Didier JOUAULT (« YDIT ») : SPO 17 – B / Prenez une douche chaude, voulez-vous ?

 

S.P.O. 17-B . La veille dame de la place aux tilleuls, suite et fin / Prenez une douche chaude, voulez-vous ?

 

Ydit reprend :

     « J’arrivai à la petite place à nom de star. Les tilleuls sentaient encore un peu, malgré le poids de l’eau : c’était un soir de juin. Les pièces- richesse lourde –pesaient dans mes poches très arrondies par leur volume. Il était temps de m’assoir, d’oublier ( aussi ) mes jambes tremblantes. »

banc Paris nuit

ce point détrempé de la narration

‘Vous avez realy fait cela  pour le money ? , bilingue soudain l’Américaine, un peu déglinguée par le dur réel..

 

Ydit persévère : « J’étais silencieux, l’air plutôt très sot comme d’habitude.

La vieille dame s’approcha, me surprit :                             

     ‘ Vous avez l’air trempé, vous êtes si jeune’.

     Elle avançait avec peine, poussant le vent avec un parapluie combattu et prenant le sol avec une canne ancienne. Bon, il faut vraiment être seul, ce soir dans ma rue de Paris comme ce soir-là sur la place pour oser de telles phases, avec le coup du parapluie et de la canne. »

Ydit s’interrompt,

sourit à l’Américaine pacifiée par l’apparition de la vieille dame , il s’amuse de lui-même (ce qui est l’intérêt premier des séquences publiques d’oubli), se dérisionne un peu, mais se dit que- à ce point détrempé de la narration, et pour erratique ou hasardeuse qu’elle paraisse, nul autre possible que d’achever le récit. Et toujours pas de café gourmand, de gin-tonic .

Assez traîné.

                           « Voulez-vous que je vous aide ? »

     « Le jeune homme aux poches d’argent, devenu liquide presque sous les arbres, tournevis dans la poche intérieure, nous fait le coup du boy scout. De quoi ricaner. Elle devrait le trouver louche : qu’est-ce qu’il fait là, comme sorti de la lessiveuse du destin, et cette allure de bon jeune homme venant du bordel, ou du casino) et qu’est-ce qu’il a dans les poches qui tremble et fait tout ce bruit. Que veut-il, en somme (jolie somme)? Si loin après minuit ? »

     On pourrait entendre

les Américaines refermer

leurs sacs  Dreyfus. La rapine, elles s’en fichent, au fond, mais la vielle dame elles en veulent.

 

resto vieille dame

Et toujours pas de gin-tonic

C’est le bon moment pour la faiblesse commune, la photo

     « Mais, non : c’est ma première expérience d’un surgissement de l’improbable, et d’une évidence de la pure gratuité, assure ydit en se tordant de rire. La vieille femme de la place aux tilleuls me dit qu’une boisson chaude me fera du bien. Elle me conduit jusque dans un appartement très ancien, loin, vraiment loin, derrière un porche clos, un deux-pièces modeste mais avec des allures de beaux restes. Un peu mon portrait, non ?

« Je me suis fatiguée en marchant, cela ne vous ennuie pas si je me déchausse et lève mes jambes sur un coussin ? ».

     Au cours de l’heure suivante, ydit- sur les consignes de la vieille dame de la place aux tilleuls- fait le thé (un chinois un peu passé, lui aussi), apporte des pantoufles,  enveloppe les jambes d’un plaid en laine rouge rapeuse, se sèche comme il peut avec la serviette mince de la salle d’eau (torse nu, porte fermée, la veste arrondie aux poches pleines de pièces goûtant la solitude sur un dossier dans le salon). 

« Prenez une douche chaude, si vous voulez ». Il hésite, mais à quoi bon ? Et puis, on en est où ?

     Souvent, il sort des douches nu devant des femmes : l’exposition mobile du corps est moins dangereuse que l’expression de la mémoire. Façon de s’exhiber sans se condamner.

     -‘Vous prenez de douches nues devant des femmes ?’demande l’Américaine de l’Iowa.

     -‘Seulement si c’est bon pour leur moral et particulièrement devant les Irlandaises et Sally Mara répond l’oublieur »

     -‘Ma famille vient de Dublin, il y a cent ans, gigotte l’Américaine du Nouveau-Mexique »

Ydit sourit, distribue des images, puis reprend le fil :

jacuzzi lin rouge

ses jambes vont mieux

 

« Plus tard, la vieille dame et le rapineur parlent de mini riens du quartier. Des travaux à l’hôpital. Ses jambes vont mieux. Les cheveux ont séché. Elle n’interroge pas  Ydit. La veste pend, poches lourdes. Du temps avance, elle dit que peut-être il serait temps de dormir avant l’aube? il se fait tot ( 05.55)Elle ne l’invite pas, elle s’en excuse, elle n’a pas de place ici, mais au moins est-il un peu réchauffé ? le mur l'hopital    Ydit s’en va, la veste pliée sur le bras, elle ne le raccompagne pas, il sort en vérifiant bien la fermeture des portes. Il a plu. Il se fait tôt Une voiture de patrouille, noire et blanche, passe le long de la place quand il quitte le porche, mais quoi de plus banal ? »

       Ydit marche très lentement le long de l’hopital . On a déjà décrit cela tant de fois : le désir puissant de ne pas briser une parcelle d’irréalité. Rester un transfuge hors du présent, un réfugié. flaque paris 2013 Ne pas quitter cette surprise durable : le dialogue avec la vieille dame de la place aux tilleuls, et l’absolue gratuité des heures.

     Il aurait pu être un tueur. ( Ydit, avec sa tête de gentil ? Un tueur ?).

« No, no, no, certainly not, » scande l’Américaine

Par la suite, les pièces  sont partagées avec Albert, mais pas le souvenir, pas déjà,  rien d’autre ne se passe, on ne revoit plus la vieille dame aux jambes fatiguées.

     Ydit :  » Cela, j’oublie, la rapine du distributeur, cela j’oublie.

                       Mais pas l’île de la vieille dame au plaid rouge.« 

     L‘Américaine du Montana demande alors:  « C’est maintenant qu’on refait la photo ? Oui ?

le flou du récit

Il aurait pu être un tueur ?

Dans le sauna ? Dans le spa ? Dans le jacuzzi ? »

A la sortie de la Séquence,

l’image qu’elle parvient à faire traduit-elle

le flou du récit ou l’émotion du resto gourmand ?


 

 

Protocole des S.P.O. : publicité

    Les séances de L’OMISSION peuvent être annoncées. La prochaine aura lieu sur la place de l’église, dans un petit village de Forterre,Place de l'église en Forterre

juste avant la tombée de la nuit.

Mais la programmation des séances publiques d’oubliage dépend de conditions imprévisibles, dont météorologiques, et reste elle-même variable – comme les humeurs. Les spectateurs déçus ne seront pas remboursés.

En revanche,crieur d'oublies Parsi médiéval il arrivera que l’orateur distribue de menues galettes imitées des oublies que vendaient les porteurs d’oublies, précédant la fermeture des portes, la nuit, au Moyen Age.

 

 

 

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») : SPO 17 – A/ L’adrénaline est la saveur du succès au bas bar de la vieille dame

 

S.P.O. 17-A . la veille dame de la place aux tilleuls/ la saveur du succès

« Il y a trois sortes de dames, sans compter les drôles de drames : les dames de la vie, les dames de fer, et les dames de la SNCF -dont certaine se prénomme Germaine. Allez savoir pourquoi cette si short-list fait froid dans le dos »

Ydit révise ses souvenirs.  Pas d’endroit pour ça, on racle la mémoire comme on ouvre un bonbon : juste avant de gagner les restaurant de l’hôtel, sans tarder.

façade hotel vieille dame

Trois américaines entrent dans l’hotel

Il fait froid dans cette ville du nord. Ysdit se sent bizarrement échauffé par le bon oubli du mauvais souvenir. C’est un breuvage  pour initiés,  un miel pour les alpinistes de l’omission, un phare pour les spéléologues de la mémoire.

escalier paris nuit

Les escaliers de la Route sont durs aux innocents

Comme dopé par sa marche sur le  sable mouvant des mémoires de collège, Ydit avance, gravit des rues pentues, monte des escaliers connus par des dizaines de photographies, et puis enchaine un silence sur un silence ( ce qui est comme chasser le mal par le mal ou trouver le bien par le bien ). Et soudain se  décide : « Je vais oublier la vieille dame de la place aux tilleuls. »

 

Il l’annonce à son public :  la table voisine. On a échangé trois mots, parce qu’il y a trois américaines (les américaines parfois, à table, ne disposent pas de beaucoup de mots). Des américaines du genre veuve fonds de pension et à fond, perdues.

« La vieille dame, les tilleuls, dit-il. Puisqu’on est dans le récit de dames. »

 

« C’était la nuit, tard, la pluie, forte. Evidemment, ce type de décor sied moins au brio qu’un espace-attente de collège, qu’un jacuzzi (et sa serviette de lin blanc et de probité candide), qu’une table de resto chic – ministre placé de dos, garde du corps et chef de cab. compris. »

« Pardon Mesdames , fait-Ydit d’un geste de bossu rue Quincampoix, mais si je ne précipite pas moi-même la banqueroute de la mémoire- qui le fera ? »

on laisse des cartes

Ydit abat ses cartes

« Donc, ce soir là, et Ydit portait  une sorte de blazer trop serré, sans doute acheté aux Puces. Couleur prune ( mais on sait  que les prunes sont de toutes les couleurs, sauf dans les romans de Balzac). C’était un carrefour désert. Il y avait un magasin d’alimentation, posé au long du mur de l’hôpital. L’éclairage public vibrait trouble et brumeux comme du Brassai. Se permettant tout, rompant du pain, il ajoute : « Pour les références qui manquent, laisser un message : yditblog.wordpress.com. »

     Il distribue ses cartes :

 

« La machine pendait au mur face à l’hopital. André avait une clé du distributeur accroché en devanture, il savait le jour le jour de récupération des pièces par l’homme aux sacs : demain. Depuis une semaine, les visiteurs de malades, passant, ou des collégiens, achetaient de barres de chocolat, des chewing-gums,

boutique du coin

le drapeau nocturne du petit commerce

des caramels mous avec devinette dure, des capotes (non, pas des capotes, non, plutôt des chocolats sans amandes et des biscuits sans sel). »

Bien entendu – mais Ydit aurait été déçu, le trois américaines ont réagi à ce qui n’est pas dit : l’une tousse , l’autre a rougi, la troisième finit son verre. C’est bien, le public suit.

« Albert avait construit la soirée familiale pour que cela fût certain, même aux yeux du plus perspicace des flics (à l’époque, Maigret tenait la corde, et Magritte sa pipe) : il était impossible qu’il soit sorti de l’appartement des gérants, ses parents, logés au –dessus du magasin. Il raconta, plus tard, en partageant le butin, qu’il avait feint des nausées, des frissons, des fluxions de poitrine, des essais ratés de de lecture de Proust et jusqu’à des peines de cœur : sa mère l’avait d’abord veillé, puis gardé auprès d’elle dans le lit conjugal. Jusqu’à l’heure matinale du collège.

distributeur

l’apprentissage de la littérature exige des précautions

Ydit avait un double de clé. Il se tenait debout devant la devanture. Il tremblait. On ne peut pas décrire le goût serein de la peur quand elle naît de l’inconscience et de la nuit. On se prenait pour Delon dans son trench coat jamais mouillé. Certains ne peuvent plus s’en passer.

     Ouvert, le distributeur comportait deux tiroirs pour les pièces (chocolats, préservatifs) beaucoup de pièces, les vieilles de 1 franc, avec semeuse d’un côté, devises de l’autre. »

 C’est pas pire que le billet de 1 box U.S. avec le triangle maçonnique et la foi en Dieu », dit très fort l’Américaine du Visconsin. »

Ydit pourrait se taire, ici : maintenant, une rencontre, un dialogue, un whisky dans un bar de nuit proche, un dernier verre, la douceur des suites impromptues en V.O.S.T.?    Mais le violent devoir de l’errance mémorielle (et toc !) l’emporte. Créer le risque du dialogue, passe encore, mais casser le moulinet de l’oubli, non. Et puis, tout ça encore  en plus à oublier ? Il se force à continuer. L’Américaine demande un déca gourmand, lui en propose un. Ydit résiste.

     Parole :  « Au fond, se disait-il, tremblant à peine, c’est pratique : poche gauche tiroir de gauche, et c’est la part d’Albert, fils indigne. Poche droite, pour Ydit. Il n’a pas oublié le bruit des pièces, et la furtive fermeture du distributeur. On avait décidé d’enfoncer, poches pleines, un tournevis dans la serrure, pour tromper l’adversaire. Qui selon toute apparence, s’en foutait. Marchant vite le long du mur d’hôpital, bien que la pente fût assez forte (moins que la pluie) le rapineur s’en va. Les pièces- bonne chasse du trésor –bruissaient en suivant les pas.

Il parvint  à une petite place à nom de star.

banc Paris nuit

« Vous avez realy fait cela pour le money ?

Les tilleuls sentaient encore un peu, malgré le poids de l’eau : c’était un soir de juin.

Les pièces- richesse lourde –pesaient dans les poches très arrondies par leur volume, des ouies larges d’un poisson des abysses.

 Il était temps de s’assoir, d’oublier (aussi) les mains  les jambes tremblantes.

        L’adrénaline est la saveur du succès, le saviez-vous Mesdames ? »

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») : Chercher un endroit où parler

 

 

« Mais, c’est pas possible, c’est pas déjà vous qu’on a vus dans sur un autre quai y a pas longtemps ? Gare d’Austerlitz, non ? Avec vos histoires, là , racontées debout ?« 

            Ydit répond qu’il doit y avoir un petit génie transport de substitution - Copiedes rencontres,

        mais c’est un plaisir.

« Peut-être, dit la dame en gilet pourpre et filet « SNCF », seule cette fois, mais vous passez votre vie dans les rames ? »

Trains, chemins, rues, métros, Ydit rappelle que c’est en marchant qu’on oublie, même si c’est en parcourant qu’on peut construire.

Bon, allez, passons, l’Ydit est un peu pressé, aujourd’hui.

« Vous voulez que je vous fasse la photo ? » train,TOURNAN  celle là elle va(superbe, pense Ydit, comme l’usage se prend) .

« Là, on vous voit pas beaucoup. Et maintenant on voit plus votre étiquette. Et celle-là ? »

Alors, Ydit raconte

Il a pris tôt la ligne P. L’établissement est à un kilomètre de la gare. Il a marché vite. La chef le fait attendre, entre deux élèves ou professeurs qui souffrent d’une implacable urgence. Ydit a du temps. Ydit est venu solliciter. Naguère, l’idée même de sa venue aurait valu un branle-bas général. Accueil, gâteaux secs, dossiers frais, marques de respect. Maintenant, sur une petite chaise d’un petit coin, il attend. On pourrait l’oublier. Petit vieux à la Sécu. Papy chez le docteur. La vie.

     La chef l’introduit, pressée. « Il y a beaucoup à faire, Monsieur (elle évite le nom, et encore davantage l’ancien titre,pompeux et lourd). Les professeurs sont l’objet de sollicitations multiples, de toutes sortes, et puis il y a la réforme, vous savez qu’elle a du mal à les convaincre,…l etablissementla réforme, c’est compliqué, enfin ils la rendent compliquée, vois avez su comment ça peut-être, donc, je suis désolée,

mais pour votre projet, on ne va pas pouvoir…désolée. »

Tout ça dans le même souffle, elle parle très vite , un 110 mètres-haies avec chaussures de montagne. Impressionnant. Ydit en a le projet coupé. Elle l’a peu regardé.

