Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n°97, ( Replay pour enchainement) : Le souffle de papier porte -t-il la lumière d’une langue tiède ? ( Marina 1/3)

 

 Le souffle de papier porte -t-il la lumière d’une langue tiède ? ( Marina 1/3)



AVERTISSEMENT :

A l’approche de la centième, des souvenirs et des images peuvent attenter à la sérénité de personnes entre 4 et 81 ans (avant on ignore, après on a oublié) en particulier avec la distance implacable  de « l’ironie »,  et surtout si l’on regarde les mots ou qu’on lit des images.


 

Germaine, c’est tout elle! , se demande pourquoi Ydit n’est pas là, malgré ce qu’il a dit (et dirait, s’il était là?). Ce n’est pas dans ses habitudes, surtout après plus de 120 publications, de manquer un rendez-vous.

Que va t-on dire à tous ces gens venus ici pour écouter la disparition de la mémoire ?

 

Sauf, suggère la trouble Vassiliki, « sauf s’il a été retenu par l’une de ses étudiantes? »

-« Il paraît, note V3 non sans une complice malice, « que certaines savent trouver la bonne posture pour arrêter le départ ? »Marina 1 amalia Ferrer serreiro

 

 

Puis, tout de même ( à son age, cela s’admet, dirait Ydit avec une forme de tendre compassion), Voltaire dit V3 s’agace :

« A la question de l’absence ou à celle de la faille  dans le récit promis, pas de réponse, et pas de doute, le doute, c’est agaçant. »
-« Et s’il avait trompé de porte, propose Vassiliki, trompé de couloir souterrain, entré par erreur dans la cellule d’un voisin, et hop, paf, bang? »

img_3346André Maynet, Mine de riensIMG_9119

Pour Vassiliki, toute disparition dénonce une possible défection, les ‘Organes’ le savent, tu te lèves, tu pars, tu passes le mur et -hop, bientôt plus de Mur …Et le monde également s’effondre ? ajouterait Ydit, mais Ydit ici n’est ni ne dit.

-« Et pourtant, et pourtant, » chantonne Germaine, que l’espoir jamais ne quitte, car sa vie est solide comme un horaire de chemin de fer,

-« Mais pourtant », qui, dit l’un?

-« Et si on lançait un vibrant appel? »  dit l’une

Ils font une   annonce   en trois couleurs.

monsieur-prevot-culture-sens-moral-culture-patriotisme-accueil de goupe SNCF3 dames SNCF sur quai

 

 

 

 

 

 

Tout de suite, sort de la foule, comme une fouine à l’aube, et de l’ombre, comme un poisson dans l’eau, une sorte de messagère vaguement douteuse, déguisée en amazone qui porterait un costume inspiré de l’oiseau.

« Ah, c’est vous dit-elle, ça fait toute une séquence que je vous cherche, c’est sûrement vous… Il m’a dit, ‘Vous verrez, Marina, l’Infernal Trio, l’infernal agglomérat, ça se repère…

 

…d’abord une Grande Rouge qui Grogne, espèce de Gardeuse de Gare égarée, inquiète comme un contrôleur en habit monté dans le train de 12h34 à 12h21, mais celui-ci est parti depuis 11h11, ce qui – admettons le – devient sujet de préoccupation sur le sens de rotation de la terre…

 

 

...puis une ébauche usée de vieillard jeune, il ressemble de plus en plus à une vieille demoiselle qui n’aurait pas la langue dans sa poche mais bien pendue, et capable de tous les grands écarts, et qui en gagne en bonne mine, joyeuse souplesse, et gaillarde répétition…

 

…enfin un échalas de sexe indistinct et  d’incertaine origine mais d’accent slave (ou balte?), un peu douteuse dans les ébats du débat et les suivis des débuts, mais solide ( au fond) sur son projet ( sa mission, même) de rééditer (pour finir?) un rapport sur les activités du Père pour les services »…

 

L’Indicible Agrégat (dont l’acronyme amphigourique est : IA) s’étonne, s’ébroue, s’esbigne, s’étiole par anticipation, menaçant de refuser le paquet puis lâchant une décharge en bonne et due forme.

On regarde, on touche, on palpe, on sent, on questionne : C’est d’Ydit? C’est Didi?

c pain et fromage

Papier cadeau ouvert, des feuillets, un volume, un mot.

 » Désolé, vraiment, les filles, 

pas eu le temps de vous prévenir,

je pars d’urgence en vacances,

mais j’ai confiance,

vous ferez le job sans moi,

YDIT « 

UN volume :

L’édition  date de 2003 et le folio de 2006. Mais l’une des mentions manuscrites (p.202) fait état du

« Dimanche 7 aout 2011 Près du phare »

L’écriture est à la fois solide ( les attaques, le 7″ et une certaine  inhorizontalité de ‘2011’, très peu de lien entre les lettres )

La quatrième de couverture pose un double repère pour Ydit : l’étiquette « Occasion » et sa couleur singulière indentifient la grande librairie ( parisienne en ce cas) dont les six étages permettent de chiner beaucoup de bons livres déclassés par leur défraicheur. Ici, une autre étiquette marque l’insolence de la ‘solde’ : 2 euros ( et près de 700 pages, c’est donné, on peut en lire de travers quelques unes)  et porte trace de la date de mise en rayon. On devine que la présentation sur l’étalage, pour attirer l’œil du promeneur, contribue à l’acte fortement impulsif de l’achat de volumes plus ou moins carrés.marina 4

 

 

L’état général est un aveu ; le volume a longtemps -ou souvent- été promené, selon cette habitude qui étonne encore plus d’une : il est rare qu’on puisse croiser Ydit sans un livre à la main, serait-un volume épais pour une attente courte, une station de métro, un fauteuil de dentiste. Pour ce volumineux roman imprimé en corps 11, on pourrait probablement estimer la lecture globale  entre 14732 stations de tramway ou une rude randonnée solitaire en montagne, et une longue semaine de convalescence immobile après un accident de chasse ou de scooter des neiges …

…et beaucoup plus si le lecteur, encore fatigué, laisse l’habituelle rêverie parallèle interrompre le fil vertueux de son parcours.

Mais le lecteur n’était pas un chasseur ni un scooter.

L’émotion, en feuilletant chez le libraire ce volume fané- qui narre l’usure d’un monde et les bonheurs amers d’y avoir échappé- provient des mentions infrapaginales dont la première : « Près du Phare. Dimanche 7 aout 2011 », à l’encre bleue.

C’est en Français, les dates ne correspondant pas, on ne suppose pas que le scripteur soit Virginia dans une promenade au phare, c’est  peut-être une lectrice elle aussi nommée Marina? Presqu’involontaire, longeant par la suite le fleuve proche, on guette ces pierres trop coupables et complices pour emplir les poches si l’on entrait dans l’eau, car la mémoire de l’une est l’avenir de l’autre.

-Encore une de ces allusions incompréhensibles, s’exclame Germaine, sauf par les associés de la Hogarth Press qui ont reçu en cadeau de noël un volume de trente-deux pages, illustré par Dora Carrington, Two Stories, deux textes,  ‘Trois Juifs‘ et ‘La marque sur le mur’!

Ensuite, on voit aussi, page 459, en perpendiculaire au texte imprimé, une mention manuscrite encore à l’encre bleue, qui réfèrerait à un anglo-saxon( d’où les écarts entre les différentes lettres), parfaitement bilingue : – le premier mot est mal déchiffrable : « Soleil? Sonil? Souil ?, la suite est claire :  » me 10 ao 11 11h1/2 pm ».

Bilingue, mais pas au point sans doute d’identifier les tropes auxquels fait allusion un écrivain très soucieux de la langue :dans la phrase, page 142 , deux mots sont soulignés à l’encre bleue (… »la commisération qu’elle ressentait non seulement à son propre endroit mais  pour l’espèce humaine tout entière, son cas douloureux valant, par cette sorte de synecdoque ou d’hypallage pour tous sans être une manière de se plaindre comme un homme »(…)IMG_9131 2

La lectrice n’a construit que peu de traces pour l’ensemble du livre, dont l’épaisseur rassemble cependant plusieurs centaines de milliers de signes et davantage encore si l’on ajoute les silences, les reprises de respiration à l’issue d’un chapitre, les grignotements de chocolat indispensables en raison de l’effort d’endurance, les remontages indiscrets des bas sur le point de filer à l’anglaise, les retournements de situation et sur le matelas nu, reprises de maquillage en quittant le sauna éteint, et des balancements imperceptibles, quoique  virtuellement nauséeux, du TGV.

Dans le train, des grands pères souriants et saisis en pleine digestion de l’Histoire, ancêtres  à mœurs et morales peut-être douteuses, accompagnent (ou surveillent?) leurs petits-enfants que la découverte du monde ( et des voyageuses en train de lire en short dans le train court ) enthousiasme encore, pour quelques dizaines d’années, ce qu’Ydit comprendrait, s’il n’était pas enfui en vacances.

Le désir vient de l’imaginer, Marina, et s’impose alors cette figure  du roman, la jeune étudiante devenue amante, dans ce livre elle parle souvent nue dans le lumière d’un drap, parcourue de caresses et traversée de mots, elle aussi venue de cette terre limousine. Maîtresse si jeune et si audacieuse, figure libre de ses actes, posée devant les figures rigides, douloureuses, mais radieuses des aïeules de Corrèze, bien loin de toute histoire de mots, de tout  rivage et de tout voyage…

…pour enluminer les pages d’heures où ne sont vraies et profondes que les aïeules, leurs amies, leurs maris, leurs marins, leurs univers de la terre paysanne.  » Nous sommes ici, ensemble, au cœur de cette nuit d’hiver, plus nus que nous ne l’avons jamais été, et que nous ne pourrons jamais l’être, si tant est qu’un homme puisse être aussi nu qu’une femme qui s’abandonne » (p.652).

De façon exceptionnelle, la marque n’est qu’une imperceptible pliure en haut de page. Impossible, alors, de savoir ce que (page21), la lectrice voulait retrouver ou signaler. La superposition des femmes, l’arrière grand’mère Bugeaud? L’amoureuse juvénile, Marina? La poétesse, Marina Tsvetaïeva qui dérobe son désespoir en choisissant la corde?

Le point central est Marina, partenaire du corps et d’apostrophe tout au long du long roman, était-ce le passage ‘repéré’ page 21 : « Je regarde Marina se déplier dans le crépuscule d’hiver , plus nue qu’elle ne l’a jamais été, même quand elle approchait tout à l’heure son pubis de ma bouche, la tête renversée en arrière, les yeux clos, lente et lourde, possessive, triomphante ? »
     Mais, probablement, le tout début du chapitre 4, page 289, le personnage puissant et livré de Marina offre -t-il, dans son impudeur, la clé en négatif des autres femmes du livre, et de la vie « en général » mère, grands-mères, grands tantes, et surtout l’immense nostalgie ( vive amertume ?) de l’écrivain en regard du monde et des valeurs disparues :

‘Je t’entends déjà dire qu’on ne peut plus être déshonoré, aujourd’hui, et donc que nul n’est honorable, l’honneur, le sang, la pureté, la gloire,

tout ça remplacé par les droits de la personne humaine’ , nu s'en tete revu 2

 

 

a murmuré en souriant Marina, qui avait à ce moment les cuisses encore ouvertes et humides,

 

gardant cette position par une sorte d’impudeur dont je ne savais si elle était une réponse à ce que je venais de dire ou simple abandon à la fatigue des sens »

 

 


A suivre, d’ici peu ( mais sait-on jamais?),  Marina 2/3   Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n°98, Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une langue vivante ?


didier jouault pour Yditblog n° 97

 

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Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n°97, Le souffle de papier porte -t-il la lumière d’une langue tiède ? ( Marina 1/3)



AVERTISSEMENT :

A l’approche de la centième, des souvenirs et des images peuvent attenter à la sérénité de personnes entre 4 et 81 ans (avant on ignore, après on a oublié) en particulier avec la distance implacable  de « l’ironie »,  et surtout si l’on regarde les mots ou qu’on lit des images.


 

     Germaine, c’est tout elle! , se demande pourquoi Ydit n’est pas là, malgré ce qu’il a dit (et dirait, s’il était là?). Ce n’est pas dans ses habitudes, surtout après plus de 120 publications, de manquer un rendez-vous.

    Que va t-on dire à tous ces gens venus ici pour écouter la disparition de la mémoire ?

 

     Sauf, suggère la trouble Vassiliki, « sauf s’il a été retenu par l’une de ses étudiantes? »

-« Il paraît, note V3 non sans une complice malice, « que certaines savent trouver la bonne posture pour arrêter le départ ? »Marina 1 amalia Ferrer serreiro

 

 

     Puis, tout de même ( à son age, cela s’admet, dirait Ydit avec une forme de tendre compassion), Voltaire dit V3 s’agace :

« A la question de l’absence ou à celle de la faille  dans le récit promis, pas de réponse, et pas de doute, le doute, c’est agaçant. »
-« Et s’il avait trompé de porte, propose Vassiliki, trompé de couloir souterrain, entré par erreur dans la cellule d’un voisin, et hop, paf, bang? »

img_3346André Maynet, Mine de riensIMG_9119

     Pour Vassiliki, toute disparition dénonce une possible défection, les ‘Organes’ le savent, tu te lèves, tu pars, tu passes le mur et -hop, bientôt plus de Mur …Et le monde également s’effondre ? ajouterait Ydit, mais Ydit ici n’est ni ne dit.

-« Et pourtant, et pourtant, » chantonne Germaine, que l’espoir jamais ne quitte, car sa vie est solide comme un horaire de chemin de fer,

-« Mais pourtant », qui, dit l’un?

-« Et si on lançait un vibrant appel? »  dit l’une

Ils font une   annonce   en trois couleurs.

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Tout de suite, sort de la foule, comme une fouine à l’aube, et de l’ombre, comme un poisson dans l’eau, une sorte de messagère vaguement douteuse, déguisée en amazone qui porterait un costume inspiré de l’oiseau.

« Ah, c’est vous dit-elle, ça fait toute une séquence que je vous cherche, c’est sûrement vous… Il m’a dit, ‘Vous verrez, Marina, l’Infernal Trio, l’infernal agglomérat, ça se repère…

 

…d’abord une Grande Rouge qui Grogne, espèce de Gardeuse de Gare égarée, inquiète comme un contrôleur en habit monté dans le train de 12h34 à 12h21, mais celui-ci est parti depuis 11h11, ce qui – admettons le – devient sujet de préoccupation sur le sens de rotation de la terre…

 

 

...puis une ébauche usée de vieillard jeune, il ressemble de plus en plus à une vieille demoiselle qui n’aurait pas la langue dans sa poche mais bien pendue, et capable de tous les grands écarts, et qui en gagne en bonne mine, joyeuse souplesse, et gaillarde répétition…

 

…enfin un échalas de sexe indistinct et  d’incertaine origine mais d’accent slave (ou balte?), un peu douteuse dans les ébats du débat et les suivis des débuts, mais solide ( au fond) sur son projet ( sa mission, même) de rééditer (pour finir?) un rapport sur les activités du Père pour les services »…

 

     L’Indicible Agrégat (dont l’acronyme amphigourique est : IA) s’étonne, s’ébroue, s’esbigne, s’étiole par anticipation, menaçant de refuser le paquet puis lâchant une décharge en bonne et due forme.

     On regarde, on touche, on palpe, on sent, on questionne : C’est d’Ydit? C’est Didi?

c pain et fromage

Papier cadeau ouvert, des feuillets, un volume, un mot.

