin de Giorgio Bassani », et parfois même auparavant. Avec plus ou moins de bonheur de lectrice, un peu davantage pour le lecteur. On hésite : trop sortir les photos de leur cadre, ça les use. Les y laisser gâche le plaisir du toucher.

Encore un paradoxe du désir, être sans user.

De nouvelles formes du présent, aussi ( au moins en l’état du projet ) : Nadia, la bonne hôtesse- mais il fait si froid chez elle que toute exposition est auto-punitive, dommage !

, Marie-Lou, la bonne coifeuse, mais on va nous dire qu’on se prend pour l’Arthur cherchant des poux, Michelle, la bonne druidesse ?

Michele, oui, au moins elle : toujours porteuse de la bonne conscience souriante, non mais, YDIT, tu ne vas pas faire çà?

Les trois comparses de la fausse « Agence » du Jardin Bassani, Cécile, Marko, Sergui, qui sont encore aimés, on ne les réengage pas : ils ont été trop parfaits. Ils sont trop chers.

Il y aura les traces d’une tendance marquée au choix privilégié de la narration, donc de l’imagination :

Des actions dont le cours incertain ( bourses qui tombent, indices qui escaladent) fait sourire le récitant masqué, jadis narrateur incertain, peu habitué aux vagues de haute mer…

Des scènes dans des espaces sans drame mais pas sans âme. On pourrait suivre YDIT lors de la tournée des séances de signature de ses œuvres incomplètes ( le succès mondial de la Saison2 n’est pas sans créer de nouveaux devoirs ).

Diverses dérives, ou détours qui sont au récit ce que Cannaregio est à Venise, surtout du côté de Fondamenta de la Misericordia ou même du Campo del Ghetto, et d’ailleurs ce que Rezvani ( qui s’en souvient ?) écrit de Venise, c’est faux,  il ment, il voulait plutôt décrire la Série 3 de YDIT, on cite : « la violence de sa précarité », dans «  une telle somme d’inutile », « Mais ici le vécu demeure », et (puisqu’il s’agit de Venezia), on verra des labyrinthes où se perdre est bienfaisant. Même si l’on observe le plan de Venise comme le visage d’une grand-mère qu’on sait ne jamais revoir avant qu’elle meure. Car le pire lieu où se perdre ce sont les méandres intérieurs .

Des passages comme le précédent, faussement lettrés, trompeusement allusifs, tristement tristounets; oui, ça aussi, il y en aura, mais on se retiendra comme on se retient de trop parler, pour ne pas se faire peur avant la nuit, toujours trop forte, la nuit, lente à venir. Et d’ailleurs toute écriture est-elle rien d’autre qu’une tentative malhabile de jouer avec le sommeil, le soleil, venu, pas venu ?

Aussi, des paroles définitives ou des formules creuses, de fausses devises et de vrais alexandrins de pacotille, de l’ironie tendre et de l’émotion mal contenue ( excuses présentées par avance), le tout servi à table et d’une main leste par l’une de nos habituelles figurantes, qui fera vite et bien, ou well and short, donc il y aura…

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Didier JOUAULT, pour YDIT-TROIS, teasing 2/4, autrement dit agaceries anticipatrices : Elles et quelques autres. Pour la suite, question de patience. André Breton n’écrivait-il pas :  » Mon Dédé, t’impatiente pas dans ta cave de Rantanplan, avec tes faux biftons, tes fafiots bénis et ta porte étroite, tu finiras papiste «  (notes inédites, recueillies dans la table de nuit d’Aurore).

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YDIT- TROIS : Saison 3 Episodes à venir, teasing 1/4, autrement dit agaceries anticipatrices : LSD à France Culture ?



YDIT – TROIS / S3 Episode TEASING 1/4. LSD à France Culture

“A 75 JE me tire ”

Quand on marche, dans la campagne  autour de « Chez Nadia« , ça peut servir de se munir de LSD, au moins dans les oreilles.

LSD, « La Série Documentaire », sur France Culture, les sujets d’enquête les plus divers, mais toujours une identique entrée en matière, une minute trente, sur ce qu’il y aura dans les quatre épisodes, cette semaine.

Bonne idée, un peu comme pour un menu d’un soir avec invités ( les soirs sans invités, suffit le brouet monacal de marcheur solitaire).

YDIT -TROIS, série 3 ( certaines voitures aussi, les plus en haut du luxe, ont des «  séries », ici on saura plafonner l’ambition à la dimension du modeste )(Croyons-y !).