« J’étais venu ici, explique Ydit à la dame SNCF, parce que ça a été mon premier vrai poste après le concours. Etape indispensable des oubliEs. »

« Vous voulez raconter votre vie à des élèves ? » s’interloque la dame SNCF. « D’anciens résistants font ça, ou des parents pour parler de leur métier. Mais non, non, moi, je veux leur raconter une scène, une seule, la visite d’une maison ».

-« Quand vous étiez jeune prof ici ? »

-« Ecoutez, euh ?… »

« Comme on va quand même pas se rencontrer encore une fois, je peux bien dire : Germaine. D’accord, c’est pas terrible »

« Germaine, si je vous le raconte à vous, je ne pourrai plus leur raconter à eux. Vous comprenez ? »

-« Non, je vois pas…Mais déjà l’autre fois, une maison à vendre - Copie….j’ai rien compris, alors… »

La chef enchaine : les professeurs sont surmenés, ils ont un peu les nerfs à fleur de peau, on doit bien comprendre ça, elle ne se voit pas de leur demander du travail en plus, surtout en fin d’année, pensez-donc, elle se sent tout à fait en empathie avec eux, ils font ce qu’ils peuvent,ils se concentrent sur leur mission, et on pourrait reparler de tout ça plus tard, par exemple l’année prochaine, non ?

Pour un peu, elle se lèverait, tendrait la main, allez on se quitte bons amis, hein ? Bon débarras, hop.Allez, y’a pas une petite harmonisation d’horaire de maths qui traîne? Un grand dadais de Troisième qui se planque pour fumer à sentencer?

Puis, alors qu’Ydit toujours assis explique ce qu’il attend, la tension décroît. La chef s’assouplit, commence à écouter, comprend qu’il ne s’agit pas d’un groupe de travail, d’un truc à piquer le temps, d’un effort à demander.Elle le regarde. Elle le découvre. Tiens, il  fait pas si ..

Comment voit-il les choses ?

Omission insideYdit : «Simplement: j’arrive, on a fait  une invitation, une mini info, mais vient qui veut, et s’il n’y a personne tant pis, j’arrive dans un coin, et je parle, devant deux ou devant trente, ils restent ou ils partent, ils mangent du pop-corn et jettent des cacahouètes, ou elles prennent des photos, mais moi je parle, je ne fais rien que parler, juste ça, parler, ça fait soixante ans et plus que je ne fais que ça, on écoute ou pas, et voilà. Deux ou trois dizaines de minutes, rien avant, rien après. Gratuit»

 

La chef a souri. Elle respire. Elle le prendrait presque par la main.

Ydit raconte qu’ensuite il s’en va retrouver ses chemins, son silence, l’insensible clavier du récit, l’indifférent cadrage des images : banalité du marcheur. Demande rien à personne. Donne ses mots et hop.

La chef accorte sourit encore, elle mesure l’absence de poids sur quiconque (honorable souci); elle appelle sur l’intérieur : Z est-il libre ? Du coup, elle passerait bien tout de suite au début de mise en œuvre, maintenant, pas du genre à traîner, la chef, quand elle s’y met. Guillerette.Intéressée.

Mais Z. ne répond pas. La chef conclut :« On fait ça pour fin juin ? Je m’en occupe. »

Sur le chemin entre l’établissement et la gare, Ydit fait place de la fontaine

le détour vers le centre-ville. Le bon fromager à l’ancienne est encore ouvert ( le village s’est peuplé de bobos rurbains), mais la librairie où l’on commandait les manuels a disparu.

train SPO inside.jpg

La petite place de la fontaine est occupée par toute une équipe de tournage d’une série télé, Josée Dayan n’est pas dans son fauteuil, il est impossible d’aller prendre un grand noir à l’hôtel de la Croix Blanche. Il attrape le train de 12h12

-« Dites donc, tout ce temps-là, le trajet et tout, rien que pour avoir un endroit où vous pourrez parler ? »

-« Bah oui, Germaine, vous savez quoi ? Vieillir, c’est juste chercher un endroit. »

 

 

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») SPO 15

SPO 15, rue de Paris, les tilleuls dans la nuit incitent à la lenteur.
                                                                                 15 / EPISODE PREMIER

(où l’on dirait qu’on approche de vraies impudeurs)


Tout cela est bien joli (« en fait non, pas joli-joli, » dirait Ydit), mais ça fait pas un tabac. C’est pas avec ça qu’on va emplir le mini-bus pour partir de concert vers une expédition d’oubli-avec messieurs dames en parkas d’hiver et collants Damart


D’autres fois, le braillard projet d’oublier sans trahir se combine à la sourdine de la mémoire. Ydit veut sortir accomplir son rite, mais il pleut de la presque neige. Sous elle, un devenir à la parole ? Que proférer de l’oubli quand les flaques seules témoignent du mouvement du vent ?

Quand les porteurs noirs d’échafaudages, eux-mêmes, ont lancé vers l’avenir la suite de leur escalade,

tant la pluie de Paris rend tout glissant ?

(mais les trottoirs de Buenos Aires

seraient-ils moins humides img018   sous la pluie du sud ?

A l’école, on dit que les enfants donnent à tous les Sud les vertus aptères de la sécheresse).

Tard, nuit venant, Ydit se résigne : l’oubliage est une foi, l’oubliance un festin, même dans les premiers sombres du crépuscule (surtout en ville : les enfants racontent que les réverbères accentuent le rôle obscur des pavés, qu’il ne faut pas sortir le soir vers les rues de Paris, que des prêtres pédophiles à soutanes sales sont prêts à l’embuscade sous le porche des églises ;mais le maître les détrompe, les sermonne, les punit).

L’expérience du crieur d’oubli(e)s se construit lentement, mais il sait déjà que le plus grave des instants est celui du choix : que dire ? Qu’oublier ? Trop de souvenirs semblent exiger l’immédiat effacement. Trop d’images s’échinent vers les mots, en frémissant de l’espérance d’oubli. Pléthore du mental.
« Pas de ça, Lisette », dit-il à voix basse dans le secret du carrefour, sans parvenir à retrouver l’origine de Lisette : encore un oubli, passager clandestin de la barque. Lisette, pourtant, était jolie ?

Elle se baignait dans les fontaines au lieu d’y boire ?

Certains soirs, l’étonnant désir d’omission s’altère au contact de la ville. La ville conduit autre part qu’en soi-même, on le sait. Mais pas de quartier dans le quartier, pas de faiblesse, de mollesse, de tristesse, de bassesse (et encore moins de liesse).

Le déni de mémoire est un exigeant creusement de mines dont les filons restent imprévisibles.

Et les explosions spectaculairement silencieuses.poste police rue Marsoulan 2012

En regardant la mémoire dans les yeux on tire à balles perdues dans les devantures blindées de la vie.

– Et ça rebondit ?
– Oui, passant, car, enfin, dites nous donc pourquoi, sinon, le crieur d’oubli(e)s parle-t-il ici de la plage de Bernières? Parce que la rue voisine contient une école ? Parce que des frères liés par la haine traversent en se tenant la main ?
« Je veux effacer le château de sable sur la plage de Bernières, les faux-semblants des faux-sourires, et le concours de plage du ‘Figaro’, les boucles bien lisses des enfants domestiqués, lui aussi je le veux couvert par le rageur accès sauvage de la marée. ».

Sauvage et prévisible, comme les amours, comme les désirs, comme les drus afflux de la mémoire.

« Je me souviendrais de beaucoup de plages dans beaucoup de pays, parce que je suis un homme de France, un prochain des côtes, et que je suis encore davantage un homme des pays d’Europe, où mer et océan se gouttent au biberon depuis les temps d’Ulysse.

Mais j’oublie l’heure d’enfance :

le sourire qu’on voit img017sous les friselis est un leurre.
D’autres photos de sableuse enfance portent un identique mensonge : ces années furent épaisses comme un désastre, lourdes comme un repentir de peintre manquant de toile, perdues comme un manuscrit à Saragosse. Ici, dans la rue, devant le mécano généralisé de l’échafaudage orphelin de ses monteurs noirs déjà dissous dans la neige, ici dans la pluie brune de la cité,dans la rue grise de Paris,

je déclare que cela, dj +richard plageces heures menteuses, toutes ces tromperies, cela j’oublie. »

– « Tout cela est bien joli dit une passante pleine de soucis, (« en fait non, pas joli-joli, » dirait Ydit), mais tu fais pas un succès. C’est pas avec tes trucs de ce genre qu’on va emplir ton combi VW pour partir avec tes potes dans pour un voyage d’oubli- avec messieurs dames en parkas doublées sur des collants Monop. »

Très juste : on ne peut pas dire que le parapluie rouge et blanc du citadin mouillé forme un auditoire de choix sur le parterre humide. Encore moins à cette heure-ci, dans une rue sans destination (en ville, tant de rues vont de nulle part vers nulle part).
Pourtant, résigné à la solitude, et repu de délectation morose, l’oublieur poursuit le récit de ce qu’il oublie : des heures d’enfance où la mère triche, farfouine dans les reflets du réel pour y tailler des apparences d’intérêt, affute les trois frères ( dont un faux) en molles statues qu’elle expose dans leurs différences-tout fesses IMAG3132pour l’un, tout sexe pour l’autre, et quoi ensuite- ?

La mère maquignonne avec les trognes du voisinage, fait sa minaude, voit tout le malheur et ne dit rien du bonheur, adopte des frères bientôt vengeurs et câline l’aîné qui se vautre dans les corps de son propre sexe, la mère qui sait tous les abus et les ignore par goût de l’obscur.
La pluie cesse, pas Ydit ; pas la parole en lui.


La méthode d’oubli public trouve ici une autre de ses limites : hormis le prêtre ou le médecin, qui peut écouter sans un terrible ennui le récit des enfances privées de joie ?

Ecouter tout récit d’enfance, d’ailleurs, est une besogne de bagnard, de condamné aux galères, de Misérables.

« Pourtant, parfois, dans les creux des lits des amoureux, dans les cafés où l’on voit l’avenir du désir dans le visage de l’autre, il arrive qu’on puisse intéresser une auditrice par un tour de passe-passe biographique, non ? Ou bien ne s’agit-il au fond que d’une écoute du corps ?»

A cette interrogation, dont la visée polémique est bien trop claire, nul ne répond, dans le rue de Paris qu’harangue faiblement l’oublieur solitaire. Depuis longtemps les deux vieux qui sortaient de l’immeuble se sont enfuis, le boucher d’en face cesse d’écouter depuis sa vitrine en découpant des agneaux, et la jeune femme qui dialogua s’est éloignée, trop vite, évanouie dans son sourire de compassion.
Il se tait, plie le parapluie, prend la route vers un autre espace de parole, pour la nuit venue : épisode II


Protocole des S.P.O. : publicité
Les séances de L’OMISSION peuvent être annoncées. La prochaine aura lieu sur la place de l’église, dans un petit village de Forterre, juste avant la tombée de la nuit.
Mais la programmation des séances publiques d’oubliage dépend de conditions imprévisibles, dont météorologiques, et reste elle-même imprévue. Les spectateurs déçus ne seront pas remboursés. En revanche, il arrivera que l’orateur distribue de menues galettes imitées des oublies que vendaient les porteurs d’oublies, juste avant la fermeture des portes, la nuit, au Moyen Age.

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Didier JOUAULT ( « YDIT » ) …Coffre 4L, Clap de fin/S.P.O. 13 , deuxième partie

De la part de François T. :

          Monsieur (ou, après tout, Madame bien cachée? Mais on pense que non),
      On dirait que vous aimez la littérature qui a du coffre (on se souvient, enfin les vieux se souviennent, de « La littérature à l’estomac »). Même si votre liseuse de blogs estime (dirait-on) que vous en manquez sous le pied. vue de soir  doubleOn ne peut pas avoir de tout partout.

Des souvenirs et des idées.    Encore que.
double dans le miroir
Je vous offre donc un florilège du soir, pour le fond de coffre, le fond de cale, le journal mis sous la fuite d’huile, mon propre florilège pour enrichir le volume documentaire de votre assureur, probablement, à l’époque, cette mutuelle qui ne cachait pas ses origines fraternelles en collant des triangles sur tous les pare brises des profs et complices.

 

Il y avait même des groupements de campeurs universitaires P1150196où l’on s’éclairait avec « Histoire de la Folie », se douchait avec « Mythologies », se couchait avec l’Intégrale de Baudrillard, vous souvenez-vous ?

 

Pire, toujours voir pire : on observait aussi des groupements de campeurs universitaires et naturistes : GCUN, le tout avec un macaron également triangulaire sur la 4 L. La 4L mise à nu par ses célibataires même (dans le grand choix entre Duchamp et Matisse, vous êtes très Duchamp, savez-vous? C’est pour cette facétieuse facilité qu’on vous aime).

Ayant lu (plutôt vu) ce qui précède dans le fil des « S.P.O. », je suppose que vous allez sortir de vos collections ( « Charme et campagne » ?) une photo avec ce qu’il faut de sous-entendus montrés par du sous-vêtu…

pour une fois : de la pas vêtue du tout ? « Osez« , dit une commentatrice!)

( et même si l’un de vos commentateurs, hypocrite ou maladif, s’élève contre vos visuels  usages des jambes de jeunes femmes).

Car des nues, tombées ou pas, les musées les IMAG0400plus cons passés ne sont-ils pleins?

On se demandait à quoi servait le triangle des GCUN : cache-texte pour Messieurs au moment de retrouver l’extérieur, le monde du textile,

texte/il ? Symbolique à trois côtés lourdement colorée de tautologie naturelle pour Mesdames ?

Et quoi pour Mesdemoiselles, effervescentes plus qu’évanescentes dans le con-texte de ces années ?

Le triangle universitaire du naturiste campeur, d’ailleurs diversement situé (certains le portant gravé sur l’épaule droite), répétait-il, dans sa simplicité crue, les composantes de « l’Union de la Gauche » ou la marque de la sainte trinité ?

Voici l’une des questions à quoi s’affrontaient les bons esprits, menant la 4 L d’une poigne ferme, changement de vitesse rond et anguleux dans la main, sur la départementale en pente,                                                                                                                                   la D215 bis,                                                 Ardèche ou Lozère,

voie raide ,20150627_083028 voie raide,

et sinueuse (car les campings d’universitaires naturistes ne se livrent pas sans effort, au terme de chemins spiraloides).
Bref, associer triangle et 4L relève, j’en conviens, d’une forme anachronique de loufoquerie, surtout sur fond de macaron (à peu près la seule chose de cette histoire qui ait pris de la valeur dans la durée- les initiés apprécieront).
Donc, puisqu’YDIT veut, puisqu’YDIT cite-plus ou moins licite ! -eh bien YDIT reçoit : triade, salve triple, trois mots, collant noir du texte gros sur fausse-pudeur rose des fesses naturistes, triangle d’auteurs tripoteurs baladés dans le triporteur (ah, pourquoi n’avez-vous pas plutôt demandé des extraits de Dary Cowl ?).
Donc : des textes-ils pour les textiles ?