 » Désolé, vraiment, les filles, 

pas eu le temps de vous prévenir,

je pars d’urgence en vacances,

mais j’ai confiance,

vous ferez le job sans moi,

YDIT « 

UN volume :

L’édition  date de 2003 et le folio de 2006. Mais l’une des mentions manuscrites (p.202) fait état du

« Dimanche 7 aout 2011 Près du phare »

     L’écriture est à la fois solide ( les attaques, le 7″ et une certaine  inhorizontalité de ‘2011’, très peu de lien entre les lettres )

     La quatrième de couverture pose un double repère pour Ydit : l’étiquette « Occasion » et sa couleur singulière indentifient la grande librairie ( parisienne en ce cas) dont les six étages permettent de chiner beaucoup de bons livres déclassés par leur défraicheur. Ici, une autre étiquette marque l’insolence de la ‘solde’ : 2 euros ( et près de 700 pages, c’est donné, on peut en lire de travers quelques unes)  et porte trace de la date de mise en rayon. On devine que la présentation sur l’étalage, pour attirer l’œil du promeneur, contribue à l’acte fortement impulsif de l’achat de volumes plus ou moins carrés.marina 4

 

 

     L’état général est un aveu ; le volume a longtemps -ou souvent- été promené, selon cette habitude qui étonne encore plus d’une : il est rare qu’on puisse croiser Ydit sans un livre à la main, serait-un volume épais pour une attente courte, une station de métro, un fauteuil de dentiste. Pour ce volumineux roman imprimé en corps 11, on pourrait probablement estimer la lecture globale  entre 14732 stations de tramway ou une rude randonnée solitaire en montagne, et une longue semaine de convalescence immobile après un accident de chasse ou de scooter des neiges …

…et beaucoup plus si le lecteur, encore fatigué, laisse l’habituelle rêverie parallèle interrompre le fil vertueux de son parcours.

Mais le lecteur n’était pas un chasseur ni un scooter.

     L’émotion, en feuilletant chez le libraire ce volume fané- qui narre l’usure d’un monde et les bonheurs amers d’y avoir échappé- provient des mentions infrapaginales dont la première : « Près du Phare. Dimanche 7 aout 2011 », à l’encre bleue.

     C’est en Français, les dates ne correspondant pas, on ne suppose pas que le scripteur soit Virginia dans une promenade au phare, c’est  peut-être une lectrice elle aussi nommée Marina? Presqu’involontaire, longeant par la suite le fleuve proche, on guette ces pierres trop coupables et complices pour emplir les poches si l’on entrait dans l’eau, car la mémoire de l’une est l’avenir de l’autre.

    -Encore une de ces allusions incompréhensibles, s’exclame Germaine, sauf par les associés de la Hogarth Press qui ont reçu en cadeau de noël un volume de trente-deux pages, illustré par Dora Carrington, Two Stories, deux textes,  ‘Trois Juifs‘ et ‘La marque sur le mur’!

     Ensuite, on voit aussi, page 459, en perpendiculaire au texte imprimé, une mention manuscrite encore à l’encre bleue, qui réfèrerait à un anglo-saxon( d’où les écarts entre les différentes lettres), parfaitement bilingue : – le premier mot est mal déchiffrable : « Soleil? Sonil? Souil ?, la suite est claire :  » me 10 ao 11 11h1/2 pm ».

     Bilingue, mais pas au point sans doute d’identifier les tropes auxquels fait allusion un écrivain très soucieux de la langue :dans la phrase, page 142 , deux mots sont soulignés à l’encre bleue (… »la commisération qu’elle ressentait non seulement à son propre endroit mais  pour l’espèce humaine tout entière, son cas douloureux valant, par cette sorte de synecdoque ou d’hypallage pour tous sans être une manière de se plaindre comme un homme »(…)IMG_9131 2

     La lectrice n’a construit que peu de traces pour l’ensemble du livre, dont l’épaisseur rassemble cependant plusieurs centaines de milliers de signes et davantage encore si l’on ajoute les silences, les reprises de respiration à l’issue d’un chapitre, les grignotements de chocolat indispensables en raison de l’effort d’endurance, les remontages indiscrets des bas sur le point de filer à l’anglaise, les retournements de situation et sur le matelas nu, reprises de maquillage en quittant le sauna éteint, et des balancements imperceptibles, quoique  virtuellement nauséeux, du TGV.

     Dans le train, des grands pères souriants et saisis en pleine digestion de l’Histoire, ancêtres  à mœurs et morales peut-être douteuses, accompagnent (ou surveillent?) leurs petits-enfants que la découverte du monde ( et des voyageuses en train de lire en short dans le train court ) enthousiasme encore, pour quelques dizaines d’années, ce qu’Ydit comprendrait, s’il n’était pas enfui en vacances.

     Le désir vient de l’imaginer, Marina, et s’impose alors cette figure  du roman, la jeune étudiante devenue amante, dans ce livre elle parle souvent nue dans le lumière d’un drap, parcourue de caresses et traversée de mots, elle aussi venue de cette terre limousine. Maîtresse si jeune et si audacieuse, figure libre de ses actes, posée devant les figures rigides, douloureuses, mais radieuses des aïeules de Corrèze, bien loin de toute histoire de mots, de tout  rivage et de tout voyage…

…pour enluminer les pages d’heures où ne sont vraies et profondes que les aïeules, leurs amies, leurs maris, leurs marins, leurs univers de la terre paysanne.  » Nous sommes ici, ensemble, au cœur de cette nuit d’hiver, plus nus que nous ne l’avons jamais été, et que nous ne pourrons jamais l’être, si tant est qu’un homme puisse être aussi nu qu’une femme qui s’abandonne » (p.652).

     De façon exceptionnelle, la marque n’est qu’une imperceptible pliure en haut de page. Impossible, alors, de savoir ce que (page21), la lectrice voulait retrouver ou signaler. La superposition des femmes, l’arrière grand’mère Bugeaud? L’amoureuse juvénile, Marina? La poétesse, Marina Tsvetaïeva qui dérobe son désespoir en choisissant la corde?

     Le point central est Marina, partenaire du corps et d’apostrophe tout au long du long roman, était-ce le passage ‘repéré’ page 21 : « Je regarde Marina se déplier dans le crépuscule d’hiver , plus nue qu’elle ne l’a jamais été, même quand elle approchait tout à l’heure son pubis de ma bouche, la tête renversée en arrière, les yeux clos, lente et lourde, possessive, triomphante ? »
     Mais, probablement, le tout début du chapitre 4, page 289, le personnage puissant et livré de Marina offre -t-il, dans son impudeur, la clé en négatif des autres femmes du livre, et de la vie « en général » mère, grands-mères, grands tantes, et surtout l’immense nostalgie ( vive amertume ?) de l’écrivain en regard du monde et des valeurs disparues :

‘Je t’entends déjà dire qu’on ne peut plus être déshonoré, aujourd’hui, et donc que nul n’est honorable, l’honneur, le sang, la pureté, la gloire,

tout ça remplacé par les droits de la personne humaine’ , nu s'en tete revu 2

 

 

a murmuré en souriant Marina, qui avait à ce moment les cuisses encore ouvertes et humides,

 

gardant cette position par une sorte d’impudeur dont je ne savais si elle était une réponse à ce que je venais de dire ou simple abandon à la fatigue des sens »

 

 


A suivre, d’ici peu ( mais sait-on jamais?),  Marina 2/3   Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n°98, Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une langue vivante ?


didier jouault pour Yditblog n° 97

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Yditblog S.P.O. N°96 / 123 Dans l’attrait de la nuit prend toujours racine la fleur de la terreur.

« Encore un jour qui commence mal », dit un homme dans le public, clairsemé ( mais si on sème davantage, les tiges étouffent en grimpant).

« C’est l’homme, qui semble clairsemé ? » s’interroge la suave Slave, jamais en reste d’une mécompréhension très volontaire, d’une méconnaissance à pointe, puisque c’est ainsi que les hommes vivent.

Ydit raconte ( c’est- on l’aura noté- ce qu’il préfère).

Il avait été nommé depuis peu dans le département. On avait organisé une « tournée » de rencontres. Ce soir, dans un chef-lieu de canton, il avait dîné avec une dizaine de personnages locaux.livres afrique

 

Ils  accueillaient l’arrivant avec les habituelles demandes, et l’offre d’histoires locales : ici, disaient-ils, vieille prune en main…

 

…vers les marais noueux ou les chemins de liège, sorcières et rebouteux  savaient les mots de l’indicible. Mais nous sommes des gens simples, et amants de la Lumière, rien de grave.IMG_5615

« Il est tard, vous savez, on n’est pas à Paris, on se couche tôt chez nous ».

Avant le creux blanc du sommeil, toujours lent à conquérir, les autres étaient partis, laissant Ydit payer seul sa dette à l’insomnie.

A chaque fois, trop tôt, pour l’hôtel.

 

« Inutile de sonner, il y a un code », disait la patronne. Elle ajoutait : « Vous ne trouverez rien d’ouvert, à cette heure, en ville, ni personne, pas même une dame sur un boulevard,  mais il n’y a pas de risque, on est tranquilles, dans nos pays, s’il y avait des voleurs, ils se coucheraient tôt. »

     Devant l’hôtel, la voiture noire du service. Natif d’ici, le chauffeur est au lit en compagnie depuis longtemps. C’est l’heure de ne pas rouler.

Ydit raconte : Si l’on déambulait, on passait la place de la République, ancienne place d’armes, puis on tournait vers la belle médiathèque installée dans le marché aux grains. Alors, on descendait par la rue du prieuré, forte pente au flanc de l’ancien oppidum. sur le parvis

briques mur crevasses

Elle  passait devant les deux hôtels particuliers Renaissance réunis par une passerelle de métal blanc, et le bloc durable fait par la vieille salle de réunion où les nazis avaient installé leurs maléfices en 40, face à la maison close.

 

YDIT :Vite, sans presser le pas, on arrivait en limite de la ville, après le garage Renault et ses grilles peintes en noir. Puis, le sombre silence des prés cachés derrière leurs barbelés. Plus rien, ensuite, sous la nuit de lune mouillée. La question, unique, toujours la même : à quel endroit poser le demi-tour? Ici à gauche, le goudron se fait chemin. Quelques derniers pas, le pied touche la terre, la chair quitte les os, on devient sa propre histoire dans l’immatériel du parcours.

« J’irai jusqu’à cette cahute effondrée. »

Depuis le  creux de la pénombre, dans le coeur des ténèbres, une voix l’interrogeait soudain sans brusquerie, lourde et lente, faite d’humeur simple et de bois chaud :andré juillard

« -Est-ce que vous m’aimez ? »

Ydit raconte qu’il a coupé le fil de la marche.

« Dans l’attrait de ma nuit prend toujours racine la fleur de la terreur. » 

     La femme – mais la voix disait mal son genre- le presse de ne pas entrer : qu’il reste en lisière de la lune sur le chemin de terre battue. Autour, il y a cette odeur que les vaches donnent à la terre grasse d’ici quand elles ne dorment pas, elles non plus.

La voix, depuis son fond de nuit, à son tour raconte.chouette effraie 2 Mais que Ydit, d’abord, veuille s’asseoir sur la souche encore vivante sous sa forme d’orange cou coupé. Qu’il ouvre les nœuds de la cravate de laine, de vent, de chanvre.

Rien ne se passe.

Pourquoi ce silence ?

     Ydit raconte qu’il était impossible d’apercevoir qui parlait sous le toit percé de l’abri. Elle disait : « Je ne mens pas, jamais, sauf à moi-même parfois, si la parole est difficile. Je voyage, on vous l’a dit, que je voyage ? Je bouscule les distances dans le corps d’un effraie, l’oiseau des sagesses anciennes, l’émergeant des lumières d’outre-lieu  dans la nuit des hommes .

    Je suis  le coeur de son  corps en plumets, je vis de mouvements dans l’air, je sais aussi entrer dans l’esprit d’une plante et la déterrer vers sa lumière qu’elle ignore encore. C’est ainsi, mais enlevez votre veston de promeneur innocent, voila pourquoi je peux vous dire  comment un chardon nous écoute, et comment une valériane nous entend, vous et nous, les humains, comment elles jugent nos sarcasmes, nos cruautés. »

     Ydit avait retiré la veste. La chaleur des repas lourds du soir. On ne voyait plus que cet anonymat nocturne des visages qui marque l’insouciance du réel. Des oiseaux épais se posaient sur un pieu, une échelle mystérieuse.

     « Si vous désirez – mais je sais que vous désirez la chaleur, comme tous les hommes, sans connaître les buches ni le feu, alors vous devez sentir le meuble de ma terre sous votre peau… »

     Ydit raconte qu’il délaçait les chaussures, approchait pieds nus. La respiration des vaches s’essoufflait derrière la sienne, profonde. La voix lui conseillait de ne plus avancer, il ne verrait de toute façon rien de l’invisible, sauf les masques menteurs des discours P1200825file  plâtrés, tenus en laisse par des comparses.

 

 

Elle se tait. Ydit s’allonge. Elle dit :

« C’est que je suis une sorcière blanche. Ce que je sais faire le mieux…J’ai embrassé l’aube d’été, moi aussi. Elle souffle fort. Ecoutez ce que je fais très bien pour les gens d’ici, c’est cela qu’attendent les parents, c’est m’asseoir auprès de ceux qui vont mourir et me saluent. Comme vous, ils sont allongés, ils sont en cours d’achèvement, pieds nus, leur paletot lui aussi devient idéal, ils vont nous quitter. »IMG_1429Branly , Sudamérique -costume rituel

 

 

 

 

 

« Ceux qui planent encore entre deux vies, comme les oiseaux, qu’ils hésitent à devenir, enfants et malades perdus par le temps de vivre, alors je m’asseois.

Auprès d’eux je m’assois. »

 

 

 

 

« Je les écoute, je couds mes plumes d’effraie à la peau de leurs trophées, j’écoute lentement comme ils respirent, au milieu des machines sauvages  qui les enchainent à la vie de l’hôpital, à l’illusion que tout corps est durable,

 

et je suis là, griffes paisibles posées à la tête du lit, regard blanc ouvert, seule dressée dans la vacuité de la nuit des hommes,

 

je reste là, personne dans la ville sauf les oiseaux, et moi, mon plumage couvre le mourant et son coma de sa fausse présence, je veille sur  les hésitations informelles de la forme interrogeant sa propre destinée, pas besoin de les toucher, pas besoin de bouger ni planer, je ne leur parle pas, ou presque jamais,

je suis un oiseau qui sait parler mais veut se taire, je leur adresse la parole, ainsi pour vous ce soir, si je perçois que la ligne de  crête d’un coma va les pousser dans l’obscur de l’autre monde, andre juillard 2mais je suis une sorcière blanche, une sorcière des lumières,

moi,

je les retiens alors avec des paroles d’oiseau, des paroles d’effraie, afin qu’ils ne quittent pas le bord de la vie blanche pourquoi

 

je veille, longue veille, pourquoi cette veille,img_2932

et je les accompagne, peu à peu, dans leur  douleur de vivre et leur inquiétude du passage, dans l’instant que pose la durée de la nuit,

dans la faille,

entre être et partir, et les voici peu à peu qui retournent leur regard moribond vers les pâleurs tièdes et mousseuses de la vie…

Le jour se lève, il est temps de vivre. Les mains de la vie respirent comme des passereaux sans poids que le vent abat sur les champs à la place des glaneuses, mais ils ne perdent jamais le sens du vol.

                                      Chaque désir à son tour regagne la cage ouverte, et je me dépouilleIMG_6636

de mon néant.

Alors, au matin sonné, je quitte leur nuit, je quitte la chambre d’hôpital. Dans quelques minutes l’infirmière de garde arrivera,

elle dira la stupéfaction de la rémission, elle appellera l’interne mal réveillé : l’improbable bascule qu’improvisent les vivants qui ont été poussés à vibrer encore un peu selon les flux du sang, et s’arriment une fois de plus aux berges de la lumière. »marina 5

 

Longtemps, le silence occupe l’espace. On sent la veille des vaches, autour, et leur immense sérénité.

Des lueurs apparaissent vers l’horizon

 

 » Toujours je suis là, si les parents ou ceux qui aiment ont fait appel à moi comme ils savent ici, sans crainte et sans douter du réel secret de ma voix, alors, ceux qui naviguaient leur nuit dans l’incertain du coma se laissent conduire par moi du côté de la vie.

     Je suis une sorcière blanche, c’est l’aube, ils vivent, je pars, je me cache, on ne me voit pas dans l’étonnement de la chambre, je pousse mon corps de plumes et de paroles à s’embarquer en silence dans le corps des plantes, dans la silhouette vague d’une promeneuse, et je disparais, à nouveau. »

     Ydit raconte qu’il s’éveille sans lourdeur et sans faute. Il fait froid, il avait trop bu de cette vieille goutte, il a dû dormir, il a rêvé sans doute. Des livres anciens seront venus se réciter eux-mêmes dans l’éperdu de la mémoire où l’explosion des ombres veille en sourdine.

     Les plis du réel coupent le paysage de ses souvenirs, comme les plis de la chair façonnent les parcours émouvants sur le corps – surtout les vieux corps- dont les visages creusés disent les cheminements intimes, leurs désirs, nos repentirs.

