YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, ….Episode QUARANTE-TROIS Rue Dupetit Thouars visite par Ydit sans guide, sans rage et sans orage – dĂ©but ( 1/2). Pour s’allĂ©ger devant le poids de l’Ă©tĂ©.

Note de Madame Frédérique :

Note de Madame FrĂ©dĂ©rique : « Rue Dupetit Thouars, visite sans guide », enveloppe beige assez froissĂ©e, non numĂ©rotĂ©e, donc peut-ĂȘtre Ă  cet endroit de la « succession » ( si j’ose Ă©crire ! ) ou dans une autre « suite » DUPETIT-THOUARS ? Sur tout cela, rien ne peut s’ajouter, fiction, rĂ©alitĂ© en fragments ? Imaginaire dĂ©bridĂ©, ou bribes documentaires ? Point fixe, rĂ©pĂ©tĂ© : toute confusion est Ă  Ă©viter entre ce personnage recurrent, « FRED », dont je n’apprecie pas chaque Ă©lĂ©ment (surtout les allusions Ă©rotiques, et ce qui va ĂȘtre racontĂ© Ă  propos de Venise), et moi-mĂȘme, qui fut l’Assistante prĂ©fĂ©rĂ©e de I.d’Y, dit YDIT, en quelques occasions de grande proximitĂ© .

BOB et MORANE, l’enquĂȘteur duo, dĂ©tectives pas sages, forts en ravages et ratages, nul ne peut suivre leurs enquĂȘtes de polichinelles – FRED avait raison : ce sont des personnages de thĂ©atre perdus dans le trou du souffleur (seul le dialogue dĂ©passe du plancher), ce sont des hĂ©ros ratĂ©s de roman pĂąle ( l’inverse du roman rose, seul l’incipit roule ! ).

FRED ? FRED pragmatique et sensitive, gĂ©nĂ©reuse et radicale ; FRED visitant des ruines d’Abbaye nue sous la robe lĂ©gĂšre ( voir S.P.O.) ou quĂȘtant l’Ă©quilibre en wagon-lit depuis Venise ( Ă©pisode CINQUANTE, ici ) ; FRED, inaltĂ©rable socle et source du souvenir, et cependant capable de conseiller Ă  YDIT d’engager deux dĂ©tectives sans aiguillage de mĂ©moire, nuls en convoyage de souvenirs. Septante et davantage Ă©tant venus, YDIT n’a plus le temps de laisser l’enquĂȘteur dĂ©ambuler dans un labyrinthe de cathĂ©drale, sans mĂȘme lever la tĂȘte et apercevoir la sortie ouverte par le grand porche, vers la rue, le parvis, la lumiĂšre, le rĂ©el. Donc la mĂ©moire…

Aussi, YDIT s’est-il dĂ©cidĂ© Ă  aller visiter lui-mĂȘme. En personne. Juge d’instruction, sans procĂšs ni reconstitution. Entreprise radicalement dĂ©nuĂ©e du moindre sens commun, les ami.e.s de YDIT BLOG l’anticipent, mais tel fut son dĂ©sir, les ami.e.s de YDIT BLOG le connaissent… D’abord, ça visite, ça erre, ça dĂ©ambule, ça funambule : des feux dĂ©conseillent l’avancĂ©e, ou des camĂ©ras l’espionnent.

12 rue Dupetit- Thouard, immersion : il y a, mĂȘme vague, la mĂ©moire de l’appartement oĂč Marcel MalbĂ©e dit MM Die Pate parvint parfois –  combien de fois en ces quelques annĂ©es, 5 fois ? 8 fois ? 12 fois ?- rĂ©ussit Ă  inviter  le  garçon pour qu’il passĂąt la nuit, au prix d’on ne sait quel mensonge et quelle ruse ? Ou peut-ĂȘtre simplement parce que ça paraissait banal que Le Parrain emmenĂąt l’enfant quelque part, depuis chez lui, aprĂšs le goĂ»ter, au bouillon Chartier pour dĂźner presque pas cher, rue du Faubourg Montmarte, mais dans la famille tout restaurant paraissait un luxe d’anniversaire des dizaines, Chartier on y arrive vite par les Grands Boulevards, noir et blanc que la mĂ©moire re-colorise on peut aussi se souvenir gratuitement dans les « Passages » de Paris sous les immeubles, mĂȘme si on ne connait ni Breton, ni Aragon, ni CĂ©line. Ou peut-ĂȘtre peut-on voir un film au Grand Rex, avec Jean Marais, presqu’en face.

En rĂ©alitĂ©, ici, on commence Ă  savoir qui savait quoi au sujet du garçon tel qu’en objet un pyjama le change, et les Ă©pisodes FRERE (CINQUANTE-DEUX Ă  CINQUANTE-HUIT) apporteront d’Ă©puisantes informations utiles.

A l’Ă©poque, tout dĂ©but annĂ©es Soixante, Marcel MalbĂ©e n’aimait pas beaucoup rester dans son quartier, le Temple, le PMU, le Carreau du Temple trĂšs commerçant, on le connaissait sans le dĂ©visager, sans se douter, mais. Et ensuite, comme il sera tard, et que le mĂ©tro est loin de l’appartement familial, rue du BelvĂ©dĂšre, le garçon va rester dormir Ă  la maison Dupetit-Thouars, ce sera plus facile, et n’oublie pas d’emporter ta brosse Ă  dents et un pyjama. Et sois sage avec Parrain, obĂ©is lui bien. C’est ton Parrain, il t’aime, il remplace ton pĂšre en cas deOui, maman. YDIT a toujours Ă©tĂ© sage en surface. Pratique. On va faire comme tu demandes, MĂšre : OUI. Quant au pĂšre, il est sorti boire un canon, ou bavarder avec le garçon en terrasse, ou -prĂ©sent prĂšs du poele Ă  charbon- il n’a rien Ă  dire ? En ce temps, YDIT ne s’interroge pas, mais ( ici ) on commence Ă  savoir, et plus tard aussi, pourquoi cela lui semble sans sujet.

12 rue Dupetit- Thouard, Exploration : Premier Ă©tage droite : porte de bois, antichambre formĂ©e de rideaux rouges en velours. Sur le gros meuble marquĂ© par le sombre – bois et forme- l’abat-jour vieux rose et- plus nette – la statuette Ă©phĂšbe, David et Donatello, puis pour plus tard la salle d’eau exigue. La mĂ©moire, maintenant, dĂ©peuple ces lieux : nulle trace de vie, pas un visage, pas une silhouette, et l’univers de cet Ă©trange souvenir se rĂ©sume Ă  une voix d’interrogation, un cosy supportant des  » SĂ©lection du raeder’s digest » et deux ou trois volumes imagĂ©s sur les Templiers. Le Secret.

12 rue Dupetit-Thouars, introduction. Ici vecurent l’homme caviardĂ© sur les photos et les intĂ©rieurs de pyjamas posĂ©s jambes Ă©cartĂ©es. Jolie paire Ă  observer, invisible cependant au milieu de la mĂ©moire d’ici. La premiĂšre fois fut simple pour YDIT visiteur. BOB et MORANE, consultĂ©s, buvant un verre de bon rouge ( un Touraine, un Sancerre ?) au bar des Trois Maillets, bistrot voisin, propice aux « planques » Ă  dĂ©veloppement durable, avaient rĂ©pondu par WhatsApp : « C’est facile, Patron. Il y a un code, c’est 12DT21, mais il suffit d’attendre que quelqu’un entre. Plantez vous lĂ  un jour oĂč tout le monde passe vers l’heure de sortie des bureaux, nous on n’y est plus, on n’a pas d’heures SUP de week-end, venez avec la patisserie juste Ă  l’heure de retour de la messe « – derniĂšre observation attestant une fois de plus leur dĂ©connexion d’avec le rĂ©el, dans ce quartier qui jadis comportait une forte communautĂ© juive, et aujourd’hui est principalement occupĂ© par des bobos trentenaires, tout ça plutĂŽt mauvais client pour la messe, on les reconnaĂźt bien lĂ , MORANE et BOB.

Ce que cet YDIT ci fit, ici, samedi midi. Tout prĂšs, une trĂšs petite librairie Editions installe un Ă©ventaire oĂč l’on montrait quelques livres rares ou Ă  tirage confidentiel. Il suffisait de feuilleter en surveillant la porte du 12, rue Dupetit Thouars. Une jeune femme se prĂ©sentait, A1830B digocodait. YDIT s’est approchĂ© : il avait vĂ©cu lĂ  tout enfant, ça lui ferait plaisir au moins de revoir un peu l’immeuble ?

Elle avait cru le visage toujours honnĂȘte de YDIT. Depuis toujours, son bon air, ça lui sert Ă  cela : entrer partout sans patte blanche. Ensuite ça avait Ă©tĂ© facile de retrouver, aussitĂŽt Ă  droite, la volĂ©e d’escalier qui menait au premier Ă©tage, aprĂšs une porte visiblement rĂ©novĂ©e depuis peu-dans ce quartier le public a changĂ©, l’argent est arrivĂ©-rien Ă  voir avec l’ancienne vraie pauvretĂ© de la famille ( pauvretĂ©, pas misĂšre : froid et humiliation, mais pas dĂ©sespoir ni indignitĂ©, pauvretĂ© oĂč parmi les avantages attractifs de Marcel MalbĂ©e, dit MM,Die Pate, on trouvait le chauffage central, la quatre chevaux, le menu de Chez Chartier.)

Une fois sur le palier que dire que faire ? Frapper. Sonner. Attendre.

Mais personne. MĂȘme pas le fontĂŽme du Capitaine Dupetit-Thouars.

BOB et MORANE demandent, depuis chez eux ( c’est samedi, pas d’heures sup.) : oĂč YDIT est ? Puis l’interrogent : Veut-il qu’ils viennent crocheter la porte ?

12 rue Dupetit- Thouard, rĂ©pĂ©tition : Une autre fois, heure de rentrĂ©e de bureau : un quadragĂ©naire un peu fĂ©brile cette fois, mĂȘme chose, Ydit passe derriĂšre lui, et toujours frapper… sonner… attendre.

Toujours personne.

BOB, d’astreinte, se redressa un peu sur le siĂšge du bar. Il jouait Ă  l’homme de main prĂȘt Ă  tout, allusion Ă  Eddy Constantine (mais plutĂŽt dans Alphaville alors), finit cul-sec son verre transparent ( Limonade? Vodka ? Gin ?) – ayant ainsi accompli tous les gestes stĂ©rĂ©otypĂ©s qu’il pensait qu’on attendait de lui, conseilla d’en venir Ă  l’action sĂ©ance tenante, selon d’ailleurs le dĂ©sir de tant d’ami.e.s de YDIT. : on avait dĂ©jĂ  consommĂ© prĂšs

du tiers des mots sur le budget arrĂȘtĂ© pour le ci-prĂ©sent roman-images. Budget, soit-dit en passant, en dĂ©passement constant.

Nul ne sait oĂč se trouvait MORANE Ă  ce moment-lĂ  ?

Conseils de BOB, WhatsApp : Rossignol, cagoule, gants de latex, mocassins, lampe torche. Ainsi, Ydit, le patron, ou au moins l’actuel patron puisque le vrai patron dĂ©finitif Ă©tait quand mĂȘme ce bon vieux Samuel, pourrait fouiller dans les livres de Marcel MalbĂ©e, dit Le Parrain, ouvrir les dits livres pour y chercher ce qui pouvait bien intĂ©resser, regarder la photo qui tombe, dans tous les romans il y a une photo qui tombe quand on ouvre un livre, ce serait une photo prise Ă  Taormina en 1912, par exemple.

12 rue Dupetit-Thouars, effraction, photos? Non, pas de sens, et puis le parrain ne prenait pas de photos- pas si stupide quand mĂȘme, de plus, annĂ©es Soixante, pas de PolaroĂŻd pas cher Ă  l’Ă©poque, de nos jours il aurait eu cinq cent mille photos pĂ©dopornos sur son ordinateur, cadeau royal pour le dĂ©noncer, mais en ce temps lĂ , non, et pas non plus de traces lors de trois ou quatre voyages, souvenir, surtout, ne laisser non plus de preuve sur les draps des lits d’hĂŽtel. Avec soin et le coin d’une serviette mouillĂ©e, il passait de l’eau sur les aurĂ©oles dĂ©jĂ  sĂ©chantes, lorsqu’ils Ă©taient parvenus Ă  l’Ă©mission, les deux – fait rare-, ou l’un seulement. Sauf la nuit oĂč ils avaient, en Touraine, faute de place, dormi Ă  trois dans le grand matimonial d’hotel, avec la grand’mĂšre, autre histoire, on s’en souvient que Mamie savait ? ( Ce que savait Mamie, autre film ! ). Cela aussi a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© ou sera de nouveau le moment venu racontĂ©, comme le reste, on ne cache rien, on ne brade pas. Mais on prend le temps. 200.000 mots, trois ans, un bail.

12 rue Dupetit-Thouars, manipulation : ouvrir le tiroir en bas Ă  gauche du petit meuble qui se trouvait prĂšs du lit-cosy c’est lĂ  que Marcel MalbĂ©e enfouit ses vieux sous-vĂȘtements de fĂȘte, et garde aussi une sĂ©rie de lettres, interdites. Savoir enfin qui avait Ă©crit ces lettres, ce qu’elles voulaient dire et ne pas dire, rien sur YDIT hors de son pyjama mais hĂ©las pas hors de lui, pourquoi, aussi, le nom du PĂšre y apparaissait, le PĂšre, toujours la question, mais c’est une autre histoire, pour plus tard.

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV…Episode Quarante -Trois, Rue Dupetit Thouars visite par Ydit -soie- mĂȘme, soie, sans guide, sans rage et sans orage – dĂ©but (1 sur 2). L’Ă©tĂ© silencieux et solitaire approche, il est temps de gravir.

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YDIT-BLOG, SERIE IV – INTERRUPTION DE RECIT, A NOUVEAU.

Didier Jouault, pour YDIT-BLOG, Série IV

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YDIT- BLOG / SERIE IV : INTERRUPTION de SÉANCE

Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, saison IV

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Ă©pisode QUARANTE ( Quarante !) : C’est rue de la Vieille Lanterne que ça brunit.

Note de Madame Frédérique :

C’est rue de la Veille Lanterne on s’attroupe et regarde.

 « On dit souvent que la littĂ©rature est une thĂ©rapie, mais pas du tout. Ce n’est pas ça, absolument pas. Recopier ne soigne rien : on ne supporte pas mieux les choses en les dĂ©doublant par des mots.(
) La littĂ©rature ne fait rien passer. Elle fait juste coexister pacifiquement ce qui a eu lieu. Vous pouvez seulement traduire – pas ‘traduire’ au sens de confier Ă  une autre langue – plutĂŽt transporter chaque petit caillou, chaque Ă©tincelle, chaque sentiment dans un espace blanc et Ă©pais. »

( Olivier Cadiot, ibidem)

  SUR HANGED JAMES, aussi, sur cela, aussi :

Sur tout ça, sur ce que ça fait, sur ce qui s’est passĂ©  dans la vraie vie, pas celle des poĂštes …

Mais qu’oserait-on dire sur le Hanged GĂ©rard, le poĂšte tĂ©nĂ©breux- et veuf, et inconsolable, et Prince d’Aquitaine Ă  la tour abolie, qui porte le soleil noir de la mĂ©lancolie : on – mais qui est « on Â» : la marĂ©chaussĂ©e ? Une fille de joie retour des Halles ? Un ouvrier manufacturier partant au travail ? Un sabotier que met ses deux pieds dans le mĂȘme rail de la vie ? (mais il n’y a pas de rail, Ă  Paris, en ce XIXĂšme siĂšcle )

On le retrouve donc, lui, verticalement inconsolĂ©, pendu Ă  la grille  du numĂ©ro 4, mĂȘme pas pendu Ă  un lampadaire, image de François Villon en l’air, non, ou encore pendu Ă  l’un de ces arbres qui ont Ă©tĂ© nouvellement plantĂ©s Ă  Paris, nouveautĂ© de l’Ă©poque-maintenant ils sont si nombreux-, non, pas de branche vivante pour lui, Hanged GĂ©rard, pas de gibet auto-appliquĂ©, rien que la duretĂ© d’une grille, prĂ©cisĂ©ment la grille du numĂ©ro 4 d’une ruelle sordide, presqu’impasse dans Paris, justement bien nommĂ©e impasse, rue de La Vieille Lanterne, on le trouve ici, accrochĂ© par le col, lui, le TĂ©nĂ©breux, le Veuf, l’Inconsolable.

Ici, le matin s’Ă©tant levĂ© sans lui. Ici, vu peut-ĂȘtre, visible au moins, depuis la fenĂȘtre d’en face, mais les maisons d’ici ont peu de fenĂȘtres, peur des fenĂȘtres. Coeur de La Ville.

Rapidement, car c’est l’aube, la foule s’amasse. En ces temps, tout le monde est dans la rue. Un pendu Ă  Paris depuis longtemps cela ne se voit plus, dans la ville moderne on exĂ©cute les condamnĂ©s Ă  la guillotine, rĂ©pandue ici la carcasse, donc c’est du privĂ©, de l’intime, encore de l’intime ( on l’a dit dĂšs le premier jour : ici est l’intime vrai, faussement exposĂ©, qui se drape de nuditĂ©s).

Mais il n’est pas pendu Ă  la lanterne, les aristocrates Ă  la lanterne, il porte un nom avec une particule, on la lit sue la couverture de ses recueils de poĂšmes, sur les  » Filles du feu » , GĂ©rard de N., mais nous savons que c’est une fausse particule, faussement attribuĂ©e, il ne s’appelle que Labrunie, GĂ©rard, c’est tout, c’est peu, et Profession : mystĂšre, HĂ©ritier? Vaguement ! Voyageur d’Orient? Un peu ! Etat : poĂšte, Humeur : dĂ©truite, et ce n’est pas que la faute de Jenny.

C’est le matin extrĂȘmement frais du 26 janvier 1855, le pendu s’est nouĂ© le col Ă  47 ans, c’est rue de la Vieille Lanterne qu’on le voit, on s’attroupe, on regarde, et lorsqu’on va chercher un mĂ©decin il est dĂ©jĂ  trop tard pour Labrunie GĂ©rard, dit GĂ©rard de N., en dĂ©pit d’une abondante saignĂ©e-d’ailleurs quelle ironie imbĂ©cile de saigner un homme qui vient de se pendre.

L’enquĂȘte – bĂąclĂ©e : nul ne s’y intĂ©resse – conclut un suicide, mais il y a la presse, ensuite. La presse, un suicide ça ne l’intĂ©resse pas, c’est de l’intime, c’est du privĂ©, c’est du dĂ©sespoir, ce n’est pas trĂšs propre, ni digne, ni bien -Ă©levĂ©, pas trĂšs vendeur, pas assez. Surtout qu’un Ă©chotier croit connaĂźtre ce nom, GĂ©rard de N, vous dites ?

Ensuite, dans certaine presse, les rĂ©dacteurs Ă  la ligne prĂ©tendent que c’est peut-ĂȘtre la vengeance de tous ces personnages dont il a parlĂ©, tous ces initiĂ©s, tous ces JE vivant du Secret, dans le Secret (ici aussi, dans ce roman-images, dĂšs le dĂ©part :

Le Secret comme principe et comme volontĂ© d’oubli) , tous les Grands InitiĂ©s sur lesquels il a Ă©crit, non pas pour les dĂ©noncer, mais avec une sorte de sale curiositĂ© un peu fascinĂ©e, de complicitĂ© bravache (mot XIXĂšme), de connivence Ă©bouie, celles du poĂšte devant certains mystĂšres, celles d’AndrĂ© Breton devant un objet venu vers lui aux Puces,celel d’une corde devant la lanterne.

Ou aussi le retour de Filles du feu ?..

La veille, Labrunie, GĂ©rard, expĂ©die Ă  sa famille, Ă  sa tante dit-on, un message tout Ă  fait Ă©nigmatique, mais trĂšs poĂ©tique aussi, un message qui joue avec les thĂ©matiques de l’initiation ou le blanc et le noir se confondent dans une sĂ©rie de dĂ©passements de l’opposition, un jeu de saute-tombeau qui conduit Ă  un mode ternaire d’aboutissement, paraĂźt-il de soi vers soi, avant de choisir la corde, de tailler dans le morceau et le vif, on le voit qui Ă©crit dans un troquet familier :  » Ne m’attends pas ce soir. La nuit sera blanche et noire« .

A sa tante, il Ă©crit cela, lui l’hĂ©ritier d’Orient et d’Occident, le pauvre rimailleur des rues. Et autour de lui – Ă  prĂ©sent trĂšs absent de lui-mĂȘme- un petit peuple travailleur du matin s’est attardĂ© Ă  regarder le pendu. Il faut se dire -ce n’est pas trĂšs propre, ni trĂšs convenable, mĂȘme si tel rĂ©alisateur polonais l’a montrĂ© explicitement dans ses films- un pendu, ça se lĂąche de partout, ça laisse des traces, tous les sphincters se libĂšrent, – les racontars mĂ©diĂ©vaux sur la coulĂ©e du sperme qui donne naissance Ă  la plante miraculeuse, la mandragore, sont du fantasmĂ©, du magique. Mais les intestins ou la vessie soudain libĂ©rĂ©s, c’est vrai : un pendu, c’est assez peu ragoutant Ă  observer si on regarde en dessous, ça pue, et GĂ©rard Labrunie, dit GĂ©rard de, ce que font les commĂšres, c’est de se pincer le nez, mĂȘme s’il n’a pas Ă©crit n’importe quoi, parait-il ( et les commĂšres le savent-elles? ) par exemple :

« Il Ă©tait paresseux, Ă  ce que dit l’histoire,
Il laissait trop sĂ©cher l’encre dans l’écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n’a rien connu.

Et quand vint le moment oĂč, las de cette vie,
Un soir d’hiver, enfin l’ñme lui fut ravie,
Il s’en alla disant :  Pourquoi suis-je venu ?  » ( Epitaphe)

Mais non, les passantes du petit matin ne le connaissent pas, et ne savent pas lire les mots initiĂ©s des « poĂštes maudits Â», « poĂštes maudits« , quelle idĂ©e de bourgeois qui se paient la corde des autres,

donc, dans une autre fenĂȘtre, une autre histoire, pas de poĂšte ni de malĂ©diction, FenĂȘtre de cuisine,

et

il faut se demander ce qui s’est passĂ© quand, au matin, s’étonnant un peu de l’absence de Hanged  James dans le lit conjugal , Elle va faire tout de mĂȘme un cafĂ©, ouvre la porte de la cuisine, regarde d’abord la cafetiĂšre Nespresso, puis sent comme une prĂ©sence, et lĂšve la tĂȘte :  Hanged James joue son numĂ©ro de fruit mĂ»r, (est-ce finalement une chanson « cryptĂ©e Â» de Billye Holliday ? ces fruits mĂ»rs qui pendent sont des noirs lynchĂ©s sacrifiĂ©s par le KKK) comme, un peu, Hanged James est sacrifiĂ© par l’hypocrite silence de tous ceux qui devinent et ne disent, tous ceux qui bien sĂ»r savaient, ainsi qu’ils savaient, tous, pour le garçon et Marcel MalbĂ©e, dit MM , dit Le Parrain, ça se savait. Mamie, PĂšre, FrĂšre, tout le monde savait. On dira cela ensuite, l’annĂ©e prochaine.

Et se pose donc la question, sur certaine maniĂšre essentielle, de savoir comment cela se passe, quand le corps toujours encore un peu tournant sur lui-mĂȘme de Hanged James  s’encadre dans  le tableau de la fenĂȘtre, et le voici ici qu’on voit lui, on arrĂȘte le geste vers la cafetiĂšre, il y a lui lĂ , et qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on dit, est-ce qu’on crie, est-ce-qu’on murmure, est-ce qu’on se cache le visage, est-ce qu’on pleure, est-ce qu’on crie, mais crier quoi  ?