1. MARCEL GAUCHET :

L’organisation en vue de l’avenir, c’est encore la mise en place et le déploiement d’un type de pouvoir profondément original. La nature spécifique et l’expansion des bureaucraties occidentales ne sont pas intelligibles hors du lien congénital qu’elles entretiennent avec la gestion du changement. S’il est besoin d’une instance administrative prenant en charge jusque dans le fin détail la régulation de l’existence collective, c’est à la mesure de la puissance politiquement instituée que la société se reconnaît à l’égard d’elle-même et à laquelle il s’agit de procurer un instrument. A ce titre, l’Etat démocratique est nécessairement un Etat bureaucratique – historiquement,

l’Etat administratif ne pouvait s’épanouir qu’en Etat représentatif.mur Il a pour fonction de donner force et consistance pratique au pouvoir de la collectivité de se produire tout entière, pouvoir qui n’a de sens que dans la durée. Sa légitimité profonde, de ce point de vue, c’est d’être l’instance même de l’avenir, le point de l’espace social où se rassemble et se matérialise la capacité souveraine à s’instituer de part en part-mais pas dans l’instant, dans l’extension du temps, par la ferme conscience du but visé, dans l’interaction éclatée, ouverte et fort peu au fait de son enjeu dernier d’une multiplicité de demandes sociales et d’un enchevêtrement de réponses organisationnelles et législatrices.
Le désenchantement du monde », Folio-Essais, 2010, p.352-353)

____________________________________________________

2. SAN ANTONIO :

Le San-Antonio, c’est le signe d’une époque épique et cholestérolée ! On le trouve partout : dans les pharmacies, dans les clandés, dans les casernes, dans les presbytères, chez les presbytes, dans le mess, à la messe, à Metz (Toul et Verdun, les trois éméchés) et même chez certains libraires ! Il est pour la main tendue au-dessus des parties (à condition qu’elles en soient pas placées trop bas). La main tendue par-dessus les frontières. Le dénominateur pas si commun que ça ! Il veut la paix, le pain, la liberté ; le pet de lapin en liberté. Il aime, quoi ! Qui ? Mais les hommes du monde entier et les femmes de mon dentier ! Oui, surtout les nanas, en amour c’estpalais royal sept 12comme lors des naufrages : les femmes et les enfants d’abord. On garde la capitaine pour la bonne douche ! Tout aimer, voilà le secret. Etre amoureux du grain de café qu’on moud le matin, de l’oiseau qui s’oublie sur votre chapeau, du facteur qui vous apporte votre feuille d’impôt, du proviseur qui vous balance du lycée, de l’adjudant qui vous fait ramper dans la boue. Aimer la boue ! Aimer la m…Ne vous gênez pas, y en aura pour tout le monde ! Aimer, aimer ! Le voilà le secret ! Qu’on se le dise.
Vous allez penser que je parle de moi avec assez de verve, mais je veux bien qu’un autre me le serve ! Edmond Rostand, tenez ! Et puis, s’aimer soi-même, surtout si l’on est son genre ! Les petits Cadums entretiennent la santé ! Flûte, où en étais-je ?
Ah oui : la plage cuhaltière, avec Béru en chaussettes. L’aurore qui point. Et le petit port de Santa Nanatépénar endormi.
Ménage tes méninges », Fleuve Noir, 1969, p.126-127)

________________________________________

3. FRANCIS PONGE :

Mais comment rendre ce dessein possible ? Je considère l’état actuel des sciences : des bibliothèques entières sur chaque partie de chacune d’elles…

Faudrait-il donc que je commence par les lire, et les apprendre ? Plusieurs vies n’y suffiraient pas.

Au milieu de l’énorme étendue et quantité de connaissancesP1150053.JPG acquises par chaque science, du nombre accru des sciences, nous sommes perdus.

Le meilleur parti à prendre est donc de considérer toutes choses comme inconnues, et de se promener ou de s’étendre sous bois ou sur l’herbe, et de reprendre tout au début.

Le parti pris des choses », ‘Poésies-Gallimard’, 1967, p.177)

 

Et toc, YDITBLOG, débrouillez-vous avec ça, sans rancune !…François T.

 

 




 

FIN

Fin Fond du COFFRE…




 

ET UN dernier retour vers YDIT-PARLE, dans le ton…en forme de clin d’œil,

Badge OUBLI E S seul

…pour les déçus de la
D 215 bis, les nostalgiques aigus du macaron, baigneurs d’Ardèche ou Lozère…

Car la fermeture du coffre, qui claque, ouvre un autre pan de la mémoire. C’est l’interminable du vivant, même caché.

Donc, à nouveau, Ydit parle.

Il regarde F.,toujours vive dans son attention jolie et ses yeux clairs. La scène manquerait en intensité dramatique, sans doute, si deux images par horreur sauvées du naufrage n’introduisaient pas le chant quasi homérique du ridicule, dont périrent tant de héros.

Ydit, habillé de rouge et de noir, lui parle :

« Oublier, c’est oublier le regret aussi, oublier la nostalgie de ce qui n’a jamais pu être, et qui aurait changé le monde intime. Je veux l’oubli de ce caramel joli lové sur la langue d’une aïeule :la présence de T. ou M. sous les arbres au bord de la rivière, en cet été-là de l’Ardèche nue.
                                                             On était encore dans le millénaire d’avant,

IMG00217-20100710-1601.jpg

Photo de photo  Bettina Rheims, expo Rose Selavy, Bibli nationale

 femme cent/sans tête,

et dans la scène rieuse des espérances partagées : politique, poésie, amours, on voulait tout mettre à nu, remettre à neuf. Avec deux ou trois autres, on dormait au fond de la gorge, et dans la journée- pas du tout « bateau ivre» , on parcourait l’étroitesse du fleuve et des torses sur de brefs kayaks.

 

La règle de tous, au bord de l’eau, visait à la si rude simplicité du nu intégral.

Chemises et jean’s remisés dans le coffre de la voiture, on escamotait la difficulté de la vie en se regardant les unes

IMAG0554.jpg

expo art contemporain I.M.A.

les autres les aspérités des corps.

Aujourd’hui, se mettre à nu, peignoir bleu ou pas, exige qu’on pose sans tricher la question du primat de la représentation sur le désir. En ce temps-là, non : élans privés de réflexion lourde. Pique-nique lumineux sur les aiguilles de pin, tendres aperçus vers les cachettes du désir à l’occasion d’un buste levé pour trouver le pain, échappées indiscrètes et profuses mais déclarées banales à l’octroi du désir.
Belle illusion, agréable modalité de fuite.
Tu te mettais nue au soleil, tu lisais Gramsci juste vêtue d’un chapeau. Certes, une approche différenciée des réalités secrètes de l’humanité nous oblige à un constat cruel : le soleil ne brille pas de même sur toutes les chairs ( et d’ailleurs, elles ne rougissent pas de même non plus sous l’accident de la parole)
Tu croyais rendre hommage au simple amour de la nature, tu ramassais

des fourmis dans les plis, du gravier sur les pieds, des rillettes sur la tête, du sable de vestale dans l’étable,

bref quand tu avais soigné les coups de soleil ravaudant l’intime, y avait plus qu’à rêver d’une caresse de glaçons, pour les garçons,
de Biafine, pour les filles – et soda brun pour tout le monde. »
Enfin- habillé de linge bleu et de bavardage naïf – l’oublieur proclame son oubli de cette image : M. ou T. marchant fastueusement et simplement nue, sous les arbres,près de l’eau, sans  une défiance sur le visage, sorte de Mélusine désarmée, de Nadja du côté de ...sans poète, et puis leur nuit sur le sable, seulement à parler, seulement àparler des paroles, nus dans le frais venu avec minuit,on frissonnait un peu, on se laissait couler sur la main ouverte un filet de sable gris,
et -ensuite, ensuite- la parole perdue, la si longue difficulté, des années durant, toutes ces années, longtemps, des années, l’effort pour renoncer malgré tout à cette promesse de l’autre, à ce silence de l’évidence, à cette immédiate nudité sans gestes jamais retrouvée, jamais tenue, jamais revenue dans les temps suivants, à cette histoire aussitôt finie sous les arbres dépouillés, avec l’aube et plus rien jamais que le souvenir de l’amour simple, rien que lui,
Jamais revenu.
Tournant le dos à l’étonnement de son auditrice  ( qui pourrait s’habituer à tout, et peut-être le trouve séduisant soudain ,dénudé de son passé),

Ydit conclut :
« Cela, la disparition d’un matin quand tout s’habille de nuit sur le corps, et la blessure de chaque soir , j’aurais déjà dû l’oublier depuis, mais ce soir, c’est dit : j’oublie. »

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Didier JOUAULT (« YDIT ») – AVERTISSEMENT : POUR EN FINIR AVEC « LE COFFRE DE LA 4 L »

S.P.O. 13 , première partie


AVERTISSEMENT : POUR EN FINIR AVEC « LE COFFRE DE

LA 4 L »

IMAG0463
Pour les fêtes de fin d’année, l’ORATEUR / OUBLIEUR ( Ydit ) a proposé d’accueillir des contributions, nécessairement pétries d’oublis/de mémoire.
C’est le cœur de projet : OUBLIER.
« YditBlog » vide aujourd’hui son sac de contributions, en une courte série de « posts » sans retour.
PUIS reprendront les soliloques publics à vocation d’oubli, appelés par facilité :

« Séquences Publiques d’Oubli ».

Les S.P.O. seront, comme auparavant, appuyées de témoignages visuels :

scènes de parole-pour-oubli et archives de l’omission.

TOUTEFOIS, les contributions nouvelles seront reçues avec une interminable satisfaction, Badge OUBLI E S seul et plus tard publiées.


RAPPEL, pour mieux suivre ( cf.SPO 12 ) : une qui signe « liseuse de blogs » commentait :
«…ça va, on a compris, pour la métaphore du coffre-mémoire à percer au chalumeau pour un braquage contre soi-même… Pour rester dans la métaphore, tournez le démarreur, étoffez le sujet, mettez plein gaz, laissez-vous aller…étourdissez le héros ! »


DANS LE COFFRE, POUR FINIR …(première partie ) :

____________________________________________

Cher Ydit,
Laisse-moi te dire que le passé est toujours pas assez et que l’à venir est trop susceptible d’échouer.
Seul le présent est un cadeau.
Marion et bisous


Les dernières fleurs sont jaunes

Ce projet parle d’un sujet qui peut toucher tout le monde ;

le deuil.Rose Couverture
Au commencement, il y avait ce petit carnet de dessin.
Puis j’ai été amenée à regarder des albums et des photos de famille.
Ces photographies, après un travail rose 2d’archivage, ont subi une intervention
dessinée. Ces actions manuelles ont été suivies d’un retravail informatique
qui a permis de prendre plus de distance, d’avoir un regard plus neuf.
N’est-ce pas là tout le travail de deuil; savoir prendre une saine distance avec ses
souvenirs ?
On dit que philosopher, c’est apprendre à mourir, c’est donc_rose_01 aussi apprendre
à vivre.

Ce travail se veut donc une philosophie graphique.


This project talks about a subject that can touch everyone; mourning.
At the beginning, there was this little drawing pad.
Then I looked at some family albums and family pictures. This photographs, wich were
chosen after a real archive work went under rosea 03a drawing intervention, and then were put behind
the informatic filter for more distance.
This distance, this new look on this pictures and memories, isn’t it all the mourning job ?
We say that philosophize is learning how to die, so it is also learning how to live. My work aims
to be a graphic philosophy.

Rose AUBERT


Ydit, je ne sais pas qui tu es, ce que tu penses, ce que tu cherches à manigancer derrière tes histoires d’omission -assez rigolotes parfois, sauf quand ça se prend la tête (pas envie de ça, papy).
Mais ton coup du coffre de la 4L, je ne sais pas si j’ai tout compris (on comprend jamais tout), mais c’est comme un pot de miel pour les abeilles, comment ne pas y mettre la main/le dard ?
(Même si dans mes quinze ans on préférait la main au panier).
Dans la 4L ?
Il y a Hélène, qui habitait un fourbi vers la rue Daguerre, Paris (à l’époque pas Boboland) il y avait

une mallette avec ses habits quand elle couchait dehors… ce qui était souvent.

Un soir, on dînait, parfois elle organisait des bouffes avec des ingrédients type

déguisements surréalistes (ridicule !),

mais là, on était seuls, IMAG0403sur une terrasse à la campagne, elle avait hérité une micro-fermette,

c’était le début de l’été, bientôt les vacances, et elle me racontait un de ses amants, un type vers la quarantaine dépassée, qui venait la servir rue Daguerre alors qu’il prétendait en famille être dans

une soirée maçonnique, sérieux et tout, on refait le monde, tu parles.
Hélène décrivait le brave gars totalement nu et

qui se mettait son tablier de maçon sur les génitoires, IMAG2999comme si ça excitait qui que ce soit. Elle s’écroulait de rire, elle avait pris (malgré les réticences, mais Hélène savait y faire) des polaroïds couleur (quelle époque) de Jojo

en grande forme sous le tablier tendance cuir blanc/liseré bleu. L’étoffe pointait en triangle ( forcément). Elle me les montrait,
les photos, pas les génitoires (mais je la soupçonnais d’avoir des photos sans tablier). Bien sûr, on ne voyait pas le visage de Monsieur le Frère des Hommes, avocat bien lancé (et du reste bien balancé).

On n’en pouvait plus de se marrer,en ouvrant un Juliénas ( Hélène savait y faire) mais nos relations, toujours,

sont restées purement amicales, Hélène et moi.

On savait y Copie (2) de Photo 020mettre les gants. Blancs, si j’ose.
Pendant des ans et des ans, je n’ai abusé que de sa 4 L blanche, rien d’autre, et un peu de son Juliénas, sur les chemins du travail ou les routes des vacances, en appréciant comment elle renouvelait, dans le coffre de la 4L, les habits pour les soirs de découche…
Jerôme

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Didier JOUAULT ( « YDIT » ) : Cela manque un peu de coffre.

Avatar de Ydit-Blog NOUVELLE SAISON saison IVydit -Blog Nouvelle saison SAISON IV

Le projet « OMISSION » et OUBLIeS
En décembre 2015, l’affiche annonçait sur YDIT SPO:

Soldez «la 4L» qui est en vous !

GRANDE SUPER OFFRE UNIQUE DE FIN D’ANNEE :
Offrez vous gratuitement  un oubli de 4L.

Rappel : On a pu voir dans la séquence précédente une part des dépôts dans le coffre. L’interprétation de l’invite a produit des effets divers.
« On ne peut pas vivre sans souvenirs » (Michel CHAILLOU, « indigne Indigo », Seuil ; collection Fiction et Cie, 2000, p.127
Encore une part de dépôts d’oubli dans le coffre, donc, et c’est une strate cette fois sans public en direct  pour l’orateur, donc sans image d’YDIT.

(on s’en passe très bien, dit l’une)Badge OUBLI E S seul
________________________________________

Se souvenir d’une 4L, je veux bien.
L’invitation est valable même si ce n’est pas la mienne ?
Et si c’est celle de ma mère, on prend aussi ?

Voir l’article original 1 999 mots de plus

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Cela manque un peu de coffre.

Le projet « OMISSION » et OUBLIeS
En décembre 2015, l’affiche annonçait sur YDIT SPO:

Soldez «la 4L» qui est en vous !

GRANDE SUPER OFFRE UNIQUE DE FIN D’ANNEE :
Offrez vous gratuitement  un oubli de 4L.

Rappel : On a pu voir dans la séquence précédente une part des dépôts dans le coffre. L’interprétation de l’invite a produit des effets divers.
« On ne peut pas vivre sans souvenirs » (Michel CHAILLOU, « indigne Indigo », Seuil ; collection Fiction et Cie, 2000, p.127
Encore une part de dépôts d’oubli dans le coffre, donc, et c’est une strate cette fois sans public en direct  pour l’orateur, donc sans image d’YDIT.

