Germaine a dû suivre le stage d’évaporation des inhibitions
via Didier JOUAULT Séquence Hors Série : essayons de comprendre : Sai Kwa Kidi YDIT ? — yditblog
Germaine a dû suivre le stage d’évaporation des inhibitions
via Didier JOUAULT Séquence Hors Série : essayons de comprendre : Sai Kwa Kidi YDIT ? — yditblog

Vifs remerciements pour Alain LABOILE, Album « La Tribu »
Ydit : « Le chat se fait les griffes sur tes bouts de pied ? »
La jeune voisine ne répond rien, elle pend le chat par le col.
Ydit : »Tu n’aimes pas les chats? » L ‘enfant s’arrête de jouer : « Elle aime pas tellement les voisins, non plus, remarque, surtout que tes photos sont moins belles que papa ».
–Ton père est beau ? Le mien est mort ! Et alors quoi ?
La voisine lève les yeux au ciel : « Tu sais que tu nous comprimes l’air avec tes alexandrins boiteux ? ça ressemble à un pingouin envoyé sur la dune. » Elle demande s’il a trouvé le gros sel ?
– de la vie ?
– de la terre, tu m’atterres, Ydit, c’est pas pour le sel que tu es venu ?
Ydit :
« Ton pied, le chat, soudain ça rappelle ma grand-mère. Sauf que c’est un chien ».
La jeune femme dit qu’elle a du travail, enfin tout comme ! L’enfant ferait bien une partie de GO, Ydit veut bien ?
Ou alors des photos ? »
Ydit que « la grand-mère maternelle avait mal aux pieds et du vague à l’âme.
Quand je venais, Ydit raconte : le jeudi, à pied depuis le bus, c’était encore presque la campagne.
Elle habitait un rez-de-chaussée ombreux derrière une large porte fermière sur la rue de Paris. »
L’enfant regarde les photos et va dire qu’elles sont moins belles que son père fait. La voisine répète qu’elle va pas mettre ses pieds dans le même tableau, le chat saute sur la table, Ydit est sorti sans son badge « OubliEs » : c’est un peu gravement fouillis.
Ydit : « C’était pas un manoir, c’était comme des corps de ferme le long d’une cour à pavés disjoints où le pied butait. »
La voisine, d’une pièce non moins telle, aimerait qu’il ne fît pas son Marcel ?
Ydit : « Deux pièces jadis rurales, au fond de cour, des marches donnaient sur le verger d’un propriétaire, interdit aux manants, aux passants, et je tremblais de froid-peur dans le lit où elle m’accueillait faute de place. Le jeudi, Ydit dit, le jeudi je lisais Fantômas et Arsène Lupin »
La voisine, de plain pied- demande s’il, enfin, le sel, il l’a ? L’enfant s’il va jouer aux échecs ? le chat tortille sa mutité, un regret dans le regard, et on peut estimer certaine l’augmentation tendancielle du taux de bazar sans hasard.
Ydit : Elle se prénommait LOUISE,
Son mari commis d’inspection la déclare dans le village du grand père, histoires compliquées.
Elle est belle. Il devient petit notable de chef-lieu…
…et il s’en va.
L’enfant : « Mari parti, dix-neuf-cent-vingt, destin foutu« . Il ajoute un pied de nez.
La voisine soupire que, non, elle n’autorise pas son fils à copier les mauvais pieds ternaires d’Ydit. D’ailleurs, Ydit, avec la mamie, il est un peu casse-pieds, où en est-on ?
Ydit : « Avec la fuite du mari, LOUISE a connu la déchéance. Etre riche, ça s’hérite, Etre pauvre ça ne s’apprend pas, elle découvre la vérité du monde.
Rognée, la dentelle d’Amiens, taillée soirée chez la conservatrice du musée, coupé à la pince l’envol des bals de préfecture. La voici arrivée à Pierrefitte, démunie comme déshabillée de la vie. »

photo Jock Struges
L’enfant : « T’as vu aussi les photos que fait mon père ?«
La voisine souhaiterait qu’on n’interrompit pas l’Ydit déjà que c’est long s’il dit. Ydit : « Baignée de misère, plongée dans l’ombre, elle découvre qu’on se revanche par la malveillance.

« Carmen Cru », LELONG, Fluide Glacial 1984
Humiliée sans doute, sans le sou, avec des ongles de pied poussés longs qui menaçaient l’ incarnation »
– Menacer l’Incarnation ? Pas d’Indulgence ! La voisine rit.
Ydit : « Elle et moi, accrochés bec et ongles à l’hiver, on restait beaucoup dans la cuisine, près du gros poêle à charbon ergoté sur ses pieds de fonte ».
Ydit raconte qu’il conserve le souvenir étrange de ces temps où, parfois, jeudi soir, vers la fin du séjour, elle lui demandait de couper les ongles épais et noirs de ses pieds trop crispés pour être au net. Elle avait la mémoire sur le bout des ongles et, regardant ses pieds, du coup, lui faisait réciter ce qu’il savait de Saül, le Paul de Tarse.

« Carmen Cru », LELONG, Fluide Glacial 1985
LOUISE s’excusait un peu : « c’est l’âge, c’est misérable, c’est l’âge, je ne peux plus me courber, quelle misère, personne pour m’aider, sauf toi quand tu viens, pour les ongles ».
L’enfant se dit que, une aide – ménagère–? mais il ne dit rien, parce qu’il n’ose pas et parce que sa sœur appelle.
Ta sœur a appelé ? demande leur mère partagée
Elle est, dit-il, sortie, encor, poser, dehors.
La voisine rappelle l’interdit, sur les vers claudiquant
La voisine ajoute vers Ydit : « Carolina pose pour son père, et aussi dans les jardins de Paris pour faire des souvenirs à la famille, il faut y veiller avec soin : à force, les souvenirs, ça va manquer si tu refais pas le plein de la mémoire. »
Ydit : « Courbée, rompue de la tête aux pieds, LOUISE TOFFIN m’offrait ses ongles à couper comme un dur devoir d’école, comme une leçon d’humiliation, et je rognais à petits coups de pince, comme un chat lèche une plaie, sans savoir si la douleur provenait de l’accroupi ou de la honte, et certain que l’odeur émanait de la misère. »
« Carolina, murmure l’enfant, elle se documente sur la mémoire afin de ne pas esquiver la probabilité de l’oubli. »
Toi, tu nous documentes sur les ongles de LOUISE. Chacun son dû.
La voisine dit que c’est toujours pareil avec Ydit, des histoires en petits bouts, de rognures de mémoire, de le pince à souvenirs, et ça tombe où ça peut, dans la cuisine, au fond c’est pas très propre.
Il vit de pied en cap dans sa mémoire de péninsule battue par le vague de l’oubli.
Ydit : on en reste là ?
La voisine :
« Tu me laisses ? Mon mari va rentrer ».
Et mon père, dit l’enfant, par la fenêtre, il fait des photos,

Remerciements pour Alain LABOILE, Album « La Tribu »
elles sont plus belles que toi, rubis sur l’ongle.
Et ta civile, on l’appelle La Poste ?
Sur le quai ,
la rouge constance de Germaine, et sa civile.
«Bah mon Ydit ! vous avez l’air tout penaud, c’est pas drôle! Paraît que vous avez perdu quelque chose ? Pas votre mémoire, j’espère? Avant, vous ne perdiez jamais rien hormis votre temps. »
Ydit : « Avec les jours, s’estompe la vigilance du détenir. Les objets oublient eux aussi de peser. »
Germaine s’amuse, « Oh lala , c’est encore des grands mots des petits jours, mais qu’est ce qu’il a notre Ydit à faire cette mine ? L’histoire des OubliEs, c’est justement le projet de ce bonhomme Ydit, si elle a bien compris, non ? »
Ydit : « Une amie m’avait prêté la maison de famille, grands-parents fermiers. J’aime marcher sur les plateaux de terre forte entre les hameaux à caractère de brique. »
Il n’y a pas que ce coquin d’Ydit le coquet à caqueter sur les quais : Germaine continue à renseigner des voyageuses :« Vous prendrez bien un 14h12 ? »
« Dans le hameau vivait la tante, elle décrivait les lieux où croiser l’Histoire dans les chemins et les temples, et les coins de foret où se mettre au désert, car ici Dieu était protestant.

Parfondval église fortifiée
Parmi la maison émouvante par ses vides, les objets patientaient sous la peau de peintures vieillies, comme un muscle frais endormi de fatigue.
Vous voulez ma photo ? »
Germaine demande si ce n’est pas troublant, habiter l’intimité des absents?
Ydit :« C’est comme ouvrir un livre déjà lu par un autre inconnu, et d’y trouver les pages cornées, un passage souligné au crayon bleu, une tâche de sueur ou de larme, une image d’enfance laissée en marque-page. »
Germaine : « Pas de l’oubli en paquet ficelé, aujourd’hui? M’étonne! D’habitude, quand je vous croise inquiet sur un quai, vous terrifiez le narratif … »
Ydit, caressant justement le narratif : « Le deuxième jour, sur les cartes de la Tante, il trouvait une large promenade, entre des hameaux à histoire de fer. Au soir, fatigué, il avait voulu gagner un bourg pour du pain et des fruits. »
Germaine, mutine : «Et même peut-être bien des filles aux fenêtres? Sans elles on dirait vos OubliEs bancales, des tableaux de Dali sans apparition de Lénine sur le piano. »
Ydit raconte que tout était clos. »C’est à cause de cela, à cause des boutiques et fenêtres closes le soir, qu’il ne s’est aperçu de rien, même pas du passage d’un chat dans les roses ». 
« Aperçu de quoi ? » demande un jeune homme. Désormais, comme parfois, un ou deux voyageurs se sont approchés. Que faire dans une gare, sinon écouter les récits d’oubliEs ?
Ydit : « Le lendemain suivant, il devait rejoindre l’aimable Tante pour visiter un temple-musée. Soudain : le porte-carte, passeport, paiements, billets, tous ces fragments d’identité ou d’échange, absent. Perdu ? Pourtant pas sorti la veille dans le bourg éteint. »
Ydit raconte qu’ »il a dépouillé les bagages, traversé le lit par en-dessous, presque démonté la voiture. Rien, hormis 3,47 euros dans la poche du pantalon. Démuni. Seul. Innommable. »
Le public, en chœur, attentif : « Quand tu n’as plus rien, tu n’es plus rien. Mis au chômage de l’existence. C’est ainsi chez nous. »
Ydit : « La si longue randonnée d’hier passait par des layons larges. Il avait pris la voiture, lentement roulé en sens inverse. Au pied d’une pente, un chemin herbu, mouillé des pluies nocturnes. Ydit conduisait d’un regard, et d’un autre creusait l’ombre des arbustes pointus, cherchant l’objet. La terre glissait, les pneus glaisaient, le temps patinait, l’avenir s’annonçait embourbé.
Plein désert et « zone blanche » du téléphone. Perdu, bloqué. Pas de papiers, pas de chemin, et personne pour parler.
Une patiente passante de gare estime que « C’est un peu la leçon de la vie en vrai : souvent, insister, c’est s’embourber, non ?».
Germaine dément : « Insister, c’est tracer le rail. » La controverse s’éteint avec le 14h32.
« N’empêche, reprend Ydit, pour repartir, cueillir des pierres et des branchages, les glisser sous les roues, les mains dans la boue, entendre du moteur qui ronfle, de la peur crissant au coin des yeux, ça patine. »
Germaine : « Vous avez failli y rester, hein, Ydit ? Ca vous apprendra!»
« Sur la pente, à reculons désormais, deux mètres en avant, trois en arrière, les pneus cherchaient le sol plus stable du bord, la sueur aux tempes, et les flancs gris de la voiture portent encore les griffes des arbres, qui ne sont pas que des rêves de pointes.
Ensuite, il avait remis la voiture devant la maison, dépassé l’atelier où ne veillait qu’une peigneuse de temps « …

l’inépuisable temps de André Maynet
et repris à pied les chemins d’hier, courant presque.
C’était trop long. Là, une butte portait une église et un cimetière la longeait comme jadis, épargné par l’Etat-Civil, histoire encore de Protestants.
Ydit avait visité l’une et l’autre, la veille, parce qu’une plaque du village indiquait la maison de naissance d’un voyageur de ciel. 
Il faisait chaud, il avait posé la veste près de la tombe.
Mais, aujourd’hui, dans la recherche des cartes et de l’existence, il avait écouté la paresse qu’est toute précipitation, et choisi de ne pas monter à nouveau vers l’église sur la butte.
Le public s’est éclairci, on dirait lui aussi saisi par l’urgence.
«En somme, dit Germaine, boucle bouclée, rien retrouvé, 3,47 euros en poche, et beaucoup de ridicule. »
Ydit continue en disant que, « au retour, bienveillante, la Tante d’amie l’avait regardé comme une institutrice un sale gamin ayant perdu les bons points. Il fallait quitter la maison, faute de vivres, et pour les fastidieuses démarches. Elle avait un peu d’argent, qu’elle lui avait prêté, pour au moins l’essence. Il ne restait rien pour un cadeau. »
Les trains, sur le quai, eux aussi sont partis. Ydit est seul. Germaine s’impatiente un peu : « C’est tout ? »
Ydit que non, bien sûr. Deux jours après, au téléphone, une voix portée par un accent de terre et de brume. « Est-ce bien lui ? » C’est bien moi !
Une adjointe au maire, là-bas, fleurissant une tombe, a trouvé ceci, qui devait y être depuis trois jours. Heureusement qu’il a pas encore plu. Avec, bien sûr, dans le porte-carte, l’adresse. La suite est facile.
Le paquet arrive. Evidemment tout y est, le moindre billet. Surtout, les identités.
La Poste livre l’existence, et la Mairie de Roquigny refonde l’Etat-Civil. Re-né.
Comme aurait dit le cher défunt, auprès de la tombe de qui on a retrouvé l’objet perdu.
Dizi : c’est ici, Ydit pour parler du dire!
Germaine : « Avec vous, Ydit, ce qui est casse-pied, c’est qu’on ne sait pas si vous inventez les trucs, ou si c’est le hasard qui vous les offre. »
Ydit répond que oui, et depuis toujours,
le hasard aux yeux bleus étonne, donne, détone.
Mais, ici tout est symbole, puis-comme on sait- avec ce bazar des histoires de hasard, difficile d’être objectif, à l’indicible nul n’est tenu.
La si douloureuse inquiétude venue devant toutes ces choses douces et fortes qui vont peut-être s’achever demain.
Le mistral souffle encore et les festivalières sont toujours entourées de robes épaisses. Des vapeurs de buvette enjolivent le soleil.
Et une jeune femme en jupe large paraît donner la réplique au comédien YDIT.
Ydit :« 42, c’est encore, c’est aussi « 42 ème parallèle », Dos Passos, quatrième de couverture :
«John Dos Passos, dans « 42e Parallèle », invente un genre romanesque nouveau. Prodigieux tableau des débuts du XXe siècle aux U.S.A., il fait vivre des personnages de toutes les classes sociales, introduit des actualités, des portraits au vitriol des célébrités du jour, des collages, des textes lyriques. Il dresse une stèle à la mémoire contre le risque nouveau de toutes les formes de l’oubli.
Ainsi surgit la « comédie inhumaine » d’un monde collectif, où les tragédies individuelles se fondent dans le désespoir d’une époque, d’une société. Ainsi on lit comment la guerre s’installe depuis les mots qui dépassent le coeur. On apprend comment la parole peut assoiffer la haine. »
– « Dans ce fourre-tout, murmure le Blanc Barbu Chenu, une chèvre d’ici ne trouverait plus son fromage ». Ydit, toutefois, persiste dans le plat collage du jour.
Ydit : « 42 ans de travail, 65 ans de vie, ça fait combien de kilos sur la balance ? «
–Ah, là, je peux vous dire, s’exclame un grand maigre plus long que son short : exactement …(il a sorti le téléphone, le met au défi d’un doigt véloce pas féroce) : Mmm, 42 livres, plutôt 42 pounds, c’est 19,05088 kilos, si on admet que la pound c’est 0.45358237 kilos. Et en conversion Euro, si on reste en Europe ? Facile :
| Livre sterling | GBP | 0,83720 | 0,84830 | 0,84928 | 0,84903 | 0,84420 |
Tiens, pendant que je vous recueille dans l’aire du regard, j’ai aussi le Peso, pour savoir le prix des murs à construire, ailleurs ou même ici :
| Peso mexicain | MXN | 20,14590 | 20,16420 | 20,52050 | 20,62610 | 20,66150 |
Ydit
« Voila donc le souvenir du jour où j’ai commencé à me sentir individu en voie de à peine progressive disparition. »
– « Vous voulez qu’on fonde une assos ? » s’amuse la jeune femme, persuadée qu’ YDIT est un comédien dont le texte frise le…42ème degré. Mais, comment ne pas donner la réplique à ce bonhomme dépassé par son propre collage, son âge, le vent revenu, les volutes tenaces du vin qu’échauffe ici la cannelle ?
Ydit : Valéry, vous vous souvenez ? Nous savons désormais que les civilisations sont mortelles.
Elle : Moi, mon prénom, c’est Lactadine, mais j’ai reconnu !
Elle croit deviner la règle du jeu : trouver du 42, mieux que la taille des chaussures d’inspecteurs vernis, ou des pantalons des mannequins très jolis. Discrètement, cachée par le dos carré du barbu, pâtre-promontoire, elle consulte l’écran. Revient, sur le devant du soleil resté en scène, triomphale :
–« Et ce 42 là, vous l’avez en magasin, Ydit ? Un 42 de métal qui résiste aux chaleurs de toutes les vieillesses, aux bassesses de toutes les tirades, aux rouilles de tous les âges. Un pur métal pour des armes pures ! Classification : no 42, Mo, Molybdène · Métal de transition, 1s2 2s2 2p6 3s2 3p6 4s2 3d10 4p6 5s1 4d5 . De quoi se faire une cuirasse contre l’état du monde- et de vos synapses effilochées. »
Les spectateurs restent surpris par les choix étonnants de ce patchwork parlé, de ce copié collé un peu austère. Au fond l’une des lignes de ce festival est une sorte de burlesque à la Buster Keaton. On en a vu d’autres. « Puis, c’est du off ?» – demande à nouveau le barbi blanchu, consultant sa montre. « Il ne faudrait pas rater le vrai programme. »
YDIT reste dans le silence de la poussière à nouveau tombée sur la lumière.
Il sait que, parfois, vers la fin de la séance, on s’arrête. Et quelqu’un, dans la salle, demande : « Pourquoi ce silence ? »
Ydit s’approche de la jeune femme, elle ne recule pas ; il tend la main, elle joue à jouer à la prendre, comme dans la vie.
–Vous connaissez Olivier Rolin ? .
–Le type du Bar des flots noirs ?
-La dernière-phrase de PORT SOUDAN : « Je ne me souviendrai plus jamais de rien ». « Moi c’est : J’oublierai tout ce qui fut blessé. »
–Je vous devine, vous regretterez surtout de ne plus visiter lentement les bibliothèques à l’heure des inventaires !
Ou de ne plus répondre avec un sourire sot dans les télés de province ?
D’un bond souple, trois pas en arrière, le jeune femme suit le mouvement, tous deux sont face au maigre – mais tenace- public. Ydit commence : « Je ne me souviendrai plus », elle termine « jamais de rien ».
Ils suspendent geste et parole, comme des fantômes oubliés par des visiteurs pressés.
Ensuite tous deux saluent. Comme s’ils se connaissaient depuis 42 ans, mais ce sont 42 minutes.
Des applaudissements, polis. Le Blanchi-Barbu demande au Long-en-Short : « Tu crois que c’est sa fille » ? Tous s’éloignent.
La jeune femme : Vous avez vraiment 65 ans ? YDIT : Même davantage !
Elle : Moi, j’en ai 42, c’est pourquoi votre histoire m’amuse.
L’amie avec qui je voyage m’attend à l’hôtel, mais j’ai encore du temps…à 42 ans. Et, tenez, je vous fais un rabais ? Je vous offre un 41, au bar de l’étang ?