     Dans le bosquet ouvert à la mémoire, la sorcière sait-elle où se trouve la clé du blanc et du noir?

Voltaire le sait, il sait tout : « Plus un mot est léger, plus il est clair, et ce qui est grave est clair ». IL demande à Ydit s’il  se souvient de tous les livres ?

Ydit répond qu’il a oublié ce qu’il a lu, ce qu’il a bu aussi, mais qu’il se souvient de tout ce qu’il a rêvé, ce qu’il a défait.

Germaine dit que « sa mère étant à l’hôpital, elle avait aussi invité une sorcière blanche, connue sur les quais. Rien de plus, rien de moins. Mais les trains savent partir à l’heure de l’attente, même quand les rails n’ont pas été passés à la paille de fer du langage. »

Vassiliki hésite, elle se passerait bien de parler ; mais comment échapper à l’indissociable du trio : « Le récit de la sorcière ce n’est qu’invention de la mémoire fatiguée, dit-elle.Puis ajoute qu‘elle a connu des lieux où l’on enrichit à la main la mémoire des coupables. »

Quant à lui, Ydit se souvient  de son AUBE : « Au réveil, il était midi ».


Didier Jouault, pour Yditblog, Séquence Publique d’OubliEs numéro 96


 

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Yditblog n° 95 /122 : l’Excellence c’est le silence dans la distance, (surtout les jours de marché)

Ydit raconte : arrivé la veille du « programme » prévu pour l’Excellence dans sa ville, samedi c’est marché, chaudement vêtu d’EDL et de probité candide, il avait lentement parcouru la ville à pied dans le froid.

A preuve, la Séquence Publique d’OublieS  d’hier,  2 avril , numéro 94 :

Yditblog n° 94 / 121 : l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore-ou presque.

wordpress.com/post/yditblog.wordpress.com/10561


2/   Au matin…

Impossible de se coucher dans le costume de neige : pendant la douche, sur la tiédeur d’un radiateur, Ydit avait déposé le bas trempé du pantalon, le cuir des Richelieu ayant traversé la Bérézina.

Au matin, pourtant pressé en-dessous du matelas comme celui d’un représentant de commerce, le vêtement paraissait avoir fait le voyage jusqu’au bout de la nuit. Les chaussures, malgré la machine à cirer du couloir, portaient de larges auréoles blanches laissées par la neige, comme des traces de mauvaise sueur dans la traversée du désert.

A l’heure, l’Assistante Volumine attendait Ydit à côté de l’accorte d’Accor. L’Excellence serait en retard, c’était la neige. De toute façon, avec ce temps il n’y aurait personne, même jour de marché, on lui avait pourtant dit. En plus comme savait Ydit, Monsieur son Excellence n’entendait rien au sujet du jour, dommage que le Journée Nationale d’Hommage tombe un samedi, jour dans Sa ville. Sans parler des Anglais, « Au fait, c’est quoi cette histoire d’Anglais, IL m’a envoyé un texto hier soir, tu l’affoles pour rien, t’es pénible avec tes vannes. »

Et, sans être indiscrète, elle aimerait savoir comment Ydit avait fait pour plonger tout habillé dans la piscine, pourtant fermée le soir ? « Le temps de passer à la maison pour un petit repassage à la main du matin, si tu veux je te redresse tout le toutim en cinq minutes vite fait? » Le téléphone sonnait : Finalement, l’Excellence serait à l’heure. Pas de repassage vite fait. Une autre fois ? Avec plaisir !

Sur place, quatre Anciens combattants, deux élus d’opposition, huit enfants des écoles (on allait fermer une classe ?) et deux Adjoints vivaient une existence à peu près sereine en faisant subir aux viennoiseries de la cantine municipale le sort d’une contre-offensive dans les Ardennes.fencore un dessert de théatre

L’Excellence avait froid. Volumine posait sur le pupitre de bois ancien la chemise bleue du discours neuf, et ça faisait tout de même beaucoup d’adjectifs pensait Ydit, rêveur.

« Et alors, Ydit, Vous avez revu  mes EDL ? Et…vous êtes tombé dans le bassin Place du 18 juin , hier soir ? »

D’un œil vif et navré, l’Excellence parcourait les quelques mots et chiffres, pour la réponse à la presse, tout à l’heure. Ce matin, la presse : « FroidVal libéré« : « Tous les bassins de la ville gelés, que va-t-il se passer pour les canards »?

Personne d’autre, la voiture de TéléRégion bloquée par les frimas- ou le vaste ennui.

IL traversait la pièce rendue immense par l’absence, serrait des mains, tutoyait un ancien, saluait la maitresse d’école et ses sbires – des gens de l’est toujours à ses basques. Un groupe de femmes, venu des quartiers qu’avait traversé Ydit la veille, s’abritait de la neige en attendant le camion-pizza.lingerie asian girls

 

On le voyait bien , qu’IL hésitait, l’Excellence, à ouvrir le dossier bleu, sortir le discours, « Monsieur le Sous-préfet, Messieurs les Présidents des associations de lutte pour et de combat contre, chers amis », mais le sous-préfet était requis par le déneigement et les amis par on ne savait quoi. Excellence-Maire dans les Alpes de Haute Provence, ça doit être plus rigolo, tout de même?

 

Enfin L’Excellence disait , en modulant son rythme, le discours longuement discuté mot à mot par l’habituel duo : Ydit et « LaPlume », comme si les 2749 mots risquaient de rencontrer un destin dangereux pour celui de l’Excellence ou même de la France.

Souvent, le matin, si tôt, la langue tourne à l’évanescence. On attendrait un moment d’écart hagard : « Sur l’île une file d’hémophiles s’empile et défile ». Mais rien. Les enfants des écoles sont dressés à la Jules Ferry ; on applaudit le discours de la République. Ensuite, ils caressent les jus de fruits dans le sens de la langue. Les adjoints restent, seuls:  » T’es vraiment sympa d’être venu, remarque t’as raison, aujourd’hui c’est marché. »

L’Excellence tend à YDIT la chemise bleue, vide : le discours est resté sur le pupitre, qu’un employé commence à ranger. « On se demande bien pourquoi on vous a fait venir. » Pertinente interrogation. « Et surtout je ne vois pas ce que vous avez bien  pu faire avec votre costume? ».

Ydit à Volumine « On a le temps de passer chez toi pour un petit coup de main? » Elle répond que non, les enfants vont revenir de l’école, et puis ce sera l’heure du train.

Mais, te plains pas,  ça va être un bon souvenir, la nuit et la mission à FroidVal, un truc à raconter plus tard, non?..

Elle s’amuse et cite :

D’un pas lourd dans la nuit, un peu sourd et sans bruit,
Avance l’inconnu, présence demi-nue.

Au retour, le wagon de Première est encore plus froid.


« Bon, dit l’un des comparses, et la suite ? Parce que, pour être sincère, rarement si peu de gens s’intéressent à si peu de choses, non ? »
Ydit : « Ensuite, c’est Menton, la journée mondiale de la lecture chez les nonagénaires, et pour accompagner l’Excellence, c’est plutôt Raffa, Raffa c’est le roi des Fables de La Fontaine chez les grabataires des Alpes de Haute Provence, ou encore, les bons jours, il fait aussi les versions des histoires d’eaux pour les institutrices en retraite à Bormes les Mimosas. »
« On comprend, murmure l’invérifiable V3, on comprend qu’il ait fait si belle carrière ! »


Didier Jouault, Yditblog 95 , L’Excellence c’est le silence dans la distance, surtout les jours de marché

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Yditblog n° 94 / 121 : l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore-ou presque

Ydit :

« Dans les angles d’un couloir, se rencontre l’Excellence. »

Germaine, telle une vieille de village découvrant un exemplaire originel de l’Encyclopédie en Persan, ricane. Selon elle, des formules amphigouriques, ou même équivoques, ça ne soutient pas le cas d’Ydit ! Surtout en quatorze pieds.dj lecteur dans le désastre

Ydit persévère : Donc, au matin, il rencontrerait l’Excellence, et lui remettrait la chemise cartonnée bleue. Il ajouterait, en verve :

« -Sir, vous l’avez en Anglais.

-Y aura des Anglais?

-Y en aura peut-être.

-Des Anglais? Mais pour quoi faire, des Anglais?

-C’est l’anniversaire, ils ont été du voyage, ils peuvent toujours venir, ce sont des Anglais.

-They can, but they do? s’interpellerait et interjetterait l’Excellence, qui avait été bon élève de Mlle Jeanne en Sixième au cours Saint Péguy d’Arc.

Ydit confirmerait, ça frémissait (des rumeurs sales), il y aurait des Anglais, et surtout du Cheshire, avec leurs chats  et des sourires à la Chester Himes, La reine des pommes.

L’excellence enfin s’alarmerait (outre qu’il n’aurait définitivement jamais compris la moitié de ce que disait Ydit) :

ET mes EDL, ? Ils sont en Anglais aussi?

Ydit répondrait que non, aujourd’hui, c’était pour les handicapés, mais ce fut  aussi la date des Anglais ici jadis.

D’accord, d’accord, les handicapés, mais tout de même pas des handicapés anglais descendants des Anglais de jadis, quand même? D’ailleurs, ils en ont aussi beaucoup, des handicapés, les Anglais, au fait ? »

L’échange serait interrompu : les premiers invités entreraient dans la salle, peu nombreux, mais il suffit d’un-on le sait- pour que le spectacle commence.

Et donc ? s’inquiète La Slave, pour qui un public c’est d’abord un procès- héritage culturel indépassable. « Avec celle-là, pourrait dire germaine, même en hiver il y a toujours une fosse à creuser. »

 DONC – ( si une logique jamais promeut ses récits ? )(on peut en rêver) Ydit raconte :

1/    La     veille  :

Sur le bord du boulevard de l’Industrie, le pied patinait comme un alexandrin qui aurait marché dans une mauvaise rime :

D’un pas lourd dans la nuit, un peu sourd et sans bruit,

Avance l’inconnu, présence demi-nue

« Tout de même », observe non sans  malice la suave slave, « vous avez un usage licencieux de compter le e muet qui… »
La reine des rails et des quais l’interrompt d’un jugement sommaire comme un destin de Goulag :« Peut-être, mais c’est au moins clair et net, on dirait le brouet de Victor fatigué par sa Juliette ».

Ydit  raconte : « Philippe, le dircab mobile, bourlinguait dans le couloir du premier, marche brève et pensée vive. Même à cette heure du soir tardif, la verrière laissait passer une sorte de lumière venue de la façade illuminée. Et aussi le froid, le frais de la ville, sous les projecteurs.

« La politique, c’est du vivace qui se prend pour du lierre », disait parfois Philippe, au terme d’une audition de l’Excellence en commission parlementaire.

Maintenant, il s’arrêtait  devant la porte ouverte- toujours- de Ydit.

«  T’es tout prêt pour demain à FroidVal ? Tu sais qu‘IL n’aime pas le vaseux quand IL va dans sa ville. Peaufine les EDL ». Puis déjà disparaissait dans l’escalier d’honneur, pur 18ème revu Alechinsky. IMG_4957De la marche cinq, sans se retourner, le dircab finissait :  » IL ne part que demain matin, en voiture, donc tu voyages seul. T’auras le temps de réviser dans FroidVal by night »

Plus tard, Ydit continue, plus tard, des oiseaux blancs à ventres phosphorescents inscrivaient leur droite oblique dans les courbes neigeuses du ciel, et l’on peaufinait les EDL.

Dans le wagon, c’était l’heure à laquelle on comptait les gares, énumérant d’invisibles villes que le paysage du train, brièvement, révélait dans le miroir des nuages.

Germaine demande si, « Aujourd’hui, donc Ydit, pour son langage, choisit le registre de la guimauve saveur cookies et ours blanc au zoo? De la barbe-à-papa ? Du porridge à la framboise surgelée? Elle ajoute- et les autres comparses approuventque si on pouvait éviter l’encre rose »…

Ydit raconte : « A cette heure, en semaine, l’espace de Première était vide. Rien à regarder, pas un visage, pas une main endormie, rien sinon le temps qui marque les coussins rouges. Sur la tablette, les dossiers, dont celui en chemise bleue, pour l’Excellence, le lendemain matin, visite du samedi dans SA ville, et c’est jour de marché- « Il n’y aura surement pas un chat, vu le temps, avait  dit Lactadine, chargée de comm., tout le monde s’en fout, mais tu sais bien , c’est SA ville, et c’est jour de marché… »IMG_8493

 

 

A la gare, dans la pénombre d’une marquise à peine sortie après cinq heures, Volumine attendait Ydit, raconte Ydit.

 

Elle était  l’assistante pour le département, et prenait en charge les affaires municipales, y compris celles du quotidien local dont le tirage et la vitrine dans  FroidVal Main Street avait déjà conduit vers les euphorisants les plus raides bon nombre de passants, et davantage encore de visiteurs.

Il faisait un gel d’hiver de l’est et d’ailleurs c’était l’Hiver dans les vents de l’est. Volumine, sa famille à la maison l’attendait. La prestation d’accueil avait alors été réduite au trajet jusqu’à l’hôtel : « Bonne nuit, à demain  8 heures, LUI arrive en ville  vers 9 heures ».

Ydit raconte qu’il avait « La meilleure chambre, bien sûr, tout est payé ». Hôtesse accorte chez Accor.

Jadis, déjà, et plus tard encore, Ydit reste dans ses bons usages de l’homme seul : ordinateur, courriels, café, presse, lecture sur le couvre-lit, la chambre est un peu fraîche. Ensuite, on l’appelle : « Le dîner, c’est déjà tard, la cuisine voudrait partir. »

Le maître d’hôtel noir et blanc sait donner des couleurs aux invités de l’Excellence : « Une petite mirabelle ? » Le dîneur baignait dans la demi-torpeur du soir, cette étrange lumière pâle et drue, presqu’invisible, des salles à manger d’Hotels bourgeois dans les préfectures de l’est.

Ydit raconte que, pour lui, un lit c’était trop tôt. Mais la FroidVal dormait sur des absences et la neige épaississait les rues. « Non, Monsieur, il n’y a pas de cinéma ouvert à cette heure en semaine, et pour un verre, nous allons fermer, cependant, la brasserie de la gare, peut-être ? ».

Ydit marchait. Pour simplifier le sac du voyage, il portait le même costume nécessaire que demain, lors des séquences municipales présidées par l’Excellence, ce sera samedi, jour de marché. Chaussures de ville.

Dans la neige, par endroits molle et ailleurs gelée, Ydit parcourait l’intérieur de son propre silence et visitait sans peine sa propre absence. Ici, dans le début de nuit, être fantôme devenait banal. Le maitre d’hôtel avait récité les rares gourmandises nocturnes du centre ville, La place de la Métallurgie, l’église XIV ème, le vieux Palais de Justice mais les projecteurs sont en panne, vous devriez en profiter pour en parler au Maire.

Vite, les richelieu s’imbibaient, le manteau de belle laine buvait la neige, l’écharpe d’Ecosse devenait bannière de viking.

Sur le bord du boulevard de l’Industrie, le pied patinait comme un alexandrin qui aurait marché dans une mauvaise rime.

Pourquoi pas, plus loin, presque l’en-dehors, la zone étrange enterrée de silence où l’on a jadis bâti les logements des pauvres? Avec le changement de municipalité, l’impasse Eugène Varlin est devenue rue du Général Leclerc, mais les pauvres n’ont pas changé d’adresse.

Ydit raconte qu’il marchait, incapable d’hotel. Une voiture de gendarmes, glissée sur le verglas débutant, ralentissait à sa hauteur. Errer, ici, de nuit, sous la neige et à pied, se demandait le gendarme Alexandre ? Solitaire dans la zone, un nuisible ? On croyait, à la Brigade : L’excellence est en ville, précaution et vigilance.

Ydit avait tourné vers la ronde de nuit sa silhouette taillée pour la lumière d’un couloir. Même carapaçonnée par le gel, sa vêture démentait le terrorisme à venir, et niait l’hypothèse d’un routard fêtard perdu à la suite de fraternités nocturnes.

A l’intérieur, le brigadier se penchait pour observer sans malice l’inquiétante étrangeté de la laineuse silhouette, faisait un signe, et la patrouille accélérait vers le bonheur des nuits de caserne.