Il y aura une limite fixée avant même de commencer à jouer : «  A 75, je me tire », slogan ou horizon ? 75 degrés Celsius ? 75 pages de Maurice Sachs ? 75 marches pour descendre chez les Caves ou monter jusqu’aux Oiseaux ? 75 euros /an l’abonnement à YDIT-BLOG ?

Il y aura les éléments aujourd’hui les plus controversés d’un texte narratif : des personnages. Oui, c’est dangereux pour l’image : toujours difficile à trouver dans les collections personnelles, ou sur le net. Quasiment impossible à composer sur mesure- d’où la démesure choisie des illustrations, en général décalées, menteuses, ironiques. Même, on rencontrera des narrèmes, ramassés à la pelle, il y aura ( pour mémoire, si on ose dire: le narrème est au récit ce que la fréquentation des étoiles est à l’astronome, ou l’astrologue, c’est pareil, ça raconte le passé ou le futur, peu importe, ça raconte. Que « ça » raconte est justement le problème) il y aura du Récit, du Rassi, du Voici , du RAISSI, en somme.


Et parmi les personnages , dans la distribution actuelle –

YDIT- déguisé en vieux détective sans pipe. En fait, on cherche encore son costume. de s’aime. De sème. De scène. De Seine.

Totor, polygraphe panthéonesque. Il succède à Voltaire des Séquences Publiques d’Oubli, qui s’est décommandé, fatigué de ses apparitions en vieux chat lors de la « Série 1 », celle des SPO. Parti, Voltaire dit V3, marcher ou rêver d’autres horizons

pour son âge

Didi ( surnom goguenard de Denis le Diderot) a été pressenti par la prod qui vend la Série même en URSS, enfin chez les Russes. Il hésite : ses convictions sembleraient de plus en plus archaïques, dit-il, le conduisant à craindre le ridicule dans un monde sans Catherine et sans Grandeur – et l’on peut craindre qu’il ne se trompe pas.

A vue d’œil, la LUMIERE s’archaïse, l’Encyclopédie se rationne,

Jacques se défatalise, résigné plutôt… Il y a fort à faire dès lors pour l’autopsie du futur ! Jadis, une comparse d’YDIT aurait murmuré, lasse : « Encore une de ses formules pour brosser le vent dans le sens du poêle, rien que de la fumée sans jeu ».

Des Frères, on en verra sans doute un peu : un vrai, des faux, un vrai défaut, les frères ? On en trouvera, des Frères, c’est ce qui globule, circule, nodule, bascule, conciliabule, bidule, animalcule, annule, postule, préambule, récapitule …( j’ai sauté plusieurs écrans du dictionnaire de « Je-rime.com! », conseillé pour les matins de détresse, de bouillabaisse, de hardiesse de Hadès, de prouesse avec larronnesse sans richesse mais pas sans noblesse, ou même de pataquès car un sot-l’y laisse sans promesse). Des Frères et aussi des Sœurs – mais pas beaucoup.

Peut-être un  père blanc, aussi ? Mais ses apparitions en clochard ivrogne et démasqué lors de la Série 1 ont suscité des reproches.

Des femmes, enfin, habillées en mémoires déglacées avant de servir sur le papier photo, le casting est en cours, car toutes sont du passé reconstitué par les images, mentales et autres : Tyne ? FD ? Erika ? On demande à voir ?

De nouvelles formes du présent, aussi ( au moins en l’état du projet ), sans doute, il y en aura : Nadia, la bonne hôtesse, Marie-Lou, la bonne coiffesse, Michelle, la bonne druidesse. Les trois comparses de la fausse « Agence » du Jardin Bassani, Cécile, Marko, Sergui, qui sont encore aimés, on ne les réengage pas : ils ont été trop parfaits. Ils sont trop chers.

________________________________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT , pour YDIT-TROIS Saison 3 Episodes à venir, teasing 1/4, autrement dit agaceries anticipatrices : LSD à France Culture. A suivre ( jusque là, ça va ? Arthur Cravan, entre les cordes, aimait à dire -sans retirer son protège-dents : « ejzkdpmlezq« …