CadrĂ© par le souvenir dans le milieu de la fenĂȘtre, le fruit mĂ»r est lĂ  qui pend, et ensuite, qui va dĂ©pendre Hanged James ? Qui vient dĂ©couper le nƓud de la corde pour le descendre, on le suppose avec beaucoup de respect et de dĂ©licatesse ? Le descendre, des pompiers sans doute, cela fait partie de leur mĂ©tier, dĂ©pendre les pendus, et encore d’autres plus tard vont nettoyer les traces des sphincters ouvert sur la pelouse, c’est trĂšs secondaire, mais descendre le corps, mais couper la corde, mais allonger Hanged James sur une civiĂšre, le conduire en contournant la maison, Ă  travers le petit chemin de terre et de marches, lui faire franchir le portail qui grinçait toujours un peu, et Hanged James s’Ă©tait promis dix fois de le huiler, mais ça grince un peu quand il passe sur sa civiĂšre, et la voiture des pompiers quitte la rue, en silence, il n’y a plus d’urgence, sous le regard attroupĂ© des voisins, il est mort de quoi, le gentil voisin ? Comme s’il s’agissait de GĂ©rard dĂ©pendu de sa lanterne, qui n’Ă©tait pas une lanterne, mais simplement une grille, cela ne change rien, Ă  prĂ©sent rien ne change plus rien, et la voiture rouge qui se hĂąte au milieu de la rue, pourtant il n’y a plus la moindre urgence, une fois encore, et l’on n’insiste mĂȘme pas pour mettre Ă  sonner la sirĂšne,  Ă  quoi bon ? Imaginer cela, et, ici, il y a quelques semaines, dĂ©jĂ , dans ce roman-images mĂȘme, avoir dĂ©jĂ  racontĂ© la scĂšne. ImaginĂ© la scĂšne. Menti la scĂšne.

Nul ne rĂȘve d’avoir Ă©tĂ© lĂ , surtout pas, mais jusqu’Ă  la fin des temps- de son propre temps- sans jamais oser le demander, on aimerait savoir quels sont les gestes, quelles sont les pensĂ©es, quels sont les mots qui suivent, pendant quelques minutes, la dĂ©couverte de cette chose lĂ , dont plusieurs diront plus tard qu’elle Ă©tait prĂ©visible, peut ĂȘtre, cette chose lĂ , dans le cadre de la fenĂȘtre, pour Hanged James, ou le long de la grille, pour Hanged GĂ©rard,

cette fenĂȘtre que lui, HANGED JAMES, prĂ©sent ici dans son absence, avait tenu Ă  rendre totalement hermĂ©tique, respect de l’environnement, Ă©conomie d’Ă©nergie, qu’est-ce que ça veut dire maintenant, quel sens cela peut-il avoir, quelle Ă©conomie, quel respect, alors qu’il y a au milieu, le corps tournant encore un peu sur lui-mĂȘme, ce matin, Ă  la place du cafĂ©, Ă  la place de la tartine, ce corps blond et svelte : HANGED JAMES Lui-MĂȘme, tout seul, lĂ , dans le matin frais, disparu Ă  lui-mĂȘme et souillĂ© de lui pourtant de partout, qui tourne comme une lĂ©gĂšre toupie un peu Ă©cervelĂ©e, alors que -peut-ĂȘtre- mais on en saura jamais rien, elle crie, ou alors elle pleure, ou alors elle se mure dans un silence stupĂ©fait, rageur, ravagĂ© ?

Car on a Ă©videmment racontĂ©, ici, ce qu’on ignore, puisque c’est un Roman-Images.

Ce matin-lĂ , tout le monde se demande, rue de La Vieille Lanterne, une rue d’ailleurs disparue depuis les amĂ©nagements de Paris,  chacun se pose la question : qui c’est ce type, qu’est-ce qu’il fait lĂ  pendu Ă  une grille, qu’est-ce que c’est encore que cette histoire, des ivrognes, des misĂ©reux, des cheminots, et cependant on  regarde, on regarde, avec l’attention crispĂ©e, faussement compassionnelle, hypocritement attendrie, de ceux qui regardent en face la mort, mais surtout celle des autres.

« J’aime bien Ă©crire, on Ă©chappe au temps, on ne se sent pas menacĂ©s par les Ă©vĂšnements. »

(J.M.G LeClézio , Interview, Libération, 05/02/23)

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Didier JOUAULT Pour YDIT-BLOG Nouvelle saison, Saison IV, Ă©pisode QUARANTE (Quarante ! ) : C’est rue de la Vieille Lanterne que ça brunit. Pas drĂŽle, mais rien de ceci ne vise Ă  l’ĂȘtre. A suivre : oĂč l’on va mieux comprendre le passage sur mamie, pĂšre, frĂšre, QUI savait ? Car toujours quelqu’un au moins SAIT que C’ EST. Et rien ne dit .

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Episode TRENTE-NEUF : Comme les serveurs, les mamies aussi se taisaient… tout le monde se taisait. Fin ( 2/2)

Note de Madame Frédérique :

A prĂ©sent, la mĂ©moire encore ment par omission, en Ă©cho des longs dimanches sur les genoux de M.M. dit Parrain, et du Monopoly, des blessures au front, Ă©pisodes VINGT-TROIS et VINGT-QUATRE : impossible de savoir pourquoi ils Ă©taient lĂ , les trois, Mamie, Ydit? Mamie ? Marcel MalbĂ©e dit MM dit Le Parrain, ni mĂȘme oĂč l’on allait ( Ă  Paris?), encore moins d’oĂč ils venaient, tous trois : en simple Ă©vidence les trois Ă©taient dans cet hĂŽtel mĂ©diocre, on n’avait pas d’argent bien sĂ»r, il avait fallu Ă©conomiser ou bien il n’y avait plus de chambres libre ? En tout cas, Mamie la grand-mĂšre Ă©tait lĂ  : on la promenait peut ĂȘtre ? On la ramenait de sa campagne pour la mettre dans la maison de retraite ? On avait rĂ©alisĂ© le pĂ©lerinage du bar-tabac PMU de Saumur, hospitalier aux putes pour mariniers de Loire, qu’elle avait « tenu » jadis – selon les rumeurs de famille ? Massive mamie mamelue.

Quoi qu’il en fĂ»t, on voyait les trois lĂ  dans un lit double de taille banale, avec l’encadrement minable en bois, une table de chevet et son dessus en faux marbre et un pot de chambre. Hotel de province pour voyageurs pas riches, annĂ©es soixante. On les voyait, les trois, lĂ , dans un lit double, dans le lit ensemble, simple proximitĂ© familiale que connaissent trĂšs souvent les pauvres (dĂšs qu’on a un peu d’argent on ignore que la promiscuitĂ© est le quotidien de la pauvretĂ©).

On Ă©tait supposĂ© dormir pudiquement tous les trois, mamie tournant le dos, le garçon au milieu, Marcel MalbĂ©e dit MM dit le parrain, Ă  gauche. Chacun sa place, les agneaux seront bien gardĂ©s du loup. Comme la vieille ronflait un peu, Marcel MalbĂ©e dit MM ne s’Ă©tait pas interdit quelques caresses, sans aller toutefois jusqu’Ă  sa formule cĂ©lĂšbre sur le pyjama qui tient trop chaud. Mais la cordelette peu serrĂ©e d’un pyjama de garçon reprĂ©sente un obstacle facilement franchi, et Marcel MalbĂ©e dit MM, d’une autre main (en avait-il donc tant ?) s’occupait comme il pouvait de son propre carrĂ© privĂ©, toujours lent Ă  trouver la bonne vitesse, une main sur chacun des corps mĂąles, au lieu maximum de l’intimitĂ©, le petit dĂ©jĂ  plus vite rĂ©actif ( il s’en voulait, mais que faire sinon s’absenter ?).

Le garçon entendait bien que la grand-mĂšre ne ronflait plus; la grand-mĂšre s’Ă©tait un peu retournĂ©e, elle restait sur le dos, comme attentive, pour s’assurer que…Mais oui, c’est ça? Le garçon entendait bien que sa respiration, c’Ă©tait celle d’une grand-mĂšre qui ne dort pas, non pas d’une vieille qui somnole entre deux rĂȘves. Non, indubitablement une grand-mĂšre qui ne dort pas, qui Ă©coute et attend que ça se passe, sans doute sans plaisir, pure indiffĂ©rence, ou ennui, c’est tellement fini  » tous ces trucs lĂ « , pour elle. Puis, elle aimait bien Marcel MalbĂ©e, dit MM, un homme tout Ă  fait charmant, serviable, qui la transportait dans la 4CV, amateur de bons mots tirtĂ©s de « L’Os Ă  moelle », et pas tant que ça elle n’aimait le garçon, petit fils stupide et gringalet, idiot avec ses bandeaux de tissu blanc marquĂ©s de gouache vermillon sur le front le dimanche aprĂšs-midi, et trop de livres Ă  la main. Trop de livres, tout le temps. A quoi ça, sert?..

Marcel MalbĂ©e, dit MM, dit le Parrain continuait de chercher Ă  conserver chez le garçon la forme pleine qui Ă©tait rarement parfaite chez lui-mĂȘme, c’Ă©tait facile, le gamin rĂ©agissait vite Ă  la stimulation, surtout des petites bourses menues, si mignonnes Ă  cet age.

Tranquillement, doucement, sans brusque mouvement (pour mĂ©nager son corps, son vieux cƓur), mamie la grand-mĂšre s’est assise sur le bord du lit. Puis s’est levĂ©e, sans allumer (l’enseigne dehors suffisait), puis a gagnĂ© les toilettes qui se trouvaient naturellement sur le palier (n’imaginons mĂȘme pas des toilettes Ă  l’intĂ©rieur de la chambre, juste un lavabo de faĂŻence dans un coin), pour un petit pipi de nuit frĂ©quent chez les vieillards, mĂȘme sans avoir de prostate, les grands mĂšres n’en portent pas.

Dehors, la grand-mĂšre a pris son temps, tout le temps long qu’il lui fallait, sans doute qu’elle cherchait les toilettes, sans doute que ce n’Ă©tait pas allumĂ© dans le couloir, sans doute qu’elle avait peur de tomber, Mamie, se disait la garçon. Sans doute que c’Ă©tait loin au bout d’un escalier, sans doute qu’elle s’Ă©tait un peu perdue en revenant ? ( Pendant que Marcel MalbĂ©e s’occupait de lui, le garçon s’occupait d’autres choses).

La Grand mĂšre prit assez de temps pour que la manƓuvre, alors accĂ©lĂ©rĂ©e, de Marcel MalbĂ©e dit MM dit Le Parrain, parvint au banal rĂ©sultat, ouf ouf, le garçon jaillit oĂč s’abreuve subrepticement Marcel MalbĂ©e, penchĂ© lĂ  au tout dernier instant, pas de traces sur les draps. Du coup, pas besoin d’aller chercher la fine serviette blanche un peu rapĂ©e.

Grand mĂšre retrouve la chambre quelques secondes Ă  peine plus tard, mais le garçon ne veut pas comprendre pourquoi, approchant, puis Ă  la porte, Mamie fait tant de bruit malgrĂ© la nuit, elle pourrait Ă©viter, ça va dĂ©ranger les voisins, tant de bruit avant – prĂ©cautionneuse, avec lenteur, comme si on ne voulait Ă©veiller personne – d’entrouvrir la porte de la chambre et revenir se coucher sans bruit cette fois, sans mot, sans geste.

Elle pense probablement ceci : Des histoires comme celle lĂ , ces machins, ça ne tire pas Ă  consĂ©quence, c’est pas comme si le garçon Ă©tait une fille, alors lĂ  non, mais avec Marcel MalbĂ©e, ça peut faire de mal Ă  personne, ça lui apprend ses trucs, et elle en avait vu bien d’autres, et des plus sales, dans son PMU tabac, la grand mĂšre, Ă  Saumur, avec les bateliers de la Loire. Pas de quoi dĂ©ranger ou se fatiguer, surtout que Marcel MalbĂ©e est vraiment un type sympa, lui, pas comme le gamin, petit-fils sournois avec ses dĂ©guisements idiots en mort au front, et toujours un livre Ă  la main, c’est agaçant.

C’est ainsi que cela se passe, pour le garçon, selon lui : depuis le dĂ©but, tout le monde sait, quand il reste la nuit rue Dupetit-Thouars, tout le monde sait, quand il vomit dans les bacs Ă  fleurs en Allemagne, tout le monde sait, quand il troue son front d’un vermillon rouge sur un faux bandeau le dimanche, tout le monde sait, quand ça sort en jets et fait plaisir au passage, tout le monde sait… A croire, donc, bien sĂ»r, que tout cela est banal, et qu’on ne voit pas pourquoi- donc encore- on dirait non.

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Didier Jouault pour YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Episode TRENTE-NEUF : Comme les serveurs, les mamies aussi se taisaient… fin ( 2/2). La suite, le 25 juin, sale date, sale nuit, encore une mauvaise nuit pour les poetes disparus : pas vraiment plus rĂ©jouissant…

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-HUIT Les Mamies se taisaient aussi, comme tout le monde. Début ( 1/2)

( ou : grand-mĂšre savait)

(ou : chasser le parrain il revient au galop)

Note de Madame Frédérique :

Au ( regrettable ) sujet de Marcel MalbĂ©e dit MM die pate, Il y a d’autres souvenirs comme ceux d’un voyage trĂšs Ă©tonnant, fait en Allemagne : Marcel MalbĂ©e dit MM dit le Parrain s’Ă©tait achetĂ© une quatre chevaux; c’est lui le riche, et ce n’est pas rien, ça ne veut pas rien dire, on est allĂ©s en Allemagne, oui, en ForĂȘt Noire, pas la peine de s’intĂ©resser aux dĂ©tails, les dĂ©tails sont toujours les mĂȘmes, sauf que au premier dĂźner, trĂšs chaud, trĂšs lourd, trĂšs oppressant, le garçon Ă©tait sorti Ă  peine le repas commencĂ©.

Et qu’il Ă©tait allĂ© vomir dehors sans bruit, sans rien dire, dans les bacs Ă  fleurs, pourtant ce n’Ă©tait pas la premiĂšre nuit, avant il y avait dĂ©jĂ  eu le cosy, rue Dupetit-Thouars, premier Ă©tage droite, et d’autres avant, quon ne dit pas ici, petits trucs rapides avant la vraie premiĂšre des premiĂšres, rue Dupetit Thouars, la statuette de Donatelo, les cordons de pyjama, on s’en souvient?.. Mais d’un coup trop d’absence autour, cette fois ? Abwesend? Trop de solitude trop loin? Et pas de bandeau blanc ni de gouache rouge pour jouer Ă  ĂȘtre mort, Ă  jouer la mort : l’absence ? Oui ?

Vomir tranquille, un peu comme une Ă©jaculation sans spasme si plaisir, celles de la nuit qu’on dĂ©couvre au matin sur le drap, vomir sans rouspĂ©ter, pas de temps Ă  perdre, simplement vomir parce que c’Ă©tait comme ça, c’Ă©tait le moment qui voulait ça, et au retour dans la grande salle trop chaude, Marcel MalbĂ©e dit MM dit le parrain a tout juste demandĂ© si le garçon avait mal au cƓur parce qu’il n’aimait pas la saucisse, ou n’aimait pas le raifort, ou n’aimait pas la sauce jaunĂątre un peu gluante ?

Si pour le garçon, le malaise venait de l’assiette, et pas du tout de ce qui allait bien entendu se passer ensuite, lĂ  , hotel moyenne classe, ForĂȘt Noire, on verra d’autres hotels, lieux de spasmes rapides, l’hotel, bien tranquilles en vacances avec son Marcel MalbĂ©e dit MM dit Le Parrain, son gentil Parrain attentionnĂ©, aufmerksam, avec ce sacrĂ© pyjama qui tient toujours trop chaud, c’est ennuyeux le pyjama qui serre mal autour des reins, un coup de reins jamais n’abolira le dĂ©sert, si le garçon vomit, erbricht, c’est parce qu’il faisait trop chaud, il ne se disait rien d’autre : il fait juste trop chaud, toujours il fait trop chaud avec Marcel MalbĂ©e MM Le Parrain, mĂȘme dans cet unique voyage pour ce pays chaud : l’Allemagne.

Nulle part les serveurs ne disaient rien, ne voyaient rien. Les femmes de chambre non plus, sans doute : Marcel MalbĂ©e, quand tout s’Ă©tait passĂ© bien pour lui, la chair prĂȘte, ce qui n’Ă©tait pas trĂšs souvent le cas, il fallait qu’il termine avec sa main (jamais il ne s’Ă©tait montrĂ© assez vigoureux pour forcer l’Ă©troitesse, ce qui ne justifie naturellement rien de la passivitĂ© du garçon, gamin qui trouvait, tout de mĂȘme,avouons-le , sinon ce serait mentir, une sorte d’apprentissage imposĂ© mais rĂ©el, dĂ©couverte d’une forme de plaisir brut, peut-on oser le raconter?).

Et le Parrain, dĂ©ployant le plus grand soin, Marcel MalbĂ©e die Pate prenait l’une de ces serviettes de bain blanches trop fines, et avant de quitter la chambre nettoyait avec une vigilance obsessionnelle les maigres tĂąches survivant sur les draps, et qui auraient trahi (sans nul doute le craignait-il) -une activitĂ© inopportune entre le filleul et le parrain. Herr MalbĂ©e, UngĂŒnstigsten, Her MalbĂ©e

Mais, Ă  toutes sortes de signes divers, le garçon voyait que des adultes voyaient, et qu’ils faisaient en ce temps le choix ne pas voir, pas d’inutiles complications avec les clients.

A propos de ce regard dĂ©tournĂ©, ce regard Ă©chappĂ© Ă  quoi le garçon n’Ă©chappait pas au milieu de l’absence, le vrai dernier souvenir l’ultime souvenir du roman-images qu’est ceci ici est une autre nuit dans un hĂŽtel. La voici.

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Didier JOUAULt pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-HUIT Les Mamie se taisaient aussi, DĂ©but ( 1/2) , et ce n’est justement que le dĂ©but de cette mauvaise passe. Donc, c’est un lundi, qu’on en parle. Lundi, aprĂšs les dimanches, les genoux de MM, le Monopoly ( voir Ă©pisodes 23 et 24 en fĂ©vrier ) Semaine prochaine, la suite. Le 17 juin. lundi, jour des enfants, garçons et filles.

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« YDIT-BLOG « , Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-SEPT, 4/4: Depuis l’abbaye de SylvanĂšs, oĂč est passĂ© le reporteur si joli de France-Musique, avec son short Marine, ses mocassins beige et son Nagra ? Fin de l’histoire.

Note de Madame FrĂ©dĂ©rique :

Mon ex-patron m’avait offert son roman « Les Attracteurs Etranges Â» (que j’ai perdu ensuite, et qu’on ne trouve nulle part), mais je ne l’avais pas ouvert. Nous n’en n’avions jamais parlĂ©. En revanche, comme il se doit, j’avais partagĂ© les chocolats avec les collĂšgues du secrĂ©tariat. C’était surprenant comme il continuait, malgrĂ© le temps, Ă  dire «  Merci Madame Â» et rarement « FrĂ©dĂ©rique Â». Quant aux publications dont j’ai la charge, tout est facile, cette fois : on s’y retrouve dans la chronologie de cette histoire d’abbaye.

« La LETTRE de A. Â», VERSION B

    SYLVANES encore SYLVANES suite  SYLVANES, suite de suite  et fin :

AprĂšs le concert, dans les Ă©chos pierreux de l’abbaye, Ă  SylvanĂšs, depuis la conviction d’un short Ă  courtes dimensions et longues formes, le jeune reporteur de France-Musique avait comblĂ© le creusement de son dĂ©part en laissant un sourire d’invite. Ydit n’était pas certain de dĂ©sirer encore ce mĂ©lange de  mĂ©fiance et de curiositĂ© que le cloĂźtre imparfait dessinait comme une fumĂ©e. Pas le dĂ©sir de ce labyrinthe nouveau Ă  parcourir Ă  genoux, comme les chemins de JĂ©rusalem au sol des cathĂ©drales. Il n’était pas trĂšs sĂ»r non plus de savoir pourquoi refuser le dĂźner chez le jeune reporteur Ă  short bleu et cuisses arrondies. Ni : quand accepter ? Ni : Pourquoi ? Ni : Pourquoi pas ? Il n’Ă©tait pas trĂšs sĂ»r. De rien, ni du contraire. Mais, depuis le sriptorium pourtant Ă©teint, le pianiste grec lui adressait un lumineux message sur l’origine du monde. Cela suffisait pour sĂ©cher les soeurs et les larmes.

A la fin de l’étĂ©, marquĂ© par le somptueux concert dans l’abbaye de SylvanĂšs, et les balades au soleil, et les heures d’avant Laude dans l’ombre du scriptorium Ă©clairĂ©e par le piano -jazz du Grec, Ă  la fin de cet Ă©tĂ©-lĂ , sur ce qu’on appelait «  rĂ©pondeur », le joli et leger reporter de France-Musique avait dĂ©posĂ© deux ou trois messages. Il disait le grand plaisir des Ă©changes dans le cloĂźtre dĂ©montĂ© ou l’abbatiale imparfaite. Le presque bonheur des promenades dans la nuit vers l’appartement du « Grand » oĂč avait habitĂ© YDIT, face Ă  la ferme, quand l’un raccompagnait l’autre, puis l’un puis l’autre, tiĂšdes ensemble. Il disait- avec diffĂ©rents mots- la sĂ©duction exprimĂ©e par le corps bronzĂ©, par le sourire apaisĂ© de ce trentenaire liseur et marcheur, Yd’I. On voyait le bonheur, on l’aurait volontiers partagĂ©. A commencer par un dĂźner ? Au fait, Y.d’I, Ă©tait-ce une vraie particule ? Yvan d’Ici, par exemple? (demandait le joli reporteur avec son short bleu marine, ses mocassins beiges et son nagra).

Ydit avait hĂ©sitĂ©. Bien entendu, pas de malentendu, on apercevait le chemin proposĂ© par le joli reporteur lĂ©ger. Facile. Abbaye ou cloĂźtre, pas besoin d’ĂȘtre grand clerc, pour deviner la sorte de partage, dĂ©chiffrer une invite. Ydit avait hĂ©sitĂ©. Oui, pour voir ? Mais non : Ydit avait rĂ©pliquĂ© par le silence. Pour rien. HĂ©sitĂ©, certes, hĂ©sitĂ© autant l’avouer, parce qu’il y a des gens devenant dĂ©sirables Ă  raison du dĂ©sir qu’ils ont visiblement de vous, et que l’oeil guilleret du joli reporteur de France-Musique chantonnait comme un jazz tendre. Le piĂšge habituel : on aime ĂȘtre dĂ©sirĂ©, puis- ensuite- on s’aperçoit que c’était seulement cela qu’on aimait. Ainsi qu’avec Irma, ou Brigitte, ou Caroline, ou Myriam, dans les siestes de stages d’étĂ© de Parti ( on racontera cela, mais pas avant le dĂ©but de 2025). Pourtant non, pas cette fois, mĂȘme si cela ne prĂ©sentait rien de commun avec l’épaisseur pointue d’un  dĂ©sir injuste comme celui de Marcel MalbĂ©e, dit M.M., Die Pate- d’ailleurs enfoui dans l’obscur silence volontaire de la mĂ©moire, en ces temps-lĂ .