Avec Ydit, raconte-t-il sur lui-même, depuis toutes ces années d’impunités diverses, le bel habit et l’air saint, ou l’air de rien, avaient achevé tous les procès avant même l’idée d’un délit : c’était et ça restait pratique.

Sa bonne mine imposait d’elle même l’évidence du sans-danger, ou préconisait un absolu pardon des sottises de jeunesse, eût-il cinquante ans. Ydit avouait vivre à l’abri de ses cravates.

Tard, mangé par le froid, Ydit avait terminé son tour de ville, places mortes, bancs muets de neige, et même plus de lueurs à la Brasserie de la Gare.

Dans l’hôtel, le veilleur, pour d’autres, aurait dit la violence de ce réveil si loin après minuit, mais on savait que tel Ydit, telle l’Excellence : tout est payé.

Mais la chambre est un peu froide. Et demain c’est marché.


 A suivre, demain :  YditBlog   95/122

 part 2/ Au matin L’Excellence c’est le silence dans la distance


didier jouault   YditBlog n° 94 / 121 :  l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore -ou presque.

 

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Yditblog, S P O n° 93 / 120 « Chérie quel costume j’y me mets ? »

Ydit raconte qu’il était, en ce temps si dépassé, inscrit  dans le costume de  ‘Le Président National’

     Et, fait mine de se demander V3, « ça vous fatiguait les idées, ennuyait la nervure, distrayait la raison, agaçait, menait  à somnolencer, ça vous galopait de galopineries ? »

     Alors,  présider, il raconte,  posait Ydit en face de ses propres intérieurs, et c’était pas toujours bien plié sur les étagères de l’émotion, malgré les injonctions décennales diverses.

     Passer de la tribune au pupitre, regarder les regards des quatre cents délégués pas légers, ça délivrait par avance-dans la nuit- d’un rêve rageur, les insuffisances de l’être. IMG_2757

     Au milieu des heures sombres de l’insomnie habillée de doute, il s’éveillait alors et notait au crayon gris d’étranges formules, sur un petit carnet blanc posé sur la table de nuit noire.

Germaine demande « s’il se souvient desquelles ? Les formules pour déguster les balises de la nuit ?  Il y a tout de même trente ans et plus de cela. »

Vassiliki se gausse et se hausse, elle bosse et brosse ses rapports, elle, c’est beau et confus comme du Géricault. Par exemple, dit-elle, j’ai retrouvé dans votre mémoire :

« La mangouste songeuse ne rêve pas au serpent rageur, mais elle le grignote en lisant Gaxotte ».

Ou encore : « La langouste vaseuse ne corrompt pas le cresson verbeux, mais elle le traverse en disant Saint John Perse ».

Au nom des sacro-saintes  » Lumières »-  vocabulaire dont il n’use que dans le dictionnaire, la littérature ne devant tout de même pas contaminer la vie, surtout avec de stupides formules incomprises, et ensuite devenues de vraies taches sur sa culotte de soie, des sottises de jardin et pourquoi pas de poireaux vinaigrette, ou des machins avec le meilleur des mondes…- donc V3 lève la main : Il n’a pas tout compris. Sans doute est-il encore trop apprenti ??porcelaine FM

Pour avancer tout de même, Ydit raconte :

A lui, tout jeune adjoint, par malice plus que par ennui, le directeur du département avait dit : « Demain matin, samedi, il y a réunion de tous les partenaires dans l’amphi de Creux-la-Ville. Moi, je suis pris à Paris. Toi, tu y vas, tu écoutes, réponds, expliques. Et raconte moi lundi à…disons  8 heures. »IMG_20190307_0007l'escalier monte vers l'herbe

Il en fut fait ainsi.

Sur l’estrade mal cirée, devant des belles dames et d’obscurs messieurs (samedi matin, tous les autres avaient choisi les options Golf ou Esthétique),

 

Ydit, avait dit, répondu, débattu. A la fin, quand on le raccompagnait après les petits carrés de Suisse à l’herbe tendre sur craquotte avec fibres et le Vittel-fraise sans glace, un couple était venu  sa rencontre.

 

     D’ici le bout  du couloir, c’était dit, sinon fini : » l’ACOP du département cherchait son président, le vieux directeur s’était dérobé, Ydit accepterait-il la formalité de se faire élire? On lui promettait peu de sœurs, peu de sueur, peu de larmes, peu d’alarme. »king size noir , badge, valet pique, cartesIMG_20190307_0002

     Ainsi que trop souvent, la curiosité avait mené son train d’enfer en direction d’un OUI.

     Ydit avait alors présidé, davantage qu’attendu. Cela, dans le département,  reposait les autres, un sentiment de vague satisfaction gagnait donc l’ACOP nationale. Le Président tenait à déjeuner avec lui, à Montauban, près d’un garage, lors d’une Assemblée Générale annuelle. « Alors, si c’est pour une œuvre »,  répondait Ydit.

« Toujours êtes vous un élève bon », feint d’admirer Vassiliki, au point d’en perdre à nouveau des brins récemment noués de sa grammaire élémentaire du Français de prolixité.

     Ydit raconte : Selon les sages usages de l’ACOP, il  avait présenté sa candidature à l’Assemblée Générale, ainsi que sa belle mine, un costume propre et un langage bien repassés mais sans cravate, et on l’avait élu sans barguiner au Conseil d’Administration. Dans le département le vieux directeur s’amusait de son Adjoint, Ydit travaillait, parcourait le samedi les « Régionales »,

     lisait dimanche les budgets et projets, avec ce sérieux distant et amusé qui laissait un peu mal à l’aise des interlocuteurs familiers du Premier Degré.

     Ensuite, la Secrétaire Générale et le Trésorier Principal  de l’ACOP voulurent eux aussi déjeuner avec lui, comme s’il eut été une midinette en chaussettes ou un  tablier sans bavette. Ils construisaient l’Assemblée Générale de l’année suivante, cachés dans une discrète brasserie de Cherbourg : On adorait Albert, le président, mais il se fatiguait, buvait sans doute un peu trop dans les cocktails, et pas seulement, bref, Ydit devait accepter une charge de vice-président, et se préparer. Il y avait bien RADOC en starting bloc, mais on verrait. Et puis, RADOC…

     Germaine : « On le connaît, à présent, notre Ydit, je parie qu’il a dû répondre qu’il manquait de temps, qu’il avait déjà une famille,  et aussi du travail, je suis sûre qu’il a dû aller chez le coiffeur rue des Beaux-Arts, relire Proust sans retard, s’acheter des Churros maquillés à la crème de noisette, revoir Godard, froisser d’un geste pictural son paquet de Camel sans filtre, et hop  le voila vice-président, un petit quart d’heure plus tard. »

     Ydit reprend le récit : L’année d’après, à Laval, car l’ACOP visitait les terroirs comme une cour, l’Assemblée générale devait  sagement prolonger son ‘bureau’, pas de surprise.

     La veille, dans l’hôtel où chacun songeait sur son propre avenir et celui plus vaste de l’ACOP, Albert-le-Président était venu frapper à la porte d’YDIT. L’accompagnait le Conseiller du Ministre invité habituel. Secrétaire Générale et Trésorier Principal approuvaient la démarche, c’est tout dire. On avait bu du jus de tomate (Ydit) de l’eau de rose (le Conseiller), un triple Talisker (Albert). « Conclu ? Il valait mieux rester entre amis ». On se retirait dans la chambre comme on va saluer le soldat inconnu d’un briquet Bic un jour de brouillard. A suivre.

     Une lourde nuit plus tard ( Germaine craint le surgissement récurrent de la langouste vêtue en  mangouste, hôtes patauds des songes à pinces,  mais non), ils étaient à nouveau tous les trois dans un  couloir sombre menant à la tribune.

     Car dans les sous-sols la pénombre peint les portraits de la lumière sur le canevas du désir, et jamais de repentir possible. IMG_20190307_0004Albert-le-Président s’arrêtait, disait qu’il avait réfléchi à la suite de leur échange. Il s’arrêtait, donc. Il n’en pouvait plus. Il n’en voulait plus. Il refusait que RADOC, non RADOC, c’était le passé, il fallait qu’Ydit fût le futur. Albert passerait la main à l’issue de l’assemblée, Ydit devait prendre la suite, pas à discuter. Il valait mieux rester entre amis, bâtis de l’égalité, la fraternité. Le conseiller non plus ne discutait. Ni personne, ce n’était pas les usages de l’Assemblée.

Ydit répondait aux interrogatrices de la presse régionale, dans la journée – Oui, oui, le Président serait là pour le rapport moral, et il se préparait.IMG_20190307_0003
Vassiliki se demande « si, mais on le suppose, on le craint, on le regrette, Ydit avait remarqué les longues jambes couronnées, quand marchait l’interrogatrice, de petites fesses dans l’offertoire du jean’s trop serré ? » « Propos d’un autre temps!«  proteste Germaine, et Vassiliki   se replie et se renie.

Ydit revient à l’essentiel : le marrant du narré.

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     Pour se remplacer soi-même, devoir unilatéral, et compléter l’équipe, un nouveau Vice-président s’imposait. Lors des années ou des tournées, on avait observé le bon Gérard : c’étaient eux deux mêmes, lui et sa femme, d’ailleurs, qui avaient attendu Ydit en bas de la tribune, craquotte ail et fines herbes vert-pré en main, lors du tout premier samedi à Creux-la-Ville. Depuis, en train, on avait bavardé vacances, bains nus dans un lac de montagne,- « Gérard adore ça ! », liberté/fraternité, puis pensé aux avenirs.
Ce soir, après le dîner, trop de mots et trop de mets, Ydit  prenait la route de leur chambre. Gérard serait l’affaire et ferait bien. Ydit  raconte qu’il pensait en marchant à comment dire, « Chance » ou « Travail », il avançait lentement, silencieux.

Il arrivait derrière la porte, posait le geste sur son visage.

     De l’autre côté on disait : « Gérard, mon gros, tu sais bien, élever le papillon c’est promouvoir la chenille, et je peux avoir plusieurs orgasmes d’un coup ! »

     D’un peu plus loin, Gérard ne commentait. Silence.

     Il posait ensuite la question majeure : « Au fait , chérie, quel costume je mets demain pour l’assemblée ? Le noir ou le bleu? Je sais pas bien. »

     On l’entendait se rapprocher de la cloison. Il continuait : « Et la cravate, tu penses quoi? La  rayée ou la rouge avec des points ? Remarque, tu vas me dire que ça dépend de la chemise ? Silence. C’est vrai que ça doit aller ensemble, hein, Chérie?.. »

     Il était à présent, Ydit le sentait, juste devant la penderie, derrière la porte.« D’ailleurs quelle chemise je mets, tu crois, pour demain, Chérie??  C’est vrai,  faut que ça aille avec le costume, en fait, c’est mieux ?  Lequel je mets, alors,  tu crois, le bleu ou le noir? Chérie? »

Ydit raconte : Gérard,

je le voyais en jarretelles noires sur peau blanche,

je le voyais debout en God Save the Queen,

je le voyais en fumeur caché dans les toilettes du lycée,

je le voyais, ribaud raté  piquant les carottes râpées  de son grand frère de pointes d’ail fébrile,

je le voyais remontant le  boxer-short à fleurs mauves et braguette en sourdine,

je le voyais cachant d’une main commode des revues indicibles mais pas invisibles,

je le voyais en Schubert qui cherche les arrêtes,

je le voyais lisant Proust en commençant par la fin ou Céline en oubliant Pétain,

je le voyais en médiathèque ravagée par les tornades sèches de l’absence.

Germaine conclut : « Et donc, naturellement, vous avez rebroussé chemin, sans même frapper ? »

YDIT RACONTE QUE  » Vous et moi nous allons

Comme s’en vont les écrevisses

A reculons, à reculons »

( Guillaume Apollinaire, Le Bestiaire ou cortège d’Orphée, 1911)


didier jouault   pour   Yditblog   n°93    Chérie quel costume j’y me mets ?

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Yditblog SPO 92/119, Lorsque cinq ans auront passé, tu sais parler, mais c’est tout seul (scène 3/3)

RAPPEL : Séquence publique d’oubliEs numéro 91/ post numéro 118 : De grandes baies vitrées dépourvues de rideaux, il faut avec peine les occulter.


Pour la troupe »Le carré du Pré », c’est la vaste tournée à L., deux représentations, à commencer samedi soir par le théâtre municipal, bondé.

« Ce soir tous ont bien joué« , dit Sergio « Même l’ami, même Anne ». Le maire approuve, c’était mieux que le Paris-L., dernier match de foot, 4 à 1, une vraie dégelée, et puis ces masques, ces costumes, la musique de Raval, enfin Ravel. Il se lève, clique son verre, dit merci, merci, trois fois merci. A la revoyure.
La troupe est pauvre : il faut partager la chambre, lits jumeaux à l’hôtel du cheval rouge. Sergio veille à éviter tout mélange, pas d’Anne près d’Ydit : demain on joue, sans mercurochrome ni sparadrap!


Yditblog SPO 92 spot 119, Lorsque cinq ans auront passé, tu sais parler mais c’est tout seul (scène 3/3)


Dimanche, c’est matinée, et alors en matinée on joue, c’est tout.
En route, une voiture se perd.

Pas étonnant, si le Sergio conduit comme Ydit décrit, observe Germaine.

Pas de riposte.
On se perd, dans les corons, sur les ruelles tracées de rêve plat et de pavés. On ne voit aucune indication, il faut tourner ici, inventer le chemin, c’est par là, non ?..

Le trop lourd déjeuner à la Pizzéria de la Mairie passe très lentement, mais on dégrise- en partie. On redit son texte. On perspective ses gestes.

On révise comme un étudiant à la maison, ça régresse.IMG_20190226_0015

Dans les détours du labyrinthe émouvant, la groupe atteint la salle de l’Association des Amis du Fond. Sans doute en raison d’anciens usages miniers, on la nomme « Salle du Déversoir ».
Debout, on y avale d’autres desserts, un coup de rouge, Saumur-Champigny éventé, pendant qu’on prépare la comédie de vesprée.

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De grandes baies vitrées dépourvues de rideaux, il faut avec peine les occulter.

Deux ou trois projecteurs qui vont étouffer la lumière. Des chaises en métal encore empilées.

Une poussière grise et comme fébrile traverse chaque rayon de soleil, qui la pèse.

« Rien n’est grave, Ydit », rassure Sergio : « Sur chaque scène, ton geste apprend à l’espace ce qu’est la réalité d’un geste. »

Anne, à l’arrivée, avait dit que tout ici paraissait atteint de désert. OUBLIe abandonnée : Anne le souvenir de la honte, Anne de B. , le tout petit appartement crépi de faux-plâtre aigu, les pointes au mur près du lit étroit où l’on naviguait nus. Comme on s’agitait un peu, ainsi que d’usage en cette sorte de circonstances, les aspérités du revêtement griffaient la peau plus vite encore que le rythme du désir. Quittant son lit, Anne de B. devait se maquiller au mercurochrome et se réparer au sparadrap, ça faisait un peu session de clown pour enfants leucémiques dans les hôpitaux de Nevers.

Sergio, qui aimait tricher avec les mots pour paraître réfléchir, répondait que c’était « justement ça, le théâtre, l’essence de tout livre : il n’y a rien, l’absence, le vide et soudain c’est si rempli de mots qu’on pourrait croire à la réalité de l’existence, enfin presque, si on avait un peu bu », et il vide son verre. Sur la porte on avait lu cette unique affichette : 15 heures, matinée, club théâtre, le dramaturge assassiné par les franquistes, et les comédiens de Paris.

Des paravents figuraient les coulisses, les toilettes servaient de loge, on était prêt à entrer en scène ainsi qu’on écrit : corps et paroles dans une apparente vérité, qui confine vite à la stupidité.

Sergio, raconte Ydit, avait du goût pour ces formules creuses, qui éblouissaient de leur charge vide les plus jeunes des filles dans la troupe.

Un peu avant l’heure, c’est le silence de la scène. Personne, dans la salle.

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Photo de ugur uu011fur sur Pexels.com

De la cour vers le jardin, on s’adresse des signes, on interroge Sergio, masqué pour son rôle. On écrit des testaments, on attend, on récite des lettres d’adieux devant notaire, IMG_20190226_0017on va monter la tranchée. Sauf que l’en face est vide. Vers qui diriger la baïonnette du regard ?