(on s’en passe très bien, dit l’une)Badge OUBLI E S seul
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Se souvenir d’une 4L, je veux bien.
L’invitation est valable même si ce n’est pas la mienne ?
Et si c’est celle de ma mère, on prend aussi ?
Bon, je sais, après l’accident de 4L et Œdipe (voir « coffre » première série), on me voit venir. Mais justement cette 4L n’arrivait jamais.
Il y avait toujours quelques choses qui clochaient dans la 4L, pas chez ma mère, quoique…A bien y réflechir, c’est ma mère qui ét ait toujours en retard pour nous emmener à l’école, pas la voiture.
Il faut dire que c’était une parisienne, la 4L, ma mère aussi, mais avec un quadrillage rouge assez reconnaissable. Et quand on est en retard, on préfèrerait arriver dans une voiture grise.
On poussait la voiture assez souvent, c’est stimulant. Surtout pour celui qui pousse, pas le conducteur. Ma mère, en l’occurrence.
On l’aimait bien quand même…
Quand j’ai volé de mes propres ailes (deux seulement) j’ai fait mes armes avec une Diane.
Toujours une histoire de femme.
Et je n’ai plus jamais poussé…(mais je suis parfois resté à l’arrêt).
Sans femmes, on n’avance pas.
JOEL


 

 

(Toutefois, le projet YDIT est heureux de

vous offrir la version Nouvel an d’une vieille amie)20151206_142339


 

4 L

L’ai-je rêvé ? Pourtant, cette séquence reste profondément incrustée dans ma mémoire, séquence que je pourrais intituler « Les amis sur la banquette arrière de la 4L , hurlant de peur ».
Je devais avoir vingt-cinq ans. Nous étions sans doute en route pour Vézelay où l’une d’entre nous jouissait d’une très jolie petite maison (je me souviens d’avoir pris une diapo de la basilique sur fond de ciel bleu qui réside encore quelque part dans les plis de mon cerveau, cinquante ans plus tard).
Toujours est-il que dans un virage, le levier de vitesse m’est resté dans la main (est-ce que vous voyez ça ?) Et alors ? Eh bien, j’ai encore cette sensation bizarre d’une désynchronisation entre le réflexe (mes mains tournant à toute vitesse (!!) le volant) et mon esprit occupé uniquement à enregistrer la scène, image et son (les hurlements).
4L, un bon pour l’envol ?
Serge G.


 

Message POUR YDIT :

CARNET DE SOUVENIR

Sur un petit carnet carré, j’ai pris le temps de revivre certaines scènes de ma vie, heureuses ou tristes. Il s’agit donc d’un travail introspectif,

proche de l’intime.CARNET_SOUVENIR_06 En effet j’ai souvent éprouvé un soulagement en les dessinant. Les personnages perdus dans le l’espace de la page font référence à quelque chose de précis pour moi, et pour toute autre personne, CARNET_SOUVENIR_02ils racontent des histoires.

On a little square drawing pad, I took the time to live some scenes of my life once again, happy or sad ones. So it is an introspective work, CARNET_SOUVENIR_04close to intimacy. I often indeed felt relief when drawing them. The characters, lost in the page space are a reference for something precise to me, CARNET_SOUVENIR_01and for any other person, they tell stories.

Rose Aubert



Ydit,

J’avais oublié, ton post m’a rapporté ce souvenir…
Tôt le matin, sur une route du Vexin, le soleil 20160126_081802levant me fascine.
Heureusement, je ne conduis pas 4L, et peux me perdre dans ces couleurs incroyables que le ciel nous offre ce matin-là.
J’ai oublié où j’allais, mais qui sait, ce fut peut-être mon premier pas vers

l’extrême orient .pat2(photo Patrick Jeunon)

Catherine B.-V.



Pour continuer…D’autre part, je n’ai jamais eu de 4L, ni aucune petite voiture d’aucune sorte. Toujours des grosses, achetées d’occasion et parfois très très âgées. Je n’allais pas en Seine-et-Marne mais dans l’Orne, et là c’était train (7 heures à Montparnasse le mardi matin) plus auto-stop. Un autre registre…
Pour la bonne feuille, voici un extrait du livre qui paraît cet hiver chez l’Harmatan (voir précédent « coffre »de 4 L.)
Amitiés
  Marc Lebiez

« ŒDIPE ATHEE
(p. 93 sq.)

Fille d’un dieu

Jésus est fils de Dieu ; il n’y a aucune fille dans son entourage ni – par conséquent ? – dans le christianisme. La femme n’y apparaît que comme la mère (idéale) ou son envers, la prostituée. La relation de Jésus à son père (du Fils au Père) est assez étonnante : rien, ou presque, n’est dit de Joseph (ni du métier que pratiqua son fils – le même que le sien ?), ni des rapports de Jésus avec lui. Admiration ? Désir d’imitation ? Rivalité ?01 Que fait Joseph au moment de la crucifixion ? Après la mort ? Les femmes, les femmes, mais lui, l’homme, le père ? Jésus assiste aux noces de Cana avec sa mère, pas avec son père. Pourquoi ? Ce dernier est-il à ce point inconsistant ? Dieu est-il jaloux d’un rival terrestre ?
Les rapports de Jésus avec son père divin ne sont pas clairs non plus. On ne voit pas en quoi il s’en distingue, sinon dans sa mortalité et sa capacité à souffrir. A-t-il une existence propre ? Ce serait celle qui s’achève sur la croix : Eli, eli, lema sabbachtani ! Qu’est-ce alors que ce père qui n’aurait conçu un fils que pour le faire mourir, alors que lui-même se serait préservé dans sa confortable immortalité ? Mieux encore : son éternité. Si, d’un autre côté, il n’y a qu’un seul être dans ces trois personnes, alors le Fils n’est pas réellement distinct du Père, il n’en est qu’une pâle copie terrestre, la forme que Dieu se donne quand il décide de se faire homme. En ce cas, être fils ne serait qu’une manière de n’être qu’imparfaitement, qu’incomplètement. Le dire fils serait avouer qu’il n’est que secondairement. La paternité du Père n’est pas sa puissance d’engendrer (sur quoi l’on n’insiste guère) mais sa pleine puissance d’être, alors que le Fils n’est que dans une certaine mesure. L’être du Père est plus plein que celui du Fils. À preuve la mortalité de l’un, à quoi l’autre n’est pas confronté. Le Fils n’est pas reconnu dans l’originalité de sa personne, il n’est qu’un piètre décalque du Père, un sous-père. 20160109_181623C’est sans doute pourquoi il n’a pas d’enfants, ni d’ailleurs de femme, sinon sa mère, présente à tous les moments importants de sa vie terrestre. Faute d’être vraiment reconnu par son père, qui l’a abandonné, il n’est jamais qu’un fils à maman, incapable de procréer. Fils destiné à ne jamais devenir père.
N’en va-t-il pas toujours ainsi des fils ? Leurs pères acceptent-ils de les voir pères à leur tour ? Ils devraient, puisque cela les rend grands, à moins que ce mot ne soit qu’une consolation pour la douleur de n’être plus le Père et de devoir partager cette paternité qui a longtemps fait leur être même. Le père veut bien reconnaître en son fils son enfant – encore que cette question soit la hantise de tout père et ait justifié la fondation de l’institution familiale – mais certainement pas un futur père. Dieu le Père ne fait pas exception à cette règle de la paternité humaine ; il en rajouterait plutôt dans la rivalité avec son fils. Mauvais exemple, triste modèle. Au fond, l’excessif attachement des fils à leurs mères arrange plutôt les pères : aussi longtemps qu’ils ne sont que des fils à maman, ils ne sont pas des pères. À peine rivaux, petits Œdipes tout juste fantasmés qu’aucun père n’a jamais croisé sur sa route, ils ne constituent pas une menace réelle. Si, d’ailleurs, la mère se livre à des pratique incestueuses avec le petit garçon chéri – oh, de simples et innocentes caresses dans la chaleur du lit maternel, tandis que le père est parti travailler, rien de grave, pas de pénétration, avec ce petit pénis qui peinerait à se rigidifier, si jeune ; donc pas d’inceste se dit-elle, sans vouloir s’imaginer ce qu’a pu ressentir le cher petit Jésus – eh bien, le père en est plutôt satisfait : pendant ce temps-là, elle ne va pas avec un homme véritable, elle n’en rêve même pas. Et s’il voit loin, il peut se dire que ce fils restera ainsi longtemps un enfant, et ne deviendra pas de sitôt un rival en paternité.
Le petit garçon s’imagine en rival de son père face à la mère. Il est prêt à croire ce sentiment réciproque, en quoi il se trompe bien, et cette illusion arrange l’entourage. Il n’est, entre ses parents, qu’un jouet dans l’enjeu qui les oppose, le père qui veut s’assurer que sa femme ne fraie pas avec un autre homme, la mère qui veut se consoler à bon compte du défaut de tendresse de son mari. Quoi de plus mignon que le petit bébé, inoffensif ? Il est floué, le petit enfant, et qui s’en soucie ? Les choses se gâtent lorsque l’enfant devient homme et veut être père. Jésus, lui, est resté fils, et l’on nous donne cela en exemple, cet homme jamais devenu père, que l’on représente tantôt nourrisson allaité par sa mère, tantôt cadavre rigidifié, dans les bras de sa mère, encore. Il n’a jamais pu en sortir.
Est-ce un dieu qui veut cela, ou bien la paternité, ou encore ce qu’il faudrait pouvoir appeler la filiarité ? Ce mot, bien sûr, n’apparaît pas dans les dictionnaires, les pères y veillent. Sont-ils différents avec leurs filles ? Il arrive que leurs mères soient jalouses lorsque vient la nubilité, et cela se comprend car elles peuvent se sentir moins désirables, désormais, que leurs filles.115 s Constatant ce que sont devenues celles-ci, elles voient ce qu’elles ne sont plus et ne seront plus. La nubilité de sa fille est, pour la mère, signe que le temps a passé, et quoi de plus douloureux dans la vie que la lente approche de la mort ? Si la mission terrestre de la femme s’épuise dans la procréation, si son corps n’est désirable qu’autant qu’une naissance peut être à la clé du désir assouvi, alors la nubilité de la fille est douloureuse. Mais on ne voit pas que les déesses aient de tels soucis, et les femmes pourraient en prendre de la graine. Les déesses peuvent être mères et leurs filles, à leur tour, mères ou du moins épouses, sans qu’elles se sentent atteintes dans leur féminité. Déméter demeure solidaire de Perséphone, qu’elle cherche sur toute la terre, de jour comme de nuit. Dionè soigne Aphrodite quand celle-ci est blessée par Diomède. Héra ne se montre pas non plus jalouse de ses filles : c’est en femme qu’elle est blessée par les infidélités de son conjoint, alors qu’elle reste, ce que nul ne met en doute, aussi désirable qu’une autre.151 La maternité n’apparaît pas pour une déesse comme une fin de soi, elle n’est qu’une étape sur laquelle on passe assez vite, tandis que persiste la désirabilité. Il n’est jamais dit d’une déesse qu’elle serait grand-mère, quand même on saurait que sa fille est elle-même mère ; il n’y a pas transitivité de la qualité parentale, celle-ci est directe, et seulement telle. »

(Photos 3 et 4 : Jean-luc Saulnier)



Hé !
Mais qu’est-ce que c’est tous ces trucs, des z YDIT où il y a des jambes de jeunes filles qui  dorment dans des trains, des culs ronds dans des shorts courts, tout ça n’intéresse plus personne,  et en plus même pas de mots d’explication, pour faire la lumière, donc  ça veut dire quoi ? Et aussi quel rapport avec la voiture ? On comprend rien à ce bazar. C’est pas drôle. C’est pas la peine de continuer sur 20151221_150000un chemin qui ne  va nulle part
Benoît



Deux mots sur quatre L
Sans doute un projet qui mériterait de trouver sa route, et qui-tout de même- en dépit des cartes, des repères, des allusions, des flèches un peu lourdes ( …le perpétuel faux départ, les impasses du jeu, les silences du dialogue affiché impossible, les reflets de corps prétendument livrés aux fouilles des regards mais clôturés dans leurs vêtures variables, serviette éponge ou bikinis  …,)

…projet qui manque un peu de coffre

( ça va, on  compris la métaphore du coffre-mémoire à percer au chalumeau pour un braquage contre soi-même).
Ydit, maintenant, pour rester dans la métaphore, tournez le démarreur, étoffez le sujet, mettez plein gaz, laissez-vous aller, Augustins Limoges Etrange trioapprofondissez. Donc, étourdissez le héros.

Une liseuse de blogs

Par défaut

retour de 4 L

Le projet « OMISSION »

des boites dans la 4L , rapport de dépôt

02/02/2016 Avant la fin d’année, la proposition a été faite de déposer (bien entendu métaphoriquement)

des oubliEs dans la 4L ( non moins métaphorique )

 

 

 RAPPEL :

Soldez « la 4L » qui est en vous !

by yditspo

Séance Publique d’Oubli numéro 8:

Offre Privée de Fin d’Année ( sur invitation)

 

Soldez la « 4L » qui est en vous

 GRANDE

SUPER

OFFRE UNIQUE DE FIN D’ANNEE :

offrez  vous gratuitement  un oubli de 4L 

 

…………………………………………………………………………………….

Dans les boites dans le coffre :

 

 

Bonjour à vous que je découvre au fil de votre Blog sous un jour que je ne soupçonnais pas quelques années avant.

Quant à l’oubli de la 4L, je ne puis qu’y contribuer, la notre nous ayant fait faux bond un vendredi de Pâques 1969.

 

Amicalement à vous.

    Bruno


 

Pour ce qui est de mon souvenir de 4L je ne suis plus très certain d’avoir des images, mais je vais me lancer dans l’archéologie des albums, c’était un merveilleux voyage initiatique avec mon épouse à qui je faisais découvrir ma terre natale, le Mali, terre où je retournerai un jour c’est inscrit inch allah !

     André


 

 

In extremis, une 4L à oublier. Des figures, des goûts et des sons aussi, mais on ne va quand même pas tout oublier en une fois – même si l’invitation est généreuse et le lieu idoine.

Que l’an neuf multiplie les séances d’oubli et que celles-ci vous soient amnésiquement douces. 

 JB P

Une 4L, ça ne s’oublie pas comme ça. Il faut jouer du starter, passer les vitesses avec cette tringle bizarre, déjà plus au volant, pas encore au plancher, et quand on a de la chance, tourner le bouton de l’autoradio autour des parasites, comme on se frayait enfant un chemin dans la grisaille du Télécran, maladroitement. Et puis roulez jeunesse !

Elle était blanche, achetée 1 500, 1 500 francs s’entend, elle perdait de l’huile, il avait tenu à le préciser, au père d’une copine qui ne l’a jamais été – et c’est là qu’il faut se méfier de l’ordre des incises dans la phrase, on aurait vite fait de rejouer Félicie, aussi.

Ça commence donc là. Ça finit contre un poteau EDF au sortir d’un virage de lotissement. Le passager relevant les genoux pour éviter le moteur qui rentre, la fille derrière avec qui on s’offre un tête-à-tête de choc jusqu’à l’éblouissement en dépit du copain aux genoux relevés qui, lui, l’était pour de bon. La peur soudain, glacée, la cavalcade dans la nuit, frapper aux portes des pavillons pour un téléphone, c’était comme ça à l’époque, les pompiers, la civière, les gyrophares. Attention, ne nous méprenons pas, on a beau oublier, ça ne finit pas mal. La fille derrière a eu ensuite tout le loisir d’épouser le garçon à côté avant d’en divorcer et de s’évanouir, pour de bon cette fois semble-t-il et avec les autres, dans cet espace indéfinissable où l’on oublie les femmes qu’on a désirées et les 4L qui perdent de l’huile. En plus, le poteau EDF n’avait rien.

Entre temps, il y eut le lot commun des 4L blanches. Les pannes impromptues au sommet des côtes nationales, les pannes intempestives sur les voies médianes des autoroutes urbaines et cette conscience aiguë de notre solitude engluée dans la marée des autres, le pare-brise étoilé en passant au large de la centrale de Porcheville, dans la nuit étoilée elle aussi. Les routes de bien belle brume entre Blois et Tours, avec les corneilles, le soleil et l’avenir qui se lèvent ensemble. Il y eut les soirées interminables en bord de rivière, les campagnes de séduction quand l’intendance ne suit pas et les défaites qui, elles, s’ensuivent. On va les oublier aussi.

On buvait encore du champagne et déjà du gin, on écoutait le New Gold Dream de Simple Minds, on allait bientôt succomber à Gérard Manset, racheter une voiture, étanche et grise, et commencer à vivre.