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YDIT- TROIS : Ainsi qu’annoncé, tant de fois, exactement 14 , voici « Préviously », c’est le n° 15, joli chiffre, et voila que s’achève la longue (mais jamais assez longue, car la mémoire est plus courte que la vie, tel fut le drame terminal de Bassani) série anecdotique et sensible des PREVIOUSLY – « SPO » et Jardin de Giorgio ,Bassani ». Au cœur (mot choisi) des 99 posts du « Jardin de Giorgio Bassani », il y eut cette apparente coupure de la fuite à Taxos. Ce fut la publication mise en ligne, telle quelle, le 22 aout 2020 – en ce jour, revenu à Paris, je vis que j’avais 70 ANS. En ce jour là, oui. Ca y est , voyez-vous ? Les séries s’accordent pour une certaine continuité, la mienne, celle du récitant, la vôtre celle des patient(e)s. AU moins, sur un mode PROVOCATEUR ( mais écrire c’est affirmer l’IMPUDEUR MAJEURE ), ce jour là encore, le soleil se regardait en face. Donc, « replay » : ce fut, c’est encore, ce ne sera plus : ENTRACTE  6/6 /PIQUE NIQUE A TAXOS, sixième et dernier mot,  le nu vêtu et dévêtu par on ne sait pas trop qui même (et aujourd’hui on a bien tous les droits?)

IMG_1079 ENTRACTE  6/6 :

PIQUE NIQUE A TAXOS, sixième et dernier mot,  le nu vêtu et dévêtu par n’importe qui même ( et aujourd’hui  justement on a bien tous les droits?)

Perplexes depuis le coin de la rue, l’essentiel dans le regard, les Hôtes Absents mais attentifs suivent activement le sein du dessein comme les pérégrinations mentales ou plastiques du Narrateur.

« Fais gaffe, dit Jérémie le psy, dont Germaine désormais se fait accompagner partout, elle en rouge qui enrage, lui en bleu éblouissant, jolis comme une sortie de tranchée Garance, accompagner depuis que tout le monde peut grimacer des dents sous son Covimasque, fais gaffe, te mettre à nu dans l’atelier de Taxos sans réserve ni même un pagne au détour d’un sentier de chèvres, te faire portraiturer l’Integral Épiderme par des personnes de rencontre à la moralité incertaine, t’asseoir sans rien pour te couvrir dans l’immense lumière de l’autre terrasse ( les voisins Achille et Nausicaa ne sont pas encore arrivés pour l’été), c’est donner peut-être la viande à déchirer par les  chiens asociaux et simples des réseaux… »

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D’accord, poursuit-Il, on sait bien que ces poses sont pour le regard précis de quelqu’une, et pas seulement pour toi, mais je te le dis l’ami qui sent l’anis, le thym, la myrrhe et le cabri, et le répète, te montrer ainsi mis à nu par tes faciles rencontres jamais ne dément le chiffre pas secret d’une blessure que toute exhibition narcissique avoue sans réserve…Et, ça, terrible.

Le galimatias pédant du voyageur me fait rigoler, je lui sers un nouvel ouzo, le troisième, qu’il méprise en écrasant de glaçons, et remplis la coupelle de cacahuètes grillées. Trois ouzos, trois mousquetaires, trois poses ( la même et cependant une autre ?)

 Entre temps, CLAUDE avait envoyé un texto : «  C’est amusant ici, sur l’île, j’ai bavardé avec un Moldave qui tend des fils de clocher à clocher, près du musée vide consacré à la poésie des Cyclades. Finalement on va dîner ensemble, aussi  je dois venir plus tôt chez vos amis absents, et pas plus d’une heure. Nous mangerons la lumière d’été sur votre terrasse et je sais comment manipuler une image pour -avec du jour-faire la nuit. Préparez le vin, j’apporte le geste, Vale. »

TAXOS appelle d’autres images ?… Il se peut que les mémoires photographiques s’emmêlent un peu dans le souvenir et l’imaginaire du Narrateur, et que l’illustration malicieuse de cet entracte anticipe sur la reprise à venir du récit majeur : « Le jardin de Giorgio. Bassani ». On ne peut pas en vouloir au Narrateur Spéculatif d’être un peu un Raconteur Alternatif. Pendant l’entracte, on peut encore rêver un peu à la suite du scénario, comme si tout n’était pas déjà donné, puis l’annoncer par un clin d’œil : voici donc ici la future Erika de Mantoue. Saluts à Erika (toujours bienvenue quelle que soit sa langue !)

Le foyer du théâtre fait autant de bruissements et de ruines qu’une pièce de Shakespeare mise en scène par un lecteur de Kafka et joué pour le club  » Bonjour la comédie » d’un Camp de jeannettes (si jamais cette sorte de choses a le malheur d’exister encore). Il est difficile d’y tenir une conversion qui ne se bornerait pas au décompte des bulles dans la coupe.