« Allez,
en marche ! avant qu’il soit trop tard », sourit-elle, lui prenant le bras.
Pendant qu’ils marchent, elle ajoute qu’en ce jour même, ils noieront la si douloureuse inquiétude venue devant toutes ces choses douces et fortes qui vont peut-être s’achever demain.
Didier Jouault pour Yditblog
Ydit parle d’une voix sans doute trop forte. Des festivaliers brunis et tranquilles s’approchent. Leur pas, sous l’apparente hésitation, dessine le parcours de la curiosité, sûr de lui et de l’anticipation d’un plaisir.
Ydit :

« Avec la précision d’une plaie que jamais le scalpel ne pourrait oublier dans une trace si ferme, (un silence, le geste découpe l’espace)
Avec la précision d’une hache que le bourreau jadis tenait dans sa main, comme une verge adolescente les soirs de bal avant les semailles (nouveau silence, mouvement de danse)
Avec la précision de l’ennemi dont le tir jamais ne vaut pardon, et qui prépare sa balle juste comme on écrit une première lettre d’amour “ (d’une lèvre s’humecte l’enveloppe)…
Les festivalières sont enrobées de robes épaisses, car le mistral souffle. Dans le vent se sont inscrites les vapeurs de la buvette. Ydit? Un comédien? Ce doit être un temps imprévu d’un programme en évolution jusqu’au dernier moment ?
Une femme s’approche. Un homme l’accompagne : barbe, cheveux blancs, des allures de maître devenu pâtre.
Ils s’interrogent du regard.
Ydit :“Ce que j’ai à dire est ceci : 42 fois 1 égale 65.”
La femme sourit : “C’est un peu faux, comme calcul. Vous étiez du festival, déjà l’an dernier?”
Ydit : » Voila, tout a commencé l’an dernier. N’oubliez pas que je raconte pour oublier. Effacer la nouvelle parvenue sans commentaire,pas un mot, pas un signe d’adieu : “C’est fini, mon petit”. Dans le casier du bureau : l’arrêté. Sec. Rien avec, après tout ce temps, seulement ça- qui dit terriblement son nom : l’arrêté. Mis aux arrêts.

Ensuite, pour quelques jours encore, les “dernières fois” qu’on vit en pleine conscience. Elles offrent cette occasion à jamais unique, usée dès que vécue, comme dans un revolver à un coup : c’est la dernière fois. On le sait, on le sent – dans les bruits des chaussures qui frottent les parquets, dans les plis des rideaux de salles traversées, dans la poignée de mains qui insiste ou les regards qui s’échappent . 
“Alors, l’ Ancien, l’ultime tournée? Bientôt la belote, les pantoufles et la pêche ?
L’épais silence de l’absence?
Tendresse forte et ironie légère, c’est le don charmant fait par les vivants aux fantômes en esquisse”.
Ydit, comme d’autres ici, fait tourner dans le public des tirages papier sous plastique.
Ydit : “ La première fois que je suis venu dans cet établissement, ce fut pour rencontrer un presque vieillard. Il allait quitter son métier. Beaucoup d’années plus tard, j’ai fait le même. Ultimes visites: des internats de province comme on ne croirait plus qu’ils existent, la présidence d’un concours.”
”La vie des hommes ne se reproduit pas dans nos lits mais par le papier. Jusqu’au dernier instant, les mots. Les adieux au fardeau forment le terreau de l’oubli. ”Ydit, après une brève attente : “Matin tranquille, un final, et hop , ceci : la dernière visite. Le grand thème inépuisable du Labyrinthe, voici une fin de non-revenir”

– “C’est à dire (la spectatrice hésite, d’habitude les comédiens d’ici jouent avec le public), eh bien ça finit par nous arriver à tous. De partir je veux dire. Vous voulez que je vous offre, euh… un vin chaud “? Puis, se rend compte : “ Enfin, je ne veux pas dire que …je vais le chercher, vous le payez?”
– Chérie, tu gènes un peu Monsieur, et t’as tellement froid?
– Ce mistral…Vous n’avez pas froid, Lydie ? ( drôle d’idée pour un homme de s’appeler ainsi) ?
YDIT : “65 ans, et 42 depuis le concours. Derniers rapports avec l’actif. Reste à explorer le passif. 42, C’est le chiffre. 42 ème rue, 42 ème parallèle, 42 le nombre de la réponse à la question secrête?”
Dans le village grossi par le festival de rues et de rires, les spectateurs sont courtois et bienveillants. Donc, on reste. “Mais ça commence plutôt mal. Pas de chance, on est tombés sur du “off” tendance “sad”, enfin je voulais pas dire Sade, mais”. Elle se tait.
L’orateur s’assied, tourne le dos
comme pour marquer le retour vers l’ombre
YDIT , forçant la voix :
“42nd Street
42 ème rue. Times Square. Rien que de joyeux souvenirs de nuits tendres. Des personnages romanesques traversent la place comme des ombres poudrées de marquis sortis indemnes des “Liaisons Dangereuses”.
–“Vous y êtes allé ?” demande une fraîche arrivée, ample robe à fleurs et T shirt où la poitrine plus que légère flatte la permanence de l’existence.
– “Pas vous?”, s’amuse à jouer Ydit.
Elle, d’une savoureuse voix ondulée par l’accent :
“Times Square–42nd Street/Port Authority Bus Terminal is a New York City Subway station complex located under Times Square and the Port Authority Bus Terminal, at the intersection of 42nd Street, Seventh and Eighth Avenues, and Broadway in Midtown Manhattan. It is the busiest station complex in the system, serving 66,359,208 passengers in 2015.[3]The complex allows free transfers between the IRT 42nd Street Shuttle, the BMT Broadway Line, the IRT Broadway–Seventh Avenue Line and the IRT Flushing Line, with a long transfer to the IND Eighth Avenue Line one block west at 42nd Street–Port Authority Bus Terminal. The complex is served by …”:
Elle reprend son souffle, sourit, tourne sur elle-même en une sorte de révérence arrondie, sans référence. Les autres, ça y est, la considèrent comme la comparse d’YDIT, comme le baron du marquis. Pour sa part, l’orateur ne refuserait pas un tel partage. Du soleil joue dans l’eau froide de ses yeux pers.
On attend la suite, en espérant que ça va devenir plus rigolo.
Deux auditrices vont déguster ailleurs. Assez oublié comme ça !
Le vent est tombé depuis le sud, un peu de poussière flotte encore faute de l’avoir compris. Maintenant, sept ou huit spectateurs écoutent YDIT :
« 42 ans de ce travail, et 65 ans de vie : c’est le jour des mises en demeure. Vous savez comment on nomme les mariages de cet age ? »
–« Attendez, j’ai su. Diamant ? Ebonite ? »
Ydit : « Noces de nacre. » Il déplie une page de magazine :
« Votre amour est comme une perle précieuse trouvée au fond de l’océan ? En ce quarante-deuxième anniversaire de mariage, rappelez-le avec ces créations à base de nacre !
La nacre, avec ses reflets chatoyants, est symbole de longévité. Et après 42 ans de mariage, cette signification ne peut définitivement pas être démentie ! Sous forme de boutons, bijoux ou perles, la nacre orne tous vos accessoires pour leur donner un air précieux en ce quarante-deuxième anniversaire de mariage. »(Marie-Claire Idées)
–« Vous n’avez pas les images du magazine ?» demande la jeune souriante, qui tressaute en écoutant, et veut encore participer au jeu, pendant qu’il est temps. « Les images c’est mieux pour comprendre »
Le public, résigné : Ces deux là , ils sont gentils, mais le festival c’est quand même pour sourire de la vie, non ? Elle, sans doute un prof d’Anglais ? On irait bien à la buvette, avec tout ça, pour faire une petite pause, non?
Bien entendu, la petite pause entre deux tours, de piste.
A suivre, donc d’ici peu :
Séquence Publique d’Omission n° 42-2 …
ou : “42 fois 1 égale 65”
Partie 2/2, à venir.
Didier Jouault pour Yditblog
On ne manque pas d’Aides, on a mis des bleus, et merci d’être venu.

Le récit est mené depuis un manège à casser les grains.
C’est un soir de printemps, quand le sac du marcheur se love dans l’une de ces maisons d’hôtes où l’écoute forme une part de vivre, et le dîner un hommage à lenteur.
On a un peu visité.
On s’arrête.
La fille de la maison ferme son col, mais ce n’est pas l’heure des regrets.
Ydit raconte :
La berline épaisse glissait vers le nord extrême de Paris, quand la ville pourrait sembler abandonner son urbanité.
-« Pourquoi on vient là, au fait ? » demandait LUI, agacé
Le dossier de visite l’expliquait très bien, en moins de cinquante mots, pour lecteur pressé. Mais, dans la chemise bleue, il était encore entre les mains du policier porte-tout, à l’avant-droit. Ydit donna la réponse.
-« Et alors ? « ( sans quitter le Blackberry des yeux)
-« Eh bien, Monsieur , en raison du thème. Marquer la nécessité de la vie qu’on préserve. »
LUI regardait brièvement Ydit, de biais, on devinait ce qu’il pensait, au sujet de la vie qu’on préserve.
Pour cette fois, unique, Ydit voyagerait dans la voiture de LUI, organisation de dernière minute, « nulle » avait grommelé le Passager, à l’instant de partir . Et sur le choix du lieu : « Je ne vois pas le rapport ».
L’excellence était énervé. Et ça ne roulait pas vite. On serait en retard.
Depuis le début, la visite ne lui plaisait pas. De l’actu-social. Ydit lui faisait toujours perdre du temps avec de petits publics, sur des sujets en marge, presque sans presse. 
Pas le moindre sens du rentable. Mais, bon, cette fois, pas moyen de refuser le sujet, à cause de la date. Sinon, c’est …enfin on les aurait tous eus sur le dos.
-« Jo, passez moi le dossier. » LUI, feuilletait, on était presqu’arrivés, il s‘arrêtait sur les Éléments de Langage. « Y a pas de discours ? »
–« Si, Monsieur , très bref, au fond du dossier »
–« Je demande toujours qu’on le mette au dessus …Bon, j’entre, je regarde deux minutes, je parle , je m’en vais. Vous restez sur place s‘il y a des questions. »
Se retournant, Jo le policier : « Le coin est un peu chaud , Monsieur, surtout le parc voisin, ça crame facile, alors avec la commissaire, on a mis des bleus . »
LUI haussait les épaules. Sur le trottoir, les officiels attendaient, joyeusement érigés.
A l’intérieur, la lumière avait été mal réglée, elle coulait gris souris. Le chef d’établissement guidait la visite, dans une certaine confusion. Tout le monde s’amusait, se pressait, on parlait fort, on bougeait beaucoup. Les jeunes gens et jeunes filles, autour, s’amusaient à voir l’Excellence- t’es sûre que c’est lui ?- glisser d’un pas ombreux devant les affiches explicites, les objets sans pudeur, déployés avec malice, et encore davantage les installations maison posées sur des étagères du « foyer » : il essayait de ne pas regarder de près.
Mettre au cœur du parcours les objets de l’obscur, c’est toujours prendre le risque non pas de l’obscène, mais du ridicule.
LUI, en politicien d’expérience, l’a compris, d’autant plus que l’histoire de son parti, la ville dont il est élu, tout en lui aurait conduit à ne pas être venu ici. Comme si, naguère, on avait vu un notable sortir de. Mais il faut bien.
Etre Excellence : éviter le reproche de ne pas avoir été là.
On sentait que LUI n’aimait pas la séquence, comme on sent la sueur dans les métros. Les jeunes filles avaient les mains fraîches et les joues chaudes.
Devant le pupitre installé de travers, où l’on avait posé de biais les feuillets du discours, LUI commençait d’une voix plus mal assurée que d’habitude. Ah, le public n’était pas « les jeunes du parti ». Un auditoire …très très, disons, mélangé. Remuant.
Chiffres du dossier, deux jours de préparation pour YDIT : tant de personnes touchées depuis tant d’années, courbes de hausse ou de baisse, politiques publiques, évolutions socio-géographiques, faut-il vraiment dire tout cela ?
LUI finit par ne plus comprendre, mais le principal c’est le message de prévention: protection de ces jeunes, patati patata.
Des yeux, il cherchait un appui, un arpent de banquise, quelqu’un d’autre qu’un gamin serré dans son jean’s. Mais à part Jo, le policier sympa, personne, sauf ce nul de Ydit, qui avait choisi ce lieu inepte, et un public écoutant à peine, on se serait cru sur la plage, gloussant et trémoussant, eux s’en fichaient autant que de leur première …euh de la première…à quel âge elles commencent ces filles-là?
Puis, serrant des mains, veillant à ne pas trop accepter les promiscuités, ne signant rien parce que personne ne le demandait, LUI traversait le groupe fluctuant du public. Une «table ronde» était prévue, mais non, mais non, il regrettait vraiment beaucoup, mais il devait répondre à une grande urgence, le conseiller lui allait rester. Lui regarda Ydit comme si c’était une punition. « Non, non, la projection des clips, désolé, vraiment » … D’un geste privé d’enthousiasme il désigne à nouveau Ydit.
Cependant, LUI devait bien remettre le chèque pour le foyer des jeunes d’ici, puisque l’établissement a gagné le concours du meilleur dessin. On était venus pour ça, au fond. Quelques mots, photo, photo, mais surtout pas de photo devant ces incroyables objets, des …enfin des…décorés de toutes les couleurs, en large, en grand, et tous ces slogans, mon dieu .
Le chef d’établissement aurait bien voulu continuer par un parcours par un détour, fléché? « Désolé, vraiment, je dois aller à Matignon, je regrette, vraiment c’était extrêmement intéressant, à nouveau mes félicitations pour les clips et le prix, dites encore bravo de ma part à tous vos jeunes ».