C’est un peu après 15 heures qu’entre une jeune femme avec son air timide.

Elle pousse à peine la porte d’un spectacle sans doute commencé, mais qui l’espère, et elle ne le sait pas. Elle retire ses lunettes, si elle en a.
« Ainsi va la vie », aurait dit Sergio. Elle observe la salle où les chaises disent un avide questionnement à l’absence. Une esquisse de départ, elle s’est trompée sans doute? Mais voici que Sergio sort du paravent: « On va commencer ! »
Elle s’assied au quatrième rang, présente des explications. « A l’Université, le théâtre, son mémoire, l’auteur, elle voulait tout voir de lui, elle avait raté la troupe, à Paris… à Paris , elle avait voulu voir la pièce, et la voici donc, elle avait pris toute cette route, dimanche, matinée,pour la troupe, jusqu’au coron de L., pas facile à trouver la salle, riait-elle, on se perd dans les ruelles, pas de fléchage, excusez moi, c’est combien la place au fait? »

Enfin elle comprenait que, seule, et eux tous, en face, sur la scène venus ensemble, elle seule, c’était insolent comme un spectacle de toros  pour une reine anglaise. Elle proposait qu’on en reste là ? « Le carré du Pré » s’exclamait, reprenait l’ombre derrière les paravents, et proposait à la spectatrice de donner les trois coups.

Et la voici elle qui regarde, seule, installe son attention, fouille la source des mots.

Tous les autres jouaient leur scène.


Vite, les corsets montraient les poitrines sous l’étoffe des paroles : le texte échappait, les scènes dérivaient, on improvisait dans l’humeur tiède qu’offrent les fins de saumur-champigny. Elle riait, sur scène on s’apostrophait, mais c’était pour ne parler qu’à elle, la femme du quatrième rang. Un doigt l’interrogeait, un geste l’interpellait, qu’elle vienne sur scène, elle répondait en silence : ‘non’. Ils insistaient on ‘filait’ du texte et défilait les mots. C’était comme de raconter un rêve avant même de s’en éveiller. IMG_20190226_0018Ils l’invitaient à jouer un rôle nouveau dans leur scène, en détournant les mots de l’auteur.

Elle se préférait en spectatrice, on la comprenait : jeux de soi sans réserve, répliques inventées, demi fous-rires mal retenus, la comédie poétique s’habillait de ses costumes de farce aimable, des capitaines de polichinelle croisaient des Sganarelle en dentelle, ça n’aidait à rien pour le mémoire à l’université, mais la spectatrice éclatait de rire, quittait son rang pour gagner une place près de la fenêtre.

La représentation avait duré deux fois plus longtemps, à la fin ils avaient longuement applaudi leur spectatrice, lui avaient offert la dernière part de gâteau.

Ydit raconte : La jeune femme est repartie. On range, dégrisés, les accessoires que cette ‘dernière’ sans public rend à leur vanité. On empile les chaises froides. Plus tard, on apprendra que l’Association des Amis du Fond avait oublié la date et l’information.

Réinventer soudain, pour un seul instant, pour une seule mais venue de loin, mais ici venue pour cela même, réinventer la partie, reprendre en désordre les mots appris pour donner autrement les mêmes gestes, alléger les corps contre le poids de sa propre mémoire, et – surtout- réinventer à chaque minute un texte qu’on disait écrit, transformer le passé en mémoire, raconter le mensonge comme un étourdissement rieur, c’est exactement cela, ne croyez vous pas, écrire des OUBLIeS ?

Sauf, dit Voltaire, sauf que tout ce fatras  de L. fait un peu too much  sérious, is not? 

Germaine, « Oui, on croirait que vous rêvez de « Ecrire pour la postériorité » (Ambition d’une autre sorte »).
But, ajoute V3, « Il est grand taon d’oublier les piqures d’antan »(Sérénité)

D’autant, dit Germaine, inspirée par la scène, le théâtre, le dramaturge assassiné, le mur portant des gouttes saignées d’Anne, ou par le pur esprit devin du saumur-champigny : d’autant que « parler c’est marcher devant soi » (Un Dernier mot ). (*)


(*) Ces trois citations : Raymond Queneau, « Les Oeuvres complètes de Sally Mara », L’imaginaire-Gallimard, 1989, p 357 et 360.


didier jouault        Yditblog  92/119       Lorsque cinq ans auront passé, tu sais parler, mais c’est tout seul (scène 3/3)

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Yditblog SPO 91/118 Lorsque cinq ans c’est oublié : Orage au Déversoir (scène 2/3)

Rappel Séquence Publique 90 :  Ydit parle, mais sans récit : trahison des attentes.

Vassiliki proteste : Elle doit un rapport pour les Organes, la Russe, aucun autre motif à sa présence ici. Et depuis le temps qu’elle parcourt à grandes enjambées la broussailleuse mémoire d’Ydit, comme un Mongol galope sa steppe, elle avoue que ça fatigue, le doigt du souvenir sur la gâchette du devenir, non mais.

On dirait un maître de danse préparant ses cours à la « galerie de sculpture », la ligne s’aligne?

 

C’est vrai, des fois, le bredouillement narratif, récits et paroles autour des filles, comme si leur nudité pouvait dépasser le reflet de l’absence ou du silence, bons à rien.

Germaine-des-rails : « Ydit, quand vous parlez des filles qui passent, comme tout à l’heure, on dirait Dante mis en viager par Béatrice, ou de l’Eluard réduit aux caquets, c’est léger comme le foie de Verlaine après l’absinthe. »

 


Lorsque cinq ans c’est oublié,  Orage au Déversoir, suite : scène 2 sur 3.


Ydit raconte : Il dit  qu’il avait vingt-cinq ans ( ou davantage ou peut-être moins ?).

Par hasard , il avait rencontré Sergio, aléatoire mais puissant patron d’une troupe mêlant vrais amateurs et plus ou moins faux comédiens nourris par leurs voix dans les doublages de publicités pour les pâtées pour chien et les slips DIM.

 

Cela se nommait « Le carré du Pré« . Tout le monde ignorait pourquoi.

« Toi, mon petit mignon », avait dit Sergio, tu vas nous faire « l’Ami » : tes yeux de singe et ta silhouette de lièvre, c’est parfait, pour faire un Ami ».

Initié de cette sorte, le jeu semblait une fable. D’ailleurs, continue Ydit, on pourrait, « Le singe et le lièvre« , vous ne croyez pas ? Les auditeurs  : non, ça ne se peut pas. On attend une OUBLIe. Notre dessert d’un repas nommé fidélité.

Ydit raconte que Serge avait continué à tenter de la convaincre : « Quand tu feras l’Ami, tu verras, c’est un rôle souple et rigolo,  et dans la troupe nous avons des filles qui jouent, des auteurs qui cancanent, deux ou trois jeunes premiers dépassés par les mèches grises…c’est notre théâtre du Pré ».

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Ensuite, dans une salle municipale froide et traversée de pénombres, on répétait, à six ou huit, de 20 heures à minuit, et seule une poursuite un peu essoufflée donnait une profondeur à ce  champ.

 

On lisait assis sur le bord de l’estrade, on bougeait avec le sobre vitesse des soirs d’hiver, on pénétrait dans le geste d’un autre comme l’accident touche son platane. Puis on sortait de la lumière ronde, chacun estompait sa peur de paraître sous les forces du geste appris, et tous s’imaginaient connaître la réplique.IMG_8533parrain-eglise

« Tu crois que tu apprends un rôle, mais ton rôle tu ne fais que le réciter, tu le connais déjà, il est écrit par le monde pour toi, ton rôle, » grognait souvent Sergio, dont c’était la philosophie assez bègue.

 » Je t’avais dit, soulignait Sergio, c’est la vie, sauf que t’es tout nu dans le loges. «  Souvent, Ydit ne comprenait pas.

« Il devrait nous demander », murmure Germaine, « nous on est … »Le haussement d’épaules de V3 maquille l’adjectif en silence.

Pour finir (car répéter c’est se préparer à finir, criait souvent Sergio) , « Le carré du Pré » avait donné quelques dizaines de représentations, dans deux théâtres.

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Après le jeu, c’était difficile de baisser le ton, la voix, le corps, raconte Ydit : ils allaient boire des bières et mâcher des croque-monsieur.

 

Ydit avait connu Anne, dont le mur crépi de pointes, près du lit, donnait aux jeux de l’amour et du bazar une perspective de mercurochrome et de sparadrap.

 

 

Germaine demande si cette Anne était bien  celle dont le  derrière étroit se scarifiait du sacrifice dans son lit réduit, dos, d'anneon l’inverse, pour le lit et le derrière, mais peut-on parler d’un derrière quand on est sur le devant de la scène? Et, au fait,  Anne paraissait-t-elle nue hors de sa fenêtre, vrai modèle qui expose les traces de l’amour ? tatouage-fleur-3

 

 

 

 

Non? Alors, peu importe le sparadrap, pourvu que la griffure soit tenue secrète, selon Germaine. Vassiliki ne saurait qu’approuver : dans la blessure, le meilleur, c’est le secret et l’essentiel est le silence.

Ragaillardi des sentences slavo-ferroviaires, Ydit reprend le récit que ces inutiles paroles ne parviennent à dérythmer. Il précise : Anne ou Françoise, ou Martine, toutes les filles de cet âge portaient les mêmes usages de s’inventer un prénom.

Germaine s’interroge : Martine comme Tyne ?

Ydit s’agacerait un peu. Mais  la décision de modeler ses OUBLIeS (une lettre de plus et on lirait: des PUBLIS…) inclut la dérision, comme l’attention des auditeurs inclut la défection.

V3 de demande, soliloquant à son usage, si tout cela vaut donc la peine? Le public proteste. On veut une suite.

 

Ydit raconte : « Tous les souvenirs mentis par la mémoire parviennent à s’unir dans une chaine faite de purs anneaux, une chaine de temps qui vient du passé et tend vers l’avenir. Les souvenirs sont des trains poussés entre deux gares par une locomotive dont le chauffeur est fatigué, mais le charbon ne manque pas. »

Et le théâtre du « Carré du Pré » ?  interroge la Russe, peu sensible aux digressions ou aux images  sauf celles des rapport en bonne forme.
Ydit qu’au printemps, ce fut la brève tournée à L. Sergio avait le maire pour ami d’enfance. En chemin dans le combi Volkswagen, on moquait la rudesse louvoyante des paysages, terres plates bousculées de terrils, un acné d’adolescent.
Ou comme la peau d’Anne contre son mur après vos efforts ?

Ydit : Samedi, ce fut nocturne dans le théâtre municipal, à guichets fermés : les comédiens provenus de Paris et l’auteur engagé formaient la promesse du soir.

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Ydit n’a pas le souvenir du texte.

Il a pu le répéter longuement, le jouer quarante fois, puis les mots se sont estompés sous les nouveaux venus, palimpseste jamais gratté, comme si, dans le scriptorium gelé par l’histoire qui passe, les doigts gourds du moine avaient refusé toute lame. IMG_8510Pour parler de soi le récit s’allonge sur un lit de feuilles mortes, ce sont les souvenirs froissés, les brouillons refusés.

Cependant, restent l’immense chaleur du plateau dans la salle comble, le dos trempé  de sueur ou d’acier, les durs bonheurs de l’eau glacée pendant le démaquillage,

 

…puis le vin trop frais du dîner en l’honneur des artistes dans la Brasserie du Marché, c’est la Municipalité qui invite.

 

« Ce soir  tous ont bien joué », dit Sergio  » Même l’ami, même Anne ». Le maire approuve, c’était mieux que le Paris-L., dernier match de foot, 4 à 1, une vraie dégélée.

Il se lève, clique son verre, dit merci, merci, trois fois merci. A la revoyure.

La troupe est pauvre : il faut partager la chambre, lits jumeaux à l’Hôtel du Cheval Rouge. Sergio veille à « éviter tout mélange, pas d’Anne près d’Ydit : demain on joue, sans mercurochrome ni sparadrap? »

« Dimanche, c’est matinée, et alors en matinée on joue en forme, c’est tout.
En route, une voiture se perd…


(*) voir Tyne  https://wordpress.com/post/yditblog.wordpress.com/10193


A suivre : Yditblog SPO 92/119, Lorsque cinq ans auront passé, tu sais parler mais c’est tout seul (scène 3/3)


Didier Jouault,   pour   Yditblog   91/118    Lorsque cinq ans c’est oublié : Orage au Déversoir (scène 2/3)


 

 

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Petit rappel de l’acte I en attendant le II 91/ 118 ) : pour demain ??

 

Yditblog SPO 90/117 Lorsque cinq ans c’est dépassé, 1 : hagard de triage

Yditblog SPO 90/117 Lorsque cinq ans c’est dépassé, 1 : hagard de triage

Citation

Yditblog SPO 90/117 Lorsque cinq ans c’est dépassé, 1 : hagard de triage

 

     Depuis une heure, voix trop perchée, geste volubile, ce vieil YDIT tente de démarrer une histoire, rubrique « OUBLIe » pas mélancolique, ou d’attirer une attention sur la métamorphose de la parole.

     C’est comme d’attendre un plat de gourmand à la table trop alourdie chez un restaurateur gastronome,  fébrilité des couverts comme des hallebardes dans tous les sens. Alors que, servie sur un plateau, la vie, ça se consomme sans zeste ni olive, cul sec, juste un geste.IMG_4467

 

V3 : « Oui, ça fait longtemps que ça parle, ça dure. »
Vassiliki :« Non, ça fait longtemps que c’est dans le mur, c’est dur« 

Germaine lève les yeux au ciel, les deux autres comparses l’agacent, elle se décide à  prendre  la pause.

Elle abandonne la machine à rayon rouge  dont le tic-tac silencieux permet le contrôle des parcours dans les trains, de mesurer l’âge des souvenirs, la dimension des espérances.

« Et tout ça, dit, elle« , tout de même assez loin d’un phrasé durassien. Puis ajoute : « Je l’ai déjà dit (oui, murmure Ydit) voyager en croyant arriver quelque part est la plus archaïque forme de l’illusion. Trente trois ans d’initiation aux voyages, alors je sais de quoi je parle. »

 

Tout le monde la regarde, sur le quai. On avait des facteurs à cheval, des douaniers lisant Rousseau, mais pas encore de contrôleuses abonnées à Socrate, 33% de réduction avec la carte Merveille.

« Parfois, relance Ydit…mais on l’interrompt si vite que son parfois devient jamais .

Germaine : « Toute cette histoire ne sonne pas juste. A votre place, je passerais à une autre OUBLIe. Tant pis, on ne saura pas ce que vous tentiez de raconter. Mais on ne voit pas qui ça dérangerait ? »

Pour Ydit, une fois encore, raconter c’est mentir. Plonger les mains dans la mémoire, ce n’est pas ouvrir le coffre des pirates guillerets à peine fatigués de leurs abordages sabordés.

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Se souvenir, c’est lâcher un rhinocéros de chasse à l’entrée d’un terrier depuis longtemps oublié de ses propres mineurs.

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Derechef, V3 lève les yeux au ciel.

Ydit s’arrête. « Pourquoi ce silence ? »

Vassiliki : « Vous cherchez un souvenir? Alors, vous cherchez des histoires ? »

Ydit raconte qu’il hésite. On est dans la centième séquence publique d’OUBLIeS, presque cent-vingt publications. Une  histoire de trains, encore? Métaphore si banale de la vie roulée ?

Germaine, pour tout dire, franchement,  préfèrerait qu’on arrêtât un peu de lui casser les rouilles avec les rails, qui se recoupent et s’égarent, ou les passages à niveau entre deux montagnes pour jamais crues infranchissables. Et toute cette sorte de balivernes pour vieille baderne sortant du mess un soir de carême.

Ydit suggère : « Le mari de Berthe, et l’étude de marché pour lancer une revue littéraire ? »

 

V3 : « Si on parodiait ? « La mémoire est la paresse de la cervelle », ça vous irait ?

Germaine, se prenant au jeu :« Ah oui, la mémoire est la maîtresse de la cervelle« , pas mal.