      JB Pelardon


 

 

Toutes les photos de MA 4L se sont égarées au cours d’un grand voyage dont elle avait les clefs.

mais tout de même ça pouvait être Professeur P et sans doute parlait-il de géométrie grassmannienne ou non et ma 4L, bleu nuit (non, non, ni bleu gendarme, ni bleu EDF) – elle était blanche celle d’Hélène, dans ma mémoire – rongeait son frein, hautes sur roues, mais sage sur le parking, skis sous les sièges.

A peine le cours fini, parfois avant, je l’avoue, allez, roule Titine jusqu’à Chamrousse où, pour 5 Francs (Waouh!) et un forfait GUC, glissaient, glissaient sur les pistes mes affres d’impuissance face à la beauté mathématique.

          Catherine

Et l’agent de Ydit en fait ce qu’il veut; merci de cet oubli déclencheur de nos souvenirs. 

 


 

Des mots, non, je n’écris plus depuis longtemps, sauf des cartes postales…

Mais des images, oui, volontiers… je t’en livre quelques unes que tu es libre d’utiliser comme bon te semble…

comme bon te semble

Il peut y en avoir d’autres…Amicalement

       J-Luc

(photos  : Jean_Luc Saulnier) 


 

 

Je me permets une petite page de publicité sur mon OEdipe qui vient de paraître et qui est accessible sur les sites de vente en ligne. Entre tragédie grecque, psychanalyse, théologie – et philosophie…

Amitiés

          Marc

OUVRIR :

ŒDIPE ATHÉE

ŒDIPE ATHÉE Les hommes abandonnés des dieux

Chez Sophocle, la tragédie d’Œdipe vient de ce qu’il est sans dieu. Ce souverain exemplaire n’est pas athée au sens d’une irréligiosité, il est même un modèle de piété. Mais, quoi qu’il fasse, les dieux se détournent de lui et le poussent à la faute. Il est athée en ce sens objectif. Ce sentiment d’être abandonné, Jésus lui-même l’a ressenti au Golgotha : vers la neuvième heure, il s’écria Éli, Éli, lama sabachtani, ce qui signifie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Brünnhilde aussi connaît ce triste sort d’être abandonnée par son divin père – et elle livre au feu la demeure des dieux. Pascal avait évoqué la « misère de l’homme sans dieu ». Après Hölderlin et le romantisme allemand, et jusqu’à Nietzsche et Heidegger, ce délaissement serait perçu comme le tragique par excellence. D’autres allaient bâtir une théologie de la mort de Dieu. Si le sentiment du tragique mène à la catastrophe, est-ce vraiment notre destin ? Sommes-nous condamnés à ressentir l’absence de Dieu comme un manque ? Plutôt nous tourner vers Ernst Bloch et sa pensée de l’espérance !

Marc Lebiez, agrégé de philosophie et helléniste, est haut fonctionnaire, collaborateur des Temps modernes, de Critique, de la Quinzaine littéraire. Dans ses travaux philosophiques, il s’efforce de comprendre le sens de la modernité à la lumière de la pensée antique. Il a publié en particulier Décadence et Modernité, tome 1 : Décadence : Homère et tome 2 : Les premiers temps modernes.

 

OUVERTURE PHILOSOPHIQUE

Marc Lebiez

Les hommes abandonnés des dieux

Les hommes abandonnés des dieux

ŒDIPE ATHÉE

L’harmattan

 


 

ça y est cher Didier c le début de l’oubli des vacances que je commence par un maximénage de la maison, je mets ta proposition de côté et je tâche de pas l’oublier, à très bientôt & bisous

       Marion

 


 

Je viens de rentrer d’une excursion de 4 jours pour visiter le pays du peuple Ifugao (réducteurs de tête, cela devrait intéresser Ydit… non ?) et leur façon extraordinaire de cultiver le riz en terrasses.

De retour à Manille mais demain je m’envole pour l’île de Palawan.

Le voyage est pour moi une façon d’oublier la vie antérieure…

       Patrick

(photos Patrick Jeunon)


 

Je lis, mais j’ai du mal à contribuer…

Que dire…. mon style personnel est tellement différent …

et puis c’est vrai que j’ai peu de temps  

Bises,

 

    Brigitte


 

 

 

Pourquoi pas participer à cet oubli ? Juste pour être sûre d’avoir bien compris, il faut partager une publication sur un souvenir ?

      ROSE


 

Comment rester insensible à ce sujet ! il y a chez nombre d’entre nous une 4L qui charrie son lot de souvenirs et d’insouciances… de bonheurs et d’aventures…

Ma première fut une 6Volts (couleur rouille) qui m’abandonna définitivement un jour de départ vacances à la mer….

La seconde plus ordinaire me fit découvrir des paysages magnifiques…

 Mais l’aventure continua qqs années plus tard… lorsqu’après la naissance de notre seconde fille, je pris la décision d’introduire dans ma vie :  3L…,  non pour me transporter mais pour véhiculer mes mots…

En effet, peut-être l’as-tu remarqué, mon adresse est c3l…. fr, remplaçant ma première adresse c3l…..fr

3

Pourquoi 3l ? Parce que les amours de ma vie (ma chère et tendre, et mes 2 filles) portent toutes les 3 des L dans leur prénom : Muriel, Gaëlle et Estelle, et qu’il ne s’agit non pas de 5L, mais bien de 3 « ailes », celles qui me permettent souvent de prendre de la hauteur et de me ressourcer…

 

Alors, il m’arrive parfois de rêver au rachat d’une 4L, non pour ajouter une aile à mes 3L, mais bien pour renouer avec ce sentiment de liberté qu’YDit nous invite à revisiter.

 

Voilà un peu de « vérité » sans « gants » sur mon histoire.

Juste un partage.

 

En t’espérant dans les meilleures dispositions possibles (hépatiques, humoristiques, Yditiques…)

 

      Christophe


 

 

Et quelques bribes dans un message, trace de YFDIY mais : PAUSE

4 L  anonyme retour à l'oubli

c’est l’atelier public d’oubli

 

 

Par défaut

Comme de belles endormies dans un manga sans héros

 

S.P.O. DIX

SEQUENCE en TROIS PARTIES

 

PREMIERE PARTIE

     Par moins deux, quelles que soient les volontés de dire, avouons une difficulté mal prévue : personne n’a envie de s’arrêter.  On sent que ça va pas être encore de la séquence plénière, de la séquence solaire, de la séquence à trois mille.

Faut s’y faire, vocifère  en sourdine la voix de l’intérieur.

Alors, plutôt que de regarder le froid tomber sur ses mains muettes,

Ydit a pris le train de l’hiver.

      Il brûle des oubliEs mélangées de vapeurs ( mais n’est-ce pas l’unique minerai   de la mémoire ?) il rappelle en image  d’autres départs,

                           comme ce jour d’été où une belle pointeuse

exposait les couleurstrois couleurs en gare primaires, prête ainsi à tous les  nuanciers de la

palette sensuelle.

     Banalité  : quand bien même serait-on à moitié nu ( ah non, pas encore ! ) dans un jacuzzi planté au milieu de la Beauce (à moitié nue, une y serait,  qu’ il y aurait toujours un brave type pour lui proposer la couverture, injustice de mauvais genre, mais pour Ydit  n’apparaît nulle promeneuse rêveuse et solitaire-qu’on aimerait solidaire)  quand bien même, donc : pas de curiosité pour l’oublieur public.

Hiver, 8 heures : un wagon transrégional  folâtre vers le sud avec  étape dans le centre,  et la neige jette un froid comme une Paris-Limoges, l'hiver est DANS le train 08 02 12mauvaise traduction du  grec.

C’est l’époque d’exhumer des fragments de poterie, de chauffer la colle, de reconstruire la forme impérieuse d’une oeuvre. Aussi, le moment de flamber l’intérieur comme on flambe un dessert.

L’hiver venant, les livres qu’on n’a pas écrit se penchent sur vous comme des sapins au lendemain des Rois : secs et vidés de leur lumière.

 

De tout près, dans la radicale absence de torpeur et de bien-être, surgissent en même temps la voix du vendeur ambulant et celle du contrôleur. Enfin de l’humanité porteuse d’oreilles. « Vous allez à un congrès ! » s’exclame l’un, avisant la poitrine barrée du badge officiel de l’expédition OUBLIeS ?« Vous voulez un café !» intime l’autre, lui-même tiré de sa réserve naturelle par les tressautements du froid.

Aucun des deux  n’interroge, et donc Ydit répond que, oui, il voudrait aller à un café (chaleurs, papiers au sol, serveuse accorte,expresso brûlant), et que, oui, sans doute, avoir un congrès rien que pour lui (froideurs, controverses, hôtesse plissée, dîner au « petit pressoir ») serait une belle fin d’histoire.

On pourrait se faire son cinéma,cinema encore une fois, vous vous souvenez?

  • Histoire ? Laquelle, demande l’homme du contrôle, à part que vous en faites, vous, des histoires avec vos machins sur l’oubli, je vous ai reconnu, allez, hop, vous êtes ce type qui fait ces pseudo-publis que peu de gens comprennent, soit-dit en passant, ne m’en veuillez pas, hein, je vous dois ça en toute sympathie, ça ne peut vous faire que du bien d’entendre du mal, moi c’est pas ma tasse de thé, vos petits morceaux.
  • Tasse  de thé, ni de café, s’ébroue l’autre, même si Msieur Ydit…
  • P1140263ne m’en a pas commandé. Forcément, on est dans les transports, on n’est pas dans le confort serein des auteurs d’OUBLIes. Vous savez comment j’imagine votre petit dej., Msieur Ydit ?

Et puis, ce que vous dites, c’est pas faux, reprend l’homme au café, c’est plutôt bien vu, que tout ça, au fond ça fait et refait des histoires pour pas beaucoup de gens et même pas du tout beaucoup d’effets sur la marche des transrégionaux comme nous. Ya qu’à voir.

Dépecé comme un Garenne saisi par les oreilles dans le soleil de la chasse, Ydit commence à expliquer : Voilà, au fond, tout l’enjeu des OUBLIeS, on  arrive au moment de l’avouer.

Disons-le, c’est l’hiver sans printemps.

    Il est venu le temps d’oublier qu’on a commencé à vouloir être écrivain, à espérer devenir écrivain, à tenter de rêver l’écriture comme un possible, pour la trouver vite comme impossible.

C’est ça l’oubli dur de l’année commençante.

    Pas d’oeuvre, pas de livre, rien, juste des conversations de couloir avec des hommes de train, demain. Alors, on parle, à la place, on parle et on oublie ça.

Un peu comme d’autres boivent ? Tout ce qui leur tombe sous la main ?

– Un peu comme d’autres draguent ? Tout ce qui leur tombe sous les yeux ?

Les deux hommes se poussent du coude, c’est la franche rigolade du transrégional du jeudi matin. On n’imagine pas.

Ecoutez, dit l’un, je vais vous dire quelque chose, moi, parce que je m’y connais sans doute au moins autant que vous, j’ai beaucoup fait de lignes. Eh bien, cette histoire de parole à l’air comme un derrière de bonne sœur exposé dans le vent de l’oubli, ça me rappelle un machin que j’ai lu entre Montauban de Périgueux, enfin je crois que c’était entre Montauban et Périgueux, mais vous savez ce que c’est, hein, la mémoire…. Je vous le cite, même si ça vous la coupe ?

Qu’on y passe, et qu’on achève la séquence, murmure ydit,

affaibli par le chaos et les cahots du train, la culture du trainiste, et la violente certitude de s’être posé tout seul dans le piège au cœur du courant.

                                                                                            Il faut juste P1140650 (2) attendre la décrue de la présence ?

Ok, et faites pas cette tête d’un type parti pour « La Pléiade » et juste arrivé dans le feuilleton de « L’Echo du Cambrésis », c’est pas grave, tout ça, tandis qu’on a la santé, non ?..

Alors, donc, je cite : « L’idée de performance repose ici sur la revendication d’une spontanéité, d’une indépendance et d’une liberté irréductible (liberté de jouer, d’être soi-même, de ne rien faire, d’aller à la rencontre…) qui accordent au corps une nouvelle présence au monde. Cette présence aléatoire sert la représentation d’une identité mobile, changeante et joyeuse.»

Exactement ça, dit l’autre, qui pose la casquette, s’assied dans le sens de la marche, Exactement ça, et puis ajoute : « La mémoire n’a pas de poubelle. », en conséquence de quoi rien ne sert d’y jeter ses OUBLIeS froissées comme on jette des mouchoirs en dentelle tissés de pleurs de jeunes filles. Non ? Vous trouvez pas que j’ai raison, M sieur Ydit ?

Pas mal, pas mal du tout, votre coup de la poubelle, ça je dois dire, très astucieux, très astucieux, super bien placé en contre, vous l’avez piqué où ?

Fred VARGAS, « Un lieu incertain », J’ai Lu, 2013, p.46

Ah, je vois que monsieur ne se refuse rien du tout, bien qu’étant de la SNCF. Un petit café ?

Bof, on a ces petits plaisirs de train de nuit, de madone des sleepings, on ne peut pas se priver de tout.
-Et vous l’avez connue comment ?

-Qui ? l’Ydit, lui, là ? L’ombre de l’oubli ? La trace de l’omble ?

-Mais non, faites pas l’insouciant, je vous parle de la Fred, la Vargas du peuple.

-Dans les bois éternels ou Sous les vents de Neptune, je ne sais plus trop. Tout ça se ressemble un peu quand même.

-Votre réplique, on dirait une réponse dans un rituel d’initiation, vous trouvez pas ? Très IMAG2820                                                                                                                                curieux.

Le côté à la fois hermétique et véridique…  vous voyez ?

Pas trop, mais je ne suis pas baptisé…sauf à la petite goutte, tu vois le genre…

-Et, remarque « Pars vite et arrive tard », c’est un peu notre devise de trainistes, non ?

Ils rient tous deux, l’un renverse un peu de café sur la machine à pincer de l’autre, mais ils s’en esclaffent davantage.

ça va la réveiller, la Suzanne, une fois sur deux elle se connecte avec la Bourse plutôt que la base SNCF, ça aide pas pour les contrôles ! 

Il se retourne vers Ydit, réfugié contre le coin-vitre où il écrit en silence un manuel de survie. Où il se représente un bureau d’écriveur. Où il s’abstrait de sa propre contemporanéité (mais n’ose prononcer le mot inaudible au train où nous sommes )

 

FIN de la PREMIERE PARTIE, si on veut.


 

DEUXIEME PARTIE, si on peut.

Il s’est retourné vers Ydit, déplacé dans  le coin-vitre où il invente pour lui seul un manuel de survie. Où il se représente assis à un bureau d’écriveur.

Ydit, réfugié contre le  dehors proche ,

P1140717et il  se répète en silence de règles de survie. Où il s’abstrait de sa propre contemporanéité (mais n’ose prononcer le mot inaudible au train où nous sommes ).

Dans le bureau, là, ensuite, à l’aise, au chaud, fantasme qu’il écrit qu’il voyage.

Il voyage, il se lève.

Il parcourt le couloir du train, il récite des passages en Butor dans le texte, portes coulissantes, décisions improbables, imprécision de toute langue, tout ça, tout ça, le tout venant, quoi.

Contre le duo des trainistes , Ydit lève le mur du songe.

Il entre dans un compartiment vert

et bleu.

Et jaune et jeune.  Elle y est comme une belle train vers Limoges mars 2012 dormeuse                                      endormie dans un roman de Kawabata (ou presque?)

 

Il recommence son cinéma, il débite avec enthousiasme le dialogue  de Hiroshima mon mamour.

On peut écrire plus mal, on peut dire pire. Rien en se passe, on s’en doutait.