concours de détournement : le prof et l’infirmière, d’après le superbe LELONG, « Carmen Cru », Fluide Glacial Ed.
LUI reprend le chemin de la berline, postée à cheval sur le trottoir, il tend la chemise bleue à Ydit, Jo sort le premier, la fête fugace est finie.
Et on l’attend.
Excellence, on ne soupçonne pas toutes les formalités.
Et mettre au cœur de la lumière le sujet de l’obscur, c’est toujours prendre le risque non pas de l’obscène, mais du ridicule.
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didier jouault pour Yditblog
Séquence Publique d’OubliEs, OMISSION n° 40
Faut-il quitter sans mégoter le fumeux territoire de la pauvreté ?
Au festival de Castel Gontran, province très lointaine, Ydit n’a pas été bienvenu. Escarpins de Parisien sur le tapis Terre de Sienne d’un programme en région : « Touche pas à ma motte »! Ici, on a eu l’accueil sobre, et direct : « NON ! Passe ton chemin. »
La séance précédente d’ « Omission » le raconte.
« Mais si on vous avait accepté ? » dit la passante encore sans souci, et qui déjà profite d’un aimable soleil après la course au bord du bois.
Ydit ne sait pas dire « non », lui, et il raconte.
Ydit : Entre deux performances d’acrobates verbaux, dans la belle salle de spectacle tissée dans la pierre du monastère, une demi-douzaine d’étudiants, chacun à sa table, présentait un micro-projet construit dans son école d’art. Très belle idée.
Un debout déguisé se taisait superbement – symbole des malentendus de l’art contemporain? Une autre soufflait des bougies-farce, inextinguibles, en récitant avec talent des passages entiers de « Pierrot le fou ». Superbe! Un autre voulait ajuster en récit des plans-masse, éparpillés comme des puzzles et formant une Alphaville différente pour chaque interlocuteur. Une autre, une fille à regard de Nadja, distribuait des cartes toutes blanches pour un jeu sans règles sous l’œil absent du barman.
Ydit : Je me serais assis là, parmi les autres diseurs, et j’aurais dit que pendant toute un époque, le père se clochardisait à vue d’œil.
Ydit : Voici le récit que j’aurais fait. En cette époque, années soixante, le chômage n’était qu’un passage court entre deux emplois, un gué au milieu de Trente Glorieuses. Le père, lui il aimait ça, rester dans le passage. Par flemme. Usure natale d’énergie. Mais pas une de ces flemmes sympathiques, genre anar bricolant son vélo en Marcel noir souligné de juliénas. Lui, c’était, la cinquantaine venue, l’amour d’une flemme sale, la flemme de l’ado qui refuse de se laver, se lever, se lover dans les bras de Mamm.
Le père juxtaposait en toute impunité deux activités aussi peu lucratives que salubres : le ramassage impuni de mégots et la tenue de l’arrière-bar chez la mère Jeanne. Au rez- de chaussée de l’immeuble immanquablement minable, et détruit depuis, où sa famille logeait le pignon humide accueillait ce troquet «bois et charbons» qui semblait sorti d’un passage des «Champs Magnétiques», traduits en direct en langage « vieux Patriarche » ce velours de Nicolas .
–Tout ça ne donne pas très envie, c’est mal imité de Doisneau, non ?
–Le troquet, au Pré Saint Gervais, se magnifiait lui aussi de trois portes. La porte sur la rue, enfumée de gros tabac, émail décati : « Vins et Bocks » et pas besoin de carillon, les clients sont rares, ils entrent d’un pas incertain puis s’accrochent au vieux comptoir. La porte, dans l’arrière-bar, qui donnait sur le minuscule hall sombre de l’immeuble (souvent, à dix ans, je passais par là en traversant le bar), la véritable porte, enfin, de bois plein et lourd , tout au fond, celle qui ouvrait sur l’étroite cour, toilettes au fond, un point d’eau qui paraissait couler sale de naissance : de quoi laver les bouteilles avant d’y reverser le 10 degrés,- père aidant de son mieux et avec une ardeur infatigable au mouillage du gros rouge d’Algérie – car il avait un peu abusé du 11 degrés, fallait bien restituer un niveau à la barrique. Père n’était ni prévoyant sur les mesures de quantité ni trop inhibé sur les façons de transformer le vin en eau. Tout un talent.
–Ce qu’on oublie, aujourd’hui, c’est quoi, au juste, c’est la Mère Jeanne et son comptoir ? Ou l’art du ramassage ? Faut savoir !
–D’accord, d’accord, le plus difficile dans l’oubli, vous avez vu juste, c’est de ne pas s’y perdre. Un temps, je l’ai connu propret.
A cette époque là, mois derrière mois, le père avait lâché prise. Il faisait semblant de tenir debout sur sa patte bloquée au genou. La mère travaillait, cousait à domicile des doublures de cravates, gardait toutes sortes d’enfants, s’apercevait de temps en temps qu’elle avait un cadet dans la cohorte. Le père, lui, jadis convenable, impérial et dégradé, menait une existence simple : d’exceptionnels emplois vite abandonnés, des bocks en terrasse, la barbe pas faite, il occupait les trottoirs, les abris, les halls de métro, il ne les occupait pas, il s’y traînait, comme il tirait sa patte folle, depuis toujours ankylosée au genou dans une position raide qui le faisait boiter.
Depuis la fenêtre qui donnait sur le parcours, je le voyais,
je le voyais traversant les rues , l’air un peu louche, un peu sale, faussement déterminé. A quoi il occupait sa belle journée, ensuite, brume ou lumière, était simple à décrire : il mégotait… »
Ydit poursuit le détournement de l’inaccessible festival, commencé sur les lieux mêmes. On s’y croirait?
Le père : au sens exact du terme, il collectait dans un sac plastique, il accumulait avec une patience de chimpanzé devant l’arachide, et sans le moindre dégoût, il mélangeait tous les finis de cigarettes, nombreux alors, les pieds de cigarillos qu’il péchait au sol comme un grand oiseau raidi quêtant les vers à marée basse.
Toute honte bue, mais à l’époque la honte n’était pas son breuvage unique.
Précis et sale comme dans une favela, il pivotait sur son pignon raide avec l’élégance aptère d’un roi du patin à glace, il ne lui manquait, certains jours, dans son tango de bitume, que le tutu en papier Job.
Mégoter : séparer soigneusement le filtre, toujours écrasé, parfois teinté de rouge-Baiser sur la fin d’un Camel assoiffée de saveurs ( mais le père ne fantasmait pas, guère tenté par le rouge-baiser, il préférait le rouge 12 °, il mégotait). Froisser le papier sale du mégot, ne pas hésiter à le laisser tomber avec une négligence presqu’aristocratique, saisir les brins compressés du tabac, de toutes les couleurs un peu,
(mais l’époque n’était pas raciste pour le tabac), ensuite le noir brûlé sur le bout des doigts, mais de la cendre sur du sale, ça ne tache pas. Endroit fructueux, le pied des arbres, geste souple, mouvement leste, le père happe le mégot encore tiède, c’est tout un art, de nos jours largement oublié.
Grommelant, grumeux, bouffardant, il tirait à la fois sur sa pipe et sa jambe, cognant marche et rampe du double choc arythmique du fourneau et de l’ankylose, il rentrait à la maison regardant le mégot tel un bonbon d’écolier, ah une menthol Stuyvesant, un vrai Carambar.
Pipant davantage qu’à son tour, à l’aise dans son jus, il faisait du ramassage de mégots davantage qu’un usage : une cérémonie d’aliéné ou de shamane qui prendrait chaque filtre doré pour le cylindre d’une pépite.
Dans ses doigts d’artiste, le mégot se faisait lumière.

Le sac plastique n’était pas toujours plein, mais il puait toujours le bitume et l’huile écrasée, et avant de rentrer, le père traversait par le bistrot de la mère Jeanne, rien de tel en ces temps que le cendrier de poivrot, à l’exclusion du pied de zinc.
Elle et lui, c’était la lumière et la comète.

d’après l’extraordinaire » Carmen CRU« , Lelong, Fluide glacial ed. 1985
Et du coup de l’étrier, un petit rond de 13°algérien à saveur d’eucalyptus desséché.
Il aurait pu éditer à compte de mégots un vademecum du ramassage, un atlas de la Camel rougie à lèvres, de la Malboro prise au débotté. Empereur déclassé, certes, un peu Saint Hélène fin 1820 , mais empereur tout de même, un pivert n’y aurait pas retrouvé ses insectes. L’avantage du tabac déshabillé après stage de formation en caniveau, c’est que ça chasse pas mal de bestioles, de nuisibles, ne serait-ce qu’à l’odeur à jamais invaincue.
Déjà, Le récit aurait été proche de la fin, et l’oubli au terme de son accomplissement. Satisfait, Ydit raconte qu’alors il aurait quitté le festival…
…qu’il aurait parcouru le passé dans cette petite ville à fortes odeurs médiévales coupées de propres gazons parfumés chaque matin.
Mais il faut en finir et boire le jus de la pipe jusqu’au bout, disait le père, parait-il.
Ydit : Paisible, attentif, soufflant sur les brins de tabac comme un écureuil comptant ses glands, serein comme un joaillier flamand qui croit poser pour Vermeer, le père bourrait d’une main la blague à tabac et de l’autre sa pipe relativement crasseuse et parfaitement culottée, toujours tenue en équilibre entre ses dents, sauf lorsqu’il la secouait, un peu n’importe où, flagellant l’atmosphère de jets résiduels qui forment l’un de mes forts souvenirs olfactifs. 
Pas moins forte, l’odeur à chaque fois singulière du mélange toujours improvisé, deux zestes de Gauloises, un coin de Player’s, et le piquant d’une Camel moins qu’à moitié fumée (on pouvait rêver d’un beau gosse aimant les films noirs américains, ou Jean Seberg chez Godard, et voici que l’attendue arrive, un peu en retard, il écrase la riche cigarette…)
Ou bien, comme à chaque fois, serait-ce une jeune femme attendant à la fenêtre
et qui jette son mégot par la fenêtre ?

Avec l’autorisation d’Amalia F.S.
(mais le père, lui, ne rêvait jamais qu’à hauteur de trottoir, tendance Boyards)
Plus tard, aurait ajouté Ydit , j’ai eu plaisir à expulser mes filles vers le pays où les pères n’ont pas besoin de mégoter leur existence, où l’on enjambe les cendrées d’une foulée joyeuse.
-Mais, dit la jeune fille du bord du bois, ils ne vous ont pas laissé parler ? Sinon ?
Plus tard, ajoute Ydit, j’aurais conclu en disant
avoir trouvé du plaisir à exfiltrer mes filles hors du fumeux et définitivement désastreux territoire de la pauvreté.
par Didier Jouault pour YditBlog
Ce devait être la
Séquence Publique d’OubliEs n° 39 (en réalité la 58ème publication, il y aura des bougies pour le post 67, prévu le 22 août!) :
Titre arrêté :
« La légende des siècles ne passe pas le portillon du savoir. »
Comme il s’agit de mauvais souvenirs, ajoutons ceci : le texte de cette S.P.O. était prêt (retravaillé à l’excès comme souvent), les images longuement sélectionnées (parmi environ deux cents ), recadrées, couleurs ou lumières revues.
Ne restait, dans le calendrier soigneux, que l’amusant et fastidieux à la fois travail de transcription sur le site » WordPress.com« : deux ou trois heures de tâtonnements, mises en pages reprises…
Mais non.
Cette SPO 39 est bien marquée par l’acharnement de l’échec. A part trois ou quatre images (sur les 15 prévues), impossible de « charger » les autres- parmi lesquelles les quatre majeures, véritables étapes visuelles du récit, ainsi qu’à chaque fois.
Les échanges intersidéraux, polyglottes, dominicaux avec les « aides du site » (qui ne s’expriment que dans ce langage barbare : l’anglais des informaticiens) n’ont servi à rien. D’ailleurs, ils ont abandonné, murés dans leur silence d’aidants atterrés, enfermés de l’autre côté du langage, m’oubliant sans bagage et sans bandage.
« La légende des siècles ne passe pas le portillon du savoir. »
Voici donc la première « SPO ACCIDENTEE »: le texte initial de cette « omission », un peu modifié tout de même(d’habitude, les images et lui jouent de contradictions ou de compléments), mais très peu des images prévues. Pour ne pas gâcher le regard de l’auditeur (sic) avec de noirs tunnels de plagistes un soir de neige, j’ai fouillé ma « bibliothèque »d’images.C’est l’archivage de toutes les photos (ou dessins) ANTERIEUREMENT publiés dans les 38 S.P.O. précédentes.
Bien entendu, le résultat est approximatif -et surtout il n’introduit pas les 75 % d’images nouvelles par séquence exigées par le cahier des charges. J’espère que le producteur me pardonnera.
« La légende des siècles ne passe pas le portillon du savoir. »

-Ah, vous savez, c’est idiot, j’ai oublié ma carte de vieux chez moi.
-En fait, monsieur, on dit plutôt carte Sénior, c’est plus sympa…
-Toujours, le latin maquille le réel. Bon, je paie la taxe et je suis remboursé, c’est ça ?
-Tout dépend si mon collègue vous a déjà fait la taxe de l’aller?
-Non, pas de contrôle, mais je vous ai dit, aujourd’hui, pas de chance. En fait je reviens du festival de Castel Gontran,vous connaissez ? Vous avez une minute ?
-Y a plus d’arrêt jusqu’à Paris, j’ai le temps, dit le contrôleur
Ydit raconte : Voila. Il y a un personnage, YDIT. Le personnage est sans cesse en quête d’un endroit où parler ailleurs que dans le vide. Il a pris la carte pour ça.
Nous vivons un monde bâti sur d’éternels passants. Rien ne s’arrête, même pas les auditeurs,
ils attendent toujours quelqu’un d’autre.
L’Oublieur cherche comme un scarabée cherche l’humide, comme un chamelier cherche la dune, ou un contrôleur la fraude…Le festival se nomme «Paroles», il est de haute qualité.
Mais on est en campagne, ici, et les propriétaires ne partagent pas la terre où poser les mots :

produit de substitution d’image :grille austère lycée HUGO de Castel Gontran
Pas de ça ici, Ydit ! Pas le moindre coin de cloître où planter un Ydit de fortune, un héron pas goguenard, un solitaire peu diseur.
Il n’aurait, au passant, que donné de beaux mots – vous avez remarqué, c’est un alexandrin classique.…L’offrande gracieuse de quelques oubliEs distribuées aux portes du festival. Paroles et OubliEs, on attendrait Lacan. Et ses jeux de mots. Vous savez quelle est la boutique voisine du Lycée? Et vous en savez un peu sur Le Poète Immense, ses usages même dans l’âge?
-Oui, pour l’alexandrin, j’avais entendu. Pour l’humour, c’est du gras.

image de substitution d’une enseigne, ruelle de centre ville, in gros cochon rose souriant : » Goûtez mes Rillettes, de la tête à la queue je suis délicieux »
Et pour le récit, vos «Paroles d’oubli», c’est une histoire longue?
Elle se finit dans le commencement, selon Ydit : faute (mais sans coupable) d’accès aux marges du festival, YDIT tenta de se glisser dans les portes ouvertes du lycée de Castel Gontran, juste à côté. Beau lycée, très vieilles pierres, cours d’ Arts, diplôme supérieur, et même licence de management de projets culturel avec l’université lointaine. Du bon grain pour livret, d’accueil.
-Vous y êtes allé franco ?
-C’était grand ouvert, mais on connaît : ces endroits-là sont éclairés par l’éclat de la pénombre, hermétiques à la visite. C’est fermé, c’est fermé, chantonnent les pierres à bouche muette. Connaisseur, Ydit écrivit au grand chef,
au moyen chef de la comté, au baron du lycée, car cette pénombre multiple est dirigée par une armée de seigneurs. Lettres, rappels, petits mots doux, presque s’humiliant pour ne pas s’oublier soi-même dans le projet des Omissions.

image de substitution
Presque se faisant tirer les cartes blanches par une étudiante en voix, sous l’œil absent du barman.
Il y a encore peu, ceux-là envoyaient leur chauffeur attendre Ydit à la gare, ou bien retenaient une belle table pour lui expliquer le département, vérifiaient trois fois leur dossier avant son arrivée au lycée.
A présent, n’est plus là, n’est plus rien, que des maux. Guenille flottant sur la corde rêche du temps distendu. Fantôme aptère ne traversant pas les grilles du refus.