Un soir de solitude, Ydit avait appelĂ©, pour cela : juste pour savoir. Mais il n’y avait personne. Il avait dĂ©posĂ© un message courtois, sans plus. N’avait cependant pas rĂ©pondu Ă  la rĂ©ponse, qui avait Ă©tĂ© enthousiaste : on dĂźnait quand ? On se voyait oĂč ? On partait ?

Pas par dĂ©goĂ»t ni ennui. Non, pas cela.Tout, en ces annĂ©es, se prĂ©tendait possible -au moins (on utilisait cette formule) : on peut toujours essayer. On verra bien. Juste pour voir, comme au poker. Pas de quoi fouetter un chat. (L’épidĂ©mie qu’on croyait  assassine de garçons commençait Ă  peine Ă  traverser l’ocĂ©an, discrĂšte ). Non, simplement la meilleure raison : pas envie, au fond. Pas besoin, plutĂŽt. Ou trop compliquĂ© ?

Ensuite, le reporter lĂ©ger avait Ă©crit, deux ou trois lettres jolies. Avec des dessins. Ridicule. Charmant. Inutile.  C’était  une forme d’univers Ă  la fois dĂ©risoire et inconnu. Ydit avait rĂ©pondu avec des fuites. Jamais (sinon il n’en serait pas lĂ , en cet endroit d’un roman-images), Ydit n’avait eu la force d’ignorer un regard oĂč l’on percevait un peu de cela, d’incomprĂ©hensible et puissant :  le dĂ©sir. Il ne disait rien, n’ignorait rien, ne rĂ©pondait rien, il fuyait, mais ne partait pas. Des fuites qui ne voulaient pas renoncer. Des fuites de proximitĂ©, comme l’Ă©criture. On ne sait jamais. Etre lĂ  en restant absent. Pratique.

Mais dans les coins du cloĂźtre abĂźmĂ©, en d’autres temps, bien plus tard, Ă  SYLVANES, si l’on avait tournĂ© le dos Ă  l’abbatiale, dans le si rude silence du scriptorium, quand le pianiste grec dormait ailleurs, si l’on s’Ă©tait placĂ© contre la lumiĂšre de midi, si l’on avait regardĂ© le reporteur de France-Musique sourire Ă  la Diva, avant que le pianiste rejoignĂźt le cloĂźtre pour un piano jazz fatiguĂ©, du blues marquĂ© au rouge Ă©pais, il y avait beaucoup d’annĂ©es de cela, quarante au moins, on aurait aperçu, avec une ravageuse patience, de nouveau lorsque le jour tomberait, plus tard, des annĂ©es plus tard, beaucoup d’annĂ©es, quarante et davantage, on aurait vu rĂ©apparaĂźtre d’un cĂŽtĂ© le trĂšs toujours trĂšs innommable Marcel MalbĂ©e, dit M.M., dit encore Die Pate, qui tendrait un verre on ne savait de quoi, et dans la main il y aurait eu un pyjama noir et jaune ( ou blanc et bleu, ou rouge et vert, ou de lin blanc ?), murmurant qu’il habitait au 12, rue Dupetit Thouars,  1er droite,

et dans l’autre angle,

 l’autre, ça aurait Ă©tĂ©   Hanged James, qu’Ydit ne connaissait pas encore, mais qui a Ă©tĂ©, est, sera jusqu’au bout une piĂšce de la mĂ©moire… Hanged James. Gentiment prĂ©sent, mĂȘme pas tournoyant sur lui-mĂȘme, et qui lorsque le mouvement de la vie lui permet de faire face offre son sourire amical et goguenard, fatiguĂ© de la solitude dans sa fenĂȘtre comme un moine de son cloĂźtre, un peu tendre et lassĂ© donc, Hanged James comme s’il s’apprĂȘtait Ă  dire (quoi qu’il soit impossible de plus rien dire dans son Ă©tat) ou Ă  demander :

Evidemment nul ne peut dire quelle rĂ©ponse il aurait attendue, Hanged James, le bavard silencieux. Ni comment sa question rĂ©sonna dans la tentation muette du scriptorium, que traverse un joli reporteur lĂ©ger. Mais cette fois encore, comme dans les visites Ă  l’ombre de TYNE, rue de la montĂ©e haute, rien ne se passe, rien ne peut advenir de ce dĂ©sir lĂ , dĂ©sormais.

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Didier JOUAULT pour  » YDIT BLOG » Nouvelle saison, Saison iV, Episode TRENTE-SEPT : depuis l’abbaye de SylvanĂšs, oĂč est passĂ© le reporteur si joli de France-Musique, avec son short Marine, ses mocassins beige et son Nagra ? Fin de l’histoire. Mais pas du Roman -Images, qui se continue (sur le rythme retrouvĂ© des mercredis aprĂšs -midi) le 10 juin et aussi le 17 juin : pour raconter une sale nuit. En deux Ă©pisodes. On ne va pas rater ça ? On aurait tort : sale nuit !

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-SIX: Silvia n’est pas venue Ă  SylvanĂšs, deuxieme milieu, 3/4 le reporteur de France Musique dans l’abbaye qui chante.

Cette fois  l’ordre chronologique des fragments inclus dans «  La lettre de A. Â»VERSION B. facilite ma tĂąche.

« La LETTRE de A. Â», VERSION B    SYLVANES suite 

Abbaye, musique. Le jour, c’était le grand soleil du sud en Ă©tĂ©. Ydit marchait sur ses cuisses bronzĂ©es, musclĂ©es Ă  force de parcourir au soleil le chemin entre la ferme et l’abbaye, tel un bon paysan de jadis : 6 ou 8 KilomĂštres entre « l’appartement du Grand », Ă  la ferme, et l’abbaye. On le voyait, le jour, Ă©crivant un peu, bavardant beaucoup, avec les stagiaires, pas seulement les jeunes filles iconophiles, et avec le pianiste, grec, le pianiste, prĂ©tendait-il, ou les visiteurs trĂšs rares ( en ce temps, l’Abbaye Ă©tait peu connue, un Festival depuis l’a rendue cĂ©lĂšbre, inaccessible, arrogante comme souvent le trop de succĂšs).
La trentaine un peu passĂ©e, les muscles bruns, le bonheur d’ĂȘtre ici, le pur plaisir sensuel d’exister dans la musique le jour, le silence nu la nuit, l’absence entre chien et loup, les paroles, le soleil, pour rien. Dormir sous le ciel et seul : patience dans l’azur, ou encore ta tĂȘte se dĂ©tourne, le nouvel amour .On sait que le sentiment du bonheur physique vous donne physiquement l’air de connaĂźtre le bonheur. C’est d’ailleurs ce que dit sƓur Agathe. Au sujet de Marie. Ainsi soit-il

Pour le reste, les sales rumeurs sur les « retraits » de FrĂšre AndrĂ©, elle n’en n’avait cure (forcĂ©ment). Tous ces gens lĂ , pas loin de l’abbaye, dans ce Sud frĂ©tillant, ça faisait beaucoup d’ennemis. Tous contre FrĂšre AndrĂ©…

Selon sƓur Agathe, ce n’étaient que mensonges, au sujet de FrĂšre AndrĂ©, des jeunes stagiaires, de la clĂŽture absolue des Granges au portail infranchissable pour les non-initiĂ©s, oĂč l’on ne pĂ©nĂ©trait que sur invitation, formelle, du PĂšre AndrĂ©…Une sĂ©lection par  la promesse des talents et donc l’Ă©ducation des corps, ajoutait la sƓur, sans ricaner.

Car une Clarisse jamais ne ricane. Car une naĂŻve jamais ne cancanne. Car une puriste jamais ne boucane. Etc !

Trois jours avant le concert, un  trĂšs jeune reporter de France Musique s’était joint au groupe, assistant aux rĂ©pĂ©titions, participant aux repas. Joli,  vĂȘtu d’un short marine Ă  courtes dimensions et longs rebondis, de mocassins beige et d’une franche insouciance parisienne, souriant Ă  son avenir. Il avait rejoint le duo du scriptorium paisible, l’aprĂšs-midi : pianiste grec, Ydit, saveurs de jazz, senteurs de cailloux assĂ©chant le vin rouge. Sa tentative de Satie avait glacĂ© le pianiste grec. AprĂšs le dĂźner dans le frais scriptorium de  l’abbaye,  on l’avait  accueilli par exception  parmi les initiĂ©s des «  Granges ». SƓur Agathe disait : « Pour le festival de FrĂšre AndrĂ©, c’est mieux que ce jeune garçon soit bien soignĂ©. Un reporter  de France-Musique ». Bien sĂ»r. Les Granges. Le Soir. IntimitĂ© de la priĂšre. Interdit aux non-pratiquants. Short marine Ă  courtes dimensions et longs rebondis, du lin sans probitĂ© candide.

Cet univers Ă©tait Ă©trange : musical, Ă©litiste, iconophile, mais ouvert aux inactifs et laĂŻques, aux inactifs ( sƓur Agathe avait rĂ©ussi Ă  prĂȘter un vĂ©lo Ă  Ydit qui parcourait les collines, le pianiste grec avait renoncĂ© Ă  l’accompagner, trop de vin au dĂ©jeuner, de « Pall Mall » dĂšs le matin) – pourvu qu’ils rĂšglent leur sĂ©jour.  On n’exigeait pas de prier, pourvu qu’on ne se prĂ©tendĂźt pas en vacances, mais en retraite ou en travail. Ydit avait prĂ©textĂ© sa thĂšse sur l’Afrique. Entre les moments assez bruyants des dĂ©jeuners dans le rĂ©fectoire des moines, silence et musiques alternaient dans une harmonie apaisante par sa puissance maĂźtrisĂ©e. En somme, cela ressemblait assez Ă  la vie de Ydit en ce temps. Pas de Marcel MalbĂ©e  embusquĂ© Ă  l’horizon du souvenir, et on ne connaissait pas encore James, futur Hanged.

La belle vie . Ainsi fut elle !

L’étrangetĂ© gagnait les façons de se rencontrer. Le jeune reporter avait quelques annĂ©es des moins qu’YDIT, et un savoir beaucoup plus grand. Dans les pauses de la rĂ©pĂ©tition, la Diva fuyait le soleil et partait rĂ©parer sa voix. Le reporter  avait pris l’habitude de rejoindre Ydit, sur les pierres dĂ©vastĂ©es du cloĂźtre en cours de relĂšvement, carrĂ©s longs taillĂ©s que des herbes un peu clandestines disputaient Ă  la lumiĂšre. On restait au soleil, allongĂ©s comme des lĂ©zards entiers, on devisait musique  avec lenteur– Ydit n’en savait que si peu- et livres – Ydit croyait en connaĂźtre certains. On marchait dans la campagne voisine, levant Ă  deux les sauterelles en passant devant le prĂ©au dĂ©saffectĂ© de la mairie-Ă©cole. Plus loin, les ruines carrĂ©es de la commanderie du Temple rappelaient que la pierre passĂ©e construit l’avenir. Des arbres de la libertĂ© y poussaient, un par rĂ©volution : terre radicale socialiste. MLais arbres essouflĂ©s par la durĂ©e du Temps.

La veille du concert, pour la GĂ©nĂ©rale, le reporter avait installĂ© YDIT auprĂšs du preneur de son, dans la rĂ©gie provisoire et dans l’ombre  : double privilĂšge.

Ensuite, l’ovation Ă©teinte, le reporteur, pantalon serrĂ©, l’avait – d’office- invitĂ© aux agapes en nombre rĂ©duit, dans la bibliothĂšque de l’évĂȘque, d’habitude fermĂ©e, car elle contenait d’anciens volumes prĂ©cieux, dont un exemplaire princeps du « Dictionnaire philosophique » et un autographe de JL BorgĂšs sur «  La BibliothĂšque de Babel » «  J’Ă©cris pour moi, pour mes amis, et pour adoucir le cours du temps ». FrĂšre AndrĂ© avait semblĂ© surpris, agacĂ©, de voir YDIT parmli eux ici, dans le presque Saint des saints. Mais SƓur Agathe, Clarisse complice en bavardages d’épluchages, cantiniĂšre naĂŻve et cancanniĂšre placide, lui avait murmurĂ© Ă  l’oreille que l’on pouvait accueuillir YDIT parmi la douce bande des Gentils.

AprĂšs le dĂźner, dans la nuit claire, le reporter Ă©tait restĂ© longtemps avec Ydit, prĂšs d’Ydit, pantalon serrĂ© contre Ydit . La chaleur avait à peine disparu, le pianiste jouait un peu en sourdine, seul, dans le scriptorium, lentement, fermement, pĂ©nĂ©trant le silence des pierres comme on dĂ©guste un rayon de soleil vers AthĂšnes au matin. C’était nostalgique,  dĂ©ambulatoire  et doux comme du Modiano.

Mais « non », finalement, Ydit rĂ©pondait au reporteur qu’il ne se joindrait pas au groupe des Granges. Ce groupe lĂ©ger, malin, secret. Non, ce soir, ni demain. Il aurait pu, bien sĂ»r, il avait tout ( presque ?) pour ça, mais non. Il n’était pas trĂšs sĂ»r de savoir pourquoi « non« , mais pas la peine d’insister, « non », pas envie de ce groupe lĂ©ger, malin, discret, malgrĂ© les horizons de plaisirs pratiques. Cette fois , certainement, clairement :  » NON ».

Aujourd’hui, oui : on apprend Ă  dire « non », mĂȘme quand il est trop tard. Les garçons admis au stage de langue, dans le secret des « granges » , avaient-ils des cordons au pyjama?

AprĂšs le concert, le reporter avait vite regagnĂ© Paris, non sans laisser adresse- quartier chic – et numĂ©ro tĂ©lĂ©phone Ă©crit Ă  la main ( Ă  l’époque, outils frustes).

Il espĂ©rait vraiment qu’on se reverrait. Il l’espĂ©rait beaucoup. Il y comptait. Presque il y tenait. Il l’avait rĂ©pĂ©tĂ©, s’accompagnant d’un sourire qu’ailleurs on aurait qualifiĂ© d’irrĂ©sistible, puis fermĂ©, comme Ă  regret, la portiĂšre de la Peugeot Radio-France, que conduisait l’ingĂ©nieur du son, pressĂ©, lui : sa femme l’attendait.

Mais Ydit n’était pas certain de dĂ©sirer encore ce mĂ©lange de  mĂ©fiance et de curiositĂ© que le cloĂźtre imparfait dessinait comme une fumĂ©e. Pas le dĂ©sir de ce labyrinthe nouveau Ă  parcourir Ă  genoux, comme les chemins de JĂ©rusalem au sol des cathĂ©drales. Il n’était pas trĂšs sĂ»r non plus de savoir pourquoi refuser le dĂźner chez le jeune reporteur Ă  short bleu et cuisses arrondies. Ni : quand accepter ? Ni : Pourquoi ? Ni : Pourquoi pas ? Il n’Ă©tait pas trĂšs sĂ»r. De rien, ni du contraire. Mais, depuis le sriptorium pourtant Ă©teint, le pianiste grec lui adressait un lumineux message sur l’origine du monde.

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Didier JOUAULT , pour YDIT-BLOG / Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-SIX : Silvia n’est pas venue Ă  SylvanĂšs, deuxieme milieu , le reporteur de France Musique. A suivre le 31 mai, un VENDREDI ( toujours les contraintes de calendrier en ces pĂ©riodes chargĂ©es d’absences), la fin de cette sĂ©quence SylvanĂšs.

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« YDIT-BLOG », Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-CINQ : Silvia n’est pas venue Ă  SylvanĂšs, premier milieu, 2/4 ; sƓur Agathe, dans l’abbaye pas si dĂ©serte.

Cela m’avait surpris : un matin d’hiver, mon ex-patron avait  Ă©tĂ© nommĂ© Ă  Paris. J’étais lĂ , pas loin, nous ne nous connaissions pas encore avec tant de finesse, de connivence, il Ă©tait arrivĂ© sans Ă©quivoque. « Madame FrĂ©dĂ©rique, avait-il dit, personne ne vous oblige Ă  le lire : avec une banale boite de (trĂšs bons) chocolats, il tendait un livre. SignĂ© de lui. Une micro Ă©dition. « Les Attracteurs Etranges ». Selon moi, 25 ou 30 ans plus tard, il s’en est servi pour rĂ©diger les quatre passages successifs de «  La Lettre de A. » VERSION B », sobrement intitulĂ©s «  SYLVANES », sorte de pause, comme on souffle lors d’un « ravitaillement », pendant le marathon de cette saison IV.

En dĂ©dicace sur la premiĂšre page de  » Les attracteurs Ă©tranges « , Yd’I. ( dit YDIT dans les Services) avait notĂ©, de son Ă©criture pressĂ©e :  » A reprendre pour publication en ligne« . Ensuite, vous le savez, Ydit a disparu – trĂšs mystĂ©rieusement, trĂšs silencieusement – avant que les posts commencent, l’aventure de « Saison IV » Ă  moi confiĂ©e. Ainsi que, sans doute, dix ou vingt exemplaires de  » Les Attracteurs Etranges » en pile sur un rayon de placard.

« La LETTRE de A. Â», VERSION B : SYLVANES :

SYLVANES -2, donc : Chaque matin, Ydit rejoignait le cloĂźtre, largement dĂ©truit, et l’abbatiale, encore vive. C’étaient d’approximatives ruines. Le pĂšre AndrĂ©, quadragĂ©naire actif et trop musclĂ© , dirigeait les travaux, mais surtout la communauté : quelques religieux – franciscains- et quelques « stagiaires » pour les sĂ©minaires de chant grĂ©gorien, jeunes et jolis.

Un concert s’organisait, pour le 15 aoĂ»t. Venue d’AmĂ©rique, la Diva rĂ©pĂ©tait.Ydit Ă©coutait depuis le fond de la nef des sages, cachĂ©. Le jour venu, avec le prĂ©fet, un ministre canadien arrivĂ© en hĂ©licoptĂšre avait assistĂ© au concert. Ydit regardait depuis l’un de ces nombreux couloirs dĂ©robĂ©s qu’une vieille Ă©lĂšve du stage « IcĂŽnes byzantines »-, une grande blonde Ă  corps de cathĂ©drale, vite attendrie- lui avait enseignĂ©s : comme dans les romans modernes, les abbayes portent en elles des passages clandestins et des secrets d’initiĂ©s.

Entre temps, les choristes grĂ©goriens travaillaient leur voix immatures, et – parmi eux- un petit nombre des plus jeunes ne dormait ni dans les dortoirs conventuels, rĂ©amĂ©nagĂ©s pour les stagiaires, ni -comme Ydit faisait- dans l’appartement chez l’habitant d’ une ferme du voisinage.

On les voyait partir au soir, avec PĂšre AndrĂ©, deux ou trois autres moines, et le « directeur artistique », vers « Les Granges »- bĂątiment agricole classiquement proche de l’abbaye, mais ici interdit Ă  tout Ă©tranger – au prĂ©texte du recueillement. Du perfectionnement. Du dĂ©pouillement, du retour au Simple Originel, et du partage en l’esprit. Ainsi soit-il.

Dans les  anciens carrĂ©s du Chapitre- ou les communs– plus austĂšres, se tenait aussi un stage de peinture d’icĂŽnes byzantines. La professeure Ă©tait grecque, orthodoxe, et son mari l’accompagnait, inactif, prĂ©tendant avoir jadis participĂ© Ă  des concerts de rock dans le groupe « Aphrodite Childs». Souvent, au cours de l’aprĂšs-midi, il jouait sur le Steinway du scriptorium, dĂ©sert Ă  cette heure trop chaude pour lui. . Il inventait un concert de novices, d’Ă©tudiants des beaux arts, de passants sortis d’un labyrinthe. Pour Ydit, personne, ni FRED, ni TYNE, les ombres habillĂ©es en soleil..

Tous deux sans occupation nette (Ydit Ă©tait supposĂ© en retrait pour Ă©crire une thĂšse, pieux mensonge qui avait permis l’hospitalitĂ© Ă  bas prix), le pianiste et le voyageur avaient sympathisĂ©. On bavardait dans les ombres imparfaites du cloĂźtre lacunaire. On songeait Ă  Ă©crire, piano et clavier, une Histoire du commencement du monde. C’était une bonne idĂ©e. L’épouse aurait illustrĂ© d’icĂŽnes. Comme il buvait volontiers le gros rouge trop fruitĂ© du rĂ©fectoire  – que servait SƓur Agathe- le pianiste parfois somnolait un peu sur les touches, et son jazz paraissait en conduite libre, tendance piano-bar. Ambiance de laisser-vivre, sans risque ni dĂ©sir. On s’y trompait .

Avec SƓur Agathe, la clarisse dirigeant la cuisine, une sorte de connivence s’était vite installĂ©e. Ydit et le pianiste, sans rechigner, donnaient la main aux Ɠuvres de ramassage, Ă©pluchage, lavage, essorage, ramage et plumage. Manquait un peu le massage, mais on avait les mains dans la soupe. On bavardait, campagne, clĂŽture, village, voile de novice, bontĂ© du jour, immaculĂ©e conception, commencement du monde, oubli de soi, chair et vanitĂ©, menu du midi, rĂ©demption et pĂ©chĂ©, dans l’amusement d’une ironie attendrie. On aiurait cru un congrĂšs d’Ă©crivains dans la Creuse. SƓur Agathe – on s’en doute – Ă©tait jolie, souriante, vive, discrĂšte, rĂ©servĂ©e, Ă  peine voilĂ©e, habile Ă  la cuisine monastique : une Clarisse trĂšs belle. Cependant, trop Clarisse, elle refusait, en riant, qu’on la photographiĂąt. Mais on restait volontiers dans la cuisine de cette anti-Françoise. On Ă©cornait la pomme de terre et le chou rave. Avec son talent, nul ne risquait la mort par indigestion de pommes de terre, pas loin de ce fameux pan de mur jaune, coin du cloĂźtre lacunaire. Ici, tout semblait ainsi comme prĂ©servĂ© d’une tentation. A tort.

SƓur Agathe affirmait, couteau en pogne (c’était une rude fille Ă  silhouette de clocher), l’air docte et humble sur ses poireaux, que toutes les mĂ©disances bien connues Ă  propos de FrĂšre AndrĂ© et des soirs de « Les Granges » ne constituaient que l’expression de rancƓurs (des postulants choristes dĂ©boutĂ©s, dĂ©goĂ»tĂ©s), de malentendus (des iconographes maladroits), et autres malveillances. A prĂ©sent, on voyait le mal partout, et c’étaient mĂȘme des volontĂ©s avĂ©rĂ©es de nuisance, par certaines catĂ©gories de gens d’ici, considĂ©rant d’un mauvais Ɠil la renaissance si rapide et lumineuse de l’Abbaye, sortie si vite de ses ruines, dans l’esprit du seigneur, ainsi soit-il… Sans les nommer, elle dĂ©signait « ceux de la loge »- on Ă©tait, il est vrai, en terre de Rouergue : radicale-socialiste-franc-maçonne-gros rouge et saucisson large, tablier en peau et bavette Ă  l’Ă©chalote, un rite français.

Dans la sous-prĂ©fecture voisine, il y avait mĂȘme le temple des Faux-FrĂšres, tels qu’aurait dit Soeur Agathe, en plus du temple des RĂ©formĂ©s calvinistes ( les pires?) , et les hommes de naguĂšre ( quand la ville Ă©tait prospĂšre) allaient jusqu’Ă  l’endroit de ce coin d’ombre centre-ville, cafĂ© douteux pour les Soeurs du Mal, des femmes entre elles, sans confesseur. Tous ces gens lĂ , pas loin de l’abbaye, dans ce Sud frĂ©tillant, ça faisait beaucoup d’ennemis

de la foi rt du PĂšre AndrĂ©…

Selon sƓur Agathe, ce n’étaient que mensonges, au sujet des jeunes stagiaires, de la clĂŽture absolue des Granges au portail infranchissable pour les non-initiĂ©s, oĂč l’on ne pĂ©nĂ©trait que sur invitation, formelle, du PĂšre AndrĂ©…Une sĂ©lection de peu de garçons choristes, par  la promesse des talents et donc l’Ă©ducation des corps, ajoutait la sƓur, sans ricaner. .