Dans le compartiment voisin,

la voyageuse endormie, 3sans effraction, il pénètre. Le sommeil est encore plus lourd. A quoi bon une confession impudique ? Personne à qui faire écouter le songe d’un récit.  Ou d’une bataille.

 

 

Mais rien.

Il faut oublier cela aussi : que  l’age d’Ydit n’est plus celui où les jeunes femme lèvent la tête et baissent les yeux, dans les paquebots, les transsibériens, les sleepings, les wagons de chemin de fer transrégionaux, les calèches. S’il leur parle, au retour elles racontent à de jeunes hommes qu’elles ont usé un bon moment à bavarder littérature gentiment avec un vieux type, ça fait passer le temps.

Oublier que cela n’aura plus lieu.

Mais, tant pis. Sans nostalgie et sans douleur, oublier que la séduction est une illusion vite dépassée. Que l’écriture de romans est un partage vite dépensé.

Serein, Ydit  réintègre le brouillard mental du voyage réel.


 

TROISEME PARTIE : les trainistes existent encore, et c’est même  pour cela que le monde tourne

Au fait, et toi, ton truc de tout à l’heure, cette parade, non, « la performance« , le texte qui a plus ou moins cloué le bec de notre Monsieur de Paris qui se dit  l’ydit de ces drames ?

Mon truc, remarque, je ne le sors pas à n’importe qui mon truc, tu l’as vu, c’est du rare et du solide (ils s’esclaffent, la tiède chaleur de la profonde vérité humaine emplit le wagon d’une douce fraternité virile, patati patata )

Bon, allez ?

– « LIGEIA », XXV ème année, n°117-118-119-120, p.186 , Edition Association LIGEIA, 2012, Article « Performances artistiques en milieu urbain : urbanités et dissonances », Alice Laguarda.

Je reconnais que ça en jette. Sinon, à part ça, Msieur Ydit, c’est toujours agréable de vous rencontrer sur nos lignes, y a pas à dire, vous faites très bien l’oublieur, mais si, ça fait un peu de vie dans nos trains, ça fait chic, même si ça sert à rien, mais faut qu’on se quitte, là,  on arrive à Moulins.

A une prochaine ?


 

EVALUATION :

T.S.O. Taux de Satisfaction Oubli : écrans dépassés par la hauteur du taux. Si – réellement- l’oublieur oublie, oublie sincèrement, qu’il n’a pas été l’écrivain, pas même su être l’écrivain de sa rue au moins. En ce cas, taux de 1000 pour 100. Mais qui le croirait : quand ydit ne dit mot ydit ment.

 

 

 

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même après trois cartes, la barrière du souterrain ne s’ouvre pas.

Avatar de Ydit-Blog NOUVELLE SAISON saison IVydit -Blog Nouvelle saison SAISON IV

 

 

Je suis venu vous dire que je m’oublie.

Contacts : ydit.spo@gmail.com

.

Ydit est ici afin d’épuiser l’encombrante écume de la mémoire.

Une Omission  programmée ad libitum

pour (environ) vingt-ans, non renouvelable

.

C’est l’atelier public d’oubli

 

 

S.P.O. 9 :

Barcelone ou Montpellier, Parking d’aéroport, 19 minutes

L’oublieur, connu sous le pseudo  Ydit a décidé de planter sa graine d’oubli à la sortie d’un parking d’aéroport, bien que moissonné par la mauvaise humeur du vol. Par le malicieux repas digne d’un lecteur de romans .

   Une histoire à s’endormir-pas facilement, dans la maison de famille. Une histoire à s’étirer-durablement, d’un côté ou de l’autre.

                                                                         Chateaudun, Illiers, Chartres, Arville, Montdoubleau aout 2011 075     Chambre de Marcel, à Combray.

Parking : là où convergent tous les  moyens modernes  de la mobilité sinon du mouvement. On ajouterait bien l’âne, le boeuf, les agnelles. Mais c’est déjà un peu tard.

Ydit, comme l’année, commence, avec moins de…

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2015 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2015 de ce blog.

En voici un extrait :

Un tramway de San Francisco peut contenir 60 personnes. Ce blog a été visité 1 000 fois en 2015. S’il était un de ces tramways, il aurait dû faire à peu près 17 voyages pour transporter tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

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même après trois cartes, la barrière du souterrain ne s’ouvre pas.

 

 

 

Je suis venu vous dire que je m’oublie.

Contacts : ydit.spo@gmail.com

.

Ydit est ici afin d’épuiser l’encombrante écume de la mémoire.

Une Omission  programmée ad libitum

pour (environ) vingt-ans, non renouvelable

.

 

 

C’est l’atelier public d’oubli

 

 

S.P.O. 9 :

Barcelone ou Montpellier, Parking d’aéroport, 19 minutes

 

L’oublieur, connu sous le pseudo  Ydit a décidé de planter sa graine d’oubli à la sortie d’un parking d’aéroport, bien que moissonné par la mauvaise humeur du vol. Par le malicieux repas digne d’un lecteur de romans .

   Une histoire à s’endormir-pas facilement, dans la maison de famille. Une histoire à s’étirer-durablement, d’un côté ou de l’autre.

                                                                         Chateaudun, Illiers, Chartres, Arville, Montdoubleau aout 2011 075     Chambre de Marcel, à Combray.

 

Parking : là où convergent tous les  moyens modernes  de la mobilité sinon du mouvement. On ajouterait bien l’âne, le boeuf, les agnelles. Mais c’est déjà un peu tard.

Ydit, comme l’année, commence, avec moins de pétards,  intérieurement dépenaillé par l’avion,  qui est un combat avec les anges de pierre du souvenir…

Un combat avec l’ange, peint par Delacroix,  église de Saint Sulpice, Paris, à droite en entrant, ou raconté dans le beau livre de JPK ?

(à gauche sur le rayon du haut).

     En tout cas, dit le type de la sécurité anti-boum,

ça pèse lourd en volumes…

louvre  combats des anges Envols divers au Louvre, Paris, lumière comme pour décoller.

«… les parkings de l’aéroport sont maintenant les souterrains vrais de la mémoire. Les grottes sacrées du rite et des mythes : on y dépose de quoi tout enlever, tout envoler, tout dévoiler d’abord soi-même. »

« On dirait un écrivain posant des mots pour un prix », observe le pilote, qui passe en courant sur un tapis roulant. Pas terrible.

« Tout élever, d’abord soi. Eurydice épouse les méandres du parking dans ses formes altérées par les vapeurs, les virages, les ordres brefs de la peinture.

Florence 12 12 2

Jamais rien ne sort aérien d’ici, jamais ne se retourne l’homme, apaisé par le projet du vol ou le bonheur du retour. Le visage d’Eurydice porte le masque souple des Vénitiens qui n’ont pas lu Jean-Jacques et ses « Confessions». Un masque de paillettes.


 

             Plus tard, le pilote sort de l’avion en dernier.

     Les passants que l’avion rend hagards ne disent mot. Ils consultent leurs livres de bord. Depuis toujours, on n’y comprend que ce que l’on y a posé, souvent rien. 2015-06-24-12-48-58La buée des signes donne le Nord.

Ce jour là, privé d’humour par les trous d’air (agression  pire que les trous de mémoire)( car comment oublier si on ne commence par le souvenir ?), Ydit débute  la séquence peu après avoir entendu ses voisins d’avion raconter les cours de l’action Aviation Taratataire. Ils raclaient le fond de l’imaginaire investif en répétant à tout vent des mots doux qui enlaçaient le cou de chaque hôtesse, même usagées comme elles paraissent sur les vols « basprix ».(bas-prix, pas vues ? aurait dit Marc).

Chacun rêve d’actions nouvelles, pas chères, prises en bourse. On recommencerait pour trois sous les rencontres ratées, on rejouerait pour un plat de lentilles les coups de dés ayant aboli le hasard, mais fait perdre le destin, rater le chemin.

Le contraire du projet «  OubliEs ». Ce projet de ne conserver que les noyaux durs de la mémoire, les armes pures du souvenir.

On observerait de plus près la peau immatérielle que les femmes cachent près de leur cœur, et ne vendent jamais.

L’oublieur Ydit a décidé, moissonné par la mauvaise humeur, de planter sa graine d’oubli à la sortie d’un parking d’aéroport. Là où se confondent tous termes de la mobilité. Là où chaque insipide semble réinventé malgré lui par une saveur d’exotisme. espace de paix, car de passage ?

Mais, glissant depuis le souterrain, une femme en auto passe  la tête par la vitre  et s’inquiète :

« HOMBRE, j’ai mis la carte mienne dans cela,  mais la barrière, il  s’en va  pas?» Puis, fait un geste d’impatiente menace.

Un peu engoncé  des  tournures dans les tissus glacés de la déception, que peut faire l’oublieur qui encore attend son public, bagages repris au tapis ? Que faire, sinon des mots pour chasser le mouvement de l’air ainsi qu’une Licorne ?

Bellevilloise.jpg

    Le mouvement de l’air, c’est le mouvement des collines populaires.

Meurtri d’aviateurs et nauséeux d’écriture, il s’encanaille :« Je déclare que j’oublie avoir lu– et fait lire- et enseigné (quarante ans plus tôt) la sagesse inerte de ces textes aux mécaniques de pantins, « Petits princes » construits pour l’intelligence des benêts, «  Citadelle » étalées sur des tartines chaudes de pain mou, puis déclamés par des adultes sans horizon.

Je déclare que, sans même nommer l’insipide comtesse franco-russe,  j’oublie tout  de la Sainte Ex, du « Géant égoïste » d’Oscar Wilde, de Jonathan le Goéland, de… ».

Ydit tient à être vu résolument comme un employé de parking occupé par l’oubli. Ce qui est une occupation digne des parkings. L’oubli. Pas aisée mais digne.  Et difficile à interpréter. Ydit  avait investi sur l’espoir de vivre plutôt en personnel de surface, en 2016, effort pour s’alléger des profondeurs, devenir de bonne compagnie.

De telles résolutions  n’apportent que des solutions très provisoires au problème de barrière, il faut l’avouer.

Car une  nouvelle ( mais identique ) question du public  contraint Ydit à se taire.

Une femme penche le buste par la portière de sa Triumph jaune, et dit : « Monsieur, j’ai mis ma carte, la barrière toutefois ne se lève pas. » Puis, avec élégance, citant Vladimir : «  Que faire ? »

Que faire ? Bouger, à défaut de réponse.

Ydit change d’issue. Avise une orée nouvelle de souterrain. Enfin ici passeur d’oubliEs ? Guetteur de l’improbable Eurydice ?

Arrivant, pourtant badgé d’oublies, encarté d’omissions, doté d’affichettes, il connaît…

MI3E10~1

                                      pour la première fois un refus.

Jamais, songeant au projet d’expérimenter l’oubli volontaire, Ydit n’a imaginé qu’on lui dise non. Il avait commencé à prendre place dans le discours et le narratif, et voici qu’un gardien arrive, espèce de clochard maquillé en surhomme, muni de talkie-walkie, de brassard orange, de forte conviction –voire de sourde rancœur, ce qui n’interdit pas l’haleine de réacteur.

A l’idée qu’on parle, ici, et qu’on parle d’ici, du garde l’œil s’inquiète.

A voir l’enregistreur, du gardien la mine se tend. Quand l’appareil photo apparaît, une panique couvre la scène et le visage : « Il faut demander l’autorisation à la responsable de parking ».

Un peu souillon, un peu Cosette à juger par son univers ?IMAG0853-1.jpg

 

 

Ydit passe la main dans les cheveux, vérifie le bouton de col de chemise (on pourra observer  qu’il ne vérifie pas tous les boutons), gagne le bureau tapi derrière une vitre opaque. La jeune femme, très sûre d’elle, pas du tout usagée, pas du tout négligée, pas du tout contente, conduit l’interrogatoire comme au Bon Temps des Pouvoirs Forts.

     Rien ne prouve que les mots projet, performance, culture, texte lui soient inconnus, puisqu’elle a fait l’école supérieure des parkings d’aéroport…

…mais Monsieur restons dans le sujet : «  C’est un terrain privé, ici, et moi en tant que responsable, je ne pense pas du tout que la Société Euridyce trouve ça bien qu’on photographie en public  l’entrée d’un parking privé, cela se comprend, non ?»

Un silence. « Puis, mettez l’Y comme vous voulez, ce n’est pas le sujet ».

Non : on rêverait,  pour privée qu’elle soit, que l’image figurât au sein d’un projet qui la glorifierait dans son immaculée mais accueillante…PARKING sans personne

beauté d’entrée de parking privé

de la société ‘EURIDYCE’

Plus tard,  encore une fois  déplacé volontaire- posé à la sortie d’un parking cette fois public, Ydit doit bloquer  le flux du souvenir, ce qui est toujours assez douloureux, même si l’âge, enfin, apprend la maîtrise des flux. Il se souviendrait volontiers des mythes ou romans de l’inaccessibilité, mais non, pas de paix avec la mémoire : voici que, pour la troisième fois, près de la barrière une femme penche la tête par la portière et proclame :

« Monsieur, vous le savez, car votre mémoire est sans tâche bien que sans attache, j’ai mis ma carte, ma carte de sortie, la bonne carte, cependant la barrière ne se lève pas. Quelle solution ? Selon vous ? « 

On n’en sort pas. Vraiment pas.

gardien parking rappel

                            Accès impétueux de vérification de la carte !

     Ydit pourrait de nouveau crier l’oubli de ses heures avec Le Petit Prince. D’autres heures de ses cours, il y a si longtemps, tentent de s’imposer, pour se mêler à l’oubli. Pour attendrir son public, qui s’intéresse aux barrières, Ydit, raconte les jours tendres des enseignements de «Détruire dit-elle » ou « Hiroshima mon amour » à des lycéennes d’Orléans qui se mettaient à pleurer (en 1975, Duras, pour les classes moyennes, n’avait pas ses vêtures d’icône). Les étonnements d’étudiantes de deuxième année en Sorbonne que ne lassait ni «La route des Flandres » ni «Le voyage au bout de la nuit »(thème : la guerre du roman). Ou encore ces jeunes professeurs en apprentissage que Frédérique (l’amante) et lui provoquaient grâce à d’émouvantes séances d’écriture poétique, en attendant le repas romain que préparait avec malice Marie-France, l’amie.

On ne devrait jamais.

« Je déclare que j’oublie d’avoir été un professeur un peu stupide, pas très solide, menteur professionnel, répétiteur futile», répond-il, du tac au tac, espérant ainsi s’en tirer, montrant à la cliente sa plaque officielle d’oublieur public ( ce qui ne l’apaise pas).

On entend le flop de l’effet, malgré les râles ambiants des réacteurs : qui s’intéresse encore aux oublieurs publics?

Ydit, las : « Madame, enfin, accepteriez-vous au moins de photographier ce dialogue de lourds ? ».

     La conductrice voudrait savoir si c’est pour la télé, Ydit nie, Ydit no, il dit niet.

     Elle ne le croit pas. Si c’est incongru, c’est pour la télé, toujours. Elle le regarde. Elle regarde aussi la télé. Elle regarde beaucoup de choses.

     Elle ferait des clins d’œil, la dame à la carte. Elle vient d’accompagner son mari à l’avion. Elle  sourit, étale un peu de décolleté rose sur la portière, «Je viens d’accompagner mon mari à l’avion. C’est pour quelle émission ?».

« Omission reprend Ydit, Omission, comme vous diriez « Aux Missions » et j’ajoute que c’est vous qui devez me photographier, puisque je suis l’indigène. »

gardien de parking( mais elle se montre malhabile avec l’appareil depuis son siège).

Et la séquence finit ainsi : même après trois cartes, la barrière du souterrain ne s’ouvre pas.

On se demande bien à quoi servent les oublieurs publics, non?