image de substitution merci à Catherine Mainguy
-Et alors ?
-Le silence des réponses taille son chemin dans l’absence, vous savez bien, comme une griffe animale sur une peau. Rien, pas un mot, nulle réponse, ah, ici, les Misérables, pas même, pour ce lycée, un beau geste comme « Donne lui tout de même à boire, lui dit mon père » !
-Tout à l’heure, je l’ai reconnu. Mais si, le deuxième alexandrin avec coupe à l’hémistiche : « A présent, n’est plus là, n’est plus rien, que des maux ». Et ça rime avec le premier. A force,on peut comprendre que votre public s’agace, des fois.
-Ydit : En vain, à la fenêtre du lycée, découverte dans un détour, Simone ( ou est-ce Juliette ?)
sous son turban attend son Victor.
-Je le connais, celui là , Victor, on l’apprend à l’école
-Un tout petit temps avant : un mel violemment administratif : on autorisait Ydit (après tant de rappels et de dossiers) à venir rencontrer deux artistes-peintres locaux dont les œuvres en technicolor pendouillaient comme des OUBLIeS mal cuites,
gravement fixées de guingois aux clayettes pas guillerettes d’un étroite salle annexe de sous-réunion. Suprêmes audaces fin du début XXéme.

photo se substituant à une image de restaurant à Castel Gontran
Toutefois, par l’auteur attiré, Ydit vint supposant qu’il y aurait des étudiantes, des lycéens , pour qui déployer quelques minutes d’une sentimentale attention et balancer au vent des OUBLIeS
la bannière ondoyante, bruyante, odorante des OMISSIONS jouées en blues.
-Et ?
-Non : deux artistes peintres, une dame en blouson de lapin gris croquant à dents de loup dans des chips à la betterave, dos tourné à la porte.
L’art local, avouons le sans démagogie, il est à la peinture ce que le bistrot de la gare est à Lasserre ou Lucas Carton.
-Je vois un peu : « que vouliez-vous qu’il fit ? »
-Oui, eh bien qu’il fugat, nec mergitur. Naguère dit maillon de pur métal, et maintenant guimauve étirée qu’on laisse fondre en paix dans un coin du parc d’attraction.
-Et donc, vous voila. En effet pas de chance. Pas d’audience, pas de carte … Ca va faire 65 euros.
-Est-ce que vous connaitriez par hasard une bonne collègue à vous qui s’appelle Germaine ? Parce que …
ydit -Blog Nouvelle saison SAISON IV
Séance publique d’oubli, à chaud.
Suite de l’Omission, épisode 38,
Je suis venu vous dire que je m’oublie.Le projet :« L’Omission ». Précaution d’emploi (avant de s’y mettre ) : pour un meilleur suivi du projet, même si l’on commence à deviner la déambulation, il n’est pas inutile, et il n’est pas nécessaire, de se reporter aux presque cinquante publications postées depuis dix-huit mois, et qu’on peut retrouver ci-dessous : on s’y arrange comme chacun peut avec les « OUBLIeS ».
Question n° 38 : La pierre des œufs fond-elle dans les chaleurs du sauna ?
Dans le sauna éclairé de pénombre, où de vieux gens passent encore du temps à parler de l’avenir en se regardant le passé, les barres de bois raidissent à la caresse de chairs encore immunes dans leur fraîcheur du dehors.
On éta
le un corps tiède, il se mue en chair brûlante, peau liquide, front de bûcher, les yeux…
Voir l’article original 1 780 mots de plus
Séance publique d’oubli, à chaud.
Suite de l’Omission, épisode 38,
Je suis venu vous dire que je m’oublie. Le projet :« L’Omission ». Précaution d’emploi (avant de s’y mettre ) : pour un meilleur suivi du projet, même si l’on commence à deviner la déambulation, il n’est pas inutile, et il n’est pas nécessaire, de se reporter aux presque cinquante publications postées depuis dix-huit mois, et qu’on peut retrouver ci-dessous : on s’y arrange comme chacun peut avec les « OUBLIeS ».
Question n° 38 : La pierre des œufs fond-elle dans les chaleurs du sauna ?
Dans le sauna éclairé de pénombre, où de vieux gens passent encore du temps à parler de l’avenir en se regardant le passé, les barres de bois raidissent à la caresse de chairs encore immunes dans leur fraîcheur du dehors.
On éta
le un corps tiède, il se mue en chair brûlante, peau liquide, front de bûcher, les yeux grillés de température ambiante. Il suffirait de laisser passer le fondu-au-noir. Oublier, pour de vrai.
Sauna.L’expérience de la disparition à vif.
C’est que, dès la première ligne d’envoi, dès la première des répliques solitaires de la plus petite S.P.O., même si personne ne relève, même si personne ne répond,
la virtualité d’une lecture mondiale- n’est pas exclue :
à présent, qui saurait jusqu’où la toile délivre sa parole ? Même dans la pénombre de la sueur?
Sauna de Paris. Espace d’oubli. On s’installe.
-Robert ! Tu sais ce qu’il m’a dit, Maurice, que son parking il y a un type qui veut l’acheter 20 000.
-Son parking ? A Maurice ?
-Oui, la place au 1er sous sol
-20 000 ? Le parking à Maurice ?
– Oui, t’as tout compris, 20000
-Son parking ?
Très doucement, depuis la flaque de sueur où il repose en ripostant à l’excès de mouvement, en suppliant l’émergence improbable de la paix, un plus que sexagénaire se gratte la gorge avec provocation. On devine que l’intensité du dialogue soutenu par les voix méditerranéennes nuit à la volonté de rep
os.
Ici, dans la virulente chaleur physique du sauna, en dépit de l’espace large, les mots gravissent avec force et vigueur les degrés de bois brûlant. Ici, serait-on ailleurs : bavardages aimables à voix basse sur la marinade de renne et la sauce aux airelles, glissement cordialement impudique mais familial vers la neige, furtives glaciations de la peau.
Mais, ici, c’est Paris , quartier mêlé, accents divers, club populaire, pas de besoin de parrainage coûteux.
-Et encore heureux qu’on n’est pas mixte, y paraît que le patron voudrait.
-Voudrait quoi ?
-Au lieu d’un étage homme un étage femme, un étage mixte, mais alors en maillot, et un étage pas mixte selon les jours.
-En maillot, baisse la tête, t’auras l’air d’un coureur.
Jeannot s’esclaffe, se retourne sur sa serviette qu’écrase un très généreux abdomen : « mixte, dans le sauna, en maillot, c’est comme une escouade de mecs du RAID sans cagoule »
-Tout le monde rit. C’est chaud.
-De toute façon, toi, même à poil, on te voit pas le truc tellement t’as le bide qui fait cache-sexe.
-Combien t’as dit qu’il le vendait, son parking, au fait, rue de la Plaine, à Robert ? Avec les tags sur le mur en face ?
-Il vend pas, c’est l’autre qui veut acheter.
20000 Tu paies aussi cher que pour une bagnole
-Une bagnole, pour 20000, t’as pas la B.M.
De nouveau, le sexagénaire en sueur tente de réinventer une forme du silence, comme si l’ajustement des planches de pin chaud référait à une sépulture au milieu du discours des villes.
-Ah, j’espère qu’on vous gêne pas trop , M’sieur Eddie ? D’ailleurs, je sors, dit Dédé , il fait maxi hot, dans ce bled, y a un nul qui a du balancer de l’eau sur les pierres, mais quand même , 20 000 pour un parking, faut pas croire au père noël, maxi hot pou pas.
Les flasques silhouettes d’allongés rêvent fortune à goût d’œuf
et se trémoussent derrière le sourire.
Il se lève, ramasse sur la base de bois sa serviette bouleversée de sueur, dit : Robert, il ferait mieux de prendre le tram
La suite du dialogue disparaît de l’autre côté de la porte, hermétique à peu près autant.
YDIT espérait devenir soi-même une forme longue du silence, mais :
Gérard : ils sont sympa ,les frangins, mais un peu bruyants. ..Vous avez vu le match, Eddie ?
Ydit se retourne, s’assied, les pieds brûlent un peu sur la planche de la marche inférieure. Ydit : je ne me nomme pas Eddie…Mais je peux vous demander un service ?
-Plus parler ? dit Gérard
-Vous voulez bien ? Je voudrais qu’on écoute.
-Vous avez apporté de la musique ?
-Autre chose.
YDIT sort. Entre temps
Gérard est passé dans la salle des douches fraîches.
Ydit affiche et pose.
–Gérard : J’ai dit à Robert et Marcel et aussi à Dédé de rester dehors ou de passer au hammam plutôt qu’ici, pour pas déranger, d’ailleurs y s’en vont.
C’est pas la peine d’être à douze pour écouter un sexagénaire à poil raconter des histoires, non ?
YDIT s’installe pour brûler de moins possible les parties de peau dépassant la serviette.
Gérard : bon, si on y allait ?
YDIT :
J’arrive.
Voici. Dans le petit bureau vieux-moderne du chargé de mission sonna le téléphone. A l’époque, il y a beaucoup plus de trente ans , c’était un arc de plastique gris retenu dans son essor par un fil roulé en ressort, ça faisait des nœuds à chaque phrase.
–On se tutoierait pas, Eddie ? La sueur rapproche les mecs, non ?
–Le son d’époque, ça grignotait les oreilles comme une souris se fait les dents sur un tome de Montaigne à la cave.
YDIT : C’étaient les étages nobles du ministère. Le Directeur inventait. Moi, je parlais avec lui, on déjeunait, j’écrivais . On voulait changer des mots dans le journal officiel. Donc, téléphone :
-‘Monsieur le chargé de mission auprès du directeur, dit l’autre, et ça commence mal , je vous appelle au sujet de la rédaction que vous proposez pour le décret des statuts.’
–T’étais à la culture et beaux arts ?
–Les statuts, les carrières, tout ça. La voix au téléphone était grave, on sentait une de ces interrogations qui façonnent l’existence, qui menacent le projet de continuer en paix la rude aventure des bureaux . Le chef de service :
–‘Oui, dans votre hypothèse de proposition de rédaction nouvelle, ligne deux alinéa quatre, pardonnez-moi, mais je suis gêné par un mot, j’ai le texte sous les yeux, vous aussi ? Ligne deux ? Vous y êtes ?’
Gérard sourit . Des types gênés par l’usage d’un mot dans un bureau, c’est comme des mecs du RAID emberlificotés dans leur cagoule, mais bon.
YDIT : « ‘ Formation’, c’est le mot. Le chef de service : « Il s’agit là, n’est-ce-pas, en l’espèce, ne le négligeons pas, d’une sorte de …d’évolution, l’évaluation, la formation. Une révolution de la formation à l’évaluation, tout de même ». On sentait qu’il était content de son vocabulaire, promotion Audiard à l’ENA. Il se serait laissé aller canaille, « les yeux dans les œufs » ou « rien de neuf dans l’oeuf » , et même « la preuve par l’œuf ». Mais on a sa dignité.
Il n’était qu’à trois bureaux de là, c’était l’étage « Direction », mais il téléphonait. Car qu’il ne quittait pas ses œufs. Pas des Fabergé , sauf des copies, mais des œufs de toutes sortes de pierres, du marbre coloré, dans une corbeille de paille vernie, sur son bureau, un bel effet de contraste.
Les œufs formaient une sorte de pyramide ronde, un entassement de boulets, il en saisissait souvent, selon le sujet, il le tenait en mains, le réchauffait, se le faisait rouler avec saveur et sensualité sur la joue fraiche. C’était le chef de service. Un œuf par décret accepté en Conseil d’État, cadeau de l’équipe éblouie de « ses » chefs de bureau admiratifs , on disait que parfois sa femme, qui ne reculait devant rien , en ajoutait.
D’une main le téléphone pour faire la leçon à ce blanc-bec éphémère de « chargé de mission auprès du directeur », tu parles, tout juste un petit agrégé de rien du tout , l’autre main sur les œufs à présent tièdes.
–« Ne craignez vous pas que ce mot, enfin, Évaluation, dans un décret en Conseil d’État sur les carrières des personnels, ne représente comme une trop forte évolution, c’est dangereux pour le Directeur, si on y réfléchit, c’est un vocable lourd de menaces. Vous ne pensez pas ? Et vous n’êtes pas sans connaître le conformisme des formes en vigueur au Conseil ? Je connais bien mes ex-condisciples… »
Ydit, dans le sauna : je ne connaissais pas encore la troublante Kaptain, sinon je lui aurais demandé un coup de main pour menotter les paroles perdues du chef de service.
Il se taisait, savourait la pointe. On imaginait le petit « chargé » qui s’effondrerait dans son fauteuil-éjectable, c’était un proche du directeur, certes, mais il ne connaissait rien du Conseil. Un mousse de paquebot, un soutier de porte-avion, quoi. Redressant la tête sous les cheveux frisés comme des feuilles de tilleul à l’automne ( ou de camomille en hiver ), le Chef de service aurait presque eu envie de gober son œuf ( un carrare rouge, cette fois), de l’enfourner, comme un trophée, de l’avaler à s’en étouffer – le bonheur, le triomphe du « pro ».
On devinait qu’il pensait à son week-end aux « Vapeurs » à Deauville.
Évolution, Évaluation, il jouait, comme s’il s’était agi de mots très obscènes lâchés dans cet univers de cravates de notaire gris-anthracite.
Gérard : Je t’écoute, Eddie, ton oubliE, j’ai les poils du dos qui se plantent dans les planches, va falloir me décoller au pied – de- biche, t’as jamais eu un auditeur pareil !
YDIT : J’entendais le cliquetis des œufs roulés l’un contre l’autre dans la main. Evidemment, ce n’était pas le Darwin du décret, le Lavoisier du statut, le LaFayette de l’arrêté, notation, natation, cotisation, cotation, rotation, reptation, rien que des mots de l’administration, bourse, œufs, il s’y perdait un peu…Le vocabulaire s’emberlificotait façon gargouille soir d’orage.
-‘Enfin, bon, je pense, disait-il entre deux chiquenaudes mutines, que le Conseil va tiquer, et sans doute avant le cabinet de la ministre. Bref, vous tenez sincèrement à ce mot, monsieur le chargé de mission ? Humm ?’
YDIT, ensuite, abrège : dans la quinzaine qui a suivi, trois autres échanges par téléphone, jamais en dessous- de la demi-heure, à trois bureaux l’un de l’autre, et le cliquetis devenu métronomique des œufs de pierre.
La discussion c’était joli comme une canne et ses canetons sur le bassin du jardin du Luxembourg . On croit que ça nage, mais ça ne décolle jamais.
–Alors ?, demande aimablement Gérard, dont la sueur attaque le sol en vagues salées. ‘Parce que là je vais brûler plus vite que dans l’enfer de tous les seigneurs de ma mère, si je reste. Et je vois pas ce qui me ferait tout de même rester ?’
YDIT, qui parle comme il transpire : la sudation, tu sais, Gérard, c’est un procédé d’expatriation intime, d’expropriation volontaire, tu quittes le territoire de soie intérieure pour arroser la roseur.
Interloqué , Gérard : Tu lui disais des trucs comme ça, au type de Service ?
Brûlant d’impatience, il entrouvre la porte, mais veut savoir comment ça a fini, l’Evaluation de la formation?
YDIT : comme d’habitude, remaniement ministériel,
changement de directeur central dans la foulée, puis départ idem de son chargé de mission.
Mais, pour le pot de d’adieu, j’ai offert des cloches de chocolat,

photo Jitka, merci
…..et du matériel de peinture pour colorier la parole en rouge .
Didier JOUAULT sur Yditspo
Yditblog S.P.O. 37-3 / La nuit est rose quand le cauchemar se meurt.
Désir et terreur, parfois (aujourd’hui encore) l’amour et la mort m’éveillent à leur lumière.
« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face », écrivait le Duc.
YDIT : 
‘L’amour ni la peur ne se peuvent éprouver de front. C’est bien pour ça qu’on est forcés de glisser des jeunes filles vues de dos dans toutes les oubliEs, on ne peut pas échapper à ça :
le désir, la fuite, la peur et l’amour dans l’ennui des bruits de la nuit.’
Ydit est au Bar des Amis. A voix basse parle dans le smartphone. Le patron l’examine.
–C’est quoi votre nom, déjà ?
–Ydit.
–Didi ?
–Non, Ydit, déjà dit, pas Didi, personne ne s’en souvient jamais, Ydit comme « Il dit ». C’est pas Lulu de lupin, pas Fanfan de Souvestre, c’est Idi.
–Ouais, ça va, ça va , j’ai compris. (Il réfléchit, essuie un verre). Ah ouais, c’est le mec de Facebook ?
–Mais pas seulement !
–D’accord, mais c’est pareil vous êtes le mec du blog.
yditblog.wordpress.com
–Yes, le mec qui dé-blogue, c’est moi
–ahahah, vous vous croyez un petit rigolo ?
Un consommateur, noeud papillon noir, gants blancs : Vous frappez pas, ils sont tous comme ça, dans cette boite.