Car une Clarisse jamais ne ricane. Car une naĂŻve jamais ne cancanne. Car une puriste jamais ne boucane. Pourtant, l’atmosphĂšre prĂ©parait la suite. Etc !

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Didier JOUAULT, pour  » YDIT-BLOG » Nouvelle saison, Saison IV, Episode Trente-CINQ: Silvia n’est pas venue Ă  SylvanĂšs, premier milieu, 2/4 sƓur Agathe. A suivre. Vendredi prochain, pour les amateurs de direct. Ou environ direct et Ă  peu prĂšs prochain ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE QUATRE : Silvia n’est pas venue Ă  SylvanĂšs, 1 sur 4 , premiĂšre partie, dĂ©but d’abbaye.

« La LETTRE de A. Â», VERSION B

Il y avait eu cette pĂ©riode heureuse oĂč la force de l’oubli l’avait emportĂ© sur toute urgence de regard.

On pouvait, on a pu soixante-dix ans et plus, entrer dans une piĂšce, une ville, une vie, un souvenir, sans apercevoir du coin de l’Ɠil le couple si mal appariĂ©- bien qu’en paire : Die Pate et The Hanged Jammes. Depuis, le prĂ©sent a imposĂ© son passĂ© Ă  toute tentative de futur propre.

YDIT-BLOG, saison 2, FERRARE, le cimetiĂšre juif, la maison de Bassani enfin trouvĂ©e au coin de la rue, bonheurs simples, ici mĂȘme , sur cet Ă©cran, on peut le retrouver : la saison de l’ignorance. SĂ©quences d’errance heureuse.

On oubliait encore ce qu’on avait trop su.

Par quelle extrĂ©mitĂ© cette fois (Ă©tant poussĂ© aux extrĂ©mitĂ©s car tout le monde Ă  prĂ©sent parle de « Ă§a », son Le secret) par oĂč tirer la queue du roman-image ?

ET cependant JAMES, lui, pas dĂ©jĂ  HANGED ? Pout tous deux, YDIT/LUI, l’époque de la complicitĂ© en silence avec le vieux aux mains lourdes. YDIT, lui, dans la proximitĂ© nocive mais jouisseuse de Marcel MalbĂ©e dit M M  Die Pate : identiques demandes, mĂȘmes yeux fouisseurs du vieux, la cordelette du pyjama serait dĂ©nouĂ©e comme une sale histoire, YDIT le savait. JAMES, Ă  lui, contre lui, mais dans sa jouissance brĂšve facilement obtenue, un sexe touchĂ© comme par une brĂ»lure, des fesses arrondies comme sous le fouet, un corps dĂ©nouĂ© de sa pudeur, parce qu’on a trop chaud, bleu et blanc, rouge et vert, le pyjama, (certes pas de lin blanc, ça coĂ»te trop cher, on n’avait pas d’argent, nous, seulement Die Pate, un peu davantage, voiture, couscous chez le Marocain, verre de sylvaner, voyage en ForĂȘt noire, toujours il faut rĂ©pĂ©ter cette diffĂ©rence sale, la pauvretĂ©). SUR JAMMES, quel geste ?

Et pourtant, l’un (YDIT) qui traverse les Ă©pisodes souvent joyeux du quotidien sans jamais rencontrer les ronces de la souffrance mĂ©morielle.

Et pourtant l’un (YDIT) qui parcourt la vie comme si la mĂ©moire avait subi l’extinction d’une race : la race des souvenirs, et caracole dans le bois pour le footing quotidien, et part en avion visiter des villes et des gens, regarder le sable sur le dos des filles sur la mer, boire des vins secs sur des bars bruns, rire au thĂ©atre, s’agacer dans les livres. S’agacer d’un livre, quel luxe ! Plaisirs et lĂ©gĂ©retĂ© couleur joie de vivre : YDIT.

Et l’autre, JAMES, un matin, dans la « bulle » Ă©troite de la fenĂȘtre : HANGED !

La diffĂ©rence, comment la comprendre ? L’injustice, comment l’accepter ? La distance, comment l’effacer ? On reste Ă©bahi, dĂ©chirĂ©, coupable de cette discordance, involontaire.

Reste l’explication de ceci trouvĂ© si tĂŽt : l’écriture.

Comme un marais, un dĂ©sert, une jungle, une caverne, un sommet, un Ă©gout, un miel neuf sur le pain chaud, un matin frais au balcon de l’hotel avec FRED : l’écriture, de quoi s’occuper le ventre, les doigts, l’entrelacs compliquĂ© des souvenirs.  Se divertir. Prendre la fuite. Se dĂ©centrer. Se dĂ©concerter. Se surprendre demain d’avoir Ă©crit cela hier. Sans pour autajt barguiner sur l’Ecriture comme absolu ou Etre-en-soi, non Ă©crire pour… se barrer.

Sauvetage absolu.

On devrait apprendre Ă  Ă©crire Ă  tous les petits garçons privĂ©s de pyjama. Ils n’Ă©criront jamais trop. MĂȘme s’ils ne racontent pas. MĂȘme s’ils font semblant que non.

Ydit hĂ©sitait, en Ă©coutant des chants d’Afrique de l’Ouest (on y reviendra, on racontera encore  : la blondeur noire de TYNE, ah quel amour dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©) .

Il aurait pu (avec bonheur et paresse), se passer de raconter l’Abbaye de SYLVANES.

L’avenir aurait Ă©tĂ© le mĂȘme, Septante et plus Ă©tant venus. A cet age , on ne conte plus ?

Mais non. Trop tard. Le pli est pris. Raconter comme marcher, tant qu’on peut, tant qu’on sait. Entrer dans la cave de l’écriture, monter sur la terrasse du rĂ©cit, s’enfuir, s’enfouir. Le mot se lĂšve, il est temps d’Ă©crire.

RĂ©cits de SYLVANES, quatre Ă©pisodes. Tant pis, aprĂšs tout ( et avant la fin, qui serait la fin de cette poursuite sombre et vive), tant pis si l’avĂšnement de la chute en est retardĂ©. Chute, drame, non ; catastrophe, Ă©tymologiquement dit du Grec : fin du poĂšme, dĂ©nouement, c’est drĂŽle de savoir que, en Français, le mot transporte ses violences de dĂ©sastres ( les Anglais : Disaster/ pas de Grec, donc, mais la racine des Normands, jadis envahiseurs : DĂ©sastre), comme si la « fin du poĂšme », de toute Ă©vidence, marquait le surgissement de la calamitĂ©.

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SylvanĂšs :

C’était il y a quarante ans, ou presque. Avec l’accord de la communautĂ© religieuse, vouĂ©e Ă  la musique et Ă  l’icĂŽne, YDIT  logeait pour un mois dans l’appartement que des paysans, Ă  six kilomĂštres de l’Abbaye, avaient construit en annexe de la ferme, de l’autre cĂŽtĂ© de la route Ă©troite. Mais le fils- on s’interrogeait en silence dans les cafĂ©s imbĂ©ciles du village, le fils, le «  Grand des Maraignac Â» – ne se mariait pas, bien qu’il frĂ©quentĂąt beaucoup et souvent l’abbaye. On le savait proche de FrĂšre AndrĂ©, qui le recevait aux Granges- accĂšs interdit au commun des fidĂšles ou stagiaires. On parlait de cela avec les yeux, sans rien dire, en  l’observant passer, avec sa drĂŽle de façon d’ĂȘtre.

YDIT, lui, ça lui convenait, l’appartement dĂ©sert de l’autre cĂŽtĂ© de la route face Ă  la ferme : anonyme et confort façon rurale ( meubles lourds, velours), une Ă©paisse valise de manuscrits et de livres, des images de tableaux cĂ©lĂšbres posĂ©es sur la cheminĂ©e, la table (La Liseuse de Vermeer, La Saint Anne de Vinci, La VĂ©nus d’Urbain, pas que des nus- contrairement Ă  sa rĂ©putation- et pas encore  Garouste, dommage, on n’apprend jamais assez tĂŽt son Garouste).

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE QUATRE : Silvia n’est pas venue Ă  SylvanĂšs, 1 sur 4 , premiĂšre partie, dĂ©but. A suivre : le vendredi 10 mai ( oui ! ), rupture des habitudes, on vous l’avait dit, mais calendrier contraint : congĂ©s, jours fĂ©riĂ©s…respect des travailleurs -et des mĂ©moires ! Sauf si -soudain- par un regard inattenbdu en  » sondage », YDIT changeait les dates de paruition,- pour …souffler, souffler sur ses doigts gourds , Ă  la sortie de l’hiver

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Hors Saison « YDIT-blog », saison IV , Episode TRENTE-TROIS : Chasse au parrain, encore l’intermĂšde infini, Haut Parrain comme Haut Mal !

Note de Madame Frédérique :

la chasse haut parrain

Note de Madame FrĂ©dĂ©rique :

Le fragment suivant du paquet des folios «  Lettre de A. », le plus souvent complĂ©tĂ© de la mention  « Version B », cite Ă  nouveau mon nom, abrĂ©gé : FRED. Dans une fonction d’Assistante Personnelle du patron( Madame FrĂ©dĂ©rique, Ass, formulait le cavalier solitaire, en absurdes capitales), je me suis tout de mĂȘme un peu tourmentĂ©e d’avoir Ă©tĂ© utilisĂ©e en personnage de ce roman-images que bĂątissent, Ă  force, les fragments du colis que Y.d’I m’a fait livrer par la poste aprĂšs sa disparition. Cela, du reste, commence Ă  peine : J’ai fouillĂ© par anticipation le reste des textes et images et je crains de le dire : le pire-me concernant- est Ă  venir. Et pas seulement dans le Venise-Paris, inconfortable souvenir…

« Lettre de A. », VERSION B. Texte de YDIT.

Le temps qu’il reste pour un homme de mon Ăąge aprĂšs tout ne serait sans doute pas grignotĂ© pour rien si je parvenais Ă  mener le rĂ©cit de cette longue histoire commencĂ©e il y a prĂšs de 60 ans.

Longtemps j’ai voulu chasser le parrain, Marcel MalbĂ©e, mais ce fut chaque fois en vain et chaque fois ce fut avec le dĂ©sir d’arriver, sans ĂȘtre contredit par l’inquiĂ©tude de savoir. À force de chercher ne se demande-t-on pas ce qui a pu ĂȘtre vĂ©ritable dans la recherche elle-mĂȘme ? Authentique mensonge habile d’une mĂ©moire qui se trahit en miroir, par peur, davantage que par goĂ»t du mensonge ? On a toujours peur de quelquechose qui ne devrait plus faire peur. MĂ©moire.

«  Des dĂźners solitaires dans des endroits oĂč je n’étais pas attendu, ma vie en est pleine. Je l’ai peut-ĂȘtre cherchĂ©, ou bien quelque dĂ©faut social m’y condamnait, je ne sais pas. Je trouve toujours un certain charme mĂ©lancolique (mon adjectif favori : je suis plutĂŽt joueur de violoncelle) Ă  ces soliloques ( qu’est-ce donc qu’écrire aprĂšs tout ? » ( Olivier Rolin, ExtĂ©rieur Monde, p.75)

Voici donc le projet de l’actuelle aventure de durĂ©e :  trouver le parrain, Marcel, MalbĂ©e,  MM, Die Pate ( pardon : l’usage de l’Allemand rĂ©fĂšre au mĂ©pris de la personne, et Ă  ce voyage en ForĂȘt Noire, on lira cela plus tard,ou on l’a peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  lu? Vomir dans le bac Ă  bĂ©gonias de la devanture?), MM, le dĂ©nicher pour le faire parler, pour lui faire dire les mots impurs de la tribu. Le Trouver, puis le faire disparaĂźtre (comme je le ferai moi-mĂȘme ayant Ă©crit ces fragments), l’effacer, le dissiper en feuillets qu’éparpille le vent de Toussaint, le vent d’aprĂšs Septante. Quand on dicte les notes, l’expression  « chasse au parrain » se traduit par haut parrain, -mais ce parrain-lĂ , cela celui-lĂ  qu’on va pour toujours chasser,  n’est jamais rien de haut, mĂȘme dans l’intime, qu’il avait bas et baissĂ©.

Chasser. Exterminer ? Expulser ? Se dĂ©barasser ? La mĂȘme chose.

On verrait bien, ensuite, comment ? ( Puisque  » pourquoi » on sait. )

BOB et MORANE semblent un peu Ă©garĂ©s dans l’interrogatif. En tant que dĂ©tectives primĂ©s, ils prĂ©fĂšrent les rĂ©ponses. Ils se posent les questions en s’opposant. Pourtant ils ne sont plus tout jeunes.

FRED : Pour YDIT, s’introduire  au sein du  rĂ©cit revient Ă  tirer les ultimes cartouches d’un homme qui serait
 qui serait seul derriĂšre la barricade rue de Belleville, pendant la Commune de Paris, superbement et idiotement solitaire sur les pavĂ©s; ou encore : seule Tunique Bleue de US ARMY derriĂšre le chariot de pĂšlerins dĂ©shabituĂ©s de croire, et qu’attaquent les Indiens, deux  situations antagonistes d’ailleurs ?

Mais semblablement ( semblable-ment ?) God Boy/Bad boy,  avec une constance grave et dĂ©routante : Lorsque seront tirĂ©es les derniĂšres cartouches du rĂ©cit,  de ce roman-images -mĂȘme ici de celui-ci YDIT – , que restera-t-il pour rĂ©sister ? LĂ , tout seul, tout seul ? RĂ©sister Ă  quoi ? Tout seul sans rien Ă  raconter ? Comment se mouvoir encore sans s’émouvoir ? Ou alors dĂ©jeuner cinq fois le jour pour raconter aux cinq fois par jour amis le mĂȘme impossible rĂ©cit ? MĂȘme s’il n’y en qu’un, mĂȘme s’il n’y en a qu’une ?

Si l’on tarde tant Ă  mener le rĂ©cit, c’est que -rĂ©cit achevĂ©- que restera-t-il de nos ajours? Que dire aprĂšs Le Secret ? Que dire aprĂšs le temps ?

Seuls le Temps et le Secret osent panser leurs propres blessures.

Pause, ce jour. YDIT ose.

Enfin, faudra -t-il alors,aprÚs le roman-images, tirer les ultimes cartouches, et quitter la Seine ?

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, nouvelle saison, Episode TRENTE-TROIS chasse au parrain , encore l’intermĂšde infini du Haut Parrain comme Haut Mal. Prochains Ă©pisodes ( sĂ©rie de quatre, dĂ©sormais le VENDREDI ) SYLVANES, l’Abbaye, pour cette fois une autre image du possible heureux ? A lire et voir le vendredi 3 mai puis exceptionnellement le vendredi 10 mai ( date qui reste de moins en moins fameuse, mais aussi mĂ©morable cependant !!) Puis deux vendredis encore 17 et 24 mai. ll y a de quoi faire ! ProgrammĂ©. PlanifiĂ©. Bien tenu en mains, oui !

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« YDIT-BLOG », Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-DEUX PrĂ©sentation de Tyne, derniĂšre partie : une fois encore, rien n’advient…

TYNE et YDIT premiĂšre nuit dans le petit hotel normand, et la serveuse un peu s’Ă©meut de ces deux-lĂ  qui visiblement n’avaient  pas encore l’habitude de passer tant d’heures, mĂ©langĂ©s de peau et de rĂȘves.

Ce que TYNE avait dit au matin, surtout de ce qu’ils avaient dit ensemble, dans la crĂȘperie juste avant le retour, puis dans la voiture oĂč l’on Ă©coutait « Les Doors Â» : c’Ă©tait trĂšs agrĂ©able d’ĂȘtre avec toi ( on sentait qu’ils Ă©taient un peu surpris, chacun d’eux surpris par elle, ou par lui, ou par eux deux ensemble, le temps d’alors conduisait souvent il est vrai Ă  des histoires brĂšves aussi dĂ©cevantes que dĂ©sirables, autant inutiles dans le rĂ©el qu’elles avaient Ă©tĂ© attendues dans l’imaginaire, autant descendues dans la cheminĂ©e qu’un pĂšre noel de pauvre). EUX conduisaient tranquillement, chacun son tour sur la route pour revenir, en Ă©coutant de la musique forte. Et au loin une femme Ă  cheveux gris et mains tannĂ©es attendait son vin rouge sur la terrasse des Roches Noires. On la connaissait encore peu, alors. Sinon ils seraient allĂ©s lui parler d’amour.

Leur chemin aurait pu devenir une histoire tendre, rieuse, sensuelle- celle que YDIT aimait, et seulement celle-lĂ , pour les histoires parallĂšles ou les histoires dont on sait qu’elles ne feront pas long feu (sinon Ă  quoi bon ?). Mais Tyne l’introduisit au cours des quelques annĂ©es qu’il passĂšrent ensemble Ă  se voir assez souvent- en parallĂšle, ou d’une certaine maniĂšre en complĂ©ment de l’histoire durable d’une union quasi matrimoniale- au dĂ©but de ces annĂ©es-lĂ  et par la suite mĂȘme TYNE fut comme son introductrice Ă  la langue africaine mĂȘlĂ©e Ă  la française, pour les combats du sacrĂ©, pour les luttes de libĂ©ration, pour l’apprentissage renforcĂ© du respect..

Au mythes et rites d’un autre langage. Secrets du noir au blanc mĂ©langĂ©, mais pour s’en dĂ©mĂȘler.

Mais aura-t-on assez de mots, et d’ans, pour raconter cela ? Trois ans, programmĂ©s, bouclĂ©s, ficelĂ©s, tronçonnĂ©s, gominĂ©s, cravatĂ©s, un peu dĂ©lurĂ©s, un peu dĂ©bridĂ©s, trois ans et plus de cent quarante Ă©pisodes ( plus ou moins ?) prĂ©vus pour se laver dans la mĂ©moire en y noyant Marcel MalbĂ©e, dit MM, dit Le Parrain, est-ce assez, est-ce trop, Septante et davantage Ă©tant venus ?

En cette Ă©poque YDIT voulait rĂ©diger une thĂšse. le professeur MELKARD lui avait dit : « Je serai rĂ©ellement trĂšs heureux de diriger votre recherche, mais possĂ©dez-vous vraiment Ă  fond le Latin de juste avant la Renaissance ?  TYNE avait ri : Â» Et pourquoi pas l’Afrique? Â»

OUI, au fait, pourquoi pas l’Afrique en ThĂšse ?

Beaucoup plus tard, TYNE dira – comme il observait ( jamais en reste d’une faiblesse ) que c’Ă©tait vraiment attendrissant,  devant, son corps si nu de blonde, quand elle avait dispersĂ© l’étoffe, dans la transparence rose, partout rose,  et YDIT avait Ă©tĂ© surpris qu’elle-mĂȘme pensĂąt autant de lui, d’une autre façon, sa façon de fille.

TYNE ajouta qu’elle avait songĂ© la premiĂšre fois Ă  lui autrement qu’à un professeur en suivant avec intĂ©rĂȘt les mouvements du bassin serrĂ© dans le Jeans, tandis qu’il Ă©crivait,  des mots noirs au tableau blanc pendant son cours. Ces moeurs n’ont plus cours.

Il y avait longtemps, dĂ©jĂ . Ce fut dans la salle ronde, au lycĂ©e de N., si longtemps auparavant, si longtemps, alors qu’ils allaient Ă  prĂ©sent se quitter, quand TYNE allait quitter YDIT pour une rĂ©gion lointaine oĂč il ne pouvait accepter de l’accompagner, le quitter alors qu’il aurait fallu sans doute accepter, mais YDIT n’osait pas tout recommencer, et TYNE – partant- lui laissa quelques livres, mais aussi quelques bribes de rĂ©cits sacrĂ©s et secrets, des mots de contes et des paroles aigues de griots clairvoyants, des paroles de forĂȘt jetĂ©es Ă  main perdue sur le tambour sacrĂ©, dont la peau vient de bĂȘtes vivantes, ou mĂȘme parfois d’hommes sacrifiĂ©s.

Le don d’adieu, les dits des dieux.

YDIT les garderait dans le creux de l’écriture, pour en arroser les rĂ©cits de GĂ©dĂ©on/Le sĂ©nateur,

(Ă  venir eux aussi, entre les Ă©pisodes 70 et 110, environ en 2025) comme on arrose le brasier oĂč dore l’antilope avec le sang d’une vierge, comme on tend la corne de vin de palme  au sorcier qui va convoquer l’Esprit, comme on pousse d’une lance ravageuse les fesses d’un garçon quand sa classe d’ñge le conduit vers le silence de la forĂȘt tout entiĂšre dressĂ©e pour les terreurs de l’initiation et le silencieux froissement des initiĂ©s. De quoi en secret irradier la route molle et ridicule de GĂ©dĂ©on/Le SĂ©nateur, tellement « typique » d’une Ă©poque. De quoi repousser l’image de Marcel MalbĂ©e, dit MM, Le Parrain, tapie au milieu des fauves et des singes (Ă  venir eux aussi, entre les Ă©pisodes

70 et 110), image volontairement effacĂ©e – niĂ©e- mais prĂ©sente comme ces visages apparaissant au milieu d’un tableau, posant pour une sĂ©rie de photos de faux-nus vraiment intimes, si l’on ose regarder la vie depuis la fenĂȘtre d’en face.

Et aussi  un sujet de thĂšse : superbe façon de se souvenir. Et aussi un sujet de roman-images : ou comment se dĂ©barasser de Marcel MalbĂ©e, pour cela : les jours sans MM dit Le Parrain, Die Pate, pour cela les mots et les gestes de Tyne furent comme les herbes sacrĂ©es qu’on pose sur le feu de la peau aprĂšs le fer de l’initiation, et ainsi le Temps et le Secret savent effacer leur propre brĂ»lure.

VoilĂ  pourquoi, Septante et davantage Ă©tant venus, YDIT avait dĂ©tournĂ© le duo MORANE et BOB pour qu’ils apprissent l’adresse de TYNE, tout ce temps plus tard, quarante annĂ©es ou presque, car le temps paraissait venir d’offrir enfin Ă  TYNE un exemplaire de la thĂšse, reliĂ© en poussiĂšre de vie…Pour en finir (peut-ĂȘtre?) avec l’Ă©motion du noir.

YDIT Ă©crit que, ensuite, au 47 montĂ©e de la montagne Ă  Garvas, oĂč il attend tapi dans l’image dans le tapis de sol du taxi, TYNE sort de la grande maison, il dit qu’elle sort, il dit qu’elle, elle le voit dans son abribus, cachĂ© comme un mulot sous l’orage, et ils se parlent. PrĂ©tend-il. Raconte-t-il. Ment-il. Ensuite elle l’aime. Croit-il. Veut-il. Doute-t-il.

Ensuite Tyne ne lit mĂȘme pas la thĂšse? Ensuite tous deux sont chez elle? Et Tyne raconte depuis son lit, (un lit vide) une baignoire (vide), une haute branche d’arbres (vide), de tous les endroits vides, elle raconte ce que la vie pourrait avoir Ă©tĂ© ailleurs, ,

elle cette fois peignant l’homme dĂ©nudĂ© de sa fausse force, la vie dans les profondeurs d’espace et de temps, d’espĂ©rance et de temps, les profondeurs utiles parmi lesquelles jusqu’à l’idĂ©e mĂȘme de GĂ©dĂ©on/Le SĂ©nateur jamais n’aurait Ă©tĂ© pensĂ©e par les Dieux dans la brousse, ni jamais son esprit produit par les Anciens sur la chemin des initiĂ©s, ni jamais son corps supportĂ© par les Sorciers avec le breuvage sacrĂ© de la forĂȘt.

