INCIPIT : On aurait pu commencer ainsi : » Vert Ă©meraude sur bleu nuit PERIPHERIQUE INTERIEUR FLUIDE PERIPHERIQUE EXTERIEUR FLUIDE. »( Olivier Rolin, Tigre de papier, Editions du Seuil « Fictions », 2002)
Mais on a choisi ça :
« C’est l’automne sur la mer noire ».(Jean-Daniel BALTASSAT, Le divan de Staline,Editions du Seuil, 2013)
TEXTE de YDIT, « Lettre de A. », version B
Septante et plus Ă©tant venus, cette sorte de projet amusant et inutile â aller au terme dâune liste pourtant, non fermĂ©e – marque bien ce quâil reste Ă faire, maintenant : sâoccuper Ă crĂ©er du neuf au creux du vide.
Marcel MalbĂ©e, dit MM, dit Le Parrain, redevenu prĂ©sent de mĂ©moire aprĂšs l’oubli de jadis, Marcel MalbĂ©e, dit MM, Die Pate…
la premiĂšre fois quâil invite le garçon pour une balade inaugurale de la toute nouvelle Renault 4 CV, personne de la famille nây est encore montĂ©, ĂȘtre le filleul apporte de curieux privilĂšges.
Câest la premiĂšre fois dâune odeur de mĂ©canique, de siĂšge neuf encombrĂ© de soleil, il y a â dans la mĂ©moire des senteurs revenant de Marcel MalbĂ©e- dâautres traces : un « AprĂšs-rasage » menthol pas cher- mais l’usage de l’aprĂšs rasage est un luxe dans la famille-, une vague persistance de talc dans la petite salle de bains- mais l’existence d’une salle de bains est un luxe dans la famille-, lâodeur dâĆufs frits au jambon qui rejoint mĂȘme le lit, mais cela aussi est une premiĂšre fois brumeuse pour le garçon : petit dĂ©jeuner Ă lâAnglaise, au lit, dĂ©jeuner au lit, Ă lâAnglaise, chez Marcel MalbĂ©e, son lit Ă lui un peu Ă©troit pour deux, mais le garçon est mince, enserrĂ© par le ridicule « cosy » petit-bourgeois ( « cosy »/ « petit-bourgeois » : vocabulaire appris bien plus tard).

PremiĂšre fois dâun dĂźner trop riche, aussi, une autre pĂ©riode, un peu aprĂšs, pendant le court voyage en ForĂȘt Noire offert Ă son cher petit filleul par Die Pate, on ignore pour quelle occasion- les douze ans ? Treize ? La salle de restaurant moyenne gamme est couverte de lumiĂšres trop vives, on ne comprend rien au menu, ça fait fou-rire ( s’il n’y avait eu que les moments Ă pyjama, aurait-ce Ă©tĂ© supportĂ© par le gamin ?)
la table chargĂ©e de choucroutes trop blanches, et « je nâaurais pas dĂ» te servir ce verre de Sylvaner, sans doute, câĂ©tait ta premiĂšre fois de lâalcool, tu es encore jeune pour ça, et voilĂ pourquoi, dira Die Pate, tu as eu mal au cĆur, garçon, et tu as dĂ» sortir vomir â assez discrĂštement, merci, je dois direâ sur les bacs Ă fleurs du jardin« .
De tout ce qui fut la vie ( partielle, rare, rĂ©guliĂšre, longue dans les rencontres ) en compagnie de Marcel MalbĂ©e, dit Le Parrain, lâenfant ( dix ans ? douze ans ? treize ans ? Il grandit, ça se transforme, ça, va devenir moins attirant? ) conserve des images pour certaines dâune Ă©tonnante prĂ©cision de dĂ©tails et de gestes -surtout que sa mĂ©moire, dâhabitude, construit plutĂŽt des ensembles troubles.
Il peut encore dĂ©crire lâaprĂšs-midi de promenade Ă deux, aprĂšs le radin dĂ©jeuner dans « La maison Familiale de Vacances » ( la famille nâavait toujours pas du tout dâargent),
et Marcel MalbĂ©e qui suggĂšre : « Tu devrais essayer, tu vas voir, ça fait un peu tourner la tĂȘte au dĂ©but », puis sort un paquet de cigarettes allemandes (ou hollandaises ?) ERNTE 23, un paquet Ă dominante orange et lettres rouges (ou vertes ?), et câĂ©tait vrai : ça faisait tourner la tĂȘte pour la premiĂšre fois, comme le Sylvaner glacĂ©. AprĂšs on a marchĂ© main dans la main ( câĂ©tait le Parrain, c’Ă©tait son filleul : anodin), le long du ruisseau qui menait Ă la chapelle ouverte, toujours dĂ©serte, oubliĂ©e dans le fond du vieux bois. Câest mieux pour bavarder tranquilles, faire ce quâon a Ă faire tous les deux. Tranquilles.
Apprendre.