–D’ailleurs, c’est pas réellement un blog. Plutôt une boite d’oublies pour vendeuse d’historiettes ou d’allumettes
–Avec vous, on comprend rien à tout, marmonne le patron, et puis c’est jamais ce qu’on croirait que c’est mais c’est quand même comment c’est, un peu , non ?
–En gros, oui.
Le patron grogne, lève le verre dans la lumière.
– Ouais, en tout cas, eh bien, des mecs de blog comme vous on n’en veut pas trop dans l’hôtel, si vous voyez ce que je veux dire…Non ?…Vous voyez pas ?…Allez, va, les filles en short qui tortillent l’arrière et les autres habillées en très légères devant la fenêtre, bah non, je veux pas m’attitrer des ennuis avec les consommatrices, vous comprenez ?
–Pas bien.
–Moi non plus, je comprends rien à votre truc, pour avouer, et c’est même pas des histoires que vous racontez…et on n’est pas sûr que ce soit vous. Tiens, faites donc un peu le Ydit, pour voir, de fois, si c’est bien vrai ?
Alors, Ydit fait le Ydit. Ydit oublie.
N’oublions pas en effet que dans les faits l’oubli est le jeu d’YDIT .
Ydit :
Le mercredi soir, j’allais chez la grand mère TOFFIN. C’était à Pierrefitte, banlieue déjà pauvre, mais animée par les passages fantômatiques des petits travailleurs blancs dissous depuis dans la fusion brûlante du progrès social.
Elle habitait deux pièces en rez-de chaussée d’un ancien corps de ferme, ou de bâtiments de rapport pour les ouvriers. Une cour en rectangle, pavés disjoints, cagibi toilettes dans un coin, s’ouvrait – avec trois marches- sur un jardin de curé devenu jardin ouvrier.
Mais tout cela est une autre histoire, celle de la grand-mère TOFFIN. J’arrivais à pied ou en bus, selon la saison, après l’école. La grand-mère m’achetait parfois des « livraisons », m’autorisait à lire ses Zola, à écouter les « Maîtres du mystère » à la radio. 
Elle s’amusait à me faire gentiment peur.
Pour que je grandisse, si possible, dans la même terreur qu’elle entretenait soigneusement devant la vie.
Je veux oublier cela : les couvertures et les images des premiers « Lupin », qu’elle avait conservées malgré le naufrage conjugal, sans doute. J’ai appris la vérité de la littérature dans le creux de ces images simples et dures, des illustrations sans fioritures, toutes d’effet direct et de cible nette : l’émotion trouble des inquiétudes que la lumière jamais ne dissipe.
Je lisais un peu dans l’unique chambre, glaciale.
Il n’y avait pas de chauffage, la municipalité ensuite distribua des couvertures chauffantes avec – sans doute- l’espoir de se débarrasser de quelques vieilles par carbonisation sociale, raté, la grand-mère TOFFIN résistait, et je n’avais chaud qu’au moment – tard venu-où elle se couchait à son tour dans le seul grand lit, celui que je partageais avec les délices du réchauffé.
Les délices du réchauffé : toute l’aventure des « OUBLIeS »
Salut les contes, mais cette grand-mère n’était pas un loup déguisé. Une louve défrisée, plutôt, tueuse moderne à sa façon.
Je lisais un peu et surtout, avant qu’elle arrive, je me perdais au fond des images de l’horreur en papier. C’est ainsi que la littérature m’est venue, pour se protéger du froid de vivre.
Des rideaux sombres s’ouvraient sur des poignards menaçant de translucides jeunes femmes. Du dessous de lit, surgissaient soudain, bondis au milieu d’un graphisme naïf et redoutable, des ombres en frac, des meurtres en vrac, des tués en sac.
Lupin et Fantômas, les rois du mal en jaquette, les dieux du stade élégant de l’extermination. Ce qui me roulait dans l’horreur, c’était l’impréparation définitive des victimes sur le point de se faire assassiner avant même d’avoir le temps de tourner la page : au mieux un geste charmant pour se protéger de l’assassin, le plus souvent, rien que le perpétration brutale de l’acte final. Voila comment j’ai découvert ce qu’est un lecteur à la merci du moindre coup de texte.
Des ombres souples quittaient les draps pour se balader sur les murs dans la pâle lumière de l’unique lampe. Un cabinet troué dans le mur (plus tard source de découvertes) ne fermait que par une tenture légère, usée, qu’il me semblait voir s’entrouvrir dans le surgissement d’un bras doublement orné d’une manchette en celluloïd et d’un Laguiole voué à d’autres découpages que le steak- d’ailleurs rare chez Grand-mère TOFFIN.
« Il eut l’impression qu’il entendait le respiration de cet être et même qu’il devinait ses yeux, des yeux étincelants, aigus, qui perçaient les ténèbres comme des traits de feu, et qui voyaient, eux, à travers ces ténèbres »( Maurice Leblanc, 813, Livre de poche, 1996, p.123)
Depuis la fenêtre entrouverte sur le néant du dehors (et maintenant je place toujours devant l’ouverture une jeune fille en vigie, si possible désirable, pour détourner la pointe !) le poignard du rêve
passe dans la chair du texte. Lupin, Fantômas, un vivier vivace d’impitoyables cauchemars. Ces deux-là, et leurs avatars, n’ont jamais fini de traverser mes ombres…
Dans la nuit, je crie, la Grand-mère TOFFIN rouspète, à dix-douze ans ‘faut dormir, faut pas rêver de voyages
et de pause en terre sainte, faut dormir’, je gigote comme un asticot ( elle ignore que c’est l’asticot nourri du cadavre de texte), je me lève en sueur pour vérifier la fermeture de tout partout et tout le temps–elle grogne ‘mais tu vas pas te coucher? ’ et la glaciation en cours dans la chambre me ramène au lit. J’y retrouve les images et les mots de la peur, ceux qui savent ne jamais quitter les terres incultes de la nuit.
Plus tard (mais ce ne sera pas une « oubliE ») une revue littéraire m’enverra suivre une journée de travail des « Amis d’Arsène Lupin », à Etretat. Un chèque en plus. Quand je lis ou entends, maintenant, certains de ceux qu’on y voyait exposer leur talent et leur savoir, je pourrais me dire (et ce serait une belle « OUBLIe») que j’ai raté parfaitement mes diverses carrières d’écriture (et maintenant je place toujours dans l’écriture une jeune fille en vigie, si possible désirable,
pour détourner le regret !) : ni chroniqueur, ni dramaturge, ni poète, pas d’essai ni rien : toutes les portes – finalement nombreuses- que le vie m’a ouvertes sur les chemins de la carrière d’écrire, je les ai traversées comme on passe le couteau dans la fenêtre,
avec le jeu des images auxquelles on ne croit pas, mais qui vous noient dans la sueur de la terreur, ou avec l’insouciance rigolarde ( une attitude « farce »comme on dit chez Lupin) d’un qui n’a aucune raison de croire que cela serait pour de vrai possible. Une silhouette de vendeur en bonbons dans la boite à Joujou.
La leçon d’Arsène, sur le tard ( car il apprit à devenir gentilhomme ), c’est que la vérité reste à jamais secrète : dans une aiguille creuse, derrière les masques, sous la cape du cambrioleur cruel où le gentleman cache un cœur de midinette, rien ne se dévoile, finalement, sauf l’effort inutile du dévoilement.
Fantômas, pure incarnation répétée du mal permanent (coup de génie !), m’apprit que en tout art—et encore plus que nul autre en la littérature- la béance oblongue de l’œuvre n’ouvre que sur l’espace noir de la pure terreur : après mes lectures, des cauchemars identiques m’ont éveillé. Poursuivi dans mes nuits par des redingotes et des hauts de forme, j’étais violemment attiré par l’ouverture ovale et sombre que les bouches d’égout, alors, découpaient à l’horizontale dans les trottoirs de pierre. Ligne de fuite, creux de refuge mais dégoût radical de ce que l’égout révèle contient.
« Ah, et quel joli souvenir…un peu triste, mais si joli ! « ( Leblanc, 813)
Impatient, le patron (qui est aussi psychanalyste) :
-C’est pas toujours un peu comme ça dans la vie ?
–Dans les SPO, oui. D’abord, la terreur de la nuit, le cauchemar, puis le charme du souvenir, les fenêtres protégées du blizzard par les cœurs peints des femmes, les puissants roulés dans la farine du récit…

-Non, la vraie vie, je veux dire
–La vraie vie ? Même Maurice LEBLANC y croyait trop. Ecoutez :
Ydit fait parler le smartphone:
« Souvenons nous de cet aveu, qui n’avait rien d’une coquetterie d’écrivain : ‘ c’est dur, il me suit partout’. A son ami le docteur Maurice Delort, qui lui dit, lors de leur première rencontre : ‘ Vous êtes donc le père de cet Arsène Lupin qui m’empêcha si souvent de dormir ?’, Maurice répondit bien sincèrement : ‘Croyez bien qu’il m’a souvent empêché de dormir moi-même ‘ »(*)
–Devant les fenêtres, c’est comme les attrapeurs de rêve de Indiens d’Amérique,
c’est pour barrer les mauvais esprits.
-Vous l’aviez pas déjà dit, ça ? Sinon, je vous sers quoi, en conclusion, m’sieur Ydit ? Un canon de rouge ?
-YDIT : En conclusion, vous savez bien, mais si, vous savez bien : la nuit est rose quand le cauchemar se meurt. Désir et terreur, par eux la littérature vient aux enfants, et parfois, aujourd’hui encore, l’amour et la mort m’éveillent à leur lumière.
(*) Jacques DEROURARD , « Maurice Leblanc, Arsène Lupin malgré lui », Librairie Séguier, 1989, p.-550-551
By
Yditblog
Didier JOUAULT
(rappel : la séquence précédente rapporte les horreurs et les crimes de deux innommables)
Ydit :
Immobile au bout de la nuit, j’attendais l’aurore aux doigts de rose, explorant les puits sombres de la condition humaine.

Remerciements à Ylan KARADAC pour l’image
Et ce fut comme une apparition. Alors…
–Ydit, moi aussi je reconnais les citations, qu’est-ce que vous croyez ? dit Germaine, occupée à réparer les transports publics,
dos tourné, un peu agacée..?..
–La séquence précédente, Lupin et Fantômas, « 813 » et « La cravate de chanvre » ?
Sur le quai, Germaine s’approche, demande si les brusques réveils , à douze ans, pour quelques volumes en papier, c’était vrai ?
Ydit : Dans le sommeil, les mots sont comme un train sans pilote. Ecoutez…
Germaine s’étonne : 
Quoi, encore de la lecture ? L’orateur : Voilà précisément de quoi sont pétries mes petites oubliEs à grignoter en rond : grain de mots, lait de récit, la mémoire pour liant. Vous écoutez ?
Elle a, dit-elle, qu’est-ce qu’on croit, un train à prendre. Deux minutes avant de partir, rien de plus. Elle dit qu’elle ne sait pas pourquoi elle est si patiente ?
Ydit pose ,Ydit parle, Ydit cite, Ydit lit :
CITATION :« Le maître d’hôtel regardait un petit cartel pendu au mur dans la salle du thé, encore vide.
-Il n’est que cinq heures, et puisque monsieur attend une petite femme, il ne la verra guère avant six heures moins le quart.
Mais à ce moment même, la porte en tourniquet donnant sur la rue pivotait sur son axe, et une gracieuse silhouette féminine pénétra comme un coup de vent à l’intérieur de l’établissement.
Max rougissait jusqu’à la racine des cheveux.
– Vous avez perdu, …Joseph, articula-t-il, car la voici.
Le jeune homme, cependant, s’avançait d’un pas empressé vers la nouvelle venue.
Celle-ci était complètement dissimulée sous une épaisse voilette, elle portait un élégant complet tailleur bleu, qui, bien que coupé très droit, à la mode du jour, était suffisamment étroit pour permettre à l’étoffe de souligner les formes gracieuses de la jeune femme.
Max s’était avancé vers elle le sourire aux lèvres, il éprouva une seconde de dépit.
La jeune femme, sans prendre le temps de répondre aux aimables souhaits de bienvenu que lui adressait son interlocuteur, déclarait d’une voix précipitée :
-Oh, Monsieur, c’est vraiment insensé ce que je fais là…je ne sais pas comment j’ai pu accepter ce rendez-vous et si je suis venue c’est uniquement pour vous dire que je m’en vais…

d’après un dessin de Catherine Mainguy, avec remerciements
Il ne faut pas vous tromper sur mon compte, je ne suis pas ce que vous croyez…
Elle semblait prête à rebrousser chemin. Max, cependant, lui prit la main
-Je vous en supplie, articula-t-il, ne partez pas tout de suite. Restez un instant, une seconde…Laissez-moi vous regarder…
-Non, non, faisait la jeune femme, éminemment troublée, c’est impossible ! J’ai l’air de venir à un rendez-vous…
-Une fois encore, elle faisait mine de s’en aller, et Max, hésitant, ne savait comment la retenir, lorsque Joseph survint.
Joseph, de son coup d’œil perspicace, avait jugé la situation et se rendait compte que s’il n’intervenait pas, la partie était mal engagée pour le jeune amoureux.
Affectant un de ces airs impassibles et méprisants, qui vous glacent jusqu’aux moelles, et comme seuls savent en avoir les maîtres d’hôtel, il articula, toisant le couple des pieds à la tête :
-Monsieur et madame ne peuvent pas s’en aller avant d’avoir pris le thé que monsieur a déjà commandé pour madame…
Puis, il tournait les talons et allait au comptoir de l’établissement annoncer d’une voix vibrante :
-Servez le thé commandé.
-Un thé, un pour deux, répondait une voix qui venait des profondeurs du sous-sol.
-Vous voyez bien, suggéra Max de Vernais, qu’il nous est impossible de partir, nous aurions l’air de mufles, il faut au moins prendre cette consommation.
Ce motif semblait décider la jeune femme. Elle venait d’entrebâiller sa jaquette,
laissant apparaître sa taille souple,
sa gorge rebondie moulée dans une chemisette de lingerie.(…) 
Georgette était la fille d’un commerçant du Marais, elle avait épousé, il y avait de cela quatre ans, un homme de quinze ans plus âgé qu’elle, un personnage grave et sévère, un fonctionnaire.
Il était employé dans une administration de L’État, partait pour le bureau vers onze heures du matin et n’en sortait qu’à cinq heures, mais il ne rentrait au domicile conjugal que vers huit heures, car, au préalable, il allait régulièrement faire sa partie au café. (…)
Et Georgette, qui avait promis de s’en aller en arrivant, qui avait juré de ne rien dire sur elle et son existence, était encore là à six heures du soir, et elle avait ouvert dans le petit salon tous les secrets de son intimité à ce jeune et galant homme qu’elle connaissait depuis deux jours. »

Encore une jeune fille à la fenêtre
(Pierre Souvestre et Marcel Allain, FANTÔMAS, « Le Jockey masqué », ‘Bouquins ‘, Robert Laffont, 1987,p.773-774)
Germaine s’amuse : C’est écrit comme on contrôle, en vitesse et pour l’argent, mais d’accord, d’accord, on dirait L’Education sentimentale racontée par la Madone des Sleepings !Avec Joseph dans le rôle du destin ?
Ydit : Et le désir étalé comme toujours tel un voile de bienvenue sur le divan
Germaine regarde l’horloge, s’interroge : Et juste après ?