Cependant BOB et MORANE sont restés dans leur petite auto grise, leur mini Traban inconfortable, espions dérisoires payés à la semaine.

Mais y sont-ils encore ? Le jour se lĂšve t-il enfin?

L’abribus est vide, et la montĂ©e de la montagne n’a pas de numĂ©ros : c’est un chemin au fond de la vallĂ©e, prĂšs de l’abreuvoir abandonnĂ©. L’adresse oĂč revenir n’existe pas. L’adresse oĂč revenir est un mensonge de la mĂ©moire, toujours. Le vĂ©lo s’Ă©loigne en mĂȘme temps que les repentirs.

Qui prendrait le train de nuit pour Garvas, village imaginaire, trente ou quarante ans plus tard ? Pour y retrouver une silhouette assise au milieu d’un jardin rose ? Et cette adresse, ne serait-ce pas plutĂŽt via Beifiori, NumĂ©ro six?

Qui – quand bien mĂȘme Septante et davantage Ă©tant venus- gaspillerait ses matins et ses attentes pour observer TYNE pousser la barriĂšre morte de la maison vide, allure prĂ©servĂ©e, blondeur blanchie, mains libĂ©rĂ©es de toute bague et tout savoir ? HabillĂ©e de transparence et vĂ©tue de sa seule bondeur rose ?

Voila pourquoi, ce matin de juin, YDIT n’est pas sous l’abribus, pourquoi il n’est pas sorti de la MercĂ©dĂšs noire, ou pas sorti de la gare, sorti de rien, pas mĂȘme des impasses de l’imaginaire, pas sorti, pas quittĂ©, pas bougĂ©, une fois encore, vide, YDIT, lĂ , sur un quai, vide, et le train qui part, et lui ne monte pas, ne fait aucun geste vivant, une fois de plus ne court pas le long d’un quai, vide, comme souvent rate la marche du bon futur, pas bougĂ©, pas montĂ©, pas sorti du clavier de l’ordinateur, et rien n’advient, une fois encore, une fois encore, rien n’advient.

Une fois encore.


Jusqu’Ă  de qu’advienne enfin la « Chasse au Parrain » : l’ultime façon de courir aprĂšs le dernier train.

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Didier JOUAULT pour Ydit blog / Quatre Saisons de « YDIT-blog », nouvelle saison, saison IV Episode TRENTE-DEUX , PrĂ©sentation de Tyne, derniĂšre partie : une fois encore, rien n’advient. A suivre, mercredi le 24 avril, c’est la Saint FidĂšle… : CHASSEZ LE PARRAIN , et il revient au verso.

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« YDIT-BLOG », Nouvelle saison, saison 4 , Episode TRENTE et UN PrĂ©sentation de Tyne, partie mĂ©diane, la plage blonde.

Note de Madame Frédérique:

A de nombreuses reprises, la continuitĂ© apparente du rĂ©cit central, ou paraissant tel (l’enquĂȘte sur « Marcel MalbĂ©e, dit MM, Die Pate », ainsi que le nomme mon ex-patron), soutenue ( ou dispersĂ©e?) par ce dur duo de BOB et MORANE, est diffĂ©rĂ©e par l’immixtion de rĂ©cits en apparence parallĂšles – peut-ĂȘtre comme des enluminures inachevĂ©es qui borderaient un rĂ©cit trouĂ© ? On perçoit bien sĂ»r, le temps passant, que, rĂ©signĂ©e Ă  rendre public ce fatras dit « Lettre de A., Version B », par devoir et nĂ©cessitĂ© d’achever ma tĂąche d’hĂ©ritage, aprĂšs la brutale et inexpliquĂ©e « disparition » de YDIT, par pĂ©riodes, je serais gagnĂ©e par une lassitude vaguement agacĂ©e, n’eĂ»t Ă©tĂ© la puissance aussi perenne de notre ancienne complicitĂ©. Maitrisant (plutĂŽt : ayant pris connaissance de) la totalitĂ© du paquet, je peux anticiper d’autres cassures du rĂ©cit central. Donc, puisque vous fĂ»tes confrontĂ©s ( et confrontĂ©es) Ă  la « PrĂ©sentation de FRED », Ă©pisode ONZE ( sur prĂšs de 140 !) il faut que se supporte ici la « PrĂ©sentation de TYNE », suite. Encore- oui- cette fracture intime du double, MM et Hanged, Morane et Bob, Ydit et moi, puis FRED et TYNE. « Le rĂ©el et son double » Ă©crivait l’un des auteurs que Y.d’I. parfois citait, j’en ai oubliĂ© le nom, c’Ă©tait il y a longtemps, c’est dĂ©modĂ©, on ne parle plus de tout ça.

Lettre de A. Version B RECIT d’YDIT : Tyne, suite (Ydit planque devant le 47 MontĂ©e de la Montagene ; BOB et MORANE plaquent la planque d’YDIT).

C’est dĂ©jĂ  tard. Ydit entre ici avec les yeux et la dĂ©marche d’un vieillard qui n’aurait pas dormi depuis la moitiĂ© de sa vie. Histoire : souvenir-rĂ©cit :

Debout encore, au milieu d’une vaste salle conçue en rond, vĂȘtu en professeur jeune avec des mots clairs, YDIT achĂšve Ă  peine son cours de Terminale. Il y a si longtemps.

Assise en fond de salle, -sur un gradin qui le domine -Tyne dit : » C’est vrai, ça surprend, le dĂ©cor, mais c’est parce que ça a Ă©tĂ© repeint couleur vieilles sueurs, ce dĂ©cor de lycĂ©e. » L’amphi s’est vidĂ©. Dans un mauvais roman-images le narrateur Ă©crirait que TYNE remplit Ă  elle seule la salle de cours, mais non, personne jamais ne remplit le silence. L’absence, oui, avec d’autres images, on peut espĂ©rer la remplir. Le Silence, non, mĂȘme avec les mots du souvenir, non. MĂȘme TYNE dans le dicours noir de son Afrique presque natale et totalement sacrĂ©e.

TYNE qui fut  tout entiĂšre de blondeur, de tantrique clartĂ© du visage des yeux et des toisons, jolie dĂ©couverte que ce fut la premiĂšre fois qu’on la vit nue, si blonde parfaitement ici aussi de sorte qu’elle reste celle dont l’intimitĂ© fut la plus voyante-et diseuse de bonne aventure : le sexe d’une femme est toujours un futur.

Marcel MalbĂ©e dit MM dit  le parrain ( les soirs de rhume ou de bar, la phonation altĂ©rĂ©e pourrait prononcer pour un voisin lui-mĂȘme fatiguĂ©, non pas MM, mais Aime/Haine ), cet homme-lĂ , Die Pate,  on n’a su que beaucoup plus tard Ă  quel point l’organisation intime de la vie de YDIT avait Ă©tĂ©, sans qu’il le veuille, choisie pour Ă©viter avec persĂ©vĂ©rance le retour du fantĂŽme MalbĂ©e.

Ou bien (et ce n’est pas un identique poids) pour s’interdire la chaĂźne lourde de la culpabilitĂ© – n’avoir pas dit NON dĂšs le premier geste, ou -si l’on accepte la stupeur des initiations- d’avoir ensuite osĂ© gravir une deuxiĂšme fois l’escalier, 12 rue Dupetit-Thouars. Une deuxiĂšme fois, ce n’est plus la surprise, c’est dĂ©jĂ  le renoncement ou l’addiction. Ydit ensuite s’est, mais tout laisse par ailleurs Ă  penser que cette analyse comme toutes les auto-analyses est largement fautive, globalement trĂšs menteuse, cependant pratique pour stimuler des explications Ă  l’ inexplicable, YDIT aussi ici s’est dit que – Ă  l’inverse des « rĂ©pĂ©titions Â» grĂące auxquelles le théùtre existe -ce qui a pu inventer les parcours, les soutenir, ce sont les volontĂ©s diverses et multiples, toujours trĂšs diffĂ©rentes, dĂ©sirs d’essayer autre chose autrement, d’essayer ailleurs, de ne laisser passer aucune hypothĂšse de chemin, de quasiment toujours dire oui, jusqu’Ă  un certain Ăąge, jusqu’Ă  un certain point de l’absurde ou des douleurs, dire oui Ă  tout ce qui prĂ©tendait distraire, « oui, bien sĂ»r Â» : la garantie d’un fondamental divertissement. Oui Ă  ce qui se prĂ©sente : ce sera devenu comme une habitude.

Il en fut ainsi probablement de l’Afrique. Mais -surtout- la connaissance du continent noir commence par la silhouette blanche de TYNE sur l’estrade du lycĂ©e, et aussi par la transparence du  corps de TYNE, superbe cambria corps 14, cambria on reconnaĂźt bien ici la silhouette de TYNE. Alors on visita l’Afrique nuit et jour. L’universitĂ© de la ville en ce temps suggĂ©rait aux  Ă©tudiant.es en derniĂšre annĂ©e de licence, supposĂ©.es bientĂŽt passer des concours, de consacrer une quinzaine de jours Ă  une espĂšce de stage dans un Ă©tablissement scolaire- pour le cas oĂč elles et eux auraient eu envie de devenir professeur (un mot qui n’a plus le mĂȘme sens).

Au lycĂ©e, avec Maurice, Catherine, Arlette, on s’en amusait. C’Ă©tait l’occasion de bavardages agrĂ©ables au CafĂ© du Singe Vert, pour expliquer aux Ă©tudiant.es ce qui se passerait, pour commenter ce qui s’Ă©tait passĂ© : pour continuer Ă  faire du Singe Vert (Ă  quelques kilomĂštres de la ville, connu de quelques professeurs initiĂ©s du lycĂ©e, la jolie terrasse avec glycine, la serveuse sans cesse irradiant d’un rire joyeux) ce haut lieu pĂ©dagogique. En rĂ©alitĂ©, avec les stagiaires de l’universitĂ©, le bar mĂȘme pas louche devenait un espace de jeu de mots et de langues, un endroit ou la sĂ©duction de la posture se transformait quelquefois en petites histoires coquettes et pratiques, ainsi qu’on aimait en commencer et en finir Ă  l’époque.

A force personne ne savait plus oĂč donner de la tĂȘte.

TYNE avait assistĂ© Ă  quelques cours, puis elle avait improbablement choisi ceux de YDIT, on verra pour quelle petite image peut-ĂȘtre. Puis elle avait, Ă  la table du Singe Vert (Ydit Ă©tait seul en sa compagnie blanche et rose, cette fois-lĂ ), sans hĂ©sitation acceptĂ© un dĂźner Ă  deux. TYNE et YDIT habitaient des univers diffĂ©rents, mĂȘme pas parallĂšles, mais en ce temps-lĂ , une invitation Ă  dĂźner reprĂ©sentait une façon anticipĂ©e d’escalader la pente pour marcher dans la possibilitĂ© d’un futur, comme dira ensuite BOB. Ou MORANE. DrĂŽle de phrase.

Pour le deuxiĂšme diner, TYNE Ă©tait venue avec l’Ă©dition 10/18 de Amadou HampĂąte BĂą . Accompagnant  ses parents, elle avait vĂ©cu en Afrique quatre ou cinq ans.

 Tyne  avait prĂȘtĂ© le livre, ils en avaient parlĂ©. Puis d’un autre, apportĂ© en anglais. Et ainsi de suite. PrĂ©textes choisis pour prendre d’abord un verre ensemble dans les cafĂ©s plutĂŽt peu sympathique entourant la fac, entre deux cours – car la prĂ©sence de stagiaires avait fini depuis longtemps, et cela Ă©tonnait Maurice ou Catherine ou Arlette de voir que TYNE souvent rodait en vĂ©lo, courte jupe aĂ©rienne, dans les alentours du lycĂ©e pour attendre YDIT…Ces quatre-lĂ , leur histoire des quatre – on verra peut-ĂȘtre plus tard le risque pris Ă  glisser une aiguille dans leur bloc de tendresse (mais ce ne serait qu’en toute fin des 250 000 mots ( 250 000 ? On avait pas dit 200 000, mĂȘme moins ?), quand la chasse de Marcel MalbĂ©e aura Ă©tĂ© achevĂ©e, mais que resterait-il alors Ă  compter, parmi les mots ?).

Vint ce premier dĂźner, inaugural comme on dit au CollĂšge de France,

et c’est Tyne qui propose un restaurant africain, dans le 11e arrondissement, quartier Ă  l’Ă©poque peu fameux. Puis comme il s’Ă©tait mis en retard, ce fut la Pizza del dĂ©mon,- place Victor Schoelcher.

TYNE et YDIT n’ont plus besoin de prĂ©texte, ils sont ICI ensemble Ă  parler ou marcher le long du quai de la Seine. Un soir ça se mue banalement, on s’en doute,  c’Ă©tait un soir de printemps dans tous les rĂ©cits on dirait qu’il faisait beau, mais dans la mĂ©moire du rĂ©cit ou dans le rĂ©cit de la mĂ©moire – donc roman-images- c’est rĂ©el qu’il faisait beau, sans doute parce que toutes les histoires qui commencent, mĂȘme une lĂ©gĂšre, mĂȘme achevĂ©e sans finir, mĂȘme celle d’une jeune femme blanche parlant de l’Afrique noire, tout cela c’est toujours dans le beau temps que ça se passe et c’est toujours du beau temps que ça produit, alors ensuite, on s’y attend, ensuite YDIT  vient chercher TYNE avec la vieille Fiat blanche dĂ©capotable, pour partir en week-end, quelque part sur la cĂŽte normande, un petit hĂŽtel sympathique avec vĂ©randa sur la mer, chambre sur la mer, vue  sur la mer, tout sur la mer ,ils font des photos sur la plage, Il fait grand vent mais YDIT n’Ă©crit pas une lettre Ă  la reine pour dire qu’il a tuĂ© six Loups. AprĂšs le dĂźner sur la terrasse, qu’il a fallu fermer, car dĂ©jĂ  le vent est frais, TYNE prĂ©fĂšre marcher le long de la mer, tout le monde sait bien ce qui va se passer, leurs apprentissages comme d’adolescents qui s’inventent un savoir neuf, les gestes dits banals qui deviennent dĂ©couverte magique, rituels secrets et sacrĂ©s, l’intime mieux que partagĂ©, offert,  une seule chambre Ă  l’hĂŽtel, la serveuse qui s’attendrissait, , qui admirait TYNE ( attention, ce n’est pas Nadja?)ou les voisins de table qui tentaient d’Ă©couter le dialogue de ces deux lĂ . Ces deux lĂ  qui oubliaient ( YDIT qui effaçait) toute idĂ©e de la Chasse au Parrain que mĂšnent cependant ( dĂ©jĂ ? Pas encore ?) les dĂ©tectives de sable et de coquille Saint Jacques, BOB et MORANE

TYNE et YDIT premiĂšre nuit dans le petit hotel normand, et la serveuse un peu s’Ă©meut de ces deux-lĂ  qui visiblement n’avaient  pas encore l’habitude de passer tant d’heures, mĂ©langĂ©s de peau et de rĂȘves.

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Didier JOUAULT pour Ydit BLOG / Quatre Saisons de « YDIT-blog », nouvelle saison, saison IV Episode TRENTE et UN PrĂ©sentation de Tyne, partie mĂ©diane, la plage blonde. Si tout va bien( et si le point fait par la Capitaine est bon ) nous sommes le mercredi 10 avril, donc publication de la fin de sĂ©quence « PrĂ©sentation de TYNE », le mercredi 17 avril. Sinon, tout est fichu. Mais non. Mais non, voyons.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode TRENTE Présentation de Tyne premiÚre partie : au numéro 47, montée de la montagne.

Note de Madame Frédérique :

Présentation de Tyne n°1

Certains mots, dĂ©sormais, doivent ĂȘtre pendus haut et court. Lorsqu’Ydit  connut l’Afrique, « nĂšgre Â» n’existait dĂ©jĂ  plus que pour une sorte de chose vendue en boulangerie : meringue couverte d’éclats de chocolat, « TĂȘte de nĂšgre Â». Qu’on pĂ»t avoir choisi ce nom, pour une boule Ă  croquer ensuite, c’était dĂ©jĂ  -dĂšs l’origine- toute l’arrogance de l’occident. Au PrĂ© Saint-Servais, « Impasse du PrĂ© Â», Ă©voquĂ©e jadis dans quelques « SĂ©quences Publiques d’Oubli Â», l’AfricanitĂ© n’apparaissait que sous les aspects du Nord. On disait « Les AlgĂ©riens Â», peu importait qu’ils vinssent depuis le Maroc, c’était la guerre.

Plus tard, peut-ĂȘtre, Ydit fera-t-il le rĂ©cit de ce policier en pĂ©lerine vu Ă©tendu bien mort Ă  la sortie du mĂ©tro Porte des Lilas ( mais ce souvenir violent ne cachera que les mots de la mĂšre sur celui qu’on aperçoit plus loin, le pĂšre, parlant avec un homme plus jeune, et soudain il faut marcher plus vite, ne pas les regarder,pouquoi pas ?), ou de ce dimanche aprĂšs-midi soudainement tonitruant : une bombe venait d’exploser dans le HLM voisin oĂč habitait un journaliste de

« l’HumanitĂ© Â», le journal du parti communiste.

Mais ce n’est pas dans l’ordre du temps, l’ordre du jour, l’ordre des choses. A prĂ©sent, toutes paroles libĂ©rĂ©es de leur honte (mĂȘme si Ă  leur libĂ©ration bousculĂ©e succĂšde peu Ă  peu une sorte de silence un peu las), et puisque le rĂ©cit en a commencĂ©, l’ordre impĂ©ratif du narratif, expansif, dĂ©tersif, expressif, nominatif, exige ceci seulement, et ceci entiĂšrement, comme on a dit, comme on dira : la sage poursuite un peu chaotique de « La Chasse au Parrain Â», entremĂȘlĂ©e Ă  la Complainte un peu dramatique d’Hanged James, jusqu’à ce temps dans les temps et les siĂšcles ( ainsi devrait-il ĂȘtre ! ) oĂč l’on en sera tout de mĂȘme allĂ©gĂ©, Ă  prĂ©sent que tout le monde parle de « Ă§a ». On. AllĂ©gĂ©. Tout de mĂȘme. Croyons-le. S’allĂ©ger de cela. Le Secret. Le Secret mis au jour par ses parleuses mĂȘme.

Mais l’Afrique n’est pas Ă  cĂŽtĂ© de la flaque oĂč le narrateur pose les bottes, pour en diluer la boue rouge des pistes (ceci est une mĂ©taphore due Ă  BOB, un soir oĂč- dans un  bar de Port-Soudan– il devisait en devises locales, accompagnĂ© de MORANE et de quelques verres, sous l’oeil un peu fatiguĂ© de ROLIN, Ă©crivain). L’Afrique, pour Ydit, pour toujours s’appelle Tyne, autrement dit une autre forme de l’horizon indĂ©passable de la mĂ©moire heureuse. Encore une formule Ă  la MORANE ?

MORANE : des phrases comme ça, on devrait avoir honte, plutĂŽt…
BOB ( vidant le verre de cĂŽtes de Lyonnais) : si on avait honte, tu ne serais pas lĂ .
MORANE : Et les autres non plus.

BOB : non plus, les autres, pas lĂ .
MORANE : Et sans eux, que faire?
BOB : sans eux, se taire, se terre, vers.

Au cours des 200 000 mots ( moins, Ă  force, arrivĂ© l’Episode vingt-sept : 150 000? ) mots qui restent Ă  tirer comme des cartouches bleu-gris ( couleur des Septante et plus venus ), Tyne dit l’Africaine aura pour rĂŽle – dans la trame sale de la chasse- d’embellir les rĂ©cits de mĂ©moire maigre  (beaucoup de sĂ©quences GĂ©dĂ©on/Le SĂ©nateur, illuminĂ©es par les images de ROSE : en 2025, dans un an, selon le programme), par les rotis d’antilopes suant leur graisse sur la braise, ce que sont les rites et  mots sacrĂ©s de l’Afrique.

Tyne est l’ Africaine. La blonde Africaine. Personnage.

Tyne, Septante et mĂȘme davantage Ă©tant venus, oĂč en es-tu de tes visages blonds et qui savaient changer selon l’orage, le goĂ»t du cafĂ©, le sens de la caresse – et mĂȘme avec le bruit que font les pages des livres quand on les tourne et les creux du corps si on les voit ? Ton visage de bambou, tes yeux de forĂȘt et de rhizome ? Longtemps aprĂšs que nous avons bifurquĂ© nos tendresses, des heures j’ai cherchĂ© la trace de toi. Mais Tyne ne laisse pas de trace, sauf sur les carrĂ©s des photos oĂč elle posait avec douceur et indĂ©cence- simplement lĂ  et nue, images d’album qu’YDIT inlassablement avait regardĂ©es, avant que l’incendie les dĂ©truise.

Longtemps, parmi les vitres Ă  reflets des musĂ©es, partout dans les voyages vers l’Afrique, la trace de tes images, YDIT l’a cherchĂ©e, au Dahomey, au Togo, en Haute-Volta, au Cameroun, tous ces anciens pays de la colonisation, toutes ces terres de surprise et de rĂ©cits, dont les noms depuis ont Ă©tĂ© changĂ©s par leurs hĂ©ritiers, mais qui sont restĂ©s tels qu’en eux-mĂȘmes l’africanitĂ© les prĂ©serve, noirs et profonds,

royaux et magiques, secrets et sacrĂ©s. Lorsque je te connaissais, souvent, tu m’initiais  par des bribes de chant sombre Ă  cette autre histoire ancienne de la  forĂȘt des hommes de l’Afrique, aux secrets noirs des Afriques prĂ©servĂ©es des colons, avant les malheurs imposĂ©s par la modernitĂ©.

ArrĂȘtĂ© du 22 aoĂ»t 1945 ( Ydit avait prĂ©cisĂ©ment – 5 ans ), N°2576, rĂ©organisant l’enseignement primaire en Afrique occidentale française (J.O.de l’A.O.F., 1er septembre 1945, p. 707-35)

« Article 2

Enseignement primaire élémentaire

L’enseignement primaire Ă©lĂ©mentaire ( qui comprend trois cours ayant chacun deux annĂ©es d’études) a pour objet essentiel d’agir sur les populations africaines en vue de diriger et d’accĂ©lĂ©rer leur Ă©volution. Cet enseignement est donnĂ© uniquement en langue française.

Il est strictement obligatoire pour les enfants de fonctionnaires et de militaires de carriÚre, sauf indications contraires du médecin.

Les gouverneurs dĂ©termineront pour chaque colonie les conditions dans lesquelles cette obligation pourra ĂȘtre imposĂ©e aux enfants des familles de chefs. Â»

Dans le cƓur trop battant de ces rĂ©cits mal conservĂ©s, Ydit poursuivrait sans faillir ni tracas les traces de Tyne, Ă©ternel amoureux, traces quand ils eurent enfin terminĂ© l’envoi irrĂ©gulier de photos d’eux, images du simple jour, carrĂ©s du tout-venant soyeux comme un HermĂšs, Ă©changes comme des adolescents d’une autre Ă©poque, comme une femme et son prisonnier, photos lĂ©gĂšres ou dramatiques, Ă©rotiques et passagĂšres..