V3 : « Sa caresse, sa rudesse ? A la cervelle? La mémoire ?« 
Vassiliki, sans avoir identifié la source ( ce qui est le pire malheur d’un agent trouble) : « Le grimoire est la jolie fesse de la dentelle ?« .Ou alors:  » La crécelle est le miroir du désespoir ? »

V3 se gausse, s’esclaffe, il s’oublierait presque à ricaner en silence, si le silence, pour un écrivain, même philosophe, n’était pas la forme même du ricanement. « Ma pauvre, il faut tout de même que ça ait du sens, même si votre cervelle en dentelle fait assez tonton flingueur. »

 

Vassiliki, désormais lancée dans la découverte irraisonnée des plis intime de la langue :« Le ciboire est la finesse de la bretelle », c’est bon ou pas ?

Germaine :  » Et que diriez vous de: « Le grivois est la jolie fesse de … »

Ydit, continue à chercher à peindre sur le motif : « Je pourrais aussi réciter L’époque ancienne, il y a si longtemps, où l’on prenait prétexte de sortir le chien conjugal pour appeler l’amante depuis une cabine téléphonique ? »

Vassiliki la Russe : « Le droit des remords, vous avez, dans les OubliEs, vous ? Chez moi, le remords, son petit nom est Lubianka. »

 

YDIT : « Ecrire, c’est toujours s’excuser ? Vous savez bien, surtout en langue slave ». Un silence, il médite. « La morale est la faiblesse de la cervelle« , c’est la source. « La mémoire est la compresse de la cervelle, »ça vous va? »

La Russe, les auditeurs s’en doutaient, rappelle qu’elle est à la disposition d’Ydit quand il veut solliciter son pardon, autrement dit : écrire.

Elle doit un rapport pour les Organes, la Russe, aucun autre motif à sa présence ici. Et depuis le temps qu’elle parcourt à grandes enjambées la broussailleuse mémoire d’Ydit, comme un Mongol galope sa steppe, elle avoue que ça fatigue, le doigt du souvenir sur la gâchette du devenir, non mais. C’est vrai, des fois, le bredouillement narratif, ça suffit. Des fois.

 

Ydit, observe l’arrivée d’une rame de banlieue. « Tiens, rêve-t-il, de menues gardeuses de temps venues de La Ferté, ou Farmoutiers,  assez tendres et tendues, traversent l’ombre sèche que le mouvement de vivre laisse sur son passage dans les gares et les départs, ou dans les cales des cargos pour en route pour l’entropie. Comme l’ébauche d’une herbe projetée sur un mur blanc que la lumière a rendu bavard ? A propos de mur… »

Ydit semble avoir trouvé le sujet. Ouf .« On pourrait aussi, peut-être, dit-il , se souvenir de la honte, Anne de B. , le tout petit appartement crépi de faux-plâtre aigu, les pointes au mur près du lit étroit où l’on naviguait nus. Comme on s’agitait un peu, ainsi que d’usage en cette sorte de circonstances, les aspérités du revêtement griffaient la peau plus vite encore que le rythme du désir. Après l’amour, Anne de B. devait se maquiller au mercurochrome et se réparer au sparadrap, ça faisait un peu session de clown pour enfants leucémiques dans les hôpitaux de Nevers. Belle OUBLIe, non ?« 

« May be, it could be worst », selon V3 – anglophile malgré l’époque, mais – hop- c’est déjà trop en dire, et voila  encore une cartouche de passé tirée en vain vers le présent du récit. Et puis, avec le train de banlieue… »

Ydit récidive, essaie de chauffer la loco sans bouillir le choco : « Elles passent, elles courent, leurs silhouettes déjantées tentent d’attraper le métro, le bus, un tram,  elles passent soudain, élastiques et tendues, fluides au milieu de la lourde densité de l’univers, posées partout en uniques explication des univers,

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Photo de Oleksandr Pidvalnyi sur Pexels.com

 

 

je les regarde couvert par mon air si  niais d’observateur bénévole, elles courent vers la porte qui va se fermer, toujours les portes expriment leur absurde et binaire désir, ouvert/ou fermé, on voit d’elles sur les quais du monde un pur moment de mouvement, l’immensité joyeuse de leur mobilité sans retenue, de leurs silences pour rire, et ce sont des instants de grâce et de stupeur,

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toutes ces années après encore ma surprise et mon bonheur, elles passent dans le cœur immobile de ma tendresse,  jouant la comédie de leur fuite, et je les vois dans leurs vérités, elles vont, courent et se vengent.

 

 

Quelle émotion pour elles, que je méconnais, que tant de métros aient malicieusement clos sur elles des portes impénétrables, et transformé en clôture presque monacale toute issue de secours possible. C’est beau. »

Germaine : « Ydit, quand vous parlez des filles qui passent, on dirait Dante mis en viager par Béatrice, ou de l’Eluard réduit aux caquets, c’est léger comme le foie de Verlaine après l’absinthe. »

– V3 : « Ou la foi de Verlaine après l’absence? »

– « Ah, toujours le mot pour fuir ! ET si l’on pouvait dire la poésie de la vérité depuis le quai d’une gare ou le wagon de queue, Ydit, mon pauvre, ça fait longtemps que vous seriez le Platon du Paris-Coulommiers ! Mais c’est pas demain que vous allez faire votre entrée vivant dans La Pléiade. »

Alors ?

Alors, faut voir.

Mais, sur la Pléiade, et sur les portes ouvertes ou fermées, ou sur un petit copain de cet homme dont ‘la morale est la faiblesse de la cervelle’, vous n’avez pas perdu « BOUSSOLE » au moins?

Vassiliki, l’agent double, sans un trouble,  s’assied sur les bords des  fenêtres, s’allège du paraître,  dans la salle des pas perdus, regarde venir, fin sourire, un peu lasse, mais ça passe.

 

V3 tire sa montre du gousset où elle se mélange aux billets à ordre, à son âge on a le temps…La drôlerie des vanités…On fait la lecture publique, après tout, parfois, en son temps, c’est aussi bien de raconter les souvenirs des autres ?

Ydit, avec la lenteur prise pour développer les caramels à un franc distribués par le  boulanger près du collège, villa du Pré, lit :


« Le directeur de l’Institut français de recherche en Iran, éminent orientaliste, fulminait dans son bureau au point de le quitter, d’arpenter le vestibule en hurlant  » C’est un scandale »! et provoquant immédiatement la panique chez ses employés : la douce secrétaire(…) se cache derrière ses dossiers, l’informaticien plonge sous une table un tournevis à la main, jusqu’au débonnaire secrétaire général qui se trouve une cousine ou une vieille tante à appeler urgemment et se répand en d’interminables formules de politesse, très fort, au téléphone.

SARAH ( sur le seuil de son bureau, inquiète). Mais que se passe-t-il ? Gilbert, ça va ?

MORGAN ( le foudre à la main). C’est un énorme scandale, Sarah, vous ne savez pas encore? Accrochez vous ! Quel affront pour la société savante ! Quelle déroute pour les lettres!

SARAH ( vacillante, apeurée, la voix blanche ). Mon Dieu, je m’attends au pire.

MORGAN (heureux de pouvoir partager sa douleur ). Vous n’allez pas y croire : ils viennent de virer Germain Nouveau de la Pléiade.
SARAH  (ébahie, incrédule). Non? Mais comment ça ? On ne peut pas virer quelqu’un de la Pléiade ! Pas germain Nouveau !

MORGAN ( atterré). Si. C’est fait. Exit Nouveau. Adieu. La réédition ne reprend que Lautréamont, tout seul, sans Germain Nouveau. C’est la débâcle.

SARAH ( tire machinalement sur le crayon à papier qui retient son chignon ; ses cheveux tombent sur ses épaules, en vrac ; elle ressemble à une pleureuse antique). Il faut faire quelque chose, une pétition, mobiliser la communauté scientifique…

MORGAN ( grave, résigné). C’est trop tard. Le Lautréamont est sorti hier. Et l’éditeur informe qu’il n’y aura pas de Germain Nouveau seul prévu dans les années à venir.

SARAH ( indignée) Quelle horreur!…(*)


Dans la salle d’attente, un silence, à nouveau.

Puis, Germaine : « Il faut voir, peut-être, Lorsque cinq ans auront passé ? « 

A suivre : Yditblog SPO 91/118    Lorsque cinq ans c’est oublié, 2 : Orage au désespoir.

 


(*) Mathias ENARD, BOUSSOLE, Babel, Actes SUD, 2017, p.254-256


Didier JOUAULT   pour   Yditblog SPO 90/117  Lorsque cinq ans c’est dépassé, 1 : hagard de triage

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Yditblog SPO 89/ 116 : Alexandre oublie le Ravin et ne saute pas de mon soleil (*) 3 sur 3

voir Yditblog numéros 87 et 88 : Alexandre ne s’ôte pas de mon sommeil

Yditblog SPO 89/ 116 Alexandre ne saute pas de mon soleil (*) 3 sur 3

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YDIT raconte la suite : Serge RAVIN.

ALEXANDRE avait encore moins de quarante ans. Qu’avait-il fait pour être là ? Rien, et cela lui permettait de beaux développements.
« Venez avec moi au ministère », avait dit Serve Ravin, parodiant :  » J’ai besoin d’un agrégé qui sache lire et écrire. Vous serez mis à disposition, je m’en occupe ».

Qu’allaient  dire les amis profs dans les vestiaires ?

 

Deux jours plus tard, échappant à la réponse, Ydit recevait un crayon ( le premier « plan ordinateur » restait à venir…) dans une soupente dominant le porche XVIIIème du ministère de l’Industrie, minuscule endroit naguère propice à l’activité de portier guettant les carrosses de Monsieur le Comte retour de Masques et Bergamasques.

 

On avait posé ici le nouvel «  Institut d’Action Ecole Entreprise ».
« -Je n’ai pas trop le temps pour les détails, le ministre m’attend, voyez avec Alexandre », répondit Serge Ravin.

2- L’amie d’Alexandre

ALEXANDRE avait encore moins de quarante ans. Qu’avait-il fait pour être là? Rien, et cela lui permettait de beaux développements. Le voici d’un coup « délégué général » du nouvel Institut que préside Serge Ravin, un vieil ami de son père-croit Ydit.
ALEXANDRE : « Si on déjeunait ? C’est la boite qui paie… » Ydit raconte que, tout près, les membres du cabinet avaient leurs habitudes et leur crédit.

 

Alexandre aimait qu’on l’y vît. L’hôtesse apportait la carte, Alexandre nommait les convives, « On prend un bon cru en leur honneur ! », puis s’étonnait qu’Ydit ne bût pas d’alcool avant le soir.

On bavardait, une jeune femme à la parole légère – reconnue comme chargée de la communication du ministre -rejoignait un groupe en répondant à peine au salut d’Alexandre.

 

« Elle me rappelle ma Nana », disait-il, remplissant son verre. « Elle s’appelle Nathalie, mais je préfère Nana, quand je la fais venir. Tu devrais la voir ». Puis emmêlait bouchées avec récit, comme on fait dans les romans du XIXème. Il avait, deux ans avant, participé comme animateur à un « camp de jeunes » pour bonnes familles du clan. Dans le bungalow, elle n’avait pas résisté à son charme – et il avait avoué à la belle, comme à la cantonade, son goût pour les tendrons.

 

Qu’ Ydit se rassure, elle dépassait maintenant tout juste la majorité- « Tant mieux, avec mes fonctions…T’en dis quoi, du ris-de-veau, je le trouve trop cuit ? »
Ensuite, passant vite à la tonalité fin de soirée près du feu, chien sous le fauteuil, cognac et odeurs de mouillé sous les coussins, Alexandre commençait à décrire ce qu’induit la relation d’un quadra progressiste et d’une ‘petite bourge encore presque neuve’.

 

« Un type de mon âge, et avec mes besoins, il demande forcément des trucs auxquels la Nana doit s’habituer, comme de …sinon c’est pas la peine ».

 

-Et si on retournait travailler ? demande abruptement Ydit, coupant la parole et cachant son malaise- mais le geste a été explicite.
Plus tard, dans le réduit sombre, les jours de déroulent avec un ennui surprenant : Serge Ravin, hormis pour « voir le ministre », est peu présent. Alexandre a peu d’idées dans beaucoup de mots, le temps est long et l’Institut mort-né. Ydit, après avoir bavardé en compagnie de la secrétaire rieuse et inactive, en profite pour écrire.

Mais ça ne paie pas son homme.

3- Les coquins d’Alexandre.

Ydit raconte qu’Alexandre une nouvelle fois l’invitait à déjeuner. Trois tables plus loin, une notable célébrité politique concourait activement de la fourchette à la reconstruction d’un monde plus juste.

 

En son honneur, Alexandre offrait le supplément du menu- pourtant cher. ‘T’inquiète’ disait-il,‘ c’est l’Institut qui paie’. Puis, ayant goûté le vin et le temps qui passait : « Bon, je voulais te parler d’une bonne affaire possible, juste entre toi et moi, pas la peine d’ennuyer Serge avec ces petits trucs. Tu es toujours Directeur délégué de la revue où trempe Serge?

 

Tu n’aurais pas envie d’un peu de fric pour développer votre lectorat, des pages couleur? »

Ydit raconte : Ainsi, méfiant mais aguiché, Ydit acceptait d’accompagner Alexandre à la rencontre avec les frères Z. « Il allait voir, c’étaient des types formidables, d’accord d’origine polonaise, mais ça ne se voyait plus. Ils avaient développé une boite de pub et de comm, qui marchait plus vite que le feu et, ajoutait Alexandre avec finesse- ils aimaient autant le partage que la souple Nana.

 

Ces mecs, incroyable, se déplaçaient même en hélico, si besoin, tu te rends compte? »

Ydit se rendait compte. La boutique se voulait discrète et cossue.

-« Et lui, demandait le plus gros des frères, il vient de la part de qui au fait ? »
-« De Serge Ravin, mais en fait, Serge, son vrai nom c’est Ravinowicz, répondait Alexandre. Il est des nôtres. »
D’un geste entier du buste, le deuxième frère marquait la mauvaise surprise.

« -Et pourquoi il cache son nom, celui-là, s’il est des nôtres ? »

Alexandre bredouillait : Tout datait de la Résistance, Serge y avait joué un rôle important, finissant même colonel à 25 ans en 45, tu te tends compte ! De là provenaient tous ceux de ses amis qui n’étaient pas, déjà, ses copains de la moitié gauche de Paris. Le frère n’avait pas l’air de se rendre compte.
« -Admettons, mais peu importait, en fait. Ydit savait pour quelle affaire il était ici?Alexandre aurait quand même pu lui dire d’avance, enfin pas grave, c’était simple. »

 

On servait quatre cafés turcs.

Voila : « Notre société gère le budget comm. d’un gros groupe de mutuelles, c’est nos amis, c’est des nôtres. » Les frères Z proposaient 40 000 par an, pour deux pages recto verso quadrichromie dans la revue que dirigeait Ydit, deal pour trois ans. « Super sur-payé, Ydit voyait ? » Ils avaient regardé le tirage, avec cet imprimeur (mais ils en connaissait un meilleur, on pouvait en parler), ça ne pouvait pas coûter plus de 10 000 par an, mal négocié. Restait 30 000, là c’était « simple, fifty fifty, toi -nous. »

Ydit ne comprenait pas. L’objet social du groupe de mutuelles était sans aucun rapport- même très cérébral- avec les thèmes de la revue : quel intérêt d’y publier ?
Alexandre marquait un peu d’impatience : « Fais pas ta Nana » répliquait-il en écho à leur déjeuner. Il ne s’agissait que d’être souple et de se laisser faire.

 

« A quoi ça sert pour le client, c’est notre affaire, disait le gros frère. C’est nous qui gérons sa confiance ». Il paraissait qu’Ydit n’avait pas BIEN compris le 50/50 ? On éclaircissait donc : « Une fois payé (trop cher) l’imprimeur, resterait 30 000, tu palpes 15 000 pour ta revue – t’en fais ce que tu veux, ça nous regarde pas, et d’ailleurs si tu prends tes 25 % ou 30 % de négociateur c’est normal, après ça commence à faire louche si tu tapes trop fort… »
Alexandre ( Ydit ne saurait jamais quel pourcentage on lui avait promis) concluait : « On facture 40 000, mais reste en vrai 15 000 pour toi perso et pour le développement de la revue, et 15 000 pour eux, les frères », en rétrocession mais sans facture, eux, forcément…
Ydit avait eu besoin qu’on lui précise l’affaire : le client paie 40 000 ce qui coûte 10 000, les deux frères -qui gèrent le client- reçoivent 15000 au noir, et le reste..