Une fois encore avec des remerciements pour André MAYNET
On reconnait ici la volonté de savoir par quoi souvent les nuits s’abrègent.
Elle rassure son orateur, mais oui, mais oui, si ce n’est ce train, ce sera le suivant, car chaque nuit aboutit à un départ, car chaque histoire ouvre sa barrière.
Ydit reprend :
« Tout à coup, le silence s’établit : une grande jeune femme entrait, seule. Son allure et sa toilette formaient un ensemble d’une grâce souveraine dont l’harmonie était telle qu’elle s’imposait et faisait paraître banales les plus pures beautés autour d’elle. Très simple, sans bijoux, elle portait une robe savamment drapée du jaune rosé des roses thé ; ses cheveux blonds ondoyants, quelques longues boucles qui tombaient sur un cou flexible, frôlant une épaule chastement découverte. Ses larges yeux verts, aux longs cils, mettaient en valeur la merveilleuse fraîcheur d’un teint délicat, que nul artifice ne rehaussait.
D’un pas nonchalant, elle s’avança, bien vite entourée par une cour d’admirateurs qui se pressaient autour d’elle et la saluaient tous ensemble : — Mademoiselle de Lerne, on vous revoit ! Comment va votre père ? — Belle Cora, mes hommages ! — Ma chère Cora, je me réjouis de danser avec vous : inscrivez- moi pour la première valse. Vous êtes seule ? Le prince de Lerne n’est pas venu ? Lorsqu’elle eut répondu à tous, elle gagna un siège dans une encoignure et les congédia, aimable : — Laissez- moi un peu regarder toute cette assistance. J’adore le spectacle d’une soirée : la lumière, les fleurs, le luxe des costumes, les uniformes… tout cela est pour moi une joie dont je ne me lasse pas.(…)
(…) Pas plus que moi, vous ne croyez aux principes tout faits, la vertu ne peut donc vous tenter ; mais parce que vous comprenez la grandeur de l’honneur, vous saurez ne jamais agir bassement. La vertu est une divinité étriquée, ses lois négatives ont une uniformité qui ne saurait vous convenir ; l’honneur, au contraire, est individuel : il laisse à chaque être, devant chaque cas, la liberté de décider de sa conduite et de choisir des actes qui ne soient pas conformes à la morale vulgaire ; il interdit le renoncement et commande l’action.
Jamais vous n’avez été sensible aux jugements du monde ; continuez à les ignorer lorsqu’ils arrivent jusqu’à vous ; enfermée dans une splendide tour d’ivoire, n’ayez pour règle que l’estime de vous-même. L’existence d’une femme est fertile en richesses et en misères, vous n’avez pas, comme nous, les ressources de l’ambition et les possibilités de la vie publique. L’amour est votre seul domaine : allez vers lui, hardiment ; vous êtes belle, jeune, ardente, il vous comblera, si vous savez choisir l’homme qui sera digne de vous. 
Dans cette conquête de votre destin, vous n’êtes pas seule : quatre compagnons, réunis par vous, sont auprès de vous. Gardez- les, appuyez- vous sur eux, quel que puisse être le blâme de la société parisienne devant cette promiscuité qui sera jugée inconvenante. Restez au- dessus de sa réprobation. Vous n’avez rien à attendre des amitiés féminines, vous y serez jalousée et méconnue.
Si quelque expérience sensuelle vous tente, n’hésitez pas à la réaliser, la femme est libre d’elle-même, dans la mesure où elle seule est en cause : elle seule, c’est- à-d ire son bonheur ou son malheur. Il ne s’agit que de ne pas déchoir. Maintenant, il faut que je vous révèle ce qu’un hasard m’a permis de supposer : parmi vos quatre amis doit se trouver cet extraordinaire Arsène Lupin, dont le caractère aventureux ne m’effraye pas, au contraire ! Il se cache sous un nom d’emprunt et je n’ai pu parvenir à deviner lequel d’entre eux il est. Étudiez, découvrez- le, vous aurez en lui un soutien inespéré, c’est un être qui a de l’honneur.(…)

(…) Il l’entoura de ses bras, elle laissa tomber sa tête sur son épaule et ils échangèrent un long baiser.
Ensuite, il se redressa, murmurant :
-j’avais gardé le souvenir enivré de vos lèvres, Cora. Vous me les aviez déjà données, vous vous rappelez ? Votre enlèvement ?
-Ma délivrance, rectifia-t-elle. Je vous dois tout. Ah ! Comme je vous aime !
(« Le Dernier Amour d’Arsène Lupin », posthume, 2O12, Balland, début et fin.)
Tout près, la voix de métal annonce la fermeture de portes. « Je m’échappe …», dit Germaine, » …à une autre fois ? Sait-on jamais sur quoi ouvrent, à douze ans,
les cauchemars de Lupin et les amours de Fantômas? »
(à suivre : S.P.O.37-3, les nuits rouges et les aubes noires , III, suite et fin )
by
Didier JOUAULT
YDITBLOG
Pour les terreurs nocturnes des pré-adolescents des années 60, les fantômes sont arsouilles. Leurs ombres canailles rosissent l’insomnie comme une aube déclarée en pleine nuit.

avec l’autorisation de Elodie LEMERLE, installation.
Le gamin éveillé par la peur de dormir avec eux entend leurs présences furtives qui bavardent au milieu du cauchemar.
D’abord, il y a celui-là :
« Il tira de ses poches deux grands révolvers, massifs et formidables, tendit les deux bras, et, tranquillement, choisissant les deux premiers hommes qu’il abattrait, et les deux autres qui tomberaient à la suite, il visa comme il eut visé sur deux cibles, dans un stand.
Deux coups de feu à la fois,et deux encore…
Des hurlements…Quatre hommes s’écroulèrent les uns après les autres, comme des poupées au jeu de massacre.
‘Quatre ôtés de sept, reste trois, dit-il. Faut-il continuer?’
Ses bras demeuraient tendus, ses deux révolvers braqués sur le groupe que formaient le Brocanteur et ses deux compagnons.
« Salaud ! « gronda le Brocanteur, tout en cherchant une arme.
-‘Haut-les pattes, ou je tire…Parfait ! maintenant, vous autres, désarmez-le, sinon…’
Les deux bandits, tremblant de peur, paralysaient leur chef, et l’obligeaient à la soumission.
‘Ligotez-le !…Ligotez-le, sacré nom! Qu’est ce que ça peut faire ? …Moi parti, vous êtes tous libres…Allons, nous y sommes? Les poignets d’abord…avec vos ceintures…Et les chevilles. Plus vite que ça…’
Désemparé, vaincu, le Brocanteur ne résistait plus. Tandis que ses compagnons l’attachaient, note héros se baissa sur eux et leur asséna deux terribles coups de crosse sur la tête. Ils s’affaissèrent.
‘Voila de la bonne besogne, dit-il en respirant. Dommage qu’il n’y en ait pas encore une cinquantaine…J’étais en train. Et tout cela avec une aisance… le sourire aux lèvres…Qu’en penses-tu, le Brocanteur ? «
(P.148-149, Le livre de poche, 2004, repris selon l’édition de la Librairie Générale Française – 1966, édition originale : juin 1910 )

jolis droits d’auteur !
Et puis, dans le coin des cauchemars d’enfant, voila cet autre, plus volubile et bavard, pas moins vantard :
« Son visage était égratigné, une large coupure courait de son menton à la gorge.
-Vraiment, il était temps, railla-t-il. Un peu plus et c’était moi qui brûlait dans le poêle…
Cette réflexion devait lui paraître plaisante, car il éclata de rire.
Tout en riant, cependant, l’homme ne perdait pas son temps. Désormais, avec des gestes rapides, il se pansait. Il avait tiré de sa poche un flacon dont il se servait pour laver sa blessure. Le sang cessa de couler.
-Très bien! murmura-t-il. En relevant mon col, on ne s’apercevra pas de cette écorchure qui sera cicatrisée dans vingt-quatre heures. Dans vingt-quatre heures, les commentaires ne me gêneront plus.
Le poêle fumait toujours,cependant. L’odeur âcre persistait.
En dépit du vent qui s’engouffrait par les fenêtres, chassant jusqu’au milieu de la pièce des tourbillons de flocons blancs, l’atmosphère demeurait presqu’irrespirable.
-Que c’est long! grommela l’homme.
Il retourna alors près du poêle, et là, comme un grand tisonnier était disposé près de la muraille, il le prit et, par la porte de fer, il s’apprêta à secouer le feu.
La porte de fer ouverte, pourtant, malgré lui, il recula.
Le spectacle était horrible.
Le feu, en brûlant le cadavre, lui prêtait d’effroyables contorsions. Il était déjà aux trois quarts consumé, impossible à reconnaître, n’ayant plus figure humaine, avec ses cheveux et sa barbe brulés, les trous des yeux qui avaient éclaté, le ventre même d’où coulaient d’infectes matières qui se carbonisaient à la seconde.
-Ah ça, j’espère que dans un quart d’heure je serai débarrassé tout à fait de cet imbécile!…
L’homme tisonna le feu avec rage. Les membres du cadavre se tordirent plus encore. Il parut un instant que les mains s’agitaient, les doigts ouverts, grands, se refermaient comme pour une étreinte vengeresse.
-Fichtre ! grommela l’homme, cela devient impressionnant!
Il claqua la porte.
(p.548-49)
On appréciera le talent pour ‘tirer à la ligne’ ( en allant à la ligne) pour ce funeste duo écrivant des feuilletons au début du petit vingtième siècle …
Mais, le « gentil » et imbattable journaliste, s’écrie aussi ( dans l’édition originale, publiée le 20 août 2013 chez Fayard ! ) avec la pointe omniprésente et souvent mal comprise d’humour décalé qui spécifie l’œuvre :
« Et dans le désordre de ses sentiments, cela lui apparaissait soudain grotesque et vil, cette peine de mort qui est la base de toutes les sociétés modernes.
Comment, en pleine nuit, des gens se réunissaient ainsi pour venir en égorger un autre! Il se cachaient dans l’ombre, ils se faisaient protéger par des soldats !…La peine de mort, une infamie, pensa F. , l’un des restes de barbarie des temps passés, quelque chose d’indigne dans notre époque civilisée, que la philosophie tout entière réprouve, que le cœur humain ne peut admettre. Décidément, si je n’étais pas moi-même condamné à mort, je m’occuperais un jour d’écrire quelque bouquin la-dessus ! » (p.616)
( citations : collection Bouquins, Robert Laffont, 1989 )

Ici, tout commença, un peu plus tard.
N.B. Offre spéciale : hormis pour une Présidente déclarée « hors concours », toute reconnaissance simultanée des deux personnages et des œuvres (à nommer ici en « commentaires ») garantit une récompense ! Personne ne peut savoir laquelle. Mais ça ne devrait pas être horrible ?
by DIDIER JOUAULT
ydit -Blog Nouvelle saison SAISON IV
ps : les envois des » Omissions » parviennent souvent très disloqués sur tablettes ou ordinateurs, et tout le minutieux (ce qui n’égale pas réussi ) travail de relation textes /images disparaît en partie: le confort visuel est bien supérieur en collant le lien du site dans le navigateur de l’appareil…
didier jouault
ps : les envois des » Omissions » parviennent souvent très disloqués sur tablettes ou ordinateurs, et tout le minutieux (ce qui n’égale pas réussi ) travail de relation textes /images disparaît en partie: le confort visuel est bien supérieur en collant le lien du site dans le navigateur de l’appareil…
didier jouault
O-MISSIONS en 2017
Séquence publique d’oubliEs n° 36
(didier JOUAULT)
Une chanteuse ça chuinte énormément

Parfois, l’errance de l’orateur dans les couloirs et sur les chemins de la ville provoque d’utiles rencontres.
Il y a quelqu’un et qui écoute…
.
Souvent, l’auditeur instable brise tôt le cercle de connivence qui, pour une minute, trace dans l’espace comme l’illusion d’un échange.
-« J’vous assure, Ydit, commencé sur ce ton, ça ne va pas faire venir les gazelles jusqu’au bord de l’eau », dit une voix rieuse. 
« Mais, profitez-en, j’ai pris mon aprèm, c’est les soldes ».
Alors, Ydit raconte : « Sur sa mob Royal Blanc, comme son sourire, il arrondissait encore les ronds de jambe et faisait flotter la chemise rose cintrée serrée.
Quand il roulait vite, vers le terrain vague où l’on a plus tard construit un hôpital, ça dégageait un peu le torse, l’été.
–« Je m’excuse, enfin excusez-moi », dit l’auditrice , » de qui on parle, là ? Du dit Ydit ? »
–En fait, tout à l’heure je vous ai bien dit, expliqué le jeu de la mémoire, mes oubliEs…
–Oui, oui, les soldes du souvenir, 40 à 70 % de réduction sur les souvenirs avant la nouvelle collection,
mais il y a plus toutes les tailles, j’ai compris.
–Un souvenir, ça prend juste la taille qu’on lui donne. Et pas de chausse-pied.
–Ouais, dit-elle, mais à ce rythme j’aurai fini de dépenser mon pèze que vous aurez pas encore débuté vos salades.
– Remarquez, sans vous offenser, car vous restez pour m’écouter, donc je vous aime, cependant, on voit peu de soldes de salade, non ? ?
– L’embêtant avec toi, Ydit, tu permets qu’on se tutoie, l’embêtant c’est que tu bavardes plus que tu racontes, non ?
Ydit : « Alors, je raconte. Lui, son prénom était en deux morceaux très France du terroir : Louis, Jean.
Il y avait un autre Jean, l’oncle, chef de gare, avec sa germaine de la SNCF, tu te souviens de Germaine.
Lien de proximité ? Frère du diseur d’omissions.
– Un passant : C’était donc votre frère, monsieur Yéti ?
–Ydit, vous savez Ydit, comme : « il dit ». Yéti, c’est quelqu’un d’autre. Enfin je crois.
– Hé, si ça vous décoiffe que j’écoute, moi je me tire. Je suis pas payé pour écouter.
-« Bah, si t’es pas payé, t’es pas forcé de rester, » dit l’auditrice d’une voie très soyeuse.
Restée seule :
« Non mais, c’est vrai, me regarde pas comme ça Ydit, le mec il était pas forcé de rester. Vaut mieux une écouteuse vraie que deux passants frondeurs, non ? Hop,on avance, yalla, yalla! »
Ydit : Ydit entrait tout juste au collège, et ses potes n’osaient pas trop bâcler leur commentaire sur l’aîné, tout le monde le connaissait…
– ???
–Attends tu vas comprendre. Il faut voir les photos d’enfance …
– Tout dépend à quelle heure ferme le centre. J’ai des soldes à faire, moi. Vas-y, les photos ?
Ah, j’ai compris
Ydit : « C’était un temps, les années Soixante où les mots n’avaient pas encore appris à désigner les gens, on regardait sans dire, on disait qu’on ne voyait pas, et d’ailleurs on s’organisait pour ne pas trop savoir.
– Parfois, on comprend pas tout à ce que tu dis, Ydit.
– Ecouter , ça suffit. Comprendre, c ‘est pour les jours de fête. L’aîné, ce qu’il aimait chez les femmes, c’était les chanteuses,

Fréhel
mais pas celles qui vous donnent à vivre, comme de vieilles musiques de jazz essoufflé dans le saxo, comme des silences pour sentir l’épaisseur maligne du temps, ou des soupirs pour des chuts de Baker, des tendresses ivres de scène pour les Holiday, des dizit , Gillespie
– « Il écoutait ça ? « demande la jeune fille, un peu dégoutée.

Damia
Elle jette son doonut trop sucré. «
« C’est toujours trop sucré, ce machin, en plus écouter ces trucs comme ça, non »
– Bah oui, je sais, mais lui, c’était LA chanteuse. Les disques noirs de vinyle tournaient en rond, ça ressemblait à des anneaux de fumée des disques bleus tétées en douceur et en douce dans les recoins des toilettes,
en douceur et en douce téter dans les coins, il connaissait, l’aîné.
– Il était au collège ?
Ydit raconte que le frère avait pris le temps de réentendre plusieurs fois les mêmes leçons, redoubler très serein, comme les mêmes chansons sur le pickup up de sa vie privée. Il était en Troisième mixte
expérimentale, le grand frère.
« Mais lui, ajoute Ydit en souriant, à son tour, c’était pas le mixte qui le faisait grimper sur la mobylette Royal-Blanc, lui, c’était LA chanteuse. Dans l’appartement du Pré Saint Gervais, on était chez les pauvres, on aurait dû entendre Maurice Chevalier ou Aznavour, Bécaud chez les instits, mais on n’entendait rien qu’elle :
LA chanteuse…
Tu n’as pas une question à poser ? »
– A quelle heure ça ferme ? Parce que je veux bien faire ta claque, mais pas prendre une baffe, genre on va fermer.
Ydit reprend : » L’aîné avait sa chambre à lui. La mère avait économisé sur la pauvreté , qui est un espace où l’économie est facile :on peut toujours moins. A noël, ou à Pâques, ou pour sa trinité, peut-être ses quinze ou seize ans, on ne sait pas, peut-être dix-sept (car on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ) on ne peut plus savoir, la mère avait organisé une Gloire de l’Argent. »
– Toujours ça de pris, non, parce que ça doit te coûter bonbon, à force , tous ces voyages en SNCF pour faire des photos de zidi ,non ?
–Non, l’argent c’était pour l’aîné : il revenait d’un moment de détente avec deux amis, un moment au bord du canal encore malfamé,

photo Jean-Luc Saulnier
… de coin de piscine, de sable sur un terrain vague, c’était le début de l’été. Il ne fréquentait pas les bassins
de tout le monde. Et la mère avait traduit en injustice le compte-épargne. Sur les coussins déchus du canapé, elle avait étalé des billets, comme du sucre glace sur une galette, comme du beurre sur une noisette, comme des poupées de cire poupée de son dans la baraque du tir au pigeon.

Ydit entretient le récit comme le désir de ristourne à 50% : « Pour acheter sa guitare afin qu’il fasse LA chanteuse, dans le miroir brumeux, et pour acheter des chemises roses cintrées. Les plus belles pour aller danser. Plus tard, billets en poche, il attendait à la fenêtre qu’un ami arrive,

d’après photo Jean-Luc Saulnier
pour sortir ensemble écouter la chanteuse dans les juke boxes, deux minutes trente-cinq en bonheur.
Mais, ajoute Ydit en ajustant ses lunettes rouges et son badge bleu, mais en fait l’Oublie du jour c’ est plutôt un soir, un peu d’années après.
–Des fois, faut te suivre . Reconnais que tu fais pas trop d’efforts, si ?
Ydit : » L’aîné avait vingt ans, un peu plus. Il disait souvent : « viens sortir avec mes amis ». Cette fois, raconte Ydit, comme on avait des places gratis ( l’aîné travaillait dans une agence ), c’était possible et on allait écouter LA chanteuse.