BOB et MORANE, dĂ©tournĂ©s de leur mission majeure (gaspiller Marcel MalbĂ©e, l’Ă©barbouillir, le dĂ©peciter), ont enfin, de cette Tyne Africaine, trouvĂ© l’adresse trente ans plus tard, par des moyens qu’on ne peut dĂ©voiler ici, secrets et sacrĂ©s. Dans les mots du griot et les sonneries sourdes du tambour construit avec la peau des morts, ils ont remontĂ© le flot du fleuve vers sa source, et pointent l’adresse comme s’ils maniaient une pagaie de la barque rituelle.

TYNE : au 47 montĂ©e de la montagne, Ă  Garvas.

AprĂšs une nuit de train solitaire, Ydit est arrivĂ© au matin, dans la gare de Garvas, presqu’aussi lointaine que La tour de Carol, mais Brigitte Fontaine ne chante pas le chef de gare ( et qui se souvient de Brigitte Fontaine?) si loin de l’Afrique aussi, et le taxi maussade en maugrĂ©ant  l’a conduit montĂ©e de la montagne.  

« ArrĂȘtez vous au 27 » : si l’ on s’approche trop d’un cƓur de l’histoire, le feu cesse la couvaison discrĂšte et sort vous mordre le ventre.

Ydit restait lĂ , groupĂ© avec lui-mĂȘme sur son corps dans le siĂšge arriĂšre de la MercĂ©dĂšs noire, Ă  regarder rien ni personne, Ă  regarder une façade et se percevant soudain trop nazi, trop flic. MontĂ©e de la Montagne Pas trĂšs loin, renforçant la regrettable impression d’expĂ©dition punitive contre le village, BOB et MORANE ( dĂ©guisĂ©s en grisaille du matin ) s’attachaient (attachants dĂ©tectives d’usage sage) Ă  mimer le sommeil innocent des amoureux repus, la langueur monocorde du tronc dĂ©lavĂ© qu’emporte le fleuve Congo. YDIT – trĂšs loin de la rue Dupetit-Thouars, numĂ©ro 12, premier Ă©tage Ă  droite, double porte de velours bordeaux, et le David en bronze imitĂ©,- YDIT patientait pour concurrencer l’imprĂ©visible.

 Puis disant au chauffeur qu’il peut y aller,  inutile d’attendre, cela se devine qu’il ne se passera rien, jamais il ne se passe rien tant d’annĂ©es plus tard, quarante ans, et cependant YDIT est venu, YDIT a pris le train de nuit, commandĂ© un couple de MORANE et BOB, et YDIT que voilĂ  est ici, devant le 47, MontĂ©e de la Montagne, Ă  Garvas,  ce matin frais. On attend. Rien ne se passe. Nulle ne sort, liane jolie.


Un peu clandestin,  mal maquillĂ©, Ă  prĂ©sent effacĂ© de lui-mĂȘme dans l’abribus aux affiches exotiques dĂ©jĂ , et il attendait de voir- tant d’annĂ©es plus tard- il s’impatientait de savoir qui pousserait la barriĂšre en bois devant la grande maison trĂšs mĂ©ridionale, pas laide, pas belle, la maison de TYNE, 47, MontĂ©e de la Montagne, Ă  Garvas… Il savait que tu serais la mĂȘme dans tes souplesses ajustĂ©es, toutes ces annĂ©es ensuite, mais le blond de ton corps serait devenu blancheur de la tĂȘte (et l’angle rose de ton sexe qui avait Ă©tĂ© si net sous la blondeur ?),  et le pĂąle de tes cheveux qui les amusait lorsqu’ils parlaient du bleu-noir et du vert-Ă©meraude  et du brun-roux de l’Afrique ?

PrĂ©sentation de Tyne :

Elle fut la porte de son couchant, l’horizon de son lever, le delta de ses amarrages.

Tyne, rĂ©cite YDIT dans le coin transparent d’un abribus dĂ©sertĂ©, TYNE je me baigne dans le velu de ta blondeur nĂšgre, Tyne, je me roule dans le fleuve frais et fort de ton blanc rĂ©cit d’Africaine, Tyne en noir et blanc comme un Ă©chiquier, comme un labyrinthe de palais crĂ©tois, comme un pavĂ© mosaĂŻque dans la loge des frĂšres tailleurs de pierre.

Mais, tout le monde sait cela : la porte de la mĂ©moire ne s’ouvre mĂȘme pas sur des ombres, et seuls des mensonges nommĂ©s souvenirs parviennent Ă  l’ouvrir, parfois.

Reste Ă  continuer d’Ă©crire : roman-images .

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode TRENTE PrĂ©sentation de Tyne premiĂšre partie : numĂ©ro 47, montĂ©e de la montagne. Suite de la presentation, banalement, la semaine prochaine, mercredi, milieu d’aprĂšs-midi, 10 avril encore une occasion de mettre du temps dans son thĂ©.

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« YDIT-blog », Nouvelle saison, saison IV, Episode VINGT-NEUF : Temple, Ăźle, sous-sol. C’est le 18 mars 1314.

Quartier du Temple, et en plein milieu de l’enclos, comme une raie entre deux globes, la rue Dupetit-Thouars : Marcel MalbĂ©e, dit MM, dit Le parrain. Rien que cela. Tout cela. Ah, dirait le Prieur, Ă  genoux, on ne fait pas dans la demi-mesure ? Il faut donc se souvenir et punir ? Surveiller et courir ? Jouir et pĂąlir ? Marcher sans sortir ?

Lorsque le garçon montait dans le mĂ©tro Porte des Lilas, ligne 11, pour aller 12, rue Dupetit-Thouars, ligne 3 , changement Ă  RĂ©publique, son sac en plastique Ă©pais Ă  la main, pyjama, brosse Ă  dents, selon qu’il s’agissait du dĂ©but ou de la fin de cette chose lĂ  chez Marcel MalbĂ©e dit Le Parrain, il lisait Mickey Magazine ou les aventures de l’Ombre Jaune.
Parfois il avait le temps, alors que Marcel MalbĂ©e organisait son TiercĂ© journal en mains, aprĂšs le cafĂ© au lait, dans un recoin du lit-cosy oĂč Le Parrain le couchait, pyjama remis en place, il arrivait qu’YDIT ouvre un volume d’une sĂ©rie populaire : les mystĂšres de l’histoire.

Entre autres, Les TEMPLIERS.
On racontait leur aventure, leur puissance, et la punition. Ce qu’ils avaient commis, la mĂ©moire s’en est oubliĂ©e, fragmentaire et imposible Ă  saisir autrement que dans l’imprĂ©cision de l’imprĂ©cation, c’est ce que disait le livre. Qu’on ne pouvait oublier mais qu’on ne savait plus en dĂ©tail qu’oublier.

Une Ă©paisse revue, Ă  plat dans le cosy, s’ouvrait aussi pour YDIT. – et seulement cela, car Marcel MalbĂ©e, MM, dit Le Parrain n’avait jamais soustrait de leur cachette les minables revues artistiques, photos noir et blanc, chair et poils qu’il achetait au garçon dans le sous-sol du  » CafĂ© du Commerce et du LycĂ©e »-

« Pour leurs chateaux-forts sur la route de la Terre Sainte, immenses et imprenables forteresses encore visibles, les ChevaliersTempliers choisirent pour architectes et tailleurs de pierre des hommes du Moyen-Orient, connaisseurs des secrets des bĂątisseurs, depuis l’Egypte et Babylone. Leurs commandeurs et Grands MaĂźtres furent alors instruits des nombres et des mesures qui font tenir la muraille, mais aussi le courage et la vertu des hommes. InitiĂ©s aux savoirs immatĂ©riels-les nombres- transformĂ©s en matiĂšre- le donjon, ils purent exercer une maĂźtrise spitituelle sur les Grands et davantage encore les gens des campagnes. Comme ils recevaient aussi, en Occident, de nombeux dons et legs, et percevaient l’impĂŽt ou les dividendes pour leur puissante rĂ©seau de Commanderies, les Chevaliers du Temple devinrent l’une des premiĂšres puissances, matĂ©rielle et spirituelle. Tous n’Ă©taient pas admis en l’Ordre, et tous les admis ne recevaient pas le secret de l‘ultime initiation : l’Ă©change sacrĂ© entre les FrĂšres, embrassades et priĂšres, sang et serments. »

Peut-ĂȘtre Marcel MalbĂ©e, dit MM, Die Pate avait-il fini son TiercĂ©, peut-ĂȘtre fallait-il aller jusqu’Ă  la petite station  » TEMPLE », ligne 3, et changer Ă  RĂ©publique pour retrouver le glacial du familial. On ne sait. On ne se souvient. On ne peut pas se souvenir, on se souvient d’avoir lu ça. Mais il fallut prendre les Templiers par la fin. Leur immense puissance soudain rompue dans l’arrestation qu’on fait d’eux tous, un matin, dans le royaume tout entier, au motif de leurs noirceurs cachĂ©es, de leurs turpitudes secrĂȘtes. Mais il n’Ă©tait pas difficile, mĂȘme il y a soixante ans et plus, de comprendre tout ce que cette fin disait de l’avenir, et de la mĂ©moire.

« On peut entendre sept coups de gong, trĂšs forts et trĂšs lents.

Nous sommes en l’an 1312. Le roi Philippe le Bel a emprisonnĂ© les Chevaliers du Temple ( la voix du rĂ©citant prononce-t-elle Du Temple, ou du Temps ?) sur la base de fausses accusations. Le Pape ClĂ©ment a dissout l’odre des Templiers. Les chevaliers sont torturĂ©s et exĂ©cutĂ©s. On les brĂ»le, on les pend. Le Grand maĂźtre de l’Ordre, Jacques de MOLAY, monte sur le bĂ»cher. C’est le 18 mars 1314, Ă  la pointe de l’ile de la CitĂ©. Les flammes entourent l’homme. En mourant, Jacques de Molay s’Ă©crie :

Pape ClĂ©ment, Roi Philippe! Je vous ajourne tous les deux Ă  comparaĂźtre bientĂŽt devant le tribunal cĂ©leste, Maudits, maudits, tous maudits jusqu’Ă  la fin des gĂ©nĂ©rations !« 

Plus tard, Septante et davantage étant venus, la prophétie perd son vif.

Mais pendu par les pieds ou brĂ»lĂ© du dedans, quelqu’un ici, ce soir devant la porte,

12 rue Dupetit-Thouars, ou dans le cadre de la fenĂȘtre au matin, quelqu’un regrette en sourdine que ces puissants lĂ , deux Parrains, chacun le sien, chacun des gestes, chacun sa chair, les Parrains de YDIT-RĂ©cit et Hanged James, chacun le sien, restent Ă  jamais dans le silence de l’absence et dans l’injustice fondamentale, inexpliquĂ©e : la corde de l’un, le rire de l’autre.

Il y a des morts qu’on aimerait retuer soi-mĂȘme, aprĂšs qu’ils auraient parlĂ©.

__________________________________________________________________________________________________________Didier JOUAULT pour : « YDIT-blog », Nouvelle saison, saison IV, Episode VINGT-NEUF  »C’est le 18 mars 1314. » ( on aurait bien aimĂ© le publier le 18 mars, mais tout de mĂȘme. Donc, non. Et le 18 mars, pas de publication, repos. Episode suivant : le 3 avril. Bien sĂ»r. Mercredi. On vous attend.

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Episode VINGT-HUIT Travailler du ciboulot : un pas, impasse, de cĂŽtĂ© : « Coupez ! »

Note de Madame Frédérique :

Annie Ernaux, avoue ( revendique ?) une Ă©vidence de ce genre, citĂ©e approximativement (mais dans ce roman-images de ’YDIT’, tout est approximatif, on doit s’y faire, puisque ceci est le modeste ouvrage d’un tailleur de fiction, sur mesure) : ERNAUX : pas de journĂ©e qu’on puisse considĂ©rĂ©e finie sans avoir pris le temps de l’écrire.

A une autre Ă©poque, BĂ©namou disait Ă  une belle qui se jetait un peu vite dans ses musculeux bras d’Ă©crivain :  » Et si on passait tout de suite au RĂ©cit?« 

Il faudrait, pour la « Lettre de A. Version B » se dĂ©voilant ici, peu Ă  peu, se dĂ©voiler est le mot, peu Ă  peu, ici bas, ici lĂ … 

effeuillage de fond de bar la nuit Ă  Sancerre, des touristes Ă©mĂ©chĂ©s, Russes ? Libanais ? ont terminĂ© le tour des caves et glissent des billets de mille dans le haut d’un slip Ă©chancrĂ©, Ă©videmment coupable slip, car tout slip Ă©chancrĂ© porte en lui l’abandon de la rĂ©demption, serait-il de dentelles noires couvrant le noir d’un poil et du mĂąle – ici l’Ă©toffe rare bombe sous la forme nette de l’effeuilleur, mĂąle, toute forme dite derriĂšre une dentelle marque l’abandon de la protection d’un texte, tissu, feuillu, pileux, frileux, effeuillage au rythme de Chostakovitch symphonie numĂ©ro 5, la serveuse qui a dĂ©passĂ© Septante et plus peine Ă  servir les verres de gin pur et les sandwiches au LiĂšvre de Patagonie, Ă  prĂ©sent il est nuit pleine, l’Ă©crit grapille, gaspille, gambade depuis des heures, on devrait, il faudrait, ce serait mieux de ou on aimerait mieux pas ?…(on a perdu la rĂ©fĂ©rence du texte).

S’en tenir Ă  reproduire telles quelles ces milliers de pages d’agendas « Direction Â», conservĂ©es dans une cave. Horaires quotidiens et contraintes professionnelles se confusionnent avec de brĂšves images, visages, ravages, virages, rivages, tatouages internes du cerveau, moments de lumiĂšre, contorsions du prĂ©sent pour se croire continu ( illusion d’adolescent : ensuite on s’apprend trop pluriel pour ĂȘtre continu).

Ainsi, sur les six-septiĂšmes des double-pages d’agenda professionnel, Ă  deux lignes prĂšs, le rendez-vous difficile mais courtois avec une dĂ©lĂ©gation syndicale, et les traces pĂ©nombreuses comme un aprĂšs-midi de remords aprĂšs un dĂ©jeuner d’ami ratĂ©, ou comme la mĂ©moire vive d’une jouissance partagĂ©e, c’est selon : billets Ă  souche (Ă  l’ancienne) d’un concert de jazz de Manu Dibango Ă  Frenay-sur-Sarthe, parce que le saxophoniste, enfant abandonnĂ©, fut interne au collĂšge du coin,

et qu’on est pour un temps le Directeur du vent dans ce dĂ©partement.
Et nous , avec E.( Chez Rolin aussi, on s’en tient Ă  l’initiale ), nous sommes ici. Il  fait un peu frais, en ce soir de mai, j’ai mis un gros pull vieux rose sur les Ă©paules, nous faisons la queue. Trois jeunes femmes, un peu plus loin, me montrent, s’interrogeant discrĂštement, puis tournent la tĂȘte : oui, c’est lui le « directeur Â», on le reconnait, on est venues en manif contre les fermetures de postes, le mois dernier, sous son bureau bien dĂ©fendu, mais il nous a reçus, on Ă©tait nombreux, il nous a Ă©coutĂ©s, mais c’est tout de mĂȘme le directeur, mĂȘme s’il est probablement de gauche, â€‚ça veut rien dire pour les directeurs, Ă  gauche ou pas un directeur ça dirige, donc un peu tout de mĂȘme un sale type, c’est lui qui ferme les postes, donc un sale type, ça existe les sales types de gauche,

donc un sale type qui aurait pu faire un autre métier. Peintre, ou écrivain, par exemple.

Ou encore mieux : cuisinier pour trains de nuit Venise-Paris ? Ou mĂȘme danseur Ă  la barre fixe dans un cabaret de Sancerre, slip de dentelle noire fermĂ© par une cordelette, ouvrier dans l’usine de pyjamas d’Ecomoy. Au lieu de venir Ă©couter sous nos yeux des concerts de jazz en mĂ©moire d’un Noir de la DAS… Sale type.

Directeur du vent.

Concert, dĂ©lĂ©gation, jazz, manifestation, pull vieux rose, dĂ©cision, paroles entendues, oubliĂ©es, revenues : sitĂŽt que s’ouvre la piste d’une mĂ©moire, surgissent les branches sur la route, poussĂ©es par la tempĂȘte que soufflent d’anciens Ă©checs. Mais aussi, aussi, les sentiers de traverse, d’autres chemins d’évitement, espaces de fuite communes et d’échappĂ©es solitaires : passĂ© un certain Ăąge, et voici que Septante et davantage sont venus, la vie est une succession de labyrinthes dont tout prouve qu’on a rĂ©ussi Ă  en sortir, des uns aprĂšs les autres.

En rigolant. Avec cette dĂ©finitive lĂ©gĂ©retĂ© qu’on fait mine parfois de vous reprocher autour de la table, et qui dĂ©note la certitude absolue de votre propre finitude, sans rĂ©mission, sans concession…

MĂȘme des fracas sans traces, des Ăąmes sans dĂ©bat, ce mĂ©tier un peu stupide pendant vingt ans, Directeur du vent, audiences, dĂ©comptes, rĂ©unions au ministĂšre, ou chez le prĂ©fet, ou avec  les parents, les coups de vent, les syndicats, les petits pas, les Ă©lus, le venus, les venants, les partants, les tenants, les tenues, les aboutissants, les tenus, les relus, les courriers, les fourriers, les comptages, les partages, fatras, vides, nouvelle politique de ceci, cavalcade politique de cela, pleins, riens, canevas sans aiguille, vacuitĂ©, comitĂ©s paritaires, calamitĂ©s partenaires,

plénitude,

visites, tapisserie sans trame, nouvelle politique de cela, fĂ©licitations et reproches, projets et rejets, comptages et contages, et pourtant toujours le mĂȘme bavardage bravache sur le vent, nouvelle politique de rien du tout, soirĂ©e théùtre des lycĂ©ens, dĂ©comptes, courriers, chorale des personnels, festival des lycĂ©ens, grĂšve au collĂšge, dĂźner chez le prĂ©fet.

Pas pire que ça.

Pas mieux que ça.

Septante et davantage Ă©tant venus : jolies occupations de la vie, comme un Monopoly le dimanche aprĂšs midi ( sauf qu’on n’est pas assis sur les genoux de Marcel MalbĂ©e dit MM, dit Le Parrain, qui a posĂ© sa main sur la cuisse, en limite mĂȘme de la culotte courte des gamins de 1960), on est juste lĂ , parfois, pour attendre que ça se casse.

Et donc ça remplit ainsi Ă  la perfection le vide crĂ©e par le vol de cordelette commis avec effraction par le Parrain, sur le corps d’un pyjama. De l’ouverture d’un pyjama comme de l’ouverture de l’enveloppe contenant les sujets du concours, les rĂ©sultats du vote, l’appel Ă  mobilisation.

Mais non : jeune garçon : du vent, devant. Tout ça : on coupe Ă  l’intĂ©rieur de sa propre Ă©motion tout lien avec le rĂ©el, la cordelette, plus de Devant, plus de Main mobile, plus de Chair Ă  cĂąlins, ça frĂŽle, ça touche, ça coule, et alors : du vent devant.

Ensuite, dans la vie du rĂ©el, difficile de recoller les morceaux de la cordelette, ce qui est coupĂ© risque de rester sĂ©parĂ©. Voila le reproche vĂ©ritable fait Ă  Marcel MalbĂ©e, dit MM, dit Le Parrain : pas ses doigts trop serrĂ©s ici-bas, non, ça on fait avec, pas ses lĂšvres top mouillĂ©es par ci par lĂ , non, ça finit en jouissance, pas ses yeux trop dĂ©viĂ©s, non, le garçon regarde ailleurs, les vieux livres sur l’Ordre du Temple dans le Cosy : mais ceci, marque dĂ©finitive de l’abus : l’apprentissage de la coupure intĂ©rieure, impardonnable.

En rĂ©alitĂ©, davantage que tout ces bla-bla et publics, j’aurais bien aimĂ© avoir une body-guard. Elle m’aurait surveillĂ© dans la piscine municipale avec espace santĂ© ( jacuzzi, hammam, sauna, trĂšs propres et publics, enfants inclus) installĂ©e en lisiĂšre de ville ( on voit les champs, la forĂȘt derriĂšre la fenĂȘtre du sauna, au-delĂ  du maillot de bain une piĂšce de la maitresse de nage en nage) , ici pour cette fois je ne me baigne pas nu, et dans les bois oĂč je cours le footing, aussi la body-guard (elle me suit avec des barres protĂ©inĂ©es afin de m’Ă©pargner la honte). Mais non, Ă  la place, blas-blas, publics, textes Ă©crits ou lus : arpenteur du vent.

Directeur de rien. Tout ce temps. Et maintenant Septante et plus Ă©tant venus. Oublier tout ça, sans intĂ©rĂȘt. Marcher, conter.

Cordelette pour Paulette

Corde à nƓuds pour Neuneu.

Cordelette d’escampette

Corde à nƓuds pour nous deux.

Cordelette c’est pas net

Corde à nƓuds d’amoureux.

Pyjama pourquoi pas

Y va, y va pas ?

Pas dit  » NON « , n’est-ce-pas ?

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison 4, Episode VINGT-HUIT Travailler du ciboulot : un pas, impasse, de cĂŽtĂ© : « Coupez ! ». A SUIVRE, mais on a dĂ©sormais l’habitude, avec le surgissement- et vous l’avez vue venir- d’une personnage : TYNE. TROIS Ă©pisodes, de vingt-sept Ă  vingt neuf : ça commence Ă  faire son chemin, le roman-images, non ? juste aprĂšs les congĂ©s « Zone C ». Les mercredis. Dans l’aprĂšs-midi. Top. Hop. GO.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode VINGT-SEPT : LES ENQUETES de BOB et MORANE, Le sous-sol de la rue Turbigo, FIN – Les refuges rigoureux de la mĂ©moire.

A l’instant mĂȘme  YDIT sortait  du cafĂ© que BOB et MORANE venaient de repĂ©rer, non seulement parce que le garçon y servait un petit coteau d’Auvergne de trĂšs bonne qualitĂ©, mais aussi parce que dans le sous-sol de ce jour comme jadis dans ce sous-sol mĂȘme, des lycĂ©ens se retrouvaient.

 BOB et MORANE : comme il convient Ă  prĂ©sent, une fois de plus, les genres sont incertains, au moins pour MORANE- car un certain MORAN , qu’on dit nĂ© prĂšs de Rennes aux alentours de 650, a Ă©tĂ© portĂ©, dans la mĂȘme ville, Ă  la cathĂšdre d’évĂȘque, en 710, vieux dĂ©jĂ  donc en son temps, avant de – sagement, prĂ©tend-on -, se retirer dans un monastĂšre italien, ou grec, ou mauresque, voire turc : un monastĂšre ensoleillĂ©, oĂč ne jouaient pas dĂ©jĂ  des pianistes grecs, dans le scriptorium dĂ©sert de l’aprĂšs-dĂ©jeuner, sur un Steinway trĂšs accordĂ© au dĂ©cor. Cela, on racontera bientĂŽt : SylvanĂšs l’abbaye.

Ce que disait le narrateur convenait Ă  l’Ă©tat d’esprit des enquĂȘteurs choisis par Fred, la malicieuse, BOB et MORANE. Et donc voici.

YDIT  :  » J’étais lycĂ©en, et nous passions beaucoup de temps Ă  jouer au poker dans le sous -sol du « CafĂ© du lycĂ©e et du marchĂ© Â», avec des allumettes. Nous perdions au plus le cafĂ© du jour, et Gilbert, le garçon visiblement aimant les garçons  (ce qui se  cachait davantage Ă  l’époque ! ), nous apportait des consommations gratuites, sans jamais rien demander Ă  nos mains plus habiles Ă  la carte qu’à la caresse – encore que, en cet Ăąge de leur vie et cette saison de l’Histoire, les jeunes garçons des lycĂ©es non-mixtes manipulaient mieux et allĂšgrement leur propre sexe qu’ils l’auraient (et le faisaient pour certains d’entre eux- impudiques ou vantards ?) fait avec l’intimitĂ© complexe et pliĂ©e d’une fille.