Protocole, Article 9 : présent à l’appel

S’il le souhaite, le public –et de préférence les jeunes femmes ou les chômeurs macédoniens allant vers Sparte – pourra récupérer  à la pelle le souvenir mort, et le faire sien, surtout en automne. Ainsi, le projet crée une forme de transmission automatique et spontanée, sans propriétaire ni acquéreur, depuis une mémoire qui s’allège sans rémission, vers un auditeur fugace qui va

disparaître sans retour.

     On admet dès lors, avec regret et  faute de moyens de s’y opposer, que les souvenirs partagés par Ydit pourront persévérer dans d’autres mémoires, où ils seraient traduits et

trahis comme il convient.

Par défaut

Soldez « la 4L » qui est en vous !

Séance Publique d’Oubli numéro 8:

Offre Privée de Fin d’Année ( sur invitation)

 

Soldez la « 4L » qui est en vous

 GRANDE

SUPER

OFFRE UNIQUE DE FIN D’ANNEE :

offrez  vous gratuitement  un oubli de 4L 

 

« On a tous une 4 L dans la mémoire », raconte Ydit, en pleine forme, retour de jaccuzi, serviette en place.

(quoi, pas de photo d’Ydit en serviette, violette cette fois ?)

« On a tous ce kyste ou ce bijou, quelque part, va savoir où. »

     Pour Ydit, ce serait la voiture des  vacances avec Laurence et Tyne dans les fonds solaires de l’Andalousie, les musées qui offrent une refuge d’ombre  sauvage à la ferraille, les plages goûteuses pour apprendre la planche à voile sans voile et sans  pudeur, coup de soleil sur les fesses,

repos dans  les jours  aimables des petits villages blancs et sur les bancs de chapelles étroites : le soleil s’y transforme en ostie, mais personne n’y voit  que  du  feu4 L  anonyme retour à l'oubli.

                                  Ou bien la 4L où s’entassaient quelques jeunes profs  pas cher payés pour rejoindre pas cher  ensemble un  lycée de Seine – et Marne, par des routes brumeuses et verglacées, Hélène de la 4L tentait toujours en vain de régler l’essuie-glace (vitesse unique sur ce modèle, tu parles, c’est une 4L),

Martine de l’espagnol avait mal au cœur et mangerait deux parts à la cantine, Jean des Maths et Louis  de l’Histoire-Géo rigolaient en fumant et parlant cinéma.

Ou bien la 4L de Jo., mais, là, Jo….Ce sera une autre histoire d’oubli.

Bref :   voici la

GRANDE SUPER OFFRE UNIQUE DE FIN D’ANNEE :

offrez  vous gratuitement  un oubli de 4L 

( l’offre est tout de même assez rare )

Sous n’importe quelle forme, débarrassez vous sans nous embarrasser.

Ne prenez pas de gants.les mains bleues 1.jpg

Ou alors , mettez y les mains : blanches,

 

éparpillées comme des abeilles un temps d’orage

les mains blanches 1.jpg

 bleues, bleues de sang bleu,

 ou même des mains académiques de nains d’académie ?les mains académiques.jpg

 

La méthode est simple

( et on espère de bon goût) :

Ydit ouvre l’YDITBLOG à quiconque veut glisser une 4L dans la fente, pour la machine à musique intérieure.

Rien de plus simple , non ?
Vous choisissez un format word.

Et vous libérez la force inévitable de la 4L dans sa vérité d’histoire en miettes.

Texte(s), images, vidéo,symphonie en sept mouvements et deux oublis,  liens («ah, toujours plus de lien», disait Goethe en regardant les croque-morts descendre son cercueil)

( ou bien  était-ce «toujours plus de lumière», en fermant les yeux ?)

( Ach, sacré Goethe) :

                   Ici,

en ce blog même, prêtez tout ce qui passe, et passe par une tête se vidant de sa 4L.

Une ligne de texte, des photos, un regret pour un lapin au déjeuner de lundi ?                     A vous de faire, à nous de lire.


 

Ydit : en amorce (par choix c’est l’époque des 4L) deux images :

  • Une visite quand on récompense les braves petits dont certains ne retiennent pas le geste de la piété, oubli ? Dans la 4L, l’oubli des enfants de chœur, des acolytes, des croix d’honneur…
  • L’autre dans un baroque et amoureux dialogue, il y a environ 123 ans, oubli tant majeur qu’on a fini par ne plus savoir même si cette femme qu’on aima tant existe encore, et où ?

Dans ma 4L  

la honte  du temps, avec  l’oubli. Tic tac, et même un peu toc.

A VOUS : et quoi dans la 4L ?

Destinataire du fichier ( tel quel) l’agent d’YDIT : didier.jouault1@gmail.com.

Engagement : on ne touche à rien , on « publie » dans Yditblog ou- si cela semble impossible- on ne touche à rien.
Allez-y, c’est la GRANDE SUPER OFFRE UNIQUE DE FIN D’ANNEE :

   offrez  vous gratuitement  un oubli de 4L 


 

Par défaut

Ydit quoi? Ydit coi ?

Pour beaucoup, le projet est clair : on produit de l’oubli, on apprend à tromper la mémoire, ça vient comme ça peut, ça part comme ça va, et de courts échos en mots et images sont publiés ici.

Pour d’autres, encore un peu de clarté serait nécessaire, disent-ils.
Voici donc le texte de présentation tel quel

                               OUBLI E S           OUBLIS           

        SPO badge     

Le projet   L’OmissiOn

Séances  publiques  d’oubli
 

Yditblog

Contacts : ydit.spo@gmail.com

De l’extérieur, si l’on sort du métro, si on passe chez le boulanger on voit ceci :

un homme est là, il porte un badge « OUBLIES », parfois noir et rouge, parfois vert et bleu. Si tout va bien (s’il ne pleut pas, si le temps ne presse pas), une affichette l’accompagne.
D’abord on penserait qu’il parle seul, comme s’il déambulait en dialoguant au téléphone.
Pourtant il s’adresse à un public, inconnu : celle qui arrive, celui qui passe, vous, eux.
Ainsi va le projet : l’homme, le personnage, le pseudonyme.

reflets de l'atelier privé à Th.

                                                            Ydit est ici afin d’effacer  sa mémoire
Il détruit ses souvenirs en public. Ce n’est pas un conteur, ce n’est pas un enchanteur, ce n’est pas une performance d’acteur.

C’est de l’oubli en direct. C’est un oublieur. Un crieur d’oubliEs.

Son âge le prépare à l’oubli : de soi, du monde, des aventures et des attentes. Surtout les attentes, bien sûr. Pensez-donc, à cet âge.
Il prend les devants sur l’ordinaire travail de la mémoire : il est venu pour oublier, ici, devant un public éphémère ;celle qui s’en va, celui qui vient, les amis qui sortent, nous, vous, tous.

De jour en jour, pendant les Séances Publiques d’Oubli, l’homme Ydit raconte ce qu’il oublie, et ne le racontera jamais plus, à personne, et surtout pas à lui-même

(sinon, comment oublierait-il ?).

Devant l’auditeur, il efface, il oublie, publiquement.
Cela commence au milieu du vingtième siècle, ce qu’on oublie. Il est né en 1950, rue Landrin, Paris.

Les souvenirs exposés à l’oubli ne cachent rien, mais ne disent pas tout.

Les images de reportage en direct de l’oubli elles aussi ne montrent pas tout, mais finiront par ne rien cacher.

Images de reportage d’oubli et images d’hier se confondent dans le flux d’oubli. Elles sont l’une des faces du compte-rendu.

Ainsi font les souvenirs qu’on efface: des Histoires qu’on désécrit.
Peu à peu, la mémoire va se vider. Voilà tout. S’auto détruire.

Ydit se donne vingt ans pour le faire. On le suit, on le sait sur Yditblog

P1130577

on peut faire des photos

Tel est donc le véritable projet : provoquer pour soi-même
une reposante amnésie. S’alléger. Progressivement ne plus marcher qu’avec l’essentiel et l’agréable.

A chaque séance publique, le témoignage est posté sur le :

 

Yditblog,

On y accède par les moteurs de recherche, GOOGLE fonctionne le plus sûrement, c’est là que vous le lirez, de temps en temps

( la Sixième séquence est publiée)
depuis le 1er novembre 2015.

On peut aussi donner un avis, un conseil, solliciter un genre particulier d’oubli, en déconseiller d’autres, proposer des photos, des documents, envoyer des fleurs, des chocolats, des livres d’occasion, des Maserati bleues, des billets doux et d’humeur. C’est l’atelier collectif d’oubli.

Contact : ydit.spo@gmail.com

C’est l’atelier collectif d’oubli.

              On peut s’y abonner d’un clic sur la page de Yditblog

C’est beaucoup mieux. Plus pratique, c’est reposant, ça ne coûte rien.
On s’en va d’un autre clic. Faites le tout de suite, avant…l’oubli.

Yditblog flèche  départ

 

Par défaut

Peut-on s’adresser à l’Univers depuis le jacuzzi

Source : Peut-on s’adresser à l’Univers depuis le jacuzzi

Par défaut

Post – scriptum SPO 6

Evaluation : TSOO : élevé , mal quantifiable, 80 % – TPE : B

TSOO ( Taux de Satisfaction Objectif Oubli ) : c’est autant pour le ridicule de la scène de cabinet que pour la joie de retrouver la mémoire de M. (même si cette illusion d’oublier l’image de Mélusine nue en Ardèche restera probablement privée d’effet : on oublie des mots, des peurs, jamais de images).

Cependant, l’oubli- facile- du déjeuner de Dijon augmente le TSOO.

TPE : le ridicule du moment politique, et la hauteur de l’addition expliquent l’émotion

 bleu blanc rougePROTOCOLE : Article 6, publicité

Les séances de L’OMISSION sont annoncées. Mais la programmation des séances publiques d’oubliage dépend de conditions imprévisibles, dont météorologiques, et reste elle-même imprévue. De plus, on le conçoit, les dits du récit ne sont pas les vus du public. Il n’y aura pas de distribution de clichés en noir et blanc de M.ouT. en ardèche

Les spectateurs déçus ne seront pas remboursés. En revanche, il arrivera que l’orateur distribue de menues

galettes imitées des oublies.

 

Par défaut

Peut-on s’adresser à l’Univers depuis le jacuzzi

Suite de l’Omission, épisode 6, 

Je suis venu vous dire que je m’oublie.

Le projet

« L’Omission »

Séances publiques d’oubli

 

Une Omission  programmée sur(environ)vingt ans ,

(sauf A.V.C.)

Précaution d’emploi  (avant de s’y mettre ) : pour un meilleur suivi du projet, même si l’on commence à suivre la déambulation, il n’est pas inutile, et il n’est pas nécessaire, de se reporter au protocole d’expérimentation, donné sous la forme de douze articles annexés aux douze premières séances d’oubli.

   «  Bill, tu es nul, tu me l’as mis…

madrid été 2014 1

Le dos à la porte n’est pas le dos au mur et comporte donc d’inévitables perspectives de progrès

…de dos à la porte »  

Observation post-liminaire 1 :  Il n’est pas facile de parler de soi en public, sauf si on est comédien. Puis, autant l’avouer, ne pas mentir  est aussi difficile que ne pas tout dire.

Observation post-liminaire 2 : entre 15 et 18 ans, ou 14 et 16, ou environ, Ydit parlait seul, à voix haute, dès que l’appartement familial semblait vide. C’était, pour lui, à sa façon, une lente éclosion  du droit à parler : dans son milieu, prendre la parole n’était pas un usage, même pour les médiocres célébrations de famille, telles les communions catholiques, les enterrements.

 

                 S.P.O. 6 : Peut-on s’adresser au monde depuis un jacuzzi ?

La question semble banale, presque triviale

(bien qu’aucune sorte, jamais, de mémoire puisse sembler triviale)

mais –oui :

peut-on s’adresser au monde depuis un jacuzzi

        ( de plus  percheron ?),

              comme on la ferait saintement d’un balcon ?

Et cela  en ce soir au milieu du torrentueux dévalement des mots du vote, des mots du meurtre aussi, les mots des ruptures de vie, qui se murmurent dans les alcôves tendres où les jeunes gens passent encore du temps à parler de l’avenir en se regardant le désir ?

Peut-on ?

Les mots qui tournent comme des vis défaisant l’unité de l’armoire, dévissant l’unité du coffre à linge dans la maison à senteur de compote et lavande, les vis du placard aux épices, aussi du cercueil, du lit d’enfant, tout ça mis en tas sinon en miettes ?

Tous les mots dévissent si on lâche prise, ils  déboulent dans la profondeur crevassée. Mais l’orateur est là pour reconstruire les formes en replaçant les paroles dans les encoignures où elles vont germer.

Oui, même depuis l’humeur du jacuzzi.

C’est que, dès la première ligne d’envoi, dès la première des répliques solitaires de la plus petite S.P.O., même si personne ne relève, même si personne ne répond,

la virtualité d’une lecture mondiale- SPO badge                                                                           voire universelle-

n’est pas exclue :

aujourd’hui, qui saurait jusqu’où la toile emporte sa parole ?


La Séance Publique d’Oubli, pour cette fois encore, est ici à destination d’un petit nombre. Un très très petit nombre : les autres baigneurs du jacuzzi, ou bien les clients de la maison d’hôtes peut-être, ou encore les  propriétaires complices, voire un livreur de glaçons,le  réparateur de jacuzzis, et même une rigoureuse éleveuse de chèvres venue rendre visite en voisine.

Par elle, on connaît  les doucereux bienfaits partagés du jacuzzi ; elle a lu, beaucoup, la littérature japonaise de la deuxième moitié du 19ème siècle (en même temps que le journal des frères Goncourt) et vu des films californiens de la belle époque. Elle a renoncé depuis longtemps à l’herbe, sauf pour son troupeau.

 Aussi aime-t-elle l’idée d’une conférence culturelle sans thème depuis le jacuzzi, puisque c’est sous cette forme que la S.P.O. de ce soir a été annoncée aux  huit habitants du hameau ( neuf si on ajoute la factrice, habitante il est vrai singulièrement provisoire), par un discret affichage sous le panneau  » chambre d’hôtes  » et sur le poteau indicateur D213.

Ydit commence par dire que la série commence à peine (on lui escompte vingt à vingt deux  ans de service, on ne peut pas dire qu’on « espère », non, on s’attend à toutes ces années, près de deux-mille épisodes).

Ajoutons ceci : acceptons l’idée  que les oubliEs ne sont pas seulement des mauvais souvenirs jacuzzi 1                    que l’on arrache à la mémoire telles des dents de lait

trop profondément poussées au creux même de la mâchoire, douloureuses et cependant jamais venues au jour obscur de la bouche.

Si tel était le choix,

on empêcherait la fidélité du public- encore rare mais prévisionnellement immense ( et même davantage)- débouté par la succession de mauvais moments.
« En réalité, si le mot a du sens ici, raconte Ydit, les S.P.O. devraient davantage mener le récit de tout ce que je n’aurais (sans doute ?) pas dû faire, jamais dû penser faire.

Ce à quoi il était attendu de renoncer à.

Ainsi donc les oublis forment des douceurs du soir, vendues à un petit public avant que se closent les portes du crépuscule sur la ville qu’on croît sereine : des oubliEs. On n’aurait pas dû, poursuit l’oublieur, mais c’était joli comme un caramel salé sur la langue de l’ancêtre »

YDIT poursuit :

« Puisqu’on parle de douceurs, je voudrais oublier ce déjeuner à Dijon.

A l’époque, j’apportais une contribution parfaitement non-remarquée à la fébrile activité du cabinet d’un ministre lui-même assez agité.

Le malsain des saints : le cabinet bleu blanc rouge– on y croit entrer pour travailler, on y observe l’allée-venue du quotidien privé de sens, on en sort avec la saveur de l’inutile au bout de la langue, et

 les poches pleines de faux-billets.

L’ Excellence, par ailleurs baron de son parti, avait programmé un déplacement.