Ydit aurait préféré des jazz qui pleurent comme un glaçon dans un verre de whisky, des blues qui moussent comme une pinte trop tirée. Mais c’était LA chanteuse, on proposait de sucettes à l’anis à l’entracte.
Dans le hall d’entrée, un homme bien mûr accompagné d’un homme bien jeune regardait sensuellement l’aîné.
Comme on épluche un fruit, comme on frotte sa peau avec une ceinture de crin, il épousait les contours.
L’aîné : « Non mais quoi encore, il veut ma photo, le vieux ? »
Ses amis Pierre-Gérard et Yves-Henri avaient répondu quelque chose que la mémoire de l’essentiel n’a pas beaucoup retenu.
Ensuite, LA chanteuse fait le job. Une chanteuse, ça chante énormément.
Elle lance des douceurs et file des liens de sirop, elle offre des notes blanches et des rapts de l’intérieur.«
–Y avait pas de rap, à l’époque, tu parles milieu années Soixante , non ?
–Du rapt. A l’intérieur. Raptée par le dedans. Comme des Sabines consentantes, tu vois ?
Dans le silence, Ydit reprend l’oubliE : « Quand on sort, échauffés, ils parlent du concert. Ydit raconte qu’il est lui incapable de prononcer un mot. Il ne sait rien dire de cela, sur LA chanteuse. En parler, pourquoi ? Les trois autres sont amoureux d’elle, de sa force divine, de sa présence à éblouir les comètes, à éclairer la face cachée de la lune. 
On interroge Ydit d’une voix câline. « Alors, c’était vachement épâtant ,non ? »
Mais rien de plus à dire. Alors, Ydit le jeune répète les mots qu’il vient d’entendre. Rien de plus stupide. Humiliation violente et secrète de l’impossibilité de dire quoi que ce soit. Mutisme de bête, sauvagerie secrète de timide . C’est le soir où Ydit se jure d’apprendre à savoir parler, à parler tout seul des heures durant, parmi les rues ou les parcs, pour dresser sa langue au langage, à la parole même pour du rien sur des riens, à raconter des paroles, paroles, même de vent tiède sur la surface du désert, juste des mots de poitrine à défaut de mots de cœur. Parler, trouver ses mots. Il en a fait un bon usage ensuite . »
Accablée, sans doute, assoiffée par le trop de sucre du doonut, l’auditrice pose son grand corps solide contre une colonne de béton. « Attends, faut que je réponde à mon zèbre,
sinon ça va me rayer la musica » .
Ydit achève , sinon l’immortelle mémoire, sans cesse assassinée mais sans cesse vive, au moins le récit de ce soir : « On s’écarte du théâtre, de ses labyrinthes de sensations mort-nées .On regagne des ruelles un peu tristes qui mènent laborieusement au métro « Gaité » ».
A voix un peu basse, mais pas tant, Ydit le raconte , Pierre-Gérard, le plus blond des trois, remettant à sa place la pochette brodée main par sa maman dans l’esquisse de blazer qu’il porte avec l’outrecuidance des jeunes beaux, Pierre-Gérard demande : « Dis nous, Louis-Jean, il est mignon, mais il est pas un peu con, des fois, ton petit frère ? »
Louis-Jean ne répond pas . Mais Ydit se souvient alors, dans l’obscur dédale de la rue, il se souvient de ses potes du collège, quand ils voyaient parader l’aîné avec la chemise rose déployée sur la mobylette Royal Blanc comme une carte de visite, comme avis de faire-part, et le potes disaient :
« Dis donc, il est grand ton frère, mais il est pas un peu spécial ? »
Ensuite Ydit se tait. La mémoire danse
avec ferveur dans l’arène intérieure.
– Bah dis donc, moi je ne connais pas ta, comment dit-on , là où on range les écrits de famille ? La bibliofratrie? Mais tu dis du vrai intime, cette fois, c’est rude.
–C’est justement pour cela qu’on raconte. Oublier c’est regarder le danger comme des virages sur la route des crêtes un soir de neige et de brume. S’exposer aux glissades.
–Mmouais, on peut dire ça comme ça. Faut que je retrouve mon zèbre avant qu’il soit galopé. Tu trouves que ça me va ce blouson ?
Bon j’y vais,moi…
Mais ton truc d’Ydit, c’est moi qui te le dis dis, c’est plus rigolo, oui moi je vais te dire,
c’est plus marrant quand tu demandais si on peut parler au monde depuis un jacuzzi
ou si les souris du palais
grignotent les dossiers,
bon, enfin moi je trouve.
Mais peut-être ne peut-on pas humoriser tout le temps ?
Sinon, à part ça, maintenant qu’on a fini ton boulot,
tu m’accompagnerais pas pour les remises à 50 ?
by
Ydit
Didier JOUAULT
Que cette année soit sans réserve….
un moment d’audacieuse innovation et d’entreprises sereines
(carte : Plonk et Replonk, Suisse; l’inventeur de la ‘clé sous le paillasson’ testant son invention sur lui-même)
…mais aussi, pour chacune et chacun, l’occasion de tracer
sa

propre route, avec justesse, sur l’horizon de la finesse.
Aussi, en revêtant les dépouilles de la mémoire
pour mieux inventer le…
Amitiés fidèles ! Didier JOUAULT,
( yditbog.wordpress.com)
Didier JOUAULT
Séquence Publique d’Omission numéro 34 
Les fauteuils, c’est que ça roule plutôt vite à noël
Aujourd’hui n’a pas été faste. Le public s’arrête en regardant Ydit, dont la ressemblance avec le père noël n’est pas frappante. Pourtant, les produits dérivés de l’Omission sont supposés ajouter à l’attraction de l’Orateur. 
Une fillette louche un peu et demande à sa mère pourquoi Ydit n’offre pas de cadeaux à la sortie du magasin ? Agressif, un quadragénaire bègue et pressé reproche cette idiote campagne pour le « oubliés » : On n’oublie personne, mais ça suffit comme ça, avec la mauvaise conscience, dit-il, ras-le -bol, les z’oubliés, les z’indignés, les Zanlogis, les Zanpapiers, c’est noël, ou quoi ?
Quelqu’un s’arrête au milieu de sa bienveillance : « Alors, vous avez repris le chemin des Omissions, Ydit ? Votre petit truc sur les gens à la République, la dernière fois, sincèrement, c’était plutôt nul, on aurait dit un article dans « Machin métro ».-
–Moment d’oubli des rigueurs de l’omission, pardon. Petite faiblesse. Mais vous avez une minute pour une OUBLIe , je manque un peu d’écoute ? C’est noël.
–C’est long ?
–D’oublier, interminable. De raconter, ça dépend des gens, et des cas.
–A vrai dire, là, avec ce temps, j’allais au sauna.
–Ou au hammam ?
–Les deux, sec et humide, sel et sucre, noir et blanc, chaud et froid, tout mélange est une fertilité. Je vous emmène.
A l’accueil, on a donné une serviette, un cadenas, les deux outils de la pudeur .
La plus vraie des pudeurs, c’est la vapeur d’oubli sur la vitre de vivre. 
-L’auditeur : « En échange, je choisis le thème. Noël. »
Ydit : Dommage. Bon, alors, c’est en deux journées .
Journée 1.
Ydit : « La secrétaire particulière : ‘M Sieur Ydit, le chef de cabinet voudrait vous voir.
–Là, juste maintenant ?’
On sentait que la secrétaire, par son bref silence, exprimait la stupeur qu’un type, dans un bureau, deux étages au-dessus, pose encore la question.
Ydit : « Ivan, le chef de cabinet tapait sur son clavier, rapide et massif. Tournée de fauteuil ergonomique. Commençait alors l’une de ces vagues et confuses discussions : aujourd’hui , encore une fois, qui allait -t-on pouvoir trouver tout de même pour présider la Commission sur le Temps, alors que toutes les pointures proposées s’étaient défaussées ? Allez donc, pensait Ydit, une commission sur le Temps mise en place par un ministre, autant dire un programme de protection des mottes de beurre inventé par « Les amis du soleil ».
‘En fait, dit l’auditeur, chaleureux ( comme son lieu l’indique) , le mieux c’est de commencer par le hammam. Attention, ça va brûler. Donc ?
Ydit : « Donc, ça mégottait sur le personnage, on n’avançait pas. A chaque nom, Ivan expertisait la bio, en particulier sur un site d’accès plutôt confidentiel.
-Il avait le droit ?
–Il était chef de cabinet. C’est pas un peu chaud ?
Ydit : « On cherchait, soudain la porte- vieille porte 18 ème, très bonne famille, douze quartiers de noblesse de chêne-, fait apparaître son Excellence. 
Suant et gesticulant sous les cheveux un peu toujours assez frisouillants, l’air fatigué d’un qui venait de répondre vivement aux arrogantes questions de l’opposition . On l’aurait plaint.
IL tenait la porte ouverte, il regardait. Furieux. Pas la peine de le dire. Mais IL le disait :
« Ivan, tu sais ce que je viens d’entendre à la radio en revenant ? J’hallucine, Demain, c’est la journée mondiale des fauteuils roulants ?
Tu m’entends ?
( Ivan entend, mais il ne comprend pas)
( si, il vient de comprendre : yes, les fauteuils, ça va être sa fête ).
« J’hallucine, persévère l’Excellence. Journée mondiale, et moi, le France, je fais quoi, tu peux me dire ? Je vais où ? Je parle à qui ? Comme si c’était pas une priorité du PR, je vais lui dire quoi, moi, au PR , hein ? Non, j’hallucine. »
Ivan s’était retourné sur son clavier, il pianotait , cherchait des trucs, des idées, à la hauteur d’un fauteuil et d’un PR.
–‘Bon, allez viens, on va voir ça. Et vous ( il désignait Ydit du menton, il ne lui avait pas encore dit bonjour, mais il lui offrait son menton, ce qui est agréable ) , vous , restez là , c’est votre truc ça, on aura peut-être besoin de vous.’
IL abandonnait la porte, qui se fermait à demi sur Yvan, plutôt inquiet, mais qui LE suivait dans le célèbre couloir vers LE bureau. 
YDIT vers l’auditeur: Bon, ça brûle pas mal quand même, ce truc. Ensuite, on se plonge dans la petite piscine à cinq degrés, c’est ça ? .. Certains survivent ? C’est comme de travailler avec une Excellence.
Ydit : « Dans le bureau d’Ivan , Ydit faisait quelques pas , regardait par la fenêtre . C’était joli, les ministères, sous la neige.
Çà faisait calme, ça faisait noël, sweet home, home navy , candies, veggy,
et paix des braves.
Sans le chercher, Ydit voyait que l’écran d’Ivan conservait plusieurs des requêtes sur « journée du fauteuil ». Entre autres : « Restauration d’un fauteuil en 24 heures ». Pas mal du tout, pour un élu. Aussi : « Journée de la Jupe ». Puis « La journée des Dupes ».Joli. Ou encore « L’Artisan chez soi, prêt de matériels et conseils pour débutants». Très bien pour un ministère. Bref, on aurait pu s’égarer.
Sans même retenir la porte ( restée très 18 ème dans son ressort) , Ivan, de retour , disait : « IL veut quelque chose avant ce soir ». A la question de l’agenda, réponse : on se débrouille, j’ai vu avec LUI,
tant pis on supprime la séquence coaching

LE maintenir en forme
sportif dans les appartements.
Un peu de temps passa, raconte Ydit. Puis on a trouvé.
Ensuite, banalité du métier, bricoles : prévenir de la visite-surprise
( ‘bel intérêt montré au sujet, n’est-ce-pas, mais c’est une question qui LE préoccupe, vous savez’),
le plus dur,
faire comprendre à Lactadine, l’attachée de presse toujours surmenée, mais prête à tous les bons coups,

l’attachée de presse veillant depuis sa fenêtre

récupérer les chiffres , vite vite, les bureaux vont fermer, c’est pas le Directeur qui va connaitre les chiffres…
L’auditeur du sauna est allongé sur le lit de repos dans la salle pénombreuse. Un auditeur, ça se ménage.
Il dit :« Les chiffres, au fond, c’est comme les friches, ça attend juste qu’on les retourne, non ? »
Ydit raconte que ça tombait bien, il n’avait rien prévu ce soir. La secrétaire demanda si, pour le plateau, il préférait viande ou poisson ? Poisson, c’est plus léger pour travailler, surtout les Éléments de Langage.
21h50 , ligne directe, le directeur de cabinet, actif numéro Deux, redoutable intelligence doublée d’un suave humour : ‘ –T’as pris viande ou poisson ? (sans attendre). Moi je prends toujours potage et coup de rouge. Bon, ça en est où alors pour le gang des fauteuils ?’
Journée 2
Au matin, tout était en forme pour la visite de 16h, y compris le dossier chemise bleue pour LUI. Cette fois cela allait vite, on était « mode ASAP ». Comme tous les jours. Agréable formalité pour Ydit, le petit déjeuner « prié/privé »monté en urgence dans un salon des appartements publics, pour les deux personnalités que LUI allait rencontrer cet après-midi : jus d’orange pressé minute
honorer, …expliquer, apaiser, anticiper, confiturer. On a rarement vu qu’une personnalité non politique ne soit pas sensible à l’ineffable et très 18ème petit déjeuner prié/privé dans les salons.
Vers 15 heures, Ivan et Ydit étaient sur place. Haut Comité Français des Fauteuils. Il y avait aussi l’officier de sécurité, discutant avec son collègue de l’arrondissement, une Lieutenant qui visiblement l’impressionnait parce qu’elle savait y mettre des formes. ‘On posera deux personnels ici pour réguler la circulation de sortie, et un là et un ici pour l’entrée, ça va suffire. De toute façon, avec ce budget, on n’a pas d’effectifs, et puis vous auriez pu prévenir avant ? C’est pas d’hier qu’on connaît la journée de fauteuils, si ?’
A l’intérieur, Ivan et Ydit faisaient le parcours de visite,
expliquant la vie aux invités, aux employés, aux égarés. Tom, un charmant blondinet bilingue Français/Youtube, promenait sa mini caméra, repérait des plans pour sa séquence sur le site ministériel. Le photographe officiel officiait. On était fin prêts.
– Et naturellement, ça n’a pas marché comme c’était prévu ?demande l’auditeur hammamé, en se dirigeant vers la sécheresse amicalement féroce du sauna..
Ydit : « 15 h45, portable, c’est LUI en direct. ‘Bon, Ydit ? Je suis en voiture, je serai à l’heure, je comprends rien à votre dossier, c’est nul’. Suit alors une série de questions, au fur et à mesure qu’IL passe d’une ligne à l’autre, découvertes sur banquette de cuir, joli titre presqu’aussi bien que ‘la Madonne des sleepings ‘,non ?’ Et des Auxiliaires de vie, sur mon budget , pour les fauteuils, j’en ai combien ???…Mais non, c’est pas dans le dossier, ou alors c’est pas visible, c’est nul, je vous le dis. Bon, j’arrive, je veux ça sur le pupitre pour la conf. ‘
Quand il arriva, on avait vérifié ou complété les chiffres, en mode ASAP . On substituait le feuillet griffonné à celui du dossier. Regard de LUI : autant dire le cube inversé de « T’as de beaux yeux tu sais ». Avenir possible : genre Titanic pressé d’en finir.
Deux ou trois autres amateurs de chaud-froid vont et viennent, du hammam vers le sauna, des douches chaudes vers la piscine froide.
Ça bavarde, ça parle foot et boutique , menus et kilos de noël.

On est sans mal entre mâles.
Ydit range les instruments de l’Omission.
Son auditeur demande si la visite a eu lieu ?
Ydit : « A l’intérieur, la mauvaise humeur de l’excellence avait grandi. Deux journalistes seulement, et pour des revues minuscules comme un électorat du Parti Radical.

A la sortie :
‘C’est nul, je vous le dis à tous les trois, vraiment, même toi Lactadine, t’aurais pu te bouger tes fesses, t’as vu le fond de cuve de ta presse? » Ivan essayait que, d’accord, mais de toute façon au moins IL pourrait dire au PR qu’il l’avait fait, au moins. Comme ça. Pour dire ».
Silence de Sahara jour sans vent. IL part. Comme IL n’avait pas dit bonjour ni merci, pas de souci de ne pas dire aurevoir.
Sur la dalle, Ydit bavardait un peu, agréablement, avec les fauteuils roulants.
Dans la voiture du retour, Ivan disait qu’un chef de cab ne devrait pas dire ça, mais que franchement, avec tout ce qu’on leur file comme aide et comme pèze, les fauteuils, ils nous roulent ! Il s’esclaffait, le chauffeur ne comprenait pas .
Le soir, dans les couloirs du silence propre au pouvoir, la mémoire fait un bruit de verrou.
Sur quelles pentes cognent les fauteuils de l’histoire quand ce sont des fantômes

Installation de Elodie LEMERLE, photo idem, avec remerciements
qui les tirent et l’étirent ?
Didier Jouault
La France vous êtes beau, toi !