-« Quelle Phrase », dit BOB…

Au sous-sol, plutĂŽt sec et clair du « CafĂ© du LycĂ©e et du MarchĂ© Â», sĂ©chant des cours donnĂ©s sans plaisir et reçus sans aviditĂ© ni tendresse, ils passaient des heures, assis comme des buveurs de CĂ©zanne ou des maquignons de Balzac. On y a croisĂ©  quelques exemplaires de touristes curieux, Lonely Planet en main ( « un endroit trĂšs typique du Paris Ă©tudiant et populaire Â») parfois mĂȘme de vieillots lettrĂ©s, aristocrates Ă©berluĂ©s ou montagnards HĂ©bertistes, Ă  la recherche d’ultimes traces de l’ancien « Enclos du Temple Â»- ce vaste domaine entourĂ© de murailles que possĂ©da longtemps l’ordre guerrier des moines du «  Temple Â». 

( Si le rĂ©cit nous prĂȘte vie, on racontera cela de ceux-lĂ , dans quinze Ă©pisodes).

La famille du roi L XVI y fut enfermĂ©e dans le donjon subsistant, Ă  la RĂ©volution, et on regrette la destruction d’un Ă©difice construit d’ors arabes, de pierres de LozĂšre, de sueurs paysannes, et des peurs et priĂšres de 21 Grands Commandeurs successifs ( pour la moitiĂ© morts au combat ). C’est tout un quartier de Paris, les rues portent la trace de l’occupation par le Temple, plusieurs  fois  cent ans plus tard. Mais aussi rue Dupetit-Thouars, en plein centre de l’ex-enclos. MM dit Le Parrain, ici. Aussi, dans le sous -sol du cafĂ©, le plus proche du «  cƓur Â» du temple, son donjon disparu, il arriva que l’un d’entre nous croisĂąt un chercheur- Ă©videmment pas un universitaire vĂ©ritable ( ceux-lĂ  frĂ©quentent les bibliothĂšques )- mais l’un de ces illuminĂ©s tardifs perdus dans une quĂȘte inutile des « Ombres et fantĂŽmes Â» du Temple.

  

Un fois, l’un d’entre eux ( on s’en souvenait car ils Ă©taient rares) avait tentĂ© de soudoyer Gilbert, le garçon de cafĂ©, afin qu’on lui laissĂąt  visiter la cave du bistrot, Ă  vrai dire deux longs boyaux superposĂ©s reliĂ©s par un Ă©troit escalier en hĂ©lice, dont les marches usĂ©es attestaient l’anciennetĂ©, sinon le respect de la stricte observance templiĂšre.

Gilbert, que tout incitait Ă  nous dĂ©voiler ses cĂŽtĂ©s obscurs – et qui n’eut cependant jamais aucun geste dit douteux- avait dĂ©jĂ  conduit la visite des lieux profonds  pour trois ou quatre d’entre nous. D’ailleurs Philippe et Jean-Pierre, mi rigolards (mais seulement Ă  moitiĂ© donc), avaient affirmĂ© que si Gilbert en profitait pour leur demander une petite gĂąterie, pourquoi pas, en Ă©change de bonnes bouteilles rangĂ©es au premier sous-sol.  

On avait vu pire.

Mais qu’en fĂ»t il ?

Avec les garçons, jamais on ne sait.

   

Philippe abattait son brelan de valets. En rĂ©alitĂ©, Philippe et Jean-Pierre, ils en parlaient Ă  mots Ă  peine couverts, et ils avaient suggĂ©rĂ© un autre usage de ce temps intime, passaient de trĂšs secrets et trĂšs fructueux aprĂšs-midi au dancing de «  La Coupole Â», Ă  l’époque cĂ©lĂšbre ( auprĂšs de quelques usagĂšres initiĂ©es) pour les rencontres dansantes et plus si affinitĂ©s entre dames mĂ»res et garçons verts. Tout ça manquait dĂ©jĂ  vraisemblablement de Vertu. Sinon de Revenus.

YDIT poursuit, avec son idĂ©e fixe ( qui est : MM dit Le Parrain, et aussi pourquoi James devint HANGED, et Ydit Septante et plus ) et son propre rĂ©cit :

Cette pratique ne paraissait choquer personne parmi les joueurs de poker en sous-sol, sauf Ă  penser (ce qui serait juste) que les Ă©lĂšves ici rĂ©unis appartenaient au groupe des indociles, aussi  lecteurs  de Rimbaud ( «  La morale est la faiblesse de la cervelle Â») et de Radiguet ( deux lectures qui ne leur paraissaient pas antinomiques, preuve d’une vaste inculture), marchant dans les marges sans volontĂ© de le faire, par nature, ni par rĂ©volte ni par audace, mais parce que chacun, Ă  sa façon ( ils n’en parlaient que trĂšs rarement) avait Ă©tĂ© conduit – par un adulte Ă  grandes mains ou le hasard aux dents longues – Ă  transgresser une premiĂšre fois une rĂšgle sociale majoritaire.

Le Silence. Le Déni. Oublié le MM dit Le Parrain! Le TU fais, tu TAIS.

Pour Ydit,  la traversĂ©e immense et durable avait pris le visage, la voix, les mains nettes et le corps voutĂ© de Marcel MalbĂ©e dit M.M. dit Le Parrain. Mais tout cela ne vivait plus dans aucune des mĂ©moires accessibles. On avait jetĂ© la disquette. On ne savaiT plus se servir des disquettes. On ignoraIt qu’il y avait eu des disquettes, jadis.

Or, le, LUI / LE voici soudain qui descend l’escalier conduisant de la salle du cafĂ© au sous-sol oĂč ils jouent, LUI c’est Marcel MalbĂ©e, dit Le Parrain. Oui. Intuita personnae. On n’invente pas cela. Die Pate. MĂȘme s’il y a de cela cinquante ans. On avait oubliĂ© qu’il habitait tout prĂšs, rue Dupetit-Thouars. On avait oubliĂ© le petit appartement suave, entrĂ©e couverte d’un rideau sombre, mauvaise reproduction de Donatello sur la commode. Rue Dupetit-Thouars, les rares nuits avec pyjama trop chaud sous les draps et croissants le matin.

Les  lycĂ©ens – forment  autour de deux tables un groupe fumeur, bruyant, brusquement silencieux quand les cartes l’exigent, mais bavard et rieur. Ydit  tourne le dos Ă  la porte des toilettes que rejoint MM dit Le Parrain, mais en une seconde, dans le miroir clouĂ© Ă  droite, il aperçoit la silhouette, immanquablement prĂ©sente pour toujours dans sa mĂ©moire la plus profonde, mĂȘme ensevelie sous les gravats de vraie vie.  L’inverse de la statue du Commandeur : la statue/le statut du narrateur oblique.

MM dit Le Parrain fait attention aux marches, quel peut-ĂȘtre devenu son age, cinquante ans, soixante? (BOB et MORANE finiront par le savoir, n’en doutons pas ), la vue a faibli, l’escalier est rude et privĂ© de rampe. Bien entendu Marcel MalbĂ©e, dit MM, Die Pate jette un coup d’Ɠil sur les vieux adolescents ( Ă  l’époque, Ă  17 ans, on est un vieil adolescent ) groupĂ©s lĂ , trop nombreux. D’ailleurs  Marcel MalbĂ©e dit Le Parrain semble pressĂ© de pisser, ou fatiguĂ©, ou on ne sait quoi. En descendant, il a rangĂ© dans la pochette de la veste plusieurs tickets de TiercĂ©, un geste qui a aussi Ă©parpillĂ© son attention, de sorte qu’il ne voit pas qu’YDIT est lĂ , en jean’s ajustĂ©, le YDIT du deux piĂšces-cuisine-salle d’eau avec eau chaude et toilettes Ă  l’intĂ©rieur, « Tu n’as pas trop chaud avec ton pyjama ? »

David dans l’entrĂ©e, assis avec des cartes, fermeture Ă©clair vite-fait, chemise bleue rayĂ©e de blanc, le YDIT des pyjamas trop chauds, un peu genre veste de pyjama, justement la chemise. Mais oublions cela, le pyjama.  

Posant le pied sur la premiĂšre marche, concluant avec le garçon Gilbert une conversation de comptoir, tĂȘte encore tournĂ©e vers la salle en  haut, Marcel MalbĂ©e disait : «  La vie, c’est comme le cafĂ©, pour que ça passe, faut s’en occuper Â».

Aucun des joueurs de poker n’entend, ou n’écoute cette phrase de bar, ou de bordel, ou de confessionnal, ou d’amphi de philo avec JankĂ©lĂ©vitch aux commandes :

«  La vie, c’est comme le cafĂ©, pour que ça passe faut s’en occuper Â».

Ydit, lui, rentre les Ă©paules encore plus que si le surveillant gĂ©nĂ©ral  venait d’apparaĂźtre (au lycĂ©e, c’est – Ă , l’Ă©poque- un  ex sous-officier Vietnamien rapatriĂ© avec la fin des Indochines).

Ou comme si le corps entier de la MĂ©moire s’imposait en lui d’un coup unique et violent.

Ce genre de phrase, irritante et terrifiante, en mĂȘme temps. Comment peut-on ĂȘtre si vulgaire et toutefois si vĂ©ritable ? (l’inverse aussi). Dans un roman, le narrateur avouerait avoir perçu comme un Ă©clair, une douleur, quelque chose  de violent, de nouveau. Rien de tel en cet instant, pour le joueur de poker nommĂ© YDIT : c’est tout juste la raison pour laquelle Marcel MalbĂ©e  dit Le Parrain ne peut recevoir que de la haine : Ă  cause de lui, ce qu’il fut et fit, Ă  jamais YDIT est privĂ©  d’une part de ses propres Ă©motions, Ă  jamais coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur, coupĂ© de son propre intĂ©rieur, souvent, protĂ©gĂ© contre lui-mĂȘme et le risque de la prĂ©sence.

Mais c’est une autre histoire?..

…A moins que ce ne soit celle d’écrire ?

Marcel MalbĂ©e, MM dit Le Parrain entre dans les toilettes ( Ă©troites, pas trĂšs soignĂ©es), Ydit s’excuse, doit partir, interrompre sa partie, se dĂ©pĂȘcher de sortir du «  CafĂ© du LycĂ©e et du MarchĂ© Â». C’est la derniĂšre fois qu’il aperçoit Marcel MalbĂ©e dit Le Parrain. Mais ça n’empĂȘche pas l’imagination de le retrouver. Pour l’Ă©parpouiller. Le discgracecraquer.

Et ça passe comme un Ă©clair de soleil sur le corps mobile d’une femme au bord d’une riviĂšre tendre,  GeneviĂšve en Ă©tĂ©, d’autres en kayak nu en ArdĂšche, Tyne si belle sur les rives d’Andalousie, Fred agrippĂ©e Ă  une couchette Venise-Paris (Ă  chaque lieu oĂč se trouvait Fred, c’était la lumiĂšre, on racontera cela),

ça passe aussitĂŽt ce jour-lĂ ,  l’ombre de Marcel MalbĂ©e immĂ©diatement est effacĂ©e par les refus rigoureux de la mĂ©moire, rien Ă  faire, rien Ă  dire, revenant Ă  la lumiĂšre et marchant rue Turbigo, vers le lycĂ©e, ce jour-lĂ , Ydit ne sent pas la violence de la haine pas plus que la lourdeur de l’oubli. Trop tĂŽt encore ? 


C’est plus de cinquante ans aprĂšs, parce que la parole de toutes et tous envahit l’espace secret du silence jusque-lĂ  prĂ©servĂ©, parce que Septante et davantage Ă©tant venus, c’est alors qu’il formule sa conviction Ă  la fois exigeante et simpliste : maintenant, il lui va falloir retrouver Marcel MalbĂ©e dit MM Die Pate, l’épuiser, l’étouffer, l’écraser, le faire disparaĂźtre. Pas l’enterrer comme une vie de garçon, pas l’emmurer comme un chat noir d’auteur amĂ©ricain. Non. Faire disparaĂźtre. Et mĂȘme ( pardon pour l’horreur de l’image ) l’encendrer comme une victime d’un camp.

Mais ça va prendre du temps : la vie est un long dĂ©tour par des labyrinthes oĂč ne rĂšgne plus personne. En plus, le Minotaure a pris la fuite, encore une fois. Jamais au bon endroit, celui-lĂ .

Pourra-t-on jamais vraiment compter sur l’efficience de BOB et MORANE, engagĂ©s par la malicieuse et pragmatique FRED ? Mais alors, sinon, quoi ?

Cette question : Ydit croit entendre la voix impossible de HANGED JAMES, pendu qui flotte un peu au bout de sa branche, qui flotte dans l’air froid du matin comme dans un  trop grand pyjama bleu et blanc, mĂȘme si le corps est nu dans l’encadrĂ© de la fenĂȘtre, un nu sans ailes ni carquois, un nu sans main voilant le sexe, un nu dressĂ© dans l’évidence de son dĂ©finitif silence, et toutefois,

la   tĂȘte Ă  hauteur de corde, HANGED JAMES, amical et narquois, bien que bien mort, tuĂ© par lui-mĂȘme d’un coup de corde sans appel, demande :

Alors quoi, mec, il t’a fallu tout ce temps Ă  toi-mĂȘme

pour t’alerter sur toi-mĂȘme ?

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Ă©pisode VINGT-SEPT : LES ENQUETES de BOB et MORANE, Le sous-sol de la rue Turbigo, FIN – Les refuges rigoureux de la mĂ©moire.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode VINGT-SIX, LES ENQUETES de BOB et MORANE, Le sous-sol de la rue Turbigo, DEBUT.

La vie est un long détour par des labyrinthes que le Minotaure a désertés depuis longtemps.

NOTE de MADAME FREDERIQUE :

A mes (sans doute dĂ©jĂ  trop nombreuses) remarques d’ex-assistante alourdie par le poids du paquet dit « Lettre de A, version B. », j’ajouterai ceci que les variations de ton observĂ©es d’une page Ă  l’autre me laissent aussi perplexe qu’incapable d’en fournir une explication.

TEXTE Lettre de A. Version B

On s’en souvient, dans l’une des discussions prĂ©cĂ©dentes, FRED et YDIT s’interrogeaient mutuellement quant Ă  l’opportunitĂ© d’ajouter Ă  la recherche de Y.d’I. l’aide que pourrait apporter un duo de reporters, de spĂ©cialistes, d’experts de la filature, de savants de la reconstitution biographique, de la recherche gĂ©nĂ©alogique ou, mieux encore, des familiers ( si jamais on peut l’ĂȘtre!! ) de l’exploration raisonnĂ©e des labyrinthes si intimes Ă  l’intĂ©rieur desquels le nommĂ© YDIT-personnage de roman-, soutenu de sa complice FRED- reprĂ©sentation de la mĂ©moire- parcourent des chemins, non pas pour tuer le Minotaure, mais pour se dĂ©barrasser de l’idĂ©e mĂȘme du Minotaure, ce qui est une rude ambition. Avouons-le.

On avait donc envisagĂ© d’engager sur contrat, du reste vraiment trĂšs bien payĂ©, deux hĂ©ros fatiguĂ©s quoi qu’encore actifs, des anciens frĂšres toujours complices, quasi personnages de romans de gare sans Ă©gards : BOB et aussi MORANE. CachĂ©s Ă  l’abri de l’Ombre Jaune, ils avaient jadis  accompagnĂ© longuement les sĂ©ances de siestes solitaires et de lecture, dans les premiers temps de Ydit. On aurait pu, il est vrai, les nommer Gog et Magog, ou Sodome et Gomorrhe, ou Marcel et Albertine. Mais pour BOB et MORANE, le Vieux Samuel avait souri de consentement. Un grand Ă©clat de rire Ă  sa façon.

Peut-ĂȘtre Ă  dessein, dans l’espoir avouĂ© de perdre la narration Ă  force de l’enrichir, Fred avait arrĂȘtĂ© son choix, Ă  la suite de nombreuses speed-dating qu’on racontera peut-ĂȘtre un jour ici, et leur avait signĂ© un contrat de collaborateurs occasionnels intermittents, au  principal motif que- certes- ils boivent souvent des coups (avec une prĂ©fĂ©rence marquĂ©e pour les  Pinot noirs de Bourgogne et les Gamay du Beaujolais), mais que surtout ils ont pris entre autres dans le quartier du Temple l’habitude de la Beu, celle qui s’alimente et s’approvisionne au coin de la rue, Ă  la sortie de n’importe quel lycĂ©e, Ă  l’entrĂ©e de presque n’importe quel marchĂ©, mais surtout pas la Beu pour mauviettes bradĂ©e sous forme liquide dans les boutiques de CDD, CBD, BDC, ABCD, CDB
FRED -ne savait plus trĂšs bien comment on dit. Mais BOB et MORANE, dont certain aurait pu naĂźtre en R.D.A. conservaient l’hĂ©ritage de la technique.

PlutĂŽt LĂ©o Malet que CĂ©line : mĂ©lange dĂ©licat d’irrespect et de gros rouge, de petit Bleu et d’ironie. On ne les verra pas si souvent dans le dĂ©veloppement du rĂ©cit d’ici suivi, sauf comme des apparitions de LĂ©nine sur un piano daliesque. Assez gĂ©nialement grimĂ©s en dĂ©tectives de roman….

Voici la preuve qu’ils accomplissent avec toute la discrĂ©tion nĂ©cessaire le principal de leur activitĂ© : creuser, fouiller, ne pas se lasser, recommencer, creuser, fouiller, mettre Ă  jour quelques tĂ©moignages archĂ©ologiques d’une mĂ©moire ruinĂ©e, ou plutĂŽt simplement quelques tĂ©moins d’une scĂšne tombĂ©e dans l’ombre. Marcel MalbĂ©e, dit MM, Die Pate, un souvenir ? Une piste? Une trace? Une fumĂ©e Ă  la lisiĂšre de la ville? On aimerait tant LE, LUI, le voir de face.

En cet instant, BOB et MORANE sont dans le coeur de l’expectative : bel endroit pour le silence, et pourtant.

«  Si on regardait plutĂŽt un peu mieux par la fenĂȘtre ? Â» dit BOB, toujours le premier en expression.

«  Mais les passants passent sans cesse Â» rĂ©pond MORANE« on a du mal Ă  fixer l’objectif Â».

«  Ma poule, on descendrait pas plutĂŽt Ă  la cafet?  demande BOB : ils ont des cappuccinos moins chers et on espionne mieux les marcheurs Â».

Pour des raisons qui seront peut-ĂȘtre rapportĂ©s au cours d’un fragment ultĂ©rieur de rĂ©cit (mais Ă  cette date, la rĂ©serve de mots s’épuise, le seuil de 50 000 approche, va-t-on avoir le temps de tous ces rĂ©cits ? PrĂ©vus, nĂ©cessaires et inutiles cependant ?), ces deux-lĂ -les hĂ©ros fatiguĂ©s de la quĂȘte-se sont mis en tĂȘte, aprĂšs avoir longuement Ă©coutĂ© FRED, que la frĂ©quentation des marcheuses dans les quartiers du centre de Paris-pas seulement dans le quartier du Temple oĂč vivait Marcel MalbĂ©e dit PATE- pouvait  apporter sur les mouvements du monde et les Ă©volutions de la conscience humaine des renseignements de premiĂšre main. Illusion. Cela permettrait de rĂ©cupĂ©rer les traces de ce qu’il resterait, s’il en restait jamais quelque chose, de Marcel MalbĂ©e,dit M.M., dit Le Parrain. Force est de constater qu’une telle ambition n’avait pas grand prise sur la rĂ©alitĂ©, raison pour laquelle sans doute l’immeuble mais incertain duo ne recevait encore pour l’instant et pour Ă©moluments que de maigres fifrelins.

Fred, qui les avait recrutĂ©s et paisiblement initiĂ©s Ă  divers aspects de leurs fonctions, avec son pragmatisme malicieux, et son dĂ©sir d’Ă©couter mĂȘlĂ© au plaisir d’interrompre, Fred leur avait confiĂ© une tĂąche simple et une mission claire, mais c’Ă©tait encore un peu compliquĂ© pour eux.

 A vrai dire, aider YDIT Ă  retrouver le parrain, Ă  l’empapouiller, Ă  l’emcrabouillasser, le papardeliser, le mainsdanslecambousiser, le papouillertaler, le faire mardouiller, l’enraciner, le dĂ©membrer, le castagnietiser, le choucrouter -etc !…voilĂ  une feuille de route qui les dĂ©routait, car on ne sait jamais trĂšs bien par quel bout prendre un mort, un fantĂŽme, une idĂ©e, un fantasme ( tout Ă  fait comme on ne sait pas trĂšs bien par quel bout prendre un commencement, mais cette mĂ©taphysique interrogation leur Ă©chappait aussi, on le devine).

Les premiers rĂ©sultats de l’enquĂȘte ( CĂ©cile, elle, l’ĂȘut confiĂ©e Ă  Fantomas) sont peu probants. Les DĂ©tectives calamiteux ont arpentĂ©  au centre de Paris le quartier du Temple, les abords de ce lycĂ©e d’oĂč, quelques annĂ©es aprĂšs la disparition volontaire de Marcel MalbĂ©e dit Le Parrain, on avait aperçu la forme pĂąle de celui-ci entrer dans un PMU. A l’instant mĂȘme oĂč YDIT sortait  du cafĂ© que BOB et MORANE venaient de repĂ©rer, non seulement parce que le garçon y servait un petit coteau d’Auvergne  de trĂšs bonne qualitĂ©, mais aussi parce que dans le sous-sol comme jadis des lycĂ©ens se retrouvaient.

Sous-sol de troquet, un espace et  une occasion parfaits pour l’essentiel, se procurer un peu d’herbe Ă  prix coĂ»tant, et l’accessoire : recueillir d’une oreille placide les Ă©chos improbables de dialogues anciens, chacun des enquĂȘteurs sachant que, dans La Chasse au Parrain, longtemps les Ă©chos raisonnent sur les murs, s’accrochent aux angles comme des toiles d’araignĂ©e, s’incrustent dans les plinthes comme des cafards ou des punaises de lit, et que tout ce petit monde peut permettre une Chasse au Parrain sinon agrĂ©able (cela ne se peut ) au moins efficace ( car cela se doit).

Espérons !

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Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode VINGT-SIX , Les ENQUETES de BOB et MORANE, Le sous-sol de la rue Turbigo, DEBUT Donc, Ă  suivre…sous peu et dans la cave? En tout cas suite et fin le mercredi  13 mars .

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, épisode VINGT-CINQ : Matin du Jardin. Jardin dans le Matin. Ni baratin ni satin. Ni cùlin dans le thym. Seulement le destin.

Note de Madame Frédérique :

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La nuit a Ă©tĂ© grise, mouillĂ©e, on ne sait pas ce que vont devenir les nuages. Jusque-lĂ , on a vu pire. La radio du matin avoue un certain nombre de nouvelles Ă  cause de quoi ça commencera un peu Ă  – tout de mĂȘme- aller moins bien, le monde en toi, la rudesse ici non nommĂ©e, plus mal et mĂȘme encore moins bien, en toi, sensible au monde.

Puis, ce matin-lĂ , ma vieille (mais alors tu n’Ă©tais pas vieille, et tu peines Ă  le devenir ) tu te lĂšves comme d’habitude. Pas de raison de se presser, s’oppresser.