-« Cependant, grogne V3, dit Voltaire, faux frère s’il en fut, pourtant, naguère quand l’heure venait de projeter les images de contes ou de voyages, et je m’y connais, il fallait changer la bougie, au moins avait-on le temps de regarder. A présent ( il tapote l’écran de son vieux doigt d’écrivain mourant, néglige l’aspersion d’hydroalcoolique) il suffit d’une pression pour qu’éclate le corset de la mémoire ». Et le corps se libère alors. »

V3 fait défiler des images où, c’est juste, on ne peut pas regarder YDIT Le Narrateur Spéculatif sans sortir son masque, son face-à-main, son pinceau à caviarder le trop montré. A nouveau je souris : poser du noir sur du noir, couper juste à temps, barrer d’un trait coloré ou nier d’une touche rose, n’est-ce pas tirer le regard vers ce qu’on refuse de laisser voir, et qui ressemble du reste ( s’il en reste !) si stupidement à tout ce que tout le monde peut voir ici et partout?

Je n’ai, ajoute YDIT, de pudeur que pour mes histoires du dedans,

« Sur les illustrations de YDIT, d’accord, c’est la balade tête lâchée, oui c’est l’entracte (qui touche à sa fin, notez ! ) mais on se demande, murmure Germaine, on se demande tout de même si tout ceci ne devient pas super, comment dire, scolaire? Tout à l’heure, ne m’en veuillez pas, YDIT, si on vous laisse faire, vous allez nous assourdir de synecdoques sournoises ou de métalepses coquines, sans oublier cette écolière ribaude, l’anacoluthe, toujours  à chercher une liaison!« Serait elle purement visuelle ? Monter pour descendre?

-« Et on attend mieux -ou bien pire encore, ricaneV3, – de vous que la pédanterie tartinade en WordPress, et Même en WordPress deux fois par semaine, ça fait beaucoup, ne trouvez vous pas ? »

LA VENGEANCE DE LA FILLE EN SHORT ?

-« Le type tant et trop de fois montré à poil justement aujourd’hui, et pourquoi pas soixante-dix fois ( on sent que ça ne lui aurait pas complètement déplu à Vassiliki), c’est un peu la vengeance de la fille en short, non ? L’exposeur a son tour exposé,  bien fait, bien joué ?«

YDIT, que rien n’affecte pourvu qu’on parle de son texte, car c’est encore la plus habile manière d’éviter qu’on parle de lui, reconnaît que l’illustration pour lui à chaque publication, se donne seulement avec un certain sourire, un sarcasme attendri dénué de cynisme ou d’amertume, un jeu de contrastes, de démentis que l’image oppose au texte, et, comme il perçoit la renaissante lassitude chez Germaine, préfère laisser les comparses ripatonner en scène.

-« Quelquefois quand même », ajoute la Russe Vassiliki ( ah, retrouver ici son accent de Verveine poussée en Sibérie est un bonheur-du-jour sans mélange, bonheur des personnages Renaissants et Résistants) , quelquefois et même un plus que cela, on sent que vous avez eu la flemme. Vous écrivez cheval et montrez une selle, des naseaux, même un facteur, fastoche… »

Les plus fidèles des ZadYdits ( ainsi se sont désignés entre eux quelques lecteurs qui se retrouvent au café Georges Bassane, rue Belles Fleurs ) savent toutefois que s’il évoque ( on se demande pourquoi !) une gaie voltigeuse, plutôt qu’un si léger Degas ou un troublant Toulouse Lautrec, Le Narrateur Spéculatif montre plus volontiers une belle image de Percheron bien rond, quoique non buveur, lui.

Des fatras de ce méli-mémo du foyer dramatique, YDIT reprend, et répète que, à ses propres yeux, l’écran propose à chaque fois, à chaque post, une construction d’échos mensongers  texte-images menteurs vraiment, de préférence en contradiction et en défaut grave de sérieux. Hélas, la lecture ailleurs que sur le site originel, WordPress, déclenche des cascades imprévues de décadrages et glissements, mais on peut encore tirer malgré tout le fil du sens et des contresens que l’effort long de mise en page tente de produite, au moins de suggérer.

-« Chaque mot publié est un coin de peau dévoilé, sourire en sourdine, et gamineries en prime. À cet âge, on croit pouvoir tout se permettre, murmure avec bon sens Germaine, on n’a plus trop de temps pour le reste. »

IMG_3626Mais chut, le drame reprend sur la  scène.

Aujourd’hui même s’achève un certain entracte. Le temps s’élève il est temps de rire.

 GENDARME ! VITE, VITE, VITE :  TROIS COUPS ! RIDEAU !


Didier JOUAULT , pour YDIT-SUIT,  ENTRACTE 6/6 : PIQUE NIQUE A TAXOS, sixième et dernier mot, le nu vêtu et dévêtu par on ne sait pas trop qui même (et aujourd’hui on a bien tous les droits?). FIN .

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