On avait partagé le temps sur place entre une visite/rencontre touchant à son emploi de portefeuille ministériel ( il faut bien  travailler) et un déjeuner très privé, occasion de politicer un peu. Dans l’excellent restaurant de la ville, le chef de cabinet, l’attachée de presse, et moi déjeunions avec une républicaine et gracieuse gourmandise, tandis que, dans un petit salon voisin et caché, le ministre et ses quatre invités préparaient les élections locales, parlaient candidats, financements, amis : toucher aux portefeuilles exige d’être à plusieurs, mais pas en public.

Le quatrième des convives ordinaires nous rejoignit à la table commune-délicate et précieuse toutefois -on était à Dijon.

«  Bill, tu es vraiment nul, tu me l’as mis le dos à la porte »

…lance-t-il au chef de cabinet, responsable du plan de table des invités. D’un geste de menton il désignait le petit salon.

Souriant, portant un toast avec un chablis premier cru du meilleur aspect, Ydit sarcasme gentiment à l’égard du capitaine de police, garde du corps : « J.K., on ne va pas vous l’attenter ici, votre ministre ».

« D’abord, c’est aussi le vôtre,  de ministre, et au cabinet il vous paie nettement mieux que moi. Ensuite, si je sers à rien, je peux vous passer mon flingue et aller voir les putes, vous avez sûrement des adresses ».

Toute la fraternelle ambiance confiante des équipes ministérielles. On s’habitue.

       Paterne, le chef de cabinet, un jeune trentenaire vif et rondouillard, proche du ministre depuis dix ans, entamant le ris de veau aux morilles et à la truffe jaune (étonnant mélange, soit dit en passant)… »

 

Assis au bord du jacuzzi un peu débouillonnant,

l’orateur

s’est un peu oublié jacuzzi rappel (ce qui est tout de même le comble dans cette affaire, non ?).

  Son geste large, pour imiter l’aimable verve du chef de cabinet, s’accorde mal à la faiblesse du nœud d’éponge : la serviette se détend un peu trop, comme l’atmosphère, elle glisse suavement, s’assouplit dans les plis, s’ouvre sur la perspective de pénombres tumultueuses, bref risque de mettre à mal (et même de réduire à néant) le sens de la pudeur nécessaire au bon usage bourgeois ( et moral ! ) des jacuzzis percherons ou pas.

Mais, sans barguigner, notre bienheureuse éleveuse de chèvres se montre serviable : d’une main assurée, quoique feutrée, disons même appliquée, sans autre mot que

«  Je m’en occupe, laissez-moi faire, cher Ydit »,

la jeune femme – qui ne sent d’ailleurs pas autant l’animal que le prétendaient les hôtes de ces lieux – redresse à point nommé ce qui doit l’être en ce cas et peut l’être en ce lieu.

Ydit pourrait continuer la narration.

« Cela, j’oublie , le cabinet, le ministre, Dijon».

Prononçant la formule du protocole, le crieur d’oubliEs est en droit d’interrompre ici la S.P.O., et d’aller se rhabiller. Ce qui le réchaufferait un peu.

Mais

voici que le bref incident ouvre un autre pan de la mémoire et des couleurs reviennent comme sur un visage que la fatigue estompait : fulgurance d’une image ?

Vapeur de jacuzzi ?

du côté de ...

Après le hammam au village, toujours elle lisait à l’ombre de sa propre peau, et jamais le même livre.

Reste d’herbe à chèvre dans la chevelure feuillue de l’éleveuse ?

Ivresse du Perche dans sa nuit pleine?

Comme YDIT semblait s’engouffrer vers un autre oubli

( plus ou moins vrai, on s’en doute ), oubli de cette image,  on l’interrompt d’une haute voix  de basse :

« Allez, dit l’hôte, solide patron des lieux, gardez nous ça pour une autre fois, mon vieil YDIT, ça suffit pour cette séquence, on va changer de bain, et prenez donc un coup de cidre. Et puis, tant que vous y êtes, resserrez moi un peu cette serviette, ici c’est le Perche, c’est pas Ibiza »

 

Par défaut

…malgré tout la séance reprend…

les quatre soeurs de Messe.jpg 

 

Suite de l’Omission,  épisode 5, malgré tout.

 

Je suis venu vous dire que je m’oublie.

Contacts : ydit.spo@gmail.com

Le projet

« L’Omission »

Séances publiques d’oubli

De l’extérieur, passant, on voit ceci : un homme est là posé dans un espace commun, on dirait qu’il parle seul, mais il prétend s’adresser à un public, éphémère. Il dit s’appeler YDIT.

Pour tout dire, devant un public aléatoire et passager (voire fuyant !) il creuse la mémoire comme on creuse une mine, pour dégager la matière.

 Une Omission  programmée sur (peut-être) vingt-ans


Précautions d’emploi  (avant de s’y remettre tout de même) :

  1. Tout ce qui était prévu a changé de sens, depuis peu. Mais rien de ce qui était programmé ne doit être abandonné. L’enjeu reste de façonner des masques d’oubli afin de travailler la mémoire, d’en garder le cœur. Les présences lourdement infinies de la violence et de la mort sont des fantômes qui menacent le feu de camp de la parole, sans jamais parvenir à en piétiner les braises, jamais. A chaque fois, au terme de la veille nocturne, les braises qu’on disait mourantes retrouvent de souffle des flammes, et la lumière des hommes accomplit la lumière du monde.
  2. Donc, puisque cela continue, pour un meilleur suivi du projet, il n’est pas inutile, et il n’est pas nécessaire, de se reporter au protocole d’expérimentation, fixé dès le moment premier, puis donné sous la forme de douze articles annexés aux douze premières séances d’oubli.

Et  plus tard en lecture suivie dans « Pages» sur Yditblog.


 

S.P.O. 5 : les débuts du film, Paris, 13ème arrondissement, 23 minutes

( ça na s’arrange pas )

Ce matin-là, cinquante-septième depuis le début de l’oubliage, Ydit a choisi l’horizon pourpre et fermé d’un théâtre, un cinéma, une salle de concert. C’est le moment ou jamais.

Il y a peu d’hommes en cette heure dans le début de journée. Ils sont au travail, ou chez eux, lisant des revues politiques, regardant des documentaires sur les origines de l’univers, ou des films interdits aux mineurs de 21 ans. Souvent, ils écoutent en voiture des émissions sur la terreur, et continuent de ne pas comprendre l’évidence.

Des passantes se dirigent vers le vestiaire vacant déchargé de ses pelures.

La dame en noir, d’ailleurs, y vend surtout des fraises parfumées avec éclat, des bonbons, des poupées en fausse fourrure, des Aphrodite, des lacets noirs et des œillets blancs fourrés dans des godets à pop-corn. Ne manquent plus que des presbytères !  Ydit se dit qu’il lui faudra, un jour, se coller à l’oubli d’Arsène Lupin, de Rouletablille, de Fantômas- oui même de Fantômas. Surtout Arsène, l’arsouille crapulette. Difficile entreprise. On peut attendre que les séances d’oubliage soient mieux calibrées. Plus naturelles ( car quoi de plus naturel que l’oubli ?).

Bref. On en reparlera.

Sauf que la mémoire a l’esprit de l’escalier.

D’un escalier sans fin dans son vice : on tourne l’image, et qui monte descend.cucuron  escalier aout 2012 14

                                                                      l’escalier montant se met à descendre 

Un tel  type de langage, pour ne pas dire tic de langue,  ce n’est pas avec ça qu’on attire les nymphettes dans les cinémas ni les nymphéas dans les épuisettes, certes.

Moindre mal, ce n’est pas l’objectif des S.P.O.

Les S.P.O., ça sert à détruire l’inutile du passé, un temps inconnu de la grammaire.

 

Dans le hall du cinéma le fournisseur dépourvu d’imaginaire a tenté de coller au titre du spectacle, tel ces illustrateurs de livres pour enfants qui dessinent, langue tirée, un loup noir, un chaperon rouge, et un pot de beurre d’ Echiré ( jusqu’à ce qu’il fréquente le bonnes épiceries pour salarié cossu, Ydit a cru – sans comprendre- qu’il s’agissait de beurre déchiré.

Il y a bien de la crème battue.cinema rappel.JPG

Mais ont disparu les échoppes B.O.F., Beurre /œufs/Fromages, ce qui ne justifie pas une S.P.O. : elles se sont mises elles-mêmes du côté de l’oubli) .

Mal à l’aise dans le sous-sol couleur ombres ouvrant sur l’enfilade de douze salles, Ydit commence par déambuler.

Il vérifie le badge « OUBLIeS ». Il aimerait parler. Pas tout seul. Parler de rien, pourquoi pas, c’est l’usage, mais tout seul, non.

Va-t-il s’acheter le pop-corn salé au caramel ? « N’oublions pas que je suis là pour oublier », dit le crieur d’oubli, oublier plus que jamais, dit-il à voix haute, ramené au sérieux de la tâche par un public   menu et  gracile ( à défaut d’être gracieux : deux gamines trop mineures pour être honnêtes, tendance Nabokov réécrit Hunger Games, et qui  se frappent nonchalamment le front. Encore un vieux qui déconne. Il y en a de plus en plus. C’est alzamaire. Disent-elles.  Au moins, les vieux, c’est ça qui est bien, ça n’a pas les moyens d’être dangereux).

Problème bien connu, à cette heure-ci de la matinée, seules les collégiennes parcourent les dédales de la culture.

Dehors, dans le soleil de novembre, sur le parvis du cinéma, dans les vents de cendre et de malheur, six « food trucks » rangés en demi-cercle commencent à lever leurs devantures d’odeurs. Une queue se forme devant le plus célèbre. On dirait une halte de ruée vers l’ouest, une allégorie de western.

Mais …silhouette de Z..jpg

d’ailleurs les passantes du désir ne sont jamais que des silhouettes indécises…

et les indiens sont ailleurs.

Ydit, sans appétit, ruse avec les  faims comme avec le récit prévu, qui est encore comme toujours un peu le récit des origines, puisque tout ceci n’en est qu’au début. Aux jeunes filles debout, il ne livre pas  les mots sur l’impossibilité radicale de raconter le passé sans mentir. Il ne dit rien des  pénombres folles du présent. Rien que le mot « passé », elles en ignorent le sens. Donc, « origine » !

Sans doute vont-elles apprendre à

lire devant l’écran ?cucuron  porte fenetre aout 2012 2.jpg

En général, c’est bien pour ça qu’on va au cinéma. Pas pour y voir des Marielle, des Rochefort, des Piccoli encore plus vieux que vous, sans parler des Bouquet. Et encore moins des séries de teens à peine dé-tétinées.

 

 

D’ailleurs les puissances du désir ne sont souvent que des fantômes impuissants

Ydit, lui…cucuron  porte fenetre aout 2012 2

(tiens, au fait, quelle absurdité de se nommer « Ydit », tous ces hiatus affreux probables, impossible d’ énoncer : il dit Ydit ; dit Ydit ; Ydit dit-il etc. Mais, trop tard, Ydit aurait  dit- euh aurait dû – y penser avant).

Ydit est venu avec un pull rouge et l’intention d’oublier une part des récits des origines de la famille, encore,  malgré tout. On sent qu’il n’est pas très en forme, loin de son sujet.  On peut le comprendre. Il est ici par devoir de parole, et dans l’impossibilité d’être entendu sur le présent. A la façon d’un prof qui vient de lire Queneau dans le métro, mais doit raconter Kierkegaard sur le tard.

Ydit, lui …Quatre jeunes filles nouvelles circulent. D’ailleurs les passantes du désir ne sont jamais que des silhouettes indécises.
les quatre soeurs de MessePas beaucoup moins jeunes, amèrement mineures.

Elles s’arrêtent à peine et sans plaisir, (mais les jeunes filles ont-elles du plaisir à écouter ?) lorsque l’orateur, à présent, rappelle qu’il n’aurait jamais dû regarder Virginie quand elle disait, lui prenant la main à travers le bureau où elle venait d’entrer : « j’aimerais tant être l’abeille qui se pose sur ces doigts pleins de sucre et de saveur, savez-vous ? ». Et le sourire, le baiser sur les doigts.

L’oublieur public, cependant, récuse l’oubli de Virginie. On y viendra.

Tous ces oublis à quoi il va falloir venir avec le temps. Une véritable liste de  proscription. Tout ça. Epuisant rien que d’y penser.

Voilà précisément pourquoi on oublie, pourtant : alléger la fatigue.

 Pour l’instant, un constat, trivial : certaines fois, le braillard projet d’oublier se combine à la sourdine de la mémoire. Allez vous débrouiller avec ça…

Le crieur d’oublies tâtonne, parle bas et peu, on dirait qu’il a peur d’avoir honte. Qu’il est trop petit pour le présent. Qu’il craint de se montrer quand d’autres sont effacés.

A présent, Ydit affirme sa volonté d’oublier les noms de sa famille, d’effacer ainsi les preuves. « Qui laisse une trace laisse un plaie », aurait écrit Henri Michaux. Mais on a la flemme de vérifier.

Peut-on appliquer à la blessure de mémoire les thérapies géniques?

D’ailleurs, la séance va commencer. Macbeth.

Le destin qu’on vous annonce, c’est soi-même qu’on l’accomplit, n’est ce pas ?

 


 

Evaluation : TS00 :0% / TPE : D

NB : Comment jamais constater un taux plus bas de TS00 ? Le Taux de Satisfaction Objectif Oubli mesure la réalité tangible des oublis. Comme on est ici dans l’abstraction formelle des origines, tout est possible, mais – naturellement- rien n’a lieu. Dans le déplacement d’intention de la séquence, les oublis sont faux, ou bien virtuels (ce qui est une forme d’absurdité pour un oubli). Il faut dire que l’oublieur n’a pas du tout la tête à ce qu’il fait.

Le simple D du Taux Plaisir Emotion traduit l’ insatisfaction de la parole mal prise, malgré la semi-pénombre supposée protectrice du hall rouge, en ces jours noirs. Il dénote aussi la banalité de l’exercice : Ydit, son métier, ça a toujours été de parler. Y compris, il y a quatre générations de cela, devant toutes ces mineures à soda zéro, on se demande quel film elles vont  bien savoir trouver à cette heure-ci ? Mais, parfois, aussi fort soit le métier, autant raté pourtant est le geste.


 

Protocole, Article 5 : A2a5P

Tout souvenir évoqué devant un auditoire, même virtuel ( sur une place de village pendant l’orage, par exemple)  sera en effet irrémédiablement considéré comme définitivement détruit, biffé, raturé :  impossible à réutiliser jamais pour l’embellir ou le caresser, comme souvent font les mémoires.

Le projet se situe dès lors  à rebours de la mémoire : vivre c’est emmagasiner des traces, à chaque instant. OUBLI(E)S projette avec radicalité  de vider le magasin personnel, sans inventaire général. Sans progression préconçue. C’est un espace générateur d’oubli. C’est une fabrique permanente de ratures, de caviardages. Jusqu’à  l’émergence de l’essentiel.

Un peu comme une sévère dose de Acide 2-amino-5-phosphonovalérique

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l’aube jamais ne cesse…

Depuis  sept jours tout ce qui était prévu a perdu son sens.

Encore bien davantage s’il s’agit de petits jeux cérébraux sur la mémoire et le temps, sur le silence  et l’imprévisibilité de toute parole.

Depuis sept jours, nos corps vivants ont revêtu…

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Mais l’aube jamais ne cesse de revenir imposer la lumière fraternelle des femmes et des hommes, dessinant les éclats de tendresse qui parent les habits de lumière, ceux de Thésée sortant du Labyrinthe, encore, et encore, et toujours, toujours davantage de lumière.

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n.b. le nom de l’auteur et du traducteur ont été caviardés, car ils sont sans aucun rapport avec les scènes de meurtre collectif du 13 novembre 2015

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