Échappant au métro, sur le quai de la gare, sans égards, il y a Germaine (figure totémique).
Elle évite les retards hagards, elle sauve les perdus de vie,
elle remet sur la piste ce qui déraille, défouraille du verbe et trouve le chemin de faire.
Voyant Ydit, mal déguisé en grognon voyageur de bon commerce,
Germaine s’amuse : « Alors, quoi ?? Encore vous M’Sieur Didi ? Encore parti pour des errances, des patiences, des nulle part ? D’un bon pas, vous vous la jouez particules élémentaires, à présent? »
Ydit se dit, sans dédit, que notre Germaine a dû suivre le stage d’évaporation des inhibitions, celui de Noel. Il s’approche.
Elle : « Vous pouvez pas vous loger calmos, un peu, que ça nous fasse une RTT, au lieu de bouger comme un crocodile trop branché ? »
Ydit raconte que, surpris par l’apostrophe comme une période par l’apocope, il bredouillait ( d’autant qu’il faisait froid sur le quai ) :
« Germaine, pas de retard, pas de hasard , pas de lézard en charentaises, pas de hagard ni de têtard sans queue, je vous assure, mais vous croyez quoi sous la caquette ?
..Je marche, c’est tout.»
– Donc je suie, comme disaient les copains au charbon de la Bête Humaine?
–Moquez vous, Germaine, moquez vous, moi je pars.
–Du genre à se regarder dans la vitre sans train, n’est-ce pas M’sieur Ydit ? La vide vitrine de veuve blanche, où ne passent que les soupirs des locos de madame ? Des locos hâtives, quel coco ! Alors, vous allez retrouver une jeune fille à la fenêtre,
la numéro 17 ?
–Vous avec bu, Germaine, ou c’est que la ligne SNCF vous offre la poudre d’escampette gratos en fin de règne?
–M’sieur Ydit, otez la pelure et posez-vous là, prenez le comptoir de Germaine, installez-vous , c’est pas le temps qui vous manque ! 
Voyez, d’ici, vous comptez les wagons jetés dans le paysage comme des poignées de grain ou de poivre dans le dessert . Vous savez quoi, ce qu’on dit dans mon métier de Germaine, eh bien : le départ des gares est le crédo des héros.
Ydit raconte que, séduit cette fois encore par la verte verve de Germaine il l’écoutait. « M’sieur Didi, pardon, là on s’écarte, on s’embrouille, on se grignote le ballast. Donc, sinon? »
L’orateur silencieux se demande « sinon quoi ? » et elle, Germaine, d’un geste
« Ce maintenant, c’est vers où qu’il part, avec ses gros yeux rouges , l’z’Ydit ? »
Ydit raconte qu’il répondit qu’il venait de la République .
–« Non, sérieux, la république, tout le monde y va-et-vient,
et quand c’est pas Finkielkraut, c’est Marcel Gauchet, quand c’est pas Walt, c’est Disney ou même Jacob et Delafon, – alors , tu parles. »
Aussi, Ydit il en vient ,vraiment, il dit, de la République. De toutes les places de la République ( il y en a environ 1234 en France, rues, places…).Souvent, avec leurs cousines « de Gaulle » ou « de la Libération », elles ont camouflé les rues du Maréchal et les avenues Pétain, si nombreuses en 39, mais avec les rayons x , pas difficile maintenant de voir qu’il y a encore les sacrées taches de l’ancien sous le mince vernis nouveau.
-« Donc ? Si on s’y remettait, Didi ?
– A quoi, Germaine ?
–A des Z’omissions, comme d’habitude. Moi, ça me distrait, les z’omissions.
–Vous croyez qu’on va encore pouvoir lire le Duby sur Bouvines, les soirs d’hiver, ou alors on va refaire l’Histoire ?
– Bon, si vous le prenez comme ça, tout ce que je peux dire, attendez, c’est que le 16h47 pour Crécy part toujours à 16h47 vers Crécy.
Le ratez pas. Le reste j’en sais rien. Mais vous me montrez pas les photos de votre Marmonephone ?
Ydit raconte qu’il s’est approché de Germaine, et qu’il a fait défiler la place de la République.
« Regardez : dans mon défilé sur la République, ce samedi, Germaine,…
…il y a des gamins qui flottent et rigolent si on parle de Newton,
et France je vous aime, eux, sur la planche
Il y a des argentines de Carcassonne et des immigrés de Passy dansant
la valse de Vienne au son d’un ampli désaccordé, et France, je les aime, toi.
Il y a des presque même pas amis, ils se sont assis par terre dans le frais bitume , et qu’est ce qu’ils font ? Ils se regardent, ils se sourient, juste ils sont là, ils attendent que le bonheur des yeux passe d’une patience vers une tendresse…
…ne font rien d’autre que se regarder depuis le puits du sourire,
et France je nous aime dans les yeux du silence
Il y a le chignon du stand qui demande si on le veut très cuit, et la jolie rousse à gauche répond que oui,
« OUI » elle dit la rousse Julie,
et derrière on devine les cars de la force de l’ordre,
et France je l’aime ton chignon délavé
Il y a des drapeaux, des couleurs, des mots contre
et des mots pour et encore contre,
et France je te les aime
tes démons des mots dévots
Il y a un orchestre d’amateurs très habiles
et très fouillis mais et ils vont jouer Ravel ou Bartók sans fausse-note, place de la République, à 16h,et France je les aime tes lampions frottés de vent frais
Il y a des barrières qui se sont mises sur leur trente-et-un parce qu’elles n’aiment plus le quarante-neuf-trois,
et leur maquillage coule un peu, mais peu importe
Il y a une chorale de quartier connue dans l’univers entier qui demande ce qu’elle pourrait chanter pour faire plaisir, et les passants reprennent en chœur des chansons qu’ils avaient oubliées, et France je les aime tes notes fausses comme des réveils tardifs…oui, Germaine,

Il y a tout ça, Germaine, tout ça en même temps et en paix sur la Place de la République, et moi qui passais par ci par là.
Et, France, je t’aime dans leur République de grâce et de surprise, sur leur bitume de mélange et de sourire, je les aime sous leur statue éclairant a giorno leurs têtes à têtes de toros malmenés qui sortent soudain vivants de l’arène,
dans leurs vêtements de grisette XIXème retaillés façon à la dimension du rap de Montauban, dans leur silhouette de soubrette aptère qui découvrirait tout de même son envol…
Et prenant le train, voyez-vous, Germaine, dans le wagon, je vais la regarder la France des je vous aime, la France de tous ceux-là, toute libre comme une main de lumière passée dans la chevelure tressée de tous les avenirs, une main oubliée toute vive sur des seins ronds comme les spirales du ciel un matin après l’orage. »
By. didier JOUAULT
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Sai kwa ki di YDIT ? (Ou quelques aperçus quant aux » séquences publiques d’ouibliEs »
Une fois encore, il faut répéter l’idée simple : ceci n’est pas un message. Il n’y a rien à comprendre. D’abord, incontestable, il y a le projet d’un jeu avec la mémoire,
une tentative d’effacement d’un moi parisien
Dans la vitre du présent, le passant voit l’intérieur de la boutique, mais aussi l’extérieur de la rue. Surtout, il voit ce badge : OUBLIeS.
On ne doit pas le prononcer « oubliés ».
Au contraire, c’est un jeu de mots sur ce qui n’est pas encore oublié, mais qu’on va digérer, distribuer, séparer, alors que la nuit de la vie tombe. « OUBLIeS », c’est le nom de petits gâteaux vendus au cœur de la ville médiévale.
Ce sont des fragments de saveur sucrée à forme d’hostie large. On les grignote au milieu de cette fameuse puanteur bruyante des ruelles qui façonne la conscience urbaine de l’homme médiéval, et qui décrit assez bien, aussi, l’environnement culturel (médiatique ?) des années en cours.
Car, tout de même, les « Séquences » ne disent pas que du vide.
A travers les« Séquences Publiques d’Oubli», sont ainsi mises en circulation des «oubliEs », qui – à l’instar de toute gâterie, comportent deux faces : paroles/images.
Comme dans la nuit des voyages intérieurs.
ENSUITE, c’est bien d’oublier qu’il s’agit. En effet, en principe, la volonté est de passer à la trappe les souvenirs (mauvais de préférence, sinon à quoi bon ?).
Toujours, les images tentent le jeu de l’évocation, comme des échos, des compléments.
C’est le dur désir d’oublier.
Et l’ambition (un peu folle ?) reste de les effacer, les souvenirs noirs ( parfois légers toutefois), de les renier, pour s’en alléger, pour que passe le temps. Mais ce sont des mots, on ne peut tout de même pas les prendre au sérieux, trop. Le projet va donc durer tant qu’il restera des souvenirs ET la capacité d’en énoncer la forme en tapant sur un clavier d’ordinateur, en trafiquant des images.

encore merci à André Maynet
Des jeunes souvenirs impubères tentent le voyage dans la nuit des oublis.
L’orateur est nommé par convention YDIT : prononciation populaire de il dit .
On le reconnait sans aucune difficulté sur l’image.
Il s’y représente à chaque fois au cours d’une séquence d’oubli.
C’est que le projet vise à une forme discrète de performance. L’orateur est en public. Il se vêt des attributs de sa fonction, rapidement stabilisés : badges « OUBLIeS » à ruban bleu, affichette « OMISSION» fixée comme on peut, lunettes rouges grossissantes de mémoire.
À présent, on doit reconnaître au premier coup d’œil. Dans l’immense majorité des situations, un spectateur, un passant est auteur de la photo. Le plus souvent, il y a peu de public, très peu, et c’est toujours un public improvisé, fuyant, goguenard ou férocement étonné. La difficulté est de retenir un public avec des silences. YDIT va trouver d’autres façons, bientôt .
Rigoureusement respectueux.

Pour les photos les plus intimes ( probablement des nus non publiés mais accessibles, et la nudité ici est à percevoir comme pur symbole paradoxal du mouvement vers l’intérieur) l’auteur est anonyme.
Mais le désir de « performance » est premier. Ecrire, illustrer, puis publier ne forment que les aspects du projet. Mener – paisiblement malgré le trac immense- une «Séquence Publique d’Oubli » reste le cœur du projet, quel que soit le lieu.
Quelle que se présente l’atmosphère étrange des vivants devenus bronze.
Voila pourquoi l’une des « Séquences » s’intitule : « Chercher un endroit où parler » .
Force est de reconnaître qu’ici est l’obstacle. Par exemple, l’ensemble des lieux culturels parisiens ( incluant médiathèques, etc.) a été contacté, pour la sollicitation d’une simple et fugace présence avec affichette et badge.
Un seul a répondu, négativement.
Le SENS est qu’on trouve le sens qu’on veut, très banalement. Texte- elliptique-ou images (explicites) se combinent ou se contredisent, jouent des facilités du regard ou des incohérences voulues. C’est un peu accrocheur, rieur.
On peut noter un petit nombre d’invariants, qui constituent un peu comme le « cahier des charges » du projet.
Evidemment, certains commentateurs y voient comme la métaphore du projet de « performance » lui-même. Ce public insaisissable (mais parfois loquace !) tenterait de signifier l’impossibilité radicale de mener à bien la tentative la plus naturelle :
affirmer du lien en partant de soi.
De toute façon, l’impossibilité ( la difficulté ) de stabiliser son propre public n’induit nulle détresse, pas de rancœur, pas d’angoisse ni le plus petit soupçon de désespérance.
Ici, tout est humour. Ainsi va la vie
et la densité à vocation poétisante, tous mélanges étant admis par le cahier des charges.
On peut constater très souvent, que l’humour ( c’est-à-dire le second degré du sens) prend ici la forme de l’allusion, de l’allitération.
La Séquence « Les grises souris grignotent gaiment la gamelle de son excellence» – qui raconte un épisode de proximité ministérielle- est partie du titre, et les mots du texte jouent sur les sons. Ailleurs, les amateurs s’amusent (disent-ils) , à entendre les échos ( déformés) d’une formation originelle de YDIT, plutôt un peu littéraire.
On perçoit la plume de Mallarmé dans telle séquence où il s’agit d’un coup de dés n’abolissant pas le bazar ( et non le hasard), ou celle de Barthes dans le titre « Le degré zéro de la confiture » ( au lieu « de l’écriture » ), ou celle de livres enfantins (« le Bas bar de la vieille dame » : « Babar et la Vieille Dame »).Certains parmi lectrices et visiteurs s’amusent à repérer les allusions, les citations. On n’y gagne rien, sauf le plaisait toujours plus profond de goûter la vraie saveur cachjée des proses.Même quand, ironique, le texte joue avec les formes de la poésie.
On se retrouve ici avec la langue, celle d’un sociotype assez marqué, public virtuel dont la variété de lecture et d’intérêts culturels dépasse un peu l’horizon de « Télérama ». Evidemment par l’immature provocation…
…insolente à l’impudeur contenue. Mais San Antonio et Saint John Perse cohabitent – en toute discrétion. C’est bien ce qu’affirme le panneau détourné :
Au reste, les joueurs qui repèrent une allusion ( y compris dans le titre de ce présent texte : Pérec et sa « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien ») peuvent se faire connaître.
On ne sait rien de la récompense.
Une poignée d’OUBLIeS peut-être ?
comme en plongée dans les deux sens de la vigilance-mémoire/anticipation, ou comme dans les deux hémisphères de la cervelle. Par exemple la couleur est ce qui conduit le propos.
Par exemple, on retrouve ( et retrouvera) une constante « jeune fille à la fenêtre », dans des figurations variables. Presque toutes les photos ont YDIT pour auteur. Elles sont fabriquées ( ou retouchées) pour les « Séquences », mais parfois « importées » depuis le « journal » de tel(le) ami(e), avec son accord.
Bousculées par le récit- qu’elle peuvent contredire- ou saturées de sens par les juxtapositions, les images doivent être lues comme des invitations à l’exégèse : « ici tout est symbole ».
Ainsi, des commentateurs ont observé la récurrence de la nudité (ou des allusions au nu), par les images y compris de statues emberlificotées de «badges OUBLIeS » à ruban bleu. Polir la pierre du désir ? On note aussi « un peu beaucoup de jeunes femmes en short vues de dos ». 
Bien entendu, de telles représentations valent pour elles -mêmes, autrement dit sans hypocrisie, et on peut y repérer le reflet du commun et banal désir d’YDIT. Cependant, on aurait tort de ne pas tenir compte du fait que- dans ce projet d’oubli et de mémoire aux parcours incertains- ces photos tentent de donner l’image d’un sens : dans la mécanique de la mémoire, le désir est ce qui prend la fuite, le désir est ce qui s’offre (en pierre) et se cache ( en short), ce qui marche devant et ne se rattrape jamais, et les souvenirs les plus sauvages se montrent toujours de dos
-ainsi que chaque mémoire l’éprouve. Mais les images de clôture ( ouverte, fermée) ou de chemin sont beaucoup plus nombreuses.

On est ici pour passer
C’est très généralement improvisé, approximatif. C’est bien comme ça . Comme les souvenirs, les oublis. Très souvent, les errances en plusieurs coins de paysage (dites « randonnées solitaires » ) nourrissent l’appareil photo – quitte à susciter une séquence sans oubli (où l’on perd le téléphone, image du lien absolu), un peu comme l’absence de voyage dans « Les bijoux de la Castafiore ».
Mais la série consacrée à Fantômas ou Arsène Lupin dit une fois de plus que la vie est le mélange amusé de l’angoisse et du déguisement.
s’est rapidement réduite au profit de souvenirs- comment dire ?- publics. On en déduit que les pires et les plus douloureux (sulfureux ?) des souvenirs ne seront pas racontés- dommage, c’est ceux qu’on aurait voulu faire disparaître en les publiant.
Mais ce n’est pas intéressant. Cependant, se mettre à nu dans la tête en face d’un public fait encore partie des ambitions.
On n’est pas ici pour creuser le sable à la recherche de pétrole.

C’est bien sûr pour parler d’eux qu’on parle de soi. Pour parler du monde en l’oubliant. Pour parler l’infinie et impossible Invention du Monde.

Pour essayer d’effacer, ce qui est une manière de montrer la vie d’YDIT,
et celles de hommes, dans ce monde étrange commencé (pour YDIT) vers 1950/60,


Nota bene : la quasi totalité des images de cette séquence a déjà été publiée, assortie ( à chaque fois ) de la référence à la source , quand il ne s’agit pas de photos d’YDIT.
Didier JOUAULT