Mais aucun effort, pour long et patient soit-il, jamais, Ă ce jour, aucun nâa pu reconstituer dans la mĂ©moire ce qui fut LA PREMIERE FOIS de ça, ce jour (ce soir ?) de LA PREMIERE FOIS oĂč lâenfant nâa pas dit NON, nâa pas osĂ© ou su dire NON, nâa pas rĂ©pondu que, non, il nâavait pas trop chaud du tout, mĂȘme dans lâappartement surchauffĂ©, prĂšs du David de Donatello, et que, donc, non, il nây avait aucune raison vraie de vraie raison pour commencer Ă dĂ©tacher la cordelette du pyjama, puis Ă glisser le pantalon sur les cuisses, bleu et rouge, le pantalon, comme sâil sâagissait de jambiĂšres conservĂ©es aprĂšs le dĂ©barras de la cuirasse, ou noir et blanc, le pyjama, taille junior, ou bariolĂ© ( la famille rĂ©cupĂ©rait les dons de la paroisse, des pyjamas usĂ©s dâenfants aisĂ©s, bien lavĂ©s ça va encore ), glissĂ© sur les cuisses jusquâaux talons, « Parce quâil fait trop chaud, tu ne trouves pas ? ».
Il aurait dĂ» ĂȘtre facile de se lever, de dire : « Non, je rentre Ă la maison ». Il aurait fallu faire ça. Oui. Partir. Mais non, ĂȘtre ici, dĂ©jĂ , dans le petit deux-piĂšces rue Dupetit-Thouars, venir lĂ seul un soir signifiait oui.( et au dedans : faisons vite, au moins).

Puis, chez Marcel MalbĂ©e, Die Pate, il faisait chaud et bon, parfois on irait au restaurant manger des choucroutes et des fraises chantilly, ici les toilettes nâĂ©taient pas Ă la turque sur le palier, on n’avait pas froid aux fesses. De toute façon, le pyjama, ni vert Ă©meraude, ni bleu nuit, ni pourpre romaineâŠAlors, ça peut glisser dâun preste geste des reins, presque tout seul, hop. Arc fin du jeune corps, Ă©paules/talons, en appui, et « Tu peux le retirer tout seul ⊠».
Bien sĂ»r il peut, YDIT : « Moi tout seul, je le fais glisser, moi tout seul, personne ne l’enlĂšve Ă ma place, moi tout seul je veux bien« , et câest dĂ©jĂ dire oui avec les mains. Raconte YDIT. Faut-il le croire?
DĂšs la premiĂšre fois, une seconde suffit pour entrer dans l’Ă©ternitĂ©.
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Didier JOUAULT, YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode HUIT : Câest mieux pour bavarder tranquilles. A suivre, tranquillement ( on est partis pour longtemps ) de semaine en semaine, ou Ă peu prĂšs. Cette fois, on avait le temps des morts. Reprenons le rythme : chaque mercredi, jusqu’Ă Noel ? On y va ? Donc, prochain mercredi : 8 novembre, heure du Picon-biĂšre ?(Mais y a plus de Picon-BiĂšre depuis longtemps, mon pauvre, diraient BOB et MORANE)