Ni baratin ni calin sous les thyms du braséro éteint, jour banal.

Lui  est lĂ , il est tout nu, tout prĂšs, ce ne sont pas ses usages de pudeur, pourtant, mais tu ne le vois pas encore, pas dĂ©jĂ  : tu tournes le dos Ă  la fenĂȘtre, presses le bouton vert de l’expresso rouge : capsule dĂ©ca. Tu ne t’Ă©nerves jamais. Tu es sensible au temps.

Tu t’es couchĂ©e tard, soucieuse, aprĂšs une sĂ©quence de froideur. Non, pas vraiment de froideur, tu ne dirais pas les choses avec ces mots Ă  ton psy, tu le rencontres tout Ă  l’heure, ton psy, chaque semaine, pas de froideur mais de …grisaille, comme vous en vivez parfois, James et toi. Vie de couple, et surtout James ne va pas trĂšs bien dans le fond de sa mĂ©moire. Il parle quelquefois son malaise, en gĂ©nĂ©ral il le tait, il se tait, tout se tait. Mais tu sais. Tout se sait.

En somme, une histoire qui semble embrumĂ©e dans son brouillard frais : vous avez, non, plutĂŽt c’est lui qui a ergotĂ© sur le concept de misandrie, probablement issu d’une de ces Ă©missions de France Culture qu’il aime Ă©couter en marchant, en bricolant votre maison, ou pendant certains moments de ses gardes de nuit. La derniĂšre Histoire dont il a parlĂ©, c’Ă©tait une sĂ©rie sur la Saint-BarthĂ©lemy, la mort commandĂ©e de quelques-uns, devenue anonyme Ă©pidĂ©mie de meurtres. Cela l’effrayait, la mort collective, pour rien, une idĂ©e. Presque, il en pleurait.

Tu ne comprends pas, souvent, ce qui l’intĂ©resse dans cette sorte d’histoires. Mais au moins, ça lui occupe la tĂȘte. DĂ©jĂ  ça. Pour certains garçons Ă  qui on a trop et mal occupĂ© le corps, s’occuper la tĂȘte ailleurs est une obligation vitale quotidienne. Ydit a organisĂ© autrement sa rĂ©sistance, lui – dĂ©jĂ  dit dans cette saison IV : par la fuite d’Ă©criture. Mais tu ne connais pas le passĂ© de YDIT. Tant mieux.. Le commun d’YDIT et de JAMES, tout le monde l’ignore, et d’abord James. James : tapi dans les plis et les vagues, un rĂȘve de promenade au phare, mais la lumiĂšre est Ă©teinte…

Il noie son histoire dans les plis de pierre d’une mĂ©moire mal taillĂ©e pour la survie. Et cela est bien, pas de lumiĂšre, car sa tĂȘte est encombrĂ©e d’images, sinon. Pas d’images, non, de brĂšves rĂ©miniscences plutĂŽt. Son Parrain Ă  lui – mais on ne saura jamais le dĂ©tail de ce qui fut, ce qu’on lui fit, cordon de pyjama ou pas, tant mieux. On ignore et cependant c’est pareil.

Tu t’es couchĂ©e tard aprĂšs cette sĂ©quence de grisaille, toi, tu dĂ©testes les brouilles, toi, les brumes dans l’affect, les brouillards dans la tĂȘte. Tu as mal dormi sous la couette trop chaude, toujours trop chaude. Il faudrait la changer. Mais ce n’est pas urgent. Urgent : continuer. Chaque matin, continuer.

Dans la nuit tu t’es levĂ©e pour ouvrir la fenĂȘtre, pour laisser passer un filet d’air presque tiĂšde. Dans votre chambre de l’Ă©tage (les chambres des enfants sont au-dessus) les hautes feuilles et les branches basses du chĂątaignier forment une sorte de halo de fraĂźcheur. Tu  respires le frais. Tu te penches un peu pour essayer de saisir une feuille, tout en sachant que sauf mouvement favorable du vent ce ne sera pas possible : la banche est trop loin. Dans le mouvement d’extension, peut-ĂȘtre, la courte nuisette de coton lĂ©ger dĂ©couvre-t-elle un peu l’ombre serrĂ©e au bas de tes fesses. Nul ne regarde. YDIT – un autre jour- aurait sans doute aimĂ© cela,il aime toujours cela, on le sait, mais pas aujoud’hui. Toujours le dĂ©sir, nul n’y peut rien. Mais non, pas aujourd’hui. Aujourd’hui, dĂ©couverte de Hanged James. Tout Ă  l’heure.

Pour toi, tirer la nuisette vers le bas, ce n’est pas dans les urgences. Si James surgit dans la cuisine, tant mieux. DĂ©jĂ  ça…

Not yet hanged James n’est pas dans le lit quand, plus tard encore, tu te rĂ©veilles Ă  nouveau. Il aurait dĂ» rentrer Ă  la fin de sa garde, et  tu n’as rien entendu. VoilĂ  pourquoi sans doute il fait maintenant un peu froid, c’est l’Ăąpre saveur de l’absence. Le corps de Not Yet Hanged James, tu l’as aimĂ© sensuellement – d’abord Ă  l’Ă©cole presque mais c’Ă©tait Ă  l’Ă©poque loin du sens-, tu l’as aimĂ© presque chimiquement, comme une amante dĂ©livrĂ©e, aussi comme une presque mĂšre presque incestueuse qui passe son amour Ă  donner l’apaisement.

Il en fallait de l’apaisement.

Il est si fragile Not Yet Hanged James, ce garçon avec sa blondeur et cette couleur Ă©tonnante (Ă©mouvante car transparente, agaçante car fragile) que sa blondeur intĂ©grale  pose sur les parts les plus intimes de lui, celle que tu connais peut-ĂȘtre mieux que lui, ce blond qui ne cache rien, roses renflements lĂ©gers qui apparaissent dans leurs plis et sous le mouvement. A Ydit, ça lui aurait rappelĂ© TYNE, la Blonde Africaine, ou les mousses de FRED. Mais FRED ni TYNE ne sont emplies d’images douloureuses, encombrĂ©es de mĂ©moire.

La douleur de YDIt sera, toujours, de vivre l’incomprĂ©hension de cette injustice, pourquoi tant de mal, et cette fin de ce matin, Ă  cause d’un pourtant si semblable dĂ©sastre, Die Pate. .

Tu as aimé cela. Cette blondeur.

C’est loin, Ă  prĂ©sent, mais tu as aimĂ© cela. Cette pĂąleur mĂȘme de l’intĂ©rieur.

Tu te dis qu’il a sans doute dormi dans la petite chambre d’Ă  cĂŽtĂ©, James, celle qui fut construite pour la plus jeune des filles. Vous faites souvent cela quand une vague fraĂźche vous a sĂ©parĂ©s pour un soir, pour une raison minime et toutefois cruciale ( c’est toujours comme ça : minime et crucial, voilĂ  pourquoi tu seras surprise, et pourquoi toutefois tu vas tout comprendre ). Not Yet  Hanged James est fragile, c’est ainsi que chez lui le minime est crucial.

Tu as sommeil encore, il est tĂŽt,  mais plus envie de te rendormir. Tu ressens le dĂ©sir de le retrouver. De parler avec un cafĂ©. De se regarder, se rĂ©concilier, bonnes habitudes. Il doit ĂȘtre, maintenant, assis Ă  la petite table ronde dans la cuisine, mĂȘme si tu n’as pas entendu le bruit sauvage de la machine Nespresso. Il y a longtemps que cela ne t’Ă©tait pas arrivĂ© de maniĂšre aussi impĂ©rative : tu Ă©prouves le dĂ©sir de l’entourer des bras, de l’embrasser comme on s’embrasse dans les dĂ©buts, ou entre les enfants, et peut-ĂȘtre aussi es-tu dans le dĂ©sir de le reconduire dans le lit, mĂȘme si vous n’avez pas trop le temps, pour un rapide mais intense cĂąlin du matin. Jadis, vous le faisiez parfois. Vite et en riant. Jadis.

Dans le lit, sans trop de temps, mais voilĂ  aussi Ă  quoi on reconnaĂźt les amants. Vous aimiez beaucoup cela au dĂ©but, il disait « Un cafĂ©, un dodo, et hop, prĂȘts pour le boulot Â».

Sans le savoir, du coup, tu restes dans la nuisette lĂ©gĂšre, laissant sur le bras du fauteuil le gilet tricotĂ© main dont tu te chauffes d’habitude au lever.

Dans la cuisine, parce que tu cherches d’autres capsules Nespresso dans une boĂźte sur l’Ă©tagĂšre du fond, tu ne l’aperçois pas tout de suite.

Tu ne vois rien. Il disait souvent cela, dans les mauvais jours : Â« Toi, tu ne vois rien Â».

Ensuite, tu l’aperçois, soudain, de  trois-quarts, dans l’angle du regard, et aussitĂŽt tu te tournes pour lui faire face.

C’est ici qu’il est.

C’est ainsi qu’il est.

Voici l’homme.

Hanged James.

La branche est assez haute. Il a utilisé le grand escabeau, celui qui sert pour cueillir les fruits les plus élevés, et maintenant il est là, dressé,  pour toujours en toi devenu :

Debout derriĂšre la fenĂȘtre, tu regardes dans le dĂ©but de votre jardin, et toi tu as le visage au niveau de son plexus. De son cƓur. De son estomac. De sa nuditĂ© morte. Sa nuditĂ© salie de James dĂ©sormais Hanged. Sans rĂ©mission. Cette fois sans rĂ©mission.

Lui tourne encore trĂšs lĂ©gĂšrement. Il ne se balance pas, il tourne. On voit bien que c’est fini. Lui, c’est fini. Tu regardes, un peu noyĂ©e dans la stupeur, beaucoup brĂ»lĂ©e dans l’Ă©motion, mais tu savais qu’il tenterait cela, tu ne te le disais pas, tu ne te le disais plus depuis qu’il avait ratĂ© une autre fois, mais tu le savais. Cependant : pas ainsi, pas cette tĂ©nĂ©breuse surprise au rĂ©veil. La fois d’avant c’Ă©tait la taillade, veines tranchĂ©es dans l’eau chaude et la baignoire.

Assez de chance pour que tu rentres Ă  temps.

Cette fois c’est fini. Pour de vrai. Il ne t’a pas offert ta chance de dĂ©crocher. GĂ©rard Garouste peut bien, dans son tableau Pinocchio et la partie de DĂ©s, se frapper la tempe et rigoler malicieusement, cette fois c’est la bonne. Il tenait beaucoup Ă  son apparence, Ă  la nettetĂ© de l’apparence. VoilĂ  pourquoi sans doute il est nu : le moins souillĂ© possible par ce qu’il advient sous hanged.

Le mĂ©decin dira que « c’Ă©tait vers 4 ou 5h du matin, et d’un seul coup« . Hanged, c’est sans  recours, les toutes premiĂšres minutes passĂ©es. Ensuite, pas de recours, pas de retour.

Maintenant il est 7h, et c’est lĂ , devant toi, encadrĂ© dans la fenĂȘtre, et ça continue Ă  tourner trĂšs lentement.

Tout ce qui se dĂ©roule ensuite, on n’en sait rien, on le devine, ou plutĂŽt viennent toutes les questions qui resteront sans rĂ©ponse faute de t’ĂȘtre posĂ©es : qui prĂ©viens-tu en premier ? As-tu essayĂ© quelque chose pour si jamais, encore ? Une fois qu’ils sont arrivĂ©s, que font-ils de l’escabeau repoussé ? Ils le redressent et s’en servent pour le descendre ? Comment fait-on, fait-il, l’homme, lĂ -haut : quelqu’un dĂ©noue ? On coupe la corde ? À quel moment la cellule d’aide psychologique arrive-t-elle pour te porter secours ? Quand les brancardiers l’ont emportĂ©, y a t- il quelqu’un qui vient ensuite pour nettoyer ce qui Ă©tait issu de lui pendant la pendaison ? Ou bien on s’en fiche : c’est le jardin, sous l’arbre. Et quand on l’a dĂ©crochĂ©, aussitĂŽt, ce n’est plus que le jardin, Ă  nouveau, dĂźners d’amis l’Ă©tĂ©, fruits hauts.

Un jardin libéré de son pendu revient au primordial de la terre.

Jardin du matin.

Matin dans le jardin.

Noms pour des parfums de chez HermĂšs.

Et, aussi, c’est une petite maison propre dans une banlieue paisible. Jusque-lĂ , tout allait bien. La nuit avait Ă©tĂ© grise, mouillĂ©e, on ne savait pas ce que vont Ă  prĂ©sent devenir les nuages. Des voisins vont s’Ă©veiller, regarder la voiture rouge.

Jusque-lĂ , on a vu pire. Pas toi.

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YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Ă©pisode VINGT-CINQ : Matin du Jardin. Jardin dans le Matin. Ni baratin, ni satin. A suivre …si on peut ? On respire, on prend un verre, on se retrouve le 6 mars n’est ce pas ?( encore un mercredi, la Sainte Colette, donc ce n’est pas le jour de plaisanter…)

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YDIT BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode VINGT-QUATRE : BLESSER LES DIMANCHES, 2 sur 2, Fin, il veut incendier les genoux de M.M.

Voici le 21 fĂ©vrier, les mercredis de YDIT, pas seulement ce 21 fĂ©vrier, mais depuis le 14 fĂ©vrier pour commencer – oui – pour une succession de trois Ă©pisodes que ( sans les relire) on sait cousus de peine et taillĂ©s vifs dans l’Ă©toffe de la tristesse. On aura fini avec « Ă§a » le 28 fĂ©vrier- une annĂ©e bissextile, c’est bien qu’il y ait du reste pour souffler.

Die Pate, ce temps-lĂ , hĂ©las revenu avec les « aveux » de tous les autres suintant leur dĂ©tresse et leurs coupables,   ces annĂ©es, surtout, ce sont des millions de dimanches sur les genoux de MM Marcel MalbĂ©e, dit Le parrain, tout le monde l’appelle sans article « Parrain ».

En image- mensonge et vĂ©ritĂ©-, mĂȘme quand le vieux poele Ă  charbon de la piĂšce Ă  vivre s’essoufle ( car le charbon est coĂ»teux)- le gamin apparaĂźt en short dĂšs que le temps le permet. Vieux pull en grosse laine provenant des bonnes oeuvres de la paroisse mais short – de scout sans patrouille? De filles intranquilles ?  Marcel MalbĂ©e – invisible toujours- lit longtemps et commente un peu un Ă©tonnant pĂ©riodique, « l’Os Ă  moelle ».

Toujours, aprĂšs le dĂ©jeuner Ă  quoi participe Grand-MĂšre-Savait ( on racontera cela ), un geste ( un cocker ferait de mĂȘme), affectueux geste, accueillant, et YDIT apparaĂźt comme un double sur les genoux de Marcel MalbĂ©e, assis en Ă©querre, ou assis les cuisses en parallĂšle. Ce qui est mieux. Pour Parrain. Pour la chaleur, la fraĂźcheur, la tiĂ©deur, la candeur ( fausse )( dĂšs l’aprĂšs premiĂšre fois, oĂč ne fut pas dit « non »)

Le gamin ne perçoit rien de l’Ă©motion probable, Parrain presque toujours pose une main sur une cuisse, affectueux Parrain, mine de rien Parrain, petit plaisir Parrain, pose une main trĂšs au chaud la-haut,le gamin ne sent pas de chair qui vibrerait, rien, mais c’est la place du gamin aussi, pour les milliers de dimanches, pour vivre, cuisse Ă  cuisse les longues, si longues, ennuyeuses,    

si ennuyeuses, interminablement reprises et toujours plus ennuyeuses, parties de MONOPOLY. Parrain et lui sont assis à la table de bois, à demi débarrassée.

Au centre, un saladier, qui sert aussi de cendrier.      

Presque toujours, l’une des mains de Parrain est posĂ©e sur une cuisse de gamin, ce qui doit ĂȘtre un souvenir mensonger. Car comment jouer au Monopoly d’une seule main? Le gamin n’achĂšte ni ne vend, c’est Marcel MalbĂ©e qui joue pour lui, c’est Marcel MalbĂ©e qui joue avec lui, et c’est Parrain qui lui tient gentiment la main pour le mouvement des cartes, des pions, des billets, des maisons, comme c’est attendrissant, il s’occupe bien de son filleul, non ? Il lui apprend bien les gestes, non ??.

Au cours du jeu – mouvementĂ©, conçu ainsi-, Parrain par instants recale le gamin aussi prĂšs que possible sur les genoux. Sans l’Ă©toffe, jolies petites fesses rondes, les laver ensuite, conseil de la mĂšre quand il revient des nuits chez Parrain, plus tard. Mais il y a l’Ă©toffe. Pour l’instant ?

Entre le repas et les parties, ou quand chacun s’est tout de mĂȘme lassĂ© de l’inepte jeu (acheter des « maisons » avec de faux billets tandis que le charbon manque un peu…), la famille s’occupe. Parrain lit son journal. Les autres suivent des westerns sur l’Ă©cran, qui vient tout juste d’arriver ici, cadeau ( ou salaire?) de parrain Ă  noel. Ou des cartons gris Ă  lettres amovibles blanches qui annoncent les rĂ©sultats des matchs,

Brive 15/Aurillac 12.  Dimanche, c’est match.

Entre deux sĂ©ances-genoux ( quel jour Parrain retrouve-t-il le gamin sur ses genoux alors qu’a eu lieu depuis peu l’immĂ©morielle « premiĂšre fois »? Et que YDIT « non » n’a pas dit. Pas dit « NON », et maintenant ce dimanche le voici Ă  nouveau qui s’Ă©tale cuisses nues dans son Ă©ternel short, malgrĂ© le froid, sur les chauds genoux ? Quelle complice confusion, et dans l’avenir, donc, d’autres fois prĂ©visibles ? DĂšs la deuxiĂšme fois, puisqu’on n’a pas dit non, il y aura une vingtiĂšme)…

Entre deux sĂ©ances -genoux, avant l’heure de raccompagner Ă  trois (PĂšre, Parrain, Ydit) La Grand-MĂšre-Savait jusqu’Ă  sa maison de retraite, Ydit met en scĂšne de façon Ă©clatante (et sans le savoir), ce qu’il voudrait pouvoir dire, ce qu’il faudrait savoir faire advenir, ce dont il faudrait ne pas se souvenir.

Par le jeu, du maquillage, il dit, Ydit, tout ce qu’on devrait savoir, mais personne n’Ă©coute, personne n’Ă©coute jamais, peu importe au fond, pas la peine d’Ă©couter, de faire encore cet effort, de faire l’effort de faire semblant de l’effort, puiqu’ils savaient, tous, ils savaient, tous ils savaient, tous ils le savaient, qu’il ne faut pas oublier de se les laver quand on va (dĂ©sormais) chez Parrain, et tous se taisaient. 

Dimanche, dix fois : le gamin va dans la cuisine carrelĂ©e, petite, mal tiĂ©die par la cuisiniĂšre qui sert Ă  chauffer l’eau des ablutions du dimanche matin, encore un peu propre. LĂ , Ydit cachĂ© se travaille le masque, se compose le visage et s’expose (sans le savoir), le message.

On l’aperçoit, dans son short beige, les fesses posĂ©es contre l’Ă©mail protecteur de l’Ă©vier par endroits Ă©clatĂ©. Il a posĂ© le petit miroir sur la table Ă  toile cirĂ©e. D’une entorse ancienne il reste une bande de soins. A l’Ă©cole ( plus tard au collĂšge ? ) la maĂźtresse veut quelques tubes de gouache. Le gamin s’entoure le front, serrĂ©, fort, et dans la glace impose Ă  son crĂąne une marque d’impact rouge, de balle, venue de Western Ă  la tĂ©lĂ© sans doute, sans savoir au fond Ă  quel agaçant jeu il convoque la famille. Qui ne voit.

     Quand il revient dans la salle Ă  vivre, la Grand-MĂšre-Savait se montre agacĂ©e, ce gamin est stupide, et ça gĂąche la peinture, c’est cher. MĂšre ne dit rien, elle fera la lessive, et c’est un petit garçon si gentil avec tout le monde, et premier Ă  l’Ă©cole, il faut bien laisser passer quelques babioles.

Dans la cuisine, Ydit reste seul, on ne s’occupa pas de lui, on le sait un petit garçon sage qui ne ferait pas de vraies bĂ©tises. Il pose sur un peu d’eau la coque en plastique du petit bateau de pirates reçu Ă  noel, jouet rĂ©cupĂ©rĂ© dans les offrandes de la paroisse de la Sainte Famille, pour les pauvres du pĂšre Martin, rue Paul de Kock.

Cette fois, le gamin perce la coque, avec la pointe de l’Ă©pluche-lĂ©gumes, et il s’amuse Ă  voir couler dans l’Ă©vier le petit jouet. Surtout, surtout bien sĂ»r, il le rĂ©cupĂšre avant la fin, toujours le rĂ©cupĂšre, et colle ( colle liquide, filante sous les doigts, blanchĂątre, trĂšs vite sĂȘche, on peut la nettoyer avec le bord d’une serviette nid d’abeille, si besoin ) il colle sur l’orifice de menus morceaux de celluloid dĂ©coupĂ©s dans les baleines pour chemises que la mĂšre (en cette pĂ©riode) coud Ă  domicile et qu’il va livrer chez la grossiste.

Ainsi, toujours le bateau est sauvĂ©, ouf, coque percĂ©e, mais bateau rĂ©cupĂ©rĂ©, donc toujours l’enfant un dimanche suivant, un dimanche toujours, perce de menus trous dans la coque, et regarde le naufrage par lui provoquĂ©, puis peu aprĂšs par lui Ă©vitĂ©, c’est vrai qu’on peut flotter malgrĂ© l’atteinte ? Ydit ne sait pas le sens du jeu. Il perce, rĂ©pare, flotte : la vie depuis Parrain.

D’ailleurs, personne ne regarde ces jeux un peu idiots, pourvu qu’on ne dĂ©rĂ©riore pas trop le jouet, qu’il puisse encore servir, dit Grand-MĂšre-Savait, quand elle vient chercher un verre d’eau dans la cuisine.    

D’autres fois, YDIT allume des feux divers dans le cendrier trĂšs en usage, ou dans le plat Ă  salade restĂ© pour qu’on se mette Ă  jouer au Monopoly. Paisible, sans aucune intention ni fĂ©brilitĂ©, il fait brĂ»ler tout ce qui est Ă  portĂ©e de la main, ça provoque de tout petits feux en vase clos, de la flamme en bocal, de l’incendie sous-verre, une autre chaleur, pas le charbon rare, ni la main de parrain, feu qu’il s’amuse Ă  Ă©teindre avec une mini figurine de pompier, jouet provenant de la paroisse.

Et dans la superbe indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale Ydit fait brĂ»ler le jeu, la main de Parrain, les genoux de Marcel MalbĂ©e, l’haleine de Die Pate quand on est sur se genoux, les mots croisĂ©s de  » l’Os Ă  Moelle », et seule Grand-MĂšre-Savait, de nouveau dit que c’est agaçant, les odeurs que font les tickets de PMU en brĂ»lant, mais personne ici ne rĂ©pond, car nul ne s’intĂ©resse Ă  ce qu’on brĂ»le ainsi, dans le vase clos du dimanche, qu’on brĂ»le et qu’on Ă©teint. Parce que, tout de mĂȘme, avouons-le une fois, encore : on n’a pas su dire NON.

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Didier JOUAULT pour : YDIT BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode VINGT-QUATRE : BLESSER LES DIMANCHES, 2 sur 2, Fin, incendier les genoux de M.M.  PIRE Ă  VENIR , La semaine prochaine, l’apparition dans la fenĂȘtre, douloureux Ă©pisode.

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