 

Le deuxième frère :  » 15000, tu peux tirer 4000 ou 5000 perso, tu t’achètes des bidules qui te font des trucs  le reste t’en fais ce que tu veux pour ta brochure, ça peut pas lui faire de mal ».

4- L’oubli d’Alexandre : et Serge lui en voulut toujours.

Ydit avait voulu qu’on le laissât réfléchir.
Au retour, Alexandre disait : L’unique problème, c’est la compta. Mais il connaissait la seule permanente de l’association éditant la revue : gentille, pas très futée, n’y connaissant rien en chiffres, on allait s’arranger avec elle sans problème, Alexandre s’en occuperait. Personnellement, ajoutait-il avec un sourire prometteur de toutes les petitesses.

« -Je n’ai pas trop le temps pour les détails, le ministre m’attend, voyez avec Alexandre », répondit Serge Ravin, lorsqu’Ydit entreprit de lui parler.

« Fais pas ta Nana, tu as parfaitement tout compris, alors je leur dis quoi, aux frères Z? »

Peu de jours après, le Conseil d’Administration, un peu dépeuplé, comme souvent, ce soir là, entendit avec surprise, et intérêt, le rapport d’Ydit sur la proposition.

 

« Mais, s’enquit le président- qui ne manquait pas d’humour- même avec l’analyse d’un psychiatre sur la symbolique de toute transaction, ne peut-on pas dire que c’est carrément une arnaque ? »

Un membre du Conseil, qui rêvait d’un vaste colloque porté par la revue, se demanda si une telle somme, cependant…Il sut avoir la sagesse de ne pas insister. Le Conseil vota unanimement contre.

Dans le mois qui suivit, au sein de « l’Institut », Alexandre avait multiplié les consignes absurdes et les demandes humiliantes. Ydit avait résisté.
« -Je n’ai pas trop le temps pour les détails, le ministre m’attend, voyez avec Alexandre », avait fui  Serge Ravin.

Ydit, alors, simplement : » Je renonce et  je pars ». Il l’avait écrit, sans rien raconter. Stupéfait, mais au fond indifférent ( un Ydit chasse l’autre), Serge Ravin avait « pris acte ».

Car tout le monde n’est pas des nôtres, et ce fut ainsi que finit la maladroite Union d’Ydit avec l’Entreprise et L’Industrie.

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(*) La fillette de temps en temps se plaint des passages obscurs. Bon exemple : « Alexandre, ôte toi de mon soleil », c’est ce que répondit, prétend-on, le philosophe au roi conquérant qui lui offrait de satisfaire ses désirs.


Didier Jouault pour Yditblog 89/116 : Alexandre saute de mon sommeil

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YditSpo 88/115 Alexandre le Ravin, Alex sans pain, Alex sans rien, Alex sans drain?

(voir SPO 87/114 Alexandre ne saute pas de mon sommeil)

Yditblog Séquence Publique d’OubliEs numéro 88/ (post 115)


YDIT raconte Alexandre :

ALEXANDRE avait encore moins de quarante ans. Qu’avait-il fait pour être là ? Rien, et cela lui permettait de beaux développements.
     1 – Serge Ravin
A l’origine de la rencontre- vite malheureuse- : Serge Ravin. Toujours en verve et en verdure, il avait croisé Ydit dans les étroits bureaux sombres d’une revue extrêmement spécialisée.

Là, depuis deux ou trois ans, Ydit avait commencé par donner aux articles proposés par les contributeurs une allure de langue française davantage lisible, et cela formait l’un des enjeux du président- un psychiatre soucieux d’être compris.

Le comité de rédaction appréciait que cette remise en mots fût accomplie par un innocent- qui plus est jeune (YDIT n’avait pas trente ans), mais sans trahir le fond.
Ydit raconte qu’il s’amusait, le dimanche après-midi, à travailler son dictionnaire franco-lacanien, ou à proposer des maquettes nouvelles pour la revue d’aspect austèrement vieillot, « Une brochure pour pharmacien de chef-lieu de canton qui vend des laxatifs » avait noté l’un des membres du Conseil d’Administration, Serge Ravin, ajoutant: » Lisible comme un registre de notaire tenu par un poète »

 

Peu à peu, de textes en maquettes, avec la complicité active d’une permanente amusée ou le soutien très impulsif du Président du Conseil d’Administration, Ydit s’était vu affubler de titres de plus en plus généreux : à la fin, directeur délégué.

– Germaine: ça lui plaisait, on s’en doute !
– V3 : c’était bien payé ?
– Vassiliki : En plus, avec ces gens là, il apprenait tout sur le fond des âmes et les nœuds des écrits, ça devait aider pour les rapports ?

YDIT raconte : vice-Président, Serge Ravin-homme de réseaux d’ombres et d’activités plurielles- connaissait la moitié gauche de Paris.

Au changement de Président de la République, il avait accepté (sollicité?) de prendre la présidence d’une boite à malices nouvellement créée, qu’on espérait de nature à rapprocher les électeurs socialistes du Président et cet univers très indéfini: l’Entreprise.

« Venez avec moi au ministère, dit Serve Ravin, parodiant : « J’ai besoin d’un agrégé qui sache lire et écrire. Vous serez mis à disposition, je m’en occupe. »

Ydit, à force simplement de rester là, dépassait un peu plus de trente ans, de quoi devenir vieux si rien ne bouge. Certes, les bonheurs ne manquaient pas.

Et, à l’époque, signer la feuille de présence au bas d’une en-tête comportant le mot Entreprise, ou Industrie, c’était un peu comme de tripoter le Minitel Rose sous son vrai nom, ou d’entrer dans un sex-shop sans avoir mis des lunettes noires et une barbe à la Castro.
Que diraient les amis en salle des profs ?


didier jouault pour Yditblog 88/115, Alexandre, Alex sans drain, 2 sur 3


A suivre…


 

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Yditblog SPO 87/ 114 Alexandre ne saute pas de mon soleil 1 sur 3

Yditblog Séquence Publique d’OubliEs numéro 87/ (post 114)

Alexandre ne saute pas de mon soleil, d’accord, mais parlons un peu des seconds-drôles?


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L’année commence par nous !

YDIT est venu parler dans un espace communal qui fut naguère un lieu funéraire de la Ville, un entrepôt pour pauvres d’avant cimetière, services mortuaires de qualité garantis par la Municipalité tout entière à ses morts attachée.

C’est, à présent, l’un  de ces endroits voués au théâtre, à l’image, expositions et cinéma.

 

Un restaurant à prix défiant tout linceul de s’y frotter accueille aux heures d’after les plus coquettes des riveraines et les plus blancs des voisins. Un lieu très urbain, métropolitain, même. Des tours proches, peuplées en multicolore ainsi que les meilleurs films, des couples viennent  badiner dans la grande salle, et des équipes d’amateurs dansent sur un parquet jadis utile à l’entrepôt des cercueils.

 

Ainsi va la mémoire : ça pullule, ça germine, ça fait l’asticot dans la poche-poitrine des fantômes. Les pieds s’enracinent dans le sillon du passé : germent les projets sur le dallage désert des églises de village.

Germaine s’exclame que:  « Dit comme ça, on commence mal, Ydit surtout à votre âge, coincé entre la pierre de la naissance et le faire du mourir. » 

 

Autour des quatre,  réunis par la sirupeuse solidarité du discours, un groupe réduit semble attendre la performance, ou la parole. Ici, Paris-Peuple, on est habitué à l’imprévisible- c’est même un peu pour le surprendre qu’on vient regarder les parleurs. Voltaire, dit V3 , se demande s’il ne serait pas utile de commencer l’année par des…

Des résolutions  ? interroge à mi-voix une Vassiliki naturellement arrivée en retard(mais on prétend qu’elles voient de loin).

Des présentations, on aimerait mieux, parce que vous êtes qui, vous, en vrai ?img_2932carolina face etiquette mainP1200589

Ydit : L’interrogeante fillette a raison. Il s’incline, tourne, désigne : « Voici le trio des comparses, ils sont comme des maitres nageurs auprès de ma baignoire à mémoire, surveillant la chaleur du bain d’OubliEs. Trop chaud tu fumes, trop froid tu claques. »

Rude début de débat pour des ébats d’abats, sourit V3, qui déteste le relâchement du langage.

Ydit : En premier, voici Germaine-des-rails, tout entière dans la dualité de son inflexible  naissance  ferroviaire et du jeu de mots qui la sort du trajet. Depuis plus de deux ans, elle accompagne les Séquences Publiques d’OubliEs.

 

Sa gouaille vigilante évite les aiguillages trop douteux.

Germaine-des-rails :

Moi je veux/des récits/ pas véreux/ pas débris

Souvenirs/qu’on arrache/sans souffrir/à la hache

V3 , hilare (et sacrifiant au populaire du coin)  : « Ma chère, vos textes, c’est boiteux comme un wagon qui se barre et se marre sans bar. »

Puis, désignant YDIT : » Mentir, passe encore mais rêver à cet âge… »

YDIT cependant persévère, il l’a dit, Ydit : tant que le doigt possède la force d’affronter le clavier, ça va continuer.

Donc : A l’origine de ce nom de Germaine: Oncle Jean. Chef de gare puis contrôleur mobile ( ou dans l’ordre contraire), il offrait des tronçons de chemin de fer miniature, ou même un wagon les années fastes, avant que la dernière dispute avec la mère, sa sœur, n’éloigne à jamais cette grande figure de la vacuité, sonore comme un cliquetis de loco sur un pont tournant ayant perdu le nord.

 

Avant ce ‘bon-débarras’, il invitait parfois Ydit à boire une grenadine légère ( comme il y a des grenades au plâtre), dans le pavillon deux-pièces béton et treillis qu’il occupait les fins de semaine, avec l’opulente présence d’un conducteur de la Générale.

Tante Germaine-de son état plumassière à domicile -prenait en charge l’éducation morale du neveu.

 

Elle ouvrait une commode, puis un tiroir, et montrait des cigarettes fanées. « On les donne à ton oncle, pendant un pot de fin d’année à la gare, par exemple, et il ne fume pas, mais il les prend, et on les met ici, on ne sait jamais  ça peut servir. Mais toi, ne te mets pas à fumer, ça coûte trop cher! »

Ensuite, nouveau comparse issu d’un café jadis philosophique : Voltaire, dit V3 non pas en hommage au vernis des récits ou au décapant des souvenirs, mais tel qu’en lui-même la fraternité le change depuis son arrivée : Vétilleux, vindicatif, vénérable, vigilant,

 

 

valeureux, vénéré , vieux et Voila le travail,– il suffit de choisir selon les humeurs.diderot

 

Mais, proteste v3, dans cette galerie de portraits, que fait l’intrus qui presque rien ne publia, tandis que moi…

 

YDIT : Enfin, notre toujours énigmatique Vassiliki ( YDIT s’exclame comme s’il annonçait « Le Grand Zampano », « Ce qui sonne tout de même encore plus vétuste que Voltaire, dit la fillette »), Ydit :Vassiliki la plus belle !

Une mère se joint au groupe : qui est là? Qui s’exprime? D’où parlent-ils? De quel droit?

Vassiliki, sans réserve, expose ses raisons :

la Russe YDIT orangeoxygènecreditn alexandre_cabanel phedre éperdue d'amour coupable pour son beau fils hppolyte, 1880LA RUSSE spectatrice déguisée

 

 

 

-« La plus belle, tu parles, ragnonne Germaine, surtout celle qui marche le mieux dans les fantasmes déshabillés d’Ydit, comme s’il n’y avait pas trop, déjà, de pin-up et de jeunes filles un peu plus qu’à moitié nues paradant aux fenêtres. »

 

Voltaire devient nettement sourd, à cent ans et davantage ( on ne compte plus). Il tourne la tête, un nouvel amour ? Il la détourne, une nouvelle fenêtre?

 

Mais pas d’auditrice attendant qu’on la délivre : seule Vassiliki dément l’absence par l’excès des formes de lettres.

YDIT raconte que Vassiliki, justement

un nom grec, interrompt V3, mais une Russe, une ruse, suivant les chemins des orthodoxies.
Elle vient, au nom des Services, qu’elle nomme encore les Organes par respect filial pour quelques anciens,  experts nageurs en apnée dans les rivières  des attentes déçues.

– La fillette, qui ne comprend pas tout, s’interroge : quel genre de rapports?

 

 

Ydit : pas la peine ce comprendre, il faut  suivre le courant, donc, Vassiliki, des rapports sur le père et les Services, mais ce sont des rapports impossible à écrire, elle tente de trouver les maux depuis deux ans, des rapports sans doute même à penser, parce qu’ils devraient décrire l’indicible des origines.

– La fillette, qui ne comprend pas tout, s’interroge : quelles origines ?

De toute façon, précise Voltaire dit V3, dans l’état où se trouvait le père à certaines périodes, mieux vaut passer vite à une autre sorte de gourmandise spatio-temporelle!

 

Surtout, se tord un peu les mains Germaine, parce que, là, on perd un peu notre temps, on va pas rater une fois de plus le départ ?

YDIT conclut, pour son public : « Germaine rattrape les quais en retard et retape les trains au rancard.

 

Sans elle, on resterait muet éperdu sous  un coin de marquise à Niort ( cf SPO 80 et 81)- tandis le wagon-lit s’éloigne, ce qui n’aurait pas manqué de panache, comme pour chaque loco.

« Et mes comparses prospèrent par père », dit le dit Ydit au père de la fillette, agrégé au public.                 « Parlons vrai »la réalité n'existe pas vitrine

Trois Comparses : « Comme des Parques de comédie, attentives à tenir le fil de fer barbelé entre des ciseaux de guimauve, jusqu’au soir prochain où c’est l’inverse. »

« Ah, j’aime bien cette photo de nous trois en vacances devant la Maison Centrale », s’écrie Germaine.

 

 

« Comme des Muses ou des Grâces dont le nombre est dépeuplé, inventives dans leur manière de mentir les récits pour parler de fausses mémoires ».

 

 

 

Comme des gardiennes du désordre qui

 

short la jeune proffemmes policd colombie

Non, maintenant assez paradé avec  les comparses, proteste la fillette, coupant la parole à Vassiliki prête à rire des uniformes, non maintenant, YDIT, assez fui dans la suie, assez lui dans la nuit, assez ri sous la pluie : raconte !


YDIT raconte Alexandre :

à suivre, Séquence publique d’OubliEs n°88 ( post 115)


didier jouault  pour Yditblog  87/114 (Alexandre ne saute pas de mon soleil, 1 sur 3


 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

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Pour 2019

…entre les jolis sourires des OubliEs ouvrant la porte du palier quand vous avez oublié vos clés ( mais ceci n’arrive pas ! )Featured Image -- 10382

…pour vous debout et mobile devant tous les écouteurs de vivre capables de ne pas vous croire, mais vous parlez tout de même vos désirs,détecteurs de sons pour repérage aviation,1914-18 mais ne serait-ce un montage

…pour vous, accompagné(e) de vieux amis dont les « Lumières » sont hélas un peu ternies par les éclats médiatiques brillant aux couleurs grises de l’inutile,voltaire-loublies-mpt-17-

…pour vous qui voudrez trouver derrière les grilles protégeant les intimités des fenêtres les personnes de chair cachées par les illusions du regard,img_3346illusions et apparences l'ame cachée de la maison

… pour vous  qui saurez  deviner dans les visages et les livres, sur les mains et les  écrans, la diversité fructueuse (serait-elle encline à la gravité) qui ouvre l’appétit sur un partagedes petits matins qui montent,

vœux : 

Que vos départs soient des rêves de choix sans code, et vos  choix…

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Yditblog 86/113 : 2019 !