Documentaire ancien sur les conclusions du procĂšs de Nuremberg ? Peut-ĂȘtre mĂȘme ( hypothĂšse la pire) le trĂšs ancien film de ce Polonais dont le nom Ă©chappe, et qui -sous le corps-, montrait ce que lâabdomen expulse de lui-mĂȘme Ă cet instant final et sale ?
ou des poireaux et pommes de terres indispensables Ă la confection du dĂźner de Neauphle-le-ChĂąteau.
Sur la table Ă lire, le dernier volume achetĂ© comme pour rien : « Encore une journĂ©e divine ». Personnage qui monologue en courts extraits, sĂ©ance aprĂšs sĂ©ance, rĂ©pondant aux questions du psychiatre, ainsi devinĂ©es en creux (mais jamais formulĂ©es, comme si la rĂ©ponse importait plus que l’interrogation), dans une chambre de clinique. Le narrateur se prĂ©tend psychothĂ©rapeute lui-mĂȘme, Ă©crivain, portĂ© par un immense succĂšs, bien que ses livres â essais surtout â soient dĂ©sormais introuvables, et en particulier le plus cĂ©lĂšbre : « Changer le monde ». Avec les histoires dâĂ©crivain, on sây perd.
Cela est le but. Exterminer ce qu’il reste de Marcel MalbĂ©e . BOB et MORANE – Ravageurs DĂ©tectives sans age – sont l’arme.
Mais au moins, chez Marcel MalbĂ©e, dit M.M. dit Le Parrain, â oĂč rien dâhĂ©roĂŻque nâexistait â jambiĂšres ou pas, nuditĂ© dĂ©barrassĂ©e des entraves ( un pyjama taille junior ) il faisait chaud, et les toilettes nâĂ©taient pas sur le palier, comme Ă l’appartement de la famille elles Ă©taient. Sur le palier, câest glacĂ© lâhiver. Die Pate, c’Ă©tait chaud. On n’aurait pas dĂ» s’y intĂ©resser.
Il y a de la crĂšme chantilly, câest sucre et vanille, une partie de campagne, du Manet en pyjama bleu et jaune rayĂ©, sur la pelouse, du Renoir en excursion de Belle Epoque. Voila, probablement est-ce ainsi que le garçonnet a pensĂ© dans son ignorance primitive le menu Ă©vĂšnement : on nâa quâĂ dire quâon est dans une peinture.
sĂ©duire OUFA de Rabat, Isabelle de Cadet, devenir ami de Michel ou Malik), ces projets nâen sont plus un, ne peuvent plus ĂȘtre des projets, mĂȘme si toute rencontre hĂąlĂ©e de plaisir est une renonquĂȘte sur l’oubli que Septante et davantage sont venus).
On peut en rester lĂ . Tranquille. Guitare. Paisible. Liste de romans Ă lire. Serein. Rencontres Ă dĂ©couvrir mieux. On peut. On pourrait. S’installer dans l’immobile silence de l’attente de rien.
Pour recommencer, aprĂšs tous ces temps de silence en ligne. BOB et MORANE. Le VIEUX SAMUEL. N’aurait pas Ă©tĂ© content, The Old Sam, de ce verbiage caquetĂ©. Tant pis. c’est ainsi. »
» Je suis content de te voir« , profĂ©rait-il chaque dimanche pour le dĂ©jeuner famililal. Te voir, et pas que. Bob MORANE et l’Ombre Jaune, image du mal. BOB et MORANE et DIE PATE, image de quoi ? De l’erreur consentie ? Les DĂ©tectives – ravages et le Parrain-sauvage qui font trop bon mĂ©nage ?l’horreur de l’erreur : n’avoir pas su dire NON ?
Dans le rĂ©cit -donc dans votre futur-mais aussi dans le passĂ© dont le rĂ©cit se constitue, errent encore des figures ( des troupes ? des tropes ?) et des personnages : simples silhouettes ou trĂšs omniprĂ©sentes hĂ©roĂŻnes; fulgurants hĂ©ros; passagers figurants qui passent en tenue de Rien et qui marchent de concert dans un dĂ©cor de vide et de silence. C’est ainsi qu’on Ă©crit le passĂ©.

en jouant lâamour peut-ĂȘtre ? SAVOIR pour cet autre, Hanged James (on va le prĂ©senter ensuite), Ă quoi son vieux DIE PATE jouait avec ce jeune corps, en disant seulement la cynique force du sexe sans doute, SAVOIR ce quâon avait osĂ© imposer Ă celui-lĂ , James pas encore Hanged, qui- vingt ans aprĂšs- nâen pouvant plus dâavoir Ă©tĂ© cela, et seulement cela, ce corps exploitĂ©, ce territoire de silence, cette taniĂšre de conscience victime et coupable, -car lui non plus nâavait pas fui ou dĂ©noncĂ©, n’avait pas su dire « NON » dĂšs le premier geste â lui qui avait fini- douleur et culpabilitĂ©-
par se pencher si fort au bout de sa branche quâil en Ă©tait tombĂ© pendu ? SAVOIR, comment avait Ă©tĂ© sa terre de dĂ©tresse?
lisant Bob Morane, recevait dâidentiques demandes, voyait avec les mĂȘmes yeux les mĂȘmes gestes ou presque, devinait que la cordelette du pyjama de gamin serait dĂ©nouĂ©e par la main du vieux, comme une sale histoire, parce quâon a trop chaud, non?
Bleu et blanc, rouge et vert, le pyjama (certes pas de lin blanc ça coĂ»te trop cher, on nâavait pas dâargent, nous, seulement Die Pate, un peu davantage, voiture, couscous chez le Marocain)
Et pourtant lâautre -YDIT le Didi- parcourt la vie comme si la mĂ©moire avait subi lâextinction dâune race : les souvenirs, et caracole dans le bois pour le footing quotidien, et vole en avion vers des villes jolies, ou des amis, pour visiter des musĂ©es ou des gens, prononcer des mots en public, partager des bonheurs en intime, regarder les filles en privĂ©.







Entreprenant de relever quelques-unes des traces que le monde a dĂ©posĂ©es sur moi, qui mâont dessinĂ©, raturĂ©, surchargĂ© comme un palimpseste, je ne vois pas de raison de ne pas cĂ©lĂ©brer celles quây ont laissĂ©es, Ă leur insu la plupart du temps, ces figures fĂ©minines qui furent un moment pour moi lâimage de la beautĂ© et de la joie.(âŠ) la lĂ©gĂšretĂ© de ce qui vous ravit en passant puis que le vent ( le temps) emporte⊠certaines, je ne les ai mĂȘme jamais vues ».



Parfois, quand il quittait le bureau trĂšs tard, mal nourri par le plateau-repas quâapportait un jeune huissier ( quâil avait rĂ©ussi lĂ encore Ă faire nommer prĂšs de lui ensuite, il aimait le sentiment de proximitĂ©), Y.dâI. laissait un message, au sujet de telle entrevue du soir : « Madame FrĂ©dĂ©rique, vous devriez raconter cela, un jour ». Lâhuissier le dĂ©posait sur mon bureau en dĂ©barrassant...
Il nâavait pas invitĂ© le ministre, mais le jeune huissier â oui, certes en moins jeune. Le jeu de piste avait durĂ© 48 heures, y compris la nuit dans un manoir de la Sarthe- glacial, pĂ©nombreux, chambres Ă quatre ou six lits, presque un gite de randonneurs. Mais lâinĂ©vitable cheminĂ©e pleine Ă craquer des ormes voisins. Et la prĂ©visible fumĂ©e dâune biche traversant la lisiĂšre. Il aimait les mots comme LisiĂšre, FumĂ©e : les mots de l’incertitude.

Par ironie, lâobjectif avait Ă©tĂ© d’un prĂ©tendu effacement de mauvais souvenirs, en les racontant. Echec certain. Il aurait dĂ» le prĂ©voir. 
Il sâennuyait de
…il avait engagĂ© une deuxiĂšme sĂ©rie de publications, dĂ©coupĂ© le rĂ©cit, inventĂ© ou retrouvĂ© des images, lĂ encore souvent distanciĂ©es du texte, avec une volontĂ© dâhumour et cette propension Ă lâĂ©rotisme quasi adolescent que je ne lui avais jamais connue- mais notre relation Ă©pisodique de travail nây prĂȘtait guĂšre, mĂȘme lorsque nos veillĂ©es au cabinet du ministre façonnaient un semblant dâintimitĂ© gaie et fugace.
Comme sâil eĂ»t Ă©tĂ© un Ă©crivain vĂ©ritable, ce Ă quoi il ne prĂ©tendait Ă©videmment pas, YDIT avait regrettĂ© la brusque et virulente solitude quâapporte le mot « FIN ».





(image André Maynet )





Et mĂȘme ( vous, vous le savez), YDIT oubliait qu’un train peut en cacher un autre. Il en va ainsi pour les images de ce Roman-Images : cherchĂ©es, choisies, programmĂ©es, (images dessinĂ©es, montages) travaillĂ©es en dĂ©tail avec Rose AUBERT (merci ! ) ou Sandrine, ou le plus souvent par Ydit seul mĂȘme… Images : fausses cohĂ©rences, discordances, intimitĂ©s, nuditĂ©s ( dĂ©jĂ dit). PiĂšges. Mais pas toujours posĂ©s pour qui on croit, les piĂšges. Images pour dĂ©tourer le sens .










Arpenteurs du vent et des absences, qu’ils arpentent. On ne les blĂąme pas.

, nos compagnons des peintures du dedans, intimitĂ©s, Garouste le toqueur, Hanged James et sa corde, Marcel MalbĂ©e, dit MM, dit Le Parrain, homme sans images mais pas sans ravages, images et paroles, mĂ©moires et Histoire dĂ©voilĂ©es dans le projet d’une fausse intimitĂ© de surface. Mais ça ne trompe personne, surtout pas vous.






TYNE,


Parfois, ils s’abandonnent Ă de longues dĂ©ambulations narratives comme : rapport/compte-rendu/enquĂȘte