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…pour vous debout et mobile devant tous les écouteurs de vivre capables de ne pas vous croire, mais vous parlez tout de même vos désirs,détecteurs de sons pour repérage aviation,1914-18 mais ne serait-ce un montage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

…pour vous, accompagné(e) de vieux amis dont les « Lumières » sont hélas un peu ternies par les éclats médiatiques brillant aux couleurs grises de l’inutile,voltaire-loublies-mpt-17-

…pour vous qui voudrez trouver derrière les grilles protégeant les intimités des fenêtres les personnes de chair cachées par les illusions du regard,img_3346illusions et apparences l'ame cachée de la maison

 

 

… pour vous  qui saurez  deviner dans les visages et les livres, sur les mains et les  écrans, la diversité fructueuse (serait-elle encline à la gravité) qui ouvre l’appétit sur un partage des petits matins qui montent,

vœux : 

Que vos départs soient des rêves de choix sans code, et vos  choix : des rêves d’aller plus loin sans le savoir, pour le goût épicé  des puits de souvenir ou  des futurs couloirs de train,

 

 

 

Que dans la symbolique tumultueuse du quotidien, sous les yeux amusés des trois Parques de mieux en mieux attentives à nos jours,

 

que  vos pas et les miens

ensemble

retrouvent  la naïveté du chemin

vers de cette maison vide,

mais hospitalière aux errants,

la mémoire du temps.tintin

A bientôt, ici- sur ce vieil Yditblog.

Bonne année !


didier jouault pour Yditblog SPO 86/ post 113

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Allez, encore un peu de plafonds dorés dans les palais déserts ?

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Séquence Publique d’OubliEs numéro 60 : Rusée, la Russe rosse arrase le ressac.


Dans sa Peugeot des grandes époques, une Russe un peu déglinguée – mais on l’a déjà vue ici-même et revue en majesté telle Vénus sortant de la fenêtre- la Russe attend tapie et sans mots. Comme un océan de questions ne parvenant jamais à repousser la dune du silence. Le soleil ferait des taches sur l’appeau, entre les joncs.

Un auditeur de ce jour : « Pour  votre jeunesse, YDIT , des Russes dans le métro et les autos, y en n’avait pas, justement, des Russes, ou alors ça faisait STASI, c’est vrai que vous n’êtes plus tout jeune, hein? et cette Russe, alors, votre Vassiliki, au fond, elle travaille pour les Services, pour les Organes comme ça se disait? »

Dans la 403 du service, Vassiliki murmure que si elle voudrait, elle aussi…

Voir l’article original 1 149 mots de plus

Didier Jouault pour Yditblog 60 / La peau du départ est longue à tanner.

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et aussi ce replay là ?

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Séquence Publique d’Omission N° 59.

« Tiens, dit-elle, pas de russe rusée au menu de l’Omission, cette fois encore? »
Ydit répond qu’il a de plus en plus de mal à choisir ses entrées.

« Passez à la résistance tout de suite, non? ».Dans son rôle de Parque incertaine de ses propres choix, la contrôleuse n’a pas tort.

Alors, Ydit raconte : « Pour cette fois, on était bien dans le train. Les quatre dont LUI / l’Excellence paraissaient prêts à un assez immobile voyage. »

Lactadine– qui faisait la presse et parfois les parlementaires- se penchait vers LUI , et- d’un doigt tendre- mais désincarné ( ce qui ne va pas de soi ! )- désignait : « Tiens, vous avez mis la cravate à rayures?« 

L’Excellence répondait qu’« il n’y avait pas de télé sur place, juste des gens du truc visité, ou des élus des usagers, c’était…

Voir l’article original 1 716 mots de plus

Didier Jouault pour Yditblog 59 Une assez méticuleuse exploration de l’absence

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un peu de replay ?

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DirGé … Séquence Publique d’Omission n° 58 : la DirGé ment sur les remords.

   Revenant du bar, elle s’étire un peu et fredonne : « J’ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien… ». Avec son accent, les souvenirs  se mettent à ronfler comme des feux ayant perdu leur voie dans un vieux poêle sans des cartes.

  Retour de ses campagnes, Ydit regarde les voyageuses voyager. C’est une occupation à part, entière.

« C’est le métier qui rentre, dit en passant la cousine SNCF de Germaine des Gares, qui range sa poinçonneuse couleur Lilas. Elle précise  : Habituez vous à nos mécaniques du dialogue, par exemple, moi avec mon laser rouge à voyeurer les non-billets virtuels, on dirait Star Warf, vous croyez pas ? Puis, pour la voyageuse : c’est toujours vous qui venez de Russie pour les Renseignements sur Ydit ?

J’ai vu votre…

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didier jouault pour Yditblog 58 : La DirGé triche avec le regret.

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Yditblog S.P.O. 85 /109 Ailleurs, la sardine poussait comme un champignon demi démélé.

     Les Séquences Publiques d’OubliEs,  ainsi que  meilleurs des rêves, entremêlent tous les temps, comme les vieux amoureux mêlent leurs jambes au sein du sommeil. Cette fois, l’OubliE a la saveur tiède mais croustillante des jours vraiment très anciens.


 

– « A Chaumont, Vous aviez pris l’embranchement de Culmont-Chalindray ? « , demande Germaine-des-rails, revenue de son séjour détox chez son copain Chaix, un peu vieilli-certes, mais qui n’a rien perdu de son sens de la mise en page. De mémoire, sans même clore son regard d’horloge immobile, elle récite :

11h42 ➜ 14h33
2h51, 0 corresp.
47,40 €

11h42 ➜ 14h33
2h51, 0 corresp.
47,40 €
71,10 €( en première)
13h42 ➜ 16h33
2h51, 0 corresp.
47,40 €
« Vous voyagez en seconde, vous, maintenant ? », demande V3, retour de Genève où il a  négocié assez cher la réécriture de son article Dieu, mais tout de même assez surpris de telles pratiques, un peu inutilement démocratiques, non ? Sinon, vous auriez :
16h42 ➜ 19h31
3h00, 1 corresp.
77,60 €
en 1 ère : 109,00 €. ça fait tout de même plus chic.

Ydit se retourne : « Selon nos usages, murmure-t-il, on ne peut pas dire que la foule prenne ombrage de nos babillages sans ravage. A force, l’absence lasse et le silence fatigue. »

 

     Germaine se demande si on ne pourrait pas envisager, bonne résolution en 2019, une grande campagne publique de représentation, une GCPR ? Comme ça, on pourrait louer un hall de gare?

     Nâvré- autrement dit blessé – le vieil écrivain V3 devenu plâtre immobile de sa fluctuante mémoire, balaie d’un revers de page ce projet banal. « Ah, c’est irritant, chacun  veut être vu, à quoi bon, laissez moi faire, je connais le topo, il y a trois siècles que je m’en charge ».

YDIT raconte : En ce temps là, il y a si et si longtemps, il gagnait sa vie comme si ç’avait été une aventure de bande dessinée : case après case, et chaque bulle de temps passé dégonflait son propre  rêve avant même que le réveil sonne, dans l’inconfortable chambre de bonne où vivent toujours les aventuriers du souvenir.

Germaine aimerait connaître l’année?

 » Les dates ont peu d’importance pour un souvenir, la première fois qu’on le sort pour le ressentir. Ensuite, inévitablement, on le recadre; souvenir de lui-même, à chaque resouvenir »(*)

Ydit raconte : On l’appelait à 21 heures, on l’envoyait en voyage, il partait à six heures sur un quai ému de son propre silence.

 

 

Il suivait les traces, en observait les avatars. Il fallait tout noter de ce que le réel offrait à voir, car l’ennemi savait cacher les ressources…

 

 

Le soir , souvent, on lui avait réservé une chambre discrète, confortable si la ville en avait conservé depuis les bombes de 44. Sinon : l’hôtel – disparu depuis- où de clandestins amants, après la plage,   venaient dîner d’un lit d’écrevisse et nager à l’armoricaine. On partait toujours à deux, stylo et pellicule – comme on faisait en ces temps.

 

A l’heure du déjeuner, il partageait le pain avec le photographe : assez médiocrement, tout le monde essayait de dépenser moins que le « forfait » généreux de l’Agence.

 

 

     L’après midi, on repartait sur le scooter, ou dans la voiture de location . « L’Agence » n’était pas chiche de ses moyens, mais la ressource locale souvent manquait de hauteur.

-« Mon dieu,  c’était presque de la sociologie à la Pérec« , s’indigne, boudeur, le Vieux Voltaire Vaticinant et murmurant.

Ydit raconte : 16h42 ➜ 19h31, Culmont-Chalindray, publi-reportage sur les galeries souterraines de champignonnières.  L’Agence fabriquait puis distribuait un « journal » dans chaque hypermarché d’une firme dominante. Honneur aux producteurs locaux. Malheur des rédacteurs. Mais le salaire de l’ennui valait cette peine.

     Pour l’Agence, on testait les chaussures, les baskets, selon les saisons, en grandeur réelle et en short blanc. On allait dans des cavernes raconter du champagne. Dans des fabriques observer l’arrivée des bonbons au bas de tubes colorés.

 

     Il arrivait que des soirs de bar avant le retour offrent au menu du voyage les joyaux muets, (ou bijoux indiscrets ? ) de la rencontre à jamais secrète : un dialogue un peu plus profond avec la photographe -rarement une femme-, mais c’était toujours une étudiante en noir et blanc qui payait ses études d’art avec le commerce, ou des chats poseurs assis dans leur absence du rien.

 

 

 

     Ydit répond à Germaine des rails que, oui, c’était ainsi qu’il polissait la plume : il allait, il regardait, il demandait, il revenait,  il écrivait – dans le train, la barque, l’avion. Ensuite on ajoutait les photos des produits. Les directeurs de la rédaction, surpris, s’amusaient de ses débordements stylistiques, de ses mots un peu mis en ménage avec une comédie musicale, de ses articles paraissant nés d’une folle nuit entre Popeye et la Monroe.

     Un matin, une incertaine Virginie remplaçait au pied levé la rédactrice en chef prise de malaises lors de voyages en Suisse, après avoir dîné avec un lumineux philosophe. Virginie, si jeune, mais déjà nièce de l’un des fondateurs. A défaut de droits, ça donne des libertés. Elle invitait Ydit dans le bureau.  Après deux heures, elle regardait ses mains, lui proposait de l’accompagner à l’Opéra, demandait s’il prendrait du café au petit déjeuner : il y a longtemps que cette OUBLIeS a été consommée. Ici racontée ( SPO 25): (ctrl et clic sur le lien ).


   ==>   Didier JOUAULT YDIT blog n° 25 Un cocktail tranquillement bu au bar de l’hôtel Crystal 

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Yditblog S. P. O. n° 84/ 108 La présidente s’évente, me tente, se vante, s’invente, et me hante. (3/3)

Le Réseau-à-clavier est une vitrine de mémoires un peu sale, un grenier de passé plus ou moins mis en conserve sur les étagères boulimiques où s’échangent d’obèses messages.

 


rappel ( deux précédentes SPO) :

     République TONPRé ( dire aussi TROMé par ironie parisienne ) avait voulu que la nouvelle loi, qui lui était largement due, devienne réalité, pas rien que des mots, et d’abord en cette terre d’élection : la sienne, département où Ydit était l’un des directeurs des services de l’Etat.

     Des années plus tard, bousculés par l’étrange intuition désordonnée des claviers, leurs noms se rencontraient. La nouvelle Présidente de la Caisse lui suggérait de « passer ». Elle lui proposait, outre de plonger la main dans le sac rugueux mais sucré des chouquettes, de prendre place in pace auprès d’elle, en toute discrétion. Tel un silencieux Ancien  sorti de l’échiquier, un fou sans règle, un pion sans blanc,  ou comme un Gratuit jetable qu’on distribue pour l’entrée des Conseils à l’ouverture, café en main.



YDIT raconte :

     Le quittant, la Présidente lui avait jeté quatre ou cinq feuillets à commenter. Ydit savait lire vite, préparer des notes (d’autres SPO, d’ailleurs, ici, balisent sa brouillonne randonnée de serviteur nyctalope vers les bureaux illuminés d’Excellences ).

 

– « Que fais tu, s’amusait la compagne, l’observant piétiner le clavier à grandes enjambées,  au milieu de la nuit ? C’est ton soir de Pascal illuminé? Ton pilier de Claudel? Ton mémorial de sainte campagne? «  Il répondait : « J’écris pas Lude ». Habituée au choc des approximations, elle retournait au lit. Ydit consommait les touches noir et blanc comme un plongeur sous marin sa tétine d’oxygène.

     Dès l’aube, il adressait  la note – écrite d’une main légère et bénévole- au Suprême Ordonnateur du Cabinet de la Présidente de la Caisse.

 

    Les ITT ( l’Infernal Trio Tintinnabulant) étaient en I.T.T. – suite à un débat un peu vif  sur la couleur des vêtements à la mode -. A défaut, on aurait pu entendre Germaine demander si la réponse était arrivée à l’heure cette fois, ou V3, le Vieux Vaticinant dit Voltaire, s’interroger sur la valeur de ce qu’il écrivait…

 

…ou encore la slave et blonde Vassiliki ( apparue/disparue dans le décor des rues) tenter de lire par derrière l’écran, afin  d’enrichir son rapport sur les activités pour les Organes, toujours en projet.

-Et alors ?

YDIT : Alors, rien, on ne sait pas, justement. Rien.

    Selon des usages communs, faute de réponse- ou même d’un simple accusé de déception- Ydit s’enquit : « Avez vous bien reçu ma note à temps? »

    La suite n’était sans doute à la portée de personne, ni second violon, ni sous-fifre, encore moins grosse Caisse- bien que celle de la Présidente fût riche en concerts de louanges distribués sur les kiosques. Silence, courant d’air sur la balance. Étonnante impression d’être mis à nu par des atrabilaires même. Pris pour fruit, sinon cible.

 

 

    On connaît la belle liberté de route des institutions en déroute. Ydit tenta donc de comprendre comment cheminait le melimelo du discours vers l’impétueuse Présidente. Il essaya de suggérer un nouveau rendez-vous. Il s’adressa au Chef des Agendas et des Chatouilles d’amour propre, agent ténébreux et brillant comme un cirage confondu avec un dentifrice. L’homme aimait prendre des poses qu’il voulait avantageuses

 

mais ne savait  sans doute ni lire ni écrire, et ne répondait pas non plus quand on épelait un message ( et si l’on empilait un massage ?).

    –« J’en parle à mes vice-Présidents, et je vous rappelle aussitôt », avait dit République TONPRé, lors de l’entretien café-chouquettes.

Et ce fut comme une disparition.

    Ydit derechef s’enquit : Vice-Présidents :  Rastapopoulos en Rhinocéros ? Claude Frollo après Esmeralda? Fantômas à la masse ? Sauron et ses anneaux de plomb? A moins que The Présidente ne fût une alliage de Folcoche et Lolita, double et trouble étourdie oubliant ses avances? Mmmm…

    Ydit s’amusait de récits – car que faire d’un Mépris sinon un film ? Fuyant ses propres peurs et certitudes, poursuivie par Rastapopoulos les mains pleines d’or noir, retroussée par ce frelon de Frollo prêt à darder sa piqure, poussée dans le coin du Ring par les seuls ricanements du « Maître de Tout et de Tous », République Tonpré n’avait pas eu d’autre solution que de sacrifier Ydit – pauvre petit vieux qu’on avait jugé un peu délabré, malgré ses efforts pour écrire droit et se tenir juste.

 

     Dépouiller le vieil homme est une technique solitaire plus amusante à plusieurs.

    Abandonner un Ancien sur le bord du silence, le poser à peine allumé dans le cendrier de l’entrée, haut-parleur  du quai annonçant la fin du service ?

    YDIT raconte : Usant de formules simples, et privées de reproche, j’avais posé un ou deux derniers messages, souriants et sans ambage, directement destinés à La Chef, sur deux ou trois des réseaux, où nos noms s’étaient croisés, au début de ces brèves retrouvailles.

     Mais pas un mot. En quinze jours, vaillante et rapide comme une guerre éclair, La Présidente avait déjà épuisé la ressource.

Quittant le quai,   déshabillée en  pure   absence. La Présidente disparue. Pas le temps de la retrouver.

 

Ydit avait abandonné l’inutile poursuite.

 

    – Et sait-il enfin ce qui a eu lieu ? Après tout, République Tonpré n’aurait-elle pas ( elle le pouvait) lu d’un œil suffisant la liste des si nombreux Frères d’Ydit, et jugé la famille encombrante ?

    Ydit : A moins que, sur ce réseau même où leurs noms se croisaient, découvrant les « Séquences Publiques d’Oubli » elle n’eût craint d’y être mêlée ou mal menée ?

Germaine, V3, Vassiliki, de loin, s’ égaient : En ce cas, tant pis pour Elle, mais c’est triplement raté !


didier jouault  pour Yditblog 84  La présidente me hante


 

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